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Quand l’orage gronde au Golfe, l’écho résonne au Maghreb

Entre tensions géopolitiques, vulnérabilités économiques et quête d’autonomie stratégique, la crise USA-Iran agit comme un révélateur silencieux des fragilités et des choix à venir pour l’Afrique du Nord.

Une crise lointaine aux effets très proches

À première vue, la confrontation larvée entre les États-Unis et l’Iran semble se jouer loin du Maghreb, dans les détroits stratégiques du Golfe et les couloirs diplomatiques de Vienne ou de Washington. Pourtant, dans un monde désormais structuré par l’interdépendance et la financiarisation des risques, aucune région n’échappe aux ondes de choc des grandes rivalités. Le Maghreb, déjà éprouvé par des déséquilibres internes persistants, se retrouve exposé à une crise qu’il ne maîtrise pas, mais dont il subit les conséquences économiques, politiques et stratégiques.

La montée des tensions militaires, les menaces sur la sécurité énergétique mondiale et la polarisation accrue des alliances transforment un conflit bilatéral en un facteur systémique. Pour les économies maghrébines, cette crise agit moins comme un événement ponctuel que comme un amplificateur de vulnérabilités structurelles.

L’énergie comme premier canal de transmission

Le principal vecteur de contagion demeure le marché de l’énergie. Toute escalade entre Washington et Téhéran ravive le spectre d’une perturbation des flux pétroliers via le détroit d’Hormuz. Ce qui suffit à faire grimper les prix, même en l’absence de conflit ouvert. Pour les pays du Maghreb importateurs nets d’énergie, cette volatilité se traduit mécaniquement par une pression accrue sur les finances publiques, une détérioration de la balance commerciale et un renchérissement des coûts de production.

Dans des économies déjà confrontées à l’inflation, à la contrainte budgétaire et à la fragilité des réserves en devises, la hausse des prix de l’énergie agit comme une taxe externe, imposée sans négociation. Elle pèse sur le pouvoir d’achat, alimente les tensions sociales et réduit la marge de manœuvre des politiques économiques, notamment en matière de subventions et de soutien à l’activité.

Le Maghreb face au retour brutal de la géopolitique

Au-delà de l’économie, la crise USA-Iran rappelle au Maghreb que la géopolitique n’a jamais disparu, mais qu’elle revient aujourd’hui sous une forme plus brutale et moins prévisible. Les États-Unis cherchent à consolider leurs positions et à contenir toute extension de l’influence iranienne, y compris sur le continent africain. L’Iran, de son côté, s’inscrit dans une logique de contournement des sanctions, multipliant les ouvertures diplomatiques et économiques vers le Sud global.

Dans cet environnement polarisé, les pays maghrébins se retrouvent confrontés à un dilemme délicat : préserver leurs relations avec les partenaires occidentaux tout en explorant de nouvelles coopérations susceptibles de renforcer leur souveraineté économique et diplomatique. Cette tension entre alignement et autonomie devient un exercice d’équilibre permanent, où chaque choix comporte un coût politique implicite.

Diplomatie maghrébine : entre prudence et diversification

La réponse maghrébine à la crise se caractérise moins par des positions tranchées que par une prudence calculée. Loin des logiques d’alignement automatique, la région semble privilégier une diplomatie de diversification, cherchant à élargir son spectre de partenaires sans rompre avec les équilibres existants. Cette approche reflète une prise de conscience : dans un monde multipolaire, la dépendance exclusive à un seul pôle de puissance devient un facteur de vulnérabilité.

Toutefois, cette stratégie n’est pas sans risques. La neutralité apparente peut être perçue comme de l’ambiguïté et la diversification comme une défiance implicite. Dans le contexte de la crise USA-Iran, le Maghreb doit donc composer avec des pressions contradictoires, tout en évitant que son espace régional ne devienne un terrain indirect de rivalités extérieures.

Un révélateur des fragilités structurelles

En filigrane, la crise met en lumière les limites des modèles économiques maghrébins. Dépendance énergétique, faiblesse de l’intégration régionale, exposition aux chocs externes et faible capacité d’absorption des crises internationales : autant de failles que la confrontation américano-iranienne rend plus visibles. Ce conflit agit ainsi comme un test de résilience, révélant l’urgence de réformes structurelles longtemps différées.

La question n’est plus seulement de savoir comment réagir à la crise actuelle, mais comment se préparer aux suivantes. Car dans un ordre mondial instable, les chocs géopolitiques tendent à devenir la norme plutôt que l’exception.

