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UE–Inde : un méga-accord commercial qui redessine les équilibres… et met la Tunisie sous pression

En officialisant un accord de libre-échange d’une ampleur historique, l’Union européenne et l’Inde ne se contentent pas d’ouvrir leurs marchés : elles redessinent la carte du commerce mondial. Pour la Tunisie, cet événement marque moins une opportunité immédiate qu’un signal d’alarme stratégique. Dans un monde structuré par de grands blocs économiques, la question n’est plus de savoir si l’on participe à la mondialisation, mais à quel niveau et à quel prix.

Un accord historique dans un monde fragmenté

La conclusion de l’accord de libre-échange entre l’Inde et l’Union européenne, après deux décennies de négociations complexes, constitue l’un des événements économiques majeurs du début du XXIᵉ siècle. En créant une zone commerciale couvrant près de deux milliards d’habitants, représentant environ un quart du PIB mondial et un tiers des échanges internationaux, Bruxelles et New Delhi affirment leur volonté de bâtir un pôle économique capable de rivaliser avec la Chine et de résister aux turbulences provoquées par la montée du protectionnisme américain.

Cet accord ne relève pas uniquement d’une logique commerciale. Il s’inscrit dans une stratégie plus large de sécurisation des chaînes d’approvisionnement, de diversification des partenaires et de consolidation de l’autonomie stratégique des deux parties. Dans un contexte marqué par la rivalité sino-américaine, la guerre des droits de douane et la politisation croissante du commerce international, l’Europe et l’Inde font le choix d’une intégration économique approfondie comme instrument de puissance.

 

Lire aussi : Inde-UE, ou la naissance de la plus grande ZLE au monde

 

La réduction spectaculaire des droits de douane indiens sur les produits européens – notamment dans l’automobile, l’agroalimentaire et les biens manufacturés – symbolise l’ouverture d’un marché longtemps considéré comme l’un des plus protégés au monde. Pour l’Europe, il s’agit d’un levier de croissance et de compétitivité. Pour l’Inde, c’est un pari sur l’industrialisation accélérée, l’attraction des investissements et l’accès aux technologies avancées.

La montée en puissance de l’Inde et la recomposition des flux mondiaux

L’accord UE–Inde intervient à un moment où l’Inde s’affirme comme l’un des pôles majeurs de la croissance mondiale. En passe de devenir la quatrième économie mondiale, puis potentiellement l’une des trois premières avant 2030, l’Inde incarne un nouveau modèle de développement fondé sur la démographie, l’innovation et l’intégration progressive dans les chaînes de valeur mondiales.

En s’alliant à l’Europe, New Delhi consolide sa trajectoire d’ascension économique et renforce son attractivité auprès des investisseurs internationaux. Cette dynamique aura nécessairement un effet d’entraînement sur les flux commerciaux et financiers mondiaux, au détriment relatif des économies intermédiaires qui ne parviendront pas à s’insérer dans les nouveaux réseaux de production.

Dans ce nouvel ordre économique, les accords bilatéraux ou régionaux ne sont plus de simples instruments techniques : ils deviennent des outils de hiérarchisation des nations. Les pays intégrés aux grands blocs consolident leur position, tandis que ceux qui restent à la périphérie voient leur marge de manœuvre se réduire.

La Tunisie face au risque de marginalisation commerciale

Pour la Tunisie, l’accord UE–Inde soulève une question fondamentale : quelle place occupe-t-elle dans la nouvelle architecture du commerce mondial ?

Traditionnellement arrimée à l’Union européenne, l’économie tunisienne repose largement sur les exportations vers le marché européen et sur l’intégration dans certaines chaînes de valeur industrielles, notamment dans le textile, l’automobile et l’électronique. Or, l’intensification du partenariat euro-indien risque de modifier les arbitrages industriels et commerciaux des entreprises européennes.

La baisse drastique des droits de douane indiens sur les produits européens pourrait inciter les entreprises de l’UE à privilégier l’Inde comme plateforme de production et de consommation, au détriment des sites méditerranéens, dont la Tunisie. À terme, cela pourrait entraîner un déplacement partiel des investissements directs étrangers et une recomposition des chaînes de sous-traitance, réduisant le rôle de la Tunisie comme base industrielle périphérique de l’Europe.

