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Sauvons Sidi Bou Saïd de l’érosion marine !

Certaines parties de Sidi Bou Saïd, notamment les flancs de la colline sur laquelle ce village arabo-andalou est édifié, ont été très affectées par les fortes pluies tombées ces derniers jours. Les dégâts sont importants, malgré les nombreux avertissements lancés par les experts pour atténuer la pression humaine et mécanique sur ce site très fragile. Face aux récents dégâts, les autorités locales ont annoncé la fermeture temporaire de certains axes routiers afin de préserver la sécurité des personnes et des biens. Mais il faut des solutions plus durables, estime l’auteur qui fait des propositions pratiques pour sauver ce qui reste encore à sauver.   

Nébil Maghraoui *

Argile et roches sédimentaires constituant la nature même du flanc maritime de Sidi Bou Saïd que l’érosion marine a érodé et continue d’éroder lentement mais sûrement !

Flanc reposant sur un socle de roches éruptives mais roche fracturée au niveau de son axe. C’était l’objet de la conférence et de l’exposé organisé à Beït al Hikma à Carthage par Le géologue et l’expert Mohamed Mellouli il y a plus de 25 ans avec maquette pour simuler aux présents la configuration d’une éventuelle catastrophe.

Parmi les recommandations pour éviter la catastrophe, on peut citer l’interdiction de toute action pouvant fragiliser la colline (du côté flanc maritime Chargui) par l’écoulement des eaux utilisés des piscines, et de toute construction en béton armé au village et toute édification sur le flanc maritime, ainsi que la mise en place de fossés de drainage autour du village, la plantation d’acacias surtout pour remplacer toutes plantations hautes, etc. 

Ce diagnostic fut confirmé par feu Fathi Ennaïfer (ingénieur et ex-directeur de l’urbanisme) lors de l’élaboration des propositions pour un nouveau plan de circulation à Sidi Bou Said par l’Association Vigilance et citoyenneté. Ses recommandations furent les suivantes : la maîtrise du flux humain et du flux mécanique, le contrôle sévère des constructions, l’interdiction de circulation des bus, engins et camions, et l’entretien des canaux de drainage.

En définitive, il faut soulager le village de Sidi Bou Saïd de la pression des engins de toutes sortes mais aussi de toute pression humaine non contrôlable et non contrôlée. Partout dans le monde, des mesures sont prises pour protéger les sites, villes et villages qui sont la proie du surtourisme. Mais pas en Tunisie où il reste beaucoup à faire dans ce domaine.

Par conséquent, je propose de faire de Sidi Bou Saïd un village piéton pour tous les visiteurs pendant certaines périodes de grands flux humains ; de réglementer et peut-être interdire tout flux de cortèges privés de voitures de mariages dans les espaces privés et non qualifiés pour accueillir ce genre de cortèges ; d’interdire le stationnement et même la circulation aux non-résidents sur la route de Chargui (avenue Kennedy) ; et, last but not least, d’établir un nouveau plan de circulation surtout pendant les périodes de pointe.

* Habitant de Sidi Bou Saïd, fondateur et ancien président de l’Association Vigilance et Citoyenneté.

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Takelsa | Des manifestants coupent la route à Zangou

Les habitants du village de Zangou, délégation de Takelsa, gouvernorat de Nabeul, ont bloqué la route régionale, ce jeudi matin, 22 janvier 2026, pour protester contre leur isolement dû à l’effondrement d’un pont suite aux récentes averses et à la montée des eaux dans les rivières.

C’est ce qu’a annoncé Diwan FM, ajoutant que les manifestants ont indiqué que le pont menant à la route principale avait été emporté par les eaux, isolant complètement la zone. Quelque 14 personnes souffrant d’insuffisance rénale vivent dans le village et ont des difficultés à se déplacer et à se rendre aux centres de dialyse en raison du manque de moyens de transport, ont-ils expliqué.

Mohamed Ali Rattazi, membre du conseil local de Takelsa, a déclaré que les habitants avaient bloqué la route pour protester contre le manque de réactivité des autorités compétentes et l’absence de mesures pour les sortir de leur isolement.

Rappelons que le village de Zangou a été complètement isolé après les inondations de samedi et dimanche au Cap Bon, les habitants ayant été encerclés par les eaux et la boue et toutes les pistes agricoles menant au village défoncées et gorgées d’eau.

Etant donné l’état calamiteux de la plupart des infrastructures publiques et des destructions causées par les inondations enregistrées dans plusieurs régions du pays, en raison des fortes pluies tombées ces derniers jours, les autorités doivent s’attendre à la multiplication de ce genre d’actions de protestation de la part des populations, notamment celles enclavées ou manquant de l’essentiel vital.

I. B.   

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Le parti Tunisie en avant déplore la lenteur des réformes

Le mouvement ‘Tunisie en avant’ a souligné, dans un communiqué publié ce jeudi 22 janvier 2026 et cité par Diwan FM, les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre des objectifs du « 25-juillet », par allusion au processus politique engagé par le président de la république Kaïs Saïed par la proclamation de l’état d’exception le 25 juillet 2021.

Ce parti plutôt marginal, qui s’est distingué depuis sa création par son soutien au président Saïed, a déploré, notamment, la lenteur de la mise en œuvre des mesures prises pour remédier à la précarité de l’emploi, estimant que plusieurs autres mesures annoncées ne font que soulever des questions sans annoncer de décisions claires pour les résoudre dans le cadre d’un programme de réforme global des systèmes de sécurité sociale.

Selon ‘Tunisie en avant’, parti fondé et conduit par l’ancien secrétaire général adjoint de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) connu pour ses opinions de gauche radicale, les problèmes posés par le système d’assurance maladie ne peuvent être résolus par des solutions ponctuelles ou provisoires qui ne garantissent ni efficacité ni pérennité, et il en va de même pour les questions liées aux problèmes du transports et de l’environnement, comme la pollution industrielle à Gabès.

Le mouvement a aussi indiqué que les réformes dans les divers secteurs restent subordonnées à une réforme fondamentale et globale du système éducatif, laquelle réforme a été, selon lui, retardée malgré les dispositions la concernant dans la Constitution de 2022, promulguée par Saïed, et la publication de textes régissant sa structure et son fonctionnement.

Dans le même communiqué, le mouvement a également souligné la nécessité de mettre en place une Cour constitutionnelle et un Conseil supérieur de la magistrature, et d’abroger le décret-loi n° 54 jugé liberticide, notamment par les journalistes et les acteurs politiques et de la société civile, dont beaucoup sont incarcérés sur la base de certaines de ses stipulations censées combattre la désinformation et la diffamation.

I. B.

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Teboulba | Découverte du corps de l’un des 4 pêcheurs naufragés    

Adnen Naqbi, président du syndicat des pêcheurs de Teboulba, a confirmé la nouvelle de la découverte du corps de l’un des quatre pêcheurs portés disparus depuis lundi soir après le naufrage de leur bateau, dû aux intempéries ayant touché les côtes tunisiennes ces derniers jours. (Photo : Port de pêche de Teboulba).

Le corps a été découvert ce matin du jeudi 22 janvier 2026 flottant au large de l’île de Kuriat, à Monastir, et les équipes de secours, appuyées par des hélicoptères, poursuivent les recherches des trois autres pêcheurs disparus, a ajouté le responsable syndical.

Pour rappel, l’un des pêcheurs avait réussi à rejoindre l’île de Kuriat à la nage après le naufrage de l’embarcation. Il a été évacué hier et est actuellement sous observation médicale à l’hôpital Fatouma Bourguiba de Monastir.

I. B.

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Tendances financières dans le sport | Les chiffres de la saison 2026

En 2026, le sport est devenu une industrie où l’émotion se mesure sans se réduire. Derrière chaque action décisive, il y a des revenus de diffusion, des contrats de sponsoring, des masses salariales, des clauses, des primes de performance et des calendriers qui pèsent sur la rentabilité comme sur les jambes. Les tribunes réagissent au spectacle, mais les directions vivent au rythme d’un autre tableau : prévisions de trésorerie, coûts d’exploitation, exposition au risque, valeur de marque et capacité à transformer une audience en revenus récurrents.

La nouveauté, ce n’est pas que l’argent circule, mais la manière dont il s’appuie désormais sur les données. Les matchs produisent des kilomètres parcourus, des vitesses, des zones de pression, des séquences de possession, des probabilités de tir, des historiques d’efficacité. Ces chiffres ne servent pas seulement aux entraîneurs : ils nourrissent des plateformes de contenu, structurent des négociations, sécurisent des partenariats et alimentent des marchés où l’information se « price » en temps réel. La cote, par exemple, devient un thermomètre : elle ne dit pas la vérité d’un match à venir ; elle dit ce que le marché croit savoir et ce qu’il refuse encore de croire.

Comprendre les tendances financières du sport, c’est donc apprendre à lire ces couches superposées : l’argent long des droits médias, la fragilité d’une saison ratée, la valeur d’une donnée certifiée, la place du capital-investissement et les garde-fous d’intégrité qui conditionnent la confiance. Au fond, le sport reste un récit. Simplement, ses chapitres se négocient, se mesurent et se modélisent, et c’est là que l’analyse rejoint la finance.

L’argent long qui organise le jeu

Les droits de diffusion restent la charpente. La Premier League a annoncé que la vente de ses droits « live » au Royaume-Uni pour le cycle 2025-2029 représente 6,7 milliards de livres sur quatre ans. Dans la NBA, la ligue a officialisé en juillet 2024 des accords de 11 ans avec Disney, NBCUniversal et Amazon Prime Video, couvrant les saisons jusqu’en 2035-36. Ces horizons stabilisent les budgets, mais déplacent la bataille vers la distribution numérique, la fragmentation des audiences et la capacité à retenir l’attention sur plusieurs écrans.

Les grands clubs

Le football européen offre une image nette de cette diversification. Le Deloitte Football Money League 2025 indique qu’en 2023-24, les 20 clubs les plus générateurs de revenus ont cumulé 11,2 milliards d’euros, un record. Reuters souligne que le Real Madrid a franchi le milliard d’euros en 2023-24, porté par une hausse des recettes de jour de match et de recettes commerciales. La leçon financière est simple : les clubs les plus solides ne dépendent pas d’une seule ligne de revenus et amortissent un mauvais résultat sportif grâce à la solidité commerciale et à la maîtrise des coûts.

La donnée comme actif

La donnée de performance est devenue un actif parce qu’elle est standardisée et vérifiable. La Fifa encadre la qualité des systèmes EPTS (tracking optique et dispositifs portés) et décrit des tests visant à quantifier l’exactitude de ces dispositifs. Côté industrie, les ligues vendent des flux officiels à des partenaires. La NFL a prolongé son partenariat avec Genius Sports autour de la distribution de données officielles et de produits liés au visionnage, preuve que la donnée pèse autant que l’image, car elle alimente l’analyse en direct et les usages liés aux paris.

