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La Tunisie ne pourra attirer sa diaspora qu’en créant des écosystèmes attractifs

Cet article est une revue critique et une synthèse structurée des éléments manquants dans l’étude sur le retour des Tunisiens de l’étranger, initiée par l’Association tunisienne des grandes écoles (Atuge) et réalisée par Emrhod Consulting. En tant que Franco-Tunisien né en France, fondateur-dirigeant d’une société de conseil à l’international depuis plus de 30 ans en France mais ayant décidé de venir vivre en Tunisie depuis bientôt 15 ans, voici mon analyse qui soulève des points essentiels méritant une intégration dans toute évaluation sérieuse du potentiel de retour des Tunisiens résidant à l’étranger (TRE).

Naâmen Bouhamed *

1. Biais géographique et territorial :

Concentration sur le Grand Tunis : l’étude ignore que 80-90% des TRE ** ne sont pas originaires de la capitale, créant un biais majeur d’analyse.

Réalité régionale négligée : les préoccupations d’infrastructures et d’accompagnement concernent principalement les villes et villages des régions intérieures et sud (Gafsa, Jendouba, Kef, Sidi Bouzid, Mednine, Gabès, Kerkennah, etc.).

Connectivité aéroportuaire défaillante : l’exemple de Sfax (2e ville économique et industrielle de la Tunisie) sans connexions internationales suffisantes, contrairement aux aéroports secondaires européens, illustre un handicap structurel pour les investisseurs potentiels.

Appel aux consulats de Tunisie dans le monde : il est regrettable que les consulats n’aient pas été mis à contribution pour justement construire une carte des communautés tunisiennes par région. Exemple à Nice, la 1ère communauté tunisienne depuis plus de 50 ans, est en grande partie originaire de Msaken.

2. Diversité des profils des TRE :

Hétérogénéité socio-professionnelle : les 2 millions de Tunisiens à l’étranger ne constituent pas une masse homogène d’entrepreneurs potentiels. L’étude devrait différencier artisans, ouvriers vs ingénieurs, médecins, chercheurs et chefs d’entreprise ou déjà entrepreneurs ; les générations différentes (années 60-80 vs. 20 dernières années); et les capacités d’investissement variables de chaque catégorie.

Attentes divergentes : seulement 20% souhaitent revenir, souvent avec des exigences salariales, sociales et culturels comparables à leur pays de résidence (Europe, Canada, Émirats, Qatar, Arabie Saoudite…).

L’exemple culturel peut-être ici un handicap majeur quand on sait que la majorité des cinémas par exemple sont sur Tunis et Sousse, une ville comme Sfax avec plus de 500 000 habitants ne possède pas de salles multiplex ! Que dire du reste de la Tunisie ? Cinéma, théâtre, complexes sportifs et culturels…Que dire de l’environnement d’investissement en zone industrielle au normes 4.0 ?

3. Contexte économique tunisien sous-estimé :

Prédominance de la micro-entreprise : 87,5% des entreprises tunisiennes n’ont pas de salariés (IACE, Nov. 2025), ce qui cadre mal avec les projets d’investissement de grande envergure.

Écosystème entrepreneurial fragile : accès limité à des conseillers financiers, comptables et juridiques de qualité hors des grandes agglomérations.

Accompagnement public insuffisant : comparaison défavorable avec les dispositifs d’accueil des investisseurs comparable dans des villes comme Strasbourg, Munich, Barcelone voire des villes moyennes avec des moyens publiques décentralisés et adaptés à l’environnement local.

4. Facteurs d’attractivité concrets :

Environnement social et de vie : la Tunisie offre-t-elle des conditions comparables dans les régions (Gabès, Gafsa, Bouzid, Klibia, Jendouba, Kef, Médenine…) pour des cadres supérieurs habitués à Nice, Lyon, Rennes, Nantes, Bordeaux, Francfort, Milan, Gènes, Dubaï ou Montréal ?

Services spécialisés : manque d’expertise comptable, d’accompagnement administratif et de conseil en investissement en dehors des grandes métropoles telles que Tunis, Sousse, Sfax…

Perspective critique absente : l’étude devrait inclure des cas concrets de réussites et d’échecs d’investissements de TRE pour fournir une vision réaliste. Les exemples dans le secteur des cliniques privées souvent le fruit de longues années d’études et de travail à l’étranger de jeunes médecins pour ensuite venir investir soit dans un cabinet médical ou une clinique à plusieurs millions d’euros.

5. Recommandations pour une analyse plus complète :

Une étude approfondie devrait intégrer une stratification géographique des origines et des intentions de retour par région ; une typologie fine des profils (qualifications, secteurs, capacités financières) ; une évaluation réaliste des opportunités par région, avec des indicateurs concrets d’infrastructures et de services ; des comparaisons sectorielles entre ce que les TRE quittent à l’étranger et ce que la Tunisie peut offrir; une analyse des échecs pour identifier les pièges à éviter; et des propositions différenciées selon les profils et les régions cibles

L’étude ici analysée, bien que fournissant des données quantitatives utiles, pèche par son approche trop générale et centralisée. Pour véritablement évaluer le potentiel de retour des TRE, il faut une analyse multidimensionnelle qui considère la diversité des profils, la réalité économique régionale fragmentée, et les déficits d’infrastructure hors de la capitale. Seule une approche territorialisée et segmentée permettra de formuler des politiques publiques efficaces pour attirer les compétences et investissements tunisiens de l’étranger.

