Lese-Ansicht

Es gibt neue verfügbare Artikel. Klicken Sie, um die Seite zu aktualisieren.

La crise de la gestion des déchets en Tunisie

Sans réformes décisives et investissements soutenus, le problème de la gestion des déchets en Tunisie ne fera que s’aggraver. Ces réformes concernent les incitations financières et les approches inclusives qui transforment les déchets, d’un fardeau environnemental, en une ressource économique.

Latif Belhedi

La Tunisie est confrontée à une urgence environnementale croissante qui compromet sa voie vers un développement durable. Selon le rapport de la Banque mondiale intitulé «Gestion des déchets au Moyen-Orient et en Afrique du Nord», publié le 26 janvier 2026, notre pays devra accroître considérablement ses investissements dans la gestion des déchets pour atteindre l’objectif de développement durable 11.6.1, qui vise à réduire l’impact environnemental des villes.

Les dépenses annuelles du secteur s’élevaient à 141 millions de dollars américains en 2022, soit environ 65 dollars américains par tonne de déchets. D’ici 2050, ce chiffre devra atteindre 498 millions de dollars américains, soit environ 1,55 milliard de dinars tunisiens, afin de faire face à l’augmentation des volumes de déchets et d’améliorer la qualité du service.

Ce défi est aggravé par la croissance rapide de la production de déchets solides municipaux, qui devrait doubler, passant de 3 millions de tonnes en 2022 à 6 millions de tonnes d’ici 2050.

Dégradation de l’environnement

Le rapport de la Banque mondiale, préparé par ses experts pour la période 2025-2026 avec le soutien de Problue et du Mécanisme d’appui au climat, révèle l’ampleur de la pression exercée sur le système de gestion des déchets tunisien : chaque Tunisien produit en moyenne 0,80 kilogramme de déchets par jour.

Malgré un taux de collecte relativement élevé de 72 %, les inefficacités et les lacunes dans le traitement et l’élimination des déchets engendrent déjà des coûts importants. La dégradation de l’environnement liée à une gestion inadéquate des déchets est estimée à 155 millions de dollars par an, soulignant les conséquences économiques et écologiques de l’inaction.

Efficacité, recyclage et valorisation

Sur le plan institutionnel, la Tunisie est actuellement classée en DB3 «Extension des services», ce qui signifie que son système de gestion des déchets est encore axé sur le développement des services de base. L’objectif à long terme est d’atteindre le niveau DB8, un stade plus avancé où la gestion des déchets est pilotée par des mécanismes fiscaux et réglementaires incitatifs qui favorisent l’efficacité, le recyclage et la valorisation des ressources.

Dans un registre plus positif, la Tunisie se distingue au niveau régional par son taux de compostage des déchets organiques, qui dépasse les 5 % – une performance atteinte par seulement une poignée de pays de la région, dont le Qatar et le Liban. Cela révèle un potentiel encore inexploité pour le développement à grande échelle des pratiques d’économie circulaire.

Le rapport met également en lumière le secteur informel de la gestion des déchets en Tunisie, qui emploie environ 8 000 travailleurs, appelés localement «barbechas», soit environ 66 travailleurs pour 100 000 habitants. Ces acteurs informels jouent un rôle essentiel dans la valorisation des matériaux, et la Banque mondiale recommande une meilleure intégration de ces travailleurs dans les systèmes formels de gestion des déchets afin d’améliorer le recyclage, leurs conditions de vie et la valorisation globale des ressources.

Ces constats dressent un tableau alarmant : sans réformes décisives et investissements soutenus, le problème des déchets en Tunisie ne fera que s’aggraver. Ils mettent toutefois en lumière des perspectives de transformation prometteuses, grâce à des réformes politiques, des incitations financières et des approches inclusives qui transforment les déchets, d’un fardeau environnemental, en une ressource économique.

L’article La crise de la gestion des déchets en Tunisie est apparu en premier sur Kapitalis.

❌