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Cinéma : « Belles de Nuit » de Khedija Lemkecher sur les écrans

La rentrée cinématographique 2026 aura lieu dès le 7 janvier avec la sortie nationale du nouvel opus de Khedija Lemkecher. Intitulé  » Belles de Nuit « , ce film est une production de Cercina Films avec l’appui de plusieurs partenaires publics et privés. Avant sa sortie tunisienne, cette œuvre s’est distinguée en raflant deux prix au festival d’Agadir au Maroc.

Le film de Khedija Lemkecher a en effet remporté le Prix de la réalisation et le Prix spécial du jury pour l’interprétation, attribué à Illiès Kadri pour son rôle de Yahya, au 21ème Festival international Cinéma et Migration d’Agadir.

Selon le synopsis, Djo est manager d’une salle de boxe dans un quartier difficile et oublié aux abords de Tunis. Très malade et fatigué, il a perdu l’espoir de voir naître un champion dans sa vieille salle. Pourtant un jour en arpentant les rues mortes du quartier, il fait la rencontre de Yahia, jeune homme solitaire et passionné de boxe. Djo pense enfin tenir son futur champion, mais, comme tous les jeunes, Yahia n’a qu’un seul projet en tête : quitter illégalement le pays vers l’Italie. Accompagné par un ami, il embarque sur un chalutier. Djo, refusant alors de lâcher son champion, part à sa recherche.

Après ses études de cinéma à Paris, Khedija Lemkecher entame la carrière de réalisatrice de documentaires et de films de fiction. Les derniers courts métrages de Khedija Lemkecher « The night of the blind moon » et “Bolbol” ont été sélectionnés et primés dans plusieurs festivals internationaux comme Cinemed, Diff Dubai , Filmfest Houston , Festival des Cinémas Arabes, Aflam du Sud. Elle a également été membre du jury de plusieurs festivals, dont PRIMED (France) JCC (Tunisie) et IAWRT Film Festival (Philippines).

Le nouveau film de Khedija Lemkecher tire son titre des fleurs préférées de Yahia, personnage essentiel de cette œuvre. Ce dernier aime en effet s’isoler au bord du lac Sedjoumi, entouré de ces belles de nuit que sont les fleurs que nous nommons  » Naouar Achia « . Notons parmi les interprètes du film la présence de Fatma Ben Saïdane, Younes Megri et Bahri Rahali.

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Snapshot : Complètement désossé, le Capitole en reconstruction

Sur l’avenue Bourguiba, le Capitole est en cours de reconstruction. Les travaux de démolition de l’ancienne structure sont très avancés et l’immeuble devrait renaître de ses cendres en 2026.

Le Capitole a longtemps accueilli un cinéma, un café et un restaurant désormais entrés dans la légende de Tunis. Aujourd’hui, c’est un magasin de prêt à porter qui les a remplacés.

Que va devenir le Capitole ? Pour les uns, ce sera un hôtel et selon d’autres un immeuble de bureaux. Aucune mention de la destination nouvelle ne figure sur les panneaux affichés devant le chantier.

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Israël a broyé Mohammad Bakri pour avoir osé exprimer la douleur palestinienne

Israël a tourné le dos alors que la société palestinienne israélienne pleurait la mort de Mohammad Bakri, l’une de ses figures les plus célèbres : un acteur et réalisateur, une icône culturelle, un patriote palestinien et un homme à l’âme noble.

Gideon Levy *

La salle adjacente à la mosquée du village galiléen de Bi’ina était bondée vendredi 26 décembre 2025. Des milliers de personnes au visage sombre sont venues lui rendre hommage et sont reparties ; j’étais le seul Juif parmi elles.

La société palestinienne israélienne pleure la mort de l’un de ses plus grands membres, un acteur, réalisateur et héros culturel, un patriote palestinien et un homme à l’âme noble — Mohammad Bakri — et Israël, dans la mort comme dans la vie, lui a tourné le dos. Une seule chaîne de télévision a consacré un sujet d’actualité à son décès. Quelques Juifs sont sûrement venus consoler sa famille, mais vendredi après-midi, on n’en voyait aucun.

Combattant de la liberté

Bakri a été enterré mercredi 24 décembre 2025 — tard dans la nuit, à la demande de la famille — ne laissant aucun lieu en Israël pour prononcer son éloge funèbre, pour le remercier pour son œuvre, pour nous incliner devant lui en signe d’appréciation et pour lui demander pardon.

Il méritait tout cela. Bakri était un artiste et un combattant de la liberté, le genre dont on parle dans les livres d’histoire et dont on donne le nom à des rues. Il n’y avait pas de place pour lui dans l’Israël ultranationaliste, pas même après sa mort.

Israël l’a broyé, simplement parce qu’il a osé exprimer la douleur palestinienne telle qu’elle est.

L’âge des ténèbres

Bien avant les sombres jours de Benjamin Netanyahou et d’Itamar Ben-Gvir, 20 ans avant le 7 octobre et la guerre à Gaza, Israël l’a traité avec un fascisme qui n’aurait pas fait honte aux ministres du Likoud Yoav Kisch et Shlomo Karhi.

Son fameux appareil judiciaire s’est mobilisé comme un seul homme pour condamner son œuvre. Un juge du tribunal de district de Lod a interdit la diffusion de son film ‘‘Jénine, Jénine’’, le procureur général de l’époque a rejoint la guerre et l’éclairée Cour suprême a statué que le film avait été réalisé avec des «motivations inappropriées» — tel était le niveau des arguments avancés par le phare de la justice.

Et tout cela à cause d’une poignée de réservistes qui se sont sentis «blessés» par son film et ont cherché à régler leurs comptes. Ce ne sont pas les résidents du camp de réfugiés de Jénine qui ont été blessés, mais le soldat Nissim Magnaji. Sa demande a été acceptée et Bakri a été détruit. Tout cela bien avant l’âge des ténèbres.

Peu de gens sont venus à son aide. Les artistes sont restés silencieux et la belle star de « Au–delà des murs » a été jetée en pâture. Il ne s’en est jamais remis.

J’ai un jour pensé que ‘‘Jénine, Jénine’’ serait un jour projeté dans toutes les écoles du pays, mais aujourd’hui, il est clair que cela n’arrivera pas, pas dans l’Israël d’aujourd’hui et probablement pas dans le futur non plus.

Il ne haïssait jamais

Mais le Bakri que je connaissais ne se mettait pas en colère ni ne haïssait. Je ne l’ai jamais entendu exprimer un seul mot de haine envers ceux qui l’ont ostracisé, envers ceux qui l’ont blessé, lui et son peuple. Son fils Saleh a un jour déclaré : «[Israël] a détruit ma vie, la vie de mon père, ma famille, la vie de ma nation.» Il est douteux que son père se serait exprimé ainsi.

Vendredi, ce fils impressionnant se tenait droit, un keffieh drapé sur ses épaules, et lui et ses frères et sœurs, dont leur père était si fier, ont accueilli ceux qui sont venus leur présenter leurs condoléances pour la mort de leur père.

Je l’aimais tellement. Par une nuit d’hiver pluvieuse sur le campus du Mont Scopus de l’Université hébraïque de Jérusalem, lorsque des gens nous ont crié «traîtres» après la projection de ‘‘Jénine, Jénine’’, et au Festival du centre du film israélien au Marlene Meyerson JCC Manhattan de New York, auquel il était invité chaque année, et où des manifestants criaient aussi. À l’ancien Café Tamar de Tel Aviv, qu’il visitait occasionnellement les vendredis, et dans les essais douloureux qu’il a publiés dans Haaretz. Sans cynisme, innocent comme un enfant et rempli d’espoir comme il l’était.

Son dernier film, très court, ‘‘Le Monde’’, écrit par sa fille Yafa, se déroule lors d’une fête d’anniversaire dans un hôtel luxueux. Une fille distribuait des roses aux invités, un violoniste jouait «Joyeux anniversaire», Gaza bombardée était à la télé et Bakri s’est levé avec l’aide d’une jeune femme assise avec lui et est parti. Il était aveugle.

Il y a trois semaines, il m’a écrit pour me dire qu’il prévoyait de venir dans la région de Tel Aviv pour les funérailles d’un homme cher, comme il l’a dit, le réalisateur Ram Loevy, et j’ai répondu que j’étais malade et que nous ne pourrions pas nous rencontrer. À ma connaissance, il n’est finalement pas allé aux funérailles non plus.

«Porte-toi bien et prends soin de toi», m’a écrit l’homme qui ne prenait jamais soin de lui.

Bakri est mort, le camp de Jénine est détruit et tous ses résidents ont été expulsés, sans abri une fois de plus après un nouveau crime de guerre. Et l’espoir battait encore dans le cœur de Bakri, jusqu’à sa mort ; nous n’étions pas d’accord là-dessus.

* Journaliste et écrivain israélien de gauche.

Source : Haaretz (Traduit par Tlaxcala).

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Décès du réalisateur Daoud Abdel Sayed, figure majeure du cinéma égyptien

Daoud Abdel Sayed est décédé le 27 décembre 2025, au Caire, à l’âge de 79 ans.

