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Indicateurs monétaires et financiers – Finances mondiales : le répit sous surveillance

La fin du mois de janvier 2026 s’inscrit dans un environnement international marqué par une inflexion monétaire prudente, sans véritable retournement de cycle. Après deux années de politiques restrictives, les grandes banques centrales semblent avoir atteint un point d’équilibre fragile entre la lutte contre l’inflation et la préservation de la croissance. La Réserve fédérale américaine, comme la Banque centrale européenne, privilégient désormais une posture d’attentisme, conditionnant toute nouvelle décision à l’évolution des prix et du marché du travail.

Cette accalmie relative se traduit par un repli du dollar et une détente partielle des conditions financières mondiales. Toutefois, cette évolution reste incomplète et inégalement répartie. Les flux de capitaux demeurent sélectifs, favorisant les économies jugées les plus résilientes, tandis que les pays à déséquilibres structurels persistants continuent d’évoluer sous contrainte. Pour la Tunisie, ce contexte offre un répit conjoncturel, mais ne modifie pas fondamentalement les termes de son insertion financière internationale.

 

Une liquidité bancaire en amélioration, reflet d’un équilibre encore artificiel

Les indicateurs monétaires du 30 janvier 2026 confirment une amélioration progressive de la liquidité bancaire. Le solde du compte courant ordinaire des banques s’établit à 711,8 MDT, contre 522,5 MDT la veille, signalant un desserrement des tensions qui avaient caractérisé les mois précédents. Cette évolution traduit à la fois une gestion plus fine de la trésorerie bancaire et une action ciblée de la Banque centrale.

Le recul du volume global du refinancement, désormais limité à 12 297 MDT, illustre cette détente relative. La diminution des opérations de refinancement à long terme et la stabilité des appels d’offres témoignent d’une volonté claire de normalisation progressive, sans provoquer de choc brutal sur le marché monétaire. Néanmoins, cette amélioration reste largement dépendante de l’intervention de la BCT. Ce qui souligne le caractère encore administré de l’équilibre monétaire.

Parallèlement, la hausse continue des billets et monnaies en circulation, qui dépassent 27,2 milliards de dinars, révèle une dynamique plus préoccupante. Elle reflète à la fois la persistance d’une économie informelle importante et une préférence accrue pour la liquidité, symptôme d’un climat de confiance encore fragile.

 

Politique monétaire : un tournant prudent aux effets différés

La réduction du taux directeur à 7 %, alignée sur le taux du marché monétaire, marque une inflexion stratégique majeure. Ce choix traduit la reconnaissance implicite d’un ralentissement de l’activité économique et la nécessité de desserrer l’étau monétaire sans compromettre la stabilité des prix.

Toutefois, l’efficacité de cette baisse reste conditionnée à la transmission du taux vers l’économie réelle. Dans un contexte de frilosité bancaire et de risques élevés, la détente monétaire pourrait se traduire davantage par un allègement des charges financières existantes que par une relance franche du crédit à l’investissement.

L’évolution du marché interbancaire, caractérisée par un glissement des opérations à vue vers les opérations à terme, confirme cette lecture. Les banques gagnent en visibilité, mais restent prudentes, conscientes des fragilités persistantes de l’environnement macroéconomique.

 

Trésorerie de l’État : une amélioration conjoncturelle sous contrainte structurelle

Le solde du compte courant du Trésor, supérieur à 1,8 milliard de dinars, constitue un signal positif à court terme. Il reflète un effort tangible de gestion de trésorerie, appuyé par une mobilisation accrue des ressources internes et un contrôle relatif des dépenses courantes.

Cependant, cette amélioration ne saurait masquer les déséquilibres structurels des finances publiques. La recomposition de la dette intérieure, marquée par un net recul des bons du Trésor à court terme et une forte progression des bons assimilables, réduit les pressions immédiates de refinancement mais reporte le risque dans le temps. L’allongement des maturités s’accompagne mécaniquement d’une charge d’intérêts plus lourde, dans un contexte de marges budgétaires déjà étroites.

 

Le secteur extérieur, pilier central de la stabilisation macroéconomique

Le secteur extérieur demeure l’un des principaux amortisseurs de l’économie tunisienne. Les recettes touristiques cumulées, en hausse significative, confirment la résilience du secteur malgré un environnement régional et international instable. Les revenus du travail en devises poursuivent également leur progression, traduisant l’importance croissante de la diaspora dans l’équilibre macroéconomique national.

Ces flux ont permis de renforcer les avoirs nets en devises de la Banque centrale, portés à plus de 25 milliards de dinars, soit l’équivalent de 106 jours d’importation. Ce niveau, relativement confortable, améliore la capacité du pays à faire face à des chocs externes et renforce la crédibilité financière à court terme.

Néanmoins, la structure du commerce extérieur demeure inchangée, marquée par une faible diversification et une dépendance élevée aux importations énergétiques et alimentaires. Le recul du service de la dette extérieure, bien que bienvenu, reste insuffisant pour inverser durablement la dynamique d’endettement.

 

Une stabilité du dinar sous surveillance permanente

L’évolution des taux de change traduit une stabilité relative du dinar face à l’euro et une appréciation face au dollar. Cette performance est autant le produit d’un affaiblissement du billet vert que d’une gestion active des réserves de change.

Toutefois, cette stabilité reste fragile et largement conditionnée à la continuité des flux extérieurs. En l’absence de gains de compétitivité réels et d’un redémarrage des exportations à forte valeur ajoutée, le dinar demeure exposé à tout retournement de conjoncture internationale.

 

Perspectives : transformer la stabilisation en trajectoire durable

À court terme, les indicateurs du 30 janvier 2026 dessinent un paysage de stabilisation progressive. La détente monétaire, l’amélioration des réserves en devises et la maîtrise relative de la trésorerie publique offrent un espace de respiration à l’économie tunisienne.

À moyen terme, le véritable enjeu réside dans la capacité à convertir cette stabilisation conjoncturelle en dynamique de croissance durable. Sans réformes profondes touchant l’investissement, la productivité, la gouvernance économique et l’inclusion financière, l’économie risque de rester enfermée dans un équilibre de faible croissance et de vulnérabilité persistante.

La Tunisie se trouve ainsi face à un choix stratégique : prolonger une gestion de court terme centrée sur l’équilibre précaire, ou engager une transformation structurelle capable de redonner de la profondeur et de la résilience à son modèle économique.

 

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Références :

(1) Sources principales consultées pour le contexte international : World Bank MENAAP (30/01/2026), données prix Brent / marché pétrolier (30/01/2026), minutes Fed / prises de position récentes, analyses Reuters sur la réaction des marchés aux tensions régionales. (Banque Mondiale)

(2) (*) https://www.bct.gov.tn/bct/siteprod/indicateurs.jsp

(**) https://www.ins.tn/

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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