Par ailleurs, la montée en puissance de l’Inde comme fournisseur de biens manufacturés pourrait intensifier la concurrence sur certains marchés où la Tunisie tente de se positionner, notamment en Afrique et au Moyen-Orient. Dans un contexte de compétitivité exacerbée, les industries tunisiennes, déjà fragilisées par des contraintes structurelles, risquent de subir une pression accrue sur leurs coûts et leurs marges.

Entre menace et opportunité : la Tunisie à la croisée des chemins

Cependant, réduire l’accord UE–Inde à une menace serait une lecture incomplète. Dans la logique de la mondialisation contemporaine, chaque reconfiguration des flux crée simultanément des risques et des opportunités.

La Tunisie pourrait tirer parti de cet accord en se positionnant comme un maillon intermédiaire entre l’Europe et l’Inde, notamment dans les secteurs où elle dispose d’un savoir-faire industriel et d’une proximité géographique avec l’Europe. Elle pourrait également attirer des investissements indiens désireux de pénétrer le marché européen via une plateforme méditerranéenne bénéficiant d’accords commerciaux avec l’UE.

De plus, l’essor du partenariat euro-indien pourrait stimuler la demande de services à valeur ajoutée, notamment dans le numérique, l’ingénierie et les services aux entreprises, secteurs dans lesquels la Tunisie dispose d’un potentiel encore sous-exploité. À condition toutefois de moderniser son environnement économique, de renforcer sa compétitivité et de stabiliser son cadre réglementaire.

Le défi du capital humain et de la souveraineté économique

L’un des aspects les plus structurants de l’accord UE–Inde réside dans la mobilité des talents, la coopération universitaire et les échanges de compétences. Dans un monde où la connaissance devient le principal facteur de compétitivité, l’intégration des marchés du travail qualifié entre l’Europe et l’Inde pourrait accentuer la compétition pour les compétences.

Pour la Tunisie, ce phénomène pose un défi majeur. Déjà confrontée à une fuite massive des talents, elle risque de voir s’intensifier l’attractivité des pôles euro-indiens pour ses ingénieurs, chercheurs et professionnels qualifiés. Sans une politique ambitieuse de valorisation du capital humain, la Tunisie pourrait se retrouver enfermée dans un modèle économique à faible valeur ajoutée, incapable de soutenir une croissance durable.

Dans ce contexte, la question de la souveraineté économique se pose avec acuité. L’accord UE–Inde illustre la capacité des grandes puissances à définir les règles du jeu mondial. Pour la Tunisie, l’enjeu n’est plus seulement de s’adapter, mais de repenser sa stratégie d’insertion internationale afin de préserver sa capacité de décision économique.

Une leçon stratégique pour la Tunisie

En définitive, l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Inde dépasse largement la sphère commerciale. Il constitue un acte fondateur d’un nouvel ordre économique multipolaire, où la puissance se construit par l’intégration, la technologie et la maîtrise des chaînes de valeur.

Pour la Tunisie, cet accord agit comme un révélateur brutal de ses vulnérabilités structurelles, mais aussi comme une invitation à un sursaut stratégique. Dans un monde dominé par de grands ensembles économiques, la survie économique des nations intermédiaires dépendra de leur capacité à monter en gamme, à diversifier leurs partenariats et à transformer leur capital humain en avantage compétitif.

À défaut d’un tel repositionnement, la Tunisie risque de devenir non pas un acteur, mais un simple spectateur d’une mondialisation désormais façonnée par des alliances géoéconomiques d’une ampleur inédite.

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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Tunisie : l’illusion de l’équilibre, ou la macroéconomie sous contrainte permanente

Dans quelle mesure, la véritable question n’est-elle pas celle de la stabilisation conjoncturelle, mais celle du modèle de croissance?

 

A l’international : l’ordre mondial fracturé, un cycle monétaire sans point d’ancrage

L’économie mondiale aborde 2026 dans un régime inédit, où la normalisation monétaire ne signifie plus un retour à la stabilité, mais une installation durable dans l’incertitude. La désinflation observée dans les économies avancées n’a pas restauré la lisibilité des cycles. Tandis que la fragmentation géopolitique et financière accentue l’hétérogénéité des trajectoires macroéconomiques.