Avec sa disparition, le cinéma égyptien perd l’un de ses réalisateurs majeurs. Né au Caire le 23 novembre 1946, il laisse derrière lui un parcours essentiel du cinéma arabe contemporain, construit dans la durée, avec rigueur, cohérence et fidélité à une certaine idée du cinéma.

Diplômé de l’Institut supérieur du cinéma du Caire, section réalisation, Daoud Abdel Sayed débute sa carrière comme assistant de grands réalisateurs égyptiens, parmi lesquels Youssef Chahine. Cette période constitue une étape déterminante de son parcours, tant sur le plan de l’apprentissage du travail sur le plateau que dans sa compréhension du cinéma comme espace de liberté artistique et de réflexion sur la société.

Il commence ensuite par le documentaire, un passage fondateur qui marquera durablement son cinéma de fiction. Cette expérience nourrit son attention au réel, aux comportements humains et aux mécanismes sociaux, sans jamais recourir à la démonstration ni à l’explication appuyée.

Son premier long métrage de fiction, La Recherche de Sayyid Marzouk (1989), raconte le parcours d’un homme ordinaire qui, à la suite d’un incident dans un café, se retrouve pris dans une suite d’événements absurdes et oppressants. Le film installe d’emblée un cinéaste attentif aux glissements de situation et aux rapports de pouvoir implicites, loin des schémas narratifs dominants du cinéma commercial.

Avec Al Kit Kat (1991), Daoud Abdel Sayed signe un film qui s’inscrit durablement dans la mémoire collective égyptienne. Situé dans un quartier populaire du Caire, le film dresse le portrait de ses habitants à travers le personnage central d’un homme aveugle, autour duquel se croisent des trajectoires individuelles, des aspirations et des frustrations.

En 1999, son parcours se poursuit avec La Terre de la peur, qui suit un policier envoyé en mission sous couverture dans le milieu de la drogue, dont les repères se brouillent à mesure que la mission se prolonge. Le film suscite de nombreux débats à sa sortie et s’impose progressivement comme l’une des œuvres marquantes du cinéma égyptien de la fin du XXᵉ siècle.

En 2001, il signe Le citoyen, l’indic et le voleur, qui met en scène l’enchevêtrement des trajectoires d’un écrivain, d’un homme lié à la police et d’un voleur, à partir du vol d’une voiture qui déclenche une série de relations personnelles, professionnelles et affectives. Dans ce film, Daoud Abdel Sayed engage deux jeunes acteurs encore à leurs débuts, et qui deviendront par la suite de très grandes stars : Khaled Abol Naga et la Tunisienne Hend Sabry, dont il s’agit de l’un de ses tous premiers rôles en Égypte. À cette époque, l’actrice tunisienne vient d’arriver dans le pays et n’est pas encore familière avec le dialecte égyptien. Pourtant, elle y livre une interprétation remarquée pour sa justesse, qui a ébloui les Égyptiens eux-mêmes.

En 2010, Daoud Abdel Sayed revient avec Messages de la mer, qui suit un homme solitaire vivant à Alexandrie, dont l’existence est bouleversée par la rencontre avec une femme mariée, à travers une relation fondée sur l’échange et l’intimité.

En 2015, il propose Qudrat ghayr adiya, qui raconte l’histoire d’un scientifique à la recherche d’êtres humains dotés de capacités extraordinaires, et qui croit trouver ce qu’il cherche dans un motel où se croisent des personnages très différents, chacun portant une histoire liée à cet aspect hors du commun.

Ces deux derniers films ont été sélectionnés aux Journées cinématographiques de Carthage. Par ailleurs, le festival a rendu hommage, en 2022, à Daoud Abdel Sayed, hommage auquel il n’a malheureusement pas pu assister pour des raisons de santé.

Tout au long de sa carrière, Daoud Abdel Sayed a remporté plusieurs prix, dont la Pyramide d’argent, le Prix du meilleur film arabe et le prix du meilleur scénario au Festival international du film du Caire en 1999 pour La Terre de la peur, le prix du Meilleur réalisateur en 2002 pour Le citoyen, l’indic et le voleur, ainsi que le prix du Meilleur réalisateur pour Messages de la mer en 2013 au Festival national du film égyptien du Caire.

Mais ces films font également partie de l’Histoire du cinéma arabe et égyptien et ont figuré à de bonnes places dans plusieurs classements. Parmi eux, la liste des 100 meilleurs films arabes, établie en 2013 à l’initiative du Festival international du film de Dubaï à partir d’un sondage mené auprès de 475 critiques, programmateurs et professionnels du cinéma arabe et international : trois films de Daoud Abdel Sayed figurent dans ce classement, attestant de l’importance de son œuvre dans le patrimoine cinématographique arabe, avec Al Kit Kat à la 8ᵉ place, La Terre de la peur à la 48ᵉ place et Messages de la mer à la 83ᵉ place.

Plus récemment, Messages de la mer et Le citoyen, l’indic et le voleur ont figuré aux deuxième et troisième places de la liste des 25 films égyptiens les plus marquants du premier quart du XXIᵉ siècle, classement établi par la FIPRESCI à l’occasion de son centenaire et rendu public lors du Festival international du film du Caire.

Au-delà de son œuvre, Daoud Abdel Sayed était un homme de dialogue. Pendant de longues années, tant que sa santé le lui permettait, il avait ses habitudes lors du Festival international du film du Caire, où il s’installait au Café El Hanager, au sein de l’Opéra du Caire. Sa table était un lieu d’échanges fréquenté par des réalisateurs, des acteurs, des critiques et des cinéphiles. Une passion commune les réunissait : le cinéma. Et Daoud Abdel Sayed aimait partager cette passion.

En janvier 2022, Daoud Abdel Sayed annonce officiellement sa retraite définitive du cinéma, expliquant son incapacité à s’adapter aux goûts dominants du public et à l’évolution de l’industrie cinématographique.

À l’annonce de sa disparition, le Festival international du film du Caire a publié un communiqué officiel rendant hommage au réalisateur disparu. Le festival y salue « l’un des figures majeures du cinéma égyptien et arabe », rappelant que Daoud Abdel Sayed a laissé « une empreinte durable dans l’histoire du septième art » et signé des œuvres qui ont façonné « la sensibilité de générations de cinéphiles », parmi lesquelles Al Kit Kat, Le Voleur de la joie, La Terre de la peur et Messages de la mer.

Dans ce communiqué, Hussein Fahmy, président du Festival international du film du Caire, déclare : « Avec la disparition de Daoud Abdel Sayed, le cinéma égyptien perd l’un de ses créateurs les plus importants, les plus sincères et les plus singuliers. Il était porteur d’une vision philosophique et humaine rare, et nous laisse des œuvres qui resteront des références en matière de beauté, de conscience et de sens. Il a contribué à ancrer l’idée du cinéma comme un art de la contemplation et de la réflexion sur l’être humain et la société. »

Le Festival international du film du Caire a également présenté ses condoléances à la famille du réalisateur, à ses proches, à ses élèves et au public du cinéma égyptien et arabe.

Par son parcours, par ses films, par la reconnaissance critique documentée de son œuvre et par la cohérence de ses choix, Daoud Abdel Sayed laisse l’image d’un très grand cinéaste et d’un très grand homme, dont la place dans l’histoire du cinéma égyptien et arabe est désormais établie.

Neïla Driss

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« El Sett » : Oum Kalthoum au cinéma, entre mythe, polémiques et émotion

Faire un film sur Oum Kalthoum n’est jamais un geste neutre. C’est toucher à une figure qui dépasse largement le cadre artistique pour relever de la mémoire collective, de l’intime, du presque sacré. Oum Kalthoum n’est pas seulement une chanteuse légendaire : elle est une présence constante, transmise de génération en génération, une voix qui accompagne des souvenirs familiaux, des moments de vie, des nuits entières. La représenter au cinéma, c’est accepter d’emblée l’idée que le film sera jugé non seulement comme œuvre, mais comme prise de position, voire comme un geste symbolique.

C’est dans ce contexte particulièrement sensible qu’est né El Sett, film ambitieux consacré à Oum Kalthoum. Présenté en première mondiale au Festival international du film de Marrakech, le film s’est immédiatement imposé comme un événement, avant même sa sortie en salles. Non seulement par son sujet, mais par l’ampleur du projet, son budget conséquent, et la volonté affichée de proposer une fresque cinématographique à la hauteur du mythe.

Son réalisateur, Marwan Hamed, occupe depuis plusieurs années une place centrale dans le cinéma égyptien contemporain. De L’Immeuble Yacoubian, qui a constitué un tournant dans le paysage cinématographique égyptien, à des productions à très gros budget devenues de véritables phénomènes publics comme Kira & El Gin, son parcours l’a installé comme un cinéaste capable de conjuguer ampleur narrative, exigence visuelle et large réception. Dans ce parcours, El Sett s’inscrit logiquement : un film porté par un réalisateur rompu aux récits collectifs et aux figures emblématiques, et conscient de ce que représente, symboliquement et culturellement, le fait de mettre en scène une icône comme Oum Kalthoum.

