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Ibrahim Debache alerte : “Le marché parallèle menace l’équilibre du secteur automobile”

Le marché automobile tunisien a enregistré en 2025 une progression officielle de 12 %, totalisant 63 902 immatriculations contre 57 137 en 2024. Mais derrière cette reprise apparente, la structure du marché évolue dans un sens préoccupant : le segment parallèle représente désormais plus de 30 % des ventes totales, selon Ibrahim Debache, président de la Chambre nationale des constructeurs et des concessionnaires automobiles et président du conseil d’administration d’Ennakl Automobiles, dans une interview* exclusive accordée à L’Economiste maghrebin.

En voici une synthèse.

 

Au global, les ventes sont passées de 79 000 à 93 000 véhicules entre 2024 et 2025. Cette hausse de 14 000 unités provient principalement des importations hors circuit officiel. Le marché parallèle a ainsi progressé de 31 % sur un an, passant de 22 000 à plus de 29 000 véhicules. La dynamique s’est poursuivie en janvier 2026, avec une augmentation supplémentaire de 25 % sur un mois.

La croissance du marché officiel repose en grande partie sur la demande soutenue en voitures populaires, certains concessionnaires ayant bénéficié de stocks reportés de 2024. Toutefois, pour les opérateurs structurés, la montée en puissance du circuit informel modifie profondément l’équilibre du secteur, alerte le président de la Chambre nationale des constructeurs et des concessionnaires automobiles..

Au-delà des volumes, les enjeux sont multiples. Les véhicules importés en dehors des réseaux agréés ne sont pas soumis aux mêmes procédures d’homologation et de contrôle que ceux introduits par les concessionnaires officiels, explique M. Debache. Ils peuvent ne pas être adaptés aux spécificités locales – conditions climatiques, qualité du carburant, infrastructures routières -, ce qui soulève des questions de sécurité et de conformité.

 

Au-delà des volumes, les enjeux sont multiples. Les véhicules importés en dehors des réseaux agréés ne sont pas soumis aux mêmes procédures d’homologation et de contrôle que ceux introduits par les concessionnaires officiels.

 

Enjeux environnementaux et de sécurité routière

Le risque économique concerne également les consommateurs, exposés à d’éventuels vices cachés, notamment la manipulation du kilométrage. Par ailleurs, la majorité des véhicules issus du marché parallèle ont plus de quatre ans, accentuant la vétusté d’un parc national dont plus de 50 % dépasse déjà 15 ans. Cette configuration pèse sur les enjeux environnementaux et de sécurité routière, insiste le président de la Chambre.

Sur le plan macroéconomique, les concessionnaires rappellent leur contribution fiscale et sociale. Le secteur officiel regroupe plus de 45 concessionnaires représentant plus de 60 marques. Ces opérateurs investissent dans les infrastructures, développent des réseaux régionaux et supportent une pression fiscale élevée, avec un impôt sur les sociétés supérieur à 43 %, en plus des droits et taxes à l’importation. Selon Ibrahim Debache, l’expansion du marché parallèle représente un manque à gagner significatif pour les finances publiques.

Les professionnels ont ainsi sollicité une concertation accrue avec le ministère du Commerce sur les règles encadrant les importations. Des mesures correctives sont attendues dans les prochaines semaines afin de rééquilibrer le marché et de soutenir le circuit structuré.

 

Les professionnels ont ainsi sollicité une concertation accrue avec le ministère du Commerce sur les règles encadrant les importations. Des mesures correctives sont attendues dans les prochaines semaines afin de rééquilibrer le marché et de soutenir le circuit structuré.

 

Un paradoxe…

En parallèle, la transition énergétique peine à décoller malgré un cadre incitatif renforcé. Depuis 2026, les véhicules hybrides rechargeables bénéficient des mêmes avantages fiscaux que les modèles 100 % électriques, avec exonération des droits et taxes et TVA réduite à 7 %. Pourtant, en 2025, seules 539 voitures électriques et 1 822 hybrides ont été immatriculées, ces dernières en recul par rapport à 2024.