Entre l’ombre des puissances et l’exigence d’une voie propre

Au final, la crise USA-Iran place le Maghreb face à une interrogation centrale : subir la géopolitique ou tenter de la maîtriser. S’il ne peut influencer directement le cours des événements, il peut en revanche renforcer sa capacité d’anticipation, de coordination régionale et de souveraineté économique. L’enjeu dépasse la simple gestion conjoncturelle des prix de l’énergie ou des relations diplomatiques ; il touche à la définition même du rôle du Maghreb dans un monde fragmenté.

 

Lorsque l’orage gronde au Golfe, le Maghreb comprend qu’il ne s’agit pas seulement d’un bruit lointain. C’est un rappel sévère : dans l’économie mondiale comme dans la géopolitique, l’éloignement géographique n’est plus une protection, et l’autonomie stratégique n’est plus un luxe, mais une nécessité.

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain D’Economie Financière (IAEF-ONG).

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Indicateurs monétaires et financiers – Finances mondiales : le répit sous surveillance

La fin du mois de janvier 2026 s’inscrit dans un environnement international marqué par une inflexion monétaire prudente, sans véritable retournement de cycle. Après deux années de politiques restrictives, les grandes banques centrales semblent avoir atteint un point d’équilibre fragile entre la lutte contre l’inflation et la préservation de la croissance. La Réserve fédérale américaine, comme la Banque centrale européenne, privilégient désormais une posture d’attentisme, conditionnant toute nouvelle décision à l’évolution des prix et du marché du travail.

Cette accalmie relative se traduit par un repli du dollar et une détente partielle des conditions financières mondiales. Toutefois, cette évolution reste incomplète et inégalement répartie. Les flux de capitaux demeurent sélectifs, favorisant les économies jugées les plus résilientes, tandis que les pays à déséquilibres structurels persistants continuent d’évoluer sous contrainte. Pour la Tunisie, ce contexte offre un répit conjoncturel, mais ne modifie pas fondamentalement les termes de son insertion financière internationale.

 

Une liquidité bancaire en amélioration, reflet d’un équilibre encore artificiel

Les indicateurs monétaires du 30 janvier 2026 confirment une amélioration progressive de la liquidité bancaire. Le solde du compte courant ordinaire des banques s’établit à 711,8 MDT, contre 522,5 MDT la veille, signalant un desserrement des tensions qui avaient caractérisé les mois précédents. Cette évolution traduit à la fois une gestion plus fine de la trésorerie bancaire et une action ciblée de la Banque centrale.

Le recul du volume global du refinancement, désormais limité à 12 297 MDT, illustre cette détente relative. La diminution des opérations de refinancement à long terme et la stabilité des appels d’offres témoignent d’une volonté claire de normalisation progressive, sans provoquer de choc brutal sur le marché monétaire. Néanmoins, cette amélioration reste largement dépendante de l’intervention de la BCT. Ce qui souligne le caractère encore administré de l’équilibre monétaire.

Parallèlement, la hausse continue des billets et monnaies en circulation, qui dépassent 27,2 milliards de dinars, révèle une dynamique plus préoccupante. Elle reflète à la fois la persistance d’une économie informelle importante et une préférence accrue pour la liquidité, symptôme d’un climat de confiance encore fragile.

 

Politique monétaire : un tournant prudent aux effets différés

La réduction du taux directeur à 7 %, alignée sur le taux du marché monétaire, marque une inflexion stratégique majeure. Ce choix traduit la reconnaissance implicite d’un ralentissement de l’activité économique et la nécessité de desserrer l’étau monétaire sans compromettre la stabilité des prix.

Toutefois, l’efficacité de cette baisse reste conditionnée à la transmission du taux vers l’économie réelle. Dans un contexte de frilosité bancaire et de risques élevés, la détente monétaire pourrait se traduire davantage par un allègement des charges financières existantes que par une relance franche du crédit à l’investissement.

L’évolution du marché interbancaire, caractérisée par un glissement des opérations à vue vers les opérations à terme, confirme cette lecture. Les banques gagnent en visibilité, mais restent prudentes, conscientes des fragilités persistantes de l’environnement macroéconomique.

 

Trésorerie de l’État : une amélioration conjoncturelle sous contrainte structurelle

Le solde du compte courant du Trésor, supérieur à 1,8 milliard de dinars, constitue un signal positif à court terme. Il reflète un effort tangible de gestion de trésorerie, appuyé par une mobilisation accrue des ressources internes et un contrôle relatif des dépenses courantes.