Avant même que le film ne soit tourné, El Sett a suscité une première polémique, la plus immédiate et la plus prévisible : celle du casting de Mona Zaki dans le rôle d’Oum Kalthoum. Cette controverse est née très en amont, avant toute image, avant toute projection, nourrie par une question aussi simple qu’insoluble : comment incarner Oum Kalthoum ? Après la série télévisée Oum Kalthoum, dans laquelle Sabrine avait livré une interprétation devenue fondatrice dans l’imaginaire populaire, toute actrice se retrouvait confrontée à une comparaison écrasante. Sabrine était devenue Oum Kalthoum pour toute une génération. Il était pourtant impensable de reprendre la même actrice pour le cinéma, précisément pour éviter toute interférence entre la série et le film.

Dès lors, quelle actrice choisir ? Mona Zaki a cristallisé les critiques, mais le débat dépasse largement sa personne. On peut raisonnablement penser que quel que soit le choix — Menna Shalaby, Amina Khalil, Hend Sabry ou toute autre — la polémique aurait existé. Parce qu’aucune actrice ne pouvait être « parfaite » face à une figure aussi absolue. Mona Zaki a fait son possible, avec ses outils, sa sensibilité, ses limites aussi. Elle a convaincu certains, pas d’autres. Et cela semblait, dès le départ, inévitable.

Après les premières projections, une deuxième vague de critiques est apparue, cette fois centrée sur le portrait d’Oum Kalthoum proposé par le film. Certains ont reproché à El Sett de montrer une femme trop dure, trop autoritaire, trop préoccupée par le pouvoir ou par l’argent, mettant en avant des traits jugés dévalorisants pour une icône nationale. Le fait de la montrer fumeuse, exigeante, parfois inflexible, a été perçu par certains comme une atteinte à son image. Comme si Oum Kalthoum ne pouvait être montrée que sous une forme idéalisée, irréprochable, presque abstraite.

Or, de manière paradoxale, d’autres reproches sont venus dire exactement l’inverse. El Sett a également été accusé de trop lisser son sujet, d’éviter les zones d’ombre, de se tenir à distance des sujets qui dérangent. Le film ne parle pas de la jalousie d’Oum Kalthoum, n’évoque pas la rumeur autour de son éventuelle implication dans le décès d’Ismahan, ne montre pas son opposition initiale à Abdel Halim Hafez. Il ne fait aucune allusion à la rumeur concernant son homosexualité et n’ébauche pas la moindre ambiguïté sexuelle. Rien de tout cela n’est abordé, même de manière indirecte. Le silence est total sur ces questions.

Cette contradiction est révélatrice. Comment reprocher à un film de porter atteinte à l’image d’Oum Kalthoum tout en lui reprochant simultanément de trop la protéger ? El Sett se retrouve ainsi pris dans une tension insoluble, sommé de tout dire sans jamais déranger, d’humaniser sans jamais désacraliser.

Une autre polémique a concerné l’usage des images d’archives. Certains spectateurs ont estimé que leur présence répétée donnait parfois l’impression que le film basculait vers le documentaire, au détriment de la fiction. Personnellement, j’ai ressenti exactement l’inverse. Ces images — affiches, coupures de journaux, archives superposées au récit — ont renforcé mon immersion. Elles donnent au film une densité particulière, rappellent que ce qui est montré s’est réellement produit. Oum Kalthoum a réellement porté ces vêtements, réellement occupé ces espaces, réellement vécu ces événements. Loin de rompre l’illusion, ces archives lui donnent de l’ampleur. La reconstitution des décors et des costumes participe du même mouvement : ancrer le film dans une réalité tangible. Cela suppose un budget conséquent, et le film l’avait. Cette ambition visuelle est l’un de ses atouts.

Le film a également été critiqué pour la présence de nombreuses grandes stars du cinéma égyptien dans de petits rôles ou des caméos. Là encore, il s’agit d’un choix de mise en scène. Peut-être Marwan Hamed a-t-il voulu créer un écrin collectif, un hommage partagé, réunissant autour d’Oum Kalthoum plusieurs figures du cinéma égyptien. Personnellement, ces présences ne m’ont pas dérangée. Leur absence n’aurait pas été remarquée non plus. Elles ne sont pas nécessaires, mais elles ne portent pas préjudice au film.

El Sett

C’est donc avec toutes ces polémiques en tête que je suis allée voir El Sett. Et pourtant, dès les premières minutes, la magie a opéré. Le film s’ouvre sur le concert historique de l’Olympia, en novembre 1967. Devant le théâtre parisien, la foule s’agglutine. Des spectateurs venus d’Europe, d’Afrique du Nord, des pays du Golfe, parfois même de plus loin, attendent Oum Kalthoum. J’ai eu immédiatement le sentiment d’entrer avec eux dans la salle, et par là même dans le film, d’être moi-même à l’Olympia, au milieu de ce public qui criait « Souma, Souma », ivre de bonheur à l’idée de rencontrer enfin Kawkab El Charq.

Ce concert est un moment historique, non seulement pour Oum Kalthoum, mais pour l’Olympia lui-même, qui n’a jamais connu un tel phénomène, ni avant ni après elle. En regardant ces scènes, je me suis rappelée les nombreuses interviews de Bruno Coquatrix, directeur général de l’Olympia à ce moment-là, racontant son étonnement face à l’ampleur du succès, sa sidération devant un public venu de partout, de toutes les classes sociales, de toutes les religions, uni par une même ferveur. Cette mémoire, construite depuis longtemps, a sans doute renforcé mon immersion. Très vite, l’émotion a pris le dessus. À plusieurs reprises, j’ai eu du mal à retenir mes larmes.

Bien sûr, El Sett survole une vie immense et intense. Trois heures ne suffisent pas à contenir un tel destin. Mais ce que le film montre est essentiel : une femme venue d’un trou perdu de la campagne égyptienne, dotée d’une grande voix, mais surtout d’un courage, d’une intelligence et d’une capacité à comprendre le monde qui l’entoure. Une femme qui sait négocier, saisir les opportunités, apprendre, se cultiver. Une femme qui, au-delà de la musique, crée un magazine, y écrit, impose un point de vue féminin, et parvient à présider un syndicat. Tout cela dans les années 1920, 1930 et au-delà, à une époque où la majorité des femmes arabes étaient encore cantonnées à l’espace domestique.

Tous ces débats ont pourtant tendance à occulter l’essentiel, El Sett devait surtout réussir une chose essentielle : susciter l’émotion. Et en ce qui me concerne, cette mission est pleinement remplie. Ce film, par son sujet même, ne pouvait pas plaire à tout le monde. Oum Kalthoum appartient à notre mémoire collective, et chacun la porte en lui d’une manière différente. Chacun a sa propre image, ses propres souvenirs, ses propres attentes. Chacun aurait voulu voir certaines choses racontées, et d’autres passées sous silence. Il existe sans doute mille et une manières de faire un film sur Oum Kalthoum, et toutes seraient discutées, discutables et contestées. Marwan Hamed a fait ses choix. Il a sa manière. On y adhère ou pas. Pour ma part, j’y ai adhéré. J’y ai adhéré pour l’émotion qu’il a su créer, pour ce témoignage qu’il a rapporté. Et l’émotion, au fond, n’est-elle pas l’essentiel lorsqu’on parle d’un film sur Oum Kalthoum?

À un moment, une autre question s’est imposée, presque malgré moi : celle du regard extérieur. El Sett peut-il voyager ? Non pas au sens industriel du terme, mais au sens sensible : ce film peut-il toucher un public qui ne connaît pas Oum Kalthoum, qui n’a pas grandi avec sa voix, qui n’a pas en mémoire ces nuits où ses chansons semblent suspendre le temps, qui ne mesure pas spontanément ce que son nom représente dans l’imaginaire arabe ? Je me suis surprise à y penser parce que, pour moi, l’émotion du film ne vient pas seulement de ce qu’il raconte, mais aussi de ce qu’il réveille. Il active une mémoire déjà là, une familiarité, une histoire transmise, parfois même une forme de reconnaissance intime. Cette dimension, profondément culturelle et affective, constitue sans doute à la fois la force du film et l’une de ses limites potentielles hors de son contexte naturel.

Je ne peux pas parler à la place d’un spectateur étranger. Je n’ai pas ce recul-là, et je ne prétends pas l’avoir. Mais je me demande ce que El Sett deviendrait s’il était vu comme on découvre une artiste pour la première fois : une femme venue d’un village, devenue une star, traversant des époques, des scènes, des transformations sociales. Est-ce que l’on serait saisi par la même ferveur, par la même densité, par le même vertige ? Ou est-ce que le film susciterait autre chose : de la curiosité, de l’admiration, peut-être une distance, peut-être même un étonnement devant l’intensité quasi religieuse qu’il met en scène ? Cette question reste ouverte. Elle ne diminue pas mon expérience ; elle la souligne au contraire, en rappelant que, dans mon cas, El Sett ne se contente pas de raconter une légende : il dialogue avec une mémoire vivante.

La polémique autour de El Sett dit finalement autant de choses sur notre rapport à Oum Kalthoum que sur le film lui-même. On lui reproche à la fois de trop montrer et de ne pas montrer assez, d’humaniser et de lisser, de trahir et de sanctuariser. Cette contradiction révèle une difficulté plus profonde : comment représenter au cinéma une figure devenue, pour beaucoup, intouchable ?