Le principal frein demeure l’insuffisance des infrastructures de recharge. Un cahier des charges encadrant le déploiement des bornes et la facturation de l’électricité au kilowattheure est toujours en attente d’adoption. Cette situation crée, selon les professionnels, une incohérence entre l’ambition affichée en faveur de la mobilité propre et la dynamique actuelle des importations de véhicules d’occasion.

Quid d’Ennakl Automobiles ?

Pour Ennakl Automobiles, qui revendique plus de 12 % de parts de marché dans les véhicules particuliers et une progression dans les utilitaires, l’enjeu pour 2026 sera double : consolider sa position commerciale avec de nouveaux lancements, tout en poursuivant sa stratégie ESG et RSE. Dans un marché en recomposition, la compétitivité des acteurs structurés dépendra autant du cadre réglementaire que de leur capacité d’adaptation, selon Ibrahim Debache.

 

Pour Ennakl Automobiles, qui revendique plus de 12 % de parts de marché dans les véhicules particuliers et une progression dans les utilitaires, l’enjeu pour 2026 sera double : consolider sa position commerciale avec de nouveaux lancements, tout en poursuivant sa stratégie ESG et RSE.

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L’intégralité de cette interview est à retrouver dans le numéro 939 de l’Economiste Maghrébin du 25 février 2026.

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Café en Tunisie : La filière se structure pour rompre avec les pénuries et le marché parallèle

La filière du café en Tunisie se dote enfin d’une organisation représentative. La Confédération des Entreprises Citoyennes de Tunisie (CONECT) a annoncé la création du Groupement des Torréfacteurs de Café, présidé par Jasser Lahmar, afin de donner une voix unifiée aux acteurs du secteur et de relancer une filière en crise.

Une filière sous tension depuis des années

“Le café a désormais sa voix à la CONECT”, a déclaré avec satisfaction Aslan Ben Rejeb, président de la confédération, dans un message publié sur Facebook. Il a rappelé les nombreuses difficultés traversées par la filière : monopole de l’importation par l’État, prix administrés, pénuries récurrentes, et essor du marché parallèle qui “déstabilise la concurrence loyale et expose le consommateur à des produits non contrôlés”.

Le café vert, matière première des torréfacteurs, reste aujourd’hui importé exclusivement par l’Office du Commerce de Tunisie (OCT), un monopole qui engendre, selon la CONECT, des ruptures d’approvisionnement à répétition, accentuées par les hausses de prix mondiaux et les difficultés logistiques de l’office public.

Ouvrir l’import et tracer la filière

Pour sortir de cette impasse, Aslan Ben Rejeb plaide pour une ouverture contrôlée du marché : permettre à davantage d’acteurs privés agréés d’importer du café vert, à condition de respecter des critères stricts de traçabilité, de qualité et de contrôle sanitaire.

Il propose également d’autoriser les échanges de café vert entre torréfacteurs, afin de donner plus de flexibilité au marché et d’alléger la dépendance à l’importation. Autre piste : créer une plateforme numérique nationale pour tracer les flux de café, réduire la contrebande et garantir la transparence des circuits.

Vers une gouvernance « par la data »

La CONECT appelle à passer d’une “logique de gestion de pénurie” à une gouvernance basée sur les données : publication des volumes importés, calendrier prévisionnel, mécanismes anti-spéculation et instance de concertation entre l’État et les professionnels.

“Libéraliser la filière, ce n’est pas déréguler, c’est responsabiliser les acteurs, renforcer les contrôles et couper l’oxygène au marché parallèle”, résume Ben Rejeb, qui voit dans cette réforme un moyen de soutenir les PME torréfactrices et de redonner de la visibilité aux cafetiers tunisiens.

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