Lese-Ansicht

Es gibt neue verfügbare Artikel. Klicken Sie, um die Seite zu aktualisieren.

Les Tunisiens face aux aléas du climat | Des plans et des stratégies

Comme ils n’ont pas beaucoup d’installations à inaugurer dans l’immédiat ni de grands projets réalisables à court terme, faute de moyens financiers, nos chers ministres ont attrapé la douce manie d’élaborer des stratégies à l’horizon 2050. Ces sortes de plans sur la comète ne les engagent en rien, puisque, de toute façon, ils ne seront pas là pour rendre compte de leur non-réalisation. En attendant, ces annonces donnent aux citoyens l »impression que les choses sont en train de bouger et que les membres du gouvernement ne ménagent pas leurs efforts.

Latif Belhedi

Après les dernières inondations qui ont provoqué d’énormes dégâts dans les infrastructures du pays, le ministère de l’Équipement et de l’Habitat, Salah Zouaoui, est sorti pour annoncer une nouvelle stratégie à l’horizon 2050 (sic !), visant à protéger les villes contre les inondations après les taux de précipitations élevés enregistrés récemment.  Pour les années qui nous séparent de l’année 2050, devrions-nous continuer à subir les aléas du climat, de plus en plus dévastateurs, en nous berçant de la promesse que les choses iront mieux dans vingt-quatre ans ?

Au regard de la crise économique qui sévit en Tunisie depuis 2011 et de l’état difficile des finances publiques, le ministre n’a pas vraiment de marge de manœuvre, ni de baguette magique, d’autant que les urgences du financement du budget de fonctionnement de l’Etat (une machine qui brasse de l’air) inversent constamment l’échelle des priorités : la lutte contre le changement climatique, entre autres, peut donc attendre.

Protéger les villes contre les inondations

Pour revenir à la nouvelle stratégie à l’horizon 2050 annoncée par le ministre de l’Equipement, il s’agit, en réalité, selon les dires de M. Zouaoui, de l’actualisation d’une étude stratégique déjà existante. Cette actualisation tiendra compte des changements enregistrés entretemps et comprend cinq éléments : l’évaluation du phénomène des inondations ; le contrôle des eaux de ruissellement ; la définition des priorités en matière de protection ; la mise en place de systèmes et l’élaboration d’un plan de protection à l’horizon 2050, conforme à la stratégie du ministère de l’Agriculture.

Dans l’immédiat, le ministre, qui intervenait lors d’une audition au Conseil des régions et des communes, vendredi 20 février 2026, a parlé de 30 projets de protection des villes contre les inondations et d’un plan d’intégration urbaine et territoriale pour un montant global de 490 millions de dinars, qui serait à sa deuxième phase, la troisième devant être achevée dans le courant de 2026 et les quatrième et cinquième en 2027/2028.

Le ministre a ajouté que l’année en cours verra aussi le lancement d’autres projets d’une valeur de 176 millions de dinars, avec un programme d’entretien d’un coût de 37 millions de dinars, sachant que le coût de la réparation des dégâts enregistrés lors des inondations du 18 et 19 janvier dernier est estimé, à lui seul, à 80 millions de dinars, mais cette estimation, on le sait par expérience, risque d’évoluer à la hausse au cours des prochaines semaines.

Conférence des amis de la Tunisie

L’argent est le nerf de la guerre, et la Tunisie en manque aujourd’hui cruellement et M. Zouari est bien placé pour le savoir. Aussi, a-t-il annoncé, également, l’organisation d’une «Conférence des amis de la Tunisie» afin de mobiliser des financements internationaux pour les projets du plan de développement 2026-2030. Ces projets seront élaborés en tenant compte des besoins sur les plans local et régional et des priorités nationales. Ils seront ensuite adoptés en Conseil ministériel puis transmis à l’Assemblée pour adoption et mise en œuvre, avec des financements prévus pour la période 2027-2030.

Concernant l’aménagement du territoire, une nouvelle loi sur l’urbanisme est en préparation et sera prochainement soumise au Parlement. Elle prévoit notamment la création d’une agence nationale chargée de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme.

Enfin, 60 nouveaux plans d’aménagement urbain couvrant 17 gouvernorats devraient être publiés en 2026, en partenariat avec le ministère de l’Intérieur, dans le cadre du soutien aux municipalités.

L’article Les Tunisiens face aux aléas du climat | Des plans et des stratégies est apparu en premier sur Kapitalis.

La Tunisie présente un haut risque pour les entreprises

Dans le  Country Risk Atlas 2026, publié par Allianz Trade, la Tunisie est classée D4, soit le niveau de risque maximal. Notre pays figure parmi les pays les plus risqués d’Afrique pour les entreprises. Ce rapport évalue la probabilité d’une augmentation du risque de défaut de paiement et de tensions financières liées au contexte macroéconomique, politique et réglementaire.

Latif Belhedi

Dans l’édition 2026, qui analyse 83 pays et environ 94 % du PIB mondial, la Tunisie obtient la note «D4», soit la combinaison de risques la plus élevée du système, qui croise une évaluation à moyen terme (de AA à D) et un indicateur à court terme (de 1 à 4).

Selon un résumé publié par le portail économique tunisien Ilboursa, la Tunisie est le pays «le plus risqué» du continent africain dans cette édition du rapport.

Parmi les facteurs cités dans le dossier de l’atlas figurent la vulnérabilité du financement public, la dépendance croissante à l’égard du crédit interne et de la Banque centrale, et une pression sur le système bancaire liée à l’exposition envers l’État et les entreprises publiques.

Une économie «fortement réglementée et protégée»

Le rapport mentionne, entre autres, l’échéance d’un eurobond de 750 millions d’euros en juillet 2026 et indique que les créances douteuses ont atteint 14,7 % au premier trimestre 2025.

En ce qui concerne le contexte opérationnel, l’atlas décrit une économie «fortement réglementée et protégée», avec des barrières commerciales et un rôle important des subventions publiques, ainsi qu’un vaste secteur informel.

Ces éléments, associés au risque de tensions sociales et à la sensibilité du pays aux chocs extérieurs, contribuent à rendre la gestion des risques plus coûteuse pour les opérateurs privés, tant locaux qu’étrangers.

Ce tableau est également cohérent avec les évaluations d’autres opérateurs internationaux du risque pays. Coface signale, parmi les points critiques, la pression sur les comptes publics et extérieurs en l’absence d’un programme avec le Fonds monétaire international et un besoin élevé de remboursements de la dette au cours de la période 2025-2026.

En attente des réformes du climat des affaires

À terme, la classification «D4» tend à se traduire, pour les entreprises qui exportent ou investissent, par une plus grande prudence en matière de paiements, de garanties et de couvertures d’assurance-crédit commercial. Dans le cas de la Tunisie, comme le souligne le Country Risk Atlas 2026, le défi reste de combiner la stabilisation financière et les réformes du climat des affaires avec la gestion des pressions sociales et de l’emploi.

Avec Ansamed.

L’article La Tunisie présente un haut risque pour les entreprises est apparu en premier sur Kapitalis.

La «Dame» Oum Kalthoum

‘‘El-Sett’’ ou «La Dame» est le titre d’un film biographique de Marwan Hamed sorti en 2025 et consacré à la diva égyptienne Oum Kalthoum, également surnommée «Kawkab al-charq» (Star du monde arabe).

Jamila Ben Mustapha *

Oum Kalthoum est issue de la campagne égyptienne et n’a pas bénéficié d’un enseignement moderne, ayant connu seulement l’école coranique.

Elle n’aurait peut-être pas eu un destin aussi grand si elle n’avait pas été encouragée par son père à l’art du chant, même si son répertoire appartenait, tout d’abord, au domaine religieux.

Elle est l’exemple d’une femme dont le destin originel était d’être connue seulement dans son propre pays et les autres pays arabes. Voilà pourtant que, lors de sa venue à Paris en 1967, même le général de Gaulle lui exprime son admiration.

Une modernité assumée mais sobre

Elle a aussi contribué à dissocier le métier de chanteuse de celui de femme légère, à le rendre respectable, une des preuves de cela étant qu’elle était toujours correctement vêtue et évitait les robes décolletées. Mais d’un autre côté, elle a appartenu à une époque où les femmes, même traditionnelles, ne se sentaient pas obligées d’être voilées.

Un trait frappant de sa modernité et d’expression de sa forte personnalité est qu’elle a longtemps refusé de se marier à un moment où la société égyptienne était encore plus traditionnelle que maintenant. Pourtant, comme le montre le film, elle ne manquait pas de prétendants. Elle ne l’a fait qu’à un âge tardif, vers la cinquantaine, en épousant son médecin. Plus encore, à un moment où le destin de la femme était d’être avant tout, épouse mais aussi mère, elle n’a pas du tout cherché à avoir des enfants.

Le parcours de Oum Kalthoum révèle finalement celui d’une personnalité féminine complexe qui renferme autant de traits traditionnels que modernes.

* Auteure.

L’article La «Dame» Oum Kalthoum est apparu en premier sur Kapitalis.

Tunisie | Remettre l’investissement privé au cœur de la croissance

La réussite du Plan de développement 2026‑2030 repose sur un levier stratégique souvent sous-estimé : le rôle central de l’investissement privé. L’auteur propose une analyse factuelle des freins actuels, des opportunités régionales et sectorielles, et des mesures concrètes pour transformer l’investissement en moteur d’une croissance inclusive et durable. Il s’appuie sur des données 2025‑2026, inclut les positions récentes de l’Utica sur le climat des affaires, et anticipe les critiques sur la gouvernance, l’équité régionale et la complémentarité public-privé. Son objectif : nourrir le débat économique et stimuler la réflexion des décideurs et acteurs économiques.

Abdelwahab Ben Moussa *

Relancer l’investissement privé est essentiel pour transformer le Plan 2026‑2030 en une croissance tunisienne durable et inclusive. Cette tribune propose une analyse des freins actuels et des pistes concrètes pour mobiliser le secteur privé sur tout le territoire.

La réussite du Plan de développement 2026‑2030 dépend largement d’un facteur central : la capacité à relancer l’investissement privé. Sans mesures ciblées, le plan risque de consolider le statu quo plutôt que d’impulser une croissance durable et inclusive. Cette relance doit se faire en complément des investissements publics, via des partenariats stratégiques qui optimisent les ressources et maximisent l’impact économique et régional.