La politique monétaire des grandes banques centrales s’inscrit désormais dans un régime de gestion du risque plutôt que dans une logique de cycle classique. La Réserve fédérale américaine maintient un équilibre fragile entre soutien à l’activité et discipline anti-inflationniste. Alors que la Banque centrale européenne compose avec une croissance structurellement faible et une inflation sous-jacente résistante.

Dans ce contexte, le dollar demeure l’actif pivot du système monétaire international. Ce qui renforce mécaniquement la vulnérabilité des économies émergentes. Pour la Tunisie, cette configuration se traduit par une contrainte extérieure permanente, où chaque ajustement interne se heurte à la rigidité du financement externe.

 

En Tunisie : la liquidité comme variable d’ajustement, le système bancaire sous perfusion structurelle

Les indicateurs monétaires du 23 janvier 2026 révèlent une dynamique paradoxale : une apparente normalisation des conditions de liquidité coexistant avec une dépendance structurelle du système bancaire à l’intervention de la Banque centrale.

L’amélioration spectaculaire du solde du compte courant du Trésor, qui dépasse 2,29 milliards de dinars, constitue un signal fort. Elle traduit une mobilisation ponctuelle de ressources budgétaires, probablement liée à des flux fiscaux ou à des opérations de financement. Mais cette amélioration n’est pas le reflet d’un redressement structurel des finances publiques ; elle s’apparente davantage à un ajustement de trésorerie dans un cadre budgétaire contraint.

En miroir, la contraction du solde du compte courant des banques souligne la persistance d’un déficit de liquidité structurel. Ce déficit est amplifié par la progression continue de la circulation fiduciaire, qui atteint près de 27 milliards de dinars. Cette dynamique renvoie à une segmentation profonde du système financier tunisien : une partie croissante de la masse monétaire échappe au circuit bancaire, réduisant la capacité des banques à financer l’économie et accentuant leur dépendance au refinancement central.

La baisse du volume global du refinancement à 12,0 milliards de dinars marque un infléchissement significatif. Toutefois, ce recul ne traduit pas une amélioration substantielle de l’épargne bancaire; mais plutôt une recomposition des besoins de liquidité dans un contexte de ralentissement du crédit et de contraintes prudentielles accrues.

L’alignement quasi parfait entre le taux du marché monétaire et le taux directeur confirme la maîtrise opérationnelle de la Banque centrale. Mais cette efficacité technique masque une réalité plus profonde : la politique monétaire tunisienne fonctionne dans un cadre de contrainte, où le taux d’intérêt joue davantage un rôle d’ancrage nominal que de véritable instrument de régulation cyclique.

Le Trésor et la dette : la macroéconomie du temps long sous pression

L’évolution de la structure de la dette publique tunisienne révèle une transformation silencieuse mais décisive. La contraction massive des encours de bons du Trésor à court terme, conjuguée à la progression des bons du Trésor assimilables, traduisent une stratégie d’allongement de la maturité moyenne de la dette.

Cette stratégie répond à une logique intertemporelle : réduire le risque de refinancement immédiat au prix d’un coût financier plus élevé. Elle reflète également une contrainte implicite : la saturation progressive du marché domestique des titres publics à court terme.

Mais cette recomposition n’est pas neutre macro-économiquement. En mobilisant l’épargne bancaire sur des maturités longues, l’État accentue l’effet d’éviction du secteur privé, limitant la capacité du système bancaire à financer l’investissement productif. La dette publique devient ainsi non seulement un problème budgétaire, mais un facteur structurel de ralentissement de la croissance potentielle.

Dans ce cadre, la politique budgétaire tunisienne apparaît enfermée dans un régime de domination fiscale, où la Banque centrale est contrainte d’adapter sa politique de liquidité aux besoins du Trésor, au détriment d’une gestion purement macroéconomique du cycle.

La contrainte extérieure : le véritable déterminant de la politique économique

La dynamique des réserves en devises constitue le révélateur ultime de la fragilité macroéconomique tunisienne. Malgré une légère amélioration conjoncturelle, les avoirs nets en devises reculent significativement sur un an. Tandis que la couverture des importations se contracte.

Cette évolution traduit un déséquilibre structurel de la balance des paiements, où les recettes touristiques et les transferts des travailleurs à l’étranger jouent un rôle de stabilisateur, mais ne compensent pas la faiblesse de la base exportatrice et la dépendance aux importations.

