‘‘Rattraper l’horizon’’, de Khosraw Mani, publié par les éditions Actes Sud, le 20 août 2025, à Marseille, n’est pas seulement un roman : c’est un voyage fiévreux au cœur d’une ville, Kaboul, d’un pays, l’Afghanistan, d’une adolescence broyée par la violence et les traditions.
Djamal Guettala
Nous sommes au début des années 2000. Un jeune homme quitte la campagne afghane pour la capitale. Derrière lui, un village asphyxié par l’autorité du mollah, un père impitoyable et les ombres d’une enfance marquée par le désamour.
Porté par l’ami qui croit en lui, l’Ingénieur, et par la nécessité de fuir, il embarque dans un vieux camion, sous une bâche. Dans son sac : quelques guenilles, des liasses d’argent, des bijoux hérités, un diadème, des colliers, des anneaux en or… Et surtout, un désir brûlant de liberté.
La peur et la tension
Chaque geste est décrit avec une précision hallucinée, chaque détail transforme cette fuite en scène cinématographique. On sent la poussière, on entend le moteur qui tousse, on tremble avec le jeune homme lorsqu’il se demande s’il doit sauter avant ou après la bifurcation. Mani fait ressentir la peur et la tension comme si le lecteur était lui-même dans la benne du camion.
Arrivé à Kaboul, le roman s’ouvre comme un autre monde. Le jeune homme fréquente des rues grouillantes, des bordels, des musiques clandestines et des philosophes de trottoir. La ville devient un personnage à part entière : ses bruits, ses odeurs, ses lumières, ses dangers. Mani nous fait sentir Kaboul dans sa chair. Les jeunes voyous qu’il rencontre deviennent ses compagnons de vie, ses complices dans une quête de sens, d’amour et de survie.
Une narration dense et immersive
Le style de Mani est fiévreux, hallucinatoire, maîtrisé. On pense à un film tourné caméra à l’épaule, où le souffle des personnages, leurs hésitations, leurs éclats de rire et leurs blessures deviennent palpables. La narration est dense, immersive, et chaque instant nous rapproche de l’âme de Kaboul. On ne lit pas ce roman : on le vit.
Mani excelle à mêler l’intime et l’histoire. L’adolescence de son héros est un champ de bataille : violence domestique, injustice, pertes, et pourtant des lueurs de tendresse et de rébellion. La scène de départ clandestin, le suspense du saut du camion, la peur de se faire surprendre… tout cela se mêle aux souvenirs de l’enfance, où le jeu côtoie l’horreur, et où la vie se mesure en ruses et en petites victoires.
Plaidoyer pour la liberté
Le roman n’est pas seulement un récit de passage à l’âge adulte. C’est un plaidoyer pour la liberté, une méditation sur la mémoire et le passé. Kaboul devient le miroir des blessures et des espoirs du jeune héros. Chaque rue, chaque ruelle, chaque ombre raconte l’histoire d’un pays écorché par les guerres et les traditions, mais aussi porté par la résilience de ses habitants.
‘‘Rattraper l’horizon’’ frappe par sa puissance sensorielle. Le lecteur sent le vent sur les collines, entend les jets passer, voit les moudjahidines surgir derrière les pierres. Mani transforme le roman en expérience totale : le passé, la violence, la poésie et le désir s’entremêlent avec une intensité rare.
Khosraw Mani réussit un exploit : rendre Kaboul intime et universelle, peindre un portrait d’Afghanistan où chaque geste, chaque pensée, chaque fuite devient épopée. Le roman est à la fois une aventure urbaine et humaine, un manifeste sur la nécessité de réinventer sa vie malgré les fantômes du passé.
Avec ‘‘Rattraper l’horizon’’, Mani livre une écriture hallucinée et maîtrisée, un roman de toute première force, un souffle qui emporte le lecteur de la campagne afghane aux rues de Kaboul, du passé au présent, de l’adolescence à la liberté. On en sort secoué, transporté, comme après un film que l’on ne pourrait oublier.
Khosraw Mani est né à Kaboul en 1987 et a grandi en Afghanistan. Installé à Paris depuis 2015, il écrit en français et maîtrise également le persan et l’anglais.
Nous avons longtemps plaidé dans ce journal pour un renforcement des échanges commerciaux entre la Tunisie et la Pologne, dont le marché est très porteur, mais peu de chose a été fait dans cette direction, malgré le dispositif couteux (et pas toujours efficace) du Centre de promotion des exportations (Cepex) à l’étranger. Le Maroc, quant à lui, ne s’est pas fait prier pour lorgner ce pays. Les relations économiques entre le Maroc et la Pologne ont connu, en effet, ces dernières années, une nette accélération, soutenues par un environnement institutionnel stable et par le cadre juridique offert par l’Accord d’association Union européenne-Maroc.Une success story qui peut être inspirante pour nous…
Habib Glenza
En l’espace de cinq ans, la valeur des échanges commerciaux entre les deux pays a presque triplé pour atteindre 2,16 milliards de dollars en 2024. Les exportations polonaises se sont élevées à 925,9 millions de dollars, tandis que les importations en provenance du Maroc ont atteint 1,23 milliard de dollars, soit un total de plus de 2,156 milliards de dollars, à comparer avec les 0,4 milliard de dollars d’échanges tuniso-polonais en 2023 (1). Cela fait du Maroc le principal partenaire commercial de la Pologne en Afrique. Cette dynamique témoigne non seulement de l’ampleur croissante des échanges, mais aussi de leur maturité et de la complémentarité des deux économies.
L’agriculture, pilier du partenariat
L’agriculture et l’agroalimentaire figurent parmi les domaines les plus prometteurs de la coopération bilatérale. Sur la période 2022–2024, les échanges de produits agricoles entre la Pologne et le Maroc ont atteint en moyenne 187 millions de dollars par an, affichant une tendance de croissance stable.
La structure des échanges illustre clairement la complémentarité des marchés. La Pologne importe principalement du Maroc des fruits et des légumes, avec une place particulière pour les framboises surgelées, dont le Maroc est devenu le troisième fournisseur du marché polonais.
À l’inverse, les exportations polonaises vers le Maroc reposent essentiellement sur le blé tendre et les produits laitiers, des catégories stratégiques pour la sécurité alimentaire et la diversification des approvisionnements du Royaume.
Au-delà des flux commerciaux, les deux pays affichent des ambitions plus larges. La Pologne et le Maroc souhaitent renforcer leur coopération sur l’ensemble des chaînes de valeur, de la production animale et de la logistique jusqu’à la recherche, l’innovation et les systèmes de sécurité alimentaire. Cette approche répond aux défis liés à la volatilité des marchés mondiaux et aux effets du changement climatique.
Dialogue politique et visites de haut niveau
Un nouvel élan a été donné aux relations bilatérales avec la visite officielle en Pologne du ministre marocain de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, en septembre 2025. La délégation comprenait des représentants de la Comader, la confédération des producteurs agricoles, des acteurs clés du secteur agroalimentaire, ainsi que de hauts responsables institutionnels.
Les échanges avec le ministre polonais de l’Agriculture et du Développement rural, Stefan Krajewski, ont porté notamment sur le développement des échanges commerciaux, la sécurité sanitaire, la coopération scientifique ainsi que la recherche et le développement. Les deux parties ont souligné le potentiel de synergies entre les secteurs agroalimentaires polonais et marocain et leur volonté de bâtir un partenariat moderne et durable.
La visite a également permis à la délégation marocaine de découvrir le potentiel productif et scientifique de la Pologne. La délégation marocaine a notamment visité le site industriel de Polmlek, l’un des leaders polonais du secteur laitier, qui a acquis en 2023 l’entreprise marocaine Jibal et poursuit ses investissements au Maroc. Le programme comprenait également des visites au marché de gros agroalimentaire de Varsovie ainsi qu’à des centres de recherche majeurs, dont l’Université des sciences de la vie (SGGW) et l’Institut d’horticulture.
