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Dette publique : le mirage de la catastrophe, ou comment la peur coûte plus cher que les chiffres

À écouter certains discours et à parcourir certaines études, la dette serait une sentence. Un couperet suspendu au-dessus de nos têtes. Une mécanique implacable qui condamnerait les nations à l’austérité éternelle, aux sacrifices sociaux et au déclassement. À chaque publication d’un ratio, à chaque décimale supplémentaire, le même réflexe : l’alarme, la panique, l’appel aux coupes budgétaires.

Pourtant, l’histoire économique enseigne l’inverse. Les pays ne s’effondrent pas parce qu’ils sont endettés. Ils s’affaiblissent lorsqu’ils cessent d’investir, lorsqu’ils renoncent à croître, lorsqu’ils se laissent gouverner par la peur plutôt que par la stratégie.

La dette n’a jamais été une apocalypse. Elle est un outil. Et c’est la manière dont on la manie qui décide du destin d’une économie. Dans le contexte tunisien, cette nuance est décisive.

 

La grande confusion : comparer l’État à un ménage

Le débat public est souvent piégé par une analogie trompeuse : celle du « bon père de famille ». L’État devrait, dit-on, gérer ses finances comme un foyer, ne pas vivre au-dessus de ses moyens, rembourser ses dettes au plus vite. Mais un État n’est pas un ménage.

Un ménage rembourse une fois pour toutes. Un État refinance en permanence. Il étale ses échéances, émet de nouvelles obligations, rééchelonne ses maturités, s’appuie sur la durée. La dette publique est un flux continu, pas une facture à solder demain matin.

Ce qui importe réellement n’est pas le montant brut de la dette, mais sa soutenabilité : le coût des intérêts, la confiance des prêteurs, et surtout la capacité de l’économie à générer de la richesse.

Autrement dit, la question centrale n’est pas « combien devons-nous ? » mais « combien produisons-nous ? » C’est là que tout se joue.

 

Le débat public est souvent piégé par une analogie trompeuse : celle du « bon père de famille ». L’État devrait, dit-on, gérer ses finances comme un foyer, ne pas vivre au-dessus de ses moyens, rembourser ses dettes au plus vite. Mais un État n’est pas un ménage.

 

Les leçons de l’histoire : on s’endette pour construire, pas pour sombrer

Les grandes puissances économiques n’ont jamais grandi sans dette. Elles se sont endettées pour se reconstruire après les guerres, pour industrialiser, pour bâtir des réseaux ferroviaires, des systèmes éducatifs, des hôpitaux, des infrastructures énergétiques.

La dette a financé l’État-providence européen. Elle a permis les Trente Glorieuses. Elle a soutenu le miracle japonais malgré des ratios vertigineux. Elle accompagne encore aujourd’hui les États-Unis et la plupart des économies avancées.

Aucun de ces pays n’a réduit sa dette par la seule austérité. Tous l’ont diluée par la croissance. La croissance est la véritable politique de désendettement. Cette vérité simple est trop souvent oubliée dans nos débats nationaux.

 

En Tunisie, la peur budgétaire comme doctrine

En Tunisie, la dette est devenue un mot tabou, presque culpabilisant. Chaque discussion budgétaire est dominée par la même obsession : réduire, couper, geler, retarder. Contenir et/ou réduire la masse salariale. Couper l’investissement public. Reporter les projets d’infrastructures. Limiter les dépenses sociales. Le tout au nom d’une nécessaire « discipline ».

Cette logique peut sembler prudente. Elle est en réalité dangereuse. Car lorsqu’un État réduit brutalement ses dépenses productives, il freine l’activité économique. Moins de chantiers, c’est moins d’emplois. Moins de revenus, c’est moins de consommation. Moins d’entreprises dynamiques, c’est moins d’impôts collectés.

 

Chaque discussion budgétaire est dominée par la même obsession : réduire, couper, geler, retarder. Contenir et/ou réduire la masse salariale. Couper l’investissement public.

 

Le déficit ne disparaît pas. Il se déplace. Et le ratio dette/PIB peut même s’aggraver, non parce que la dette explose, mais parce que la richesse nationale stagne. L’austérité prolongée finit par ressembler à un médecin qui affaiblit son patient pour le guérir.

 

Le vrai problème tunisien : une croissance trop faible

La Tunisie ne souffre pas d’abord d’un excès de dette. Elle souffre d’un déficit de croissance.

Croissance molle, investissement privé hésitant, industrie en perte de vitesse, chômage élevé des jeunes diplômés, faible montée en gamme technologique : voilà les véritables fragilités.

Dans ces conditions, chaque dinar de dette paraît plus lourd qu’il ne devrait l’être.

À l’inverse, une économie dynamique peut absorber des niveaux d’endettement bien supérieurs sans vaciller. Parce que la richesse créée demain rend la dette d’aujourd’hui plus légère. Le poids d’une dette dépend toujours de la vigueur de l’économie qui la porte. C’est donc la croissance qui doit être la priorité stratégique, pas la contraction permanente des dépenses.

