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Epstein et le Mossad | Chut, il ne faut surtout pas en parler !

Parlez de Jack Lang, du Premier ministre britannique Keir Starmer, du Prince Andrew de Grande-Bretagne ou de qui vous voulez parmi les personnalités impliquées dans l’«affaire Epstein» mais pas des relations de Jeffrey Epstein avec le Mossad israélien. C’est un tabou. Une relation complètement occultée dans les médias occidentaux qui sont, bien entendu et par définition, très objectifs, très professionnels et très équilibrés, au point de nous donner tout le temps, à nous autres journalistes du Sud Global, des leçons de bonnes pratiques de presse. Mais passons !

Imed Bahri

Il faut toutefois évoquer ici la seule exception faite à cette lourde omerta, en tout cas à ce jour : une enquête du sérieux journal britannique Times qui a osé parler de la crainte exprimée par Epstein peu de temps avant son opportun «suicide» ayant fait l’affaire de beaucoup de monde, d’avoir une fin comparable à celle de Robert Maxwell, le père de sa compagne Ghislaine, qui fut longtemps un agent des services secrets israéliens avant d’être liquidé par le Mossad en 1991 dans des circonstances troubles et rocambolesques.

Le Times a publié une enquête de Gabrielle Weiniger, correspondante du journal britannique à Tel Aviv, intitulée «Jeffrey Epstein était-il un agent du Mossad? De nouveaux documents amplifient le mystère autour de ses liens avec Israël».  

Epstein agent de renseignement multicartes

L’enquête s’ouvre en abordant le cas de Deepak Chopra, un expert en médecine alternative indo-américain, qui s’était rendu à Tel Aviv deux ans avant l’arrestation d’Epstein en 2019 et avait fait l’éloge d’Israël, tout en soulignant son empressement à convaincre Epstein de l’y rejoindre.

Selon un message publié parmi les millions de fichiers d’Epstein, Chopra écrivait : «Viens en Israël avec nous, détends-toi et profite de la compagnie de personnes exceptionnelles. Si tu veux, utilise un pseudonyme. Amène tes filles, nous serons ravis de t’accueillir. Amicalement».

Epstein a répondu : «Ailleurs. Je n’aime pas du tout Israël». Une manière d’esquiver ses relations très intimes avec l’État hébreu et de brouiller les pistes. 

Le journal indique que le refus d’Epstein de cette invitation en mars 2017 demeure l’un des mystères des documents déclassifiés par le Département de la Justice américain. Ces documents dressent un tableau contradictoire et souvent confus des relations du prédateur sexuel avec Israël, notamment avec l’ancien Premier ministre Ehud Barak.

Aux États-Unis, les allégations selon lesquelles Epstein aurait pu travailler pour un service de renseignement étranger se multiplient, en grande partie grâce au présentateur de télévision d’extrême droite Tucker Carlson et à d’autres médias qui relaient ces affirmations.

Les documents contiennent notamment les allégations d’un informateur confidentiel du FBI selon lesquelles Epstein, contrairement à l’opinion générale véhiculée, n’éprouvait aucune animosité envers Israël mais travaillait en réalité pour le Mossad (le service de renseignement extérieur israélien).

Un rapport de la branche du FBI à Los Angeles datée d’octobre 2020 indiquait que la source du Bureau était convaincue qu’Epstein était un agent du Mossad et avait reçu une formation d’espion. La source affirmait que le financier avait aussi des liens avec les services de renseignement américains par l’intermédiaire de son avocat personnel de longue date Alan Dershowitz qui était aussi professeur de droit à Harvard. Le Times indique que Darshowitz a enseigné beaucoup de personnes issues de l’establishment dont Jared Kushner, gendre du président Trump, ainsi que son frère le financier Josh Kushner, tous juifs comme Jeffrey. Détail sans importance, bien sûr…

Dershowitz a balayé ces affirmations d’un revers de main, déclarant : «Aucun service de renseignement au monde ne lui ferait confiance ! C’est quelque chose qu’il ne cacherait pas à ses avocats».

Relations anciennes et documentées avec Ehud Barak   

Ce passé d’espion a été aussi balayé par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu qui avait suggéré, au cours du week-end dernier, que l’amitié d’Epstein avec l’ancien Premier ministre Ehud Barak prouvait qu’il n’était pas un espion. Netanyahu a écrit sur Twitter : «La relation exceptionnellement étroite entre Jeffrey Epstein et Ehud Barak n’indique pas qu’Epstein travaillait pour Israël mais prouve le contraire».

Barak est le rival historique de Netanyahu et ce dernier veut faire croire qu’être ami avec lui c’est travailler contre les intérêts d’Israël. En réalité, Netanyahu prend les gens pour des idiots, trait de caractère bien connu chez lui, car Barak a été au cœur du monde militaire, du renseignement et la politique d’Israël pendant des décennies. 

