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Israël prépare une extension massive de son opération terrestre au Liban

Israël envisage de lancer une offensive terrestre d’envergure dans le sud du Liban afin d’étendre considérablement ses opérations militaires contre le Hezbollah. C’est ce qu’ont indiqué des responsables israéliens et américains cités samedi 14 mars par le site d’information Axios.

L’objectif serait de prendre le contrôle de la zone située au sud du fleuve Litani et d’y démanteler les infrastructures militaires du Hezbollah.

« Nous allons faire ce que nous avons fait à Gaza », a déclaré un haut responsable israélien, évoquant la stratégie consistant à détruire les bâtiments que l’armée israélienne considère comme des sites de stockage d’armes ou des positions de lancement d’attaques. Parallèlement, l’armée israélienne a émis des ordres d’évacuation à destination des habitants de plusieurs zones du sud du Liban.

Toujours selon Axios, l’administration de Donald Trump soutiendrait l’objectif de désarmer le Hezbollah, tout en cherchant à limiter l’impact du conflit sur l’État libanais et à encourager d’éventuelles négociations directes entre Israël et le Liban en vue d’un cessez-le-feu.

À rappeler que depuis le 2 mars, les frappes israéliennes sur le territoire libanais ont fait 773 morts, dont 103 enfants, et 1 933 blessés, selon les autorités libanaises.

Au total, l’armée israélienne affirme avoir mené plus de 1 100 frappes depuis le début de l’escalade, visant notamment environ 190 positions de la force d’élite al-Radwan du Hezbollah, ainsi que plus de 200 missiles ou lanceurs de missiles.

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Guerre au Liban : l’exode massif de civils s’aggrave

Plus d’une semaine après la nouvelle escalade du conflit, déclenchée le 2 mars, la situation humanitaire au Liban se détériore rapidement. Les avertissements d’évacuation lancés par Israël à l’encontre des habitants de plus de 53 villages et zones densément peuplées, combinés à l’intensification des frappes aériennes, ont forcé des familles entières à fuir leurs maisons en quelques minutes seulement. 

Les autorités libanaises ont annoncé, mardi 10 mars, que plus de 667 000 personnes se sont déjà enregistrées sur la plateforme gouvernementale dédiée aux déplacés. Parmi ces personnes, environ 120 000 sont actuellement hébergées dans des centres collectifs désignés par le gouvernement. Beaucoup d’autres ont trouvé refuge chez des proches ou sont toujours à la recherche d’un logement. Nombre de ces familles avaient déjà été contraintes de fuir une première fois lors des hostilités de 2024. Beaucoup sont parties dans l’urgence, emportant à peine quelques effets personnels, et ont cherché refuge à Beyrouth, au Mont-Liban, dans le nord du pays ou dans certaines zones de la vallée de la Bekaa.

La crise provoque également un mouvement de fuite vers la Syrie. D’après les autorités syriennes, plus de 78 000 Syriens ont franchi la frontière à partir du Liban depuis le début de l’escalade, ainsi que plus de 7 700 Libanais.

Sur le territoire libanais, le HCR affirme soutenir les autorités depuis le premier jour de la crise. L’agence indique avoir distribué environ 168 000 articles d’urgence à plus de 63 000 déplacés répartis dans plus de 270 centres d’hébergement. Ces fournitures comprennent notamment des matelas, des couvertures, des nattes, des sacs de couchage, des lampes solaires et des jerricans.

Pour accélérer la distribution de cette aide, l’organisation travaille avec des ONG locales et internationales, les municipalités ainsi que la Croix-Rouge libanaise. Et ce, afin d’acheminer les fournitures vers les abris collectifs et les zones difficiles d’accès où des familles restent encore isolées.

Au-delà des besoins matériels, la crise provoque également un profond choc psychologique. Selon les équipes humanitaires, de nombreux enfants, adultes et personnes âgées présentent des signes de peur et de traumatisme. À travers ses centres communautaires et ses partenaires, le HCR assure un soutien psychosocial, identifie les personnes les plus vulnérables, aide à réunir les enfants séparés de leurs familles et soutient les personnes handicapées.

Alors que les combats se poursuivent, les organisations humanitaires rappellent que les civils doivent être protégés en toutes circonstances et qu’un accès humanitaire sûr et sans entrave est indispensable pour acheminer l’aide aux populations les plus touchées.

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Appel à la formation d’un réseau mondial «La paix c’est maintenant !»