L’augmentation du service de la dette extérieure renforce cette contrainte. Elle réduit la marge de manœuvre de la politique économique et transforme la gestion des réserves en un exercice permanent d’arbitrage entre stabilité du taux de change et préservation du stock de devises.

Dans ce contexte, la relative stabilité du dinar ne doit pas être interprétée comme un signe de solidité, mais comme le résultat d’un équilibre administré, fragile par nature. La politique de change tunisienne s’apparente de plus en plus à un régime hybride, où la flexibilité nominale est limitée par la contrainte sociale et politique de la dépréciation.

Une économie sous régime de contrainte : vers un nouvel équilibre ou une stagnation prolongée ?

À court terme, la Tunisie semble entrer dans une phase de stabilisation nominale. La liquidité bancaire se normalise progressivement, le marché monétaire fonctionne dans un cadre maîtrisé et la trésorerie de l’État bénéficie d’ajustements ponctuels.

Mais cette stabilisation repose sur des fondations fragiles. Elle ne s’accompagne ni d’un redressement durable de la croissance potentielle, ni d’une amélioration structurelle de la position extérieure.

À moyen terme, la trajectoire macroéconomique tunisienne risque de s’inscrire dans un régime de stagnation sous contrainte, caractérisé par une croissance faible, une dépendance persistante au financement interne et une vulnérabilité chronique aux chocs externes.

Dans ce régime, la politique monétaire ne peut plus être analysée isolément : elle devient le reflet d’un compromis macroéconomique entre stabilité nominale, soutenabilité budgétaire et équilibre extérieur.

La véritable question n’est donc pas celle de la stabilisation conjoncturelle, mais celle du modèle de croissance. Tant que l’économie tunisienne restera enfermée dans un schéma de croissance extensive, faiblement productive et dépendante des flux externes, la politique économique continuera d’évoluer dans un espace étroit, où chaque gain de stabilité se paie par une accumulation de fragilités latentes.

Ainsi, derrière l’apparente maîtrise des indicateurs monétaires, se dessine une réalité plus profonde : la Tunisie n’est pas confrontée à une crise aiguë, mais à un déséquilibre structurel de long terme, dont la résolution exige non pas des ajustements marginaux, mais une refondation du pacte macroéconomique.

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Références :

(1) Sources principales consultées pour le contexte international : World Bank MENAAP (23/01/2026), données prix Brent / marché pétrolier (23/01/2026), minutes Fed / prises de position récentes, analyses Reuters sur la réaction des marchés aux tensions régionales. (Banque Mondiale)

(2) (*) https://www.bct.gov.tn/bct/siteprod/indicateurs.jsp

(**) https://www.ins.tn/

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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La logique de neutralité stratégique de la Tunisie face au différend USA–UE autour du Groenland

À mesure que le Forum économique mondial de Davos s’impose comme un carrefour où se croisent intérêts économiques, stratégies géopolitiques et rapports de puissance, la question de la présence ou de l’absence d’un État ne peut plus être lue comme un simple choix protocolaire. Elle devient, au contraire, un acte politique en soi, chargé de significations implicites.

L’édition 2026, placée sur le thème évocateur d’un « esprit de dialogue », s’inscrit dans un contexte international marqué par une fragmentation croissante de l’ordre occidental, dont le différend latent entre les États-Unis et l’Union européenne autour du Groenland, constitue l’un des symptômes les plus révélateurs.

C’est dans ce cadre que la participation tunisienne, limitée à une représentation ministérielle sans forte incarnation politique au plus haut niveau, a suscité critiques et inquiétudes. L’analyse formulée par notre ami et confrère l’économiste Aram Belhadj met à juste titre en lumière les coûts potentiels d’une visibilité internationale réduite : affaiblissement de la crédibilité, perte d’opportunités de partenariats, marginalisation dans les réseaux de décision économique mondiale.

Pourtant, cette lecture, bien que fondée, demeure incomplète si elle ne prend pas en compte la profondeur des recompositions géopolitiques en cours et la position structurellement vulnérable de la Tunisie dans ce nouvel échiquier.