Un mémorandum signé à Berlin
L’aboutissement de ce processus a été la signature d’un Memorandum of Understanding (MoU) entre les ministères de l’Agriculture de la Pologne et du Maroc lors de la Semaine verte internationale de Berlin, en janvier 2026. Le document a été signé par les ministres Ahmed El Bouari et Stefan Krajewski.
Mis en œuvre par l’Inspection vétérinaire polonaise et l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires du Maroc (Onssa), le mémorandum vise à renforcer la coopération en matière de santé animale et de sécurité sanitaire des produits d’origine animale et des aliments pour animaux. Il prévoit des échanges d’informations, une coopération technique et des actions de formation, ainsi qu’un rapprochement des pratiques avec les normes internationales, facilitant concrètement les échanges commerciaux.
Pour les exportateurs polonais, l’approbation récente par l’Onssa du certificat sanitaire pour la viande de volaille d’origine polonaise constitue un signal très positif. D’autres certificats, notamment pour le miel, les semences et d’autres produits agroalimentaires, sont attendus, ce qui pourrait ouvrir de nouvelles perspectives de marché.
Des engagements institutionnels aux projets concrets
Le mémorandum signé établit une base institutionnelle solide pour le rapprochement entre la Pologne et le Maroc. Les deux parties soulignent toutefois que l’enjeu réside désormais dans la traduction de ces engagements en projets concrets, notamment dans les domaines de la recherche, de l’innovation, de la formation et de la levée des barrières non tarifaires.
Dans ce contexte, la participation confirmée de la Pologne à la 17ᵉ édition du Salon international de l’agriculture au Maroc (Siam), prévue en avril 2026 à Meknès, constitue une étape importante. Le pavillon polonais, organisé par le Centre national de soutien à l’agriculture (Kowr), a vocation à devenir une plateforme de contacts d’affaires et d’initiatives sectorielles. Les prochaines visites et échanges institutionnels pourraient ainsi faire entrer la coopération agricole polono-marocaine dans une phase plus opérationnelle et orientée vers les résultats.
Aujourd’hui, le Maroc a surclassé la Tunisie dans plusieurs secteurs stratégiques : tourisme, agriculture, agroalimentaire, pêche, élevage, sport, etc., grâce à la compétence de ses responsables : ambassadeurs, consuls, représentants des ministères de l’agriculture, du commerce, du tourisme et de l’industrie, qui, contrairement aux nôtres, ne se contentent pas de toucher des salaires et de garantir une retraite aisée. C’est là toute la différence, car les deux pays ont pratiquement les mêmes atouts en main. Les uns les utilisent, les autres les dilapident.
La Pologne, devenue membre très important de l’Union européenne (UE), réalise depuis quelques années une croissance économique exceptionnelle, par rapport à l’ensemble des pays membres de l’UE : croissance du PIB dépassant 3,6% et taux de chômage équivalent à 5,2. Bref, un partenaire idéal pour la Tunisie.
La Pologne ne produit pas d’huile d’olive, de dattes (que la Tunisie a du mal à écouler), des agrumes, etc. Durant l’hiver, ce pays importe tous ses besoins en légumes du monde entier.
Depuis 2010, j’ai assisté à plusieurs rencontres B2B organisées conjointement par l’ambassade de Tunisie, le Cepex et la Chambre de commerce polonaise. Toutes ces rencontres n’ont rien apporté à la Tunisie sinon, des dépenses infructueuses et de l’argent «jeté par la fenêtre». Les Marocains ont choisi la voie officielle, à savoir les ministres de l’agriculture des deux pays, et cela a directement ouvert la voie aux hommes d’affaires des deux pays.
La Tunisie figure parmi les plus grands producteurs mondiaux d’huile d’olive. Durant la campagne actuelle, la production devrait progresser de 47 % pour atteindre environ 500 000 tonnes, malgré un recul de la production mondiale.
La Tunisie devrait ainsi se classer deuxième au niveau mondial, derrière l’Espagne et devant l’Italie, selon les estimations du Conseil oléicole international.
Les exportations d’huile d’olive tunisienne au cours du dernier trimestre 2025 ont atteint environ 108 000 tonnes, pour une valeur totale de 1,379 milliard de dinars tunisiens, selon les données du ministère du Commerce et du Développement des exportations.
L’huile d’olive tunisienne continue de briller dans les compétitions internationales grâce à son exceptionnelle qualité, remportant des centaines de prix en 2024 et 2025.
Lors du Concours international d’Istanbul, la Tunisie a remporté 57 prix, dont 44 médailles d’or. Elle s’est classée deuxième au niveau mondial au prestigieux Concours Mario Solinas, organisé par le Conseil oléicole international, en décrochant trois prix majeurs, dont une médaille d’or.
Au Concours international de l’huile d’olive de New York, les marques tunisiennes ont remporté 26 médailles (12 d’or et 14 d’argent).
En 2025, la Tunisie a dominé le concours de Miami avec 62 médailles d’or, surpassant 13 pays participants, et a remporté 83 médailles d’or à Genève, notamment pour des huiles aux bienfaits reconnus pour la santé (riches en polyphénols). Plusieurs marques tunisiennes se sont également distinguées à Stockholm, remportant le prix de la «Meilleure variété».
Ces performances, soit 307 prix remportés dans 16 concours différents pour la seule année 2025, confirment le leadership mondial de la Tunisie dans le secteur de l’huile d’olive extra vierge.
Une décision exceptionnelle du ministère jordanien de l’Agriculture autorisant l’importation de 10 000 tonnes d’huile d’olive tunisienne pour compenser le déficit de production locale de la campagne 2025-2026 a permis le retour de ce produit de grande renommée sur le marché jordanien, a déclaré l’ambassadrice de Tunisie en Jordanie, Moufida Zribi.
Dans une déclaration à l’agence Tunis Afrique Presse (Tap), Mme Zribi a indiqué que l’ambassade de Tunisie et le bureau de l’attaché commercial à Amman avaient mené une campagne intensive de promotion de l’huile d’olive tunisienne, reconnue pour sa qualité exceptionnelle, en multipliant les contacts et les rencontres avec les acteurs économiques des secteurs public et privé.
Ces efforts ont permis de mettre en relation des entreprises et de lancer des opérations d’exportation dès la fin de l’année dernière, qui se poursuivront jusqu’à la fin de la campagne actuelle, impliquant des institutions publiques et privées.
Mme Zribi a souligné la forte demande des consommateurs jordaniens pour l’huile d’olive tunisienne dans les points de vente au détail, où sa haute qualité et ses prix compétitifs sont très appréciés, répondant ainsi à un besoin essentiel de l’alimentation locale.
Plus de 40 importateurs jordaniens, en coordination avec le Centre de promotion des exportations (Cepex), ont effectué des visites de terrain sur les sites de production d’huile d’olive depuis novembre 2025.
Dans un premier temps, cela a conduit à la signature de contrats portant sur la fourniture d’environ 3 000 tonnes d’huile d’olive tunisienne à la Jordanie, avec des prévisions d’augmentation marquée des exportations fin janvier et début février 2026.
La ville de Hammamet (gouvernorat de Nabeul) accueillera les 7 et 8 février 2026 la douzième édition du Festival des Agrumes sous le thème «Hammamet, entre mer et vergers».
Le festival rend hommage à la culture des agrumes, un héritage profondément ancré dans l’histoire de la ville. Il met en lumière les vergers de la région ainsi que les savoir-faire traditionnels qui ont façonné le mode de vie local pendant des décennies. Les agrumes, tels que l’orange, le citron et la fleur de bigaradier (zhar), constituent une ressource historique essentielle pour les habitants.