Dans un appel lancé le 4 mars 2026 sur son site web et que nous reproduisons ci-dessous, le parti La France Insoumise appelle à la formation d’un réseau mondial «La paix c’est maintenant !» pour diffuser dans tous les peuples la volonté de paix et coordonner les actions de résistance à la logique de guerre !  L’appel a été lancé à l’initiative de dix dirigeants de LFI, dont son président Jean-Luc Mélenchon.

La guerre totale n’est pas inéluctable. Il faut agir. L’appel «La paix c’est maintenant !» le propose.

Depuis le 28 février 2026, les armées des États-Unis d’Amérique et d’Israël ont commencé une guerre contre l’Iran et le Liban. Les bombardements ont déjà fait tant de morts ! Il s’agit, pour les États-Unis comme pour Israël, d’imposer leur domination par la force. À présent, cette nouvelle guerre met en grand danger, non seulement la région, mais le monde entier.

Comme avec le génocide impuni à Gaza, une nouvelle fois, le droit international est foulé aux pieds, l’Onu est méprisée. L’un et l’autre avaient été construits pour prévenir les enchaînements vers la guerre totale. Ils sont pour l’Humanité un bien commun à protéger et à développer. C’est pourquoi les violations de ces règles ne doivent jamais être encouragées et toujours condamnées surtout lorsqu’elles sont le fait des États les plus puissants. Ce fut le cas de la quasi-totalité de la communauté mondiale quand, en février 2022, la fédération de Russie a envahi l’Ukraine.

On a vu depuis où conduisent le silence et l’inaction. Ils encouragent le crime. Ainsi avec le génocide commis par le gouvernement de M. Netanyahu depuis octobre 2023. En RDC et au Soudan, les agresseurs se sont sentis excusés. Puis ce fut l’enlèvement du Président vénézuélien, le durcissement du siège de Cuba et les menaces contre la Colombie et le Panama. Et l’on a vu Donald Trump parler de l’annexion du Canada et du Groenland.

Dans chaque circonstance, notre choix de la paix et de la diplomatie ne signifie jamais l’accord politique obligé avec le gouvernement victime de l’agression. Nous défendons ce qui est bon pour tous et voudrions voir s’appliquer si notre propre pays était agressé.

Pour construire la paix dans ce monde où nous sommes tous liés, il faut en finir avec la politique du double standard des droits. Il est urgent de stopper l’escalade vers la guerre totale dans laquelle nous sommes tous entraînés. Les peuples doivent prendre la parole, les Nations unies doivent être confortées.

Nous sommes des responsables politiques, parlementaires, syndicalistes, responsables associatifs et d’ONG, artistes, intellectuels, tous militants de la paix. Alors, nous appelons à réinvestir le système onusien et à lui donner les moyens pour se hisser à la hauteur de ce moment où la civilisation humaine tout entière est menacée d’un embrasement destructeur général. Nous appelons à la formation d’un réseau mondial «La paix c’est maintenant !» pour diffuser dans tous les peuples la volonté de paix et coordonner les actions de résistance à la logique de guerre !

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La barbarie occidentale, encore et toujours !

Après avoir commis un génocide contre le peuple palestinien, et ce malgré une réprobation planétaire, la coalition américano-israélienne a entamé un nouvel épisode de barbarie contre l’Iran et le Liban, où chaque jour des civils innocents, personnes âgées, femmes et enfants, meurent sous un déluge de fer et de feu. La civilisation occidentale dans toute sa splendeur. (Photo : Israël bombarde la banlieue sud de Beyrouth. Le Liban entré dans la guerre malgré lui).

Abderrahmane Cherfouh *

Cette coalition criminelle mène des raids aériens d’une intensité sans précédent contre un pays qui a osé lui tenir tête et défier ses ambitions de domination. L’Iran est coupable d’avoir refusé d’être au service des intérêts stratégiques américano-sionistes au Moyen-Orient, de disposer d’une force militaire lui permettant de constituer un potentiel adversaire pour l’État d’Israël sioniste et de perturber ainsi la fausse quiétude d’une région que l’on croyait domptée par les accords d’Abraham, sur fond de menaces et chantages.

Rappelons, à cet égard, qu’après la chute de l’Egypte de Nasser, de l’Irak de Saddam, de la Libye de Kadhafi et de la Syrie des Assad père et fils, l’Iran a été, durant les trois dernières décennies, le seul pays du Moyen-Orient à afficher clairement sa volonté de s’émanciper de toute tutelle étrangère, en faisant confiance à ses cadres nationaux et à leur savoir-faire technologique, notamment en matière d’armement. Et il y a partiellement réussi.