L’investissement privé, un moteur sous-exploité

Le secteur privé est essentiel pour créer des emplois qualifiés et durables ; accroître la valeur ajoutée nationale ; et stimuler le développement régional.

Pourtant, plusieurs freins limitent son expansion, notamment :

– des procédures administratives lourdes et une instabilité réglementaire, qui compliquent la création et le développement d’entreprises ;

– la fragilité macroéconomique et le coût élevé du financement, qui réduisent la prise de risque ;

– la concentration géographique des investissements, qui laissent certaines régions marginalisées ;

– la coordination insuffisante entre acteurs publics et privés ;

– des incitations peu liées aux résultats, ce qui limite l’efficacité des dispositifs existants.

Comme l’a souligné récemment l’Utica, dénonçant la «diabolisation» des chefs d’entreprise, le climat d’incertitude et la lourdeur administrative freinent considérablement l’investissement privé.

Selon l’organisation patronale, la simplification des procédures, des incitations fiscales ciblées et un meilleur accès au financement pour les PME et les jeunes entrepreneurs sont indispensables pour capter les opportunités économiques et relancer une croissance durable sur l’ensemble du territoire.

Cette analyse rejoint l’objectif du Plan 2026‑2030 : remettre le secteur privé au cœur de la stratégie de développement national.

Priorités stratégiques pour relancer l’investissement privé

Pour être efficace, la relance doit viser la qualité et l’impact des investissements, notamment :

– la prévisibilité juridique et la stabilité réglementaire, pour restaurer la confiance des investisseurs ;

– des incitations ciblées favorisant l’emploi et le développement régional, afin que les investissements ne restent pas concentrés dans les grandes villes ;

– des partenariats public-privé stratégiques, mobilisant efficacement les ressources disponibles et complétant l’action de l’État ;

– l’orientation vers les secteurs à forte valeur ajoutée : industrie, numérique, services exportables, tout en incluant les secteurs traditionnels comme l’agriculture, l’artisanat et le tourisme là où le potentiel régional est fort.

Simplicité et transparence pour rétablir la confiance

Simplifier les procédures, clarifier les règles et suivre systématiquement l’impact économique et régional des projets sont des conditions indispensables pour rétablir la confiance et orienter les investissements vers les priorités nationales. Cette approche répond aux critiques légitimes sur le rôle de l’État, la stabilité macroéconomique et la répartition régionale des investissements.

Repères économiques (2026) :

  • Investissement global : près de 16 % du PIB, soit +12 % par rapport à 2025.
  • Investissements déclarés 2025 : ~8 356 millions de dinars, +39 % vs 2024, générant plus de 100 000 emplois.
  • Objectif IDE 2026 : ~4 milliards de dinars par an pour renforcer l’attractivité du pays.

La mobilisation du secteur privé sur l’ensemble du territoire est cruciale pour transformer la croissance en un processus inclusif et régionalisé. Le Plan 2026‑2030 offre une opportunité unique d’aligner politiques publiques et initiatives privées afin de créer une dynamique économique durable pour la Tunisie, tout en répondant aux critiques sur la gouvernance, l’équité régionale et la complémentarité entre acteurs publics et privés.

* Ingénieur en informatique.

L’article Tunisie | Remettre l’investissement privé au cœur de la croissance est apparu en premier sur Kapitalis.

Le poème du dimanche | ‘‘Le prophète inconnu’’ de Aboulkacem Chebbi

Aboulkacem Chebbi est un poète tunisien marqué par le romantisme européen et moyen-Oriental. Chantre moderniste de la révolte poétique, c’est une voix vibrante et fougueuse de la liberté, l’amour et la nature.

Né en 1909 à Chebbia (Tozeur), Chebbi poursuit ses études à l’Université religieuse de la Zitouna. Les thèmes de sa poésie n’ont pas manqué de provoquer les milieux conservateurs et rétrogrades jusqu’à considérer certains poèmes blasphématoires.

Atteint de maladie cardiaque et pulmonaire, il décède, jeune, à l’âge de 25 ans, en 1934. Son recueil, Aghani al-Hayat (Les chants de la vie), rassemblé de son vivant, ne sera publié qu’en 1955, grâce aux soins de son frère, Lamine Chebbi. Il laisse un essai-conférence L’imagination poétique chez les Arabes et un Journal. Il peut être considéré, incontestablement, comme le poète national de la Tunisie.

Tahar Bekri

O peuple ! Que n’étais-je bûcheron

Pour abattre les arbres avec ma hache

Que n’étais-je comme les torrents

Quand ils dévalent détruisent les tombes une à une

Que n’étais-je comme les vents pour emporter

Tout ce qui étouffe les fleurs de noirceur

Que n’étais-je comme l’hiver pour couvrir

De mon froid tout ce que l’automne a fané

Que n’avais la force des tempêtes ô mon peuple

Pour te jeter la révolte de mon âme

Que n’avais-je la force des ouragans

Quand ils se soulèvent et t’inviter à la vie

Que n’avais-je la force des ouragans!…Mais

Tu es un vivant qui passe la vie dans une tombe

Tu es une âme stupide qui déteste la lumière

Qui passe les siècles dans la nuit lisse

Tu ne saisis les vérités qui t’entourent

Que si tu les touches ou tu les palpes

Au matin de la vie j’ai rempli mes coupes

Les fis enivrer de mon âme

Puis je te les ai présentées tu sacrifias

Mon nectar tu foulas ô peuple mon verre

J’ai souffert puis j’ai tu mes souffrances

Retenu mes sentiments et ma sensibilité

Je t’ai choisi des fleurs de mon cœur

Un bouquet que personne n’a touché

Et te l’ai présenté tu déchiras

Mes roses et tu les piétinas durement

Puis de la tristesse tu me fis porter un habit

Et des ronces des montagnes une couronne

***

Je m’en vais dans la forêt ô mon peuple

Pour mourir seul et désespéré

Je m’en vais au cœur la forêt

Peut-être y enterrerais-je ma misère

Et t’oublier comme je pourrais

Tu n’es digne ni de mon verre ni de mon vin

Je psalmodierais aux oiseaux mes chants

Leur confierais les désirs de mon âme

Eux comprennent le sens de la vie

Savent que la fierté des âmes est sens éveillé

Je mourrais là-bas dans l’obscurité de la nuit

Je jetterais à l’existence ma désespérance

Puis à l’ombre des pins frais et doux

Les flots traceront ma fosse

Les oiseaux chanteront sur ma tombe

La brise douce murmurera par-dessus moi

Les saisons se succèderont près de moi

Fraîches comme elles étaient par le passé

***

O peuple ! Tu es un petit enfant

Tu joues avec la terre quand la nuit tombe

Tu es une force dans l’univers si tu la maîtrises

Une idée de génie invincible

Tu es une force dans l’univers enchaînée

Par les époques sombres depuis les temps reculés

Bien malheureux est celui comme moi

A l’âme sensible et fragile

***

C’est ainsi que parla un poète qui a offert

Au peuple le nectar de sa vie dans la meilleure coupe

Ils s’en détournèrent et passèrent furieux

S’en moquèrent et dirent désespérés :

« Il a perdu la raison dans l’arène des démons

Le malheureux ! Il est atteint»

Longtemps il s’adressa aux sentiments la nuit

Se fia aux morts de toutes sortes

Longtemps il accompagna l’obscurité dans la forêt

Appela les âmes de tous genres

Longtemps il parla aux djinns dans la vallée

Chanta avec les vents leurs airs

C’est un sorcier auquel les démons enseignent

La magie à chaque lever du soleil

Eloignez donc le mécréant malveillant du temple

Le malveillant est source de malheur

Chassez-le ne l’écoutez point

C’est une âme endiablée qui porte malheur

***

Ainsi parla un poète philosophe

Qui vécut parmi son peuple stupide malheureux

Les hommes ignorèrent son âme et ses chants

N’accordèrent à ses sentiments que vil prix

Dans la vie c’est un prophète

Parmi son peuple c’est un dément

Ainsi il parla puis s’en alla dans la forêt

Mener une vie dans le sacre de la poésie

Et loin là-bas dans le temple de la forêt

Où nul malheur ne fait ombrage

A l’ombre des pins doux et des oliviers

Il passa la vie d’éveil en éveil

Par le beau matin il chante avec les oiseaux

Et marche en extase comme ivre

Soufflant dans sa flûte autour de lui s’élèvent

Les roses printanières de toutes sortes

Ses cheveux caressés par le vent

Tombant sur ses épaules comme la soie damascène

Les oiseaux heureux chantent autour de lui

Haut dans les arbres

Tu le vois au coucher du soleil près du ruisseau

Poursuivre l’oiseau ivre

Ou chanter parmi les pins ou tendre

Vers l’obscurité qui se couche

Et quand l’obscurité s’installe

Et les ténèbres de l’existence s’abattent sur la terre

Il reste dans sa belle cabane

Interroger l’univers pieusement à voix basse

Sur le cours de la vie et sa durée

Sur l’essence de l’existence et son arrêt

Sur la fragrance des roses dans chaque vallée

Sur les chants des oiseaux aux soirs

Sur la rage des vents dans les gorges

Sur les images de la vie depuis la nuit des temps

Sur les chansons des bergers où les cache

L’espace silencieux où vont-elles

***

Ainsi il passe la vie et chante

Dans les cycles des années

Quelle vie au sein de la forêt !

Parmi les oiseaux elle se réveille et se couche

Quelle vie que les âmes de l’ombre

N’ont souillée ni salie

Quelle vie dans l’univers

Que cette vie étrange et sacrée

Aghani-Al Hayat, 1934

Traduit de l’arabe par Tahar Bekri

L’article Le poème du dimanche | ‘‘Le prophète inconnu’’ de Aboulkacem Chebbi est apparu en premier sur Kapitalis.

Tunisie | La LTDH dénonce la «criminalisation de la protestation pacifique»

La LTDH considère que les condamnations par contumace prononcées à l’encontre de militants écologistes, dont Khayreddine Debaya, animateur de la campagne Stop Pollution, à Gabès, «constituent un précédent dangereux dans la manière d’aborder les mouvements sociaux et écologistes, et reflètent une escalade inquiétante dans la politique de restriction de l’espace civil et de criminalisation de la protestation pacifique.» Nous publions ci-dessous une traduction de son communiqué publié à cet effet le 20 février 20265.