Pour cette édition, un programme d’animation comprend des expositions avec des stands dédiés aux fruits frais et aux produits transformés comme les confitures, l’eau de fleur d’oranger et les essences naturelles ; des démonstrations artisanales à travers des ateliers de distillation de fleurs de bigaradier pour découvrir des pratiques ancestrales ; des spectacles de musique ; des ateliers depeinture et de céramique pour petits et grands ; et un concours gastronomique du meilleur cake aux agrumes pour couronner cette célébration gourmande.
Sensibilisation et développement durable
Au-delà de l’aspect festif, l’événement agit comme un conservatoire de la mémoire face à l’urbanisation croissante. Il sert de plateforme pour promouvoir les producteurs et artisans locaux, tout en sensibilisant le public à la nécessité impérieuse de protéger les espaces agricoles et l’environnement de Hammamet.
Cette édition confirme la fierté d’une ville attachée à ses racines et résolument tournée vers un développement durable respectueux de son identité.
Rappelons que ce rendez-vous annuel, devenu une étape incontournable du calendrier culturel, environnemental et économique de la région, est organisé par l’Association d’éducation relative à l’environnement (Aere) en partenariat avec la municipalité de Hammamet, la Direction régionale de la culture de Nabeul, le Centre culturel international de Hammamet, la Fédération tunisienne de l’hôtellerie, l’Espace Hammamet Art et Culture…
L’Association des résidents de l’avenue Hédi Nouira-Ennasr-Ariana (Arahn-Ennasr) et l’Ecole supérieure d’architecture, audiovisuel et design (Esad) ont organisé le samedi 31 janvier 2026 une réunion-débat sur le projet de Complexe éco-culturel d’Ennasr.
Au cours de cette rencontre, le programme fonctionnel et le plan architectural de ce complexe a été présenté par Elyes Kasri, président d’Arahn-Ennasr, et Habib Mhenni, vice-président d’Arahn-Ennasr et architecte général.
Les présents – notamment Mouldi Chaabani (architecte-urbaniste), Saloua Ferjani (architecte-urbaniste), Emna Ayari (architecte), Najla Lahiani (député), Saida Chékir (député), et Mahdi Gaaloul (président du Conseil local de l’Ariana) – ont discuté sur les aménagements possibles (parcs, espaces verts…) en vue de l’édification du complexe éco-culturel projeté à Ennasr, et ont présenté des remarques et des recommandations à ce sujet, qui seront transmises aux autorités compétentes.
A l’issue du débat, il a été recommandé d’associer les composantes de la société civile à la concrétisation de ce projet tant attendu par les habitants de la cité Ennasr et d’adopter une architecture moderniste et attractive pour le complexe culturel.
L’accent a aussi été mis sur la nécessité d’harmoniser le complexe culturel avec l’espace vert avoisinant pour en faire un complexe éco culturel, véritable espace de culture, de détente et de sociabilité, tout en soulignant leur ferme opposition à tout changement de vocation de l’espace vert avoisinant le complexe culturel.
La volonté du président américain Donald Trump de «s’emparer» du Groenland constitue une tentative néocoloniale de la part d’un «shérif» mondial qui ne respecte manifestement pas la souveraineté nationale et les droits fondamentaux de des habitants de cette île européenne. Des manifestations ont d’ailleurs eu lieu à Nuuk, la capitale – les plus importantes de l’histoire du Groenland – et à Copenhague, avec des slogans tels que «Le Groenland n’est pas à vendre» et «Le Groenland appartient aux Groenlandais», soulignant ainsi la volonté d’autodétermination des populations locles.
Isidoros Karderinis *
Parallèlement, les sondages montrent qu’environ 85% des Groenlandais rejettent la perspective d’un rattachement aux États-Unis. Le Premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, âgé de 34 ans, a aussi qualifié les pressions américaines d’«irrespectueuses» et a appelé à la fin des menaces et des discours d’annexion «entre amis».
La Première ministre du Danemark, Mette Frederiksen, s’exprimant au Parlement, le 20 janvier 2026, a déclaré que son pays traverse «une période sombre», précisant que «le Danemark ne peut négocier sa souveraineté, son identité, ses frontières et sa démocratie».
La cohésion du monde occidental mise à rude épreuve
Le revirement ultérieur du président américain concernant son projet d’occuper le Groenland par la force militaire et l’annulation des droits de douane supplémentaires imposés à huit États membres européens de l’Otan qui s’opposent à son projet d’acquisition de l’île sont pour le moins surprenants, car les dispositions agressives et conquérantes de l’Américain n’ont en réalité pas diminué, tandis que la «fracture» au sein de l’axe euro-atlantique s’est approfondie, mettant à l’épreuve la cohésion du monde occidental.
Mais voyons quelles sont les données concernant le Groenland et pourquoi cette île est si importante.
Le Groenland est la plus grande île de notre planète, avec une superficie de 2 166 086 kilomètres carrés. L’Australie, bien que plus vaste, est considérée comme un continent et non une île.
Le Groenland est actuellement une île autonome et membre du Royaume du Danemark, lequel est membre de l’Otan et allié des États-Unis depuis 1721.
Le Groenland était une colonie danoise jusqu’en 1953. Depuis, il est un comté du Danemark. Il est autonome depuis 1979 et, en 2009, il s’est vu octroyer une autonomie encore plus grande, avec le droit d’exploiter ses ressources naturelles, une mesure que beaucoup ont perçue comme prélude à une indépendance totale.
Le chef de l’État groenlandais est le roi Frédéric X du Danemark (depuis le 14 janvier 2024), représenté par un haut-commissaire. Le chef du gouvernement est le Premier ministre, élu par le Parlement. Le gouvernement est également élu par le Parlement, appelé Landstinget. Les 31 membres du Parlement sont élus par le peuple au scrutin proportionnel simple dans des circonscriptions plurinominales et leur mandat dure 4 ans. Toute personne âgée de 18 ans ou plus a le droit de vote.
La majorité de la population, qui s’élève à environ 56 000 personnes, est composée d’Inuits (Esquimaux), qui se sont mélangés aux premiers colons européens (d’origine danoise et norvégienne) et parlent le groenlandais et le danois.
Cette île arctique est géographiquement située en Amérique du Nord, tandis que sur les plans culturel, démographique et politique, le Groenland est une île liée à l’Europe. Au sud-est du Groenland se trouvent l’océan Atlantique et l’Islande, à l’est la mer du Groenland, au nord l’océan Arctique et à l’ouest la baie de Baffin et le Canada.
La majeure partie de l’île, soit environ 80 % de sa superficie (1 700 000 km²), est recouverte d’une immense calotte glaciaire. Seules les zones côtières sud-ouest et sud-est, qui représentent les 20 % restants, sont libres de glace. Il s’agit de la seule zone habitée et non recouverte de glace, mais elle est aride, parsemée de rochers, de fjords et d’îlots. Chaque été, pendant deux mois, l’île connaît le «soleil de minuit», une lumière continue, tandis qu’en hiver, elle subit la «nuit polaire», une obscurité permanente.
Une terre pauvre avec des gisements d’or, d’uranium et de minerais rares
Le Groenland ne possède pas de réseau routier développé reliant les villes et les villages. Les transports se font principalement par voie maritime et aérienne, avec des aéroports et des héliports répartis sur l’ensemble du territoire. Sur terre, les déplacements se font en motoneige et en traîneau.
