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Quels scénarios pour l’Iran après la reculade de Trump ?

Le très lunatique président américain Donald Trump a fait marche arrière et a décidé de ne pas attaquer l’Iran. Il a prétendu qu’aucune partie n’a fait pression sur lui pour qu’il se rétracte indiquant avoir pris cette décision après que l’Iran ait suspendu la pendaison de 800 manifestants arrêtés.

Imed Bahri

L’entourage du président américain lui a expliqué que les bombardements ne feront pas tomber le régime et trois pays du Golfe (Arabie saoudite, Qatar et Oman) et la Turquie ont également ferraillé pour le dissuader, de même que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu qui lui a demandé de ne pas attaquer maintenant mais pour d’autres raisons. Il souhaite mieux se préparer.

En même temps, Trump qui veut jouer avec les nerfs de ses adversaires n’a pas définitivement écarté l’option militaire. Quel avenir aujourd’hui pour l’Iran après ce sanglant début année ?

L’Iran traverse l’une de ses crises politiques les plus graves depuis l’instauration de la République islamique en 1979, sur fond de manifestations sans précédent qui ont éclaté fin 2025 en raison de la détérioration de la situation économique. Ces protestations sont rapidement devenues les plus importantes qu’ait connues le pays depuis la révolution et ont été réprimées avec une violence inouïe par le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Cette répression féroce à huis clos -les autorités ont coupé internet pour que le monde ne voit pas cette répression- ont fini par avoir raison des protestations qui se sont essoufflées aussi bien à Téhéran que dans les provinces. 

Les Gardiens de la révolution sauvent le régime

Selon une enquête publiée par Bloomberg, signée par le journaliste Patrick Sykes et l’analyste Dina Esfandiary, le rapport de force au sein du régime iranien a clairement basculé en faveur du CGRI, qui n’est plus seulement le bras armé du régime, mais est devenu un acteur central de la politique, de l’économie et de la sécurité. Les Gardiens de la révolution ont sauvé le régime.  

Pour rappel, les manifestations ont éclaté dans plusieurs villes iraniennes en réaction à la flambée des prix, à une inflation dépassant les 40%, à l’effondrement de la monnaie nationale (qui a perdu plus de la moitié de sa valeur en une seule année), à ​​la montée du chômage et à la baisse du pouvoir d’achat des citoyens.

Les revendications pour de meilleures conditions de vie se sont rapidement transformées en slogans politiques appelant à une refonte complète de la structure de la gouvernance.

En réponse, les autorités ont déployé une répression sécuritaire sans précédent, incluant l’usage de la force létale, des coupures généralisées d’internet, des arrestations massives et un déploiement sans précédent des forces de sécurité dans les grandes villes.

Contrairement aux prévisions, les sanctions occidentales sévères ont permis aux Gardiens de la révolution de consolider davantage leur pouvoir.

Bloomberg explique que face au retrait des entreprises internationales et à l’effondrement du secteur privé sous la pression économique, les Gardiens de la révolution se sont empressés de combler le vide, prenant le contrôle des secteurs de l’énergie, de la construction, des télécommunications et des ports.

Selon le media américain, cette mainmise sur le pouvoir a fait des Gardiens de la révolution un «État dans l’État», contrôlant une économie estimée à environ 475 milliards de dollars.

D’après les analystes, cette influence financière rend les Gardiens de la révolution particulièrement vulnérables à tout changement fondamental de la structure du régime, ce qui explique la violence de la répression des récentes manifestations.

Ces milices armées sont ainsi devenues un acteur incontournable de la gestion de l’économie iranienne et le principal garant de la survie du régime. De ce fait, elles constituent la force la plus intransigeante face aux manifestations, qu’elles considèrent comme une menace pour la sécurité nationale et une tentative extérieure de déclencher une guerre civile.

Selon Bloomberg, la caractéristique la plus marquante des Gardiens de la révolution, dans leur forme actuelle, est leur transformation en une institution «post-idéologique». La loyauté n’est plus uniquement fondée sur des principes religieux révolutionnaires mais est désormais liée à la protection des intérêts nationaux et des gains économiques.

Scénarios d’un avenir sombre

A la lumière de ces développements, Bloomberg présente trois scénarios principaux pour l’avenir de l’Iran, tous liés au rôle des Gardiens de la révolution.

