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Sultan bin Sulayem, le meilleur ami arabe de Jeffrey Epstein

La photo a fait le tour du globe et scandalisé le monde musulman. On y voit deux hommes, les mains dans les poches, qui se tiennent au pied d’un escalier et contemplent la kiswa, le tissu noir sur lequel des versets du Coran sont brodés en or et qui recouvre la Kaaba (cœur du lieu le plus sacré de l’islam). La kiswa est posée à même le sol. Les deux hommes sont le prédateur sexuel et agent du Mossad Jeffrey Epstein et un petit homme moustachu et très chétif, il s’agit de Sultan Ahmad bin Sulayem, membre de la classe dirigeante émiratie et inamovible PDG de DP World qui gère des ports de par le monde.

Imed Bahri

Le cliché a valu au responsable émirati un torrent d’insultes sur les réseaux sociaux. Cette photo est issue des trois millions de documents publiés par le Département américain de la Justice. On découvre une relation intime mêlant argent, politique, renseignement et sexe entre les deux hommes. Une vraie complicité. 

Une enquête accablante de Bloomberg révèle de nouveaux détails sur la relation longue et suspecte entre le PDG de DP World, et le pédophile mort en prison dans des conditions très suspectes en 2019 et dont la vie a été au confluent de la finance, de la politique, de l’espionnage et de la traite des blanches. Cette relation dépassait le cadre d’une simple connaissance ou d’une correspondance policée, elle s’est étendue sur plusieurs années et comprenait des messages intimes, des sous-entendus sexuels et des images pornographiques, ainsi que des tentatives de médiation pour conclure des accords, trouver des emplois, organiser des réunions et même obtenir des soins médicaux en Israël.

Un niveau élevé de complicité

Selon Bloomberg, Bin Sulayem figurait parmi les personnalités les plus influentes ayant entretenu une correspondance avec Epstein pendant une longue période, non seulement avant la première incarcération de ce dernier en 2008 mais pendant plus d’une décennie après.

Le journal rapporte que des mails rendus public par le Département de la Justice américain ainsi que des messages et des pièces jointes obtenus par l’agence l’été dernier, révèlent que la relation entre les deux hommes dépassait la simple courtoisie et atteignant un niveau élevé d’intimité, de vulgarité et de controverse.

Dans l’un des mails les plus accablants cités, Sultan bin Sulayem écrivait à Epstein en septembre 2015, évoquant une étudiante étrangère en échange universitaire à Dubaï : «Elle était fiancée, mais elle est de nouveau avec moi. J’ai eu des relations sexuelles exceptionnelles avec elle, son corps est incroyable».

Bloomberg considère ce langage explicite comme révélateur du caractère inhabituel de la relation entre un homme d’affaires international, à la tête d’un réseau portuaire mondial, et un homme formellement condamné pour crimes sexuels. Selon le journal, les messages montrent que les deux hommes ont échangé des contacts dans les milieux politiques, financiers et des affaires, ont tenté de faciliter des transactions entre eux et ont évoqué des personnalités influentes et des figures internationales.

Bloomberg rapporte qu’Epstein a œuvré pendant des années pour mettre Bin Sulayem en relation avec son réseau de personnalités fortunées et politiques. Parmi les noms figurant dans les documents, on trouve l’investisseur immobilier américain Andrew Farkas, qui, selon des documents du Département de la Justice américain, pourrait avoir été le premier point de contact entre Epstein et Bin Sulayem ; l’homme d’affaires Tom Pritzker, président de Hyatt Hotels Corporation, avec qui Epstein a tenté d’organiser une rencontre avec Bin Sulayem ; le milliardaire américain Leslie Wexner (anciennement propriétaire de la marque de lingerie de luxe Victoria’s Secret), dont Epstein a été le directeur financier durant 20 ans ; et le banquier Jes Staley, ancien cadre de JPMorgan puis PDG de Barclays, ayant par la suite été impliqué dans un scandale pour avoir dissimulé l’ampleur de sa relation avec Epstein.