Davos 2026 n’est pas un espace neutre. Il est devenu un lieu où se négocient, souvent en marge des sessions officielles, des équilibres stratégiques majeurs. La question du Groenland, longtemps reléguée aux marges de l’actualité, s’est progressivement imposée comme un enjeu central de rivalité transatlantique. Derrière ce territoire arctique se jouent des questions de contrôle des routes maritimes, d’accès aux ressources minières et énergétiques, et de projection militaire dans un contexte de compétition accrue entre grandes puissances.

Davos, une dimension quasi diplomatique…

La présence simultanée du président américain, des principaux dirigeants européens et de hauts responsables chinois confère à Davos une dimension quasi diplomatique, où chaque interaction est scrutée et interprétée.

Dans ce climat, la Tunisie se trouve confrontée à un dilemme classique des économies intermédiaires dépendantes de partenariats multiples. D’un côté, l’Union européenne demeure son premier partenaire commercial, son principal investisseur et un bailleur de fonds essentiel. De l’autre, les États-Unis conservent un rôle clé dans l’architecture financière internationale, tant à travers leur influence sur les institutions multilatérales que par leur poids politique et stratégique.

Prendre position, même indirectement, dans un différend opposant ces deux pôles, reviendrait à fragiliser un équilibre déjà précaire.

L’absence relative de hauts responsables tunisiens à Davos peut ainsi être interprétée comme l’expression d’une neutralité stratégique assumée. Il ne s’agit pas d’un retrait du jeu international, mais d’une volonté de ne pas être entraînée dans une dynamique de polarisation qui ne sert pas ses intérêts fondamentaux.

Lire aussi: ECLAIRAGE – Analyse des déclarations de Donald Trump au Forum de Davos

Dans un monde où les forums économiques deviennent des scènes de rivalités géopolitiques feutrées, la discrétion peut constituer une forme de prudence rationnelle, surtout pour un pays dont la marge de manœuvre financière est étroite et la dépendance aux financements extérieurs élevée.

Cette posture n’est pas sans rappeler une tradition diplomatique tunisienne historiquement fondée sur l’équilibre, le multilatéralisme et la recherche de compromis. Toutefois, la différence majeure réside dans le contexte actuel : la neutralité n’est plus perçue comme une position naturelle, mais comme un choix qui doit être constamment justifié et crédibilisé.

Dans cet environnement, l’absence prolongée des grandes scènes internationales risque de se transformer, à terme, en invisibilité structurelle, voire en déclassement.

C’est précisément là que se situe le cœur du débat soulevé par l’intervention d’Aram Belhadj. Le problème n’est pas tant l’absence ponctuelle à Davos que l’absence d’une stratégie claire de diplomatie économique capable de concilier neutralité politique et présence économique active.

Etre présent mais sans prendre parti

La Tunisie peut difficilement se permettre de renoncer aux espaces où se construisent les perceptions, se négocient les agendas et s’esquissent les futurs partenariats. Mais elle doit, dans le même temps, éviter toute lecture de sa présence comme un alignement implicite sur l’un ou l’autre camp.

Dans cette perspective, la participation technique virtuelle du ministre de l’Économie et de la Planification apparaît comme un compromis fragile mais révélateur. Elle permet de maintenir un canal de dialogue économique, de suivre les débats et de préserver une forme de continuité institutionnelle, tout en évitant l’exposition politique réelle qu’aurait entraînée une présence présidentielle ou gouvernementale plus (re)marquée.

Ce choix traduit une hiérarchisation des priorités : préserver les équilibres diplomatiques avant de rechercher une visibilité symbolique.

Neutralité oui, mais appuyée par un récit économique crédible

À moyen terme, toutefois, cette stratégie atteint ses limites. La neutralité ne peut être durable que si elle s’accompagne d’une capacité à formuler un récit économique crédible, à proposer des projets concrets et à défendre des intérêts clairement identifiés. Faute de quoi, elle risque d’être interprétée non comme une prudence stratégique, mais comme une hésitation, voire une absence de vision.

En définitive, l’épisode de Davos 2026 révèle moins un isolement conjoncturel de la Tunisie qu’un malaise plus profond dans sa projection internationale. Face à un monde de plus en plus polarisé, où les différends entre alliés traditionnels – à l’image de la rivalité USA–UE sur le Groenland – redessinent les lignes de fracture, la Tunisie cherche avant tout à ne pas choisir un camp.