La Tunisie ne pourra tirer parti de sa diaspora qu’en créant des écosystèmes régionaux attractifs et en offrant des parcours d’installation et d’investissement adaptés à la diversité des profils concernés.

A suivre donc avec attention…

* Consultant en développement international.

** Les Tunisiens de l’étranger constituent une diaspora importante (environ 1,85 million de personnes, principalement en Europe, avec la France comme destination majeure), qui joue un rôle économique clé (transferts de fonds) et participe au développement national via de nouveaux dispositifs fiscaux et d’investissement, tout en cherchant à renforcer les liens avec le pays. 

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Retour des Tunisiens de l’étranger : seuls 20 % envisagent un retour définitif

Réalisée entre mai et juin 2025 sur un échantillon de 1041 Tunisiens résidant à l’étranger (TRE) dans différents pays du monde, une enquête intitulée “Le retour des Tunisiens de l’étranger : Freins, Incitations et Perspectives” a montré qu’en dehors des visites de vacances, seuls 20 % des Tunisiens établis à l’étranger déclarent souhaiter retourner définitivement en Tunisie et 59 % ne manifestent aucun intérêt pour un tel retour.

Présentés ce mardi à Tunis, les résultats de l’enquête révèlent, toutefois, que l’attachement à la patrie demeure fort chez les Tunisiens résidant à l’étranger puisque 56 % des participants indiquent retourner en Tunisie plusieurs fois par an et 35 % y reviennent au moins une fois par an.

Menée par l’Association des Tunisiens des Grandes écoles (ATUGE), mise en œuvre par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) et financée par l’Union Européenne, l’enquête a montré que les motivations du retour temporaire sont principalement d’ordre familial (32 %) et liées au choix de passer la période de retraite en Tunisie (21 %).

Par ailleurs, 24 % des TRE interrogés ont exprimé leur volonté de lancer des projets d’investissement en Tunisie. Les données montrent également que 81 % des personnes sondées avaient initialement quitté le pays pour des raisons professionnelles, ce qui reflète le lien étroit entre la question du retour, le marché du travail et les opportunités d’investissement.

Les résultats indiquent que le désir de retour est conditionné par la disponibilité de facteurs favorables. Ainsi, 71 % des participants se disent intéressés par un retour en cas de disponibilité d’opportunités économiques, 81 % en cas de stabilité économique et politique, et 82 % si le climat d’investissement est facilité, notamment en ce qui concerne le capital-risque et l’accès aux financements bancaires.

S’agissant des obstacles au retour en Tunisie, l’étude a identifié plusieurs entraves majeures, au premier rang desquelles figure la rigidité du marché du travail, considérée par 71 % des répondants comme un obstacle fondamental, notamment en raison du manque d’emplois qualifiés et de la faiblesse des salaires.

En outre, 69 % de l’échantillon estiment que la rareté des opportunités entrepreneuriales et la difficulté de développer des projets en Tunisie constituent un frein important au retour, tandis que 62 % considèrent la lourdeur des procédures administratives comme un obstacle majeur.

Par ailleurs, 64 % des personnes interrogées ont indiqué que la dégradation de la qualité de vie et l’absence de conditions de vie adéquates représentent un obstacle à leur retour définitif. De plus, 58 % estiment que le poids du système fiscal et réglementaire constitue une barrière supplémentaire, en plus des difficultés liées à la bureaucratie.

À l’inverse, les résultats qualitatifs et quantitatifs ont permis d’identifier plusieurs facteurs d’attractivité susceptibles d’encourager le retour des Tunisiens résidant à l’étranger. L’étude souligne notamment l’importance d’améliorer les services de vie quotidienne, en particulier dans les domaines de la santé, de l’éducation, du transport et des infrastructures, de faciliter l’accès aux marchés économiques, de garantir la stabilité économique et politique, ainsi que d’améliorer et de simplifier le climat d’investissement, d’alléger la charge fiscale pesant sur les investisseurs et de simplifier les procédures administratives.

L’étude met également en évidence la nécessité de développer et d’améliorer les services liés au vieillissement et à la retraite, d’introduire davantage de flexibilité sur le marché du travail, de numériser et de moderniser l’administration ainsi que les services administratifs et bancaires, d’améliorer les services de transfert de fonds de l’étranger vers la Tunisie, et de renforcer les accords bilatéraux avec les pays de résidence afin d’améliorer les avantages accordés aux Tunisiens établis à l’étranger.

Enfin, les résultats de cette étude montrent que l’adoption de mesures ciblées est susceptible d’attirer les compétences tunisiennes à revenir dans leur pays. 83 % des participants estiment que la simplification des procédures administratives constitue un facteur fortement attractif pour un retour en Tunisie, 79 % considèrent que la simplification des règles bancaires et de la réglementation des changes encouragerait le retour, tandis que 76 % soulignent l’importance de la mise en place d’une protection sociale lors du retour en Tunisie.

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