Le fait de juger et d’emprisonner des militants pour avoir participé à un sit-in pacifique en 2020 devant l’administration régionale du Complexe chimique tunisien, et la condamnation de 12 d’entre eux à un an de prison et d’un autre à huit mois, sans les informer ni leur permettre d’exercer leur droit à la défense, révèlent une tendance claire à la criminalisation de l’action civile et du mouvement social.

La Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’homme (LTDH) affirme que ce qui se passe n’est pas simplement une poursuite judiciaire, mais plutôt l’utilisation de l’appareil judiciaire pour intimider les défenseurs des droits humains et envoyer un message de menace direct à toutes les voix qui critiquent les politiques environnementales et les choix de développement qui ont causé des dommages considérables aux habitants de Gabès pendant des décennies.

De plus, la délivrance de mandats de perquisition plusieurs années après les faits confère au dossier un caractère vengeur et renforce le sentiment d’inégalité des chances et d’absence de garanties d’un procès équitable. Elle s’inscrit également dans un contexte plus large caractérisé par une restriction croissante de l’espace civique et un étouffement du mouvement social par le biais de poursuites judiciaires, au lieu de s’attaquer aux racines de la crise environnementale et développementale à Gabès.

La Ligue rappelle que la défense du droit à la vie, à la santé et à un environnement sain est au cœur du travail des défenseurs des droits humains et ne peut en aucun cas être transformée en crime.

De même, la protection de la liberté de manifestation pacifique n’est pas un choix politique circonstanciel, mais une obligation constitutionnelle et internationale qui incombe à l’État.

En conséquence, la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’homme :

– exprime sa solidarité absolue avec toutes les personnes condamnées, les militants du mouvement environnemental et les habitants de Gabès ;

– demande l’arrêt immédiat de l’exécution des peines et l’abandon des poursuites abusives ;

– appelle au respect du droit de manifester pacifiquement et à la protection de l’espace civil ;

– renouvelle son engagement à défendre le droit à la vie, à un environnement sain et à la dignité.

Pour le bureau directeur,

Le président Bassem Trifi

 

L’article Tunisie | La LTDH dénonce la «criminalisation de la protestation pacifique» est apparu en premier sur Kapitalis.

La Tunisie, pays du «million» de médecins !

Le taux de réussite des filles dans la promotion 2026 de la Faculté de médecine de Sfax a atteint 75 %. Une belle image que l’avocat partage et commenté, non sans quelque fierté, dans son post Facebook que nous traduisons ici de l’arabe.

Sami Jallouli *

Cette photo montre les femmes diplômées de la Faculté de médecine de Sfax, où les femmes représentaient environ 75 % de la promotion 2026…

Cette image reflète une réalité tangible dans les universités tunisiennes et dans le secteur de la santé en général. La domination des femmes dans les facultés de médecine de Tunis, Sousse, Monastir et Sfax n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’années d’excellence scolaire exceptionnelle…

Au niveau local, comme on le sait, les études dans les facultés de médecine en Tunisie durent de 7 à 11 ans, voire plus, ce qui exige une patience et une persévérance sans pareilles. La médecin tunisienne a fait preuve d’une grande capacité à persévérer et à s’accrocher dans cette voie difficile, car elle est le fruit d’une formation académique rigoureuse et d’une école de médecine prestigieuse… Comme on dit : «Qui dit médecine… dit d’abord Tunisie, puis vient, loin derrière, le reste ».

«Si nos médecins émigrés en Allemagne et en France sont particulièrement reconnus et obtiennent les meilleurs résultats aux examens de compétence, ceux qui ont choisi de rester en Tunisie ont fait de ce pays un pôle régional pour les traitements et le tourisme médical.

La Tunisie est en effet en tête du classement continental et rivalise avec les pays développés dans des spécialités pointues telles que la chirurgie cardiaque et vasculaire, le traitement de l’infertilité, la dentisterie, la chirurgie et l’orthopédie, la chirurgie esthétique, les maladies digestives et l’ophtalmologie, sans oublier son leadership dans les centres de traitement de la toxicomanie…

Pourquoi la Tunisie d’abord, puis les autres ?

Il ne s’agit pas de chauvinisme tunisien, mais d’un fait historique. En 1936, la Tunisie a offert à l’humanité la première femme médecin arabe et africaine, le Dr Tawhida Ben Cheikh. Elle est aujourd’hui le seul pays au monde à avoir honoré une femme médecin en apposant son portrait sur sa monnaie nationale…

Ce succès fait la fierté de la Tunisie et du système éducatif public. Il s’inscrit dans la continuité de l’héritage culturel de l’école de médecine de Kairouan, fondée par Ibn Omrane et Ibn Al-Jazar il y a plus de mille ans…

* Juriste, Genève.

L’article La Tunisie, pays du «million» de médecins ! est apparu en premier sur Kapitalis.

Mme Ounissi raconte la journée d’une épouse de prisonnier politique

Rahma Laâbidi est l’épouse du Dr Mondher Ounissi, président par intérim du parti Ennahdha, poursuivi en justice et détenu depuis septembre 2023 dans le cadre de l’affaire de feu Dr Jilani Daboussi, ancien député, mort en prison en mai 2014. Dans un poste Facebook, publié vendredi 20 février 2026, et que nous traduisons ci-dessous, Mme Ounissi raconte une journée de sa vie d’épouse de prisonnier politique… Et attire l’attention des autorités pénitentiaires sur la détérioration de l’état de santé de son époux.

«La journée a été longue, entre le tribunal et la prison d’Oudhna.

«Je l’ai d’abord vu au tribunal, le visage marqué par la fatigue. Après l’audience, je me suis précipitée à la prison, le cœur battant à tout rompre. Je suis même arrivée avant lui…

«Nous avons seulement parlé de son état de santé. Le professeur Mondher Ounissi souffre toujours d’un taux élevé de créatinine et craint d’atteindre le stade de la dialyse, et il sait de quoi il parle. Il connaît mieux que quiconque son état de santé…

«Vous lui avez volé sa liberté… Ne lui volez pas aussi sa santé. Donnez-lui les soins dont il a besoin avant qu’il ne soit trop tard.

«Les soins de santé sont un droit, pas un privilège.

«Liberté pour le professeur Mondher Ounissi.

«Liberté pour les détenus.»

Rappelons que Dr Ounissi est un spécialiste en médecine interne. Il a exercé à l’Hôpital Charles-Nicolle de Tunis et a été impliqué dans la recherche sur la transplantation rénale.

C’est en cette qualité qu’il avait la charge et la responsabilité du Dr Daboussi, avec d’autres personnes, dont l’ancien ministre de la Justice, Noureddine Bhiri, poursuivi lui aussi dans la même affaire.

Ironie de l’histoire, durant la période de son incarcération (2011-2014), feu Dr Daboussi souffrait d’une insuffisance rénale et était soumis à des séances de dialyse en prison. Sa famille accuse les autorités de l’époque de ne pas l’avoir fait bénéficier des soins que nécessitait sa maladie chroniques.   

L’examen du dossier a été à nouveau reporté au 27 février 2026.

I. B.

L’article Mme Ounissi raconte la journée d’une épouse de prisonnier politique est apparu en premier sur Kapitalis.

Etats-Unis – Iran | Les négociations sont-elles un écran de fumée ?

Lorsque des porte-avions et des sous-marins nucléaires se déploient pendant que les diplomates se rencontrent, lorsque les bombardiers changent de base au rythme des communiqués officiels, il ne s’agit plus d’un simple dialogue, il s’agit d’une préparation minutieuse à une confrontation majeure. Les négociations entre Washington et Téhéran s’inscrivent dans cette logique.

Yahya Ould Amar *

Dans les crises contemporaines, la négociation n’est plus l’alternative à la guerre, elle en est souvent l’antichambre. Elle permet d’organiser la responsabilité de l’échec et de transformer une action militaire en réaction légitime. La diplomatie devient ainsi la dernière étape avant l’usage de la force, non la première vers la paix.

Les discussions en cours entre Américains et Iraniens remplissent une fonction classique consistant à gagner du temps, à tester l’adversaire, à façonner la perception internationale et, surtout, à construire la légitimité d’une action future.

La diplomatie comme instrument tactique

Washington discute tout en renforçant simultanément son dispositif militaire régional avec des déploiements navals, un repositionnement aérien, une coordination stratégique avec ses alliés, notamment Israël. Or l’histoire des crises internationales montre qu’on ne prépare pas un accord durable en augmentant parallèlement la capacité de frappe. La diplomatie devient alors un levier tactique, destiné à accroître la pression et à contraindre l’adversaire à céder et à se plier à un dictat par nature déséquilibré.

Surtout que les exigences des deux parties demeurent incompatibles. Les États-Unis réclament des limitations élargies du programme nucléaire, des restrictions balistiques à une portée maximale de 300 km et un encadrement des réseaux d’influence régionaux iraniens. Téhéran, de son côté, exige une levée substantielle des sanctions et refuse toute négociation sur son programme d’armement balistique. Ces lignes rouges rendent improbable un accord de fond à court terme.

Une guerre pensée en Israël

Si les chances d’un compromis sont faibles, pourquoi maintenir le théâtre diplomatique ? Pour Washington, afficher des discussions en cours permet de démontrer que «toutes les voies ont été explorées» avant toute escalade. Cette séquence construit une légitimité internationale précieuse, ainsi en cas d’échec, l’administration américaine pourra soutenir qu’elle n’a fait que réagir à l’intransigeance iranienne. La diplomatie devient ainsi une assurance politique, une étape nécessaire pour préparer l’opinion publique, les alliés européens et les partenaires régionaux à une confrontation.

Se joindre sans réserve aux guerres du gouvernement de Netanyahu ne renforcerait pas nécessairement les intérêts américains ; cela pourrait au contraire les fragiliser. Une guerre pensée à Jérusalem ne correspond pas toujours aux priorités stratégiques de Washington.

