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Tunisie | L’OIM assiste 8 853 migrants au retour volontaire en 2025

En 2025, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) en Tunisie a franchi un cap record en matière d’assistance aux migrants en facilitant le retour de 8 853 migrants vers leurs pays d’origine, dans le cadre de son programme d’aide au retour volontaire et à la réintégration.

C4est ce qu’indique l’OIM dans un communiqué publié le 7 janvier 2026 à Tunis, ajoutant qu’à ce chiffre s’ajoutent 103 demandeurs d’asile et refugies qui ont bénéficié de la réinstallation dans 5 pays tiers.

Ces retours ont été accompagnés d’un appui individualisé, basé sur l’identification des besoins des migrants en Tunisie et à l’arrivée, allant des opérations de sensibilisation aux procédures, jusqu’á l’organisation logistique du voyage par vols commerciaux et charters.

Le nombre de bénéficiaires au programme a enregistré une hausse de 28% par rapport à l’année 2024. Une hausse du nombre de migrants présentant des vulnérabilités aiguës a également été enregistrée, y compris des enfants non accompagnés ou séparés, ainsi que des victimes de traite.

Le programme d’aide au retour volontaire de l’OIM propose une approche intégrée pour garantir une réintégration durable des bénéficiaires. Cette dernière est fournie directement aux migrants de retour sous forme d’une assistance adaptée, conçue sur la base des besoins spécifiques de chaque personne, en tenant compte de son parcours, capacités, vulnérabilités et des circonstances du retour. Cet appui personnalisé vise à renforcer l’autonomisation des migrants de retour, en leur permettant de s’approprier pleinement leur processus de réintégration et de décider de l’utilisation la plus appropriée de l’aide reçue.

En 2025, les opérations de retour ont concerné 27 pays de destination et ont été organisées à travers 22 vols charters et 368 vols commerciaux. Elles sont le résultat d’une étroite collaboration avec les autorités tunisiennes compétentes, les ambassades et consulats, et les autorités des pays d’origine, ainsi qu’avec les missions de l’OIM qui ont travaillé de manière coordonnée afin d’accompagner les migrants tout au long de leur parcours de retour et réintégration.

«Cette collaboration multipartite avec nos différents partenaires constitue un pilier fondamental de l’approche de l’OIM pour une gouvernance migratoire efficace et respectueuse des droits humains», souligne Azzouz Samri, chef de mission de l’OIM en Tunisie.

Le programme d’aide au retour volontaire et à la réintégration est soutenu par l’Union européenne, ainsi que les gouvernements de l’Autriche, France, de l’Italie, des Pays-Bas, de la République tchèque, de la Suède et du Royaume-Uni.

I. B.

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Vers une forte hausse des dépenses militaires en 2026

Selon le cabinet mondial du conseil financier deVere Group, les valeurs de la défense représentent aujourd’hui l’une des «opportunités stratégiques les plus importantes» pour les investisseurs. Cette analyse intervient alors que les pressions géopolitiques contraignent les gouvernements à maintenir leurs dépenses militaires et à prendre des engagements de sécurité à long terme, remodelant ainsi les marchés mondiaux.

Nigel Green, PDG de deVere Group, a déclaré : «En Europe, au Moyen-Orient, en Asie de l’Est, en Amérique et dans l’Arctique, les décisions politiques se traduisent directement par des augmentations des budgets de défense et des procédures d’acquisition.»

Le Royaume-Uni et la France ont confirmé leur disponibilité à déployer des forces en Ukraine dès qu’un cessez-le-feu sera conclu, signe que la sécurité d’après-guerre reposera sur des cadres militaires permanents plutôt que sur des garanties temporaires.

Au Moyen-Orient, le conflit israélo-palestinien continue d’accroître les risques régionaux, renforçant la demande en matière de défense aérienne, de renseignement et de protection navale.

En Asie de l’Est, la montée des tensions entre la Chine et Taïwan accélère les investissements de défense dans la région indo-pacifique, tandis que Washington, sous la présidence de Donald Trump, renforce la dissuasion des alliés.

