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Khosraw Mani | Kaboul comme on ne l’a jamais vu

‘‘Rattraper l’horizon’’, de Khosraw Mani, publié par les éditions Actes Sud, le 20 août 2025, à Marseille, n’est pas seulement un roman : c’est un voyage fiévreux au cœur d’une ville, Kaboul, d’un pays, l’Afghanistan, d’une adolescence broyée par la violence et les traditions.

Djamal Guettala 

Nous sommes au début des années 2000. Un jeune homme quitte la campagne afghane pour la capitale. Derrière lui, un village asphyxié par l’autorité du mollah, un père impitoyable et les ombres d’une enfance marquée par le désamour.

Porté par l’ami qui croit en lui, l’Ingénieur, et par la nécessité de fuir, il embarque dans un vieux camion, sous une bâche. Dans son sac : quelques guenilles, des liasses d’argent, des bijoux hérités, un diadème, des colliers, des anneaux en or… Et surtout, un désir brûlant de liberté.

La peur et la tension

Chaque geste est décrit avec une précision hallucinée, chaque détail transforme cette fuite en scène cinématographique. On sent la poussière, on entend le moteur qui tousse, on tremble avec le jeune homme lorsqu’il se demande s’il doit sauter avant ou après la bifurcation. Mani fait ressentir la peur et la tension comme si le lecteur était lui-même dans la benne du camion.

Arrivé à Kaboul, le roman s’ouvre comme un autre monde. Le jeune homme fréquente des rues grouillantes, des bordels, des musiques clandestines et des philosophes de trottoir. La ville devient un personnage à part entière : ses bruits, ses odeurs, ses lumières, ses dangers. Mani nous fait sentir Kaboul dans sa chair. Les jeunes voyous qu’il rencontre deviennent ses compagnons de vie, ses complices dans une quête de sens, d’amour et de survie.

Une narration dense et immersive

Le style de Mani est fiévreux, hallucinatoire, maîtrisé. On pense à un film tourné caméra à l’épaule, où le souffle des personnages, leurs hésitations, leurs éclats de rire et leurs blessures deviennent palpables. La narration est dense, immersive, et chaque instant nous rapproche de l’âme de Kaboul. On ne lit pas ce roman : on le vit.

Mani excelle à mêler l’intime et l’histoire. L’adolescence de son héros est un champ de bataille : violence domestique, injustice, pertes, et pourtant des lueurs de tendresse et de rébellion. La scène de départ clandestin, le suspense du saut du camion, la peur de se faire surprendre… tout cela se mêle aux souvenirs de l’enfance, où le jeu côtoie l’horreur, et où la vie se mesure en ruses et en petites victoires.

Plaidoyer pour la liberté

Le roman n’est pas seulement un récit de passage à l’âge adulte. C’est un plaidoyer pour la liberté, une méditation sur la mémoire et le passé. Kaboul devient le miroir des blessures et des espoirs du jeune héros. Chaque rue, chaque ruelle, chaque ombre raconte l’histoire d’un pays écorché par les guerres et les traditions, mais aussi porté par la résilience de ses habitants.

‘‘Rattraper l’horizon’’ frappe par sa puissance sensorielle. Le lecteur sent le vent sur les collines, entend les jets passer, voit les moudjahidines surgir derrière les pierres. Mani transforme le roman en expérience totale : le passé, la violence, la poésie et le désir s’entremêlent avec une intensité rare.

Khosraw Mani réussit un exploit : rendre Kaboul intime et universelle, peindre un portrait d’Afghanistan où chaque geste, chaque pensée, chaque fuite devient épopée. Le roman est à la fois une aventure urbaine et humaine, un manifeste sur la nécessité de réinventer sa vie malgré les fantômes du passé.

Avec ‘‘Rattraper l’horizon’’, Mani livre une écriture hallucinée et maîtrisée, un roman de toute première force, un souffle qui emporte le lecteur de la campagne afghane aux rues de Kaboul, du passé au présent, de l’adolescence à la liberté. On en sort secoué, transporté, comme après un film que l’on ne pourrait oublier.

Khosraw Mani est né à Kaboul en 1987 et a grandi en Afghanistan. Installé à Paris depuis 2015, il écrit en français et maîtrise également le persan et l’anglais.

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