Ramadan à la télé | Sitcoms débiles et orgie feuilletonesque
A partir d’aujourd’hui, jeudi 19 février 2026, premier jour du mois de ramadan, la Tunisie prendra des vacances prolongées pour laisser la place aux navets qui se regardent «en famille» et aux sitcoms débiles dont le scénario se tient sur un ticket de caisse.
Mohamed Sadok Lejri

L’on y retrouve chaque année les mêmes ingrédients : des acteurs qui hurlent et braient comme des ânes pour simuler l’humour, des quiproquos et des «situations comiques» plus usés que le tapis d’une mosquée et une intrigue qui s’étire sur 22 minutes de blagues potaches et qui essaient de nous convaincre que c’est drôle.
C’est fascinant de voir comment on peut recycler les mêmes gags depuis des décennies, avec la conviction profonde que le téléspectateur rira de l’acteur qui force un accent rural pour incarner le «rifi» de service, des lascars des quartiers populaires dont l’accent de «fréret» et la grossièreté assumée sont censés passer pour de la virilité et du charisme de quartier.
Le public rira de n’importe quoi
Ils sont persuadés que le spectateur, dans un élan de convivialité ramadanesque, finira par s’esclaffer devant la maladresse du «oueld el houma ‘arbi» mal dégrossi évoluant en milieu bourgeois, devant la caricature du bourgeois préoccupé par son apparence et ses manières presque au point d’être efféminé et devant cette panoplie de clichés et de poncifs éculés qu’ils ont exploités jusqu’à la corde…
Bref, ils ont la ferme conviction que le public rira de n’importe quoi, tout en s’en mettant plein la panse, laquelle panse se retrouve au centre de toutes les conversations du réveil du matin jusqu’à la rupture du jeûne et transforme chaque rencontre en une «chehya tayba» matinale et prématurée.
Sans parler de nos imams radio-cathodico-obscurantistes qui se délectent de leur petit quart d’heure de gloire et de l’orgie publicitaire qui vient interrompre ces chefs-d’œuvre télévisuels ! On nous bombarde de gros plans ultra léchés sur le couscous de mamie et le yaourt qui guérit le plus sociopathe d’entre nous de la solitude, on chante les louanges des pâtes et de la boîte de double concentré de tomates qui semblent détenir les secrets du bonheur éternel.
Des oies prêtes pour le gavage
L’on passe d’une scène mélodramatique d’un orphelin en proie à la drogue, à l’esclavage et à l’exploitation sexuelle à une pub pour un jus infect destiné aux enfants, le tout entrecoupé par une ode lyrique à une marque de thon.
En somme, ramadan est le mois où les Tunisiens se transforment en oies prêtes pour le gavage et se divertissent devant un festival de futilités cathodiques érigées en divertissement national. Notre télé ne semble jamais saturer de trop de conneries et de médiocrité. Et vive le cinéma !
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