Le poème du dimanche | ‘‘Nostalgie’’ de Zoubeida Bechir
Née en 1938 à Sakiet Sidi Youssef, Zoubeida Bechir est poète, nouvelliste et animatrice à la Radio nationale tunisienne.
Autodidacte, elle se fait connaître par son recueil Hanîn (Nostalgie), paru en 1968. Poésie d’amour affranchi, affirmation de la femme aimante, écriture entre métrique et vers libre, sensibilité et élégance dans les thèmes, font d’elle une voix dont on n’a pas mesuré alors l’importance dans la poésie tunisienne et arabe.
Cependant, elle quitte vite la scène littéraire et se fait oublier. Il faudra attendre 2002 ! pour voir paraître un second recueil Ala‘ (Grâces), publié par les soins du Credif. Aujourd’hui un Prix porte son nom.
Elle décède en 2011, date à laquelle paraît son recueil posthume, Tâir al-finiq (Le Phénix). Est-ce parce qu’elle renaissait tardivement de ses cendres ?
Œuvres complètes, Ed Med Ali El-Hammi, 2014.
Tahar Bekri
Si les calomnieux viennent te dire
C’est pour un autre qu’elle a chanté
Et avant toi elle en aima un autre
N’accorde pas d’oreille à ce qu’ils prétendent
Pouvais-je aimer ?
Pouvais-je aimer dans l’existence un autre que toi ?
Mon sauveur de ma terrible perte
Ma vie exale ses plus chères fragrances
Ses parfums se répandent
Pour bénir mon grand amour… Le grand
Pour tes yeux mon cœur languit et bat
Sur tes souvenirs je me réveille et sommeille
J’oublie la souffrance… J’oublie la peine
Je rêve extasiée du jour de la rencontre
Dans ton monde je suis sereine mon âme soeur
J’ai réalisé les rêves de ma vie
Dis à celui qui prétend autre que cela :
Je suis né le jour où je l’ai aimée
Tu brillas ô sourire vigoureux
Pour inonder mon âme de tendresse
Et le printemps de prodiguer ses meilleurs vœux
Je t’aime jusqu’à ce que l’amour en devienne jaloux
Celui qui se désaltère à l’amour peut-il avoir soif ?
J’embrasse ton image dans ma solitude
Et dans mon cœur grandit une blessure…
Mon cœur meurtri
Un nuage m’arrose d’espoir
Je me moque des conseils et de ceux qui les donnent
Je me laisse dépouiller par la nostalgie
Si je combats la patience des années
Le silence des nuits Tout l’ennui et sa durée
Comment fuirai-je mon désir ?
Ne me jette pas dans les gouffres de la perte
Le cœur est épuisé par le long combat
Laisse-moi à mon illusion nourrir mon imagination
O sourire d’un don impossible !
(Traduit de l’arabe par Tahar Bekri)
Revue Al-Fikr, n°3, année 11, décembre 1967.
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