Inclusion financière et RSE bancaire en Tunisie : données, réalités et leviers d’action
La responsabilité sociale (RSE) des institutions financières tunisiennes est aujourd’hui au cœur du débat sur le développement régional. Pour que cette ambition se traduise en actes, trois conditions sont indispensables : une lecture rigoureuse des chiffres disponibles, une évaluation réaliste des outils technologiques mobilisables et la définition d’instruments opérationnels précis. C’est l’objet de cet article.
Ce que les données bancaires tunisiennes révèlent réellement
Avant de proposer des solutions, il convient de lire correctement le problème. Les rapports de la Banque centrale de Tunisie (BCT) fournissent à cet égard des indicateurs instructifs – et peu souvent cités dans le débat public.
Un secteur en retrait sur le financement de l’économie réelle. L’encours total des crédits à l’économie a atteint 118,6 milliards de dinars en 2024, avec une croissance de 2,8 % seulement, identique à 2023 et très en deçà de la croissance nominale de l’économie. Ce ralentissement n’est pas conjoncturel : il est le reflet d’un repositionnement structurel des bilans bancaires.
La montée en puissance des titres publics. La part des crédits dans le total des actifs bancaires recule à 65 %. Tandis que le portefeuille-titres représente désormais 20,1 % des actifs, dont 10,9 % en bons du Trésor. Ce basculement est révélateur : les banques, en particulier les établissements publics, trouvent dans le financement de l’État un placement moins risqué et administrativement plus simple que le crédit aux PME ou aux structures de l’économie sociale.
« Chaque dinar placé en bons du Trésor est un dinar qui ne finance pas une coopérative agricole à Kébili, ni une filière oasienne à Tozeur ».
L’absence de mesure territoriale du crédit : un angle mort majeur. Ni la BCT, ni les établissements bancaires ne publient aujourd’hui une répartition régionale systématique de leurs encours professionnels. Cette opacité territoriale est en elle-même un problème : sans données, il est impossible d’évaluer l’ampleur réelle des fractures régionales dans l’accès au crédit, ni de mesurer les progrès d’une politique d’inclusion financière. La transparence territoriale est la première condition d’une RSE bancaire crédible.
L’intelligence artificielle au service de l’ESS : potentiel réel, conditions exigeantes
L’intelligence artificielle offre des perspectives concrètes pour améliorer l’évaluation du risque dans les projets d’économie sociale et solidaire, suivre l’impact territorial des financements et élargir l’accès au crédit à des populations aujourd’hui exclues des modèles de scoring classiques. Mais ce potentiel n’est accessible qu’à des conditions que le secteur bancaire tunisien doit d’abord réunir.
Le niveau de préparation actuel. En 2024, Oxford Insights classait la Tunisie au 92ème rang mondial sur 188 pays dans son indice de préparation à l’IA, en recul de 11 places par rapport à 2023. Ce positionnement, en baisse continue depuis 2019, ne disqualifie pas l’ambition technologique; mais il en fixe le point de départ avec réalisme.
Quatre chantiers préalables conditionnent l’efficacité de l’IA dans le crédit ESS
La qualité des données : les modèles d’IA sont aussi fiables que les données qui les alimentent. Plusieurs banques tunisiennes n’ont pas encore achevé la modernisation de leurs Core Banking Systems. Déployer un scoring alternatif sur des bases de données fragmentées ou hétérogènes produirait des résultats peu fiables — et potentiellement défavorables aux projets à forte valeur sociale.
Le cadre réglementaire : la BCT n’a pas encore publié de doctrine sur l’usage de l’IA dans l’évaluation du crédit. Cette lacune crée une insécurité juridique qui freine l’investissement, même chez les établissements les plus volontaristes.
Les compétences humaines : le développement et la maintenance de modèles de scoring alternatifs requièrent des profils data science encore rares dans le secteur bancaire tunisien. Il s’agit d’un investissement en capital humain qui s’inscrit sur plusieurs années.
L’équilibre économique des portefeuilles ESS : pour une banque publique aux ressources contraintes, investir dans une infrastructure IA dédiée à des projets à rentabilité immédiate limitée nécessite soit une incitation réglementaire explicite, soit un mécanisme de cofinancement institutionnel.
« L’IA n’est pas une solution clé en main. C’est un horizon atteignable, à condition d’en planifier sérieusement les étapes, sur un horizon de trois à cinq ans. »
Cette planification progressive est précisément ce que la BCT a esquissé dans ses travaux sur la digitalisation bancaire, en identifiant une trajectoire en trois phases articulant modernisation des systèmes, renforcement des compétences et déploiement des outils d’analyse avancée. Le secteur bancaire gagnerait à s’approprier cette feuille de route et à la décliner par établissement.
Trois instruments opérationnels pour une inclusion financière régionale effective. L’inclusion financière régionale ne se décrète pas : elle se construit à travers des mécanismes précis, testés et adaptables au contexte tunisien. Trois instruments, qui font leurs preuves dans des pays comparables, méritent d’être sérieusement examinés.