Du côté iranien, le maintien des négociations répond à une logique différente mais tout aussi stratégique. Il s’agit d’espérer desserrer partiellement l’étau des sanctions, de gagner du temps pour consolider les capacités internes, et d’éviter l’image d’un régime fermé à toute solution diplomatique. Les discussions servent également de canal de renseignement, chacune des parties teste l’autre, évalue ses marges de manœuvre et mesure sa tolérance au risque. En réalité, la négociation est devenue un instrument d’observation et de préparation mutuelle — non un chemin vers la paix.

Le facteur nucléaire : un prétexte ?

Officiellement, le cœur du différend reste le nucléaire. Empêcher l’Iran d’accéder à l’arme atomique constitue l’argument central avancé par Washington pour justifier sa fermeté. Pourtant, la question dépasse largement la seule prolifération. Ce qui est en jeu, c’est l’équilibre stratégique régional. Un Iran doté d’une capacité nucléaire militaire — même latente — modifierait profondément la hiérarchie des puissances au Moyen-Orient, affaiblissant la liberté d’action américaine et celle de ses alliés. Le dossier nucléaire sert ainsi de justification visible à une préoccupation plus large de préservation d’une architecture de sécurité régionale favorable aux intérêts occidentaux.

Si le nucléaire constitue l’argument public central, il n’épuise pas les motivations réelles. La nature des cibles frappées lors de la guerre de douze jours de 2025 — bien au-delà des seules installations atomiques — suggère que l’objectif dépasse la simple non-prolifération. Il s’agit moins d’empêcher la construction d’une bombe nucléaire que de remodeler un rapport de force régional.

Mais le paradoxe est cruel. Plus la pression militaire et économique s’intensifie, plus l’incitation iranienne à rechercher une dissuasion crédible augmente. Une frappe préventive pourrait retarder le programme nucléaire sans l’éliminer ; elle pourrait surtout transformer une capacité latente en décision politique assumée d’accéder à l’arme nucléaire.

Dans cette perspective, la négociation actuelle ressemble à une tentative de gestion du calendrier stratégique afin de retarder le seuil critique, sans résoudre le dilemme fondamental. Le nucléaire n’est pas seulement le déclencheur potentiel d’une confrontation ; il est devenu l’outil rhétorique central d’un affrontement plus vaste sur la domination régionale.

Il y a encore quelques mois, les services de renseignement américains estimaient que Téhéran n’avait pas pris la décision politique de construire une arme nucléaire. Ce décalage entre évaluation stratégique et rhétorique publique mérite d’être interrogé.

En juin 2025, le président Trump déclarait solennellement à la nation : «Il y a peu de temps, l’armée américaine a mené des frappes massives et de haute précision contre les trois principales installations nucléaires du régime iranien : Fordo, Natanz et Ispahan… Notre objectif était la destruction de la capacité d’enrichissement nucléaire de l’Iran… Ce soir, je peux annoncer au monde que les frappes ont été un succès militaire spectaculaire. Les principales installations d’enrichissement nucléaire de l’Iran ont été complètement et totalement anéanties.»

Si ces installations ont réellement été «complètement et totalement anéanties», au point d’éliminer la menace, alors invoquer aujourd’hui le nucléaire comme motif central d’une nouvelle intervention révèle une contradiction majeure. Soit la menace a été neutralisée, soit elle sert désormais d’argument commode pour justifier une escalade dont les motivations dépassent la seule non-prolifération. Ce glissement du discours suggère que le nucléaire n’est pas la cause profonde de l’escalade, mais son habillage politique.

On se souvient des accusations martelées sur les prétendues armes de destruction massive de Saddam Hussein, brandies comme justification morale et stratégique de l’invasion de l’Irak — des armes qui, au terme de la guerre, ne furent jamais trouvées, parce qu’elles n’avaient jamais existé.

Même les bombardements les plus massifs — y compris l’usage de munitions de très forte puissance contre des sites enterrés — ne détruisent pas une compétence nucléaire. Ils en retardent le calendrier. Les centrifugeuses peuvent être reconstruites ; le savoir-faire, lui, ne s’anéantit pas sous les décombres.

Derrière le discours officiel sur la non-prolifération se dessine une logique plus profonde, la préservation d’une asymétrie stratégique permanente fondée sur le maintien d’un monopole nucléaire israélien dans la région.

Pourquoi le moment est stratégique

Si les négociations paraissent fragiles, c’est aussi parce que le calendrier stratégique pèse lourdement sur les décisions. Du côté américain, la fenêtre d’action militaire pourrait se refermer à mesure que l’Iran consolide et disperse ses capacités nucléaires et balistiques. Plus le temps passe, plus une intervention deviendrait complexe, coûteuse et incertaine. Cette dimension temporelle crée une pression silencieuse, agir tant que la supériorité technologique et opérationnelle est perçue comme décisive.

Du côté iranien, le temps joue différemment. Chaque mois qui passe, permet d’améliorer les capacités d’enrichissement et de tester la résilience économique face aux sanctions. Les protestations internes, quant à elles, introduisent une variable politique instable – un régime fragilisé peut chercher l’apaisement ou au contraire se durcir. Les négociations actuelles s’inscrivent donc dans une course contre la montre où chacun tente de maximiser son avantage avant un possible point de bascule.

Le moment n’est pas choisi au hasard ; il est dicté par la perception d’une opportunité stratégique — ou d’un risque imminent.

Trois scénarios plausibles

Trois trajectoires se dessinent à l’horizon. La première peu probable, serait celle d’un compromis technique minimal tel qu’un gel de l’enrichissement iranien contre un allègement limité des sanctions. Un accord partiel, sans résolution des différends structurels, permettant à chacun de sauver la face. Ce scénario stabiliserait provisoirement la situation, mais il ne ferait que repousser l’affrontement stratégique sous-jacent.

La seconde hypothèse serait celle d’un échec contrôlé menant à des frappes ciblées américaines et israéliennes contre des installations nucléaires et balistiques iraniennes.

Une fois les hostilités engagées, le président américain ne serait plus seul maître du tempo. Les pressions viendraient de toutes parts, notamment de ses alliés européens, désireux de voir la guerre s’achever au plus vite tant ils en subissent les répercussions — renchérissement des importations énergétiques, perte de points de croissance économique, tensions migratoires accrues — comme d’acteurs politiques intérieurs, sceptiques quant à la possibilité d’un
résultat véritablement décisif.

L’escalade, souvent, devient moins stratégique que politique. Aussi, l’histoire des crises régionales montre qu’une action dite «limitée» peut déclencher une riposte asymétrique imprévisible tels que des attaques contre des bases américaines, des activations de proxies, des perturbations énergétiques.

Enfin, le scénario le plus préoccupant demeure celui de l’erreur de calcul. Dans un environnement saturé de méfiance, de démonstrations de force et de pression politique, un incident mal interprété pourrait faire basculer la région dans une escalade rapide. Ce n’est pas toujours l’intention qui déclenche la guerre ; c’est parfois l’accumulation de signaux mal lus.

L’histoire récente du Moyen-Orient devrait inciter à la prudence face aux promesses implicites de changement de régime. L’Irak a produit un enlisement stratégique. La Libye a engendré un chaos durable. Et l’Iran lui-même porte la mémoire d’un coup d’État soutenu de l’extérieur dont les conséquences ont façonné la révolution de 1979. Les renversements imposés créent rarement les démocraties espérées.

Une offensive extérieure provoquerait vraisemblablement un réflexe de ralliement national. Dans les moments de crise, les oppositions internes suspendent leurs divisions. L’hostilité étrangère consolide souvent ce qu’elle prétend affaiblir.

L’issue la plus probable d’une confrontation ne serait pas l’émergence d’un Iran modéré, mais le renforcement des éléments les plus durs du régime — voire une consolidation du pouvoir des structures militaires favorables à une dissuasion nucléaire assumée.

Le risque majeur : l’erreur de calcul

Le danger principal ne réside peut-être ni dans une décision assumée de faire la guerre, ni dans un plan prémédité d’escalade, mais dans une erreur de calcul. Lorsque deux puissances s’observent à travers le prisme de la méfiance, chaque geste défensif peut être interprété comme une provocation, chaque démonstration de force comme un prélude à l’attaque. Dans un contexte où les forces sont déjà déployées, où les alliés régionaux sont en alerte et où les opinions publiques sont polarisées, la marge d’interprétation se réduit dangereusement.

Une frappe présentée comme “préventive” pourrait être perçue à Téhéran comme une tentative de changement de régime. Une riposte calibrée pourrait être jugée insuffisante à Washington et entraîner une seconde vague d’attaques. L’escalade ne serait alors plus le fruit d’une stratégie réfléchie, mais celui d’un engrenage. Les négociations actuelles ne neutralisent pas ce risque, elles l’accompagnent. Car lorsque la diplomatie sert davantage à préparer l’échec qu’à prévenir la crise, elle devient le décor fragile d’un affrontement en attente de déclencheur.

Toute confrontation directe aurait un coût immédiat, pertes humaines, attaques contre des installations abritant des dizaines de milliers de militaires américains dans la région, opérations clandestines en représailles. Mais le coût stratégique serait plus durable encore, affaiblissement du droit international et renforcement des puissances révisionnistes promptes à invoquer les précédents occidentaux pour justifier leurs propres offensives.

Au fond, les négociations actuelles constituent un théâtre diplomatique nécessaire dans toute confrontation moderne, un espace où l’on parle pour mieux se positionner, où l’on négocie pour tester, où l’on dialogue pour légitimer. Mais elles ne traduisent pas une volonté politique claire de compromis durable. Elles accompagnent un rapport de force.

L’histoire des relations internationales enseigne que lorsque la diplomatie se déroule sous la protection des bombardiers, ce sont rarement les mots qui tranchent en dernier ressort. Si les discussions en cours servent avant tout à structurer la confrontation plutôt qu’à l’éviter, alors le véritable enjeu n’est pas la signature d’un accord, mais la capacité des deux puissances à maîtriser l’escalade. Car derrière l’écran de fumée diplomatique se joue une question plus vaste, celle du monopole de puissance au Moyen-Orient — et de la manière dont les grandes nations choisissent d’imposer ou de négocier leur ordre stratégique. Une nouvelle guerre offensive fournirait aux puissances révisionnistes un argument supplémentaire pour relativiser les normes de non-agression. Chaque précédent affaiblit la règle. Et dans un monde déjà fragmenté, l’érosion des principes peut produire des conséquences plus durables qu’une victoire militaire.