La cote comme prix de l’information

Une cote ressemble à un prix : elle condense un état de l’information et une estimation du risque. Investopedia rappelle que les cotes impliquent une probabilité et intègrent une marge, ce qui explique qu’elles ne constituent pas une prédiction neutre.

Cette logique de probabilités explicites ne concerne pas uniquement les paris sportifs traditionnels. Elle structure aussi d’autres formats de jeux en ligne fondés sur le calcul et la transparence des règles, comme le keno live Maroc, où le hasard est encadré par des mécanismes mathématiques stables et compréhensibles.

Les paris sportifs, comme ces jeux à tirage, peuvent rester une pratique positive lorsqu’ils valorisent la lecture de l’information forme, calendrier, absences, dynamiques plutôt que la recherche d’une émotion brute. Envisagés comme un loisir encadré, les casinos en ligne prolongent cette culture du choix et de la gestion du risque, à condition de rester proportionnés, conscients et maîtrisés.

L’investisseur entre dans la tribune

L’arrivée du capital modifie la gouvernance. En rugby, CVC Capital Partners a acquis une participation d’environ 14 % dans Six Nations Rugby, symbole d’une lecture « active » appliquée à une compétition historique. L’objectif devient d’augmenter la valeur sur la durée : une distribution mieux structurée, des partenariats mieux monétisés, des contenus plus exportables. En contrepartie, la réputation devient une variable financière : un soupçon d’intégrité se traduit par des audiences plus faibles, des sponsors plus prudents et des négociations plus dures.

Tendances 2026

Plus les revenus s’appuient sur les données et les marchés, plus l’intégrité devient stratégique. En 2025, la NCAA a conclu un accord officiel sur les données et les logos via Genius Sports, assorti d’exigences d’intégrité et de restrictions sur certains paris, ce qui illustre un mouvement vers davantage de garde-fous. Pour lire 2026 avec une boussole simple, trois signaux comptent :

  • prix par match des droits médias, baromètre de l’attention;
  • part des revenus récurrents (données, partenariats longs) ;
  • écart entre la croissance des revenus et l’inflation des coûts sportifs.

À retenir : les chiffres n’effacent pas le sport ; ils expliquent pourquoi certaines histoires tiennent debout. Une économie solide permet à l’émotion de revenir, saison après saison.

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Donald Trump « clashe » l’Europe, qui se rebiffe !

Face au refus de plusieurs pays européens que Donald Trump procède à l’annexion du Groenland, territoire danois, le président américain a évoqué de nouveaux droits de douane de 10% à partir du 1er février qui pourraient monter à 25% au 1er juin en représailles contre ces pays. Et mardi 20 janvier 2026, face au refus d’Emmanuel Macron d’intégrer le Conseil de la paix qui a vocation à remplacer l’Onu, Trump s’en est pris à son homologue français avec les mots d’un rappeur qui clashe un autre : « Personne ne veut de lui, il ne sera plus là très bientôt. Je vais mettre 200% [de droits de douane] sur les vins et champagne français ». Face à une Europe jusque-là faible et molle, le tonitruant président américain qui adore la castagne n’arrête pas de cogner. (Ph. Trump défie les Européens à Davos, Suisse).

Imed Bahri

Dans une analyse publiée par Politico, Tim Roy affirme que les menaces persistantes du président Trump d’annexer ou d’acheter le Groenland poussent l’Europe vers une rupture irréversible avec les États-Unis. Il suggère que l’Otan serait la première victime des ambitions expansionnistes de Trump et que s’ensuivrait une sorte d’alliance de nations consentantes.

Roy ajoute que le retour de Trump à la Maison-Blanche, il y a un an, a été marqué par de profonds désaccords, des tensions latentes et des tentatives de sauver les apparences.

Pour de nombreux gouvernements européens, y compris les plus anciens et les plus fidèles alliés des États-Unis, la menace de Trump d’imposer des droits de douane punitifs à quiconque tenterait de l’empêcher d’annexer le Groenland a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, amenant les pays européens à considérer la séparation comme désormais inévitable.

Lors de réunions privées, des responsables européens exaspérés par la volonté de Trump d’annexer ce territoire danois bénéficiant d’un statut d’autonomie l’ont qualifiée de « délirante » et d’« irresponsable », se demandant s’il n’avait pas renoué avec ses « tendances belliqueuses » après son aventure vénézuélienne. Ils ont estimé qu’il méritait la réponse européenne la plus ferme possible face à ce que beaucoup considéraient comme une attaque manifeste et injustifiée contre ses alliés historiques.

Des lignes rouges outrepassées

L’auteur cite un diplomate européen qui a déclaré : « Je pense qu’ils ont perçu cela comme une réaction excessive. L’Europe est critiquée depuis longtemps pour sa faiblesse face à Trump et il y a une part de vérité là-dedans mais il y a des lignes rouges ».

Un sentiment grandissant se dégage parmi les hauts responsables européens : il est temps d’affronter la réalité, à savoir que l’Amérique, sous Trump n’est plus un partenaire commercial fiable, et encore moins un allié sûr en matière de sécurité, et qu’il est urgent de se tourner vers l’avenir.

Selon un haut responsable gouvernemental européen cité par le même journal, « la politique américaine est en train de changer, et à bien des égards, ce changement est permanent. Attendre la fin de cette crise n’est pas une solution. Ce qu’il faut, c’est une transition ordonnée et coordonnée vers une nouvelle réalité ».

Cette coordination a déjà commencé et des discussions sérieuses sur les prochaines étapes sont en cours. À moins d’un changement radical de la position américaine, ce processus aboutira vraisemblablement à une profonde restructuration de l’Occident, modifiant en profondeur l’équilibre des pouvoirs mondiaux.

Les répercussions seront multiples : dommages économiques transatlantiques, avec une escalade des tensions commerciales, et des risques sécuritaires, l’Europe devant se défendre seule, sans l’aide des États-Unis, avant d’y être pleinement préparée.

Les États-Unis seront également probablement affectés, notamment par leur capacité à projeter leur puissance militaire en Afrique et au Moyen-Orient, faute d’accès au réseau de bases, d’aérodromes et de soutien logistique actuellement disponible en Europe.

La rupture avec Washington

Au-delà des menaces de représailles et de ciblage des intérêts commerciaux américains, diplomates et responsables gouvernementaux dans les capitales européennes débattent des conséquences à long terme d’une rupture avec Washington. Pour beaucoup, cette perspective est douloureuse, car elle signifie la fin de 80 ans de coopération politique, d’entraide et d’échanges commerciaux fructueux et porte un coup fatal à l’OTAN sous sa forme actuelle. De nombreux gouvernements s’efforcent donc de sauver ce qu’ils peuvent, tandis qu’en Italie, la dirigeante de l’extrême droite, Giorgia Meloni, tente de rétablir les relations.

Pour certains responsables gouvernementaux, il n’est pas difficile d’envisager un avenir sans les États-Unis. Dans un premier temps, les pays européens, y compris des pays non membres de l’Union européenne (UE) comme le Royaume-Uni et la Norvège, ont consacré une grande partie du second mandat de Trump à collaborer au sein d’un groupe de plus en plus efficace, déjà actif sans les États-Unis : la Coalition de soutien à l’Ukraine.

Les conseillers à la sécurité nationale de 35 gouvernements communiquent régulièrement et se réunissent fréquemment que ce soit en ligne ou en présentiel ainsi que par messages informels. Ils sont habitués à rechercher des solutions multilatérales dans un monde où Trump fait largement partie du problème. Selon des sources proches du groupe, le niveau de confiance y est généralement élevé. Et ce ne sont pas seulement les responsables politiques qui s’y impliquent, les dirigeants eux-mêmes travaillent au sein de ces nouveaux groupes interconnectés.

Des dirigeants comme le Premier ministre britannique Keir Starmer, le président français Emmanuel Macron, le chancelier allemand Friedrich Merz, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le président finlandais Alexander Stubb et la Première ministre italienne Giorgia Meloni communiquent régulièrement par messages, souvent au sein d’une même conversation de groupe. Au cours de l’année écoulée, ces dirigeants ont mis en place une routine bien rodée d’échange de messages à chaque action potentiellement dommageable ou imprudente de Trump.

Tim Roy cite une source bien informée qui a déclaré : « Lorsque les choses s’accélèrent, la coordination est difficile et ce groupe [de dirigeants] est très efficace. Cela en dit long sur les relations personnelles et leur importance ».

Pour une nouvelle alliance de sécurité

Ce dispositif informel mais efficace est connu sous le nom de Groupe de Washington, en référence au groupe de dirigeants européens qui ont rencontré le président ukrainien Volodymyr Zelensky à la Maison Blanche en août dernier.

Leur approche, tout au long de l’année écoulée, s’est caractérisée par le calme et la capacité à réagir aux initiatives politiques du président Trump sans se laisser entraîner dans sa rhétorique provocatrice.

Cette approche a contribué à faciliter le processus de paix en Ukraine, où la Coalition des volontaires est sur le point de conclure un accord-cadre de paix approuvé par les États-Unis, incluant des garanties de sécurité américaines pour l’Ukraine. Il s’agit d’une avancée significative, étant donné que Trump avait auparavant exclu toute implication militaire américaine dans le processus de paix. Cependant, les actions inconsidérées de Trump concernant le Groenland ont changé le cours des événements et l’ère de l’apaisement face aux menaces du président américain est révolue. Même Starmer, d’ordinaire réputé pour son extrême prudence, a qualifié de « négative » la menace de droits de douane brandie par Trump, y compris, semble-t-il, lors d’un entretien téléphonique direct avec lui dimanche.

La crise groenlandaise soulève des questions chez les dirigeants européens quant à la marche à suivre sans le soutien américain. Un diplomate a déclaré : « La Coalition des volontaires a commencé par négocier sur l’Ukraine mais elle a également tissé des liens très étroits entre certaines personnalités clés des capitales. Ils ont instauré la confiance et les compétences nécessaires pour travailler ensemble. Ils se connaissent personnellement et la communication et les échanges de messages sont aisés ».

Cet accord pourrait constituer le point de départ d’une nouvelle alliance de sécurité à une époque où les États-Unis ne garantissent plus la sécurité de l’Otan et de l’Europe. Un tel accord n’exclurait pas la coopération avec les États-Unis mais ne la considérerait pas comme acquise. Zelensky participe lui-même à des discussions écrites avec les dirigeants du Groupe de Washington, ce qui ajoute une dimension intéressante.