L’Amérique latine et l’Arctique occupent désormais une place centrale dans l’équation de la sécurité mondiale. L’intervention militaire américaine récente au Venezuela a souligné la volonté de Washington de projeter sa puissance dans son propre hémisphère, tandis que le regain d’intérêt stratégique pour le Groenland a placé la sécurité arctique au premier plan des plans de défense, dans un contexte d’intensification de la concurrence pour les routes maritimes du Nord, les infrastructures de surveillance et les systèmes de détection de missiles.

Les facteurs qui détermineront la performance de la défense en 2026 sont structurels plutôt que conjoncturels. La sécurité nationale est désormais au cœur de la planification économique, et cette réalité redéfinit la manière dont les risques et les opportunités sont évalués.

Les conséquences pour les entreprises de défense sont considérables. Les cycles d’acquisition s’allongent, les carnets de commandes s’étoffent et les investissements s’accélèrent dans la défense antimissile, la cyberguerre, la surveillance spatiale, les systèmes autonomes et les plateformes de commandement intégrées.

Plusieurs grands fabricants d’armement augmentent leurs capacités de production pour répondre à la demande mondiale croissante d’intercepteurs de défense aérienne, de technologies de surveillance et de systèmes de combat, ce qui renforce les perspectives de croissance soutenue des revenus.

I. B.

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Recrudescence inquiétante des féminicides en Tunisie

Les meurtres de femmes se poursuivent en Tunisie, avec deux crimes enregistrés durant les premiers jours de l’année 2026 : le 1er janvier, Ikhlas a été assassinée à Mahdia, et le 5 janvier, Olfa a été tuée à Menzel Bourguiba.

Ces deux meurtres s’inscrivent dans la continuité d’une année 2025 qui a enregistré30 meurtres de femmes, indique l’association féministe Aswat Nissa sur s page Facebook, estimant que le nombre réel est probablement plus élevé en raison du manque de transparence, de la sous-déclaration et des difficultés d’accès à l’information.

A titre de comparaison, seulement 6 féminicides avaient été recensés en 2018, ce qui signifie que les violences faites aux femmes ont quintuplé en moins de 7 ans.

Ces chiffres ne sont pas le fruit du hasard, ni de simples statistiques ; ils sont plutôt la conséquence directe de politiques étatiques défaillantes en matière de prévention de la violence, d’un manque persistant de protection des femmes, d’un laxisme dangereux des forces de l’ordre et d’une normalisation officielle de la violence et de l’impunité, estime l’association.

«Cette dangereuse escalade témoigne d’un manque de protection des femmes et d’une insuffisance dans l’application des lois, et confirme que le meurtre de femmes n’est plus un incident isolé, mais un phénomène qui exige une intervention urgente», note Aswat Nissa, qui Nous condamne fermement ces crimes et exige que «l’État assume ses responsabilités, assure la protection des femmes, traduise les auteurs en justice et mette fin à l’impunité.»

I. B.

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105 espèces d’oiseaux d’eau recensées en Tunisie  

La présence des oiseaux d’eau en Tunisie a connu de légères fluctuations, entre 2019 et 2023, avec un minimum de 376 691 individus en 2019 et un maximum de 543 095 en 2023. Au total, 105 espèces différentes ont été recensées sur cette période. La tendance générale observée au niveau national est globalement légèrement positive, c’est ce qui ressort du rapport sur le Dénombrement des oiseaux d’eau en Tunisie pour la période 2019-2023 publié, fin 2025, par l’association « Les Amis des Oiseaux ».

D’après le rapport, au cours de ces cinq années, les effectifs ont fluctué, mais la moyenne nationale annuelle s’établit à 477 768 individus, soit une augmentation moyenne de 29 878 oiseaux d’eau par rapport à la période 2009-2018.

La richesse spécifique a atteint 105 espèces d’oiseaux d’eau, avec quelques observations remarquables : une cigogne noire et un héron pourpré, davantage migrateurs qu’hivernants, ainsi qu’une bécassine sourde, un flamant nain et une mouette tridactyle, toutes trois très rares en Tunisie.