El Sett n’est ni une encyclopédie, ni un tribunal, ni une hagiographie absolue. C’est un regard, situé, assumé. On peut en discuter les choix, en regretter certains, en défendre d’autres. Mais le film parvient à faire quelque chose d’essentiel : redonner chair à une trajectoire hors norme, celle d’une femme qui, dans un monde qui lui était largement hostile, a pris la parole, occupé l’espace, exercé le pouvoir et marqué durablement l’histoire culturelle et politique du monde arabe.

Peut-être est-ce là la question la plus intéressante posée par El Sett : non pas ce qu’il dit ou ne dit pas d’Oum Kalthoum, mais ce que nous acceptons, ou non, de voir lorsqu’un mythe descend de son piédestal pour entrer dans le champ du cinéma.

Neïla Driss

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Ghannouch vibre au rythme du cinéma avec les JCC

Dans une ambiance festive et en présence de nombreuses personnalités du monde artistique, les Journées cinématographiques de Carthage (JCC) ont démarré jeudi soir à la Maison de la Culture de Ghannouch dans le gouvernorat de Gabès et se poursuivront jusqu’au 27 décembre.

Cette manifestation s’inscrit dans le cadre d’une initiative visant à soutenir la décentralisation culturelle au service du rayonnement du cinéma tunisien dans les diverses régions du pays.

Le premier jour a été marqué par la projection du documentaire ” Le Clown de Gaza ” d’Abdul Rahman Sabbah qui a attiré un public nombreux et de tous âges, témoignant de la passion des habitants de Ghannouch pour le cinéma, de leur soif de films et de leur engagement profond envers la cause palestinienne.

Le programme de cette manifestation comprend des ateliers de formation spécialisés dans le domaine de l’interprétation face à la caméra et dans les techniques modernes d’industrie cinématographique dirigées par des experts et des réalisateurs professionnels.

Des projections destinées au public sont également prévues et les cinéphiles auront l’occasion de voir “Une journée presque ordinaire” de Selim Belhiba, “Les enfants de Fatma” d’Abdelhamid Bouchnek et “Pierre-Feuille-Ciseaux ” de Cherifa Benouda qui remporté le prix Prix Ciné-Promesse lors de la 36e édition des JCC ainsi que film tunisien “Ilef” de Saber Bakouch à la clôture de cette manifestation.

De nombreux intellectuels de la région ont convenu que le JCC ont constitué un événement culturel important pour la ville qui a contribué à sa dynamisation culturelle. Ils ont ajouté que cela prouve encore une fois la grande popularité du cinéma dans les différentes régions du gouvernorat de Gabès et  souligné le besoin urgent d’un cinéma dans la région.

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JCC dans les régions : Une première édition régionale à Ghannouch

La délégation de Ghannouch accueille, pour la première fois, du 25 au 27 décembre 2025, les Journées cinématographiques de Carthage (JCC) dans les régions, dans le cadre d’une initiative visant à soutenir la décentralisation culturelle au service du rayonnement du cinéma tunisien dans les diverses régions du pays.

Le programme de cette manifestation qui se tient au Centre culturel de Ghannouche, comprend des ateliers de formation spécialisés dans le domaine de l’interprétation face à la caméra et dans les techniques modernes d’industrie cinématographique dirigées par des experts et des réalisateurs professionnels.

Des projections destinées au public sont également au programme, avec en ouverture la projection du film palestinien “Le Clown de Gaza” d’Abdulrahman Sabbah et en clôture le film tunisien “Ilef” de Saber Bakouch. Les cinéphiles auront également l’occasion de voir ” ne journée presque ordinaire” de Selim Belhiba, “Les enfants de Fatma” d’Abdelhamid Bouchnek et “Pierre-Feuille-Ciseaux ” de Cherifa Benouda qui remporté le prix Prix Ciné-Promesse lors de la 36e édition des JCC, dont la clôture a eu lieu samedi soir à la capitale.

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Nolan face à sa première controverse avant même la sortie de The Odyssey

À plus d’un an de sa sortie, The Odyssey s’impose déjà comme l’un des films les plus attendus de 2026. Annoncé très tôt, porté par la signature de Christopher Nolan, souvent présenté comme l’héritier contemporain de Stanley Kubrick, le projet a suscité un engouement rare : des billets auraient même été réservés plus d’un an à l’avance dans certains circuits.

Mais la sortie du premier trailer a brutalement déplacé le débat. Non pas sur le récit, ni sur la mise en scène, mais sur un détail devenu central : le casque d’Agamemnon.

Un casque qui concentre toutes les critiques

Dès les premières images, l’armure du roi Agamemnon attire l’attention, en particulier son casque. Si la face avant intrigue, c’est surtout l’arrière — prolongé par une excroissance rappelant une colonne ou une “queue” dorsale — qui cristallise les critiques. Sur les réseaux sociaux, le reproche revient en boucle : une esthétique jugée anachronique, trop proche de l’univers super-héroïque ou du jeu vidéo, et éloignée de l’imaginaire mycénien.

Certains internautes ironisent sur un recyclage visuel de Batman, d’autres dénoncent une confusion entre la Grèce antique et un univers de fantasy sombre, allant jusqu’à comparer l’accessoire à une armure sortie de Mordor plutôt que de Mycènes.

Entre liberté artistique et exigence historique

Au-delà de la moquerie, des critiques plus structurées émergent. Des amateurs d’histoire comme des spectateurs avertis s’interrogent : jusqu’où peut-on styliser un mythe sans en brouiller l’ancrage culturel ? Le casque devient ainsi le symbole d’un débat plus large sur l’adaptation cinématographique des récits fondateurs : faut-il viser la vraisemblance historique, ou assumer une réinterprétation radicale au nom du spectacle ?

Ce tir de barrage n’épuise toutefois pas la curiosité. Beaucoup rappellent que L’Odyssée est aussi peuplée de créatures fantastiques, de monstres et de visions irréalistes, et que ces choix esthétiques pourraient trouver leur cohérence dans le film final.

Pour certains observateurs, la polémique autour du casque d’Agamemnon dépasse la simple question de fidélité historique. Elle ravive une critique plus ancienne adressée au cinéma de Christopher Nolan : une prédilection pour des choix visuels puissants et spectaculaires, parfois perçus comme prenant le pas sur la profondeur du propos. Dans cette lecture, The Odyssey cristalliserait une tension récurrente entre ambition esthétique et exigence de sens.

Un débat appelé à évoluer

Pour l’instant, Agamemnon sert de paratonnerre à une attente immense. Mais à mesure que de nouvelles images seront dévoilées, la controverse pourrait se déplacer — ou s’éteindre — au profit d’un jugement plus global sur l’œuvre.

The Odyssey est attendu en salles le 17 juillet 2026. D’ici là, Nolan devra composer avec une réalité désormais familière : chaque détail de son cinéma est scruté, disséqué, et parfois contesté avant même la première projection.

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Hammam-Lif à l’écran : le ciné-club relance la mémoire cinématographique de la ville

Le ciné-club de Hammam-Lif organise, avec le soutien de la municipalité de Hammam-Lif, une manifestation cinématographique intitulée “Hammam-Lif raconte ses histoires à l’écran”, le 27 décembre à 16h30, au Centre culturel Ali Ben Ayed.

Au programme, la projection de courts métrages réalisés par des cinéastes amateurs de Hammam-Lif, une ville qui a vu naître et grandir de nombreux cinéastes en Tunisie.

Aujourd’hui, après une période de ralentissement de la vie culturelle, cette rencontre, gratuite et ouverte à tous, sera l’occasion d’échanger autour de la reprise des projections, de la relance de la production cinématographique locale, ainsi que des perspectives de redynamisation du cinéma à Hammam-Lif, à l’image de l’époque où la ville connaissait une activité cinématographique soutenue.

Afin d’accompagner ce nouveau souffle du septième art à Hammam-Lif, un débat consacré au cinéma dans la ville aura également lieu, en présence d’anciens membres et de cinéastes de la Fédération tunisienne des cinéastes amateurs (FTCA).

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JCC 2025 – Le soir où la parole a été confisquée

La cérémonie de clôture de la 36ᵉ édition des Journées cinématographiques de Carthage (JCC) n’a pas seulement surpris par sa forme inhabituelle : elle a révélé, de manière brutale et publique, une confiscation de la parole au cœur même d’un festival historiquement fondé sur l’expression et le débat.

Une cérémonie de clôture marquée par le malaise

Lors de la cérémonie de clôture de la 36ᵉ édition des Journées cinématographiques de Carthage, un sentiment de vide et d’étrangeté s’est immédiatement imposé, aussi bien aux spectateurs présents dans la salle qu’à ceux qui suivaient l’événement à distance. La salle apparaissait clairsemée et, surtout, plusieurs jurys — au moins deux — étaient absents, non seulement de la scène mais de la salle elle-même. L’absence la plus visible restait celle du jury de la compétition des longs métrages de fiction, pourtant au cœur de toute cérémonie de clôture.

La forme même de cette clôture a accentué le malaise. Les prix ont été annoncés rapidement, sans lecture de motivations, sans discours d’aucune sorte. Les lauréats, appelés sur scène, n’ont pas eu accès à un micro pour remercier ou s’exprimer. Cette absence totale de parole a surpris, voire choqué. Le contraste entre l’importance symbolique d’une clôture et la pauvreté de sa mise en scène a été immédiatement perçu comme problématique.