Le dernier des résistants

Malgré l’embargo dont il fut victime, ce pays a mené une politique d’indépendance nationale qui s’est traduite par des réalisations scientifiques et militaires que les Occidentaux, et à leur tête les États-Unis, Israël, et leurs vassaux arabes du Golfe, ont perçues comme une menace pour leurs intérêts stratégiques au Moyen-Orient et, au-delà, en Asie centrale.

À travers les bombardements massifs de l’Iran, on cherche surtout à détruire cette volonté d’émancipation vis-à-vis de l’Occident arrogant et dominateur et à perpétuer la dépendance et la soumission à un ordre international dicté par les puissances d’hier et qui cherchent à le rester indéfiniment.

Le silence de Moscou, qui mène une guerre difficile contre l’Ukraine, la neutralité calculée de la Chine, soucieuse de conforter son avance technologique dans tous les domaines, et la déliquescence morale de la presque totalité des régimes arabes leur auront grandement facilité la tâche.

L’ennemi à abattre

Pour toutes ces raisons, et pour beaucoup d’autres encore, l’Iran est devenu l’irréductible ennemi à abattre. Qu’il ait ou non arrêté l’enrichissement de son uranium, qu’il ait ou non avancé dans les négociations avec ses adversaires américano-sionistes, l’Iran aurait de toute façon subi l’agression dont il est aujourd’hui victime. Cette agression n’est, en fait, que le point d’orgue d’un plan longuement mûri par Israël et les États-Unis, qui ont orchestré une campagne médiatique de dénigrement contre l’Iran et sa supposée puissance militaire, axant leurs attaques sur le du régime des mollahs, assimilé à tort ou à raison à une dictature sanguinaire.

Cela est en partie vrai et prouvé, mais justifie-t-il une agression militaire menée en dehors de tout cadre légal et au mépris du droit international ? Et qui met le peuple iranien en tenaille entre, d’un côté, un régime dictatorial qui réprime brutalement toute contestation, et de l’autre, une coalition américano-israélienne qui frappe aveuglément et sans répit.

Les raids impressionnants sur l’Iran et le Liban, où les cibles sont aussi bien militaires que civiles, n’épargnant ni femmes, ni enfants, ni écoliers, se multiplient.

L’Occident soi-disant civilisé et défenseur des droits et des libertés se range derrière l’État génocidaire d’Israël pour s’attaquer aux «hordes fanatisées» de l’Iran, un prétexte tout trouvé pour détruire ce pays et imposer définitivement sa domination à un Moyen-Orient qui n’a pas fini de voir couler le sang de ses populations.

* Médecin.

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La guerre des illusions au Moyen-Orient

Il est des guerres qui naissent d’une nécessité stratégique, et d’autres qui prennent forme dans l’ombre des illusions. La campagne militaire américano-israélienne contre l’Iran qui s’est ouverte semble appartenir à cette seconde catégorie. À peine déclenchée, elle révèle déjà une accumulation de certitudes fragiles, de paris stratégiques hasardeux et de doctrines héritées d’un autre temps. Washington poursuit l’objectif d’une transformation politique imposée par la force en espérant provoquer un changement de régime à Téhéran, tandis qu’Israël agit au nom d’une refonte durable de son environnement régional.

Yahya Ould Amar *

Le Moyen-Orient a toujours été le théâtre de projets géopolitiques visant à le transformer ou le redessiner. La guerre actuelle met en lumière une chaîne d’illusions — américaines, israéliennes, régionales et même internationales — qui, combinées, transforment un calcul de puissance en un conflit dont nul ne semble aujourd’hui maîtriser les conséquences.

Comme jadis l’Empire perse — vaste puissance s’étendant de l’Inde à la Méditerranée — se dressa face à l’ambition d’Alexandre Le Grand, comme l’Empire ottoman résista aux entreprises britanniques, comme l’Amérique s’est heurtée aux montagnes afghanes, l’Orient rappelle sans cesse la même leçon, qu’il n’est pas un échiquier que l’on redessine à volonté. C’est une terre ancienne, faite d’empires, de peuples et de mémoires profondes — un sable mouvant qui finit toujours par engloutir ceux qui croient pouvoir le dompter.

Illusion américaine du changement de régime par la force

La première illusion est américaine. Elle s’inscrit dans une conviction que l’usage de la force provoque un changement politique rapide et fait naître spontanément des «démocraties» dociles.