Espèces en déclin

Selon la même source, neuf espèces présentent une tendance significativement négative. Parmi elles, deux, la tadorne casarca et le goéland leucophée, ont un statut phénologique de nicheur sédentaire (NS), tandis que les sept autres sont des hivernants ou des visiteurs de passage (HI, VP). Certaines, comme le canard pilet et la grèbe à cou noir, sont à la fois hivernantes et nicheuses occasionnelles.

Photos Association « Les Amis des Oiseaux ».

Ces tendances pourraient refléter des changements au sein des populations biogéographiques, certaines espèces migratrices, comme la grue cendrée, ne traversant plus la Méditerranée en raison des effets du changement climatique. D’autres, comme le goéland leucophée, dont la population a auparavant augmenté grâce à l’abondance de nourriture dans les décharges, affichent désormais une tendance négative encore inexpliquée.

En hiver 2014, la Tunisie comptait 36 095 fuligules milouins. Entre 2019 et 2023, les effectifs de cette espèce vulnérable ont chuté drastiquement, de 4 835 individus en 2019 à seulement 399 en 2023. Ce déclin alarmant s’explique par plusieurs menaces : urbanisation et aménagement des zones humides, perturbations humaines, chasse et braconnage. En Tunisie, l’espèce est protégée par la loi, mais elle continue d’être victime d’actes de braconnage.

Espèces en augmentation

Six espèces montrent une tendance positive, dont le petit gravelot, l’avocette élégante et l’ibis falcinelle. L’essor de cette dernière pourrait être lié à sa nidification récente en Tunisie, observée entre 2018 et 2023.

En 2023, le llamant rose (Phoenicopetus roseus) était l’espèce d’oiseau d’eau la plus abondante, représentant 18 % des effectifs avec 83 108 individus recensés dans 55 zones humides. En 2018, ils étaient 79 616, répartis sur 83 sites. Le bécasseau variable arrive en deuxième position en 2023 avec 68 080 individus observés dans 49 zones, soit 15 % du total annuel, contre 38 388 individus en 2018 dans 78 sites.

Photos Association « Les Amis des Oiseaux ».

Parmi les espèces globalement menacées, l’érismature à tête blanche (Oxyura leucocephala) a enregistré des effectifs remarquables : 1 064 individus en janvier 2021 et 2 415 en janvier 2022, dont 2 200 à Sebkhet Sejoumi. Malgré ces pics, une surveillance continue reste essentielle pour détecter tout changement.

L’AAO est une Ong à but non lucratif qui œuvre pour une meilleure connaissance, le suivi et la protection de la biodiversité en Tunisie et plus particulièrement des oiseaux et leurs habitats.

D’après Tap. 

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Tunisie | Face à la logique de la force, un front intérieur fort

Ecoutez bien ! Laissons de côté les vaines fanfaronnades et les discours clivants. On peut s’accorder à dire que les États-Unis sont un État voyou, et en parler comme on veut, mais force est de constater que cela ne changera rien, du moins pas pour l’instant. La seule solution pour contrer la logique de la force réside dans une nation forte et unie.

Sami Jallouli *

Qu’on le veuille ou non, nous sommes confrontés à une force irrésistible une fois qu’elle a pris une décision. Qu’on l’appelle arrogance ou démonstration de force, elle n’en demeure pas moins une réalité tangible. Nous avons vu des banques et des multinationales capituler et débourser des centaines de millions de dollars pour se sauver.

Par exemple, la société française Alstom, dont le directeur avait d’abord raillé une amende américaine d’environ 770 millions de dollars, a finalement cédé et payé. Qui plus est, les Américains ont pris le contrôle de l’entreprise.

Pire encore, une équipe du FBI a pénétré dans le siège de l’entreprise, en plein cœur de Paris, et a confisqué tous les documents qu’elle souhaitait sans que personne n’ose l’arrêter, alors même qu’elle se trouvait sur le territoire d’un pays aussi puissant que la France.