Des interrogations immédiates et des prises de parole publiques

Dès le soir même, puis le lendemain, les interrogations se sont multipliées. Que s’était-il passé ? Pourquoi les jurys étaient-ils absents ? Pourquoi cette cérémonie semblait-elle privée de toute parole, alors que les JCC se sont toujours revendiquées comme un espace d’expression et de débat ? Ces questions, d’abord murmurées dans les coulisses et sur les réseaux sociaux, ont rapidement pris une dimension publique.

C’est dans ce contexte qu’est apparue la lettre ouverte du réalisateur Brahim Letaief, adressée au Président de la République. Membre du jury Première œuvre – Prix Tahar Chériaa, il portait ainsi la contestation depuis l’intérieur même des instances artistiques du festival. Par ce geste, le débat quittait le seul cadre organisationnel du festival pour être porté sur le terrain institutionnel et symbolique. Peu après, la déclaration du jury de la compétition des longs métrages de fiction est venue apporter un éclairage précis et argumenté sur les raisons de son absence, confirmant qu’il s’agissait d’un désaccord de fond concernant le rôle du jury et la suppression de sa parole lors de la cérémonie.

La publication successive de ces deux textes a provoqué une indignation largement partagée. Cinéastes, professionnels du secteur, mais aussi simples citoyens ont exprimé leur incompréhension et leur colère face à ce qui était désormais perçu non comme un incident isolé, mais comme une atteinte aux principes mêmes sur lesquels le festival s’est construit.

Une prise de position professionnelle : Dorra Bouchoucha et l’ARFT

Dans ce climat, la productrice Dorra Bouchoucha a jugé nécessaire de publier à son tour une mise au point, en français et en anglais. Elle y affirme que, si la décision de priver jurys et lauréats de parole avait été connue à l’avance, elle ne se serait ni déplacée pour la cérémonie de clôture, ni levée pour remettre ou recevoir un prix par intérim. Elle précise également que seule la retransmission en direct sur la chaîne nationale l’a conduite à rester et à monter sur scène.

Surtout, elle insiste sur un point fondamental : elle ne cautionne pas ce qui s’est produit et refuse d’être associée à une démarche qu’elle juge contraire à ses principes et aux fondements mêmes des JCC, construits depuis près de soixante ans comme un espace de parole libre. En rappelant que priver le festival de cette dimension revient à en altérer l’essence, elle rejoint, par un autre biais, les préoccupations exprimées par le jury et par Brahim Letaief.

Dans le même mouvement, l’Association des Réalisateurs de Films Tunisiens (ARFT) a publié, le 22 décembre 2025, un communiqué estimant que la crise survenue lors de cette 36ᵉ édition ne pouvait être réduite à un incident isolé. L’association y évoque des dysfonctionnements structurels et insiste sur la nécessité de préserver l’indépendance du jury et la séparation entre décision artistique et intervention administrative.

À travers ces prises de parole successives, ce qui se dessine n’est pas un simple désaccord ponctuel autour d’une cérémonie, mais une inquiétude profonde concernant la place accordée à la parole artistique, à l’indépendance des jurys et à la lisibilité des processus décisionnels.

Une crise de confiance aux effets durables

À moyen terme, les conséquences de ce qui s’est produit lors de cette clôture risquent d’être à la fois structurelles et symboliques. Dans le fonctionnement d’un festival international, les fragilités ne naissent pas uniquement de difficultés financières ou de défaillances organisationnelles, mais surtout lorsque se fissure le lien de confiance qui unit jurys, cinéastes, producteurs, partenaires et publics. Or, ce qui s’est joué à Carthage touche précisément à ce lien, dans ce qu’il a de plus sensible : la légitimité de la parole artistique.

Fondées en 1966, les Journées cinématographiques de Carthage sont le plus ancien festival du monde arabe et d’Afrique. Elles ont été pensées dès leur origine comme un festival militant, profondément politique au sens noble du terme, conçu comme un espace de visibilité, de débat et de liberté d’expression pour les cinémas d’Afrique, du monde arabe et du Sud global. Cette histoire n’est pas un simple arrière-plan : elle fonde l’identité du festival et conditionne la manière dont ses décisions sont perçues, en Tunisie comme à l’international.

Le risque d’un déclassement symbolique du rôle de juré

L’une des conséquences les plus lourdes de cet épisode concerne la place même du jury au sein des JCC. Aujourd’hui encore, être membre du jury reste un honneur et un engagement symbolique fort, impliquant un investissement personnel important et une responsabilité artistique assumée publiquement.

Or, la 36ᵉ édition introduit un doute majeur : celui de la reconnaissance effective du rôle du jury. Lorsque des jurés expliquent publiquement que leur parole a été empêchée, que leurs motivations n’ont pas été lues et que leur présence sur scène a été rendue impossible, ce n’est pas un simple malaise ponctuel qui s’exprime, mais un signal envoyé à tous les professionnels susceptibles d’être invités à l’avenir.

À moyen terme, ce signal peut avoir un effet dissuasif. Des cinéastes reconnus pourraient hésiter à accepter de siéger dans un jury, ou poser des conditions plus strictes quant au respect de leur rôle et de leur parole. Ce risque est d’autant plus préoccupant que les JCC ne disposent pas, contrairement à d’autres festivals de la région, de la capacité à attirer régulièrement de grandes signatures internationales, comme a pu le faire le Festival international du film du Caire avec Naomi Kawase ou Nuri Bilge Ceylan. Si le prestige symbolique du rôle de juré venait à s’éroder, c’est toute l’architecture institutionnelle du festival qui serait fragilisée.

La lisibilité des prix et la question de la légitimité artistique

La deuxième conséquence touche à la lisibilité et à la valeur symbolique des prix. Les JCC ont historiquement bâti leur réputation sur la clarté de leurs choix artistiques et sur la légitimité de leurs palmarès. Lorsque le processus de remise des prix devient opaque ou semble déconnecté de ceux qui les ont attribués, cette légitimité s’affaiblit.

La question soulevée par Brahim Letaief à propos du Tanit d’Honneur attribué au film La voix de Hind Rajab est, à cet égard, centrale. Si cette interrogation a pu se poser publiquement, c’est précisément parce que le jury a été privé de parole et n’a pas pu expliquer ses motivations lors de la cérémonie de clôture. Jointe au téléphone, la présidente du jury de la compétition des longs métrages de fiction, Najwa Najjar, a affirmé que ce Tanit d’Honneur a bien été décerné par le jury. Il n’en demeure pas moins que le simple fait que cette question ait pu émerger révèle une crise de lisibilité du processus décisionnel et met en cause une ligne rouge essentielle : la séparation entre décision artistique et décision administrative.

L’effacement du débat artistique et l’injustice faite aux films

Une autre conséquence majeure de cette clôture est l’effacement presque total du débat artistique. Au lendemain d’un festival, les discussions devraient porter sur les films, les choix du jury et les désaccords critiques. Or, cette fois, l’attention s’est déplacée presque exclusivement vers la cérémonie elle-même et les controverses qu’elle a suscitées.

Cette situation est injuste pour l’ensemble des professionnels dont le rôle est de prolonger la vie des films par l’analyse, mais surtout pour les lauréats, privés à la fois de parole sur scène et de l’attention médiatique qu’un prix aux JCC est censé leur offrir. Les films n’ont qu’un temps très limité pour exister dans l’espace public. En laissant la clôture occulter totalement les œuvres, le festival a fini par parler de lui-même, au détriment du cinéma.

La mémoire du festival et la peur d’un précédent

Au-delà des effets immédiats, cet épisode est appelé à s’inscrire durablement dans la mémoire des Journées cinématographiques de Carthage. Institution ancienne, les JCC reposent autant sur leurs archives que sur une mémoire professionnelle faite de crises, de ruptures et de moments charnières, qui structurent durablement le rapport des jurés et des cinéastes au festival.

Cette 36ᵉ édition risque ainsi d’être retenue moins pour ses films que comme un moment de rupture. Plus préoccupant encore, elle installe la peur d’un précédent : si la parole des jurys a pu être neutralisée une fois, rien ne garantit qu’elle ne le sera pas de nouveau. Dans les institutions culturelles, ce type de précédent est particulièrement corrosif, car il nourrit le doute, la méfiance et modifie durablement les comportements futurs.

La confiance institutionnelle, une fois entamée, ne se répare pas par des ajustements techniques ou communicationnels. Elle laisse des traces durables et influence la perception des éditions suivantes. C’est cette mémoire silencieuse, mais persistante, qui constitue l’un des risques majeurs pour les JCC.

Une lecture internationale et l’image culturelle de la Tunisie en jeu

Cet épisode a immédiatement fait l’objet d’une lecture internationale dépassant largement le cadre d’une cérémonie de clôture mal organisée. La diffusion multilingue de la déclaration du jury, la lettre ouverte de Brahim Letaief et la prise de position publique de Dorra Bouchouhca ont inscrit l’événement dans un espace discursif global.

