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Tunisie : la stabilisation fragile d’un équilibre sous tension

Il y a des périodes où les chiffres cessent d’être de simples indicateurs pour devenir des signaux. Les données arrêtées au 13 février 2026 ne racontent pas une euphorie retrouvée, ni une crise imminente. Elles décrivent une économie qui cherche son point d’équilibre après plusieurs années de tensions monétaires, de pressions inflationnistes et de contraintes externes. La Tunisie semble entrer dans une phase de stabilisation relative, mais cette stabilisation demeure conditionnelle, dépendante de facteurs internes et internationaux encore mouvants.

 

L’environnement international joue un rôle déterminant dans cette respiration tunisienne. La désinflation progressive observée aux États-Unis et dans la zone euro a modifié l’orientation des politiques monétaires. Les cycles agressifs de relèvement des taux ont laissé place à une posture d’attentisme. Les marchés anticipent désormais des ajustements graduels, ce qui réduit la pression sur les monnaies émergentes et sur les flux financiers internationaux.

Cependant, cette accalmie monétaire mondiale ne s’accompagne pas d’un véritable cycle d’expansion. La croissance européenne reste faible, ce qui limite le dynamisme de la demande adressée aux exportations tunisiennes. Les tensions géopolitiques, la fragmentation commerciale et la volatilité des prix énergétiques maintiennent un climat d’incertitude.

Dans ce contexte, la relative appréciation du dinar face au dollar constitue un facteur d’allègement. Le taux moyen interbancaire à 2,857 dinars pour un dollar marque une amélioration notable par rapport à l’année 2025. Cette évolution réduit la facture des importations énergétiques et alimentaires libellées en devises et améliore mécaniquement certains ratios d’endettement extérieur. La stabilité face à l’euro renforce également la prévisibilité des échanges avec le principal partenaire commercial du pays.

Politique monétaire : vers une normalisation graduelle

La décision de maintenir le taux directeur à 7 %, après un cycle antérieur de resserrement culminant à 8 %, traduit un changement de phase. La Banque centrale semble considérer que les tensions inflationnistes sont en voie de modération, sans pour autant prendre le risque d’un relâchement prématuré.

Le recul du volume global du refinancement, désormais à 11 670 millions de dinars (MDT) contre plus de 13 000 MDT un an auparavant, est révélateur. Il traduit une moindre dépendance structurelle des banques au guichet central. La baisse des encours d’open market et des refinancements à plus long terme confirme cette tendance.

Parallèlement, l’augmentation du volume des transactions interbancaires, tant à vue qu’à terme, indique une meilleure redistribution interne de la liquidité. Le système bancaire semble moins fragmenté, moins contraint par des déséquilibres aigus.

La diminution marginale des billets et monnaies en circulation suggère également une atténuation des comportements de thésaurisation. Lorsque la confiance monétaire progresse, même modestement, les agents économiques réintègrent progressivement les circuits formels.

Trésorerie publique : gestion active et rééquilibrage de la dette

Le solde du compte courant du Trésor, en nette amélioration à 1 382 MDT, traduit une gestion plus maîtrisée des flux budgétaires. Cette évolution peut résulter d’un meilleur phasage des dépenses, d’une mobilisation accrue des recettes ou d’une combinaison des deux.

La transformation de la structure de la dette intérieure est particulièrement significative. La forte contraction des Bons du Trésor à court terme, parallèlement à l’augmentation des Bons du Trésor Assimilables, montre une volonté d’allonger la maturité moyenne de la dette domestique. Cette stratégie réduit la vulnérabilité aux tensions de refinancement et l’exposition aux chocs de liquidité à court terme.

Toutefois, cette amélioration technique ne saurait masquer la contrainte structurelle : la dette publique demeure élevée et sa soutenabilité dépendra du différentiel entre croissance nominale et coût moyen de financement.

Balance des paiements : les amortisseurs traditionnels en action

Les avoirs nets en devises atteignent 25,3 milliards de dinars, représentant 107 jours d’importation. Cette progression annuelle est significative. Elle repose principalement sur deux moteurs traditionnels : le tourisme et les transferts des travailleurs à l’étranger.

Les recettes touristiques cumulées dépassent les 696 MDT à la mi-février, tandis que les revenus du travail franchissent le seuil du milliard de dinars. Ces flux constituent une source de devises stable et relativement résiliente.

Le service de la dette extérieure, bien qu’en hausse par rapport à la veille, reste nettement inférieur au niveau exceptionnellement élevé enregistré un an auparavant. Cela allège temporairement la pression sur les réserves et améliore la perception du risque souverain.

Cependant, cette amélioration demeure fragile. Elle dépend de facteurs exogènes : stabilité régionale, conjoncture européenne, confiance des diasporas et flux touristiques. Une dégradation rapide de l’environnement international pourrait inverser ces tendances.

 

Perspectives à court terme : une fenêtre d’opportunité

À court horizon, la Tunisie bénéficie d’une configuration relativement favorable. La détente monétaire, la stabilisation du dinar, le renforcement des réserves et l’amélioration de la trésorerie publique créent un espace de respiration macroéconomique.

Cette phase pourrait soutenir une reprise modérée du crédit et atténuer la pression sur le pouvoir d’achat si la désinflation se confirme. Le système bancaire, moins contraint, dispose d’une capacité accrue à financer l’économie réelle.

Mais cette embellie demeure conditionnée à la discipline budgétaire et à la cohérence des politiques économiques.

Perspectives à moyen terme : le défi de la transformation

Le véritable enjeu n’est pas la stabilisation conjoncturelle, mais la transformation structurelle. La croissance tunisienne reste insuffisante pour absorber le chômage et améliorer durablement les équilibres sociaux. L’investissement privé demeure prudent, dans un climat où la visibilité réglementaire et fiscale reste perfectible.

Si la stabilité monétaire actuelle n’est pas accompagnée de réformes structurelles favorisant la productivité, la compétitivité et l’intégration dans les chaînes de valeur internationales, elle risque de n’être qu’un répit temporaire.

La Tunisie dispose aujourd’hui d’un rare moment d’équilibre relatif entre ses contraintes internes et son environnement externe. Ce moment n’est ni spectaculaire ni triomphal. Il est stratégique. Car dans les trajectoires économiques, ce sont souvent les phases d’accalmie qui déterminent la capacité d’un pays à redéfinir son modèle de croissance.

La stabilisation est en cours. Reste à savoir si elle sera le prélude d’une consolidation durable ou simplement une pause dans un cycle de tensions récurrentes.

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Références :

(1) Sources principales consultées pour le contexte international : World Bank MENAAP (13/02/2026), données prix Brent / marché pétrolier (13/02/2026), minutes Fed / prises de position récentes, analyses Reuters sur la réaction des marchés aux tensions régionales. (Banque Mondiale)

(2) (*) https://www.bct.gov.tn/bct/siteprod/indicateurs.jsp

(**) https://www.ins.tn/

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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