Une autorité transnationale

Cette influence s’étend jusqu’à vous, même si vous n’avez jamais mis les pieds en Amérique. Le simple fait d’utiliser le dollar pour une transaction financière, ou Gmail pour vos communications, suffit à vous placer sous leur juridiction, qui exerce une autorité internationale et transnationale.

Vous pourriez dire que c’est illégal, et je serais d’accord, mais une fois entré sur leur territoire, vous ne pouvez rien y faire…

Le problème, c’est que certaines personnes continuent d’aborder les questions cruciales et stratégiques sous un angle émotionnel, oubliant que diriger des pays est totalement différent de diriger des organisations de défense des droits de l’homme.

Oui, nous rejetons toute ingérence étrangère, mais la souveraineté se consolide en renforçant le front intérieur, et non par des slogans. Ce renforcement ne peut être réalisé que par un véritable dialogue national, une ouverture à tous ceux qui croient en un État civil et démocratique, et en offrant aux jeunes la possibilité d’innover et de travailler sans contraintes juridiques obsolètes.

Il y a quelques mois, dans un article paru dans la revue L’Économiste Maghrébin, j’appelais à la nécessité de s’asseoir à la table du dialogue et à l’avènement d’un examen approfondi des politiques publiques… Je crois que cette opportunité demeure, malgré son retard…

L’édification d’un système économique et politique cohérent, la maîtrise des sciences et la formation d’un front national pour défendre nos intérêts supérieurs constituent le seul rempart imprenable. Autrement, notre rhétorique actuelle ne fera qu’engendrer un populisme fallacieux et opportuniste aux conséquences désastreuses pour tous.

Article traduit de l’arabe.

* Juriste et politologue.

Page Facebook de l’auteur.

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Souveraineté et mise sous tutelle | Le cas du Venezuela

L’extraction d’un chef d’État en exercice, sans conflit armé ni effondrement institutionnel visible, marque une inflexion majeure dans les pratiques de la puissance internationale. Au-delà du cas vénézuélien, cet épisode interroge la réalité contemporaine de la souveraineté, la portée effective du droit international et les nouvelles formes de domination politique à l’ère de la contrainte indirecte. (Ph. L’après Maduro au Venezuela frappé du sceau de l’incertitude).

Sabrine Bouzeriata *

Ce qui s’est produit récemment au Venezuela ne peut être réduit à un simple épisode de transition politique ou à une correction tardive d’un régime contesté.

Il s’agit d’un événement révélateur d’une transformation profonde de l’ordre international, où la force ne s’exerce plus prioritairement par la guerre, mais par l’érosion méthodique des capacités étatiques.

Une défaite déjà inscrite dans les institutions

Un président en exercice a été neutralisé au cœur même de son appareil institutionnel, sans invasion, sans affrontement militaire, sans rupture formelle de l’ordre constitutionnel.

Cette réalité oblige à déplacer le regard : la question n’est plus celle de la légitimité d’un régime, mais celle des conditions dans lesquelles un État peut encore exercer une souveraineté effective.

Le Venezuela n’a pas été défait militairement. Il a été progressivement affaibli. Les sanctions économiques prolongées, l’isolement financier, la pression sur la monnaie, la contraction des échanges et la fragmentation sociale ont produit un environnement où l’État fonctionne en tension permanente. L’acte final n’a fait que matérialiser une défaite déjà inscrite dans les structures.

Cette séquence illustre une évolution majeure des rapports de force internationaux. La domination ne passe plus nécessairement par l’intervention directe, mais par la création d’un épuisement stratégique. Il ne s’agit plus de renverser un pouvoir, mais de le rendre inopérant, incapable de décider, de protéger ou de résister.

Dans ce cadre, les références au droit international, à la démocratie ou aux droits humains conservent une présence discursive, mais leur application apparaît sélective. Elles fonctionnent comme des instruments de légitimation a posteriori, rarement comme des garde-fous contraignants. La cohérence normative cède le pas à l’utilité géopolitique.