1- Le scénario de l’homme fort envisage la possibilité qu’un homme fort émerge des rangs des Gardiens ou de leurs anciens combattants pour prendre le pouvoir. Il suppose l’éviction du pouvoir religieux traditionnel, représenté par le Guide suprême Ali Khamenei, et l’instauration d’un modèle militaro-politique pragmatique visant à apaiser la population par de véritables réformes économiques.

Toutefois, l’agence estime que pour réussir, cet homme fort devra composer avec le président  Trump, seul allié capable d’offrir une bouée de sauvetage à Téhéran en levant les sanctions, une «pilule empoisonnée» que les Gardiens pourraient être contraints d’avaler pour assurer leur survie, selon les auteurs de l’enquête. 

2- Un coup d’État militaire et la prise de contrôle directe du pays par les Gardiens de la révolution. Bien que le CGRI dispose des effectifs et des capacités militaires suffisants pour mener à bien un tel coup d’État, il est conscient qu’un pouvoir direct l’accablerait des conséquences des crises accumulées qui secouent le pays.

C’est pourquoi, historiquement, le CGRI a préféré rester une force discrète, gérant la politique étrangère et de sécurité et en en tirant profit, laissant aux politiciens le soin d’exercer le pouvoir public, comme l’affirme Bloomberg.

Cependant, si la menace d’un effondrement imminent se faisait sentir, les nouveaux dirigeants pourraient se voir contraints de céder aux revendications des masses descendues dans la rue et de s’ouvrir davantage à la société. Néanmoins, le media américaine suggère que les généraux du CGRI qui accéderont au pouvoir seront probablement encore plus intransigeants, politiquement répressifs et plus restrictifs des libertés.

3- Le scénario d’une mort lente ou d’un effondrement chaotique : malgré la capacité du régime à réprimer les manifestations d’une main de fer, les causes profondes de la colère persistent et s’intensifient.

En l’absence d’une opposition unifiée capable de mener la transition, tout effondrement soudain du régime pourrait plonger le pays dans un vide politique où s’affronteraient les centres de pouvoir, menaçant de transformer l’Iran en un théâtre de règlements de comptes régionaux et internationaux.

Un avenir des plus incertains

Trump demeure l’élément imprévisible dans cette équation complexe. Pris entre le discours des menaces militaires et les messages suggérant une volonté de négocier, les Gardiens de la révolution se trouvent dans un état d’attente et de prudence.

Les analyses concluent que l’alternative la plus probable au régime actuel, s’il venait à tomber, ne serait pas une démocratie de type occidental, mais plutôt un système plus militarisé et nationaliste, dirigé par une nouvelle génération de commandants des Gardiens pour qui la survie justifie tous les moyens, qu’il s’agisse de répression absolue ou d’accords pragmatiques majeurs.

Bloomberg cite la déclaration de Trita Parsi, universitaire d’origine iranienne et de nationalité suédoise, qui occupe le poste de vice-président exécutif du Quincy Institute, selon laquelle «le scénario le plus probable, en cas de chute du régime de Téhéran, n’est pas que le fils de l’ancien Shah ou une figure similaire venue de l’étranger prenne le pouvoir, mais plutôt que le pouvoir soit vraisemblablement transféré à d’autres factions au sein même du régime, et que ces factions soient potentiellement encore plus radicales».

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‘‘La Négociatrice’’ de Ghita El Khyari | Au cœur des crises qui façonnent le monde

‘‘La Négociatrice’’, premier roman de Ghita El Khyari, mêle fiction et faits géopolitiques réels. New York s’éveille sous une tempête de neige. Les rues glissent, les trottoirs deviennent boueux. Alya Nasser avance à grands pas, enveloppée dans son manteau. Les Uber refusent, elle persiste. Manhattan est silencieux, figé dans un hiver immaculé. Elle serre son badge, le rend visible, franchit les portiques de l’Onu. Chaque regard est indifférent, chaque mouvement calculé.

Djamal Guettala

Dans le bureau de Noah, petit et nerveux, la tension est palpable. Trois points à respecter : reconnaissance, contexte, information cruciale. Alya écoute, prend note. Chaque mot compte, chaque silence pèse. Le vrai enjeu ne se cache jamais dans les phrases simples, mais dans ce qui reste implicite.