Ce non-alignement pragmatique peut constituer un atout, à condition qu’il soit pensé, assumé et accompagné d’une diplomatie économique offensive, capable de transformer la retenue politique en opportunité stratégique plutôt qu’en silence coûteux.

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

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De Washington à Bruxelles : l’affrontement Trump–UE et ses effets sur la Tunisie

Le conflit entre le président Donald Trump et l’Union européenne s’inscrit dans une rupture profonde du cadre institutionnel et idéologique qui a façonné les relations transatlantiques depuis plus de sept décennies.

 

Dès son accession à la Maison Blanche, Donald Trump a exprimé un scepticisme radical vis-à-vis des alliances traditionnelles, posant les États-Unis non plus comme le garant de l’ordre mondial mais comme une puissance devant reconquérir une souveraineté qu’il jugeait diluée au profit de partenaires devenus, selon ses termes, des “profiteurs”. L’Union européenne, incarnation la plus accomplie d’un multilatéralisme organisé, s’est alors retrouvée en première ligne d’une confrontation politique et économique qui lui était longtemps étrangère.

Les déterminants du conflit trouvent leur source dans une réinterprétation américaine de la mondialisation. La présidence Trump s’est construite sur l’idée que le libre-échange n’avait pas été équitable et que les États-Unis avaient consenti des sacrifices disproportionnés pour faire fonctionner le marché mondial et ses institutions. L’Union européenne, avec ses excédents commerciaux robustes, ses normes réglementaires strictes et sa capacité collective de négociation, fut identifiée comme un symbole de ces déséquilibres structurels.

Au cœur de l’analyse trumpienne se trouve la question du déficit commercial, analysé non comme un indicateur complexe de relations économiques interdépendantes, mais comme une preuve tangible d’une injustice commerciale et d’une exploitation économique.

Ce renversement d’approche a alimenté une politique résolument protectionniste. Les droits de douane sur l’acier et l’aluminium, l’omniprésente menace de pénalités sur l’automobile et les enquêtes ciblant les pratiques agricoles européennes ont constitué autant de fronts ouverts contre Bruxelles. Le langage, lui-même, prit un tournant conflictuel : l’Europe fut décrite comme une “adversaire” plutôt qu’une alliée, révélant une redéfinition symbolique du rapport transatlantique. Dans le même temps, la Maison Blanche utilisa les sanctions extraterritoriales non seulement contre ses rivaux déclarés mais également contre ses alliés, notamment lorsque les intérêts américains divergeaient de ceux des Européens sur des dossiers tels que l’Iran, la technologie ou l’énergie. Ce recours à l’unilatéralisme, désormais décomplexé, illustra la volonté de Washington d’imposer ses priorités stratégiques en court-circuitant les mécanismes collectifs.

 

Dans le même temps, la Maison Blanche utilisa les sanctions extraterritoriales non seulement contre ses rivaux déclarés mais également contre ses alliés, notamment lorsque les intérêts américains divergeaient de ceux des Européens sur des dossiers tels que l’Iran, la technologie ou l’énergie.

 

L’évolution de cette confrontation fut marquée par une alternance d’escalades et de trêves. Les périodes de tensions maximales furent accompagnées de menaces explicites de guerre commerciale globale et de discours dénonçant l’Union comme un acteur “bureaucratique et inefficace”. Par moments, la pression américaine força Bruxelles à envisager des concessions tactiques, notamment sur des quotas agricoles ou certains secteurs industriels. Puis, par vagues successives, des compromis partiels ont permis d’éviter que les différends ne se transforment en affrontement systémique. Mais ces accalmies ne dissipèrent jamais l’essence du conflit : la critique structurelle du modèle économique européen et du projet même d’intégration.

Ce changement dans la nature du leadership américain a entraîné un mouvement de repositionnement stratégique en Europe. Pour la première fois depuis 1945, l’Union dut considérer que l’axe transatlantique pouvait devenir une contrainte plutôt qu’une protection. Elle s’engagea dans des débats sur sa souveraineté économique, son autonomie industrielle et sa résilience commerciale, ouvrant la porte à des initiatives naguère impensables, telles que l’idée de capacités militaires communes ou la recherche de nouveaux accords commerciaux hors de l’espace occidental. Cette mutation interne à l’Europe constitue la seconde dimension du conflit : non seulement Trump s’en prit à l’Union, mais son offensive força Bruxelles à repenser sa place dans le monde.