Dans les milieux culturels internationaux, les festivals sont perçus comme des baromètres du rapport entre culture, pouvoir et liberté d’expression. Carthage occupe, à ce titre, une place singulière dans l’imaginaire du monde arabe, africain et du Sud global. Lorsque des jurés internationaux expliquent que leur parole a été empêchée, et que des professionnels tunisiens ressentent le besoin de s’exprimer publiquement pour défendre des principes fondamentaux, le signal envoyé dépasse immédiatement le champ du cinéma.

Cette lecture internationale affecte directement l’image culturelle de la Tunisie. Les JCC ont longtemps incarné une vitrine culturelle fondée sur le débat, l’engagement et la liberté d’expression. Ce capital symbolique, construit sur plusieurs décennies, se trouve aujourd’hui fragilisé.

Il ne s’agit pas d’affirmer que cette image est définitivement remise en cause, mais qu’elle entre dans une zone d’incertitude. Or, dans le champ culturel international, l’incertitude est souvent plus dommageable qu’une position clairement assumée. Le silence, l’absence de clarification ou la dilution des responsabilités laissent place à des interprétations durables. Lorsque la liberté de parole semble pouvoir être suspendue, même ponctuellement, c’est l’ensemble du récit culturel national qui est affecté.

Une exigence de clarification

Ce qui s’est produit lors de la clôture de la 36ᵉ édition des JCC ne pourra être ni effacé ni réduit à un simple dysfonctionnement organisationnel. Parce qu’il a été public et largement relayé, cet épisode appelle une clarification à la hauteur de l’histoire du festival.

Nées comme un festival militant, profondément politique au sens noble du terme, les Journées cinématographiques de Carthage ont été conçues comme un espace de résistance, de débat et de liberté d’expression pour les cinémas d’Afrique, du monde arabe et du Sud global. Cette dimension constitue leur ADN même. La priver, même ponctuellement, revient à en altérer la nature profonde.

La question posée par cette 36ᵉ édition dépasse donc largement une cérémonie de clôture. Elle interroge l’avenir même des JCC : resteront-elles fidèles à ce qu’elles ont toujours été — un espace de liberté et de parole — ou accepteront-elles que cette essence soit progressivement fragilisée ?

Neïla Driss

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JCC 2025 dans les Casernes : Projection de quatre courts métrages à l’École d’aviation Borj El Amri

Dans le cadre des activités parallèles de la 36ème session des Journées cinématographiques de Carthage, la 4e édition des ” JCC dans les casernes ” a été inaugurée mercredi 17 décembre 2025 à l’École d’aviation de Borj El Amri, en collaboration avec le ministère de la Défense nationale. L’événement s’est déroulé en présence de M. Kaïs Sghaïer, directeur de l’École d’aviation de Borj El Amri, et de Mme Mounira Mnif, membre du comité directeur des JCC et responsable du service de décentralisation des JCC.

Le directeur de l’École d’aviation de Borj El Amri s’est félicité de l’accueil de cette initiative culturelle au sein de l’institution, soulignant le rôle du cinéma comme puissant vecteur d’inspiration pour les individus, tant civils que militaires. Il a insisté sur l’importance du dialogue et de l’échange critique comme outils essentiels à l’enrichissement intellectuel.

Mme Mounira Mnif a, pour sa part, souligné la solidité et la continuité du partenariat entre le ministère des Affaires culturelles et le ministère de la Défense nationale, notant son impact positif sur le secteur audiovisuel grâce au soutien logistique, à la protection et à l’appui aux productions cinématographiques. Elle a également réaffirmé l’engagement de longue date des JCC en faveur d’un cinéma engagé centrés sur le côté humain et humaniste, insistant sur le fait que l’accès à la culture est un droit fondamental.

Le programme comprenait la projection de quatre courts métrages : le film tunisien « Pierre-Papier-Ciseaux », de Cherifa Benouda, sélectionné en compétition Ciné Promesse, « Café ?», du réalisateur sénégalais Bamar Kane, et « Oranges Road », du réalisateur syrien Sami Farah, tous deux présentés en compétition des courts métrages ; ainsi que le court métrage classique « VISA », de Brahim Letaief.

Pour conclure l’événement, et à l’occasion du 15e anniversaire du déclenchement de la révolution tunisienne, un spot publicitaire spécial produit par la Direction du patrimoine, de l’information et de la culture a été projeté, mettant en lumière le rôle de l’armée pendant la révolution de 2011.

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JCC 2025 : « Roqia » de Yanis Koussim clôt la compétition des longs métrages avec un thriller psychologique saisissant

Le film algérien “Roqia” réalisé par Yanis Koussim, a clôturé la projection des longs métrages en compétition des 36èmes Journées cinématographiques de Carthage (JCC) du 13 au20 décembre 2025. Ce long métrage a été projeté jeudi soir à l’Opéra de la Cité de la Culture pour sa première tunisienne.

Roqia raconte l’histoire d’un personnage vivant dans un monde imprégné de peur et d’angoisse, où le quotidien se mêle aux séquelles persistantes de violences passées.

Dans ce film, le disciple d’un vieux Raqi (un exorciste musulman) craint que la maladie d’Alzheimer de son maître ne libère le Mal.

Au fil du récit, des bribes d’un passé lié aux années de troubles et de violence en Algérie au début des années 1990 refont surface, transformant l’expérience personnelle en une confrontation avec un mal latent, prêt à ressurgir à tout moment.

Le film ne présente pas une narration linéaire et claire mais événements plutôt fragmentés, laissant au spectateur le soin de relier les points et de comprendre ce qui est visible et ce qui demeure caché. Ce travail est réalisé par la suggestion et l’exploration de la mémoire, plutôt que par une narration directe. Le film s’inscrit dans le genre du “cinéma” psychologique.

Sur le plan technique, le rythme du film est lent et progressif reflété par l’état psychologique des personnages, marqué par la tension et la crise de nerfs. La photographie, tout aussi sombre, avec sa lumière tamisée, évoque les ténèbres qui ont enveloppé l’Algérie des années 90, sans que le réalisateur n’intervienne directement dans la narration. Les scènes d’espaces clos dominent le film, instaurant un sentiment d’insécurité et d’étouffement. Le réalisateur a ainsi eu recours aux gros plans et aux très gros plans pour accentuer la peur et l’angoisse chez le spectateur, renforçant l’aspect horrifique du film et incitant le public à anticiper la suite des événements.

Autre particularité notable figure la quasi-absence de musique. Les scènes s’appuient plutôt sur le silence ou les bruits du quotidien, un choix artistique en accord avec la tonalité psychologique du film.

Le film explore le concept du mal comme une force latente dont l’influence persiste même après la disparition de ses manifestations violentes. Dans ce contexte, il fait indirectement référence à la guerre civile algérienne des années 1990 et aux violences armées qui en ont résulté, perpétrées notamment par le Groupe islamique armé (GIA).

Cependant, l’œuvre n’aborde pas directement cette période d’un point de vue historique, mais se concentre plutôt sur ses conséquences psychologiques et sociales à long terme.

Le film soulève également des questions sur la mémoire collective, les limites de l’oubli et la possibilité de dépasser le passé sans l’affronter. Il suggère qu’ignorer la mémoire pourrait permettre à la violence de ressurgir sous de nouvelles formes, faisant du film une réflexion sur les conséquences de ce conflit.

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JCC 2025 – Déclaration du jury des longs métrages sur son absence à la clôture

Le jury de la compétition des longs métrages de fiction de la 36ᵉ édition des Journées cinématographiques de Carthage, présidé par Najwa Najjar, scénariste et réalisatrice palestinienne, et composé du critique de cinéma français Jean-Michel Frodon, du réalisateur et producteur tunisien Lotfi Achour, de la scénariste et réalisatrice rwandaise Kantarama Gahigiri et du réalisateur et producteur algérien Lotfi Bouchouchi, a publié une déclaration afin d’expliquer son absence, la veille, lors de la cérémonie de clôture du festival.

Rédigée et diffusée simultanément en arabe, en français et en anglais, cette déclaration a été rendue publique le 21 décembre 2025. Elle commence depuis à circuler largement sur les réseaux sociaux, dépassant rapidement le cadre tunisien pour être relayée à une échelle internationale. À travers ce texte, le jury revient sur le déroulement de son travail, les conditions des délibérations, ainsi que sur les circonstances précises ayant conduit à la décision collective de ne pas assister à la cérémonie de clôture.



Déclaration du Grand Jury

Ce fut un grand honneur d’être parmi vous en tant que cinéaste palestinienne et Présidente du jury international du Festival de Cinéma de Carthage. Le directeur du festival, M. Mohamed Tarek Ben Chaâbane, et son équipe ont réuni une sélection remarquablement pensée de 14 films issus d’Afrique et du monde arabe. En ces temps particulièrement sombres — marqués par un génocide en Palestine et par d’immenses souffrances à travers la région — nous avons été rappelés au fait que Carthage a toujours été bien plus qu’un festival. Il est, et a toujours été, un espace de liberté de pensée, d’expression et de conscience.

Notre jury international a visionné les films pendant cinq jours avec le plus grand soin et un profond sens des responsabilités. Nous avons longuement débattu, réfléchi et confronté nos points de vue, nos délibérations finales s’étant étendues sur plus de six heures. Chacun d’entre nous a pris sur son temps personnel, professionnel et familial — cette mission étant exercée à titre bénévole, précision nécessaire au regard de certaines rumeurs — afin d’honorer le cinéma et de juger les œuvres avec rigueur et équité. Nous avons rédigé collectivement des motivations claires expliquant les choix des films primés et avons remis la liste finale au JCC la veille de la cérémonie de clôture.