Cependant, cette amélioration ne saurait masquer les déséquilibres structurels des finances publiques. La recomposition de la dette intérieure, marquée par un net recul des bons du Trésor à court terme et une forte progression des bons assimilables, réduit les pressions immédiates de refinancement mais reporte le risque dans le temps. L’allongement des maturités s’accompagne mécaniquement d’une charge d’intérêts plus lourde, dans un contexte de marges budgétaires déjà étroites.

 

Le secteur extérieur, pilier central de la stabilisation macroéconomique

Le secteur extérieur demeure l’un des principaux amortisseurs de l’économie tunisienne. Les recettes touristiques cumulées, en hausse significative, confirment la résilience du secteur malgré un environnement régional et international instable. Les revenus du travail en devises poursuivent également leur progression, traduisant l’importance croissante de la diaspora dans l’équilibre macroéconomique national.

Ces flux ont permis de renforcer les avoirs nets en devises de la Banque centrale, portés à plus de 25 milliards de dinars, soit l’équivalent de 106 jours d’importation. Ce niveau, relativement confortable, améliore la capacité du pays à faire face à des chocs externes et renforce la crédibilité financière à court terme.

Néanmoins, la structure du commerce extérieur demeure inchangée, marquée par une faible diversification et une dépendance élevée aux importations énergétiques et alimentaires. Le recul du service de la dette extérieure, bien que bienvenu, reste insuffisant pour inverser durablement la dynamique d’endettement.

 

Une stabilité du dinar sous surveillance permanente

L’évolution des taux de change traduit une stabilité relative du dinar face à l’euro et une appréciation face au dollar. Cette performance est autant le produit d’un affaiblissement du billet vert que d’une gestion active des réserves de change.

Toutefois, cette stabilité reste fragile et largement conditionnée à la continuité des flux extérieurs. En l’absence de gains de compétitivité réels et d’un redémarrage des exportations à forte valeur ajoutée, le dinar demeure exposé à tout retournement de conjoncture internationale.

 

Perspectives : transformer la stabilisation en trajectoire durable

À court terme, les indicateurs du 30 janvier 2026 dessinent un paysage de stabilisation progressive. La détente monétaire, l’amélioration des réserves en devises et la maîtrise relative de la trésorerie publique offrent un espace de respiration à l’économie tunisienne.

À moyen terme, le véritable enjeu réside dans la capacité à convertir cette stabilisation conjoncturelle en dynamique de croissance durable. Sans réformes profondes touchant l’investissement, la productivité, la gouvernance économique et l’inclusion financière, l’économie risque de rester enfermée dans un équilibre de faible croissance et de vulnérabilité persistante.

La Tunisie se trouve ainsi face à un choix stratégique : prolonger une gestion de court terme centrée sur l’équilibre précaire, ou engager une transformation structurelle capable de redonner de la profondeur et de la résilience à son modèle économique.

 

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Références :

(1) Sources principales consultées pour le contexte international : World Bank MENAAP (30/01/2026), données prix Brent / marché pétrolier (30/01/2026), minutes Fed / prises de position récentes, analyses Reuters sur la réaction des marchés aux tensions régionales. (Banque Mondiale)

(2) (*) https://www.bct.gov.tn/bct/siteprod/indicateurs.jsp

(**) https://www.ins.tn/

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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ECLAIRAGE – L’euro fort, le dollar fragile et la Tunisie face au nouveau cycle monétaire mondial

Quand la monnaie européenne franchit le seuil de 1,20 dollar, ce n’est pas seulement un indicateur de marché qui change, mais une configuration entière du système monétaire international qui se redessine. Derrière ce mouvement apparemment technique se cache une recomposition des rapports de force entre grandes puissances économiques, dont les répercussions s’étendent bien au-delà de l’Europe et des États-Unis.

Pour la Tunisie, économie ouverte, vulnérable et structurellement dépendante de ses partenaires extérieurs, l’appréciation de l’euro constitue un choc exogène aux effets multiples, parfois contradictoires, mais profondément structurants.

 

 

Un signal monétaire au cœur des tensions géopolitiques et budgétaires

La remontée de l’euro face au dollar ne peut être interprétée comme un simple signe de vigueur de l’économie européenne. Elle est d’abord le reflet d’une fragilisation relative du billet vert, nourrie par l’incertitude politique américaine, la pression exercée sur la Réserve fédérale et la perspective d’une nouvelle paralysie budgétaire à Washington. La politique économique américaine, oscillant entre protectionnisme commercial, tensions institutionnelles et pressions monétaires, a contribué à éroder la confiance des investisseurs dans la stabilité du dollar.