La Tunisie entre chocs géopolitiques et bataille normative

Les implications pour la Tunisie s’inscrivent dans cette transformation globale. Pays structurellement dépendant de l’Union européenne pour ses exportations, ses flux financiers et sa stabilité macroéconomique, la Tunisie se trouve exposée à tout choc touchant les économies européennes. Un ralentissement du commerce transatlantique, un affaiblissement de la demande européenne ou un déplacement de capitaux internationaux peuvent pénaliser l’industrie tunisienne, particulièrement les secteurs textile, mécaniques et électroniques intégrés à des chaînes de valeur mondiales où l’Europe occupe un rôle d’assemblage et de redistribution.

 

La Tunisie est également concernée par la bataille normative. L’Europe et les États-Unis envisagent désormais différemment les règles commerciales, les standards techniques, les subventions aux industries et les conditions de marché. 

 

La Tunisie est également concernée par la bataille normative. L’Europe et les États-Unis envisagent désormais différemment les règles commerciales, les standards techniques, les subventions aux industries et les conditions de marché. Dans un espace dominé par l’incertitude, le statut d’économie externe mais dépendante devient une position risquée. La Tunisie doit alors diversifier ses débouchés, se repositionner sur des filières régionales, notamment africaines, et mettre en place des amortisseurs capables d’encaisser les fluctuations d’un système international sans arbitre clair.

Sur le plan géopolitique, le pays est confronté à un dilemme stratégique. L’Union européenne demeure son partenaire principal, mais un glissement graduel vers un monde multipolaire offre de nouvelles opportunités, qu’il s’agisse du marché américain, d’investissements du Golfe, ou du rapprochement avec des pôles émergents comme les BRICS. Le conflit entre Trump et l’Europe annonce l’effritement d’un système où la Tunisie pouvait compter sur un environnement relativement prévisible et signale l’émergence d’un paysage plus fluide, concurrentiel et fragmenté.

Ainsi, le choc transatlantique n’est pas un orage passager mais le symptôme d’une transformation profonde des équilibres mondiaux. Pour la Tunisie, il rappelle avec force la nécessité d’une stratégie économique résiliente, d’une diplomatie agile et d’un projet national capable de tirer parti des espaces qui se ferment comme de ceux qui s’ouvrent. Dans un monde qui se décentre, les marges deviennent des carrefours et les pays situés aux frontières des blocs peuvent, s’ils anticipent les mutations en cours, convertir la vulnérabilité en avantage stratégique.

 

Ainsi, le choc transatlantique n’est pas un orage passager mais le symptôme d’une transformation profonde des équilibres mondiaux. Pour la Tunisie, il rappelle avec force la nécessité d’une stratégie économique résiliente, d’une diplomatie agile et d’un projet national capable de tirer parti des espaces qui se ferment comme de ceux qui s’ouvrent.

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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Tunisie – Économie sous tension : le souffle court

Au gré des chiffres qui s’affichent sur les écrans des cambistes et des analystes, la Tunisie donne l’image d’un pays à la recherche d’un souffle long. Les indicateurs monétaires du 16 janvier 2026 racontent un début d’année placé sous le signe de la stabilisation prudente, celle qui apaise la surface sans dissiper l’inquiétude tapie dans les profondeurs du système financier. Car si l’économie tunisienne semble retrouver une forme d’équilibre interne, elle reste prisonnière d’un environnement extérieur volatil et d’un coût financier qui pèse de tout son poids.

Dans le monde, la détente progressive de l’inflation a ramené un peu de sérénité sur les marchés. L’Europe entrevoit les premiers gestes d’assouplissement monétaire quand les États-Unis se préparent à une année électorale dont l’issue conditionnera les grandes orientations géopolitiques et financières. Mais ces signaux favorables restent fragiles, bousculés par des routes maritimes perturbées en mer Rouge et par un ralentissement industriel mondial dont l’onde se propage jusqu’au sud de la Méditerranée. Dans ce contexte mouvant, la Tunisie avance avec prudence, les yeux rivés sur le curseur délicat qui sépare la stabilisation de la contraction.