Des documents récemment déclassifiés révèlent que Barak et son épouse, Nili, séjournaient régulièrement dans l’appartement new-yorkais d’Epstein et avaient prévu une visite peu avant son arrestation en 2019.

Leur relation étroite s’est poursuivie bien après la première arrestation d’Epstein en 2008 pour trafic sexuel et incitation de mineure. Barak a par la suite exprimé des regrets quant à sa relation avec Epstein. En 2018, Epstein a envoyé un courriel à Barak lui demandant de confirmer qu’il n’a aucun lien avec le Mossad. La même année et dans un mail contradictoire, Epstein a demandé à Barak si quelqu’un lui avait demandé de recruter d’anciens agents du Mossad pour mener des enquêtes douteuses.

Selon les documents, Epstein a organisé et contribué à un investissement de 1,5 million de dollars dans une start-up israélienne appelée Carpine, anciennement connue sous le nom de Reporty Homeland Security. Barak a averti que «la tactique israélienne consistant à utiliser Chypre pour l’évasion fiscale est ridicule, obsolète et dangereuse» au sujet de leur investissement. Une autre femme d’affaires participant à l’échange, Nicole Junkerman, a partagé l’avis d’Epstein et de Barak: «Chypre est suspect, je suggère donc le Luxembourg»

Epstein avait également plusieurs mails contenant des informations sur des start-ups et des inventions israéliennes, notamment un prototype de bracelet transformable en écran tactile(1).

Le Times a cité Lynette Nussbacher, ancienne officier du renseignement militaire britannique : «Le mystère qui entoure la provenance de ses fonds fait l’objet de nombreuses discussions. Se pourrait-il qu’une partie de son argent provienne de sources gouvernementales pour lui permettre d’agir comme agent de renseignement ?», s’est-t-elle demandé. 

En 2003, Epstein a demandé un second passeport pour sa compagne Ghislaine Maxwell, «afin d’éviter tout problème de visa» lors de ses voyages. Il a écrit : «Les fonctions de Mme Maxwell l’obligent à voyager fréquemment à travers le monde. Elle doit se rendre le 16 mars 2003 en Israël, en Jordanie et en Arabie saoudite»

Nussbacher, haute responsable de la sécurité nationale britannique et chargée de cours en études de guerre à l’Académie royale militaire de Sandhurst, a expliqué l’implication potentielle d’Epstein et la structure de recrutement des services de renseignement israéliens : «Chaque service de renseignement emploie des agents qui sont salariés et dont la retraite est prise en charge par le service. On les appelle des officiers. Il y a ensuite des personnes influencées par les officiers pour travailler pour le service, parfois contre rémunération, parfois par manipulation, parfois par chantage. On les appelle des agents».

Des liens anciens et constants avec Israël

Né de parents juifs immigrés et ayant grandi à Seagate, une communauté fermée à prédominance juive située sur Queens Island, Epstein s’est rendu en Israël avec sa famille en 1985. Lors de ce voyage, il a séjourné à l’hôtel Plaza de Tel Aviv et à l’hôtel King David de Jérusalem, où il aurait loué une limousine pour transporter ses parents.

D’autres voyages en Israël n’ont pas été officiellement documentés. Le 20 mai 2020, Epstein a demandé à sa secrétaire, Lesley Grove, de trouver des vols Paris-Tel Aviv et Tel Aviv-New York ou Tel Aviv-Yalta en Crimée. Le 21 mai, il a ajouté : «Réservez un vol pour Tel Aviv via Book24, puis un vol en première classe pour New York le 27 mai».

Epstein était abonné à un site d’enchères immobilières de luxe, auquel il envoyait par courriel des offres pour certaines des propriétés les plus luxueuses d’Israël. Bien qu’il ne souhaitât pas se rendre en Israël avant 2017, il n’était pas indifférent aux femmes israéliennes. Il a demandé à Chopra de lui trouver «une jeune Israélienne blonde et séduisante… l’apparence primant sur l’intelligence». Chopra a répondu par une mise en garde, affirmant que les Israéliennes sont «fortes avec un caractère affirmé mais aussi séductrices»

En réponse à une question sur cette correspondance, Chopra a déclaré la semaine dernière : «Je tiens à être clair… Je n’ai jamais été impliqué ni participé à aucune activité criminelle ou d’exploitation et mes contacts ont toujours été limités et sans lien avec des abus. Je condamne fermement les abus et l’exploitation sous toutes leurs formes».

Le journal britannique indique dans son enquête que la relation profonde et durable d’Epstein avec Ghislaine Maxwell, qui purge actuellement une peine de 20 ans de prison pour son implication dans le réseau de trafic sexuel d’enfants de son ex-compagnon, alimente les spéculations concernant ses liens avec Israël.

D’après le Times, son père, le magnat des médias Robert Maxwell, était soupçonné pour ses liens avec les renseignements israéliens or ce ne sont pas des soupçons, Maxwell était pendant des décennies un agent du Mossad et fut recruté par Yitzhak Shamir.