Dans ce contexte, l’euro apparaît comme une alternative crédible, sinon dominante, dans le paysage monétaire mondial. Sans supplanter le dollar, il gagne en attractivité, notamment comme instrument de diversification des réserves et des placements internationaux. Cette montée en puissance progressive de l’euro s’accompagne d’une dynamique paradoxale : elle renforce la position financière de l’Europe tout en fragilisant son modèle industriel fondé sur la compétitivité des exportations.

L’Europe entre désinflation importée et perte de compétitivité

L’appréciation de l’euro agit comme un levier de désinflation pour la zone euro. En réduisant le coût des importations libellées en dollars, notamment les matières premières énergétiques, elle soutient le pouvoir d’achat des ménages et atténue les pressions inflationnistes. Cette évolution ouvre la voie à une politique monétaire plus accommodante de la Banque centrale européenne, susceptible de stimuler le crédit et l’investissement.

Mais ce bénéfice monétaire a un revers. Un euro fort pénalise les exportations européennes, en particulier celles des économies industrielles comme l’Allemagne, déjà fragilisées par le ralentissement de la demande mondiale et par les tensions commerciales avec les États-Unis. Le secteur du luxe, symbole de la puissance commerciale européenne, voit également sa compétitivité érodée par la hausse du taux de change et la contraction de la demande internationale.

Cette tension entre désinflation importée et perte de compétitivité révèle une fragilité structurelle du modèle européen : une dépendance excessive à la demande externe, dans un environnement mondial de plus en plus fragmenté et protectionniste.

La Tunisie dans l’orbite de l’euro : dépendance monétaire et vulnérabilité structurelle

Pour la Tunisie, l’évolution du taux de change euro-dollar n’est pas un phénomène exogène lointain. Elle constitue un déterminant central de la dynamique macroéconomique nationale. L’Union européenne demeure le principal partenaire commercial du pays, tant pour les exportations que pour les importations. De plus, une part significative de la dette extérieure tunisienne est libellée en euro. Ce qui confère à la monnaie européenne un rôle quasi structurel dans l’équilibre macroéconomique tunisien.

Dans ce contexte, l’appréciation de l’euro renchérit le coût des importations européennes en dinars, accentuant le déficit commercial et exerçant une pression supplémentaire sur les prix internes. Les secteurs dépendants des intrants européens, notamment l’industrie manufacturière, les infrastructures et les biens d’équipement, voient leurs coûts de production augmenter. Ce qui se traduit par une transmission inflationniste vers les prix finaux.

Cependant, cette pression inflationniste est partiellement compensée par la faiblesse relative du dollar, qui réduit le coût des importations énergétiques et des matières premières. La Tunisie se trouve ainsi confrontée à un choc monétaire asymétrique, où les effets de l’euro fort et du dollar faible se superposent, créant une dynamique complexe et difficile à maîtriser pour la politique économique.

Compétitivité externe : opportunité conjoncturelle ou illusion structurelle ?

Sur le plan des exportations, l’appréciation de l’euro peut offrir à la Tunisie une opportunité relative. Les produits tunisiens destinés au marché européen peuvent bénéficier d’un pouvoir d’achat renforcé des consommateurs européens. Tandis que leur compétitivité relative sur les marchés libellés en dollars peut être améliorée par la faiblesse du billet vert.

Dans les secteurs du textile, des composants automobiles, de l’agroalimentaire et du tourisme, cette évolution pourrait stimuler la demande extérieure. Mais cette opportunité reste largement conditionnée par la capacité de l’économie tunisienne à répondre à la demande, tant en termes de qualité que de volume. Or, la faiblesse de la productivité, la dépendance aux intrants importés et la fragilité financière des entreprises limitent fortement la capacité d’absorption de ce choc positif potentiel.

Ainsi, l’euro fort risque davantage de renforcer la dépendance de la Tunisie aux importations européennes que de stimuler durablement ses exportations.

Dette extérieure et contraintes budgétaires : l’effet pervers de l’euro fort

L’un des effets les plus sensibles de l’appréciation de l’euro concerne la dette extérieure tunisienne. La hausse de la valeur de l’euro alourdit mécaniquement le service de la dette libellée dans cette monnaie, accentuant la pression sur les finances publiques. Dans un contexte de déficit budgétaire persistant et de contraintes de financement accrues, cette évolution réduit encore la marge de manœuvre de l’État tunisien.

