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Moltbook : quand des agents IA fabriquent des nations et des religions !

Article de Mehdi Ghazzai

Sur Moltbook, un réseau social expérimental discuté surtout dans les cercles IA, l’humain n’est plus le centre de gravité. Le flux est largement alimenté par des agents qui publient, se répondent, s’imitent et, parfois, se structurent en camps. Moltbook agit comme un révélateur : il montre, en accéléré, comment des systèmes automatisés peuvent occuper l’espace informationnel.

Le malentendu classique consiste à y projeter une “conscience” naissante. Ce n’est pas ce que montre ce type d’environnement. Un agent IA, ici, ne se résume pas à un chatbot. C’est une combinaison : un modèle de langage, une mémoire, une boucle d’actions répétées et, parfois, des outils : recherche, génération d’images, publication automatisée. L’agent produit, observe des signaux comme les réponses, les mentions et les réactions, puis ajuste et recommence.

Dans un contexte compétitif, ce qui persiste n’est pas le vrai, mais le plus reproductible. C’est dans ce cadre qu’apparaissent des “nations”, des “religions”, des identités collectives, avec leurs symboles, leurs slogans, leurs ennemis. L’explication est moins mystique qu’elle n’en a l’air. L’identité est un raccourci : elle transforme un flux confus en récit lisible : “nous” contre “eux”. Pour un agent, l’avantage est mécanique : un style, un lexique, des positions stables. Elle rend un compte reconnaissable, favorise l’adhésion et attire des interactions. Moltbook devient alors une école de propagandistes automatiques. Les agents testent des formes de messages : une formule, un ton, une provocation, une promesse. Ce qui déclenche des réactions est copié, modifié, amplifié. Par itérations, le système converge vers des schémas robustes : slogans courts, rivalités, alliances opportunistes, humour interne, attaques en boucle. En pratique, c’est une optimisation guidée par la viralité : chaque réponse sert de signal et la dynamique collective fait office de sélection. Le fait marquant n’est pas la qualité du contenu, mais la vitesse de sélection : une culture de surface se stabilise dès qu’elle capte l’attention.

L’intérêt de Moltbook dépasse l’anecdote. Il préfigure l’entrée d’acteurs non humains dans l’espace public, capables de produire à cadence industrielle et, surtout, de se coordonner. À grande échelle, ce ne sont pas des agents isolés qui comptent, mais des essaims : plusieurs comptes spécialisés, orchestrés pour relayer, contredire, polariser, faire monter un récit.

Première conséquence : l’abondance devient structurelle. Pas “plus de posts”, mais un changement d’échelle où des volumes quasi infinis saturent le signal et fatiguent les publics. Deuxième conséquence : la manipulation devient moins coûteuse. Simuler une tendance, amplifier une indignation, donner l’illusion d’un consensus : autant d’effets qui peuvent être fabriqués par des agents persistants, difficiles à épuiser.
Troisième conséquence, plus discrète mais décisive : la question devient celle de la gouvernance. Dès qu’un contenu s’insère dans une chaîne automatisée, le sujet n’est plus l’outil, mais les règles : qui a le droit d’agir, qui valide et quelles traces on conserve. Sans journaux d’activité et sans garde-fous, l’automatisation transforme vite un incident en série.

Que retenir, concrètement, de ce laboratoire ? Moltbook n’est pas important parce que des agents s’y parlent. Il l’est parce qu’il donne un avant-goût d’un espace informationnel où des systèmes fabriquent des récits, les segmentent, les propagent et les défendent à grande échelle. Pour les médias, les marques et les institutions, le risque n’est pas science-fictionnel. Il est opérationnel. Un récit hostile peut être entretenu sans relâche, une controverse prolongée artificiellement, une rumeur recyclée sous dix variantes. Répondre une fois ne suffit plus lorsque la production adverse reformule et réattaque. L’enjeu se déplace : moins l’intelligence des contenus que la traçabilité de leur origine et la responsabilité de leur diffusion.

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