Le corps de Maxwell a été retrouvé flottant au large des îles Canaries (territoire espagnol) en 1991. Un commando du Mossad avait attaqué dans la nuit son yacht, le Lady Glynn, l’a tué puis l’a jeté en mer. Des pressions ont été exercé les services israéliens sur sa fille Ghislaine pour qu’il n’y ait pas d’autopsie et le Mossad a obtenu gain de cause. Sa dépouille a d’ailleurs été rapatriée en Israël bien qu’il ne soit pas Israélien, des funérailles officielles eurent lieu, l’oraison funèbre fut prononcée par… Yitzhak Shamir alors Premier ministre durant laquelle il déclara : «Robert Maxwell a rendu de grands services à l’État d’Israël mais le temps pour les dévoiler n’est pas encore venu».

Maxwell fut inhumé par la suite sur le mont des Oliviers à Jérusalem. Tout ce traitement que les Israéliens lui offrirent à titre posthume avait pour but d’éloigner les accusations de son assassinat par le Mossad. 

Les mails d’Epstein laissent d’ailleurs entendre que lui-même pensait que le Mossad était derrière l’assassinat de Maxwell. Le 15 mars 2018, un mail d’Epstein à un destinataire anonyme (plusieurs adresses mail et noms ont été caviardés par le Département américain de la Justice) avait pour objet «Il est mort».

Dans ce mail, Epstein faisait part de sa crainte de subir un sort similaire à celui de Robert Maxwell, affirmant que ce dernier avait menacé les services de renseignement israéliens de révéler qu’il avait travaillé pour eux comme agent officieux, espionnant la Grande-Bretagne, les États-Unis et l’Union soviétique.

Ce message confirme les révélations de Gordon Thomas et Martin Dillon, auteurs de ‘‘L’assassinat de Robert Maxwell: le super espion israélien’’, qui affirmaient que le Mossad était derrière le meurtre de Maxwell. Ils affirment que Maxwell travaillait pour l’agence mais avait menacé de dénoncer le Mossad dans ses propres journaux si les autorités israéliennes ne payaient pas 600 millions de dollars d’intérêts sur ses dettes qui dépassaient les 3 milliards de dollars.

Autre élément de grande importance qui n’a pas été abordé par le Times c’est que c’est Robert Maxwell lui-même qui a recruté sa fille Ghislaine et Epstein pour le compte du Mossad au début des années 1980. C’est ce qu’affirme le livre ‘‘Epstein: Dead Men Tell No Tales’’ (Epstein: Les morts ne racontent pas d’histoires) de Dylan Howard et ce qui a été confirmé par Ari Ben-Menashe, ancien officier du renseignement israélien, qui a affirmé qu’Epstein et sa compagne Ghislaine Maxwell travaillaient pour les services de renseignement israéliens depuis les années 1980.

Ben-Menashe affirme aussi que le duo Epstein-Maxwell a exécuté une mission de honey trapping pour le compte du Mossad. Le honey trapping (piège à miel) est une technique répandue des renseignements consistant à tendre un piège sexuel à une cible puis à la contrôler en exerçant sur elle un chantage.

Autre élément de taille qui prouve la place d’Epstein dans le monde de l’espionnage israélien, Ari Ben-Menashe, qui a été mêlé lui-même à l’affaire Iran-Contra, affirme que Jeffrey Epstein était aussi impliqué dans cette affaire.

Pour rappel, le scandale Iran-Contra était une opération secrète des années 1980 où les États-Unis vendaient secrètement des armes à la République islamique d’Iran (malgré un embargo) via Israël pour obtenir en contrepartie la libération d’otages américains détenus par le Hezbollah au Liban et l’argent de cette vente servait à financer les milices Contras anti-communistes au Nicaragua, qui combattaient le gouvernement sandiniste marxiste. C’était une opération ultraconfidentielle à laquelle n’étaient mêlés que des gens au cœur du monde du renseignement et qui prouve qu’Epstein était incontestablement un agent du Mossad. De plus, ses craintes prémonitoires d’avoir une fin comparable à celle de Robert Maxwell s’avérèrent justes et il est mort dans des conditions troubles vraisemblablement assassiné dans sa prison, par des agents israéliens, à l’instar de Maxwell.

1) L’homme d’affaires américain avait versé plus de deux millions de dollars à Ehud Barak en 2004 pour un prétendu rapport sur la jeunesse juive jamais publié, et a financé le lancement d’une de ses start-up en 2015. En 2019, le Daily Mail a publié des photos prises en 2016 par un paparazzi montrant l’ex-premier ministre israélien le visage masqué par une écharpe au moment d’entrer dans la demeure new-yorkaise d’Epstein. La publication insinue qu’il allait y retrouver «quatre femmes». Barak a parlé de diffamation et menacé le tabloïd britannique de poursuite judiciaire.

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