Epstein, on le sait, n’était pas seulement un délinquant sexuel, mais un véritable intermédiaire qui mettait en relation financiers et politiciens, tissant ainsi des réseaux d’influence grâce à ses relations. Et Sultan bin Sulayem n’était pas président d’une seule entreprise, mais il a occupé à un moment donné deux postes importants : la direction de Dubaï Port World (communément appelé DP World) ; et la direction de sa société mère, Dubai World, le conglomérat public.

Echange de messages à caractère sexuel

De fait, il était responsable d’un vaste empire économique englobant l’immobilier et les services financiers avant de quitter son poste chez Dubai World en 2010, suite à la crise financière de Dubaï. Il a conservé la direction de DP World.

L’une des révélations les plus controversées de l’enquête de Bloomberg concerne l’échange d’images et de messages à caractère sexuel explicite. Bin Sulayem a envoyé à Epstein des photos de femmes nues, des blagues à connotation sexuelle et des messages aux sous-entendus explicites. Parmi ces messages figurait un message intitulé «merrychristmas.jpg», envoyé la veille de Noël 2007, qui contenait une photo de dix femmes seins nus sur une plage, accompagnée d’une légende sarcastique.

Bin Sulayem a également envoyé une autre image le soir du Nouvel An, montrant une femme nue de dos avec le nombre «2008» inscrit de manière suggestive sur son corps.

Ces messages font partie d’une archive de mails vérifiée et l’un des extraits les plus graves rapportés par le journal est une série de messages datant de novembre 2007 dans lesquels Bin Sulayem décrit sa rencontre avec un mannequin à New York. Il explique qu’après de nombreuses tentatives, il a finalement réussi à la rencontrer, mais qu’il a été surpris qu’elle cherche un emploi alors que lui souhaitait autre chose. Il écrit : «Il y a un malentendu… Elle veut un travail, alors que moi, je veux juste le plaisir !» D’après les documents, Epstein a répondu : «Dieu merci, il existe encore des gens comme toi»

Bloomberg estime que ce type de propos ne laisse aucun doute sur la nature de leur relation et sur la mentalité qui la sous-tendait. 

L’enquête confirme que les mails révèlent les tentatives répétées de Bin Sulayem de se rendre sur l’île privée d’Epstein dans les Caraïbes, Little St. James, la même île qu’Epstein a par la suite été accusé d’utiliser comme plaque tournante du trafic sexuel et surnommée l’«île du vice»

De nombreux mails montrent que Bin Sulayem s’est renseigné sur la possibilité de visiter l’île, a demandé une coordination et a même tenté d’organiser son voyage en fonction de cela.

Des documents du département de la Justice américain ont également révélé des photos des deux hommes ensemble sur l’île, ainsi qu’un CD saisi par les autorités intitulé «Noël à Little St. James 2005 – Sultan» et qui contient des dizaines de photos de Bin Sulayem.

Bloomberg a remis sur le devant de la scène une affaire très sensible : l’acquisition en 2016 de l’île de Great St. James par le biais d’une société immatriculée aux Îles Vierges britanniques, où le nom de Bin Sulayem figurait comme «bénéficiaire effectif».

Le journal explique que la propriété de l’île par Epstein n’a été révélée que plus tard, lorsque son nom est apparu sur les permis d’utilisation du sol en tant qu’unique membre de la société.

Bien qu’un collaborateur de Bin Sulayem ait précédemment déclaré qu’Epstein avait demandé à utiliser son nom dans une transaction commerciale et que cette demande avait été refusée, Bloomberg affirme que des correspondances indiquent que Bin Sulayem était au courant de la propriété des deux îles par Epstein dès la fin de l’année 2016.

Selon Bloomberg, Bin Sulayem a écrit à l’ingénieur du projet Palm Jumeirah à Dubaï, décrivant Epstein comme suit : «Un ami proche et partenaire d’affaires, propriétaire de deux îles magnifiques dans les îles Vierges et qui souhaite y construire un complexe hôtelier privé pour lui, ses clients et ses amis uniquement»

Le journal souligne que cette simple phrase soulève des questions troublantes : comment un homme à la tête de l’une des plus importantes entités de Dubaï a-t-il pu qualifier Epstein –un délinquant sexuel condamné– d’ami proche et partenaire d’affaires ?

