Les perspectives du marché pétrolier pour 2026 retiennent l’attention des analystes, après une année 2025 marquée par une forte volatilité. Les prix du baril ont évolué entre 58 et 83 dollars le baril, sous l’effet combiné de facteurs économiques et géopolitiques majeurs.
Après avoir franchi le seuil des 80 dollars début 2025, les cours du baril ont rapidement reculé à la mi-janvier à la suite de nouvelles sanctions américaines contre la Russie. En avril, l’annonce par Washington de droits de douane visant la majorité des pays du monde a accentué la pression sur les prix, avant une nouvelle phase de baisse en juin, alimentée par les craintes de perturbations de l’approvisionnement liées à la guerre israélo-iranienne.
Malgré ces chocs successifs, les prix du pétrole se sont globalement maintenus au-dessus des 60 dollars le baril en 2025, contredisant les scénarios d’un excédent massif, dans un contexte d’estimations parfois divergentes de l’offre et de la demande émanant des grandes institutions internationales.
Des prix globalement proches de 2025
La plupart des experts interrogés estiment que les prix du pétrole en 2026 devraient rester proches de leurs niveaux de 2025, même si plusieurs facteurs pourraient infléchir la tendance.
Ali bin Abdallah Al-Riyami, conseiller énergétique au Sultanat d’Oman et ancien directeur général du marketing au ministère de l’Énergie et des Minéraux, prévoit un prix moyen annuel inférieur à 70 dollars. Selon lui, les cours devraient évoluer entre 55 et 65 dollars au premier et au deuxième trimestre de 2026, contre 65 à 70 dollars sur la même période en 2025. Une amélioration est envisageable au second semestre, à la faveur d’une conjoncture économique plus favorable et d’un apaisement des tensions géopolitiques, notamment avec une possible fin de la guerre commerciale. En l’absence d’intervention spécifique des huit pays de l’alliance OPEP+, les prix resteraient toutefois cantonnés entre 60 et 65 dollars.
Paul Heikin, rédacteur en chef de Petroleum Economist, partage une analyse similaire. Il anticipe des prix compris entre 55 et 60 dollars à court terme en 2026, avant une remontée vers 70 à 75 dollars au second semestre. Il souligne néanmoins le rôle de facteurs imprévisibles, comme la Russie, le Venezuela ou l’Iran, ainsi que l’éventuel ralentissement des achats stratégiques chinois à des niveaux de prix plus élevés. Selon lui, ces éléments devraient instaurer un plafond de fait autour de 75 à 80 dollars le baril.
Ahmed Chawki, directeur de l’unité de recherche énergétique, estime pour sa part que les prix resteront sous pression en raison d’un excédent attendu, sauf retournement majeur, tel qu’un accord de paix entre l’Ukraine et la Russie ou des décisions politiques inattendues des États-Unis. Il prévoit des cours autour de 60 à 65 dollars au premier semestre 2026, suivis d’une légère hausse au second semestre, soutenue par une reprise économique progressive et un nouvel assouplissement monétaire des banques centrales.
Giovanni Stanovo, analyste matières premières chez UBS, table sur un Brent à 62 dollars à la fin du premier trimestre 2026, 65 dollars à la mi-année et 67 dollars en fin d’exercice.
Des moyennes annuelles sous pression
La fondation Vanda Insights EnergyMarkets anticipe un prix moyen annuel du Brent compris entre 60 et 64 dollars le baril, dans un contexte d’excédent estimé entre un et 1,5 million de barils par jour.
Pour Nader Etim, analyste du marché pétrolier au Moyen-Orient chez Argus Media, l’évolution des prix dépendra largement des décisions des huit pays de l’OPEP+. Bien qu’un surplus d’offre soit attendu et que l’alliance poursuive ses hausses de production, il estime que l’OPEP+ pourrait ajuster sa stratégie en cas de baisse marquée des prix afin de soutenir le marché. Il prévoit ainsi un prix moyen proche de celui de 2025, voire légèrement inférieur, entre 66 et 68 dollars.
À l’inverse, Omod Choukri, conseiller principal en géopolitique énergétique, se montre plus pessimiste, avec une moyenne attendue entre 50 et 58 dollars, contre 66 à 69 dollars en 2025. Selon lui, seuls un durcissement des sanctions contre l’Iran ou la Russie, ou une reprise chinoise plus vigoureuse que prévu, pourraient pousser les prix vers 60 à 65 dollars. Le scénario de base reste néanmoins inférieur à 60 dollars, en raison de la forte hausse de l’offre hors OPEP.
Christine Guerrero, spécialiste du secteur pétrolier et gazier, prévoit pour sa part un Brent moyen entre 55 et 60 dollars, certains analystes n’excluant pas une chute vers 40 à 50 dollars en cas de surplus marqué.
Le Brent peut-il atteindre 80 dollars ?
Selon Christine Guerrero, des perturbations inattendues pourraient resserrer l’équilibre du marché, générer une prime de risque et propulser les prix vers 70 à 80 dollars, voire davantage lors de pics temporaires.
Bob McNally, président de RapidanEnergy, reste toutefois pessimiste. Il estime que le scénario central, avec une probabilité de 60 %, voit le Brent converger vers le milieu des 50 dollars, à mesure que l’excédent pétrolier se déplace du transport maritime vers les capacités de stockage terrestres de l’OCDE.
Enfin, Carole Nakhle, PDG de CristolEnergy, souligne que le principal risque haussier pour 2026 demeure géopolitique. Une escalade des tensions ou des perturbations imprévues dans les grandes zones de production pourraient temporairement réduire l’offre et provoquer une flambée des prix.
En conclusion, la plupart des experts s’accordent à prévoir un prix du Brent compris entre 55 et 65 dollars sur l’ensemble de l’année 2026, avec un potentiel de hausse vers 75 dollars en cas d’amélioration économique ou de choc géopolitique majeur :
- 1er et 2e trimestres : 55 à 65 dollars le baril.
- 3e et 4e trimestres : 68 à 75 dollars le baril.
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