Depuis l’Irak en 2003 jusqu’à la Libye en 2011, l’hypothèse implicite est la même, il suffit de frapper un régime autoritaire suffisamment fort pour le désorganiser, et les sociétés locales finiront par produire d’elles-mêmes un nouvel ordre politique plus favorable aux Etats-Unis.

Malgré les prétextes évoqués pour déclencher la guerre contre l’Iran, rien ne prouve que le président Trump se soucie de la démocratie ou du peuple iranien, ou des peuples d’autres pays opprimés par des autocrates ou des dictateurs dont certains comptent parmi ses amis.

L’idée que la décapitation du pouvoir iranien, combinée à des frappes massives et à une pression économique extrême – depuis près de cinquante ans – pourrait provoquer une crise interne majeure du régime, a constitué l’un des paris implicites de l’escalade.

Mais la réalité au Moyen Orient est presque inverse. Les sociétés confrontées à une attaque extérieure ont souvent tendance à se rallier à l’État, même lorsque ce dernier est contesté. En Iran, les premiers effets du conflit semblent confirmer ce schéma. Les bombardements n’ont pas provoqué l’effondrement du régime ; ils ont au contraire marginalisé l’opposition interne et renforcé le réflexe de défense nationale.

À cette première illusion s’en ajoute une seconde, plus lourde de conséquences, la croyance que la guerre peut rester un instrument politique contrôlable.

Toute stratégie militaire repose sur une hypothèse implicite de sortie. Or la confrontation actuelle révèle l’érosion profonde de la confiance iranienne dans tout processus de négociation avec les Etats-Unis. Les cycles répétés de pourparlers, brusquement interrompus par des actions militaires de Washington, ont laissé une empreinte durable, aux yeux de Téhéran, la parole américaine n’est plus crédible.

Dans ces conditions, toute tentative de dialogue peut être interprétée comme une manœuvre tactique plutôt que comme une véritable ouverture diplomatique.

Ainsi se met en place un mécanisme redouté, plus la guerre se prolonge, plus il devient difficile de trouver un interlocuteur crédible pour y mettre fin, les principaux dirigeants ayant été éliminés physiquement, le vide politique rend toute négociation non seulement improbable, mais suspecte par avance. Trump peut toujours siffler la fin de la partie, en déclarant «sa» victoire.

Illusion israélienne de remodeler le Moyen-Orient par la force

Du côté israélien, l’illusion est d’une autre nature, plus ancienne et plus ambitieuse. Elle relève d’une doctrine stratégique profondément ancrée, la conviction que le pays peut, par une série d’attaques militaires décisives portées aux autres, transformer durablement son environnement régional et «changer le visage du Moyen-Orient», selon la formule récurrente de Netanyahu. Cette vision remonte aux analyses formulées dans les années 1980 et 1990, depuis les réflexions d’Oded Yinon jusqu’au rapport A Clean Break. Elle repose sur l’idée que l’affaiblissement militaire de ce que certains qualifient d’«axe de la résistance» pourrait, à terme, ouvrir la voie à un nouvel équilibre régional plus favorable à Israël.

Dans cette lecture, le Moyen-Orient demeure marqué par la fragilité de structures étatiques souvent issues des héritages coloniaux et traversées par de profondes lignes de fracture ethniques, religieuses ou communautaires. L’hypothèse implicite est que l’exploitation ou l’accentuation de ces dynamiques internes pourrait contribuer à redessiner l’environnement géopolitique régional de manière à réduire durablement les menaces pesant sur la sécurité d’Israël.

Dans une telle logique, cela pourrait susciter l’inquiétude d’autres puissances régionales, qui pourraient redouter qu’une dynamique de recomposition ne finisse par affecter l’ensemble du Moyen-Orient.

Des États comme l’Égypte ou la Turquie, dont la stabilité repose sur des équilibres politiques et territoriaux complexes, pourraient difficilement rester indifférents à toute dynamique régionale qui banaliserait l’idée d’une recomposition des États du Moyen-Orient le long de lignes identitaires ou confessionnelles.

Pourtant, cette ambition porte en elle des risques abyssaux et des limites structurelles, car la supériorité technologique et aérienne peut briser des armées, paralyser des infrastructures et éliminer des chefs ; elle ne refaçonne pas les nations ni les âmes. Le risque majeur est celui du boomerang stratégique, un Iran humilié mais uni dans le martyre, un Hezbollah régénéré, une radicalisation régionale qui alimentera de nouvelles générations de résistance asymétrique.