* Economiste, banquier et financier.

L’article Etats-Unis – Iran | Les négociations sont-elles un écran de fumée ? est apparu en premier sur Kapitalis.

France – Algérie | «Pas de réconciliation sans vérité»

Il n’a pas mâché ses mots. Benjamin Stora a publiquement critiqué France Info après la diffusion d’un reportage qui, selon lui, a dénaturé le sens de son intervention sur la mémoire coloniale, réduisant son propos à quelques secondes au profit d’un certain influenceur, Amir Dz. (Photo : Crânes de résistants algériens tués au XIXe siècle par l’armée française et conservés au Musée de l’Homme à Paris).

Invité pour parler d’histoire — la guerre d’indépendance, les essais nucléaires dans le Sahara, les crânes de résistants algériens conservés dans les musées français — l’historien s’est retrouvé noyé dans un sujet centré sur Amir Dz. Une «faute éthique grave», dénonce-t-il, estimant que l’on ne peut pas traiter un contentieux historique majeur comme un simple élément de décor médiatique.

L’entretien avait pourtant été tourné au Musée de l’Homme, lieu hautement symbolique où reposent encore des restes de combattants algériens exécutés durant la conquête coloniale. Le contraste entre la solennité du lieu et la légèreté du montage final n’a pas échappé à Stora, qui y voit le symptôme d’un malaise plus profond dans le traitement médiatique des relations franco-algériennes.

Sur France Info, il a appelé à «élever le niveau» et à sortir des polémiques faciles. Pour lui, la réconciliation entre la France et Algérie ne pourra se construire que sur des actes : reconnaissance des crimes coloniaux, restitution d’objets symboliques, poursuite du travail d’identification des crânes, mise en œuvre des recommandations remises en 2021 au président Emmanuel Macron.

Cinq ans plus tard, le constat est amer : peu de mesures ont été concrètement appliquées, tandis que les relations bilatérales s’enlisent dans une crise que Stora juge parmi les plus graves depuis l’indépendance.

Au-delà de l’incident médiatique, l’affaire révèle une question plus large : la France est-elle prête à regarder en face son histoire coloniale avec l’Algérie ? Pour l’historien, la réponse ne peut venir ni des plateaux en quête de buzz ni des raccourcis sensationnalistes, mais d’un travail politique courageux, constant et assumé.

Djamal Guettala 

Voir vidéo.

L’article France – Algérie | «Pas de réconciliation sans vérité» est apparu en premier sur Kapitalis.

Arabie saoudite | Les projets pharaoniques se heurtent à la réalité

Entre les maquettes et la réalité, il y a tout un monde ! Avec des prix du pétrole en baisse et que le président américain Donald Trump fait pression pour davantage les baisser, les recettes de l’Arabie saoudite ne sont plus celles qui étaient prévues et par conséquent, le Royaume est entré dans une phase de déficit budgétaire. Résultat : les mégaprojets connaissent des ajustements, des reports ou des annulations. Finie la folie des grandeurs des années précédentes, place à l’austérité ! (Photo : Le mégaprojet The Cube à Riyad est à l’arrêt).

Imed Bahri 

The Chosun Daily, journal sud-coréen anglophone, estime que l’Arabie saoudite, autrefois guidée par l’ambition financière, se montre désormais plus prudente. La construction du gigantesque bâtiment «Cube» (Mukaab), prévu au cœur de Riyad, est à l’arrêt.

Dans le cadre de son projet de réforme nationale Vision 2030, l’Arabie saoudite ambitionnait de créer des villes miniatures au milieu du désert. Cependant, face à des prix du pétrole toujours inférieurs au seuil de 90 à 110 dollars le baril nécessaire à l’équilibre budgétaire, le Royaume a officiellement annoncé l’annulation de plusieurs mégaprojets et le retrait de leurs plans de mise en œuvre.

Des mégaprojets à l’arrêt

Reuters a rapporté que l’Arabie saoudite a suspendu la construction du Cube et a entrepris de réévaluer sa viabilité financière et ses priorités stratégiques. Le Cube, une structure cubique de 400 mètres de côté, devait inclure un dôme piloté par intelligence artificielle et une ziggourat (édifice en forme de pyramide à étages constitué de plusieurs terrasses superposées) de 300 mètres de haut. Le projet avait suscité un intérêt international, certains affirmant qu’il pourrait contenir l’équivalent de 20 Empire State Buildings. Toutefois, tous les travaux de construction sont à l’arrêt depuis le début des fouilles.

Le cabinet de conseil immobilier britannique Knight Frank a estimé le coût de développement du projet Neo Cube, cube compris, à environ 50 milliards de dollars. Cependant, la valeur réelle des contrats attribués aux entreprises de construction n’a pas dépassé jusque-là les 100 millions de dollars. La date d’achèvement prévue du projet a également été repoussée de dix ans, de 2030 à 2040.

Les mégaprojets, symboles de la Vision 2030, ont subi des réductions, des reports ou des refontes successives. The Line (La Ligne), la ville linéaire qui constitue le cœur de Neom, est en cours de refonte, avec une réduction significative par rapport aux 170 kilomètres initialement prévus.

Le mégaprojet Neom risque de rester encore longtemps dans les cartons.

Retards pour insuffisance budgétaire

Les Jeux asiatiques d’hiver de 2029, initialement prévus à la station de montagne de Trogina, ont également été reportés sine die, sans explication officielle. Toutefois, l’opinion générale est que l’achèvement du projet d’ici 2029 est devenu difficile en raison des retards de construction et des insuffisances budgétaires. Une source sur place a déclaré : «Il est absolument impossible que nous soyons prêts d’ici 2029».

Ces développements sont dus à la chute des prix du pétrole. Les cours mondiaux ont dégringolé aux alentours de 60 dollars le baril. L’Arabie saoudite a besoin d’un prix compris entre 90 et 110 dollars le baril pour équilibrer son budget. Les prix actuels sont nettement inférieurs. Avec les investissements massifs liés à la Vision 2030, le déficit budgétaire s’est creusé pour atteindre environ 5% du PIB. Les mégaprojets sont devenus les cibles prioritaires pour «accélérer les choses».

Les pressions exercées par l’administration du président américain ont également contribué à la baisse des prix du pétrole. Trump a déclaré publiquement au Forum de Davos en janvier de l’année dernière : «Je demanderai à l’Arabie saoudite et à l’Opep de baisser les prix du pétrole».

Déjà, huit pays de l’alliance Opep+, dont l’Arabie saoudite, ont mis en œuvre une augmentation de leur production quotidienne de 411 000 barils à partir d’avril 2025, soit trois fois plus rapide que les estimations du marché. Des augmentations de même ampleur se sont poursuivies en mai et juin.

L’Agence américaine d’information sur l’énergie (U.S. Energy Information Administration – EIA) a prévu une baisse du prix du pétrole brut Brent, passant de 81 dollars le baril en 2024 à 68 dollars en 2025, puis à 61 dollars en 2026. Quant à l’Agence internationale de l’énergie (AIE), elle a également anticipé un ralentissement de la croissance de la demande mondiale de pétrole en 2026, conjugué à une offre excédentaire persistante. Bien que l’Arabie saoudite ait augmenté sa production face à la baisse des prix du pétrole, cette mesure a finalement pesé davantage sur ses finances.

Le Fonds d’investissement public (PIF), moteur financier de la Vision 2030, doté d’un actif d’environ 925 milliards de dollars, a également réorienté ses priorités. Ce fonds, contrôlé de facto par le prince héritier Mohammed Ben Salmane, a épongé 8 milliards de dollars de pertes liés à des mégaprojets tels que Neom fin 2024. Depuis, il a réorienté ses investissements vers des secteurs plus rentables comme la logistique, l’intelligence artificielle et l’exploitation minière.

Ajustements en fonction des priorités

«Des ajustements, des reports ou des annulations peuvent être effectués en fonction des priorités», a déclaré le ministre des Finances, Mohammed Al-Jadaan, en décembre dernier, autorisant de fait la restructuration de projets. Parallèlement, l’Arabie saoudite réoriente ses ressources vers les infrastructures nécessaires aux événements déjà programmés tels que l’Exposition universelle 2030 et la Coupe du monde de 2034.

Face à la montée des pressions financières, l’Arabie saoudite s’intéresse également aux ultra-riches. Bloomberg a rapporté que le Royaume envisageait d’accorder des droits de résidence privilégiés aux personnes fortunées dont le patrimoine dépasse 30 millions de dollars ainsi qu’aux propriétaires de yachts de luxe. Ce plan vise à attirer des capitaux étrangers et des particuliers fortunés vers des projets stratégiques tels que Neom, le complexe touristique de la mer Rouge et la rénovation de Riyad. L’Arabie saoudite cherche à attirer à la fois des capitaux et des particuliers grâce à une version saoudienne du visa doré (Golden visa). Cependant, des questions subsistent quant à sa compétitivité, étant donné que les Émirats arabes unis disposent déjà d’un système de visa doré et offrent des permis de séjour de dix ans.

Ainsi, l’Arabie saoudite, qui s’était lancée dans la construction de mégapoles à un rythme soutenu grâce aux revenus pétroliers, a commencé à ralentir la cadence face à la baisse des prix du pétrole. Les observateurs estiment que la Vision 2030, qui promeut une ère post-pétrolière, est désormais confrontée à une véritable épreuve dans un contexte de pénurie de pétrole.

Les entreprises sud-coréennes n’ont pas été épargnées par les répercussions de cette évolution. Au premier semestre 2025, la valeur des commandes à l’étranger pour les entreprises de construction sud-coréennes a chuté de 20% par rapport à l’année précédente. Cette baisse est principalement due à la réduction et au report des commandes liées au projet Neom. Une cimenterie sud-coréenne implantée en Arabie saoudite, qui fournissait du béton prêt à l’emploi à un consortium, a interrompu sa production et a procédé à des licenciements en raison de la forte diminution des volumes liés à Neom.

Lorsque des commandes sont retardées, les chantiers et les chaînes d’approvisionnement sont les premiers touchés. Si les volumes provenant de projets saoudiens comme Neom diminuent, les performances des entreprises locales de construction et de matériaux de construction au Moyen-Orient sont inévitablement et directement impactées.