Le samedi matin, nous avons reçu un appel des JCC nous informant que les films lauréats seraient annoncés et présentés par des personnes autres que les membres du jury. Surpris — cette pratique étant très inhabituelle dans les festivals internationaux — nous avons refusé cette proposition.

Il convient de préciser que, tout au long de ce processus, le JCC a joué un rôle de relais et de soutien, transmettant nos préoccupations de bonne foi et maintenant le dialogue avec nous. Les décisions finales concernant le format de la cérémonie ont toutefois été prises à un niveau institutionnel et administratif dépassant l’autorité directe et la seule discrétion du festival.

Nous avons alors proposé une solution alternative : que les parties concernées puissent prendre connaissance à l’avance de nos motivations écrites et que, si l’enjeu était de faire monter des personnalités sur scène, le jury présente les motivations tandis que les invités remettraient les prix.

Nos préoccupations ont été relayées par les JCC, et nous avons été convoqués à une répétition à 15h30 à l’Opéra. Il nous a été explicitement indiqué que nous étions libres de présenter les motivations et les prix comme nous l’entendions. Après trois heures de répétitions avec l’ensemble des jurys, nous sommes retournés à l’hôtel pour nous préparer à la soirée.

À 19h30, nous avons reçu un nouvel appel nous informant que nous revenions au point de départ : les prix seraient à nouveau remis par d’autres personnes que le jury, et nos motivations ne seraient pas lues. Nous avons alors indiqué qu’une telle décision pourrait entraîner notre absence et demandé que notre position soit transmise aux parties concernées dans l’espoir de parvenir à un compromis. Un nouvel appel, quelques minutes plus tard, nous a confirmé qu’aucun changement n’aurait lieu.

Malgré cela, nous sommes restés dans le hall de l’hôtel jusqu’à 21h15, espérant qu’un dialogue restait possible. Hélas, aucun autre appel n’est arrivé.

Une décision extrêmement difficile a alors été prise à l’unanimité par le jury. Par respect pour notre rôle, notre travail et la responsabilité éthique qui nous était confiée, nous avons choisi de ne pas assister à la cérémonie. Cette décision n’a pas été prise à la légère, mais par principe. Un jury international n’est pas une entité symbolique : il est au cœur de l’intégrité de tout festival. Réduire sa voix au silence revient à fragiliser les fondements mêmes de la liberté cinématographique et de la confiance que des festivals comme Carthage ont toujours incarnées.

Najwa Najjar,
Présidente du Jury

Lire aussi : JCC 2025 – Une lettre ouverte d’Ibrahim Letaief sur le respect des instances artistiques

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JCC 2025 – Une lettre ouverte d’Ibrahim Letaief sur le respect des instances artistiques



Au lendemain de la cérémonie de clôture de la 36ᵉ édition des Journées cinématographiques de Carthage, à laquelle les jurys n’ont pas assisté, le réalisateur Ibrahim Letaief a rendu publique une lettre ouverte adressée au Président de la République. Dans ce texte, rédigé dans un ton respectueux et institutionnel, il revient sur les circonstances de cet incident et alerte sur ses implications symboliques et culturelles pour un festival historique, pilier du rayonnement culturel de la Tunisie.
Ci-dessous la lettre:



Lettre ouverte à Son Excellence le Président de la République

Objet : Préservation de l’image culturelle de la Tunisie et du cadre institutionnel des Journées Cinématographiques de Carthage – Édition 2025

Son Excellence

Président de la République tunisienne

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma haute considération.

Je me permets de m’adresser à Votre Excellence en ma qualité de réalisateur tunisien, membre de l’un des jurys des Journées Cinématographiques de Carthage 2025, et en tant que citoyen profondément attaché à la place qu’occupe la culture dans l’image et le rayonnement de la Tunisie, tant à l’échelle régionale qu’internationale.

Les Journées Cinématographiques de Carthage, fortes de plus de soixante années d’existence, ne constituent pas une simple manifestation artistique. Elles représentent l’un des piliers de la diplomatie culturelle tunisienne, un symbole historique du dialogue entre les cinématographies arabes, africaines et internationales, ainsi qu’un témoignage de la continuité de l’État dans son soutien à l’action culturelle.

Je tiens, en préambule, à saluer avec la plus grande considération le travail artistique accompli par le directeur du festival, ainsi que les efforts importants déployés par l’ensemble de l’équipe d’organisation. Cette édition s’est distinguée, dans son déroulement général, par une programmation exigeante, un accueil attentif des cinéastes et une relation soutenue avec le public, à la hauteur de l’histoire et du prestige de ce festival.

Cependant, les faits survenus lors de la cérémonie de clôture appellent, avec tout le respect dû aux institutions, une clarification d’ordre institutionnel.

Il a été constaté que les jurys officiels, dont je faisais partie, n’ont pas été en mesure de monter sur scène ni d’assumer publiquement leur rôle au moment de l’annonce des résultats, dans un contexte marqué par des décisions organisationnelles et protocolaires prises en dehors du cadre habituellement établi.

Par ailleurs, le déroulement de la cérémonie de clôture a été modifié, et un prix ne figurant pas dans le règlement officiel du festival a été instauré, plaçant ainsi les jurys dans une situation ne leur permettant plus d’exercer leurs responsabilités artistiques conformément aux règles en vigueur.

Face à cette situation, les jurys ont choisi, de manière collective, calme et responsable, de se retirer d’eux-mêmes du déroulement de la cérémonie. Cette décision ne procédait ni d’un différend personnel ni d’une volonté d’escalade, mais d’un souci de cohérence institutionnelle et de respect du rôle indépendant confié aux jurys.

Monsieur le Président de la République,

Ces faits, bien que circonstanciels, ont suscité une vive incompréhension au sein des milieux cinématographiques, tant en Tunisie qu’à l’étranger. Les Journées Cinématographiques de Carthage font l’objet d’une attention soutenue de la part d’artistes, de professionnels et d’institutions culturelles internationales, pour lesquels la clarté des règles, l’indépendance des jurys et la stabilité du cadre institutionnel constituent des critères essentiels de crédibilité.

Lorsque le cadre organisationnel d’un festival de cette envergure apparaît fragilisé, ou lorsque les instances artistiques se trouvent marginalisées au moment même où elles devraient être au cœur de la scène, l’image de la Tunisie en tant que pays respectueux de la culture, du droit et de la liberté de création peut s’en trouver affectée.

La présente démarche ne vise nullement à mettre en cause des personnes en particulier, mais à souligner, avec tout le respect requis, la nécessité de préserver une séparation claire entre la décision artistique et l’autorité administrative, condition indispensable à la pérennité de ce festival historique et à la sauvegarde de sa réputation internationale.

La protection des Journées Cinématographiques de Carthage, le respect de leur règlement intérieur et la préservation de leurs équilibres institutionnels ne relèvent pas d’un enjeu sectoriel. Ils participent pleinement de la préservation de l’image de la Tunisie et de sa place culturelle dans le monde.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération.

Signature :
Ibrahim Letaief
Réalisateur

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Journées cinématographiques de Carthage – JCC 2025 : The Stories remporte le Tanit d’or

Tunis, 20 décembre – Le film égyptien The Stories du réalisateur Abu Bakr Shawky a remporté le Tanit d’or du long métrage de fiction lors de la 36ᵉ édition des Journées cinématographiques de Carthage (JCC). Le palmarès a été dévoilé samedi soir au Théâtre de l’Opéra de Tunis, à l’issue de la manifestation tenue du 13 au 20 décembre.

Le Tanit d’argent a été attribué à My Father’s Shadow du Nigérian Akinola Davies Jr, également lauréat du Prix Tahar Chériaa de la meilleure première œuvre. Le Tanit de bronze est revenu à Sink du réalisateur jordanien Zain Duraie.

Fondées en 1966, les JCC ont réuni cette année plus de 200 films issus de 44 pays, confirmant leur rôle de rendez-vous majeur des cinémas arabe et africain.

Le Tanit d’or de la 35ᵉ édition des Journées cinématographiques de Carthage avait été attribué à Les Enfants rouges de Lotfi Achour, dixième film tunisien à décrocher la plus haute distinction du festival depuis sa création en 1966.

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Journées cinématographiques de Carthage – JCC 2025 : Tout le palmarès de la 36è édition

JCC 2025L’édition 2025 a abouti à un palmarès reflétant la diversité des écritures cinématographiques arabes et africaines, à l’heure où les Journées cinématographiques de Carthage se projettent vers leur 60ᵉ anniversaire.