L’économie de l’île, dont la monnaie est la couronne danoise et dont le PIB est estimé par la Banque mondiale entre 3,5 et 4 milliards de dollars, repose sur la pêche, qui représente 95 % des exportations du Groenland, et sur la transformation du poisson, une activité industrielle majeure. Quelques habitants pratiquent également une agriculture de subsistance sur la côte sud-ouest, où ils élèvent des bovins, des ovins et de la volaille.
Le Groenland n’est donc pas riche au sens conventionnel du terme, ses ressources étant largement sous-exploitées. Son économie est petite et, pour «survivre», il reçoit une subvention annuelle de 520 millions d’euros du Danemark, soit environ 9 000 euros par habitant. C’est aussi pourquoi nombre d’habitants de l’île hésitent à réclamer une indépendance immédiate du Danemark, qui a par le passé fait preuve de comportements coloniaux.
Le Groenland possède également des gisements d’or, d’uranium et de charbon. Selon des recherches récentes, on y trouve aussi des gisements de pétrole et de gaz naturel. Son territoire recèle également d’importants gisements de terres rares. D’après des données fiables, 25 des 34 minéraux que la Commission européenne a classés comme «matières premières critiques» sont présents sur l’île.
Les États-Unis, cependant, ne considèrent pas le Groenland comme un simple réservoir de matières premières, mais comme une île d’une valeur stratégique qui garantit l’accès, la surveillance et la défense au-dessus des corridors de l’Atlantique Nord et de l’Arctique.
Sur le plan militaire, les États-Unis exploitent déjà la base spatiale de Pituffik au nord-ouest du Groenland, près de Kanak, l’une des villes les plus septentrionales du monde. Cette base abrite des radars d’alerte précoce, intégrés au réseau de défense antimissile américain, et constitue un élément avancé du système Norad pour la détection des tirs de missiles balistiques traversant l’Arctique.
Le Danemark, quant à lui, renforce constamment sa présence dans la région grâce à de nouveaux navires de guerre, des drones et une infrastructure satellitaire.
En conclusion, il convient de souligner qu’en principe, seuls les habitants du Groenland sont compétents pour décider du sort et de l’avenir de leur île. Il est inacceptable que la communauté internationale devienne un monde où les principes du droit international sont bafoués, réduits à néant, et où règne la loi du plus fort. Par conséquent, toute personne démocrate et rationnelle ne peut s’empêcher de crier haut et fort : «Trump, ne touchez pas au Groenland!».
Le samedi 31 janvier 2026, l’Alliance Française de Bizerte a accueilli une rencontre-débat avec le juriste tunisien Rafaâ Ben Achour, organisé à l’initiative d’un collectif d’associations locales. Cette rencontre, présidée par Fathi Belkahia, rendait hommage à l’hôte à l’occasion de la sortie de son ouvrage sur ‘La question palestinienne devant les juridictions internationales’’ (éditions Santillana, Tunis, 2026), paru dans un contexte international marqué par un regain d’attention porté au rôle du droit international dans l’appréhension du conflit israélo-palestinien.
Lotfi Sahli
Professeur émérite de droit public et ancien juge international, Rafaâ Ben Achour y propose une analyse rigoureuse et pédagogique de la manière dont les juridictions internationales ont été saisies, au fil des décennies, de la question palestinienne.
L’ouvrage met en lumière les mécanismes juridiques mobilisés, les principes fondamentaux invoqués et la portée des décisions rendues, tout en rappelant les limites du droit face à un conflit profondément politique.
Une question juridique majeure du droit international
Dès l’introduction, Ben Achour rappelle que la question palestinienne ne relève pas uniquement du champ politique ou diplomatique, mais constitue également une question juridique majeure du droit international contemporain. L’auteur a délibérément privilégié l’expression «question palestinienne» à celle de «cause palestinienne», dans une approche marquée par une plus grande neutralité dans le traitement du dossier
L’ouvrage se donne pour objectif d’expliquer comment les juridictions internationales, en particulier la Cour internationale de Justice (CIJ) et la Cour pénale internationale (CPI), interviennent pour dire le droit dans un conflit ancien, complexe et hautement politisé.
Une large partie du livre est consacrée à l’examen du rôle de la CIJ, notamment à travers sa compétence consultative. L’auteur analyse en profondeur les avis consultatifs rendus par la CIJ, dont celui de 2004 relatif aux conséquences juridiques de l’édification du mur dans le territoire palestinien occupé, ainsi que la procédure engagée plus récemment concernant les politiques et pratiques d’Israël dans ces territoires, y compris Jérusalem-Est.
Ces avis, bien que non contraignants, rappellent avec force des principes fondamentaux du droit international, tels que l’interdiction de l’acquisition de territoire par la force, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, ainsi que les obligations découlant du droit international humanitaire et des droits de l’homme.
L’auteur s’intéresse également à la voie contentieuse devant la CIJ, notamment à travers les requêtes introduites par certains États fondées sur des conventions internationales, comme celle relative à la prévention et à la répression du crime de génocide. Ces procédures, assorties de demandes de mesures conservatoires, confèrent une portée juridique plus directe aux débats, en engageant potentiellement la responsabilité internationale des États.
Au passage, l’auteur a rendu hommage au juriste somalien Abdulqawi A. Yusuf, ancien président et juge de la CIJ, qui a préfacé l’ouvrage, saluant son courage et sa bravoure dans l’exercice de ses fonctions.
La responsabilité pénale pour des crimes internationaux
Par ailleurs, l’ouvrage examine la contribution spécifique de la CPI, saisie pour la première fois de manière significative de la situation en Palestine. Contrairement à la CIJ, la CPI vise la responsabilité pénale individuelle pour des crimes internationaux graves, tels que les crimes de guerre ou les crimes contre l’humanité, ajoutant ainsi une dimension pénale au traitement juridique du conflit.
Au-delà de l’analyse des décisions et procédures, Rafaâ Ben Achour s’attache à expliquer les mécanismes juridiques, les compétences respectives des juridictions et la portée réelle de leurs décisions. Il souligne à la fois les effets normatifs et les limites du droit international, rappelant que les juridictions peuvent dire le droit sans pour autant résoudre, à elles seules, une question politique de cette ampleur.
Accessible et rigoureux, l’ouvrage s’adresse aussi bien aux spécialistes qu’aux étudiants et observateurs avertis, offrant des clés de compréhension essentielles sur le rôle du droit international dans la question palestinienne contemporaine.
Etaient présents à la rencontre, notamment Anne Guéguen, l’ambassadrice de France en Tunisie, Iyadh Ben Achour, ancien président de la Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution (Hiror), et Mohamed El Aziz Ben Achour, ancien ministre de la Culture, conférant à l’événement une dimension à la fois académique et politique.
La mort de Baby, l’une des principales attractions du parc zoologique du Belvédère à Tunis, a relancé le débat en Tunisie sur les conditions de vie des animaux en captivité et la gestion de ce zoo historique de la capitale.
Selon Omar Naifer, directeur de la Santé et de la Protection de l’Environnement de la municipalité de Tunis, l’état de l’animal s’est aggravé mercredi matin. L’équipe vétérinaire lui a prodigué les premiers soins, mais Baby est décédé en début d’après-midi. Le responsable a nié «toute responsabilité ou négligence» de la part de l’équipe vétérinaire et de la municipalité, soulignant que l’éléphant faisait l’objet d’un suivi constant en matière d’alimentation, d’hygiène et de soins cliniques. La dépouille a été transférée à l’École vétérinaire pour une autopsie, qui déterminera la cause du décès.
Cette version officielle ne met cependant pas fin à la polémique. Mohamed Attia, qui a organisé le transfert de l’animal en Tunisie, a confirmé sa mort et a qualifié l’autopsie d’étape cruciale. Il n’en reste pas moins que l’état général du zoo du belvédère et des animaux qu’il abrite suscite des interrogations sur les moyens mis à la disposition du personnel.
