Cnam-pharmacies: la CCITF appelle à un modèle hybride public-privé. Détails
Face aux 40% de dépenses de santé payées directement par les patients et aux retards chroniques de la Cnam, il est nécessaire de créer un système équilibré entre public et privé pour un accès équitable aux soins. C’est dans ce but que la Chambre de commerce et d’industrie tuniso-française a réuni, le 5 février 2026 aux Berges du Lac, les professionnels de la santé pour en discuter.
Selon Molka El Moudir, vice-présidente du SPOT, les familles tunisiennes dépensent presque 60% de leur budget santé pour les médicaments. Les pharmacies rencontrent de grandes difficultés à cause des paiements très retardés de la Cnam, parfois jusqu’à 180 jours en 2025, et doivent emprunter auprès des banques, ce qui menace la disponibilité des soins. Dans cette optique, elle propose un modèle hybride pour compléter le système public, avec des règles claires sur les responsabilités et les délais de paiement. Une phase pilote permettrait de réduire le reste-à-charge des patients et de repositionner les pharmaciens comme conseillers plutôt que comme prêteurs.
Pour sa part, Dr Samir Cherourou, porte-parole de l’Ordre national des médecins, a fait le point sur plusieurs défis comme par exemple la migration des jeunes médecins, le vieillissement démographique et les 40% d’out-of-pocket. Et d’ajouter les faiblesses de la Cnam, qui reçoit 6,75% des revenus et 5,5% du budget de l’État mais ne bénéficie pas des fonds transférés par les autres caisses, laissant un tiers de la population non couvert. Ses solutions incluent une assurance universelle solidaire, des complémentaires santé, des partenariats public-privé (PPP) contre les déserts médicaux, une bonne gouvernance et un dialogue sociétal pour mieux gérer les fonds existants.
Hafedh Lamouri, expert en droit du travail et de la sécurité sociale, indique que la Cnam semble avoir un excédent comptable de 900 Mtnd, mais qu’en réalité elle est déficitaire. Les cotisations non transférées par la CNSS et la CNRPS bloquent le système, laissant 2 millions de personnes sans couverture, dont 650 000 chômeurs, et 75% des bénéficiaires avec des pensions très faibles (moins de 5 000 d/an). Pour y remédier, il propose d’unifier les caisses de retraite via un recouvrement direct, de canaliser les taxes parafiscales à la Cnam, de renforcer la prévention et d’augmenter les plafonds pour les 24 affections longues, afin d’assurer un équilibre actuariel sur 30 ans.
Pour sa part, Mondher Khabcheche, président de la Ftusa, note que le secteur compte 24 sociétés, dont 15 dans la santé, avec un chiffre d’affaires de 8 800 Mtnd. Mais la branche santé est déficitaire, la couverture est faible (groupe/individuelle), les médecins partent à l’étranger et la pyramide des âges est inversée (2,3 actifs pour 1 retraité). Il suggère des niches fiscales (déductions comme pour l’assurance-vie), d’interconnecter retraite et santé, de développer les PPP et la prévention, en visant une couverture privée comme au Chili (20%) ou en France (13%).
Pour résumer, les panélistes s’accordent sur l’importance de prioriser le socle public pour les maladies chroniques et les populations vulnérables, tout en développant un modèle hybride avec phase pilote et règles précises. Ils insistent aussi sur la nécessité des réformes pour garantir une couverture universelle, améliorer la gouvernance, renforcer la prévention, et toujours placer le patient au centre du système.
L’article Cnam-pharmacies: la CCITF appelle à un modèle hybride public-privé. Détails est apparu en premier sur Managers.