Dans ce contexte, l’Ukraine est le pays le plus militarisé parmi les participants, disposant d’une armée importante, d’une industrie de drones très développée et d’une expérience du combat supérieure à celle de toute autre nation. Si l’Ukraine aspire depuis longtemps à l’adhésion à l’Otan, cet objectif semble aujourd’hui moins crucial, les promesses américaines de garanties de sécurité s’amenuisant de jour en jour. Si la puissance militaire ukrainienne s’allie à celle de la France, de l’Allemagne, de la Pologne, du Royaume-Uni et d’autres pays, la force armée potentielle de cette alliance des volontaires serait redoutable, englobant États nucléaires et non nucléaires.

Bien que le besoin de l’Europe en matière de soutien américain pour sa défense ait été un sujet moins fréquemment abordé ces derniers temps, Bruxelles a multiplié les initiatives et les déclarations ces derniers jours.

Vers une armée européenne permanente

Officiellement, l’UE a exprimé sa détermination à assurer sa propre défense d’ici 2030. Il y a une semaine, le commissaire européen à la Défense, Andrius Kubilius, a proposé la création d’une armée européenne permanente de 100 000 hommes et a relancé l’idée d’un Conseil européen de sécurité composé d’une douzaine de membres, dont le Royaume-Uni. Ursula von der Leyen a promu une nouvelle stratégie européenne de sécurité, sans toutefois en fournir les détails.

Il existe un large consensus sur la nécessité d’engager rapidement des discussions sur une nouvelle architecture de sécurité européenne. Les dirigeants européens se réuniront dans les prochains jours lors d’un sommet d’urgence afin de définir une réponse aux menaces de Donald Trump concernant le Groenland, même si les débats pourraient s’étendre à d’autres sujets.

La présence de Trump au Forum économique mondial de Davos cette semaine ouvre également la voie à des discussions directes entre les parties européenne et américaine.

Après ses entretiens avec le chancelier Merz, Macron, Starmer et le secrétaire général de l’Otan Rutte, Von der Leyen a déclaré dimanche que les Européens restaient fermement engagés dans la protection du Groenland. Elle a ajouté : «Nous ferons face à ces défis auxquels est confronté la solidarité européenne avec fermeté et détermination» et, compte tenu de la situation actuelle, il est nécessaire que les dirigeants fassent preuve de créativité pour tenir tête à Trump.

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Tunisie | Une « révolution » qui a cannibalisé l’économie

Le 14 janvier 2011, la Tunisie écrivait une page glorieuse de son histoire. Zine el-Abidine Ben Ali fuyait le pays, emportant avec lui des richesses spoliées et le destin pathétique de finir ses jours et d’être enterré en Arabie Saoudite, loin du pays qu’il avait gouverné pendant vingt-trois ans. Ce jour-là, Tunis vibrait d’espérance. Les poètes proclamaient que «le destin répondrait aux aspirations du peuple». Le monde entier applaudissait ce petit pays maghrébin qui osait défier la tyrannie. Quinze ans plus tard, le bilan est d’une brutalité insoutenable : la Tunisie post-2011 a réussi l’exploit de transformer une révolution en catastrophe économique intégrale.

Moktar Lamari *

Comparez la Tunisie de 2011 avec la Serbie de 2000, et vous mesurerez l’abîme qui sépare une vraie transition d’une mascarade. Lorsque Slobodan Milošević est tombé, le nouveau gouvernement serbe a agi avec détermination : rétablissement des relations avec le FMI, réouverture du commerce, stabilisation macroéconomique immédiate. L’inflation a chuté de moitié, la croissance a explosé à 6% par an, les capitaux étrangers sont revenus en masse. Les Serbes ont cru que les règles avaient changé, et l’économie a répondu.

La paix sociale à crédit

La révolution du jasmin, elle, a accouché d’un monstre. Des élections compétitives, certes. Une constitution démocratique, effectivement. Mais l’économie ? Totalement sacrifiée sur l’autel de la lâcheté politique et du clientélisme généralisé. Les gouvernements successifs – qu’ils soient islamistes, laïques, technocrates ou populistes – ont tous adopté la même stratégie suicidaire : acheter la paix sociale à crédit.

La masse salariale du secteur public a explosé, passant de 12% du PIB en 2010 à plus de 15% aujourd’hui. Des dizaines de milliers de postes ont été créés non pas pour améliorer les services publics, mais pour calmer les manifestants.

L’Union générale tunisienne du travail (UGTT), ce syndicat mafieux déguisé en défenseur des travailleurs, a obtenu tout ce qu’elle voulait : augmentations salariales, primes garanties, impunité totale pour ses adhérents. Résultat ? Un État obèse, paralysé, incapable de fournir le moindre service décent malgré une armée de fonctionnaires payés à ne rien faire.

Un suicide économique par consensus

Pendant ce temps, les choix difficiles ont été systématiquement reportés. Les subventions – cette drogue économique qui représente aujourd’hui 6,3% du PIB – n’ont jamais été réformées. Pire : elles ont augmenté. L’essence, le pain, l’électricité, l’eau et même le gaspillage… tout est subventionné. Pas pour aider les pauvres, qui en bénéficient proportionnellement moins, mais pour éviter les émeutes. La Tunisie dépense des milliards de dinars pour subventionner les 4×4 des classes aisées pendant que les hôpitaux publics manquent de gaze. Et depuis peu de médicaments vitaux.

Les entreprises publiques ? Toujours là, toujours aussi inefficaces, toujours aussi corrompues, toujours aussi irrespectueuses du droit citoyen à un service public digne de nom. La Tunisair perd des centaines de millions chaque année. La Steg, la Sonede, la Pharmacie centrale – toutes au bord de la faillite, toutes maintenues en vie par perfusion budgétaire. Et l’économie doit payer la facture, par une sur-fiscalisation honteuse.

Aucun gouvernement n’a osé les privatiser, les restructurer, ou même simplement exiger qu’elles cessent de saigner les finances publiques. Aucune évaluation sérieuse de ces vampires des taxes des contribuables. Pourquoi ? Parce que l’UGTT menace de grève générale au moindre murmure de réforme.

La rigidité du marché du travail ? Intacte. Le Code du travail tunisien, cette relique protectionniste des années 1960, rend le licenciement quasiment impossible. Résultat : les entreprises privées n’embauchent plus, ou embauchent au noir.

Le chômage des jeunes – le grief initial qui a déclenché la révolution – stagne autour de 40% dans certaines régions. Les diplômés universitaires attendent des années un emploi public qui ne viendra jamais, pendant que le secteur privé étouffe sous les contraintes réglementaires. Leurs diplômes ne valent plus rien, tellement l’UGTT a bourré le système éducatif par les moins compétents.

La corruption viscérale

Et la corruption ? Ah, la corruption ! Le régime de Ben Ali était une kleptocratie familiale organisée. Au moins avait-elle une certaine efficacité : tu payais la famille Trabelsi, et ton business fonctionnait.

Depuis 2011, la corruption s’est démocratisée. Elle est devenue diffuse, décentralisée, tentaculaire. Chaque parti politique, chaque administration, chaque niveau de gouvernement a développé ses propres réseaux de prédation.

En 2018, la confiance dans le gouvernement avait chuté de moitié par rapport à 2011. Les investisseurs ont compris que la «nouvelle Tunisie» n’était que l’ancienne en pire : plus instable, plus corrompue, plus paralysée.

Les IDE se sont effondrés. En 2010, malgré la dictature, la Tunisie attirait 1,5 milliard de dollars d’investissements étrangers. En 2023, après treize ans de «démocratie», ce chiffre peinait à atteindre 800 millions.

Les investisseurs ont vu de nouvelles politiques s’empiler sur l’ancienne économie sans rien changer au fond. Pire encore : ils ont vu l’instabilité politique détruire la seule chose que Ben Ali offrait – la prévisibilité. Sous la dictature, on savait à quoi s’attendre.

Depuis 2011, personne ne sait rien. Les gouvernements tombent tous les dix mois. Les politiques changent au gré des coalitions et humeurs de leur patron. Les promesses ne valent rien.

Du chaos démocratique au chaos autoritaire

Puis vint Kaïs Saïed. Élu triomphalement en 2019 avec 73% des voix, porté par le ras-le-bol généralisé envers la classe politique. Le 25 juillet 2021, il suspend le parlement, concentre tous les pouvoirs, promet de «nettoyer» le système. Les Tunisiens fatigués applaudissent. Enfin, quelqu’un va agir !

Quatre ans plus tard, le verdict est sans appel : Saïed a encore plus enfoncé le sens du travail et du mérite. Une catastrophe intégrale véhiculée par encore moins de compréhension des principes fondamentaux de l’économie. On détruit les institutions démocratiques sans rien construire à la place. On écarte les partis politiques sans proposer d’alternative. On dissout le parlement sans améliorer la gouvernance. On concentre tous les pouvoirs pour… ne rien faire, comme réforme structurante, courageuse et conçues à l’aune des résultats.

Ou plutôt si : on a aggravé la situation. On a rejeté l’accord avec le FMI, ce qui aurait au moins apporté 1,9 milliard de dollars et imposé des réformes structurelles. Et pour quel argument ?

La «souveraineté nationale» et le refus des «diktats néolibéraux». Noble posture. Sauf qu’il n’a aucun plan B.

La dette publique atteint 81% du PIB. Le service de la dette engloutit 14% du PIB – de l’argent qui ne va ni dans l’éducation, ni dans la santé, ni dans les infrastructures. Les réserves en devises fondent à vue d’œil. Les pénuries de produits de base se multiplient.

Pendant ce temps, l’État donne des discours surréalistes sur les « complots étrangers » et les « traîtres à la nation ». Il arrête des opposants politiques. Il musèle les médias. Il persécute les migrants subsahariens dans des raids racistes dignes des heures les plus sombres.

Et l’économie ? Elle continue de sombrer dans l’indifférence la plus totale.

Le naufrage en chiffres

Les chiffres sont implacables. Catastrophiques. La croissance moyenne post-2011 ? Misérable 1,5% par an, contre 4-5% sous Ben Ali. Le chômage ? Passé de 13% en 2010 à plus de 16% aujourd’hui, et toujours autour de 40% pour les jeunes diplômés. L’inflation ? Chroniquement supérieure à 7-8% ces dernières années, atteignant 10% en 2023. Les salaires réels ? En baisse constante depuis quinze ans. La paupérisation ronge les classes moyennes, alors que les affaires proposèrent pour les plus aisés à Tunis et sa banlieue nord.

La Tunisie de 2026 est objectivement plus pauvre, plus endettée, plus désespérée qu’en 2010. Le PIB par habitant en termes réels a à peine progressé d’un iota.