L’article Arabie saoudite | Les projets pharaoniques se heurtent à la réalité est apparu en premier sur Kapitalis.

La culture contre la violence, la laideur et l’abandon

Dans de nombreuses villes et quartiers, la violence n’apparaît pas soudainement. Elle s’installe lentement, presque silencieusement, à mesure que les espaces se vident de sens, que les murs se dégradent, que les lieux de rencontre ferment leurs portes. La laideur urbaine, l’abandon culturel et la pauvreté symbolique ne sont pas de simples conséquences du sous-développement : ils en sont souvent les causes profondes. Face à cela, la culture n’est pas un luxe. Elle est un outil social majeur, un rempart discret mais puissant contre la brutalité, l’exclusion et la perte du lien. (Photo : Cité de la culture de Tunis).

Zouhaïr Ben Amor *

Quand la culture disparaît, le terrain devient fertile à la violence. Les sociologues le rappellent souvent : la violence ne naît pas seulement de la pauvreté matérielle, mais aussi de la pauvreté symbolique. Un quartier sans bibliothèque, sans cinéma, sans lieu d’exposition, est un quartier où l’imaginaire s’atrophie. Là où l’esprit ne voyage plus, la frustration s’accumule.

La fermeture d’un cinéma de quartier, la disparition d’une galerie municipale ou d’une bibliothèque ne font pas la une des journaux. Pourtant, leurs effets sont durables. Ces lieux jouaient un rôle silencieux mais essentiel : ils offraient des espaces de respiration, de confrontation d’idées, de beauté, parfois même de rêve. Lorsqu’ils disparaissent, l’espace public se réduit à la rue, souvent livrée à elle-même.

La culture de proximité : un antidote discret mais efficace

Contrairement aux grands événements culturels ponctuels, la culture de proximité agit dans le temps long. Une petite galerie dans une ville moyenne, un cinéma municipal, une bibliothèque de quartier ne sont pas des lieux élitistes : ce sont des espaces de socialisation.

Dans une galerie d’art, on n’achète pas nécessairement une œuvre. On regarde, on discute, on apprend à voir autrement. Le regard s’éduque, la sensibilité se développe. Apprendre à regarder une peinture, c’est aussi apprendre à regarder l’autre, à accepter la complexité, à sortir du réflexe de la brutalité immédiate.

Le cinéma, quant à lui, est l’un des rares lieux où des individus de générations, de milieux et de sensibilités différentes partagent une même émotion, dans le silence et l’attention. Voir un film, c’est faire l’expérience de l’altérité. C’est comprendre que d’autres vies existent, que d’autres trajectoires sont possibles.

La bibliothèque : le cœur battant du lien social

Dans de nombreuses villes du monde, la bibliothèque est devenue bien plus qu’un lieu de prêt de livres. Elle est un refuge, un espace de travail, de rencontre, parfois même de reconstruction personnelle. Pour les jeunes, elle offre une alternative à la rue. Pour les personnes âgées, elle est souvent un lieu de présence et de dialogue. Pour les plus fragiles, elle représente un espace neutre, non marchand, non violent.

Une bibliothèque bien pensée est un lieu où l’on peut entrer sans être jugé, sans consommer, sans se justifier. Elle incarne une idée simple mais révolutionnaire : le savoir et la culture sont des biens communs.

La laideur comme violence invisible

On parle souvent de violence physique ou verbale, mais rarement de la violence esthétique.

Pourtant, vivre dans un environnement dégradé, sans harmonie, sans couleurs, sans œuvres, est une forme de violence quotidienne. La laideur fatigue, irrite, abîme lentement les relations sociales.

À l’inverse, un mur peint, une sculpture sur une place, une exposition dans un hall municipal modifient profondément le rapport des habitants à leur espace. Ils créent de la fierté, de l’appropriation, du respect. On dégrade moins ce qui est beau. On protège ce qui nous ressemble.

La culture contre l’extrémisme et la radicalisation

Là où la culture recule, les discours simplistes prospèrent. L’absence de débat, de confrontation d’idées, de pensée critique laisse le champ libre aux idéologies de la haine. La culture ne donne pas de réponses toutes faites, mais elle apprend à poser des questions, à douter, à nuancer.

Un jeune qui lit, qui voit des films, qui fréquente des expositions développe une complexité intérieure qui rend plus difficile l’adhésion aux discours violents ou manichéens. La culture est une école de la lenteur, à l’opposé de l’immédiateté brutale de la violence.

Quand la culture transforme les villes

Dans plusieurs pays, la culture a été intégrée comme un pilier des politiques sociales.

En France, de nombreuses villes ont misé sur des médiathèques de quartier, ouvertes tard le soir, gratuites, multifonctionnelles. Elles ont permis de réduire l’isolement, d’accompagner les jeunes dans leur scolarité et de recréer du lien intergénérationnel.

Au Canada, certaines municipalités ont intégré des galeries d’art dans les bâtiments administratifs, les hôpitaux, les bibliothèques. L’art y devient partie intégrante de la vie quotidienne, et non un privilège réservé à quelques-uns.

Dans les pays nordiques, la culture est pensée comme un service public essentiel, au même titre que la santé ou l’éducation. Chaque petite ville dispose d’un cinéma, d’une bibliothèque, souvent d’un espace d’exposition. Le résultat n’est pas seulement culturel, il est social : des sociétés plus apaisées, moins violentes, plus cohésives.

La responsabilité des collectivités locales

La culture ne peut pas reposer uniquement sur la bonne volonté des artistes ou des associations. Elle doit être portée par une vision politique claire. Investir dans une galerie municipale coûte souvent moins cher que réparer les dégâts causés par la violence, la délinquance ou la dégradation urbaine.

Les collectivités peuvent jouer un rôle clé :

– en mettant à disposition des locaux,

– en soutenant les initiatives locales,

– en intégrant l’art dans les espaces publics,

– en favorisant l’accès gratuit ou à très faible coût.

Il ne s’agit pas de prestige, mais de cohésion sociale.

Les artistes comme acteurs sociaux

Les artistes ne sont pas seulement des producteurs d’objets esthétiques. Ils sont des acteurs sociaux, des révélateurs de tensions, des passeurs de mémoire. Leur présence dans un quartier, une ville, change la dynamique locale.

Une résidence d’artiste dans une école, une prison, un quartier populaire peut avoir des effets durables. Elle redonne la parole, restaure la dignité, permet l’expression de ce qui est souvent tu.

On entend souvent que «la culture coûte cher». C’est une vision à court terme. En réalité, la culture est un investissement social. Elle réduit les coûts liés à la violence, à l’exclusion, à l’échec scolaire. Elle améliore la qualité de vie, l’attractivité des villes, le vivre-ensemble.

Une ville qui investit dans la culture investit dans son avenir.

Reconstruire par le beau, le sens et le lien

Dans un monde marqué par les tensions, les crispations identitaires et la montée des violences, la culture apparaît comme une réponse humble mais essentielle. Elle ne règle pas tout, mais elle prépare le terrain. Elle réintroduit du sens là où il n’y avait que du vide, du dialogue là où régnait le conflit, du beau là où s’installait la laideur.

Galeries d’art, cinémas, bibliothèques, espaces culturels de proximité ne sont pas des ornements urbains. Ils sont les fondations invisibles d’une société apaisée. Les négliger, c’est accepter que la violence et la médiocrité deviennent la norme. Les défendre, c’est choisir la dignité, la créativité et l’avenir.

* Universitaire.

L’article La culture contre la violence, la laideur et l’abandon est apparu en premier sur Kapitalis.

Tunisie | Peut-on encore critiquer Kaïs Saïed ?

En Tunisie, ceux qui raillent Kaïs Saïed ou le critiquent de manière particulièrement appuyée savent ce qui les attend : des poursuites judiciaires et un séjour plus ou moins long en prison. Beaucoup d’activistes politiques, d’acteurs de la société civile et de journalistes en ont fait l’expérience à leur corps défendant et le dernier en date est un député qui était jusqu’à récemment l’un des plus fervents partisans du président de la république.  

Latif Belhedi

Le député en question, Ahmed Saidani, a en effet été condamné par un tribunal de première instance, jeudi 19 février 2026, à 8 mois de prison ferme, pour avoir publié sur les réseaux sociaux des messages où il tournait en dérision le chef de l’Etat et critiquait, avec de lourds sous-entendus, son maigre bilan économique et social.

Les opposants à Kaïs Saïed peuvent continuer à dénoncer ce qu’ils qualifient de «répression accrue à l’encontre des détracteurs du régime», ils sont désormais avertis : ils doivent tourner sept fois leur langue dans leur bouche et peser très soigneusement leurs mots à chaque fois qu’il leur vient l’irrépressible envie de le critiquer. Mieux vaudrait, peut-être, la laisser passer, cette satanée envie, pour ne pas courir le risque de subir le même sort que le malheureux député, le dernier d’une liste qui en compte déjà un certain nombre.

Autrefois partisan des politiques de Saïed, y compris sa fermeté envers ses opposants politiques, Saidani est devenu ces derniers mois l’un de ses plus virulents critiques, en l’accusant, notamment, de chercher à monopoliser tous les pouvoirs dans le pays, tout en laissant les autres assumer la responsabilité des problèmes dont se plaignent les Tunisens.

Prenant la défense de son collègue, le député Bilel Mechri, a déclaré à l’agence Reuters : «Il s’agit d’une violation de la loi et d’une attaque contre les institutions. Comment le Parlement peut-il demander des comptes au pouvoir exécutif si celui-ci procède à des arrestations illégales pour des opinions critiques ?».

Les organisations de défense des droits humains ont beau affirmer que Saïed exerce un pouvoir personnel ou qu’il a transformé la Tunisie en une «prison à ciel ouvert» dans le but de réprimer ses opposants, le locataire du Palais de Carthage, au pouvoir depuis 2019, affirme qu’il n’interfère pas dans les affaires de la justice, laquelle, selon lui, ne fait qu’appliquer la loi.

L’article Tunisie | Peut-on encore critiquer Kaïs Saïed ? est apparu en premier sur Kapitalis.

