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Tunisie 2025 – tout est dit ? La stagnation tranquille ou le vertige de l’immobilité

Il est des moments où les chiffres cessent d’être de simples indicateurs pour devenir des révélateurs. Ils ne mesurent plus seulement l’activité, ils mesurent l’espérance. La croissance de 2,5 % enregistrée en Tunisie en 2025 n’est pas une mauvaise nouvelle en apparence. Elle signifie que l’économie n’a pas reculé. Elle signifie que le pays tient encore debout. Mais elle révèle aussi, et surtout, que la Tunisie ne court plus. Elle marche. Lentement. Trop lentement pour rattraper le temps perdu, trop lentement pour absorber les fractures accumulées depuis plus d’une décennie.

Car derrière ce chiffre modeste se cache une vérité plus profonde : la Tunisie est entrée dans une zone grise de son histoire économique. Une zone où l’effondrement est évité, mais où le redressement ne commence jamais vraiment.

 

Depuis plusieurs années, l’économie tunisienne semble engagée dans une stratégie implicite de préservation. L’essentiel est sauvé: la continuité de l’État, la stabilité du système financier, la capacité à honorer les engagements essentiels, la prévention d’une crise monétaire majeure. Mais cette stabilisation, si elle est nécessaire, ne constitue pas un projet économique. Elle est une ligne de défense, pas une ligne d’horizon.

Dans le contexte international récent, cette posture apparaît encore plus clairement. Le monde, après avoir traversé le choc inflationniste mondial provoqué notamment par la pandémie, la désorganisation des chaînes logistiques et les tensions énergétiques liées aux conflits géopolitiques, entame progressivement une phase de normalisation. Les taux d’inflation ralentissent, les flux d’investissement se redéployent, et certaines économies émergentes renouent avec des dynamiques plus soutenues.

La Tunisie, elle, demeure dans une phase intermédiaire. Elle ne subit plus le choc, mais elle ne bénéficie pas encore du rebond. Elle absorbe les ondes de la reprise mondiale sans en capter pleinement l’énergie.

Cette situation traduit une faiblesse structurelle : l’incapacité à transformer les phases de stabilisation en cycles d’expansion. 

La croissance sans emploi : le symptôme d’un modèle épuisé

Une croissance de 2,5 % pourrait être encourageante si elle s’accompagnait d’une amélioration tangible de l’emploi. Or, le chômage demeure proche de 16 %, révélant une déconnexion inquiétante entre l’activité économique et la création d’emplois.

Ce phénomène n’est pas conjoncturel. Il est structurel. Il traduit l’épuisement progressif d’un modèle de croissance qui ne repose plus sur l’expansion de la production, mais sur la gestion des équilibres existants.

L’économie tunisienne produit, mais elle ne se transforme pas suffisamment. Elle maintient ses capacités, mais elle ne les élargit pas. Elle préserve son tissu productif, mais elle ne le renouvelle pas à la vitesse nécessaire.

 

Une croissance de 2,5 % pourrait être encourageante si elle s’accompagnait d’une amélioration tangible de l’emploi. Or, le chômage demeure proche de 16 %, révélant une déconnexion inquiétante entre l’activité économique et la création d’emplois.

 

Or, une économie qui ne renouvelle pas ses capacités finit inévitablement par perdre sa capacité à créer de la prospérité. Elle entre dans un cycle d’inertie où chaque année ressemble à la précédente, où les indicateurs oscillent sans jamais s’améliorer significativement.

Cette stagnation est particulièrement lourde de conséquences pour les jeunes générations. Chaque année, des milliers de nouveaux diplômés entrent sur le marché du travail avec l’espoir d’une insertion économique. Mais l’économie, faute de croissance suffisante, ne peut absorber ces nouvelles compétences. Le chômage devient alors non seulement un problème économique, mais un facteur de désillusion sociale.

Le verrou monétaire : quand le coût de l’argent freine l’avenir

La politique monétaire restrictive, nécessaire pour contenir les pressions inflationnistes et stabiliser la monnaie, a produit un effet paradoxal. En protégeant la stabilité financière, elle a contribué à freiner l’investissement productif.

Le crédit est devenu cher. L’investissement est devenu risqué. L’expansion est devenue incertaine.

Dans ce contexte, les entreprises hésitent à investir. Elles privilégient la prudence à l’ambition, la consolidation à l’expansion. Le secteur privé, qui devrait être le moteur de la croissance, devient un acteur défensif, concentré sur sa survie plutôt que sur son développement.