La Tunisie va participer au projet Atlas alimentaire de l’Unesco, une initiative internationale visant à documenter, promouvoir et transmettre, grâce à une plateforme numérique, les traditions et les savoirs liés à l’alimentation aux nouvelles générations.L’élément typique de l’art culinaire national proposé pour la plateforme est la harissa.
La consultation nationale s’est tenue au Centre des arts et des lettres Ksar Saïd, au Bardo, en présence d’experts du patrimoine, de professionnels du secteur, de représentants institutionnels et d’organisations de la société civile.
Selon Sanaa Allam, cheffe adjointe du Secteur de la culture du Bureau de l’Unesco pour le Maghreb, ce projet, financé par l’Arabie saoudite, a débuté en 2023 et entame sa deuxième phase, au cours de laquelle de nouveaux pays, dont la Tunisie, ont rejoint le programme.
La plateforme, conçue comme un atlas numérique des pratiques et traditions culinaires, implique 16 pays, dont la Tunisie, le Maroc et le Qatar, et devrait présenter plus de cinquante éléments culinaires au total, en sélectionnant un ou deux éléments représentatifs pour chaque pays.
Pour la Tunisie, l’élément proposé pour la plateforme est la harissa (sauce typique à base de piments rouges frais, d’ail et d’huile d’olive, similaire à la purée de tomates), déjà inscrite sur la Liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco.
Le cadre du projet s’appuie sur la Convention de l’Unesco de 2003 relative au patrimoine culturel immatériel, ratifiée par la Tunisie en 2006.
Rappelons que Tunis a déjà inscrit dix éléments sur la Liste du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, dont deux liés à l’alimentation : «Harissa : savoirs, compétences et pratiques culinaires et sociaux» (dossier national, 2022) et «Couscous» (dossier du Maghreb, 2020).
La Tunisie ne va pas adopter de sitôt l’Open Sky, comme l’y invitent depuis une vingtaine d’années les experts du trafic aérien afin d’impulser l’activité touristique nationale. En tout cas, elle ne va pas libérer son ciel dans le court terme. C’est ce que le ministre des Transports Rachid Amri a confirmé, lors de l’ouverture des «Aviation Days», organisés à Tunis, les 28 et 29 janvier 2026, en partenariat avec l’ambassade des États-Unis.
«La Tunisie va adopter une politique de libéralisation progressive du transport aérien, conclure des accords bilatéraux et encourager les compagnies aériennes nationales à établir des partenariats commerciaux», a-t-il déclaré. «Des efforts sont actuellement déployés pour renforcer la connectivité aérienne internationale à destination et en provenance des aéroports tunisiens, afin de faire de la Tunisie une plaque tournante régionale et un point de connexion dans la région méditerranéenne», a ajouté le ministre, soulignant que la Tunisie accorde une importance particulière au renforcement de la coopération internationale avec ses pays partenaires, notamment les États-Unis, et à la promotion des investissements dans le secteur de l’aviation civile en s’ouvrant à une expertise de pointe et à une expérience mondiale innovante.
A quand la concurrence dans le ciel tunisien ?
En d’autres termes, pas d’Open Sky dans le futur proche, mais une «ouverture progressive» qui dure depuis une vingtaine d’année et dont personne ne sait exactement quand elle prendra fin. Et ce malgré les appels incessants des Tunisiens à l’instauration d’un minimum de concurrence dans le ciel tunisien, grâce à l’Open Sky, comme cela avait déjà été expérimenté dans de nombreux pays de la région, afin de réduire leur dépendance vis-à-vis de Tunisair, la compagnie aérienne nationale, qui impose ses tarifs élevés tout en fournissant des services dégradés qui n’ont de cesse de ternir l’image du pays.
Cet atelier s’inscrit dans une volonté commune de soutenir le secteur de l’aviation civile et d’améliorer les perspectives de coopération entre les deux pays dans ce secteur stratégique.
Les discussions ont porté principalement sur les questions de sécurité, a aussi déclaré le ministre, qui a exprimé l’espoir que la réunion offrirait un espace de dialogue constructif et d’échange de vues, ainsi qu’une plateforme opérationnelle pour explorer les possibilités de coopération, d’investissement et de partenariats avec les institutions américaines spécialisées, au service d’intérêts communs et du développement du système d’aviation civile.
Rachid Amri a souligné que l’aviation civile constitue un moteur essentiel du développement économique durable, compte tenu de sa contribution à l’intégration économique régionale et internationale, au renforcement des relations économiques et culturelles entre les pays et à l’amélioration du climat des investissements.
L’aéroport, première vitrine d’un pays
De son côté, l’ambassadeur des États-Unis en Tunisie, Bill Bazzi, a réaffirmé la volonté de son pays de coopérer avec la Tunisie dans le domaine de l’aviation civile. Il a insisté sur «l’importance de l’aéroport comme première vitrine d’un pays, la première impression se formant dès l’arrivée à l’aéroport», soulignant la nécessité d’en faire une expérience positive.
L’ambassadeur a également souligné l’engagement des États-Unis à contribuer à la construction de la Tunisie de demain, précisant que son pays met ses technologies à la disposition de la Tunisie et affirmant que les entreprises américaines offrent les meilleures solutions dans le domaine de l’aviation civile.
Né en 1938 à Québec, Jean Royer est poète, romancier, essayiste, journaliste culturel et critique littéraire. Une figure importante des Lettres québécoises.
Royer a dirigé les pages culturelles du journal Le Devoir, puis les Editions l’Hexagone.
Complice du poète Gaston Miron, on lui doit plusieurs ouvrages sur la littérature du Québec, anthologies, recueils d’entretiens, essais d’histoire littéraire.
Parmi ses recueils de poésie : Jours d’atelier; Le chemin brûlé; Depuis l’amour; Le lien de la terre.
Il a été président de l’Académie des Lettres du Québec. Il décède en 2019 à Montréal.
D’après une note récemment publiée et intitulée «Les notations de la dette senior non garantie à long terme sont conformes à la notation de défaut émetteur (IDR) en devises étrangères de la Tunisie», l’agence de notation Fitch Ratings a confirmé la notation de la dette à long terme (LT) de la Tunisie à «B-» et lui a attribué une note de recouvrement de «RR4», la retirant de la liste des pays sous observation (UCO).
Pour rappel, Fitch avait relevé, le 12 septembre 2025, la note IDR LT FC de la Tunisie à «B-» avec une perspective stable, en faisant savoir, aussi, qu’elle «table sur une perspective de recouvrement moyenne en cas de défaut, compte tenu de l’absence de facteurs de recouvrement clairement identifiables pour cet État souverain. Ces instruments bénéficient d’une notation de recouvrement de ‘‘RR4’’».
Par ailleurs, Fitch a souligné que la Tunisie a obtenu «un score de pertinence ESG (RS) de ‘‘5’’ pour la stabilité politique et les droits, ainsi que pour l’état de droit, la qualité institutionnelle et réglementaire et la lutte contre la corruption».
La Tunisie se situe dans la moyenne des indicateurs de gouvernance de la Banque mondiale (WBGI), pris en compte dans le modèle de notation souveraine, au 36e percentile, «ce qui traduit une faible stabilité politique, un état de droit et des droits de participation au processus politique affaiblis, ainsi qu’une capacité institutionnelle et un niveau de corruption perçue modérés», a expliqué l’agence.
Fitch a révélé, en outre, que la notation de la Tunisie serait améliorée, à conditions de «réductions durables du déficit budgétaire et du ratio dette publique/PIB (par exemple grâce à une crédibilité accrue des politiques et à un engagement renforcé en faveur de la mise en œuvre des réformes)» et/ou d’une «augmentation continue des réserves de change (par exemple grâce à un resserrement supplémentaire des déficits du compte courant combiné à un accès toujours plus facile à des financements extérieurs durables)».