A la redécouverte des couleurs perdues de la Tunisie romaine

Au-delà des mosaïques, un patrimoine moins visible et plus fragile, celui des enduits peints de la Tunisie romaine, revient au centre de la recherche grâce à une collaboration académique entre l’Italie et la Tunisie. (Photo: Site de Thanae ou Thyna, près de Sfax).

C’est ce qui ressort du bilan du cycle de rencontres organisées à Tunis par la professeure Antonella Coralini (Département d’histoire, de culture et de civilisation, Alma Mater Studiorum – Université de Bologne, Italie), dans le cadre d’un programme d’internationalisation soutenu par des fonds PNRR qui marque une nouvelle étape dans la coopération scientifique entre les deux rives de la Méditerranée.

Grâce à la collaboration avec l’Université de Tunis El Manar (UTM), peut-on lire dans un communiqué de l’Alma Mater Studiorum, les trois rencontres à Tunis ont représenté une occasion privilégiée d’échange et de réflexion pour les enseignants, les chercheurs et les étudiants d’Italie et de Tunisie : au centre de l’attention, les formes d’habitation des élites, la présence des dieux dans les villes et la peinture murale, avec de nombreux cas d’étude provenant d’Italie, Pompéi jouant un rôle de premier plan.

C’est précisément sur les murs peints de la Tunisie romaine que la professeure Coralini, directrice du Centre interuniversitaire d’études sur la peinture antique et responsable d’importants projets de recherche en partenariat entre l’Alma Mater Studiorum et l’Institut national du patrimoine (INP), s’est engagée depuis 2025 dans un ambitieux programme d’étude et de valorisation des matériaux conservés dans les musées de Carthage et du Bardo.

De juillet à décembre dernier, l’équipe qu’elle codirige avec Nesrine Nasr (INP) a déjà réalisé une extraordinaire «fouille dans les archives» des deux musées. Une équipe multidisciplinaire a analysé des centaines de caisses remplies de fragments de plâtre peint, révélant un patrimoine dont le raffinement n’a rien à envier aux célèbres exemples de Pompéi.

«Les analyses ont révélé l’utilisation de pigments rares et coûteux, comme le rouge cinabre», explique le professeur Coralini. Les recherches ont mis au jour des décorations qui allient les canons impériaux au goût local : scènes mythologiques, divinités, héros et jardins luxuriants.

Parmi les découvertes les plus fascinantes, citons l’étude du plafond de la chambre à coucher d’une domus de Thaenae ou Thyna (près de l’actuelle Sfax).

I. B.

L’article A la redécouverte des couleurs perdues de la Tunisie romaine est apparu en premier sur Kapitalis.

FTDES | «La justice tunisienne consacre l’impunité des pollueurs»

Dans le communiqué suivant, intitulé «Non à la criminalisation du combat environnemental. Non à la violation du droit à la vie», publié jeudi 19 février 2026, le Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES) exprime son indignation après les condamnations à la prison prononcées à l’encontre de militants pacifiques pour l’environnement à Gabès.

Le FTDES suit avec indignation les condamnations par contumace à un an de prison prononcées à l’encontre du militant social et environnementaliste Khayreddine Debaya et d’un certain nombre de militants et militantes du mouvement environnementaliste de Gabès, pour avoir participé à un sit-in pacifique devant l’administration régionale du Complexe chimique tunisien en 2020.

– Ces condamnations ont été prononcées le 8 mars 2023 à l’encontre de 12 militants pour «entrave à la liberté du travail» et de 8 mois à l’encontre d’un autre militant, dans des pratiques qui rappellent des contextes antérieurs, même avant la révolution du 17 décembre – 14 janvier, afin de criminaliser et d’épuiser le mouvement social, et ce, sans aucune convocation ni notification aux condamnés au cours des dernières années.

– Le fait de transformer une entité industrielle accusée de violer le droit à l’environnement et à la santé en «victime» d’une manifestation pacifique, tout en poursuivant les défenseurs des droits environnementaux, reflète un profond déséquilibre dans la balance de la justice et consacre une politique d’impunité au profit des pollueurs, en contrepartie de la répression des voix qui revendiquent le droit à la vie, à la dignité et à la justice environnementale.

Le FTDES:

– exprime sa solidarité absolue avec toutes les personnes condamnées dans cette affaire, avec les militants du mouvement environnemental et avec les habitants de Gabès ;

– demande l’arrêt de l’exécution des peines et l’abandon des poursuites abusives contre les militants du mouvement environnemental et tous les habitants de Gabès qui revendiquent le droit à la vie ;

– dénonce la poursuite des politiques de criminalisation des revendications sociales, d’intimidation des défenseurs des droits et d’utilisation des forces de sécurité et de la justice pour s’opposer aux droits à la vie et à la dignité.

– appelle au respect du droit de manifester pacifiquement, garanti par la Constitution et les conventions internationales ;

– renouvelle son appel à répondre aux revendications des habitants de Gabès en démantelant les unités et en garantissant le droit à la vie.

Communiqué.

L’article FTDES | «La justice tunisienne consacre l’impunité des pollueurs» est apparu en premier sur Kapitalis.

Ramadan | Le jeûne n’est pas déconseillé aux hypertendus équilibrés  

Aussi surprenant que cela puisse paraître à première vue, le jeûne du mois de ramadan n’est pas formellement déconseillé aux patients atteints de tension artérielle et dont la tension est équilibrée, indique Dr Faouzi Addad, professeur de cardiologie, dans le poste Facebook reproduit ci-dessous.

Une méta-analyse incluant plus de 3 000 participants montre, en effet, que le jeûne peut induire une baisse modérée mais significative de la pression artérielle, de l’ordre de : −3 mmHg pour la systolique et de −2 mmHg pour la diastolique.

Cette amélioration est observée aussi bien chez les sujets sains que chez les patients hypertendus bien équilibrés.

Certaines études montrent des variations minimes, ce qui rappelle que l’effet dépend beaucoup de l’alimentation, du sommeil et du respect du traitement.

Enseignements pour les praticiens :

Le jeûne est généralement bien toléré chez l’hypertendu stable avec traitement maintenu. Il convient, cependant :

– d’adapter si possible les prises médicamenteuses en schéma simple (une ou deux prises) ;

– et de surveiller les patients âgés ou polymédiqués les premiers jours.

L’amélioration tensionnelle semble en partie indépendante de la perte de poids.

Conseils pour les patients et citoyens :

– bien s’hydrater entre l’iftar et le souhour,

– limiter le sel et les repas très riches après la rupture du jeûne ;

– éviter les excès de caféine le soir ;

– continuer la prise des médicaments selon l’avis médical ;

– une marche légère après l’iftar aide à stabiliser la tension.

Au final, le ramadan peut agir comme une véritable réinitialisation cardiovasculaire, à condition que le jeûne soit accompagné d’un mode de vie équilibré et d’un suivi médical adapté.

L’article Ramadan | Le jeûne n’est pas déconseillé aux hypertendus équilibrés   est apparu en premier sur Kapitalis.

Gaza | Des gangs criminels reconvertis en police ?

Le Daily Telegraph a révélé dans une enquête d’Henry Bodkin, correspondant du journal britannique à Jérusalem, que les États-Unis envisagent de s’appuyer sur des gangs criminels de voleurs et de trafiquants de drogue pour former une force de police à Gaza, suscitant l’inquiétude aussi bien dans le territoire palestinien que parmi les alliés occidentaux des États-Unis. (Photo : Hossam al-Astal, commandant d’une faction armée dans l’est de Khan Younis.)

Imed Bahri

Selon des responsables occidentaux, l’administration Trump a présenté des plans visant à créer une nouvelle force de sécurité composée en grande partie de membres de gangs armés opposés au Hamas. Ils ont noté qu’Israël arme et soutient certaines de ces factions depuis le début de la guerre à Gaza le 7 octobre 2023.

Le journal ajoute que l’idée d’intégrer ces gangs à une force de maintien de la paix soutenue par les États-Unis a suscité l’opposition de certains hauts responsables américains, soulignant que ces milices armées, organisées selon des structures claniques et familiales, ont des liens avérés avec le crime organisé depuis des décennies. La population civile de la bande de Gaza éprouve une grande méfiance à leur endroit. Ces derniers mois, ces gangs ont été accusés de pillages de camions d’aide humanitaire ainsi que de meurtres et d’enlèvements.

Au moins deux des gangs les plus importants comptent des membres ayant combattu activement aux côtés de l’État islamique ou lui ayant prêté allégeance.

Une source a déclaré au Telegraph : «Plusieurs hauts gradés de l’armée américaine craignent que le processus de paix de Donald Trump n’aboutisse pas sans partenaires de sécurité fiables»

Des gangs criminels soutenus par Israël

Le Royaume-Uni, la France et plusieurs autres pays impliqués dans la mise en œuvre du plan de paix en 20 points du président américain ont également fait part de leurs inquiétudes.

Quatre mois après le cessez-le-feu, le projet de création d’une force de police chargée d’assurer la sécurité après le départ du Hamas semble être au point mort, en raison de désaccords sur sa composition et son financement. On ignore également si le Hamas se désarmera volontairement.

Les membres du Conseil de paix réunis jeudi 19 février 2026 par Trump espèrent obtenir des engagements financiers pour la reconstruction de Gaza ainsi que des promesses d’envoi de troupes pour le compte de la Force internationale de stabilisation (FIS), qui devrait être d’un rang supérieur à celui de la nouvelle police gazaouie et coordonner ses actions avec l’armée israélienne déployée hors de la bande de Gaza.

Dimanche 15 février, Trump a déclaré que 5 milliards de dollars avaient déjà été promis pour la reconstruction ainsi que l’envoi de milliers de soldats à la FIS et à la police locale.

Selon le journal britannique, le projet de s’appuyer sur des gangs soutenus par Israël a émergé avant les fêtes de Noël, suscitant la controverse au sein du nouveau centre de coordination civilo-militaire du sud d’Israël. Une source occidentale a déclaré : «L’opposition a été forte, le message étant clair: c’est absurde. Ce ne sont pas de simples bandes criminelles, elles sont soutenues par Israël».

