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Le poème du dimanche | ‘‘Des choses qui ne se vendent pas’’ d’Ahmed Laghmani

Né en 1923 à Zarat, dans la région de Gabès, Ahmed Laghmani est l’une des voix poétiques les plus marquantes de la seconde moitié du 20e siècle en Tunisie.   

Il a été enseignant dans le primaire, puis inspecteur. Il a travaillé au ministère de la Culture et a dirigé la Radio Nationale, avant de rejoindre l’Alecso.

Il a publié son premier recueil Un cœur sur les lèvres, en 1981.

Sa proximité avec le Président Bourguiba était notoire, bien que profonde et sincère. Restée fidèle à la métrique arabe classique ; sa poésie tente néanmoins, de moderniser les thèmes hérités des genres poétiques traditionnels, panégyrie, élégie, nature, événements et circonstances, dans un langage limpide et lyrique. Il décède en 2015.

Tahar Bekri

1- L’amour

L’amour, – ô mon pauvre ! – ne se vend pas dans les marchés.

As-tu jamais vu un commerce pour l’amour

Où sont exposés les battements du cœur ?

As-tu entendu une fois un appel

Pour la marchandise des amants ?

Pour un amour qui croît dans les tréfonds ?

Pour un amour enflammé de désir et de passion ?

L’amour – ô mon pauvre !- est une offrande sans contrepartie.

Offert par les grands cœurs libres

Les petites âmes peuvent-elles supporter 

D’offrir sans compensation ?

Sois heureux de ton petit rêve ! O petit !

Les rêves des petites âmes sont toujours petits !

2- La gloire

La gloire ne s’obtient jamais par le mensonge

Ni par la ruse

Les enfants ont atteint l’âge adulte !

Il n’y a plus parmi eux ni handicapé ni menteur

La gloire est une tragédie,

Et point de tragédie pour les petites âmes :

Celles qui rêvent de monter entre les astres

En plein jour !

La gloire ! Toute la gloire

Pour le cœur bon, la main propre

Pour celui qui porte l’amour des gens

Et celui qui œuvre pour le bien des humains.

La gloire toute la gloire ;

Pour les êtres bons modestes,

Ceux qui agissent dans l’ombre,

Sans parade ni hypocrisie,

Leurs visages inconnus et anonymes.

Quelles que soient leurs œuvres

Quel que soit leur combat ;

Leurs nouvelles sont tues par le journal d’information.

Gloire  à ceux-là.

3- La conscience

La conscience des êtres libres n’est pas liée à la convoitise

Ni repoussée par la menace et la terreur

La conscience des êtres libres est une force :

Fait trembler les montagnes

Détruit les forteresses

La conscience des êtres libres nul oppresseur ne la fait soumette

Car elle est plus noble que les ambitions serviles

Plus violente que la violence

Au-dessus de toute volonté stupide

La conscience des êtres libres

N’est ni marchandise ni bagage

Exposés aux fortunés

Ceux qui rêvent toujours de vente et d’achat

Et montrent chèques et billets

Qui font courir les avides

S’agglutiner les futiles stupides

La conscience des êtres libres n’est pas chose inutile

Fière : sa fierté du ciel

Généreuse : donner sans promettre ni calculer

Franche : ne sait ni tromper ni cacher

Pure : sa page plus claire que le ciel

La conscience des êtres libres – ô toi à la conscience morte –

N’est pas chose futile.

Octobre, 1974.

Traduit de l’arabe par Tahar Bekri

‘‘Dharratu milhin ‘ala jurhin’’ (Une pincée de sel sur une blessure), Cérès, 2001.

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