Par ailleurs, si l’euro gagne en attractivité comme monnaie de financement international, les États européens pourraient bénéficier d’un coût d’endettement plus faible, accentuant l’écart entre les conditions de financement des économies centrales et celles des économies périphériques. Pour la Tunisie, cette divergence renforce le risque de marginalisation financière et de dépendance accrue à l’égard de sources de financement coûteuses.

Vers une recomposition silencieuse de l’ordre monétaire international

Au-delà des effets conjoncturels, la remontée de l’euro face au dollar s’inscrit dans une transformation plus profonde du système monétaire international. La fragilisation relative du leadership américain, la montée des tensions géopolitiques et la diversification progressive des monnaies de réserve traduisent un mouvement de multipolarisation monétaire.

Dans ce nouvel environnement, la Tunisie se trouve confrontée à un dilemme stratégique. Soit elle subit passivement les fluctuations des grandes monnaies, au prix d’une vulnérabilité macroéconomique accrue. Soit elle engage une réflexion stratégique sur son modèle d’insertion internationale, en diversifiant ses partenaires, en renforçant sa souveraineté productive et en réduisant sa dépendance aux importations.

L’euro fort comme révélateur des fragilités tunisiennes

En définitive, le franchissement du seuil de 1,20 dollar par l’euro n’est pas un simple événement financier. Il agit comme un révélateur des fragilités structurelles de l’économie tunisienne. Il met en lumière la dépendance excessive aux importations européennes, la vulnérabilité de la balance des paiements, la sensibilité de la dette extérieure aux fluctuations de change et la faiblesse de la compétitivité productive.

Mais il révèle aussi, en creux, les potentialités d’une stratégie économique alternative. Dans un monde où les équilibres monétaires se recomposent, la Tunisie ne peut plus se contenter d’une adaptation passive. Elle est appelée à repenser son positionnement dans l’économie mondiale, à transformer la contrainte monétaire en levier de réforme et à faire du choc externe non pas un facteur de fragilisation, mais un catalyseur de souveraineté économique.

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain D’Economie Financière (IAEF-ONG)

 

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UE–Inde : un méga-accord commercial qui redessine les équilibres… et met la Tunisie sous pression

En officialisant un accord de libre-échange d’une ampleur historique, l’Union européenne et l’Inde ne se contentent pas d’ouvrir leurs marchés : elles redessinent la carte du commerce mondial. Pour la Tunisie, cet événement marque moins une opportunité immédiate qu’un signal d’alarme stratégique. Dans un monde structuré par de grands blocs économiques, la question n’est plus de savoir si l’on participe à la mondialisation, mais à quel niveau et à quel prix.

Un accord historique dans un monde fragmenté

La conclusion de l’accord de libre-échange entre l’Inde et l’Union européenne, après deux décennies de négociations complexes, constitue l’un des événements économiques majeurs du début du XXIᵉ siècle. En créant une zone commerciale couvrant près de deux milliards d’habitants, représentant environ un quart du PIB mondial et un tiers des échanges internationaux, Bruxelles et New Delhi affirment leur volonté de bâtir un pôle économique capable de rivaliser avec la Chine et de résister aux turbulences provoquées par la montée du protectionnisme américain.

Cet accord ne relève pas uniquement d’une logique commerciale. Il s’inscrit dans une stratégie plus large de sécurisation des chaînes d’approvisionnement, de diversification des partenaires et de consolidation de l’autonomie stratégique des deux parties. Dans un contexte marqué par la rivalité sino-américaine, la guerre des droits de douane et la politisation croissante du commerce international, l’Europe et l’Inde font le choix d’une intégration économique approfondie comme instrument de puissance.

 

Lire aussi : Inde-UE, ou la naissance de la plus grande ZLE au monde

 

La réduction spectaculaire des droits de douane indiens sur les produits européens – notamment dans l’automobile, l’agroalimentaire et les biens manufacturés – symbolise l’ouverture d’un marché longtemps considéré comme l’un des plus protégés au monde. Pour l’Europe, il s’agit d’un levier de croissance et de compétitivité. Pour l’Inde, c’est un pari sur l’industrialisation accélérée, l’attraction des investissements et l’accès aux technologies avancées.