Le gendre du président Trump à la manœuvre

Le Telegraph ajoute que Jared Kushner, gendre du président Trump, est une figure clé des efforts de l’administration pour faire progresser son plan de paix en 20 points. Ce dernier pilote un projet de création de nouveaux complexes d’habitation temporaires «sécurisés» dans la partie de la bande de Gaza contrôlée par Israël, destinés à séparer les Palestiniens du territoire tenu par le Hamas si le mouvement ne dépose pas les armes volontairement.

Le premier de ces complexes, actuellement en construction sur le site de l’ancienne ville de Rafah, se situe dans une zone contrôlée par les Forces populaires, un gang soutenu par Israël et accusé de trafic de drogue et de pillage de l’aide humanitaire. Son ancien chef, Yasser Abou Shabab, qui niait toute implication dans le crime organisé, a été tué lors d’un conflit interne en décembre et remplacé par un certain Ghassan Al-Dahini.

Selon certaines sources, Kushner travaille en étroite collaboration avec Aryeh Lightstone, directeur de l’Institut des Accords d’Abraham pour la Paix (Abraham Accords Peace Institute – AAPI), qui adopterait la position israélienne sur la sécurité et s’opposerait à la création d’un État palestinien.

Depuis un hôtel en bord de mer à Tel-Aviv, Lightstone coordonne une grande partie de la planification informelle de l’avenir de Gaza, notamment des discussions avec des investisseurs milliardaires, ce qui a conduit une source à surnommer le groupe «le Club Hilton»

Des responsables occidentaux s’interrogent sur la viabilité de ce qu’ils qualifient d’approche «idéologique» de Kushner et Lightstone. Un responsable a déclaré au Telegraph : «On a l’impression que Kushner, Lightstone et leurs collègues pensent que si l’on donne aux Palestiniens la possibilité de lâcher le Hamas, ils la saisiront mais sur le terrain, la réalité est tout autre. Si de nombreux Gazaouis n’apprécient guère le Hamas, ils partagent également leur aversion pour les milices familiales et se méfient d’elles. Ils les considèrent comme des criminels».

On ignore pour l’instant lesquelles de ces gangs familiaux ont été proposées par les responsables américains et israéliens pour le recrutement au sein de la nouvelle police de Gaza. La Maison-Blanche n’a toutefois pas nié avoir suggéré cette approche.

Il y a une vingtaine d’années, des rapports d’organisations telles que l’International Crisis Group, basé à Bruxelles, avaient déjà soulevé des inquiétudes concernant le trafic de drogue et d’armes. Des figures des Forces populaires, comme Issam al-Nabahin, un commandant important, ont combattu aux côtés de l’État islamique dans le Sinaï, en Égypte.

La famille Daghmash, à Gaza, est également accusée d’entretenir des liens avec cette organisation terroriste. Bien que cela n’ait pas été prouvé, le clan est soupçonné d’avoir contribué à la capture du soldat israélien Gilad Shalit, enlevé par le Hamas en 2006. Sa libération en 2011 a été considérée comme un échec stratégique en matière de sécurité, car elle a contraint Israël à libérer plus d’un millier de prisonniers palestiniens, dont Yahya Sinwar, le cerveau du 7 octobre. Un groupe appelé l’Armée de l’Islam, dirigé par des membres de la famille Daghmash, a également enlevé le correspondant de la BBC, Alan Johnston, qui a été détenu pendant 114 jours en 2007.

Certains médias israéliens ont rapporté qu’au début de la guerre de Gaza, diverses factions avaient bénéficié du soutien du Service de sécurité générale de l’Autorité palestinienne à Ramallah, avec l’aide présumée de la CIA. Cependant, Israël a par la suite pris le relais.

L’implication d’Israël auprès des Forces populaires a été révélée en mai dernier après qu’un haut responsable, réputé opposé à l’armement des factions palestiniennes, a divulgué à la presse israélienne des informations sur ce soutien.

Sans force crédible sur le terrain, le plan de Trump est voué à l’échec

Hossam al-Astal, commandant d’une faction armée dans l’est de Khan Younis, a déclaré au Telegraph en octobre avoir coordonné ses actions avec Israël et être prêt à contribuer à la sécurisation de Gaza après la chute du Hamas. Al-Astal, ancien responsable de la sécurité de l’Autorité palestinienne, est l’une des figures importantes de ce «clan» qui ont été emprisonnées à Gaza au début du conflit mais qui se sont évadées lorsque les gardes du Hamas ont fui leurs postes.

Des rumeurs circulent selon lesquelles le Conseil de paix, par l’intermédiaire de son Comité national pour l’administration de Gaza, aurait choisi Jamal Abou Hassan, ancien chef de la sécurité de l’Autorité palestinienne à Khan Younis, pour diriger la nouvelle force de police.

Un responsable occidental a déclaré qu’une version plus récente du plan de la police américaine proposait un «recrutement apolitique», permettant aux membres de provenir de clans, d’anciennes forces de sécurité de l’Autorité palestinienne à Gaza, ou d’ailleurs. Il a ajouté : «Le processus est actuellement au point mort. On ne peut ignorer le fait que, sans force crédible sur le terrain, il est voué à l’échec».

Un responsable de l’administration américaine a déclaré au Telegraph : «Des efforts sont toujours en cours pour élaborer un processus de vérification des antécédents des forces de police».

L’article Gaza | Des gangs criminels reconvertis en police ? est apparu en premier sur Kapitalis.

Tunisie-Algérie | Une mémoire partagée

Disponible en librairie à partir de cette semaine, ‘‘Les Algériens en Tunisie : du communautarisme au nationalisme (1871-1962)’’ de Jamel Haggui paraît dans la collection Tunisie plurielle des éditions Santillana. L’ouvrage s’inscrit dans la continuité d’une série dédiée à l’exploration des communautés et minorités ayant marqué l’histoire tunisienne.

À travers près d’un siècle d’histoire, de 1871 — année du soulèvement des Mokrani en Algérie — jusqu’à l’indépendance de 1962, l’auteur retrace le parcours des Algériens installés en Tunisie. En s’appuyant sur un vaste corpus d’archives tunisiennes, françaises et algériennes, il met en lumière l’évolution de ces communautés d’abord structurées sur des bases régionales, villageoises ou religieuses, vers une conscience politique affirmée.

Le livre montre comment ces hommes et ces femmes ont traversé les grands enjeux politiques, économiques et identitaires de leur temps, participant aux dynamiques nationalistes et à l’histoire maghrébine dans sa dimension transfrontalière. Ils apparaissent non plus comme une présence marginale, mais comme des acteurs à part entière d’une mémoire partagée entre l’Algérie et la Tunisie.

Dirigée par le professeur Habib Kazdaghli, la collection Tunisie plurielle poursuit ainsi son travail de mise en lumière des trajectoires oubliées et des héritages multiples qui composent le passé tunisien.

Jamel Haggui, né en 1971 à Kasserine, est spécialiste de l’histoire des migrations maghrébines. Titulaire d’un doctorat en histoire (cotutelle Tunis 1 – Toulouse-II Le Mirail, 2010), il a consacré ses recherches aux relations algéro-tunisiennes et publié plusieurs travaux sur la présence algérienne en Tunisie.

Une présentation suivie d’une séance de dédicace est prévue le 24 février 2026 à 21h00, dans le cadre d’une nuit ramadanesque à la Librairie El Kitab Mutuelleville, Tunis.

Djamal Guettala

L’article Tunisie-Algérie | Une mémoire partagée est apparu en premier sur Kapitalis.

Tunisie | Pour une refondation du «projet démocrate progressiste»

Le porte-parole du Parti républicain (Al-Joumhouri), Wissem Sghaier, a déclaré que le processus de refondation «projet démocrate progressiste» vise à faire revivre les valeurs et la philosophie qui ont fait la renommée du Parti démocrate progressiste (PDP), notamment en œuvrant à rassembler les forces démocratiques et progressistes, tout en affirmant clairement sa ligne, sa position et son orientation, ainsi qu’en s’ouvrant et en jouant un rôle de premier plan dans le rassemblement des énergies autour d’une ligne culturelle et politique clairement définie.

M. Sghaier a ajouté, lors de son passage à l’émission «Houna Tounes» sur la radio Diwan FM, jeudi 19 février 2026, que le parti Al-Joumhouri avait choisi le slogan «Nous résistons, construisons et rénovons» sur la base du principe de clarté de la vision et du positionnement, expliquant que la résistance civile pacifique est l’un des éléments constitutifs de la culture du PDP.

Rappelons que le PDP avait été fondé en 1983. Légalisé en 1988, il avait conduit l’opposition démocratique en Tunisie contre le régime de l’ancien président Zine El Abidine Ben Ali, avant de fusionner au sein d’Al Joumhouri en 2012. Son fondateur et ancien président, Ahmed Néjib Chebbi purge actuellement une lourde peine de prison dans le cadre du procès dit de «complot contre la sûreté de l’Etat», en même temps que son frère Issam Chebbi, qui lui avait succédé à la tête d’Al-Joumhouri.  

Wissem Sghaier a, par ailleurs souligné, que le processus de refondation du «projet démocratique progressiste» nécessite des moyens et des mécanismes innovants qui lui permettent de se positionner sur la scène politique, en s’appuyant sur un nouveau projet, compte tenu des différences de contexte entre la génération d’avant la révolution de 2011 et celles d’aujourd’hui, telles que les générations «Z» et «Alpha».

Le port-parole d’Al-Joumhouri a conclu en soulignant que les valeurs et la philosophie du PDP constitueront la base de l’élaboration d’un programme d’avenir qui renouvellera le paysage politique et soutiendra la transition générationnelle, tout en préservant les symboles historiques considérés comme des références inspirantes.

Il convient de noter que le Conseil national du Parti républicain a approuvé le lancement immédiat du processus de «refondation du projet démocratique progressiste», qualifiant la situation actuelle en Tunisie d’«impasse totale» résultant de choix politiques qui ont ramené le pays à l’autocratie et entravé le processus de transition démocratique, ce qui nécessite l’union des forces vives pour relever les défis actuels.

Il reste cependant à savoir si, du fond de leur prison, les frères Nejib et Issam Chebbi, dont ce projet de refondation tire sa légitimité historique et politique, en ont été informés et y ont donné leur accord avant son annonce aux médias.

I. B.

L’article Tunisie | Pour une refondation du «projet démocrate progressiste» est apparu en premier sur Kapitalis.

❌