À 45 ans, Alya a dédié sa vie à la diplomatie. Kaboul, Birmanie, Haïti : des crises mondiales suivies de nuits courtes et de jours sans repos. Son appartement à New York est minimaliste, rationnel : café, repas commandés, rapports annotés. La vie personnelle passe après l’urgence des conflits. Pourtant, Alya vit pour ces moments : l’adrénaline d’être au centre, la certitude que ses décisions influencent des vies et le destin du monde.

Entre intime, diplomatie et géopolitique

Genève l’attend. La Syrie, théâtre d’une guerre civile depuis 2011. Alliances fragiles : Union européenne, États-Unis, Russie, Turquie, Iran. Chaque rencontre, chaque mot devient un fil tendu entre diplomatie et survie humaine. C’est là qu’elle rencontrera Alexeï, son homologue russe. Rivalité et attraction se mêlent. L’invasion de l’Ukraine brouille la frontière entre intime et géopolitique.

Alya connaît la solitude et la discipline. Bureau froid, gris, lumière filtrée, East River argenté au loin. Téléphones qui vibrent, messages qui s’accumulent. Chaque minute est une décision, chaque geste un calcul. Elle suit les crises, alerte ses équipes, prépare ses briefings, relit ses rapports. Elle anticipe, mesure, pèse. Tout est chronométré, millimétré, calibré pour que rien n’échappe à sa vigilance.

Noah, ancien supérieur à Kaboul, désormais chef du Département des affaires politiques et de la consolidation de la paix, structure ses briefings en trois points : premièrement, la reconnaissance ; deuxièmement, le contexte ; troisièmement, l’information cruciale. Avec lui, Alya apprend à lire entre les lignes, à anticiper les pièges et à protéger sa stratégie face à l’intensité du monde.

La diplomatie n’est pas une abstraction. Chaque conflit, chaque accord, chaque parole prononcée peut modifier le cours des événements. Alya s’y plonge avec une discipline quasi militaire. Elle sait que le poids de la responsabilité repose sur ses épaules et que les décisions qu’elle prend affectent des milliers de vies.

La pandémie de Covid-19 a transformé les espaces de travail. Les bureaux sont froids, impersonnels. Mais Alya s’y adapte. Chaque détail, du bruit des flocons sur le pavé au reflet argenté de l’East River, lui rappelle l’urgence et la fragilité des situations qu’elle doit gérer. Elle avance, seule mais jamais isolée, soutenue par une connaissance intime des crises et une détermination sans faille.

Un thriller humain et politique

Alya Nasser devient le miroir d’un monde où la diplomatie et la vie personnelle s’entrelacent, où chaque choix est un risque et chaque mot une arme. Le lecteur traverse New York et Genève, suit les négociations syriennes et ressent la tension de la diplomatie mondiale.

La fiction prend ici la dimension d’un thriller humain et politique. Les alliances sont fragiles, les enjeux immenses, les relations ambiguës. Alya Nasser incarne cette réalité : fragile et puissante à la fois, vulnérable et indispensable. Chaque décision peut bouleverser le cours des événements, chaque silence est porteur de conséquences.

Ghita El Khyari offre une plongée inédite dans le quotidien des diplomates et des fonctionnaires internationaux. Elle raconte la diplomatie non pas comme une abstraction, mais comme un art de précision, où émotions, stratégies et enjeux humains se croisent. Alya avance, et le lecteur avance avec elle, au rythme des négociations, des urgences et des dilemmes. Chaque page respire l’adrénaline et l’intelligence de la décision.

Ghita El Khyari (née en 1983 au Maroc) est autrice et ancienne diplomate. Elle a travaillé près de vingt ans au sein des Nations Unies, expérience qu’elle transpose dans ses romans, explorant les coulisses de la diplomatie et des organisations internationales. Son premier roman suit une négociatrice de paix en Syrie confrontée à un dilemme personnel, et son second, en cours, met en scène une jeune femme dans le monde humanitaire et le Forum de Davos. Ghita El Khyari a vécu dans plusieurs pays et réside aujourd’hui en région parisienne.

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