Les limites sont plus profondes encore, les bombardements n’ont jamais, depuis la Seconde Guerre mondiale, renversé durablement un régime déterminé ni fait naître l’ordre espéré. Ils durcissent au contraire les sociétés, transforment les dictatures en symboles nationaux et épuisent l’agresseur lui-même.

L’histoire géopolitique est impitoyable, aucun empire n’a jamais réussi à imposer durablement sa volonté à l’Orient, par la seule force des armes.

Car frapper l’Iran aujourd’hui, c’est réveiller la Perse éternelle, celle qui a vu passer Cyrus, Darius, les Sassanides, les Safavides… et qui sourit encore devant les empires éphémères.

Le Moyen-Orient n’est pas seulement un espace stratégique ; c’est aussi un espace de mémoires, d’identités et de récits historiques profondément enracinés. Les guerres y modifient les équilibres de puissance, mais elles ne transforment pas les imaginaires collectifs qui structurent les sociétés.

Dans une région façonnée par des siècles de conflits et de rivalités, la paix n’est pas une concession mais l’expression la plus élevée de la stratégie. Les guerres peuvent déplacer des frontières, elles ne transforment jamais les sociétés. Seule la paix a la capacité de modifier les perceptions, de reconstruire les imaginaires politiques et de créer les conditions d’un ordre durable.

Dans un Moyen-Orient épuisé par les cycles de violence, la véritable audace est bien de rendre enfin possible la prochaine paix.

Illusion du parapluie sécuritaire américain

La guerre révèle également les failles d’un autre pilier de l’ordre régional, la sécurité garantie par des alliances avec les Etats-Unis. Depuis plusieurs décennies, les monarchies du Golfe ont construit leur stabilité autour d’un partenariat sécuritaire étroit avec les États-Unis, complété par l’acquisition de systèmes de défense avancés mais technologiquement bridés par rapport à ceux fournis à Israël.

Ce modèle repose sur une double hypothèse que la présence américaine dissuade les adversaires, et la technologie peut neutraliser la plupart des menaces, ce qui n’a pas été observé lors de l’attaque israélienne sur le Qatar en 2025. Mais la guerre actuelle expose les failles de cette architecture. Les bases américaines installées dans la région constituent certes un instrument de dissuasion, mais elles deviennent aussi des cibles dans un conflit ouvert. Quant aux systèmes antimissiles, ils restent confrontés à une limite de saturation ou de stock disponible localement ou produit aux Etats-Unis. Dans une guerre prolongée mêlant drones, missiles balistiques et attaques asymétriques, la défense technologique se révèle bien vulnérable que coûteuse.

Une autre illusion se dissipe à mesure que le conflit se prolonge qui est celle d’une guerre régionale maîtrisable. Les marchés financiers ont immédiatement réagi aux premières frappes par une volatilité brutale et des pertes massives, révélant la sensibilité extrême de l’économie mondiale à toute perturbation dans une région qui concentre encore une part importante de l’approvisionnement énergétique mondial. Les premières estimations évoquent déjà des pertes de plusieurs milliers de milliards de dollars sur les marchés internationaux dans les premiers jours du conflit, sans compter les impacts sur la croissance et l’inflation.

Dans un système économique profondément interconnecté, une guerre régionale au Moyen-Orient devient rapidement un choc systémique pour l’ensemble de l’économie mondiale.

La guerre, qui semblait au départ un calcul stratégique régional, devient ainsi un facteur d’instabilité systémique.

Illusion confessionnelle et mémoire des quatorze siècles

Une autre illusion, plus ancienne et profondément enracinée, tient à la lecture confessionnelle du Moyen-Orient. Depuis quatorze siècles, la fracture entre sunnites et chiites nourrit l’imaginaire politique et alimente périodiquement, dans les Etats sunnites du Moyen Orient, la crainte d’une influence iranienne s’exerçant à travers les communautés chiites présentes. Ces dernières vivent pourtant depuis des siècles au cœur de ces sociétés — du Liban à l’Irak, du Koweït à l’Arabie Saoudite — où les loyautés nationales, sociales et politiques se révèlent bien plus complexes que ne le suggère la seule grille confessionnelle. Mais l’attaque récente de bases américaines et autres lieux dans le Golfe par l’Iran a ravivé des peurs anciennes, réveillant le spectre d’un clivage qui traverse l’histoire islamique depuis près de quatorze siècles. Ainsi, derrière l’affrontement géopolitique ressurgissent des inquiétudes historiques qui continuent de façonner les perceptions stratégiques de la région.