Le coût de la dissidence géostratégique

Le constat est désormais difficile à contourner : certains États peuvent s’écarter largement des standards démocratiques sans subir de conséquences majeures, tant qu’ils respectent les lignes d’alignement stratégique. D’autres, en revanche, sont sanctionnés non pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils refusent d’être.

Le critère central n’est donc ni la gouvernance, ni la transparence, ni même la stabilité interne. Il est celui de la conformité géopolitique. Le coût de la dissidence stratégique est devenu plus élevé que celui de l’autoritarisme aligné.

Ce qui frappe également, c’est la normalisation du procédé. L’événement est traité comme une opération de gestion politique : communiqués sobres, procédures juridiques invoquées, narratifs maîtrisés. Le chef d’État se transforme en objet sécuritaire, et la société concernée disparaît du champ de l’analyse.

Au-delà du cas vénézuélien, cette séquence interpelle directement les États du Sud, notamment ceux du pourtour méditerranéen. Elle rappelle que la souveraineté proclamée ne suffit plus. Sans capacité économique autonome, sans cohésion sociale, sans marge stratégique réelle, l’État devient vulnérable à des formes de pression indirectes, mais redoutablement efficaces.

Les constitutions ne garantissent plus à elles seules la protection du pouvoir politique. Les élections non plus. Ce qui demeure déterminant, c’est l’existence d’un rapport de force tangible, multidimensionnel, capable de dissuader toute mise sous tutelle.

Ce qui s’est joué au Venezuela n’est donc pas une exception. C’est un précédent. Un avertissement clair : dans le nouvel ordre mondial, la souveraineté n’est plus un droit abstrait, mais une capacité concrète. Et tout État incapable de la défendre s’expose à être traité non comme un acteur, mais comme un dossier.

* Journaliste et analyste politique.

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Ayachi Hammami en grève de la faim en prison depuis 34 jours

Dans un post Facebook publié mardi 6 janvier 2026, traduit de l’arabe et reproduit ci-dessous, Me Dalila Ben Mbarek Msaddek attire l’attention de l’opinion publique sur la situation difficile de l’activiste politique Ayachi Hammami, en grève de la faim en prison depuis son incarcération le 2 décembre 2025, en exécution du verdict prononcé par la Cour d’appel le condamnant à 5 ans de prison ferme et à 2 ans de surveillance administrative, dans le cadre de la fameuse affaire dite de « complot contre la sûreté de l’Etat».

«À qui de droit :

«Aux amis, camarades et collègues d’Ayachi Hammami :

«Votre ami, camarade et collègue, Ayachi Hammami, qui a défendu et combattu pour tous sans discrimination ni distinction, est en grève de la faim depuis 34 jours, n’ayant ni goûté à la nourriture ni à la chaleur du café depuis son incarcération à la prison de Mornaguia.

«Il souffre en silence et avec une résilience historique… Malgré les pétitions et les appels, Ayachi a refusé de mettre fin à sa grève de la faim, non par entêtement ni par quête d’héroïsme… Il attend simplement une initiative d’union et un plan d’action collective visant à affronter politiquement le régime d’oppression et de tyrannie…

«Il ne s’arrêtera pas tant qu’il n’aura pas atteint ce but… Vous avez donc le choix : soit défendre votre patrie, soit vous contenter de publications sur Facebook et de messages de soutien, et le laisser dépérir peu à peu dans sa cellule, dans un silence terrible…

«Je le cite sans mentionner que, jusqu’à ce jour, nous n’avons pas été à la hauteur de ses sacrifices et de sa résilience… et les structures de la profession d’avocat sont les premières concernées.»

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Barbouzerie américaine à Caracas, trouille à Téhéran !

Alors que le monde est en passe de devenir un immense Far West où le shérif Donald Trump souffle le chaud et froid, le régime théocratique en Iran se retrouve confronté à une équation insoluble. Contenir la contestation interne qui se répand dans l’ensemble du pays comme une traînée de poudre et éviter que Trump qui a menacé d’intervenir ne passe à l’acte. La République islamique est entrée en «mode survie». Aujourd’hui, les dirigeants iraniens ne savent plus quoi faire et sont dans une situation de grande inquiétude. 