La montée en puissance de l’Inde et la recomposition des flux mondiaux

L’accord UE–Inde intervient à un moment où l’Inde s’affirme comme l’un des pôles majeurs de la croissance mondiale. En passe de devenir la quatrième économie mondiale, puis potentiellement l’une des trois premières avant 2030, l’Inde incarne un nouveau modèle de développement fondé sur la démographie, l’innovation et l’intégration progressive dans les chaînes de valeur mondiales.

En s’alliant à l’Europe, New Delhi consolide sa trajectoire d’ascension économique et renforce son attractivité auprès des investisseurs internationaux. Cette dynamique aura nécessairement un effet d’entraînement sur les flux commerciaux et financiers mondiaux, au détriment relatif des économies intermédiaires qui ne parviendront pas à s’insérer dans les nouveaux réseaux de production.

Dans ce nouvel ordre économique, les accords bilatéraux ou régionaux ne sont plus de simples instruments techniques : ils deviennent des outils de hiérarchisation des nations. Les pays intégrés aux grands blocs consolident leur position, tandis que ceux qui restent à la périphérie voient leur marge de manœuvre se réduire.

La Tunisie face au risque de marginalisation commerciale

Pour la Tunisie, l’accord UE–Inde soulève une question fondamentale : quelle place occupe-t-elle dans la nouvelle architecture du commerce mondial ?

Traditionnellement arrimée à l’Union européenne, l’économie tunisienne repose largement sur les exportations vers le marché européen et sur l’intégration dans certaines chaînes de valeur industrielles, notamment dans le textile, l’automobile et l’électronique. Or, l’intensification du partenariat euro-indien risque de modifier les arbitrages industriels et commerciaux des entreprises européennes.

La baisse drastique des droits de douane indiens sur les produits européens pourrait inciter les entreprises de l’UE à privilégier l’Inde comme plateforme de production et de consommation, au détriment des sites méditerranéens, dont la Tunisie. À terme, cela pourrait entraîner un déplacement partiel des investissements directs étrangers et une recomposition des chaînes de sous-traitance, réduisant le rôle de la Tunisie comme base industrielle périphérique de l’Europe.

Par ailleurs, la montée en puissance de l’Inde comme fournisseur de biens manufacturés pourrait intensifier la concurrence sur certains marchés où la Tunisie tente de se positionner, notamment en Afrique et au Moyen-Orient. Dans un contexte de compétitivité exacerbée, les industries tunisiennes, déjà fragilisées par des contraintes structurelles, risquent de subir une pression accrue sur leurs coûts et leurs marges.

Entre menace et opportunité : la Tunisie à la croisée des chemins

Cependant, réduire l’accord UE–Inde à une menace serait une lecture incomplète. Dans la logique de la mondialisation contemporaine, chaque reconfiguration des flux crée simultanément des risques et des opportunités.

La Tunisie pourrait tirer parti de cet accord en se positionnant comme un maillon intermédiaire entre l’Europe et l’Inde, notamment dans les secteurs où elle dispose d’un savoir-faire industriel et d’une proximité géographique avec l’Europe. Elle pourrait également attirer des investissements indiens désireux de pénétrer le marché européen via une plateforme méditerranéenne bénéficiant d’accords commerciaux avec l’UE.

De plus, l’essor du partenariat euro-indien pourrait stimuler la demande de services à valeur ajoutée, notamment dans le numérique, l’ingénierie et les services aux entreprises, secteurs dans lesquels la Tunisie dispose d’un potentiel encore sous-exploité. À condition toutefois de moderniser son environnement économique, de renforcer sa compétitivité et de stabiliser son cadre réglementaire.

Le défi du capital humain et de la souveraineté économique

L’un des aspects les plus structurants de l’accord UE–Inde réside dans la mobilité des talents, la coopération universitaire et les échanges de compétences. Dans un monde où la connaissance devient le principal facteur de compétitivité, l’intégration des marchés du travail qualifié entre l’Europe et l’Inde pourrait accentuer la compétition pour les compétences.

Pour la Tunisie, ce phénomène pose un défi majeur. Déjà confrontée à une fuite massive des talents, elle risque de voir s’intensifier l’attractivité des pôles euro-indiens pour ses ingénieurs, chercheurs et professionnels qualifiés. Sans une politique ambitieuse de valorisation du capital humain, la Tunisie pourrait se retrouver enfermée dans un modèle économique à faible valeur ajoutée, incapable de soutenir une croissance durable.