 

Dette improductive ou dette d’avenir : le choix décisif

Toute dette n’est pas égale. Une dette qui finance des dépenses courantes sans impact économique est discutable. Elle entretient le présent sans préparer l’avenir.

Mais une dette qui finance des ports modernes, des réseaux ferroviaires efficaces, des écoles performantes, des hôpitaux fonctionnels, des start-up innovantes, des énergies renouvelables, est un investissement collectif. Elle crée de la productivité, des emplois, des recettes fiscales futures. Elle se rembourse presque d’elle-même.

Pour la Tunisie, la question n’est donc pas de savoir s’il faut ou non s’endetter, mais pour quoi s’endetter. L’enjeu est la qualité de la dépense publique, pas son étouffement aveugle.

 

Pour la Tunisie, la question n’est donc pas de savoir s’il faut ou non s’endetter, mais pour quoi s’endetter. L’enjeu est la qualité de la dépense publique, pas son étouffement aveugle.

 

Sortir du gouvernement par la peur

À force de dramatiser la dette, on finit par légitimer toutes les régressions : moins d’État social, moins d’investissement, moins d’ambition. La peur devient une méthode de gouvernement. Or une nation ne se redresse jamais en se repliant.

Elle se redresse en investissant dans sa jeunesse, dans son capital humain, dans son appareil productif, dans sa souveraineté énergétique et technologique. Elle se redresse en croyant en son potentiel plutôt qu’en comptant ses pénuries.

La dette n’est ni une chaîne ni une malédiction. C’est un levier. Mal utilisée, elle pèse. Bien orientée, elle propulse.

 

Reconquérir l’avenir

Au fond, le débat sur la dette est un débat sur la vision du pays. Voulons-nous gérer la rareté, année après année, en compressant toujours davantage ? Ou voulons-nous préparer la richesse future en investissant intelligemment aujourd’hui ? Le courage politique ne consiste pas à rassurer les marchés par des coupes spectaculaires. Il consiste à bâtir les conditions d’une croissance durable.

Car lorsque le PIB progresse plus vite que la dette, les chiffres cessent d’effrayer. Le ratio se réduit presque naturellement, comme une ombre qui disparaît au lever du soleil.

La Tunisie n’a pas besoin d’une obsession comptable. Elle a besoin d’une stratégie de développement. La dette ne sera pas notre apocalypse. La véritable menace serait de renoncer à construire.

 

Lorsque le PIB progresse plus vite que la dette, les chiffres cessent d’effrayer. Le ratio se réduit presque naturellement, comme une ombre qui disparaît au lever du soleil.

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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Tunisie : La balance budgétaire affiche un excédent de 655 MD à fin septembre 2025

La balance budgétaire tunisienne affiche un excédent de 655 millions de dinars à fin septembre 2025, contre un déficit de 1067 MD un an auparavant, selon le rapport du ministère des Finances.

Cette amélioration est portée par une croissance des recettes plus rapide que celle des dépenses, tout en marquant un recours accru à la dette intérieure.

Ressources budgétaires

Les recettes budgétaires ont progressé de 6,9%, atteignant 36 milliards de dinars. Cette hausse s’explique essentiellement par :

  • Les recettes fiscales, en augmentation de 7,6% à 33,4 milliards de dinars,
  • Les recettes non fiscales, en hausse de 13,6% à 2,4 milliards de dinars.

Cette progression plus rapide des ressources par rapport aux charges budgétaires (+2,7% à 35,2 milliards de dinars) explique le passage d’un déficit à un excédent en septembre 2025.

Rémunérations

L’accroissement des charges budgétaires est principalement dû à :

  • L’augmentation des dépenses de rémunération de 5%, à 17,4 milliards de dinars,
  • La hausse des dépenses d’intervention de 10,8%, à près de 9,2 milliards de dinars.

À l’inverse, les dépenses d’investissement et de gestion ont diminué respectivement de 12,2% et 13,4%, pour s’établir à 2,7 et 1,2 milliard de dinars. Ainsi, les rémunérations et interventions représentent ensemble 75,6% des dépenses totales, tandis que la gestion et l’investissement ne constituent que 11,2%.

Service de la dette

Les charges de financement liées aux intérêts de la dette ont légèrement diminué de 4,1%, à 4,6 milliards de dinars.

En parallèle, les ressources de trésorerie ont augmenté de 16,5%, à 15 milliards de dinars, mobilisées pour 99 % au remboursement du principal de la dette.

Le rapport souligne également une hausse de 19% du service total de la dette publique, qui dépasse 19,5 milliards de dinars, dont 10,8 milliards pour la dette intérieure et 8,7 milliards pour la dette extérieure. La tendance indique un recours accru à la dette intérieure, en hausse de 42,7% sur un an, tandis que la dette extérieure recule légèrement de 1,3%.