Palmarès de la compétition officielle des 36ᵉ JCC

■ Longs métrages de fiction

Tanit d’or : The Stories, Abu Bakr Shawky (Égypte)

Tanit d’argent : My Father’s Shadow, Akinola Davies Jr (Nigéria)

Tanit de bronze : Sink, Zain Duraie (Jordanie)

Prix d’honneur du jury : The Voice of Hind Rajab, Kaouther Ben Hania (Tunisie)

Prix du public : Where the Wind Comes From, Amel Guellaty (Tunisie)

Prix du meilleur scénario : Amel Guellaty, Where the Wind Comes From (Tunisie)

Meilleure interprétation féminine : Saja Kilani, The Voice of Hind Rajab (Tunisie)

Mention spéciale : L’actrice Debora Lobe Naney, Promised Sky (Tunisie)

Meilleure interprétation masculine : Nawwaf Aldaferi, Hijra (Arabie saoudite)

Mention spéciale : L’acteur Hussein Raad Zuwayr, Irkalla, le rêve de Gilgamesh (Irak)

Prix du meilleur décor : Assem Ali, My Father’s Scent (Égypte)

Prix du meilleur montage : Guillaume Talvas, Diya (Tchad)

Prix de la meilleure image : Miguel Ioann Littin Menz, Hijra (Arabie saoudite)

Prix de la meilleure musique : Afrotronix, Diya (Tchad)

■ Longs métrages documentaires

Tanit d’or : Liti Liti, Mamadou Khouma Gueye (Sénégal)

Tanit d’argent : The Lions by the River Tigris, Zaradasht Ahmed (Irak)

Tanit de bronze : On the Hill, Belhassen Handous (Tunisie)

Mention spéciale : Notre Semence, Anis Lassoued (Tunisie)

■ Courts métrages (fictions et documentaires)

Tanit d’or : 32 B, Mohamed Taher (Égypte)

Tanit d’argent : Coyotes, Said Zagha (Palestine)

Tanit de bronze : She’s Swimming, Liliane Rahal (Liban)

Mentions spéciales :

Le Fardeau des ailes, Rami Jarboui (Tunisie)

Café ?, Bamar Kane (Sénégal)

■ Compétition Première œuvre

Prix Tahar Chériaa : My Father’s Shadow, Akinola Davies Jr (Nigéria)

Prix TV5 Monde : Cotton Queen, Suzannah Mirghani (Soudan)

■ Ciné-Promesse

Prix : Pierre-Feuille-Ciseaux, Cherifa Benouda (Tunisie)

Mentions :

Was Never Her Choice, Marguerita Nakhoul (Liban)

Chercher Abbas Saber, Dina Hassan Aboelea (Égypte)

 

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Journées cinématographiques de Carthage – JCC 2025 : retour sur le palmarès

JCC 2025Tunis, 21 décembre – La 36ᵉ édition des Journées cinématographiques de Carthage (JCC) s’est achevée samedi soir au Théâtre de l’Opéra de Tunis, au terme d’une édition dense, marquée par la diversité des écritures cinématographiques et une forte présence des films tunisiens et des réalisatrices.

La cérémonie de clôture, initialement programmée plus tôt, s’est ouverte avec près de deux heures de retard en raison des conditions météorologiques pluviales. À l’issue de l’annonce du palmarès, le jury n’a pas accompagné ses choix de l’éclairage critique habituellement présenté avant la remise des distinctions.

La fiction consacre des parcours intimes et engagés

Le Tanit d’or du long métrage de fiction a été attribué à The Stories du réalisateur égyptien Abu Bakr Shawky, un film inspiré de l’histoire de ses parents. L’œuvre traverse plusieurs décennies de l’histoire contemporaine de l’Égypte à travers une relation épistolaire, entre mémoire individuelle et bouleversements collectifs.

Le Tanit d’argent est revenu à My Father’s Shadow du Nigérian Akinola Davies Jr, également lauréat du Prix Tahar Chériaa de la meilleure première œuvre.

Le Tanit de bronze a distingué Sink de la réalisatrice jordanienne Zain Duraie.

Plusieurs films tunisiens ont été primés. Where the Wind Comes From d’Amel Guellaty a remporté le prix du public, le prix du scénario et le prix de la critique. The Voice of Hind Rajab de Kaouther Ben Hania a obtenu le prix d’honneur du jury.

Documentaires : mémoire, territoires et transmission

Le Tanit d’or du long métrage documentaire a été attribué à Liti Liti (The Attachment) du Sénégalais Mamadou Khouma Gueye, consacré aux conséquences humaines du Train express régional de Dakar.

La Tunisie s’est distinguée avec plusieurs récompenses, portant à neuf le nombre total de prix tunisiens dans la compétition officielle.

Une édition tournée vers l’avenir

Lors de la clôture, le directeur des JCC, Tarek Ben Chaabane, a souligné la richesse de la programmation, marquée par plus de 200 films issus de 44 pays. Il a annoncé que la prochaine édition coïncidera avec le 60ᵉ anniversaire du festival.

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JCC 2025 : liberté d’expression et droits humains à l’honneur

JCC 2025Les Journées cinématographiques de Carthage ont annoncé, le vendredi 19 décembre 2025, les prix parallèles de leur 36ᵉ session. Ces distinctions, attribuées en marge du palmarès officiel, mettent en lumière des œuvres abordant des thématiques liées à la liberté d’expression et aux droits humains.

La liberté d’expression au cœur du palmarès

Le « Prix de la liberté d’expression cinématographique », décerné par le Syndicat national des journalistes tunisiens, a été attribué au film Où le vent nous emmène-t-il ? de la réalisatrice tunisienne Amal Guellaty. Cette distinction récompense une œuvre retenue pour son traitement cinématographique des enjeux liés à la liberté d’expression.

Dans le cadre de ce même prix, le jury a également attribué une mention spéciale au film Les oiseaux ne migrent pas du réalisateur tunisien Rami Jarboui.

Un jury composé de professionnels des médias et du cinéma

Le jury du Prix de la liberté d’expression cinématographique était composé du réalisateur Abdallah Chamekh ainsi que des journalistes Jihene Turki et Samah Kasdallah. Les délibérations ont été menées conformément aux critères définis par le syndicat.

Le Prix Lina Ben Mhenni dédié aux droits de l’homme

Le « Prix Lina Ben Mhenni des Droits de l’homme » a été décerné au film Les Lions sur le Tigre du réalisateur irakien Zardasht Ahmed. Cette récompense distingue une œuvre traitant de questions relatives aux droits humains.

Un jury académique pour le Prix Lina Ben Mhenni

Le jury de ce prix était composé des professeurs Amna Ben Ghorbal, Saïda Bennour et Hachemi Ben Fraj. À l’issue de leurs délibérations, un lauréat unique a été désigné pour cette édition.

Des prix parallèles ancrés dans l’identité des JCC

Les prix parallèles des Journées cinématographiques de Carthage s’inscrivent dans une tradition visant à valoriser des œuvres engagées et des regards cinématographiques sensibles aux enjeux sociétaux, en complément de la sélection officielle du festival.

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Carthage Pro 2025 : quels films primés aux ateliers Chabaka et Takmil ?

JCC 2025Depuis sa création en 2014, Carthage Pro s’est imposée comme une plateforme de soutien aux voix du cinéma arabe et africain. Organisé du 15 au 18 décembre 2025, l’événement a réuni des professionnels autour de deux ateliers complémentaires : « Chabaka », dédié au développement de projets cinématographiques, et « Takmil », consacré à l’accompagnement des œuvres en phase de post-production.

Les travaux ont été évalués par un jury composé de Imad Marzouk, Iman Dijon et Maria Teresa Cavina. À l’issue des délibérations, plusieurs prix ont été attribués afin de soutenir des projets issus de différents pays du continent africain et du monde arabe.

Les lauréats de l’atelier « Chabaka »

Le Prix du Centre National du Cinéma et de l’Image (CNCI) a été décerné au film Du cœur et du poumon de Walid Mattar (Tunisie). Le Prix Al Jazeera est revenu à Through Thick & Thin d’Abedalsalam Alhaj (Jordanie). Le Prix RED SEA a distingué Les Noces du Martyr de Yasir Faiz (Soudan), tandis que le Prix de l’OIF a récompensé Land Beyond de Nadine Salib (Égypte).

D’autres distinctions ont également été attribuées : le Prix Canal+ Afrique pour Dernier Souffle de Kevin Mavakala (République démocratique du Congo), le Prix TV5 Monde pour Land Beyond, le Prix IFT pour Souad et Lamine de Mohamed Ali Nahdi (Tunisie), ainsi que le Prix Rawayat, également décerné à Land Beyond.

Les lauréats de l’atelier « Takmil »

Dans la catégorie post-production, le Prix CNCI a été attribué à Chronicles from the siege d’Abdallah Al-Khatib (Palestine). Le Prix Al Jazeera a distingué Al Maghara de Mona Lotfy (Égypte), tandis que le Prix RED SEA a récompensé Solo d’Amine Boukhris (Tunisie).

Plusieurs partenaires ont également soutenu des projets : MAD Solutions pour Du cœur et du poumon, Pathé Touch Afrique et Leyth Productions pour You don’t die two times d’Ager Ouesleti (Tunisie), Goubantini pour Libre de Tarak Khalladi et Souad et Lamine, DTS pour Je mourrai libre de Mahrez Karoui (Tunisie), OIF et Mosaic Post Production Lab pour Solo, Canal+ Afrique pour WALATA de Boubacar Gakou Touré (Mali), et IFT pour This is my heaven de Marwen El Hechkel (Tunisie).

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