En revanche, la notation de la Tunisie peut être dégradée, en cas «d’incapacité à réduire les besoins de financement budgétaire (par exemple en raison d’une réduction des déficits budgétaires inférieure aux prévisions)» et/ou «d’une pression accrue sur les comptes extérieurs se traduisant par une baisse plus importante des réserves de change que prévu ou par une dépréciation monétaire à grande échelle».
L’agence de notation a enfin précisé que «ces décisions de notation reflètent l’application des nouveaux critères de notation souveraine de Fitch (septembre 2025) et intègrent pour la première fois des hypothèses de recouvrement dans les notations de la dette souveraine».
L’Union européenne (UE) renforce sa lutte contre l’immigration clandestine, en concentrant ses efforts pour les cinq prochaines années sur une augmentation drastique des rapatriements, un recours sans précédent à la politique des visas comme outil diplomatique, ainsi qu’aux plateformes multifonctionnelles le long des routes migratoires et à l’intelligence artificielle (IA).Tout en intensifiant les partenariats avec des pays tiers, tels que la Tunisie, l’Égypte et la Mauritanie.(Photo : Centre de rétention des migrants en Italie).
«La priorité est claire : réduire et contenir le nombre d’arrivées illégales», a souligné Magnus Brunner, commissaire européen aux Affaires intérieures.
Cette priorité s’inscrit dans une tendance déjà visible : selon les données de l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex), les entrées irrégulières dans l’UE ont diminué de 26 % l’an dernier, soit le niveau le plus bas enregistré depuis 2021, avec des baisses significatives le long des routes des Balkans et d’Afrique de l’Ouest, tandis que la Méditerranée centrale demeure la voie d’accès la plus fréquentée à l’UE.
Avec sa nouvelle stratégie migratoire, la Commission s’est fixé un double objectif : consolider les tendances actuelles et expulser du Vieux continent les personnes n’ayant pas le droit d’y séjourner.
Des plateformes de rapatriement dans des pays tiers
Le plan s’articule autour de l’accélération des rapatriements. Dans le système actuel, moins de 30 % des personnes faisant l’objet d’un arrêté d’expulsion quittent effectivement l’UE. Pour inverser cette tendance, Bruxelles privilégie désormais les plateformes de rapatriement, souvent situées dans des pays tiers, pour accueillir les demandeurs d’asile déboutés.
La stratégie consolide également la «diplomatie migratoire» en intensifiant les partenariats avec des pays tiers, tels que la Tunisie, l’Égypte et la Mauritanie, et ouvre la voie à la création de «centres polyvalents le long des routes migratoires», structures regroupant diverses fonctions opérationnelles pour gérer le cycle migratoire hors du territoire de l’UE en collaboration avec les pays partenaires. «Nous devons être fermes et défendre nos intérêts», a souligné Brunner, «sans pour autant nous dérober aux situations politiquement complexes.»
Parmi les nouveautés figure le recours à la numérisation et à l’IA dans la gestion de l’asile et des migrations.
La nouvelle stratégie en matière de visas complète le dispositif, visant à en faire un levier diplomatique stratégique. Autrement dit, si un pays tiers ne coopère pas au retour de ses citoyens expulsés, Bruxelles réagira en rendant plus difficile la délivrance de visas aux citoyens de ce pays.
Les nouvelles restrictions ont été immédiatement saluées par les partisans de Meloni au Parlement européen. Pour Nicola Procaccini et Carlo Fidanza, la feuille de route de la Commission «accepte les recommandations du gouvernement italien : gérer la migration, et non la subir».
La Tunisie s’est dotée d’une Stratégie nationale de réduction des risques de catastrophes à l’horizon 2030, mais face à la recrudescence des risques et catastrophes climatiques, elle continue de réagir par à coup. Cette gestion essentiellement réactive est expliquée par des carences de gouvernance et un manque de financement. Et les difficultés financières actuelles de la Tunisie ne favorisent pas la mobilisation de financements extérieurs.
Élaborée par le gouvernement avec le soutien du Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud), cette Stratégie nationale de réduction des risques de catastrophes à l’horizon 2030 et plan d‘action, validée le 4 novembre 2021, est accompagnée d’un plan d’action structurant pour la décennie à venir.
Son objectif est de renforcer la résilience du pays, de mieux le préparer et de dépasser le stade de l’improvisation.
Meriem Khadhraoui écrit dans l’agence de presse Tap que cette stratégie repose sur d’importants investissements dans les infrastructures, qui doivent s’accompagner d’actions concrètes visant à garantir la préparation, l’inclusion et la durabilité.
Des plans sur la comète
La mise en œuvre de cette stratégie nécessite un budget total estimé à 548,7 millions de dinars (200,5 millions de dollars). Une première évaluation menée en 2022-2023 a révélé un faible niveau de progrès. En effet, «il existe un écart important entre ce qui était prévu et ce qui a été réellement mis en œuvre», a déploré Kamel Tounsi, expert principal en adaptation au changement climatique, dans une déclaration à Tap. La Stratégie nationale de réduction des risques de catastrophes à l’horizon 2030 prévoyait spécifiquement un investissement d’environ 410,4 millions de dinars (142,4 millions de dollars) pour renforcer la résilience des infrastructures critiques et assurer la continuité des services publics essentiels, tels que l’eau, l’énergie et la santé. Une enveloppe d’environ 149,5 millions de dinars (51,9 millions de dollars) était consacrée à la protection des populations vulnérables et à la préservation du patrimoine culturel. La stratégie visait également à atteindre une couverture d’alerte précoce de 100 % d’ici 2025 grâce à la création d’un Système national d’alerte précoce multirisque, doté d’un budget de 6,03 millions de dollars.
Ce système visait à permettre la diffusion d’informations fiables et en temps réel, même dans les zones reculées, afin de réduire les pertes humaines. Or, lors des récentes intempéries survenues dans le pays, il y eut au moins 5 morts.
Des pertes économiques considérables
Conformément au Cadre de Sendai des Nations Unies, la stratégie s’attaque aux pertes économiques considérables subies par la Tunisie, estimées à plus de 2,16 milliards de dinars tunisiens (760 millions de dollars américains) au cours des 30 dernières années. Le pays demeure extrêmement vulnérable aux inondations, aux sécheresses, aux glissements de terrain et aux incendies de forêt.
Si la sécheresse a représenté 54 % des catastrophes recensées entre 1957 et 2018, les inondations restent les plus coûteuses, responsables d’environ 60 % des pertes économiques et du plus grand nombre de décès.
Selon la Banque mondiale, la Tunisie figure parmi les pays les plus vulnérables au changement climatique, avec des impacts de plus en plus graves attendus en raison de la hausse des températures, de la diminution des précipitations, de la pénurie d’eau et de l’élévation du niveau de la mer.
Malgré ce cadre de planification stratégique et la définition de priorités nationales, la mise en œuvre des programmes et projets prévus accuse un retard. En effet, selon Kamel Tounsi, le seul programme majeur de réduction des risques de catastrophe (RRC) actuellement en cours au niveau national est celui mis en œuvre par le ministère des Finances et d’autres partenaires nationaux, avec un financement de 100 millions de dollars de la Banque mondiale et de l’Agence française de développement (AFD) (ResCat). Lancé en 2021, ce projet devrait se poursuivre jusqu’en 2027. Il vise à améliorer la gestion des risques, à renforcer les infrastructures de protection contre les inondations, à protéger les personnes et les biens et à développer des mécanismes d’assurance contre les catastrophes.
Par ailleurs, «la mise en œuvre de cette stratégie est particulièrement complexe», reconnaît l’expert, soulignant des difficultés tant techniques que financières.