Des centaines de milliers de Tunisiens – souvent les plus qualifiés – ont fui le pays. Les boat people se noient par centaines en Méditerranée chaque année, fuyant ce paradis démocratique que le monde entier leur envie.

L’ancre institutionnel, ce chaînon manquant

Le problème fondamental ? L’absence totale de crédibilité institutionnelle. Une rupture politique ne produit des résultats économiques que si elle établit un point d’ancrage clair : qui décide, selon quelles règles, et pour combien de temps.

La Tunisie post-2011 n’a jamais fourni cette clarté. Gouvernements éphémères (une quinzaine de premiers ministres et plus de 750 ministres), coalitions fragiles, constitution réécrite, institutions détruites puis reconstruites puis détruites de nouveau.

Aucun investisseur sensé ne peut miser sur un pays où les règles du jeu – notamment fiscales – changent tous les dix-huit mois. Aucune entreprise ne peut planifier quand elle ne sait pas si le gouvernement tiendra encore l’année prochaine. Aucun citoyen ne peut investir dans l’avenir quand cet avenir est illisible.

L’économie de la rupture est une question de crédibilité. La Tunisie post-2011 a détruit méthodiquement toute crédibilité. Chaque gouvernement a promis des réformes avant de capituler face à l’UGTT. Chaque coalition a juré de réduire la dépense publique avant d’augmenter les salaires pour acheter la paix sociale. Chaque président a proclamé la guerre à la corruption tout en laissant prospérer les réseaux clientélistes.

Le verdict final

La révolution tunisienne n’a pas échoué par accident. Elle a été consciemment sabotée par une classe politique incapable, lâche et corrompue.

Des islamistes d’Ennahdha aux laïcs de Nidaa Tounes, des technocrates aux populistes, tous ont préféré leur survie politique immédiate à l’intérêt national à long terme. Tous ont refusé les choix difficiles. Tous ont bradé l’avenir pour acheter le présent.

Et les Tunisiens ? Ils paient cash. Quinze ans après avoir renversé un dictateur, ils sont plus pauvres, plus désespérés, plus impuissants. Le destin devait répondre à leurs aspirations. Il leur a craché au visage.

La révolution tunisienne restera dans l’histoire comme la preuve éclatante qu’un changement de régime sans transformation économique structurelle ne produit qu’une chose : le chaos stérile.

La Tunisie post-2011 est un cimetière d’espoirs, un monument à l’incompétence collective, une démonstration grandeur nature que la démocratie sans responsabilité économique mène droit à l’abîme. Le jasmin est mort. Il ne reste que les épines du cactus (el hindi) qui entouraient le Jasmin… de l’espoir !

* Economiste universitaire.

Blog de l’auteur : Economics for Tunisia.

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Myriam Kerkeni | Le souffle poétique de l’intime

‘‘Révélations d’une femme’’ est le premier recueil poétique en prose de Myriam Kerkeni. Publié par les Éditions Arcadia Tunis en janvier 2026, ce premier livre propose un voyage à la fois intime et universel au cœur de la féminité, explorant expériences personnelles, tensions sociales et luttes intérieures.

Djamal Guettala 

Dès les premières pages, Kerkeni plonge dans l’intime. Les poèmes comme Une mère imparfaite ou Une petite fille rêveuse, courageuse, merveilleuse révèlent le contraste entre aspirations personnelles et rôles imposés par la société. La mère, la femme mariée, la fille : autant de figures qui expriment fatigue, effacement et sacrifices, mais aussi force et résilience. Le rythme et la répétition des phrases confèrent à chaque mot une intensité particulière, rendant la lecture presque chantante.

Le recueil explore également le feu intérieur et le désir de s’affranchir des contraintes. Dans Fuite ou Colère, Kerkeni exprime révolte et frustration, transformant l’écriture en refuge et en instrument de survie. Les émotions longtemps refoulées trouvent ici une forme et une voix.

L’écriture comme un acte de libération

Certaines pièces élargissent le regard au monde extérieur. Dans ‘‘L’enfant et le maçon’’, la poétesse illustre, par la métaphore de la construction et de la reconstruction, l’importance de la persévérance et du travail pour atteindre la beauté. Hypocrisie sociale dénonce les faux-semblants et les masques que chacun adopte, rappelant que lucidité et intégrité sont essentielles pour préserver son espace intérieur.

Au cœur du recueil, l’écriture devient un acte de libération. Dans ‘‘Écrire’’, Kerkeni se fait la voix de ceux qui se taisent, offrant aux silences et aux non-dits une expression tangible. Chaque mot devient souffle, chaque phrase un pas vers la liberté.

Le poème ‘‘Célébration’’, qui clôt le livre, synthétise cette quête : l’auteure y célèbre sa vie, ses cicatrices, ses choix et sa lumière. Elle célèbre sa liberté, sa force retrouvée et toutes les femmes qui marchent à ses côtés. Ce geste est à la fois personnel et universel, invitant le lecteur à reconnaître sa propre valeur et à affirmer son existence.

Avec ‘‘Révélations d’une femme’’, Myriam Kerkeni impose un style à la fois intime, lucide et poétique. Son écriture conjugue émotion, réflexion et puissance narrative, rappelant que la poésie peut être miroir des blessures et levier de résilience. Ce premier recueil est une déclaration d’amour à la vie, à la féminité et à la puissance de la parole.

Un parcours poétique où l’intime devient lumière et chaque mot une victoire sur le silence : «J’écris pour renaître et fuir sans soumettre. Dans mon encre, je deviens libre.»

Un parcours littéraire et académique

Née le 18 avril 1989 à Tunis et originaire de Kelibia, Myriam Kerkeni est autrice et enseignante passionnée par les secrets de la langue française.

Diplômée d’une licence en littérature, langue et civilisation françaises, elle a poursuivi ses études par un master de linguistique générale, se spécialisant dans la structure et la construction des mots.

Son expérience professionnelle est diversifiée : enseignement à l’école primaire et à l’université, cours de français des affaires, puis service client. Elle s’épanouit désormais dans l’enseignement du français au niveau secondaire, tout en continuant d’écrire et de partager sa passion pour la langue.

‘‘Révélations d’une femme’’ enrichit son parcours littéraire et académique.

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Conférence à Tunis sur l’entrepreneuriat durable en Méditerranée du Sud

Tunis a accueilli récemment la conférence internationale «Entrepreneuriat durable en Méditerranée du Sud : une coopération régionale pour une transition verte». Pendant deux jours, décideurs publics, experts, organisations d’appui aux entreprises (OSE) et entrepreneurs issus de huit pays de la région sud-méditerranéenne ont confronté leurs expériences et posé les bases d’une coopération régionale renforcée en faveur de l’économie verte et circulaire.

Les débats ont mis en évidence le rôle stratégique des OSE dans la transformation des modèles économiques. Pour Kmaira Ben Jannet, directrice générale du Citet, « les défis environnementaux et sociaux en Méditerranée du Sud imposent une rupture avec les modèles classiques. La transition vers l’économie circulaire représente une opportunité unique pour stimuler l’innovation et renforcer la compétitivité territoriale ». Elle a souligné que le succès de cette transition repose sur le renforcement des capacités des OSE et leur mise en réseau à l’échelle régionale.

L’enjeu de l’emploi, en particulier pour les jeunes et les femmes, a occupé une place centrale dans les échanges. Pui Yee Chan, secrétaire principale chargée du secteur privé à l’ambassade des Pays-Bas à Tunis, a rappelé que « l’économie verte est avant tout un levier de création d’emplois, avec une priorité donnée à l’avenir des jeunes et des femmes», saluant l’approche opérationnelle du programme Green Forward, axée sur la formation et les ateliers pratiques.

Accompagner les entrepreneurs

Pour Christel Bultman, PDG de Spark, « face aux effets du changement climatique, il est vital de réduire l’impact environnemental de l’économie tout en créant les emplois de demain ». Elle a insisté sur le rôle des OSE comme interfaces essentielles entre entrepreneurs, investisseurs et décideurs publics, capables de transformer les besoins du terrain en plaidoyer politique. Elle a également souligné la position stratégique de la Tunisie, à la croisée de l’Afrique et de l’Europe, comme laboratoire de l’industrialisation verte.

Giorgio Mosangini, chef d’équipe entrepreneuriat durable et société civile chez MedWaves, a rappelé que « l’économie est un sous-système de l’environnement », soulignant que la réussite des entrepreneurs engagés dans l’économie circulaire dépend de la solidité de l’écosystème qui les entoure. Il a présenté le Manifeste méditerranéen de coopération comme un outil structurant, destiné à donner une identité formelle à un réseau régional engagé pour une transition juste, inclusive et durable.

Des retours d’expérience régionaux

La conférence a également été marquée par le partage d’expériences concrètes issues des pays participants, illustrant la diversité des approches et la richesse des écosystèmes d’appui à l’entrepreneuriat durable en Méditerranée du Sud et dans la région Mena.

À ce titre, Cedare (Égypte) a présenté une analyse des politiques de soutien au développement des entreprises durables dans les pays de la région Mena, mettant en évidence les leviers institutionnels favorables à l’émergence d’écosystèmes verts.
De son côté, Remess (Maroc) a montré comment les politiques publiques peuvent servir de catalyseurs pour institutionnaliser l’économie sociale et solidaire au service de l’entrepreneuriat durable.

Leaders International (Belgique) a proposé une analyse comparative des systèmes d’appui aux entreprises durables en Jordanie, en Palestine et en Tunisie, soulignant les convergences, les bonnes pratiques transférables et les marges d’amélioration.
En Palestine, le centre B-Hub a insisté sur l’importance stratégique du réseautage entre les organisations d’appui afin d’assurer la pérennité de l’entrepreneuriat durable dans un contexte contraint.

L’expérience tunisienne a été illustrée par RedStart, qui a démontré comment des partenariats stratégiques peuvent favoriser l’émergence d’un entrepreneuriat vert intégrant pleinement la dimension du genre.
Pour sa part, Alfanar (Jordanie) a mis en lumière l’évolution de la philanthropie d’impact dans la région Mena et son rôle croissant dans le soutien aux structures d’accompagnement et aux entreprises à impact.

Enfin, Rama Impact (Liban) a identifié les défis et besoins spécifiques liés au financement des entreprises vertes et sociales, en particulier celles dirigées par des femmes, appelant à des mécanismes financiers mieux adaptés et plus inclusifs.