Ehud Barak entre en ligne

L’une des révélations les plus graves de l’enquête de Bloomberg est que les mails mettent en lumière un lien entre Ben Sulayem et l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak, via Epstein. D’ailleurs, un mail datant de juin 2015 contenait un bref échange : «Ehud -Sultan. Sultan-Ehud»

Un porte-parole du bureau de Barak a déclaré que ce lien était né de la tentative de Barak d’apporter une aide médicale à un membre de la famille de Bin Sulayem en Israël en l’occurrence sa fille.

Il y a aussi un échange entre Bin Sulayem et Amir Elichai, ancien officier de l’unité 8200 de l’armée israélienne (chargée du cyber-espionnage) et aujourd’hui cadre de la société Carbyne pour un investissement émirati dans cette entreprise, ce qui fut fait par la suite. 

Ceci soulève une question politique extrêmement sensible : l’enquête de Bloomberg ne se contente pas d’évoquer des relations personnelles mais les relie à des réseaux d’argent, d’influence, de sécurité et de coordination médicale en Israël. Epstein n’était pas seulement un intermédiaire mais il intervenait également pour placer des personnes au sein des sociétés de Bin Sulayem dont certaines étaient des hôtels.

En janvier 2017, Epstein a demandé à Bin Sulayem de trouver un emploi chez DP World. Ce dernier a répondu que la personne pouvait être formée à la logistique.

En août 2017, Epstein a envoyé le CV d’une jeune Russe sans expérience, demandant si elle pouvait être embauchée dans un hôtel à Dubaï. Bin Sulayem a transmis le message au directeur d’un hôtel de luxe, en écrivant : «Pour plus d’informations, contactez Jeffrey»

Bin Sulayem a également tenté de trouver un emploi à une autre Russe dans un complexe hôtelier de luxe en Turquie, la présentant comme la «masseuse personnelle» d’Epstein.

Bloomberg a également révélé une correspondance complexe et inhabituelle concernant la demande de Bin Sulayem d’expédier 30 kits de test de paternité ADN à Dubaï via la résidence new-yorkaise d’Epstein, afin de contourner les restrictions. Cette demande a posé problème à 23andMe, qui a refusé la commande en raison du nombre important de kits et des difficultés de paiement rencontrées à Dubaï.

Dans un message publié par le Département de la Justice américain, Epstein suggérait d’utiliser un pseudonyme pour la commande : «Envoyez le kit 23andMe à Rashid Epstein»

Ces détails ont soulevé d’importantes questions quant à la finalité de ces tests, à leurs destinataires et aux raisons de cette démarche.

Dans une importante mesure de précaution, Bloomberg a confirmé avoir mené une série de tests sur l’authenticité des mails déjà obtenus l’été dernier. Il a notamment fait vérifier des métadonnées et des adresses électroniques, confronté des informations avec des preuves indépendantes, et s’est assuré de l’absence d’incohérences pouvant suggérer une falsification. Conclusion : les mails sont «hautement authentiques» et aucun signe évident de manipulation n’a été décelé.

Selon Bloomberg, la liaison entre Bin Sulayem et Epstein ne se limite pas à une simple correspondance privée, mais révèle un vaste réseau d’influence englobant : argent, sexe, relations politiques, influence dans les affaires, emploi de femmes, îles privées, projets de complexes hôteliers et liens avec Israël et les États-Unis. Et ce qui a été révélé jusqu’à présent ne représente qu’une infime partie d’archives considérables.

Les détails mis au jour ont relancé une question cruciale: comment un homme à la tête de l’empire Dubai Ports World a-t-il pu continuer à correspondre avec Epstein de cette manière, sollicitant ses services, échangeant des photos et des remarques suggestives et planifiant des visites sur son île… après le premier séjour de ce dernier en prison en 2008 ?

Hier, vendredi 13 février 2026, l’inamovible Sultan bin Sulayem a enfin été démis de ses fonctions à la tête DP World. Cette décision semble avoir été prise par les autorités émiraties après que deux grands investisseurs dans l’entreprise ont suspendu leurs investissements respectifs, il s’agit de la Caisse de dépôt et placement du Québec (Canada) et British International Investment (Royaume-Uni).

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