Les financements se font rares
«Renforcer véritablement la résilience des écosystèmes et des sociétés exige des investissements colossaux, dont une grande partie doit être mobilisée à l’échelle internationale», explique-t-il. Or, les difficultés financières actuelles de la Tunisie ne favorisent pas la mobilisation de financements extérieurs. «Les contributions financières, sous forme de subventions et de prêts, sont en baisse. De plus, le pays n’a pas suffisamment investi dans le développement d’une diplomatie et d’un plaidoyer efficaces en matière de climat, ce qui nous a clairement pénalisés», affirme Kamel Tounsi. De ce fait, plusieurs stratégies et plans élaborés pour 2030 ou 2050 sont pratiquement restés lettres mortes.
De nouveaux équipements destinés à renforcer la surveillance des frontières terrestres et maritimes de la Tunisie ont été livrés par l’Union européenne (UE) dans le cadre du Programme de gestion des frontières (PGF), une initiative que Bruxelles présente comme un «partenariat solide et durable» avec Tunis, mise en œuvre en collaboration avec la Garde nationale tunisienne et le Centre international pour le développement des politiques migratoires (ICMPD).(Photo d’archive : livraison d’équipements européens aux garde-côtes tunisiens).
La délégation de l’UE en Tunisie a annoncé que l’aide européenne globale à la gestion des frontières tunisiennes s’élève à 130 millions d’euros (446 millions de dinars), affectés aux activités liées à la sécurité, à la recherche et au sauvetage, ainsi qu’à la lutte contre la traite des êtres humains et les réseaux de passeurs.
Lors de son évaluation à l’occasion de la réunion au quartier général de la Garde nationale de Tunis à El Aouina, l’UE a salué les résultats «significatifs» du programme lancé en 2018. Elle a souligné que cette initiative a contribué au renforcement des capacités opérationnelles de la Garde nationale et des garde-côtes, notamment en matière de recherche et de sauvetage et de protection des migrants en situation irrégulière.
Bruxelles a également noté que, depuis le lancement du projet, des équipements modernes d’une valeur de plus de 21 millions d’euros (72 millions de dinars) ont été fournis, ainsi que plus de 60 sessions de formation ayant impliqué 550 officiers et cadres. Des milliers de pièces et d’équipements destinés aux opérations sur le terrain ont également été acquis.
La délégation de l’UE a enfin insisté sur le fait que ces mesures ont contribué, «dès 2024», à une réduction des traversées irrégulières et du nombre de personnes disparues et de victimes en mer, grâce à l’intensification des opérations de sauvetage.
Le programme, ajoute l’UE, est désormais entré dans sa troisième phase, qui s’étendra jusqu’en 2028. Cette phase vise à développer une infrastructure de surveillance radar avancée afin de consolider progressivement les capacités de recherche et de sauvetage et de protection côtière de la Tunisie.
Dans le cadre de cette coopération, l’UE réaffirme que le partenariat repose sur la coopération, le respect des droits humains et la stabilité en Méditerranée.
Toutefois, la coopération UE-Tunisie en matière de gestion des migrations a également fait l’objet de débats publics en Europe ces dernières années, notamment concernant le modèle d’«externalisation» des politiques frontalières et l’équilibre entre contrôle, sauvetage et protection des droits humains.
Les développeurs de solutions agri-tech pratiques et évolutives répondant aux principaux défis de l’agriculture et du marché tunisiens peuvent participer au challenge de l’innovation AgriTech4Tunisia. La date limite pour postuler est fixée au 12 février 2026.
Le challenge AgriTech4Tunisia est une initiative de l’Alliance de Bioversity International et du CIAT, à travers l’Accelerate for Impact Platform (A4IP).
Ce programme s’adresse aux innovateurs nationaux et internationaux qui développent des entreprises agritech en phase de démarrage disposant d’un produit minimum viable, idéalement validé par les utilisateurs finaux, et qui sont en train de lever des fonds au stade de l’amorçage ou de la pré-amorçage.
Les solutions doivent répondre à une demande clairement définie du marché, relever les défis agricoles locaux et apporter des avantages tangibles aux petits exploitants agricoles et aux autres acteurs de la chaîne de valeur.
Une cohorte de 20 équipes innovantes participera à un bootcamp entièrement financé en Tunisie, suivi d’un programme d’accélération sponsorisé de trois mois, combinant formation commerciale, assistance technique, accès direct aux investisseurs et mise en relation B2B avec des entreprises agroalimentaires.
Le programme se terminera par un Demo Day, un espace de réseautage où les équipes présenteront leurs solutions à des scientifiques, des experts du secteur, des entreprises agroalimentaires et des investisseurs, dans le but de catalyser les opportunités de tests pilotes et de débloquer des fonds.
Les équipes diplômées bénéficieront d’un soutien post-programme avec un accès exclusif à des événements de réseautage et à des alertes d’opportunités, des connexions facilitées avec des partenaires et l’accès aux plateformes d’innovation et à l’infrastructure scientifique du CGIAR.
Pour toute question, envoyez-nous un e-mail à info@agritechchallenge.org ou un message sur la communauté WhatsApp.
Si vous êtes un acteur de l’écosystème agritech, un centre de recherche ou un investisseur intéressé par ce programme, envoyez-nous un e-mail à innovations@cgiar.org
L’Association tunisienne des médias et de l’intelligence artificielle (Atmedia) organise, samedi 31 janvier et dimanche 1er février 2026 au siège de Radio Monastir, un atelier de formation spécialisé sur les usages de l’intelligence artificielle (IA) dans le travail journalistique et médiatique.
Cet atelier session, organisé en partenariat avec la section Centre et Sahel du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), est assurée par le journaliste et membre fondateur d’Atmedia, chargé de la formation, Ahmed Hamdi. Elle s’inscrit dans l’engagement constant de l’association en faveur de la formation continue et du renforcement des compétences professionnelles des journalistes face aux mutations numériques accélérées du secteur des médias.
L’atelier vise à doter les participants de compétences pratiques dans l’utilisation des outils d’IA pour la recherche d’informations, la rédaction, la vérification des données et la production de contenus audiovisuels, contribuant ainsi à l’amélioration de la qualité du travail journalistique et au renforcement de sa crédibilité, dans le respect de l’éthique et des normes professionnelles.
Créée en septembre 2025 à Tunis, l’Atmedia est une association indépendante et à but non lucratif, dédiée à l’accompagnement des professionnels de l’information dans l’intégration responsable de l’IA. Elle œuvre pour le renforcement des compétences, la promotion d’une culture numérique éthique et la défense d’un journalisme rigoureux et crédible.
Atmedia réunit des journalistes, universitaires et experts du numérique, et développe des programmes de formation, de sensibilisation et de recherche visant à moderniser le paysage médiatique tunisien dans le respect de l’intérêt public.
Des vagues de populisme traversent aujourd’hui le monde avec une puissance inédite. Aucun continent n’est épargné, aucun régime démocratique n’est à l’abri. De l’Amérique à l’Europe, de l’Inde à l’Amérique latine, le discours politique se simplifie, se durcit, se radicalise. Les slogans remplacent les programmes, l’émotion supplante l’argumentation, et la colère devient une ressource électorale. C’est le triomphe inquiétant du nombre et la défaite de la raison. Plaidoyer pour une démocratie entre élites à l’ère du populisme.
Zouhaïr Ben Amor *
Le populisme se nourrit d’un paradoxe fondamental : il prétend incarner le peuple tout en détruisant les conditions mêmes d’un jugement politique éclairé. Il érige l’opinion immédiate en vérité, la majorité numérique en légitimité morale, et transforme toute complexité en suspicion. Dans ce climat, l’intellectuel devient un ennemi, l’expert un traître, le scientifique un manipulateur.