Résultats concrets

Les avancées opérationnelles du programme Green Forward ont été mises en lumière. Afef Ajengui, responsable régionale du programme chez Spark, a souligné la création d’un réseau de 42 OSE, dont 21 spécialisées dans l’économie verte. Elle a également mis en avant la création de la plateforme numérique, conçue comme un espace dédié au réseautage et au partage d’expériences à l’échelle régionale, ainsi que la mobilisation de plus de 1500 utilisateurs principalement des entrepreneurs et des organisations de soutien aux entreprises (BSOs) actives dans le secteur green.

De son côté, Marwa Ouni, coordinatrice locale Green Forward au Citet, a rappelé le rôle historique du Centre comme catalyseur du transfert d’écotechnologies, annonçant la sélection de 12 OSE tunisiennes issues de secteurs clés et le développement d’un livre blanc des meilleures pratiques, testé auprès de 30 PME.

L’engagement de l’État tunisien

Représentant le ministère de l’Environnement, Hamza Abderrazak a présenté la stratégie nationale «Feuille de Jasmin», fondée sur un changement de paradigme intégrant climat, biodiversité, gouvernance et production durables. Il a annoncé le déploiement imminent d’une ligne de crédit de 20 millions de dinars tunisiens via le Fonds de dépollution (Fodep), destinée à soutenir les projets relevant de l’économie verte, circulaire et bleue, ainsi qu’un programme de renforcement des compétences de 100 jeunes diplômés.

Afin de traduire les orientations stratégiques en actions tangibles, le ministère de l’Environnement a annoncé le déploiement, dès 2025, de deux leviers structurants.
Le premier est financier, avec la mise en place imminente d’une ligne de crédit de 20 millions de dinars tunisiens via le Fodep. Ce dispositif, géré en partenariat avec le ministère des Finances et les banques locales, proposera des prêts à taux préférentiels destinés aux jeunes promoteurs ainsi qu’aux entreprises en création ou en extension, opérant dans les secteurs de l’économie verte, circulaire et bleue. La signature et le lancement officiels de cette ligne sont attendus dans les prochains jours.

Le second levier concerne le renforcement des compétences, à travers un programme de formation ciblé visant à améliorer l’employabilité de 100 jeunes diplômés en recherche d’emploi. Les actions de formation porteront notamment sur des domaines clés tels que l’agriculture durable, les énergies renouvelables et la gestion des déchets, afin de doter les bénéficiaires de compétences directement mobilisables au service de la transition écologique.

Manifeste pour structurer la coopération régionale

Point d’orgue de la conférence, l’adoption du Manifeste méditerranéen de coopération qui engage désormais les acteurs régionaux autour de dix axes d’action, allant de l’innovation durable à la mobilisation financière, en passant par l’inclusion, le plaidoyer politique et le partage des connaissances.
Ce texte fondateur vise à faire de l’entrepreneuriat durable une norme économique en Méditerranée du Sud.

La conférence a été coorganisée par le Centre d’activités régionales pour la consommation et la production durables du PNUE/PAM (MedWaves) et le Centre international des technologies de l’environnement de Tunis (Citet) dans le cadre du programme de soutien aux entreprises durables, financé par le PNUE/PAM et le Gouvernement de la Catalogne et du programme de soutien aux organisations d’appui aux entreprisesGreen Forward, financé par l’Union européenne et implémenté au niveau méso par l’organisation non gouvernementale internationale Spark.

À travers cette conférence, le Citet, MedWaves et Spark ont réaffirmé leur volonté de fédérer durablement les acteurs régionaux, de renforcer les écosystèmes d’appui et d’accélérer la transition vers des économies plus vertes, inclusives et résilientes. Elle a également confirmé que Tunis s’impose ainsi comme un hub régional de réflexion et d’action au service de l’entrepreneuriat durable en Méditerranée du Sud.

Le Manifeste méditerranéen a été adopté à l’issue de la conférence de Tunis. Fruit d’un travail collaboratif intense, ce texte engage désormais les acteurs régionaux autour de 10 points d’action concrets :

1- Innovation et valeur durable : adopter des méthodes innovantes (éco-conception, éco-innovation, économie circulaire) pour maximiser la valeur environnementale et sociale tout en minimisant les impacts négatifs. Cela inclut la promotion de relations de travail équitables et d’une gouvernance participative.

2- Expertise interne : développer continuellement les capacités et l’expertise des structures pour mieux accompagner les entrepreneurs vers la durabilité.

3- Inclusion et équité : garantir que la transition soit juste en offrant un soutien prioritaire aux femmes, aux jeunes et aux communautés marginalisées, afin que personne ne soit exclu de l’économie circulaire.

4- Transparence et impact : mettre en place des systèmes robustes de suivi, évaluation, redevabilité et apprentissage pour mesurer et rapporter de manière transparente les impacts réels des initiatives.

5- Partage de connaissances : échanger librement les ressources et expériences et rendre ces apprentissages accessibles au public pour accélérer le progrès collectif en Méditerranée.

6- Action collective et réseautage : coordonner les activités et lancer des initiatives conjointes aux niveaux national et régional avec toutes les organisations partageant ces valeurs pour amplifier l’impact.

7- Accès au marché : stimuler d’une façon collaborative la demande pour les produits et services durables tout en sensibilisant les consommateurs pour remettre en question les pratiques non durables.

8- Mobilisation financière : engager les acteurs de la finance pour orienter les subventions, les prêts et les capitaux vers les entreprises circulaires.

9- Sensibilisation globale : diffuser largement les connaissances sur les modèles d’affaires durables pour en faire la nouvelle norme économique.

10- Plaidoyer politique : lutter collectivement pour des cadres réglementaires favorables, créant des conditions de concurrence équitables permettant aux entreprises vertes à prospérer et à sanctionner les pratiques polluantes.

Communiqué.

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Assurance et indemnisation des dommages dues aux intempéries

Après les fortes précipitations enregistrées en Tunisie au cours des deux derniers jours, et qui ont provoqué des inondations et divers dégâts matériels aux bâtiments et aux véhicules, une question se pose : les compagnies d’assurance indemnisent-elles leurs clients ayant subi de tels sinistres ?

La réponse a été apportée par le directeur général de la Fédération tunisienne des sociétés d’assurance (Ftusa), Hatem Amira, qui a expliqué, lors d’un entretien téléphonique dans l’émission ‘‘Sbah Ennas’’, le mercredi 21 janvier 2026, sur Mosaïque FM, que l’indemnisation dépend du type de contrat conclu entre l’assuré et sa compagnie d’assurance.

Des intempéries comme celles actuellement observées en Tunisie causent souvent des dégâts aux voitures et aux bâtiments (habitations, commerces, usines…)

L’indemnisation dépend du contrat d’assurance, qui doit impérativement comprendre la couverture des dommages dues aux catastrophes naturelles, notamment les inondations.

Dans ce cas, la compagnie d’assurance est tenue d’indemniser les dommages en fonction du pourcentage de dégâts et des plafonds prévus au contrat, précisant que le surcoût de cette garantie est minime, n’excédant pas 500 millimes par jour.

Hatem Amira a souligné que le contrat de type «Tout risque» inclut généralement une couverture contre les catastrophes naturelles à un taux de 99 %.

I. B.

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Tunis | Braquage au bureau de poste de Oued Ellil

Un homme a commis un braquage au bureau de poste de Oued Ellil, à l’ouest de Tunis, hier, mardi 20 janvier 2026, à l’aide d’une arme blanche. Le suspect a profité des fortes pluies et de l’absence de passants dans la rue pour pénétrer dans le bureau de poste, menacer les employés avec un couteau, s’emparer d’une somme d’argent puis prendre la fuite.

Le parquet du tribunal de première instance d’El-Menzah a autorisé les agents de la Brigade centrale de lutte contre la criminalité de la Garde nationale à Ben Arous à ouvrir une enquête à ce sujet, a indiqué à Mosaïque Mohamed Aymen Hammami, substitut du procureur de la République et porte-parole officiel du tribunal d’El-Menzah.

Le suspect portait un masque pour dissimuler son identité, a ajouté Mohamed Aymen Hammami.

I. B.

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Mondial 2026 | Les matchs amicaux de la Tunisie

Pour préparer sa participation à la phase finale de la Coupe du monde 2026, coorganisée par le Canada, les États-Unis et le Mexique, l’équipe de Tunisie de football, sous la conduite de son nouveau coach, Sabri Lamouchi, a programmé quatre matches amicaux face à Haïti, au Canada, à l’Autriche et à la Belgique.  

Le calendrier de ces matches, annoncé par la Fédération tunisienne de football (FTF), mardi 20 janvier 2026, s’établit comme suit :

Tunisie – Haïti : samedi 28 mars à 20h00 à Toronto, Canada ;  

Tunisie – Canada : mardi 31 mars à 19h30 à Toronto ;

Tunisie – Autriche : lundi 1er juin à 20h45 à Vienne ;

Tunisie – Belgique : samedi 6 juin à 15h00 à Bruxelles.

Lors du Mondial-2026, la Tunisie évoluera dans le groupe F aux côtés du Japon, des Pays-Bas et du qualifié du deuxième barrage européen (Ukraine – Suède-Pologne-Albanie).

Rappelons que le prochain Mondial se déroulera du 11 juin au 19 juillet 2026.

I. B.

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Equipe de Tunisie | Khazri rejoint le staff de Lamouchi     

Le nouveau staff technique de l’équipe de Tunisie de football, qui sera dirigé par le Franco-tunisien Sabri Lamouchi, comprend également l’ancien attaquant international Wahbi Khazri comme responsable du département analyse.

Les autres membres du staff, dont les noms ont été annoncés, mardi 20 janvier 2026, par la Fédération tunisienne de football (FTF), sont Michael Hefele, entraîneur adjoint, Olivier Pedemas, entraîneur des gardiens, et Cedric Blomme, préparateur physique.

Pour rappel, Sabri Lamouchi a été nommé, mercredi dernier, en tant que nouveau sélectionneur des Aigles de Carthage, en remplacement de Sami Trabelsi, qui a préféré jeter l’éponge après les mauvais résultats du Onze tunisien lors de la dernière CAN au Maroc. Selon le bureau fédéral, le contrat d’objectifs avec Lamouchi s’étend dans une première phase jusqu’au 31 juillet 2027. Dans une déclaration à l’agence Tap, Moez Mestiri, porte-parole officiel de la FTF, avait également précisé que «le travail du staff technique sera ensuite évalué par le bureau fédéral et, si les résultats sont jugés satisfaisants, le contrat sera prolongé jusqu’au 31 juillet 2028».

En d’autres termes, la fin du bail de Lamouchi avec les Aigles de Carthage ne dépend pas de leurs résultats lors du Mondial 2026 aux Etats-Unis, u Canada et au Mexique.