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Tunisie : Le service de la dette publique en repli de 5,8% en 2026

Le gouvernement anticipe une baisse du service de la dette à 23 milliards de dinars l’an prochain, soutenue par la stabilité du dinar et le recul des taux mondiaux.

Le service de la dette publique tunisienne devrait reculer de 5,8% en 2026, pour s’établir à 23 057 millions de dinars, selon le rapport conjoint des commissions des finances et du budget de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) et du Conseil national des régions et des districts (CNRD). Cette inflexion marque un léger répit après deux exercices marqués par une forte pression sur les remboursements.

Les projections officielles expliquent ce recul par une diminution du volume de la dette extérieure, la baisse des taux d’intérêt mondiaux et une stabilité du dinar tunisien, autant de facteurs conjugués qui allègent le coût global de la dette.

Une dette toujours lourde malgré le repli

Sur la période 2024-2026, la Tunisie reste confrontée à d’importantes échéances, notamment en raison du remboursement de plusieurs emprunts contractés sur les marchés financiers internationaux :

  • 850 millions d’euros et 50 milliards de yens en 2024,
  • 1 milliard de dollars en 2025,
  • et 700 millions d’euros en 2026.

Le recours accru à des prêts à moyen terme a également entraîné une accumulation d’échéances de remboursement, notamment celles des Bons du Trésor à 52 semaines (2 565 MD attendus en 2026), des facilités exceptionnelles de la Banque centrale et des prêts internes.

Les principaux paiements prévus en 2026 concernent aussi :

  • l’emprunt obligataire en euros de 2019 (700 millions d’euros, échéance juillet 2026),
  • les tranches du FMI au titre de la facilité élargie de crédit (234 millions de dollars répartis sur neuf versements),
  • et plusieurs échéances auprès de la Banque africaine d’import-export et de l’Arabie saoudite.

S’y ajoutent les remboursements de l’emprunt obligataire national (2 675 MD) et de l’emprunt interne en devises (1 067 MD).

Vers une meilleure maîtrise du coût de la dette

La baisse prévue des intérêts de la dette extérieure reflète une conjoncture plus favorable : taux mondiaux en repli, dinar stable et éventuelle révision du taux directeur par la Banque centrale de Tunisie.

Selon le rapport parlementaire, ces paramètres laissent espérer une maîtrise progressive du coût de l’endettement, même si la structure de la dette tunisienne demeure fragile et fortement dépendante des marchés internationaux.

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La Tunisie a remboursé 125% de sa dette extérieure avant la fin de 2025

La Tunisie a réglé la totalité de ses échéances extérieures trois mois avant la fin de l’année, un signe de résilience financière et d’autonomie accrue face aux bailleurs de fonds internationaux.

La Tunisie est parvenue à rembourser 125% de ses dettes extérieures à fin septembre 2025, soit l’équivalent de 8469 millions de dinars, dépassant ainsi les objectifs fixés par la loi de finances.

Selon les données du ministère des Finances, relayées par l’agence TAP, le pays a donc soldé la totalité de ses engagements extérieurs pour l’année en cours, trois mois avant l’échéance, marquant une étape notable dans la consolidation de ses équilibres macroéconomiques.

Revenus touristiques, transferts des TRE et huile d’olive

Grâce à une politique orientée vers l’autofinancement et la diversification des recettes extérieures, la Tunisie a réussi ces dernières années à couvrir ses besoins sans recourir à de nouveaux emprunts internationaux.

Cette performance est principalement attribuée à la hausse des revenus touristiques, aux transferts des Tunisiens à l’étranger et à la progression des exportations d’huile d’olive, qui ont alimenté les réserves en devises nécessaires au remboursement de la dette.

Selon un rapport de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), la part de la dette extérieure dans la dette publique totale a reculé de 70% en 2019 à 50% en 2025.

L’institution prévoit également une baisse de l’encours global de la dette publique à 80,5% du PIB d’ici fin 2025, confirmant les efforts entrepris pour maîtriser le service de la dette et stabiliser les finances publiques.

Répartition et charges de la dette

Pour 2025, le budget de l’État prévoit un remboursement total de 18,2 milliards de dinars, dont 8,5 milliards pour la dette extérieure et 9,7 milliards pour la dette intérieure. Les intérêts associés à ces remboursements s’élèvent à 6,5 milliards de dinars, répartis entre 4,6 milliards pour la dette intérieure et 1,9 milliard pour la dette extérieure.

Les principales échéances extérieures concernent le Fonds monétaire international (1126 MD), Afreximbank (815 MD) et l’Arabie saoudite (159 MD).

Les analyses de la Banque mondiale, dans son rapport sur les dettes internationales, confirment que la Tunisie gère efficacement la charge de sa dette extérieure.

La part du service de la dette dans le produit national brut reste maîtrisée, malgré une proportion importante de dettes à court terme.

Ces indicateurs traduisent une résilience accrue de l’économie tunisienne, capable de faire face à ses obligations financières sans dépendance immédiate envers les institutions de financement internationales.

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