Illusion iranienne

Il serait toutefois erroné de considérer que seules les Etats-Unis et Israel nourrissent des illusions stratégiques, l’Iran lui-même fonde sa stratégie sur un pari inverse, celui de la résilience. Depuis plusieurs décennies, la doctrine militaire iranienne repose sur la conviction qu’un adversaire technologiquement supérieur peut être épuisé dans une guerre longue, grâce à la profondeur territoriale, à la dispersion des infrastructures et à l’usage de moyens asymétriques. Cette stratégie n’est pas sans rationalité. Mais elle comporte elle aussi des dangers telles que la destruction progressive des infrastructures et la pression économique interne. La résilience peut prolonger une guerre mais ne garantit pas nécessairement une victoire.

Illusion de la protection Russe ou chinoise

Une autre illusion selon laquelle la Chine ou la Russie pourraient offrir aux États menacés un véritable contrepoids face à la puissance occidentale.

Depuis une décennie, l’affirmation de Pékin et le retour militaire de Moscou ont nourri l’idée que l’érosion de l’hégémonie américaine ouvrirait un nouvel espace pour ces puissances. Mais l’expérience récente invite à la prudence. De l’Irak à la Libye, de la Syrie au Venezuela, et aujourd’hui à l’Iran, le soutien des grandes puissances rivales de Washington reste diplomatique, économique ou technologique. Lorsque le risque d’une confrontation directe avec les États-Unis apparaît, les solidarités proclamées cèdent toujours devant les calculs stratégiques.

La guerre actuelle rappelle cependant une réalité constante que la Chine et la Russie ne risquent jamais une confrontation directe pour défendre des partenaires lorsque leurs intérêts vitaux ne sont pas en jeu. Ces partenariats ou alliances sont souvent solides dans les discours et beaucoup plus incertaines lorsque les risques d’escalade deviennent existentiels.

Illusion de l’Onu comme gardienne de la paix

Mais la désillusion la plus profonde concerne un autre pilier de l’ordre international contemporain, la croyance que le droit international et les institutions multilatérales pouvaient offrir une protection minimale aux États.

Depuis 1945, l’architecture construite autour de l’Onu portait l’ambition d’un système où la force serait, sinon abolie, du moins encadrée par des règles collectives. Pour les États l’existence d’un droit international, d’instances de médiation et d’un Conseil de sécurité chargé de préserver la paix représentait l’espoir d’un monde où la puissance brute ne serait plus l’unique arbitre des conflits. Or les guerres du XXIe siècle ont révélé l’écroulement de cet édifice normatif.

Les résolutions paralysées par les rivalités entre grandes puissances, les vetos successifs qui neutralisent toute action collective, ont neutralisé les mécanismes de sécurité conduisant à une Onu devenue simple observateur des crises. Là où les États les plus fragiles espéraient trouver un bouclier juridique, ils découvrent aujourd’hui un système incapable de contraindre les puissances lorsqu’elles décident d’agir.

Aux yeux du Sud global, le droit international n’apparaît plus comme une protection effective mais comme un langage moral incapable de résister aux logiques de puissance. Quant à l’Onu, elle ressemble aujourd’hui à une architecture diplomatique héritée d’un monde disparu.

L’une des conséquences les plus inquiétantes de cette évolution est le retour progressif d’un système international où la sécurité repose avant tout sur la capacité des États à se défendre eux-mêmes. Dans ce monde qui réapparaît, les garanties juridiques se révèlent inopérantes, les alliances incertaines et les institutions internationales impuissantes.

Lorsque les rapports de force deviennent l’arbitre des crises, l’ordre international cesse d’être véritablement juridique pour redevenir essentiellement militaire.

Au fond, les guerres fondées sur des illusions commencent souvent par la promesse d’une victoire rapide ou d’un nouvel ordre régional. Elles se terminent plus fréquemment par des compromis tardifs, négociés après des destructions immenses et des équilibres encore plus fragiles.

Le Moyen-Orient, qui a déjà vu passer tant d’empires et de projets géopolitiques, pourrait bien rappeler une fois de plus à ceux qui prétendent le transformer que la puissance militaire peut briser des États, mais qu’elle ne suffit jamais à refaçonner durablement les sociétés.

* Economiste, banquier et financier.

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Israël frappe le Liban après des attaques du Hezbollah

L’armée israélienne a élargi, lundi 2 mars, son offensive au Liban, en frappant des positions du mouvement chiite Hezbollah. Et ce, après que ce groupe a lancé des tirs de missiles et de drones vers Israël.