I. B.  

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Iran | La peur comme héritage, la terreur comme système

«Ils nous terrorisent au quotidien.» Cette phrase, prononcée par un Iranien aujourd’hui exilé en France, résume une expérience partagée par des millions de ses compatriotes. En Iran, la répression ne se limite pas aux arrestations arbitraires, aux exécutions ou à l’écrasement violent des mouvements de contestation. Elle s’inscrit dans la durée, s’infiltre dans l’enfance et façonne durablement les esprits. (Ph. La répression sanglante des manifestations en Iran a fait des milliers de morts en deux semaines).

Djamal Guettala

«Nous avons peur de l’école, des professeurs, de nos parents, de la police, des tribunaux, de la nuit, de la mort, de l’au-delà, de Dieu, de tout.» Ce témoignage brut dit l’essentiel : la peur n’est pas un accident du système iranien, elle en est l’un des piliers. L’autorité y est omniprésente, jamais neutre. Chaque institution devient un relais du pouvoir politique et religieux.

Dès le plus jeune âge, l’enfant apprend à se taire, à obéir, à se méfier. L’école, censée émanciper, est un espace de contrôle idéologique. Les enseignants sont redoutés autant pour leurs sanctions que pour leur rôle dans la transmission d’un ordre moral strict. La religion, omniprésente dans l’espace public comme dans la sphère privée, renforce cette emprise en instillant la crainte du péché et du châtiment divin. Le politique et le sacré se confondent.

Une autocensure permanente

Cette terreur déborde aujourd’hui largement le cadre physique pour investir le champ numérique. «En Iran, tout le monde a peur d’envoyer des messages à l’étranger.» La surveillance des communications est devenue une réalité quotidienne. Les Iraniens effacent photos et vidéos de leurs téléphones, redoutant les contrôles, les accusations floues mais lourdes de conséquences. Un simple message, une image mal interprétée, peut suffire à bouleverser une existence.

Ce climat engendre une autocensure permanente. On parle peu, ou à demi-mot. On supprime, on efface, on se méfie. La peur devient réflexe. Elle structure les relations sociales, détruit la confiance et isole les individus. Le régime n’a pas besoin d’être visible en permanence : il est déjà là, intériorisé, inscrit dans les comportements.

L’exil, souvent perçu comme une libération, ne suffit pas à effacer ces traces. «J’ai aussi peur de la police en France sans raison apparente, j’ai peur de mon patron, de mon supérieur. J’ai peur d’être seul la nuit.» Cette confession éclaire une dimension moins visible de la répression : ses effets psychologiques durables. Même loin de l’Iran, même dans un État de droit, la peur persiste.

Le silence comme stratégie de survie

Les spécialistes parlent de traumatisme complexe, produit par une exposition prolongée à la violence, à la surveillance et à l’arbitraire. Chez de nombreux exilés iraniens, la peur ne disparaît pas avec la frontière. Elle se déplace, se transforme, mais continue d’organiser le rapport à l’autorité, au travail, à la société. Le silence reste une stratégie de survie.

«Tout cela finira bientôt, mais ces souvenirs resteront gravés dans nos mémoires.» L’espoir demeure, fragile mais réel. Les mouvements de contestation récurrents montrent que la société iranienne n’est ni soumise ni résignée. Mais le jour où ce régime tombera, la reconstruction ne sera pas seulement politique. Elle sera aussi psychique, sociale et mémorielle.

Ce témoignage rappelle une vérité essentielle : une dictature ne se contente pas de gouverner par la force. Elle fabrique des générations marquées par la peur. Et même lorsque l’exil offre un refuge, la terreur continue de parler à voix basse, depuis l’intérieur.

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Conseil de la paix | Le projet fou de Trump pour dynamiter l’Onu !

C’est la dernière trouvaille du président américain Donald Trump dans sa prédication illimitée et sa quête de domination totale du monde. Après l’enlèvement d’un chef d’État et sa volonté agressive de s’emparer de territoires qui ne lui appartiennent pas, le voilà qui annonce un «Conseil de la paix» dont la première mission est la mise sous tutelle de Gaza avant de s’étendre aux autres zones de conflits et in fine de se substituer aux Nations Unies.

Imed Bahri

Pour être membre permanent de ce nouveau «machin», il faudra verser un milliard de dollars par an, l’ordre du jour est soumis à l’approbation de Trump qui est d’ailleurs le seul à disposer d’un droit de veto, et le seul habilité à interpréter la charte de cette nouvelle institution qui a vocation à faire de lui le maître incontesté et incontestable du monde. Ubu roi dans toute sa splendeur! 

Une enquête de Lauren Kaori Gurley et Michael Birnbaum parue dans le Washington Post rappellent les appels répétés lancés par Trump ce week-end aux dirigeants mondiaux pour qu’ils rejoignent ce nouveau «Conseil de la paix», qu’il présente comme une organisation internationale de consolidation de la paix.

Un responsable américain a confirmé que la cotisation d’un milliard de dollars représente le coût d’une adhésion permanente mais a précisé qu’aucune contribution n’est requise pour y adhérer et que les pays qui ne s’acquitteront pas de cette cotisation bénéficieront d’une adhésion de seulement trois ans.

Ce responsable américain, qui a partagé ces informations sous couvert d’anonymat, a confirmé l’existence d’un projet de charte pour le conseil proposé mais la Maison-Blanche ne l’a pas rendu public. Times of Israel en a publié une copie en ligne dimanche.

Vendredi, la Maison-Blanche a annoncé en grande pompe la création d’un nouveau conseil dans le cadre du plan de Trump visant à superviser la reconstruction de la bande de Gaza dévastée. Cependant, le projet de charte diffusé ne fait aucune mention directe du territoire palestinien. Cette absence de mention a alimenté les spéculations selon lesquelles Trump chercherait à établir une alternative aux Nations Unies sous l’égide des États-Unis.

Des dirigeants du monde entier, dont ceux de l’Argentine, du Canada, de l’Égypte, de la France, de la Hongrie, de l’Inde, de l’Italie et de la Turquie, ont été invités à rejoindre cette charte internationale pour la consolidation de la paix. Le roi Abdallah de Jordanie a également été invité, d’après une annonce du ministère jordanien des Affaires étrangères dimanche. L’Égypte et la Turquie ont confirmé avoir reçu l’invitation mais n’ont pas encore indiqué si elles y adhéreraient. Jusqu’à lundi 19 janvier 2026, 60 pays ont reçu de invitations pour rejoindre la nouvelle organisation internationale de Trump. 

Un organe «plus souple et plus efficace»

Le projet de charte publié par Times of Israel semble conférer au Conseil des pouvoirs bien plus étendus que ceux envisagés par Trump en octobre dernier, lorsqu’il a contribué à négocier le cessez-le-feu à Gaza. Le mois suivant, le Conseil de sécurité de l’Onu a approuvé le plan de Trump visant à créer un Conseil chargé de superviser les efforts de reconstruction de Gaza.

Selon le projet, la mission du Conseil est de «promouvoir la stabilité, rétablir une gouvernance saine et légitime et garantir une paix durable dans les zones touchées ou menacées par un conflit»

La charte souligne également «la nécessité d’un organe international de consolidation de la paix plus souple et plus efficace» et appelle à la formation d’une «coalition d’États disposés et engagés dans une coopération concrète et une action efficace».

 Un haut responsable européen, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a indiqué que les dirigeants européens se consultent actuellement sur les ambitions de Trump pour ce Conseil et que la plupart sont peu susceptibles d’approuver sa composition actuelle.

Cependant, ces mêmes dirigeants hésitent à déclencher un nouveau conflit avec Trump, compte tenu de leur confrontation actuelle au sujet du Groenland et de leur besoin urgent de soutenir l’Ukraine qui subit simultanément un hiver rigoureux et l’escalade des attaques russes.

Le responsable européen a ajouté qu’il existe une réticence à contribuer de manière substantielle à une nouvelle organisation dominée par la vision de Trump d’un nouvel ordre mondial, même si les Européens restent engagés à financer la reconstruction de Gaza.

Le WP cite un responsable américain qui a déclaré que les fonds seraient directement utilisés pour mettre en œuvre la mission du Conseil de paix, à savoir la reconstruction complète de Gaza.

Le Conseil veillerait à ce que la quasi-totalité des fonds soit utilisée à cette fin et non gaspillée dans les «lourdeurs administratives qui affectent de nombreuses autres organisations internationales».

Un conseil «tape-à-l’œil»

L’ancien diplomate américain Aaron David Miller a qualifié le Conseil de Trump de «tape-à-l’œil» et a mis en doute sa capacité à agir efficacement sur la scène internationale. Il a déclaré : «Nous avons besoin d’une diplomatie de terrain, pas de comités de façade ni de l’inclusion d’un grand nombre de pays et de personnalités dans un processus où la plupart d’entre eux n’auront aucun rôle réel. Nous avons besoin de Trump, de Netanyahu, des dirigeants du Hamas à Gaza et ceux présents à l’étranger, du Qatar et de la Turquie».

Selon le projet de la Charte, le Conseil de paix tiendra des réunions de vote au moins une fois par an et son ordre du jour sera soumis à l’approbation du président Trump.

Un monde imaginaire lointain

Miller a ajouté : «Le Conseil de la paix est un concept qui semble relever d’un monde imaginaire lointain, totalement déconnecté des réalités de notre planète. Le Conseil de la paix ne parviendra pas à résoudre le conflit au Soudan. Il n’accomplira pas non plus ce que les médiateurs américains et européens n’ont pas réussi à faire : obtenir un cessez-le-feu en Ukraine».

Selon la charte, Trump décidera qui sera invité à siéger au conseil. Etvendredi, les sept membres fondateurs du conseil exécutif ont été annoncés, parmi lesquels son gendre Jared Kushner, le secrétaire d’État Marco Rubio, l’envoyé spécial pour le Moyen-Orient et homme fort de la diplomatie américaine Steve Witkopf et l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair. S’y ajoutent trois autres membres : le président de la Banque mondiale Ajay Banga, le conseiller adjoint à la sécurité nationale Robert Gabriel et le milliardaire Mark Rowan.

La charte stipule que les décisions seront prises à la majorité des voix, chaque membre disposant d’une voix. Cependant, le président Trump conserve un droit de veto et possède «l’autorité finale quant à la signification, l’interprétation et l’application de la présente charte», ce qui place Trump en position de leader incontesté et incontestable. 

Parallèlement au Conseil de paix, la Maison-Blanche a annoncé vendredi la création d’un comité d’opérations secondaire, le Conseil exécutif de Gaza. Ce conseil comprend Jared Kushner, John Wittkov, Tony Blair, le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan et le diplomate qatari Ali Al-Thawadi. Des responsables israéliens ont déjà exprimé leur opposition au plan de Donald Trump. Le bureau de Benyamin Netanyahu a déclaré que l’annonce de ce conseil «n’avait pas été coordonnée avec Israël et contredit sa politique», en raison de la controverse entourant la présence de diplomates turc et qatari.