Face à cette dérive, une question longtemps jugée indécente mérite aujourd’hui d’être posée sans faux-semblants : la démocratie peut-elle survivre lorsqu’elle abdique toute exigence intellectuelle ? Et plus encore : une démocratie fondée sur des élites instruites, responsables et contrôlées serait-elle plus démocratique que le règne aveugle du nombre ?
Le populisme : une pathologie interne de la démocratie
Contrairement à une idée répandue, le populisme n’est pas l’ennemi extérieur de la démocratie. Il en est une dérive interne, un excès logique. Il surgit lorsque la souveraineté populaire est réduite à sa forme la plus brute : le comptage des voix, indépendamment de la qualité du jugement qui les fonde.
Déjà, Platon voyait dans la démocratie athénienne un régime instable, vulnérable à la démagogie. Dans La République, il compare la cité démocratique à un navire confié à une foule ignorante, sourde à la compétence du pilote. Ce n’est pas le peuple en tant que tel que Platon critique, mais l’abandon de toute hiérarchie du savoir.
Plus près de nous, le politicien français Alexis de Tocqueville (1805-1859) identifie un danger majeur des sociétés démocratiques modernes : la tyrannie de la majorité. Celle-ci n’opprime pas par la force, mais par la norme, étouffant toute pensée dissidente sous le poids du consensus numérique (De la démocratie en Amérique).
Le populisme contemporain pousse cette logique à son extrême : il confond volonté générale et opinion majoritaire instantanée, souvent façonnée par les réseaux sociaux, les algorithmes et les émotions collectives. La démocratie devient alors un réflexe, non un processus de délibération.
L’égalité politique et le mythe dangereux de l’égalité cognitive
L’un des dogmes les plus intouchables de la modernité démocratique est l’idée que toutes les opinions se valent. Or cette affirmation, si elle est moralement séduisante, est intellectuellement intenable.
Être citoyen confère des droits égaux, mais ne produit pas automatiquement une compétence égale. Confondre égalité juridique et égalité cognitive revient à nier l’expérience, l’éducation, la formation, l’effort intellectuel. Cette confusion est au cœur du triomphe populiste.
Le philosophe et économiste britannique John Stuart Mill (1806-1873) l’avait parfaitement compris. Dans Considerations on Representative Government (1861), il propose un suffrage plural, où le vote des citoyens les plus instruits aurait un poids supérieur. Non par mépris social, mais par souci d’efficacité politique. Mill pose une question dérangeante mais rationnelle : pourquoi refuser à la politique ce que l’on exige de la médecine, de l’ingénierie ou du droit ?
On ne choisit pas un chirurgien par acclamation populaire. On ne confie pas un pont à un vote majoritaire. Pourquoi alors accepter que le destin d’une nation soit décidé sans exigence minimale de compétence ?
La révolte des masses et la fin du jugement
Le populisme est aussi un phénomène culturel profond. Le philosophe espagnol José Ortega y Gasset (1883-1955) dans La révolte des masses (1930), décrit l’avènement de l’«homme-masse» : un individu convaincu de son droit à décider de tout, sans effort préalable de compréhension.
L’homme-masse ne rejette pas seulement l’élite ; il rejette l’idée même d’excellence. Toute distinction est perçue comme une offense. Toute compétence devient arrogance. Cette mentalité trouve aujourd’hui un terrain idéal dans les réseaux sociaux, où la visibilité remplace la légitimité, et où la viralité tient lieu de vérité.
Dans ce contexte, la démocratie cesse d’être un régime de responsabilité pour devenir un théâtre d’indignations successives. Le jugement politique, qui exige lenteur, mémoire et complexité, est sacrifié au profit de réactions immédiates.
Effondrement du sens politique et banalisation de l’irresponsabilité
La germano-américaine Hannah Arendt (1906- 1975) a montré, notamment dans La crise de la culture, que le mal politique moderne ne procède pas toujours de la monstruosité, mais de la banalité, c’est-à-dire de l’absence de pensée.
Le populisme prospère précisément sur cette absence. Il ne demande pas aux citoyens de comprendre, mais de réagir. Il ne sollicite pas la raison, mais l’affect. Le vote devient un geste cathartique, non un acte réfléchi.
La démocratie, ainsi vidée de son exigence intellectuelle, devient vulnérable à toutes les manipulations. Elle se transforme en machine à légitimer l’irresponsabilité collective.
Faut-il alors confier la démocratie aux élites ?
Le mot «élite» est aujourd’hui presque imprononçable. Il évoque immédiatement l’arrogance, la domination, l’entre-soi. Pourtant, refuser toute forme d’élite revient à accepter implicitement le règne de l’incompétence.
Il faut ici être clair : il ne s’agit ni d’une élite de naissance, ni d’une élite de richesse. Il s’agit d’une élite de savoir, de responsabilité et d’éthique. Une élite sans privilèges héréditaires, soumise au contrôle, révocable, évaluée.
Dans toute société complexe, des élites existent de fait : scientifiques, ingénieurs, médecins, enseignants, juristes. La question n’est donc pas leur existence, mais leur place dans la décision politique.
Refuser leur rôle au nom d’un égalitarisme abstrait, c’est livrer la démocratie à ceux qui crient le plus fort, non à ceux qui comprennent le mieux.
Modèles possibles d’une démocratie protégée du populisme
Imaginer une démocratie entre élites ne signifie pas abolir le peuple, mais réintroduire des filtres rationnels.
Plusieurs modèles sont envisageables :
1. Un bicaméralisme renforcé : une chambre élue au suffrage universel, et une chambre de compétence (scientifiques, juristes, philosophes, économistes), avec droit de veto argumenté.
2. Un suffrage pondéré par le niveau d’instruction ou la formation civique.
3. Des conseils citoyens qualifiés, tirés au sort mais formés longuement avant toute décision.
4. Une démocratie délibérative, où le vote n’intervient qu’après un processus obligatoire d’information et de débat.
Ces modèles ne sont pas antidémocratiques ; ils sont antipopulistes.
Le danger inverse : technocratie et déshumanisation
Toute réflexion honnête doit reconnaître les risques d’une démocratie des élites. L’expertise peut devenir froide, déconnectée du vécu. Les élites peuvent se fossiliser, se reproduire, perdre tout contact avec le réel social.
Le théoricien de la politique, l’allemand Carl Schmitt (1888, 1985) rappelle que la politique ne peut jamais être réduite à une simple gestion technique. Elle implique des choix existentiels, des valeurs, des conflits irréductibles.
C’est pourquoi une démocratie entre élites ne peut être viable que si elle reste ouverte, pluraliste, contrôlée, et si le peuple conserve un droit de regard et de sanction.
Penser contre la foule pour sauver la démocratie
Il est temps d’oser une vérité inconfortable : la démocratie n’est pas sacrée par nature. Elle n’est qu’un outil fragile, qui ne fonctionne que si les citoyens sont capables de discernement.
Lorsque l’ignorance devient majoritaire, lorsque l’émotion remplace la raison, lorsque la compétence est méprisée, la démocratie se suicide lentement sous les applaudissements.
Peut-être faut-il alors accepter cette idée provocante : le salut de la démocratie viendra parfois d’une minorité lucide, et non de la majorité aveugle. Penser contre la foule n’est pas trahir la démocratie. C’est peut-être aujourd’hui la seule façon de la préserver.
* Universitaire.
Références bibliographiques (indicatives) :
Platon, La République.
Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique.
John Stuart Mill, Considerations on Representative Government.
José Ortega y Gasset, La révolte des masses.
Hannah Arendt, La crise de la culture ; Eichmann à Jérusalem.