Dans ce contexte, la question de la souveraineté économique se pose avec acuité. L’accord UE–Inde illustre la capacité des grandes puissances à définir les règles du jeu mondial. Pour la Tunisie, l’enjeu n’est plus seulement de s’adapter, mais de repenser sa stratégie d’insertion internationale afin de préserver sa capacité de décision économique.

Une leçon stratégique pour la Tunisie

En définitive, l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Inde dépasse largement la sphère commerciale. Il constitue un acte fondateur d’un nouvel ordre économique multipolaire, où la puissance se construit par l’intégration, la technologie et la maîtrise des chaînes de valeur.

Pour la Tunisie, cet accord agit comme un révélateur brutal de ses vulnérabilités structurelles, mais aussi comme une invitation à un sursaut stratégique. Dans un monde dominé par de grands ensembles économiques, la survie économique des nations intermédiaires dépendra de leur capacité à monter en gamme, à diversifier leurs partenariats et à transformer leur capital humain en avantage compétitif.

À défaut d’un tel repositionnement, la Tunisie risque de devenir non pas un acteur, mais un simple spectateur d’une mondialisation désormais façonnée par des alliances géoéconomiques d’une ampleur inédite.

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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Tunisie : l’illusion de l’équilibre, ou la macroéconomie sous contrainte permanente

Dans quelle mesure, la véritable question n’est-elle pas celle de la stabilisation conjoncturelle, mais celle du modèle de croissance?

 

A l’international : l’ordre mondial fracturé, un cycle monétaire sans point d’ancrage

L’économie mondiale aborde 2026 dans un régime inédit, où la normalisation monétaire ne signifie plus un retour à la stabilité, mais une installation durable dans l’incertitude. La désinflation observée dans les économies avancées n’a pas restauré la lisibilité des cycles. Tandis que la fragmentation géopolitique et financière accentue l’hétérogénéité des trajectoires macroéconomiques.

La politique monétaire des grandes banques centrales s’inscrit désormais dans un régime de gestion du risque plutôt que dans une logique de cycle classique. La Réserve fédérale américaine maintient un équilibre fragile entre soutien à l’activité et discipline anti-inflationniste. Alors que la Banque centrale européenne compose avec une croissance structurellement faible et une inflation sous-jacente résistante.

Dans ce contexte, le dollar demeure l’actif pivot du système monétaire international. Ce qui renforce mécaniquement la vulnérabilité des économies émergentes. Pour la Tunisie, cette configuration se traduit par une contrainte extérieure permanente, où chaque ajustement interne se heurte à la rigidité du financement externe.

 

En Tunisie : la liquidité comme variable d’ajustement, le système bancaire sous perfusion structurelle

Les indicateurs monétaires du 23 janvier 2026 révèlent une dynamique paradoxale : une apparente normalisation des conditions de liquidité coexistant avec une dépendance structurelle du système bancaire à l’intervention de la Banque centrale.

L’amélioration spectaculaire du solde du compte courant du Trésor, qui dépasse 2,29 milliards de dinars, constitue un signal fort. Elle traduit une mobilisation ponctuelle de ressources budgétaires, probablement liée à des flux fiscaux ou à des opérations de financement. Mais cette amélioration n’est pas le reflet d’un redressement structurel des finances publiques ; elle s’apparente davantage à un ajustement de trésorerie dans un cadre budgétaire contraint.

En miroir, la contraction du solde du compte courant des banques souligne la persistance d’un déficit de liquidité structurel. Ce déficit est amplifié par la progression continue de la circulation fiduciaire, qui atteint près de 27 milliards de dinars. Cette dynamique renvoie à une segmentation profonde du système financier tunisien : une partie croissante de la masse monétaire échappe au circuit bancaire, réduisant la capacité des banques à financer l’économie et accentuant leur dépendance au refinancement central.

La baisse du volume global du refinancement à 12,0 milliards de dinars marque un infléchissement significatif. Toutefois, ce recul ne traduit pas une amélioration substantielle de l’épargne bancaire; mais plutôt une recomposition des besoins de liquidité dans un contexte de ralentissement du crédit et de contraintes prudentielles accrues.

L’alignement quasi parfait entre le taux du marché monétaire et le taux directeur confirme la maîtrise opérationnelle de la Banque centrale. Mais cette efficacité technique masque une réalité plus profonde : la politique monétaire tunisienne fonctionne dans un cadre de contrainte, où le taux d’intérêt joue davantage un rôle d’ancrage nominal que de véritable instrument de régulation cyclique.