Les Palestiniens complètement oubliés  

Khaled Elgindy, chercheur palestinien au Centre d’études arabes contemporaines de l’Université de Georgetown, a également critiqué la proposition. Il a écrit sur la plateforme X : «Il n’est fait mention ni des Palestiniens ni de leurs droits ni de leurs intérêts ni même d’un futur État palestinien. Des questions qui ne sont pas une priorité pour Blair ni pour Trump ni pour ce soi-disant Conseil de paix».

Le Premier ministre canadien Mark Carney a déclaré que Trump lui avait présenté l’idée du Conseil de paix il y a plusieurs semaines et qu’il y avait donné son accord de principe. Il a toutefois indiqué avoir plusieurs questions quant à son fonctionnement. Il a déclaré dimanche à la presse à Doha : «Concernant les modalités du Conseil de la paix, nous n’avons pas encore abordé tous les détails relatifs à sa structure, son fonctionnement, ses sources de financement, etc. Nous discuterons de ces questions dans les prochains jours».

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Tunisie | Un pays qui coule

Les destructions provoquées par deux jours de pluies torrentielles dans le paysage urbain d’une Tunisie en mal de planification, de gouvernance et de compétence sont la marque d’un pays qui a mal évolué en laissant s’aggraver toutes les tares de sa population : égoïsme, laisser-aller et corruption à tous les étages. C’est tout un pays qui coule, au propre et au figuré.

Mohamed Sadok Lejri

Notre conception de l’infrastructure est digne d’un pays de bédouins au climat désertique : égouts de dimension réduite, mauvaise gestion des eaux pluviales etc. Les constructions se font le plus souvent au mépris des règles d’urbanisme, les quartiers spontanés pullulent comme des champignons, la prolifération des constructions anarchiques dure depuis plusieurs décennies et ont transformé ce pays en un gigantesque bidonville. La corruption bat son plein dans le secteur du bâtiment, les malversations et la corruption gangrènent l‘activité de construction routière, les gens sont crasseux et salissent tous les endroits qu’ils fréquentent en y laissant des tonnes de déchets…

Bref, ce pays a été détruit miette à miette par des constructions aussi hideuses qu’anarchiques édifiées à coups de pots-de-vin et de passe-droits.

Un désastre administratif

Population, journaleux et animateurs de plateau placent, à chaque fois, les dirigeants de ce pays sur le banc des accusés pour leur imputer la responsabilité des dégâts occasionnés par les pluies qui s’abattent ponctuellement sur la Tunisie. Quand une région est touchée par des intempéries majeures, on entend souvent des gens hurler : «Que fait le maire ? Où est passé le délégué régional ?» En réalité, à part limiter les dégâts, l’Etat et ses représentants ne peuvent pas faire grand-chose pour les victimes. En effet, irresponsabilité, égoïsme et grand n’importe quoi s’entremêlent fangeusement depuis plusieurs générations.

La chose à laquelle nous assistons depuis deux jours n’est pas vraiment un événement climatique et ne relève pas du registre du phénomène naturelle – et encore moins de la catastrophe naturelle –, mais du désastre administratif.

Les esprits irrationnels et moyenâgeux rongés par la superstition aiment bien invoquer la «colère divine» pour y trouver une explication, mais ces inondations ne sont que le résultat prévisible d’une bétonisation effrénée. En effet, quand on remplace les zones d’absorption par des logements spontanés et des complexes immobiliers anarchiques, l’eau ne fait que reprendre ses droits sur le ciment du mépris.

Avant de couler sous l’eau, ce pays coulait sous le poids d’une corruption qui a transformé les règles d’urbanisme en simples suggestions, en théories sans application concrète. Chaque maison inondée est un monument à l’absence de rigueur et au non-respect des lois (loi organique, loi de la nature…). Chaque quartier inondé est un monument à l’inexistence de la culture de l’urbanisme et du bâtiment, chaque zone sinistrée par des pluies torrentielles est un monument à l’impunité environnemental et à l’urbanisme suicidaire. Chaque véhicule renversé est un monument au bétonnage corrompu, à la négligence criminelle et à la cécité volontaire. La médiocrité, l’irresponsabilité et la culture de l’à-peu-prisme («ti barra bark !») et des pots-de-vin sont une seconde nature chez nous ; elles ont encore de beaux jours devant elles.

D’aucuns ont sacrifié l’avenir du territoire sur l’autel du profit immobilier. Aujourd’hui, les Tunisiens paient en boue et en larmes le prix de leur conception bédouine et court-termiste de l’urbanisme, ils paient aussi le prix de la cupidité des décideurs qui ont délivré des permis de construire indûment. A force de fermer les yeux durant plusieurs décennies sur ces violations et dérives, le bétonnage sauvage est devenu la norme en Tunisie et des villes entières ont été construites sans la moindre notion d’urbanisme.

Un pays qui s’effondre

Vous remarquerez que le centre-ville de Tunis, malgré son engorgement et une concentration urbaine asphyxiante, même s’il subit le contrecoup de la croissance urbaine et de l’extension chaotique de la capitale, échappe plus ou moins aux foudres de la nature vengeresse. Il en est de même pour les vieux quartiers de Tunis sis à proximité du centre-ville tels que Mutuelleville, Alain Savary, Franceville/El Omrane, Notre Dame, El Menzah… Ces derniers témoignent d’une ordonnance urbaine rigoureuse, régie par les canons architecturaux de l’époque.

En revanche, les nouveaux quartiers surcotés comme El Aouina, El Ouahat (Les Oasis), Aïn Zaghouan, Raoued, La Soukra, Ennasr, Chotrana, etc., ne bénéficient pas de cette harmonie architecturale née d’une bonne maîtrise des règles de construction. Bien que les nouveaux bâtiments soient clinquants, ça reste du toc. Ils ont vu le jour dans le cadre d’une course effrénée au bétonnage qui ne s’encombre d’aucune autre considération que celle du béton et du prix du mètre carré. Il serait inutile de s’attarder encore sur les constructions anarchiques qui constituent une véritable pollution visuelle et qui continuent de défigurer le paysage urbain et de défier la nature.

Ainsi, «chya3mel el wali ? winou el moôtmed ?» continueront de fuser après chaque inondation.

Une politique de grands travaux doit être menée sur l’ensemble du territoire et une politique de décentralisation s’impose pour désengorger la capitale, laquelle s’est bidonvillisée, en créant un chef-lieu dans chaque gouvernorat et en métamorphosant toute la région Est du pays. Pour ce faire, il faut beaucoup d’argent, beaucoup de travail, des stratèges, des planifications urbaines et régionales, beaucoup de conscience professionnelle et s’élever au-dessus des bassesses et des mesquineries quotidiennes : corruption, malhonnêteté, cupidité, médiocrité, fatuité mal à propos et la liste des «vertus» est encore longue, lesquelles «vertus», mises l’une à côté de l’autre, sont capables de provoquer l’effondrement de tout un pays, au sens propre comme au sens figuré.

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Etats-Unis | Le fardeau de l’ordre international devient une semence du déclin

En 1945, le Plan Marshall pose les bases d’un ordre international où l’Amérique échange sécurité et prospérité contre une centralité durable ; aujourd’hui, avec une dette proche de 39 000 milliards de dollars, cet investissement fondateur s’est mué en contrainte structurelle, révélant le dilemme d’une puissance dont le rôle de garant du système devient lui-même un facteur de vulnérabilité voire de déclin.

Yahya Ould Amar *

Derrière ce chiffre de la dette se cache une histoire humaine, celle de régions désindustrialisées, de classes moyennes fragilisées et de sociétés sommées de financer, génération après génération, le coût d’un rôle mondial dont les bénéfices se diffusent au-delà de leurs propres frontières.

Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, l’ordre international s’est présenté comme une promesse de stabilité, de prospérité et de règles partagées, mais il s’est en réalité construit comme une architecture portée par un pays, les États-Unis fournissant au monde des biens publics qu’aucune autre puissance ne pouvait assumer seule — monnaie de référence le dollar, sécurité des routes maritimes, liquidité des marchés, crédibilité des institutions multilatérales.

Ce système a permis l’essor des échanges, l’intégration des économies émergentes et l’expansion sans précédent des chaînes de valeur, mais il a aussi concentré sur les Etats-Unis les coûts de la stabilité globale, transformant le leadership en charge budgétaire, sociale et politique.

À mesure que la dette s’accumule – aujourd’hui près de 39 000 milliards de dollars – que les fractures intérieures se creusent et que la concurrence stratégique s’intensifie, la question n’est plus de savoir si l’ordre mondial est juste ou injuste, mais s’il demeure soutenable pour ceux qui en ont été les principaux garants — et ce que signifie, pour le reste du monde, une Amérique qui ne cherche plus à préserver l’architecture entière, mais à en sauver la part qu’elle peut encore porter.

La charge de la stabilité

Dans la mondialisation actuelle, les États-Unis constituent un pilier structurel du système avec leur monnaie, leurs marchés et leur capacité de projection stratégique formant une infrastructure invisible sur laquelle repose une part décisive de la circulation mondiale des biens, des capitaux et de la confiance.

Le dollar est devenu l’ossature monétaire d’un ordre international où la liquidité, le refuge et la prévisibilité sont fournis comme des biens publics informels à l’ensemble des économies, des centres financiers aux périphéries émergentes.

Cette centralité confère à Washington une influence qui dépasse la logique classique de la puissance, mais elle l’enchaîne aussi à une responsabilité systémique d’absorber les excédents du monde, recycler ses déséquilibres en dette souveraine et garantir, souvent au-delà de ses intérêts immédiats, la continuité d’un espace économique global dont la stabilité conditionne l’accès au financement, la trajectoire de développement et la sécurité monétaire de la majorité des nations.

Concrètement, ce rôle de garant s’est traduit dans une chaîne continue de coûts visibles et différés — budgets de défense pour entretenir un maillage mondial de bases et d’alliances, guerres lointaines de la péninsule coréenne aux déserts du Moyen-Orient, soins et pensions versés à des générations de vétérans, intérêts d’une dette contractée pour financer la stabilité globale. À cela s’ajoute une diplomatie de l’aide et des institutions, destinée à contenir les crises avant qu’elles ne deviennent systémiques. Additionnée et corrigée de l’inflation, cette facture à plus de 60 000 milliards de dollars, oscillant, selon les époques, entre 3% et 10% (guerre froide) de la richesse produite chaque année par les États-Unis.