- Un fonds de garantie dédié à l’ESS. La Tunisie dispose déjà de mécanismes de garantie via SOTUGAR. Il s’agit d’en étendre la logique aux structures de l’économie sociale : coopératives, mutuelles, associations productives et sociétés communautaires. Une garantie partielle de 60 à 70 % du risque permettrait aux banques de financer ces projets sans supporter seuls l’intégralité de l’exposition. Le modèle marocain Damane Intelak, opérationnel depuis 2016, offre une référence directement transposable, avec des résultats mesurables sur l’accès au financement des structures informelles et semi-formelles.
- Une obligation de reporting territorial du crédit. Instauré aux États-Unis dès 1977, le Community Reinvestment Act (CRA) oblige les établissements bancaires à publier annuellement la répartition géographique de leurs crédits professionnels et immobiliers. Un mécanisme analogue, adapté à l’échelle tunisienne et piloté par la BCT, permettrait de rendre visibles les déséquilibres réels, d’objectiver les progrès accomplis et de créer une pression de marché en faveur d’une allocation plus équilibrée du crédit. Ce reporting pourrait être introduit progressivement, en commençant par les banques publiques, avant d’être étendu à l’ensemble du secteur.
- Une sandbox réglementaire pour l’expérimentation de scoring ESS. Plutôt que d’attendre un cadre IA complet, la BCT pourrait autoriser des banques volontaires à expérimenter des modèles de scoring alternatifs sur des portefeuilles pilotes délimités : plafond d’exposition défini, durée de trois ans, rapport d’impact obligatoire à mi-parcours et en fin d’expérimentation. Ce dispositif de sandbox réglementaire est déjà adopté par la Banque centrale d’Égypte et Bank Al-Maghrib pour les fintechs. Il permet d’apprendre à coût maîtrisé, sans exposer le système à un risque systémique.
« Ces trois instruments existent. Ils ont été testés. Ils sont adaptables. Ce qui manque, c’est la décision de les activer. »
De l’ambition à l’architecture
Le secteur bancaire tunisien possède les fondations pour devenir un acteur central du développement régional et de l’économie sociale et solidaire. Les intentions sont là. Les modèles d’inspiration africains et méditerranéens sont documentés. Les outils technologiques, à condition d’être déployés avec rigueur, offrent des perspectives réelles.
Ce qui fait encore défaut, ce n’est ni la volonté, ni l’inspiration : c’est l’architecture incitative. Un fonds de garantie ESS, une obligation de reporting territorial, une sandbox réglementaire, trois instruments précis qui transformeraient l’engagement moral en engagement structurel.
L’inclusion financière régionale n’est pas une question de générosité institutionnelle. C’est une question d’ingénierie financière et réglementaire. La Tunisie a aujourd’hui les outils pour la construire, à condition de passer, résolument, du discours au dispositif.
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À quelques séances de la fin de l’année, la Bourse de Tunis confirme sa bonne santé. La séance du vendredi 26 décembre 2025 s’est déroulée dans un climat globalement positif, marqué par une progression modérée des indices et, surtout, par une activité soutenue des échanges, signe d’un marché de plus en plus dynamique.
Lecture micro : la spéculation reste concentrée sur financières et industrielles cycliques; volatilité accrue sur certaines mid/small caps.
La séance boursière du jeudi 25 décembre 2025 s’est inscrite dans un climat de consolidation, traduisant une pause logique après une année exceptionnellement dynamique pour la place de Tunis. Le TUNINDEX a clôturé en léger repli de 0,17%, à 13 254 points, tout en conservant une performance annuelle robuste de +33%, confirmant la solidité de la tendance de fond.
Arab Tunisian Bank (ATB) a annoncé la clôture réussie de son augmentation de capital réalisée par l’émission de certificats d’investissement. L’opération, réservée à Arab Bank, a été décidée lors de l’assemblée générale extraordinaire tenue le 28 novembre 2025.
Dans le cadre de sa stratégie de développement international, AKDITAL a signé un protocole d’accord portant sur l’acquisition de 100 % du capital de la clinique Taoufik Hospitals Group (THG), pour une valeur totale de 90 millions de dollars. La finalisation de l’opération reste soumise à l’obtention des autorisations réglementaires usuelles.
La séance du 22 décembre 2025 à la Bourse de Tunis n’a rien d’anecdotique. À première vue, les chiffres semblent sages : une progression marginale du TUNINDEX, un TUNINDEX20 quasi stable, des variations sectorielles contenues. Pourtant, derrière cette apparente tranquillité se cache un message bien plus profond : le marché tunisien est entré dans une phase de maturité.
Valeurs les plus actives (capitaux)
Forte domination des banques et des mid caps industrielles liquides.
Top hausses
Top baisses
Lecture :
La Bourse de Tunis a clôturé la semaine du 15 au 19 décembre sur une note globalement positive, confirmant la solidité du marché après une année exceptionnelle. Derrière la stabilité des indices, les investisseurs opèrent une rotation sectorielle marquée, ouvrant la voie à des opportunités tactiques à court terme pour les profils actifs.
La Bourse de Tunis a signé en 2025 l’une de ses meilleures performances de la dernière décennie. Avec un TUNINDEX en hausse de plus de 32% et un TUNINDEX20 dépassant les 34%, le marché actions tunisien a opéré un net changement de régime. Mais après une telle accélération, l’année 2026 ne sera plus une simple prolongation du rallye : elle s’annonce comme une année de sélection, d’arbitrages et de gestion active du risque.
Une consolidation saine après une année exceptionnelle