Ce phénomène (effet d’éviction de l’investissement privé) est accentué par l’absorption croissante des ressources financières par l’État. Face à des besoins de financement importants, le Trésor mobilise l’épargne nationale, réduisant la disponibilité du crédit pour le secteur productif.

Ce mécanisme crée une forme de cercle fermé. L’État se finance pour maintenir la stabilité. Mais ce financement limite la capacité de l’économie à croître, ce qui réduit à terme les ressources futures de l’État lui-même.

La stabilité d’aujourd’hui se fait au détriment de la croissance de demain. 

 

L’investissement absent : le cœur du blocage économique

Le taux d’investissement, oscillant autour de 15 % du PIB, constitue l’un des indicateurs les plus révélateurs de la situation actuelle. Ce niveau est très insuffisant pour moderniser l’appareil productif, améliorer la productivité et soutenir une croissance durable.

L’investissement est le carburant de la croissance. Il détermine la capacité d’une économie à se renouveler, à innover, à créer de nouvelles opportunités. Sans investissement, la croissance devient un phénomène passif, dépendant de facteurs externes ou temporaires.

L’insuffisance de l’investissement en Tunisie reflète un climat d’incertitude prolongé. Les investisseurs attendent des signaux clairs, une visibilité, une stabilité réglementaire, une cohérence stratégique. En l’absence de ces éléments, l’attentisme prévaut.

Or, l’attentisme est l’ennemi de la croissance.

 

Le piège extérieur : une souveraineté économique sous contrainte

Le déficit commercial structurel rappelle une autre réalité fondamentale : la Tunisie consomme plus qu’elle ne produit. Cette dépendance vis-à-vis des importations expose l’économie aux fluctuations internationales et limite sa souveraineté économique.

Chaque hausse des prix énergétiques, chaque tension sur les marchés internationaux, chaque perturbation logistique se répercute directement sur l’économie nationale.

Dans un monde où les rapports de force économiques se redéfinissent, où les nations cherchent à sécuriser leurs chaînes de valeur et à renforcer leur autonomie stratégique, cette dépendance constitue une vulnérabilité majeure.

La souveraineté économique ne se décrète pas. Elle se construit par la production, l’innovation et l’investissement.

 

Le déficit commercial structurel rappelle une autre réalité fondamentale : la Tunisie consomme plus qu’elle ne produit. Cette dépendance vis-à-vis des importations expose l’économie aux fluctuations internationales et limite sa souveraineté économique.

 

Le coût invisible de l’attente : l’érosion progressive du potentiel

Le danger le plus profond n’est pas la crise, mais l’érosion lente du potentiel économique. Une économie qui croît faiblement pendant une longue période accumule un retard difficile à rattraper.

Les entreprises perdent en compétitivité. Les talents cherchent des opportunités ailleurs. Les infrastructures vieillissent. L’innovation ralentit. La confiance s’érode.

Ce processus est silencieux, mais ses effets sont durables.

La Tunisie n’est pas confrontée à un effondrement brutal. Elle est confrontée à un affaiblissement progressif. Et cet affaiblissement, s’il se prolonge, peut devenir structurel.

 

Le moment du choix : entre continuité et transformation

L’économie tunisienne se trouve aujourd’hui à un carrefour. Elle peut continuer sur sa trajectoire actuelle, préserver ses équilibres, éviter les chocs, maintenir une croissance modeste. Cette trajectoire garantit la stabilité à court terme, mais elle prolonge la stagnation.

Ou elle peut engager une transformation plus profonde, fondée sur l’investissement, la productivité et l’intégration dans les nouvelles dynamiques économiques mondiales.

 

Car au fond, la question n’est pas de savoir si la Tunisie peut croître. Elle le peut. La question est de savoir si elle choisira de le faire.

 

Cette transformation exige du temps, de la cohérence et de la confiance. Elle exige une vision claire et une capacité à dépasser la gestion quotidienne pour construire une trajectoire de long terme.

Car au fond, la question n’est pas de savoir si la Tunisie peut croître. Elle le peut. La question est de savoir si elle choisira de le faire.

La croissance de 2,5 % n’est pas une fin. Elle est un signal. Un signal que l’économie est encore vivante, mais qu’elle attend une impulsion. Un signal que la stagnation n’est pas une fatalité, mais une transition.

L’histoire économique montre que les nations ne déclinent pas par manque de ressources, mais par manque de décision. La Tunisie possède encore les atouts nécessaires pour transformer son destin économique.

Mais le temps, lui, n’attend pas. 

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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