L’ordre international peut se lire comme un contrat d’assurance implicite dont les États-Unis sont devenus l’assureur de dernier ressort. En temps de crise, le monde se tourne vers leur liquidité, leur sécurité et leurs marchés, tandis que les primes se transforment en dettes, déficits et engagements supportés par ce même pays au bénéfice de l’ensemble du système.

Ainsi, ce qui apparaît comme un privilège hégémonique se révèle être une charge structurelle, où la capacité de tenir le centre devient la condition même de la survie de l’ordre international qu’il soutient.

Giovanni Arrighi, théoricien des cycles hégémoniques, nous avertit que les puissances déclinantes s’effondrent non par des menaces extérieures, mais par une résistance interne à l’adaptation – un avertissement qui s’applique à l’Amérique, enchaînée à son rôle systémique.

La facture du leadership mondial

La centralité américaine a inscrit la stabilité du monde dans le bilan de sa propre société, où la liquidité, la sécurité et l’ouverture se sont progressivement traduites en dettes, en déficits et en lignes de fracture.

Le privilège du dollar a longtemps différé les choix entre puissance extérieure et investissement intérieur, faisant de l’endettement le régulateur silencieux d’un ordre aux bénéfices mondialisés mais aux coûts largement supportés par les Etats-Unis.

À cette pression financière s’est ajoutée une géographie des gagnants et des perdants, où certaines régions se sont intégrées aux flux globaux tandis que d’autres – comme l’Amérique – se sont désindustrialisées.

Dès lors, la soutenabilité n’est plus un débat comptable, mais une épreuve politique, jusqu’où une démocratie peut-elle porter la stabilité du monde sans entamer la cohésion qui fonde sa propre légitimité ?

La mondialisation asymétrique

L’ordre économique mondial s’est construit comme un mécanisme d’expansion collective reposant sur une dissymétrie structurelle, où les gains de la croissance ont été largement diffusés tandis que les coûts de la stabilité se sont progressivement concentrés sur le pays capable d’absorber les déséquilibres du reste du système. Les excédents industriels et commerciaux de l’Asie, les stratégies d’accumulation de réserves des économies émergentes et la recherche globale d’actifs sûrs ont trouvé dans la dette américaine un réceptacle naturel, transformant les déficits des Etats-Unis en contrepartie financière de la prospérité mondiale. Ce schéma a offert aux pays du Sud un accès inédit aux marchés, au capital et aux chaînes de valeur, mais il les a aussi arrimés aux cycles monétaires et budgétaires des Etats-Unis, faisant de chaque inflexion de la politique américaine une onde de choc transmise aux monnaies, aux investissements et aux équilibres sociaux des pays du Sud.

Ainsi, la mondialisation apparaît comme une architecture hiérarchisée de dépendances – et non un espace neutre d’échanges – où la promesse d’intégration s’accompagne d’une vulnérabilité systémique, et où la soutenabilité de la croissance de tous demeure étroitement liée à la capacité des Etats-Unis à continuer de porter le poids financier et politique de l’ensemble.

L’histoire offre un miroir troublant. Athènes finançait la sécurité de la mer Égée au prix de son trésor, Venise garantissait les routes du Levant en échange de sa prospérité, l’Empire britannique garantissait les mers au prix d’un endettement croissant. Toutes ont découvert que le centre du monde devient aussi son principal point de fatigue. L’Amérique s’inscrit aujourd’hui dans cette lignée, où la stabilité globale fut à la fois la source de la grandeur et la semence du déclin.

Droit international et survie stratégique

À mesure que l’ordre international se complexifie et empile les règles, les traités et les institutions, une tension s’exacerbe entre l’universalité proclamée du droit international et la réalité des intérêts vitaux des grandes puissances, pour lesquelles la sécurité nationale, la continuité économique et la stabilité intérieure demeurent des lignes de survie non négociables.

En Ukraine, à Gaza ou au Venezuela, le droit international se heurte aux impératifs de sécurité, de dissuasion et d’accès aux ressources stratégiques, révélant les limites d’un ordre fondé sur des règles, oubliées lorsque celles-ci entrent en conflit avec les intérêts des grandes puissances.

Cette fracture interroge sur la soutenabilité de l’ordre international lorsque ses garants – Etats Unis – considèrent que le respect strict du droit international affaiblit leur capacité à maintenir l’équilibre global.

La géopolitique des nœuds vitaux

Le Moyen-Orient – avec 30 % du pétrole mondial et 17 % du gaz naturel – demeure le cœur énergétique du monde, dont la stabilité conditionne l’inflation mondiale et les équilibres budgétaires des États importateurs.

La mer de Chine méridionale – où transite plus de 20% du commerce mondial dont 45 % de pétrole brut – concentre les chaînes technologiques et industrielles dont dépendent les industries numériques et de défense.

Enfin, l’Arctique avec une superficie de 14 millions de kilomètres carrés, s’ouvre comme une frontière d’un avenir proche en raison de la fonte accélérée de la calotte glaciaire, où l’émergence de routes transpolaires, l’accès à des ressources critiques et le déploiement de capacités de dissuasion modifient la cartographie des corridors de navigation maritimes et aériens.

Dans cette configuration des espaces stratégiques, le Groenland s’impose comme un point de jonction entre la sécurité nord-américaine, la gouvernance des nouvelles routes et la définition des règles des espaces émergents.

L’intérêt américain pour le Groenland s’inscrit dans une logique ancienne de prévention stratégique, dès 1940, après l’invasion du Danemark par l’Allemagne, les Etats-Unis s’y sont positionnés pour empêcher que cette dernière ne fasse de l’Atlantique Nord et de l’Arctique une zone de projection contre le continent nord-américain.

Pour l’Administration de Trump, sécuriser ces différents points d’appui revient à protéger l’infrastructure physique de l’ordre international ; pour les pays du Sud, dont près de quatre cinquièmes du commerce transitent par ces corridors maritimes et numériques, chaque tension dans ces espaces se traduit par des coûts immédiats sur les prix, les devises et l’accès aux marchés.

L’«affaire» du Groenland

Le Groenland dépasse la seule question des territoires et des ressources, il révèle une mutation de la puissance au XXIᵉ siècle, où l’influence se mesure autant à la capacité de définir les règles des espaces émergents qu’à la maîtrise des zones déjà intégrées à l’économie mondiale.

Tandis que le réchauffement climatique ouvre des routes transarctiques, rapproche l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord et rend accessibles des minerais critiques pour la transition énergétique et les technologies avancées, l’enjeu central devient la maîtrise stratégique de ces nouveaux espaces.

Les corridors transarctiques offrent des trajets jusqu’à trois fois plus rapides entre l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord, tout en réduisant l’exposition aux goulets d’étranglement et aux vulnérabilités sécuritaires qui caractérisent aujourd’hui des passages comme le canal de Suez ou Bab El Mendeb (mer Rouge).

Pour les États-Unis, investir le Groenland, c’est projeter la sécurité nord-américaine dans le futur, sécuriser les corridors de demain et éviter que des puissances concurrentes ne définissent seules les standards d’accès, d’exploitation et de navigation.

Pour les pays émergents, cette reconfiguration annonce un monde où les centres de gravité du commerce et de l’influence peuvent se déplacer brutalement, reconfigurant les avantages comparatifs et les dépendances.

À mesure que ces recompositions se dessinent, une question s’impose, un ordre international peut-il durer lorsque la charge de sa stabilité devient plus lourde que les bénéfices qu’en retirent ses garants, et lorsque ceux qui en dépendent le plus n’en participent que marginalement à sa gouvernance ?

La soutenabilité devient une épreuve morale et institutionnelle, où se confrontent la promesse d’un monde régi par des règles communes et la réalité d’un système structuré par des rapports de force.

Préserver l’ordre international implique d’en redistribuer les coûts, d’en élargir la légitimité et d’en pluraliser les centres de décision ; assumer la rupture, c’est accepter une fragmentation où la stabilité cède la place à des équilibres régionaux concurrents, plus flexibles mais aussi plus instables. Entre ces deux voies se joue le destin des décennies à venir.

L’histoire ne jugera pas l’Amérique sur la puissance qu’elle a exercée, mais sur la capacité du monde à rester stable le jour où elle cessera d’en porter seule le poids.

* Economiste, banquier et financier.

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Monastir | Un 4e mort suite aux inondations à Moknine  

La Radio nationale tunisienne a annoncé cet après-midi, mardi 20 janvier 2026, un quatrième décès à Moknine, dans le gouvernorat de Monastir. (Ph. Moknine les pieds dans l’eau).

Ce quatrième décès en moins de 24 heures dans la même ville fait suite aux pluies torrentielles et aux inondations provoquées par le débordement des oueds et des rivières.

Le quatrième corps a été retrouvé flottant dans la rue de la Sebkha, le troisième ayant été découvert au même endroit, selon Raouf Marouani, chef de la Protection civile de Monastir, qui s’est exprimé sur les ondes de Diwan FM.

I. B.

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La Tunisie augmente sa production d’électricité de 5 %

La production d’électricité en Tunisie a augmenté de 5 % fin novembre 2025, atteignant 18 953 GWh (autoproduction à partir de sources renouvelables incluse), contre 18 013 GWh fin novembre 2024. Mais les énergies renouvelables ne représentent toujours que 6 % du total.

Ces chiffres proviennent d’un récent rapport publié par l’Observatoire national de l’énergie et des mines, qui indique également une hausse de 2 % de la production destinée au marché intérieur.

Selon la même source, les achats d’électricité, principalement en provenance d’Algérie, couvraient 11 % de la demande du marché intérieur fin novembre 2025.

La production d’électricité à partir de sources renouvelables représentait 6 % de la production totale. L’entreprise publique Steg conserve la plus grande part de la production d’électricité, assurant 95 % de la production nationale fin novembre 2025.

Selon le rapport, environ 400 MW de panneaux photovoltaïques en toiture avaient été installés dans le secteur résidentiel fin novembre 2025, ainsi que 70 MW de panneaux moyenne et haute tension dans les secteurs industriel, commercial et agricole.

Il convient cependant de rappeler que le déficit énergétique tunisien est structurel, causé par la baisse de la production nationale d’hydrocarbures face à une demande croissante, obligeant le pays à importer environ 70% de ses besoins, ce qui pèse lourdement sur la balance commerciale et a quadruplé en 10 ans, atteignant 11,1 milliards de dinars fin 2025, malgré des variations saisonnières et des efforts pour les énergies renouvelables.

La dépendance énergétique est forte (environ 69%), et la situation est aggravée par la volatilité des prix mondiaux du pétrole et du taux de change.

I. B.

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