Selon l’armée israélienne, un projectile tiré depuis le sud du Liban a été intercepté et d’autres sont tombés en zones ouvertes, et n’aurait donc pas fait de victimes. Peu après, l’aviation israélienne a bombardé des quartiers du sud de Beyrouth contrôlés par le Hezbollah, ainsi que plusieurs autres points dans le sud du pays, provoquant de puissantes explosions et d’importants mouvements de population.

Des explosions puissantes, confirmées par des journalistes de l’AFP et autres agences de presse locales, ont été entendues toute la journée du lundi et tôt ce matin. Un premier bilan officiel fait état de 31 morts et 149 blessés. Il devrait s’alourdir puisque les bombardements continuent. D’autant qu’Israël a annoncé avoir frappé plus de 70 cibles du Hezbollah au sud Liban, dont des villages, fermes, entrepôts d’armes, sites de lancement de missiles…

Des milliers de civils ont fui les zones touchées, certains prenant la route avec leurs affaires, après que Tsahal (l’armée israélienne) eut averti des habitants d’évacuer des villages proches de la frontière.

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4e jour de guerre au Moyen-Orient  

Au matin du quatrième jour de la guerre au Moyen-Orient, les affrontements se poursuivent ce mardi 3 mars 2026 entre les États-Unis et Israël d’un côté et l’Iran de l’autre, avec des attaques de plus en plus meurtrières. Israël, pour sa part, mène des «frappes simultanées» sur Téhéran et Beyrouth, contre des objectifs militaires iraniens et du Hezbollah. Et comme ce fut le cas cette nuit pour l’ambassade américaine à Ryad, les États-Unis ont été maintes fois visés par l’Iran ces dernières heures. (Photo : Frappe aérienne israélienne, dans la banlieue sud de Beyrouth).

Ce matin, de fortes explosions ont secoué Téhéran. Les détonations ont été entendues dans le nord de la capitale et les médias locaux ont rapporté aussi des déflagrations à Karaj, à l’ouest de Téhéran, ainsi qu’à Ispahan, au centre du pays.

Dans plusieurs communiqués, le Hezbollah affirme qu’«en réponse à l’agression criminelle israélienne qui a visé des dizaines de villes et de villages libanais, y compris la banlieue sud de Beyrouth», ses combattants ont utilisé des drones pour frapper les bases aériennes de Ramat David et de Meron en Israël. La base de Nafah, dans le Golan syrien occupé, a également été ciblée. 

L’armée israélienne a, pour sa part, affirmé ce matin que ses soldats étaient déployés en «plusieurs points» dans le sud du Liban, parallèlement à la campagne de frappes aériennes menée depuis la veille contre le Hezbollah. «Ce n’est pas une opération terrestre. C’est une mesure tactique (…) destinée à assurer la sécurité de notre peuple», assure le lieutenant-colonel Nadav Shoshani, porte-parole international de l’armée. «Nous avons positionné des soldats dans la zone frontalière à des points supplémentaires pour défendre nos civils et empêcher le Hezbollah de les attaquer», poursuit-il.

En parallèle, «le Premier ministre Benyamin Netanyahou et moi avons autorisé l’armée israélienne à avancer et prendre le contrôle de positions stratégiques supplémentaires au Liban, afin d’empêcher les attaques sur les localités israéliennes frontalières», a déclaré le ministre de la Défense, Israël Katz. 

Etant entendu, du point de vue des Israéliens, que la paix pour eux passe par l’occupation militaire des territoires de leurs voisins et le bombardement des populations de la région qui ne se soumettent pas à leurs diktats. 

Sur le plan politique, le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, affirme que Washington n’a pas eu le choix que de s’impliquer aux côtés d’Israël dans sa guerre contre l’Iran. «Il était tout à fait clair que si l’Iran était attaqué par qui que ce soit, il riposterait et riposterait contre les États-Unis. (Or) nous savions qu’Israël allait agir», a-t-il lancé. Par conséquent, «si nous attendions que cette attaque ait lieu avant de riposter, nous aurions subi des pertes beaucoup plus importantes», confirmant la thèse que cette guerre est, d’abord, israélienne et que les Etats-Unis s’y sont laissés entraîner.

Les pays européens ont commencé à sortir de leur léthargie et à s’impliquer, eux aussi, dans le conflit, dont la France. «Lorsque ces pays doivent se défendre, (…) on répond à leurs demandes en termes de défense», affirme Alice Rufo, concernant le soutien à certains pays du Golfe, ciblés par des «attaques indiscriminées» iraniennes, attaques qui, rappelons-le, ont visé, jusque-là, des bases militaires américaines dans ces pays. Pour l’heure, précise la ministre déléguée auprès de la ministre français des Armées et des Anciens combattants, aucune décision pour un déploiement du porte-avions Charles de Gaulle dans la région n’a été prise. «Il peut se déplacer avec un très court préavis, mais c’est une décision du chef de l’État», glisse-t-elle, sur le plateau de TF1. 