Le Trésor et la dette : la macroéconomie du temps long sous pression

L’évolution de la structure de la dette publique tunisienne révèle une transformation silencieuse mais décisive. La contraction massive des encours de bons du Trésor à court terme, conjuguée à la progression des bons du Trésor assimilables, traduisent une stratégie d’allongement de la maturité moyenne de la dette.

Cette stratégie répond à une logique intertemporelle : réduire le risque de refinancement immédiat au prix d’un coût financier plus élevé. Elle reflète également une contrainte implicite : la saturation progressive du marché domestique des titres publics à court terme.

Mais cette recomposition n’est pas neutre macro-économiquement. En mobilisant l’épargne bancaire sur des maturités longues, l’État accentue l’effet d’éviction du secteur privé, limitant la capacité du système bancaire à financer l’investissement productif. La dette publique devient ainsi non seulement un problème budgétaire, mais un facteur structurel de ralentissement de la croissance potentielle.

Dans ce cadre, la politique budgétaire tunisienne apparaît enfermée dans un régime de domination fiscale, où la Banque centrale est contrainte d’adapter sa politique de liquidité aux besoins du Trésor, au détriment d’une gestion purement macroéconomique du cycle.

La contrainte extérieure : le véritable déterminant de la politique économique

La dynamique des réserves en devises constitue le révélateur ultime de la fragilité macroéconomique tunisienne. Malgré une légère amélioration conjoncturelle, les avoirs nets en devises reculent significativement sur un an. Tandis que la couverture des importations se contracte.

Cette évolution traduit un déséquilibre structurel de la balance des paiements, où les recettes touristiques et les transferts des travailleurs à l’étranger jouent un rôle de stabilisateur, mais ne compensent pas la faiblesse de la base exportatrice et la dépendance aux importations.

L’augmentation du service de la dette extérieure renforce cette contrainte. Elle réduit la marge de manœuvre de la politique économique et transforme la gestion des réserves en un exercice permanent d’arbitrage entre stabilité du taux de change et préservation du stock de devises.

Dans ce contexte, la relative stabilité du dinar ne doit pas être interprétée comme un signe de solidité, mais comme le résultat d’un équilibre administré, fragile par nature. La politique de change tunisienne s’apparente de plus en plus à un régime hybride, où la flexibilité nominale est limitée par la contrainte sociale et politique de la dépréciation.

Une économie sous régime de contrainte : vers un nouvel équilibre ou une stagnation prolongée ?

À court terme, la Tunisie semble entrer dans une phase de stabilisation nominale. La liquidité bancaire se normalise progressivement, le marché monétaire fonctionne dans un cadre maîtrisé et la trésorerie de l’État bénéficie d’ajustements ponctuels.

Mais cette stabilisation repose sur des fondations fragiles. Elle ne s’accompagne ni d’un redressement durable de la croissance potentielle, ni d’une amélioration structurelle de la position extérieure.

À moyen terme, la trajectoire macroéconomique tunisienne risque de s’inscrire dans un régime de stagnation sous contrainte, caractérisé par une croissance faible, une dépendance persistante au financement interne et une vulnérabilité chronique aux chocs externes.

Dans ce régime, la politique monétaire ne peut plus être analysée isolément : elle devient le reflet d’un compromis macroéconomique entre stabilité nominale, soutenabilité budgétaire et équilibre extérieur.

La véritable question n’est donc pas celle de la stabilisation conjoncturelle, mais celle du modèle de croissance. Tant que l’économie tunisienne restera enfermée dans un schéma de croissance extensive, faiblement productive et dépendante des flux externes, la politique économique continuera d’évoluer dans un espace étroit, où chaque gain de stabilité se paie par une accumulation de fragilités latentes.

Ainsi, derrière l’apparente maîtrise des indicateurs monétaires, se dessine une réalité plus profonde : la Tunisie n’est pas confrontée à une crise aiguë, mais à un déséquilibre structurel de long terme, dont la résolution exige non pas des ajustements marginaux, mais une refondation du pacte macroéconomique.

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Références :

(1) Sources principales consultées pour le contexte international : World Bank MENAAP (23/01/2026), données prix Brent / marché pétrolier (23/01/2026), minutes Fed / prises de position récentes, analyses Reuters sur la réaction des marchés aux tensions régionales. (Banque Mondiale)

(2) (*) https://www.bct.gov.tn/bct/siteprod/indicateurs.jsp

(**) https://www.ins.tn/

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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