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Pedro Sánchez, l’homme qui navigue à contre-courant !

Alors que partout dans les pays occidentaux aussi bien dans l’Amérique de Donald Trump qu’en Europe, la grande mode est à la rhétorique et à la surenchère anti-migratoires, à la banalisation du discours xénophobe et à la chasse aux migrants, le gouvernement espagnol présidé par le socialiste Pedro Sánchez a décidé de régulariser 500 000 migrants irréguliers.

Imed Bahri

À l’heure où ICE, la police anti-immigration américaine, ne recule devant aucun procédé brutal et qu’elle est citée en exemple en Europe comme l’a fait Arno Klarsfeld, magistrat au Conseil d’État (plus haute juridiction administrative française), qui a appelé à organiser des rafles contre les migrants irréguliers, le chemin choisi par l’Espagne incarne une exception qui irrite bien au-delà de la péninsule ibérique. 

Dans les colonnes du journal londonien arabophone Al Quds al Arabi, Hussein Majdoubi est revenu sur cette exception espagnole. Il explique que la décision du gouvernement espagnol dirigé par Sánchez, qui a annoncé un programme de régularisation des immigrés sans papiers, est une décision qui a suscité la colère des partis d’extrême droite et de plusieurs gouvernements européens car elle est perçue à la fois comme une remise en cause du discours populiste et de la théorie du Grand Remplacement mais aussi elle contredit la recommandation du document de la Stratégie de sécurité nationale américaine de l’administration Trump préconisant de limiter l’immigration en provenance des pays du Sud. 

Régularisation massive des migrants

Le Premier ministre espagnol a annoncé ce processus de régularisation la semaine dernière. Il s’agit du sixième programme de ce type mis en œuvre par l’Espagne ces quarante dernières années. Cette régularisation massive est née d’une proposition soutenue par les citoyens, signée par quelque 700 000 personnes et appuyée par des centaines d’organisations de la société civile et par l’Église catholique.

Le premier programme de ce type remonte à 1986, année de l’adhésion du pays à l’Union européenne, sous le gouvernement du socialiste Felipe González. D’autres programmes ont eu lieu en 1991 et 1996, également sous son mandat. Deux programmes de régularisation ont été organisés en 2000 par le Premier ministre de droite José María Aznar, et le plus important, concernant un demi-million d’immigrés, a été lancé en 2005 par le socialiste José Luis Rodríguez Zapatero. Le programme actuel, qui doit débuter en avril prochain sous la présidence de Sánchez est considéré comme un vaste programme puisqu’il concernera environ un demi-million de migrants et offrira d’importantes facilités administratives.

Mariano Rajoy, le dirigeant de droite conservateur du Parti populaire (PP), était le seul Premier ministre à ne pas avoir lancé de programme de régularisation à grande échelle pour les migrants depuis le début de la transition démocratique espagnole au milieu des années 1970.

Une grave pénurie de main-d’œuvre

La décision du gouvernement espagnol fait suite à une grave pénurie de main-d’œuvre dans divers secteurs, notamment la construction, la maintenance électrique, la mécanique, le tourisme et le transport routier. Cette situation coïncide avec le taux de croissance économique le plus élevé que connaît l’Espagne parmi les pays occidentaux, engendrant une forte demande de travailleurs.

L’opposition de droite, en particulier le parti d’extrême droite Vox, tente de contester cette décision devant la Cour suprême. Néanmoins, la procédure de régularisation des migrants débutera en avril. Parmi les principaux bénéficiaires figurent les membres de la communauté marocaine entrés irrégulièrement en Espagne ces dernières années.

La décision espagnole représente un défi pour tous les pays européens. Alors que l’extrême droite et les partis conservateurs instrumentalisent l’immigration à des fins électoralistes et que la lutte contre l’immigration constitue un pilier de la stratégie des mouvements extrémistes pour renforcer leur influence, la décision de l’Espagne de régulariser les immigrés irréguliers va à contre-courant de la tendance européenne dominante.

Parallèlement, cette décision s’oppose frontalement à la politique de Washington, qui a publié le Document de sécurité nationale des États-Unis recommandant, sur un ton quasi inflexible, aux Européens de stopper l’immigration en provenance des pays islamiques et du Sud en général, afin de préserver le visage du continent européen au cours des vingt prochaines années.

Washington menace de prendre des mesures contre les pays européens qui ne luttent pas contre l’immigration en provenance du Sud. La décision de régulariser le statut des migrants suscite la controverse, notamment suite aux propos du milliardaire et désormais homme politique et d’influence américain Elon Musk qui soutient publiquement l’extrême droite européenne. Ce dernier a critiqué le Premier ministre espagnol sur la plateforme X, ce à quoi le dirigeant socialiste a répondu par un sarcasme mordant mais profondément humain : «Mars peut attendre mais pas l’humanité !», cela signifie que l’envoi d’humains sur Mars peut attendre mais que ceux qui vivent sur Terre doivent être traités avec humanité.

Contre la théorie du «Grand Remplacement»

Cette décision de régulariser le statut des migrants irréguliers porte un coup dur à la théorie du «Grand Remplacement», formulée par le Français Renaud Camus en 2011 et depuis reprise par le polémiste et homme politique français islamophobe Éric Zemmour. Cette théorie prétend qu’il existe un complot d’une élite transnationale, principalement occidentale, cherchant à remodeler l’Europe et l’Occident en encourageant l’immigration musulmane afin de transformer les sociétés européennes et américaines.

Cette théorie est partagée par Elon Musk, le président américain Donald Trump et la plupart des partis politiques extrémistes en Europe. Cette théorie est considérée comme très dangereuse car certains auteurs d’attentats terroristes contre des migrants, par exemple à Christchurch (Nouvelle-Zélande), à ​​Buffalo (États-Unis) et à El Paso (Texas, États-Unis), l’ont citée comme justification idéologique de leurs attaques.

Le leader du parti Vox, Santiago Abascal, s’est indigné de cette annonce de régularisation massive en recourant à cette théorie. Il a déclaré : «Le tyran Sanchez déteste le peuple espagnol. Il veut le remplacer», a-t-il déclaré sur les réseaux sociaux, ajoutant que Sanchez voulait «accélérer l’invasion migratoire». Abascal avait plutôt appelé à la «remigration», un autre slogan d’extrême droite qui prône l’expulsion massive des personnes nées à l’étranger, y compris parfois des citoyens naturalisés.

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