En Tunisie, au cœur du système, la Banque centrale maintient son taux directeur à 7 %, fidèle à une ligne de crête entre lutte contre l’inflation et soutien minimal à l’activité. Le marché monétaire suit, le taux effectif s’établissant à 6,99 %. L’ensemble montre une politique désormais en phase d’observation, après des mois où la hausse des taux constituait la seule réponse à la flambée des prix. La liquidité bancaire demeure tendue, mais moins qu’en 2025. Le volume global de refinancement recule légèrement, témoignant d’un système bancaire qui respire un peu mieux, sans pour autant retrouver son aisance.

 

La liquidité bancaire demeure tendue, mais moins qu’en 2025. Le volume global de refinancement recule légèrement, témoignant d’un système bancaire qui respire un peu mieux, sans pour autant retrouver son aisance.

 

L’œil se tourne ensuite vers les équilibres extérieurs et l’image se trouble. Les réserves de devises s’effritent à 24,99 milliards de dinars, soit 105 jours d’importation, treize de moins que l’an dernier. Rien d’alarmant à court terme, mais suffisamment significatif pour rappeler que chaque dollar ou euro gagné par le tourisme ou la diaspora est immédiatement absorbé par les paiements dus aux créanciers internationaux. Le dinar glisse légèrement face au dollar, hésite face à l’euro, perd du terrain face aux monnaies asiatiques. Le mouvement reste contenu, mais il témoigne d’une économie vulnérable à la moindre bourrasque extérieure.

Pourtant, les moteurs réels de l’économie livrent des signaux d’espoir. L’année écoulée s’est close sur des performances remarquables : un tourisme consolidé retrouvant son rôle de pilier de rentrée de devises et des transferts des Tunisiens à l’étranger qui s’affirment comme véritable amortisseur social et économique. En miroir, le service de la dette extérieure atteint 12,45 milliards de dinars sur l’ensemble de 2025, absorbant des ressources qui pourraient irriguer l’investissement, l’éducation ou l’effort industriel.

L’État, lui, continue de marcher sur un fil. Le compte courant du Trésor se contracte, reflet des dépenses d’ouverture d’exercice et d’une trésorerie qui devra être alimentée avec précision au fil des mois. Le recours massif aux bons du Trésor assimilables traduit une stratégie assumée : internaliser autant que possible le financement public en attendant des conditions plus clémentes à l’extérieur.

 

L’État continue de marcher sur un fil. Le compte courant du Trésor se contracte, reflet des dépenses d’ouverture d’exercice et d’une trésorerie qui devra être alimentée avec précision au fil des mois.

 

À court terme, les prochains mois s’annoncent comme un exercice d’équilibrisme attentif. Les tensions devraient rester maîtrisées, à condition que les réserves se renforcent avec la reprise saisonnière, que la stabilité politique soit préservée et que l’économie mondiale évite un nouveau choc.

À moyen terme, la Tunisie ne pourra toutefois échapper à la question centrale : comment sortir d’un modèle épuisé où les devises entrent pour repartir aussitôt au titre du remboursement, où la politique monétaire compense les faiblesses économiques plus qu’elle ne les corrige, où l’endettement international dicte l’agenda économique ?

Les réponses appartiennent autant à l’exécutif qu’au pays tout entier. Investir dans ce qui génère de la valeur réelle, reconstruire la confiance des investisseurs, alléger progressivement le fardeau financier, libérer l’énergie entrepreneuriale qui sommeille derrière les obstacles administratifs. Telles sont les pistes qui permettront de transformer une respiration courte en souffle durable.

En cette mi-janvier, la Tunisie ne s’effondre pas ; elle avance, prudemment, portée par ses ressources, freinée par ses contraintes. C’est dans ce mouvement lent, parfois imperceptible, que se joue le destin économique des mois à venir.

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Références :

(1) Sources principales consultées pour le contexte international : World Bank MENAAP (16 jan. 2026), données prix Brent / marché pétrolier (16 jan. 2026), minutes Fed / prises de position récentes, analyses Reuters sur la réaction des marchés aux tensions régionales. (Banque Mondiale)

(2) (*) https://www.bct.gov.tn/bct/siteprod/indicateurs.jsp

(**) https://www.ins.tn/

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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