En parallèle, la responsable ferme la porte à l’envoi de troupes au sol. «Nous avons des forces dans la région, cela ne veut pas dire mettre des troupes au sol pour une action offensive, puisque nous ne participons pas à l’action offensive américaine», indique Alice Rufo. 

«La France se tient prête à défendre ses partenaires (au Moyen-Orient), à leur demande, de manière proportionnée  et conformément au principe de légitime défense collective», répète Jean-Noël Barrot sur BFMTV, alors que plusieurs pays du Golfe font l’objet de frappes iraniennes. «Cela veut dire que nous avons le droit d’intervenir et que nous nous tenons prêts à le faire, nous ne nous déroberons pas», poursuit-il. 

Sur le plan diplomatique, le département d’État américain a ordonné mardi le départ de tout son personnel diplomatique «non urgent» de ses ambassades en Irak, en Jordanie et au Bahreïn.

Dans un message sur X, le département d’État a dit avoir mis à jour ses avis aux voyageurs pour Bahreïn et la Jordanie «afin de refléter l’ordre donné au personnel non urgent du gouvernement américain et aux membres de leurs familles de quitter ces pays». Dans un autre avis mis à jour pour l’Irak, le ministère dit avoir «ordonné lundi au personnel non urgent du gouvernement américain de quitter l’Irak pour des raisons de sécurité».

Les Gardiens de la Révolution iraniens ont annoncé mardi avoir mené une «attaque à grande échelle» contre une base aérienne américaine à Bahreïn à l’aide de drones et de missiles.

Les forces navales des Gardiens «ont mené une attaque à grande échelle à l’aide de drones et de missiles à l’aube contre la base aérienne américaine située dans la région de Sheikh Isa, à Bahreïn», selon un communiqué cité par l’agence de presse officielle Irna, qui ajoute, sans fournir de preuve, que «20 drones et trois missiles ont atteint leurs cibles» et «détruit le principal poste de commandement de la base».

L’armée américaine a affirmé mardi avoir détruit des postes de commandement des Gardiens de la Révolution ainsi que des sites de lancement de missiles et de drones et des défenses anti-aériennes en Iran.

«Les forces américaines ont détruit les installations de commandement et de contrôle du Corps des gardiens de la révolution islamique, les capacités de défense aérienne iraniennes, les sites de lancement de missiles et de drones, ainsi que les aérodromes militaires au cours d’opérations soutenues. Nous continuerons à prendre des mesures décisives contre les menaces imminentes posées par le régime iranien», a écrit le Commandement militaire central américain (Centcom) sur X.

Concernant la sécurité au détroit d’Ormuz dont transite une partie de ses besoins en énergie, la Chine, qui était, début 2025, la première destination du pétrole transitant par cette zone a, par la voix d’une porte-parole des Affaires étrangères, Mao Ning, «enjoint à toutes les parties de mettre fin immédiatement à leurs opérations militaires, d’éviter toute nouvelle escalade des tensions, de maintenir la sécurité des voies de navigation dans le détroit d’Ormuz et d’empêcher que la situation n’ait un impact plus important sur l’économie mondiale»

Dans ce même contexte, des réservoirs de carburant au port commercial de Duqm, à Oman, ont été pris pour cible par un certain nombre de drones, et un réservoir a été touché, indique l’agence de presse omanaise, en citant une source de sécurité. Les dégâts qui en ont résulté ont été maîtrisés et aucune victime n’a été recensée, a ajouté la même source. 

Le secteur aérien subit lui aussi directement les conséquences de l’embrasement du Moyen-Orient. Les opérateurs internationaux du secteur prévoient des perturbations pour les voyageurs durant plusieurs semaines au moins, certaines dessertes restant pour le moment suspendues.

Toujours sur le plan des impacts économiques du conflit, la Bourse de Séoul a clôturé mardi sur un plongeon de plus de 7 % tandis que celle de Tokyo a chuté de plus de 3 %. Dans le détail, l’indice Kospi a lâché 7,24 % à 5.791,91 points, lorsque l’indice Nikkei a abandonné 3,06 % à 56.279,05 points.

Latif Belhedi (avec agences).

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