Imed Bahri

Farnaz Fassihi, actuellement chef du bureau du New York Times auprès des Nations Unies et qui a couvert l’Iran pendant plus de trente ans, observe comment Téhéran se trouve confronté à un dilemme complexe : l’escalade des troubles intérieurs et la menace de frappes extérieures. Son enquête montre que le régime iranien, pris en étau entre une économie en ruine et une colère populaire grandissante, ne dispose d’aucune solution claire permettant à la fois d’apaiser les tensions internes et d’éviter une escalade avec Israël et les États-Unis. 

Le gouvernement dans une impasse

Fassihi note que ces dernières années, le gouvernement iranien s’est habitué à réprimer par la force les vagues successives de manifestations nationales contestant son pouvoir. Toutefois, pour la première fois, les dirigeants du pays sont confrontés à un défi plus complexe à savoir une agitation intérieure croissante qui coïncide avec une menace militaire extérieure. Le gouvernement semble dans une impasse face à la gestion simultanée de ces deux problèmes, sans stratégie claire pour enrayer l’effondrement économique qui alimente les manifestations et sans aucune indication que les dirigeants iraniens soient disposés à faire des concessions suffisantes sur leur programme nucléaire pour apaiser Israël et les États-Unis et éviter le risque d’une nouvelle série de frappes.

Depuis deux semaines, des manifestations secouent l’Iran. Bien qu’elles n’aient pas atteint l’ampleur des deux derniers grands soulèvements –l’un en 2022 mené par des femmes et l’autre en 2019 déclenché par la hausse des prix du carburant– elles ont ébranlé les hauts responsables et suscité des réactions rapides des États-Unis et d’Israël. Le président Trump a menacé d’intervenir, déclarant sur les réseaux sociaux que les États-Unis viendraient en aide au peuple iranien si l’Iran tuait des manifestants pacifiques, ajoutant : «Nous sommes pleinement préparés et prêts à agir».

De leur côté, le ministre israélien des Affaires étrangères et plusieurs responsables gouvernementaux ont publiquement apporté leur soutien aux manifestants. «Israël est à vos côtés et vous soutient de toutes les manières possibles», a déclaré Gila Gamliel, ministre israélien de l’Innovation, des Sciences et des Technologies, dans une vidéo publiée la semaine dernière. Samedi, l’armée américaine a attaqué le Venezuela, l’un des plus proches alliés de l’Iran, et a capturé son dirigeant Nicolás Maduro. Lors d’une conférence de presse où Trump a déclaré que Washington entendait «gérer» ce pays d’Amérique du Sud et le secrétaire d’État Marco Rubio a insisté sur le fait que les autres pays devaient en prendre note.

Les dirigeants et personnalités politiques iraniens semblaient désemparés et choqués. Les conséquences pour Téhéran sont considérables. Les lignes de défense s’effondrent

Ali Gholahki, commentateur iranien aux positions radicales, a déclaré lors d’un entretien téléphonique que la situation économique désastreuse avait joué un rôle déterminant dans la chute des dirigeants vénézuéliens et syriens, en engendrant une spirale de mécontentement populaire et en démoralisant les forces de sécurité. Il a ajouté : «La leçon pour l’Iran est qu’il faut être extrêmement prudent pour éviter que le même scénario ne se reproduise. Lorsque les forces antiémeutes, les forces de sécurité et l’armée peinent à boucler leur budget, les lignes de défense s’effondrent».

Suite à la menace de frappes proférée par Trump vendredi, le Conseil suprême de sécurité nationale –l’organe responsable de la sécurité intérieure et extérieure– a tenu une réunion d’urgence tard dans la nuit pour examiner les moyens de contenir les manifestations avec moins de violence et d’éviter d’attiser davantage la colère populaire.

Selon trois responsables iraniens proches du dossier, ayant requis l’anonymat en raison de la nature sensible des discussions, les préparatifs en vue d’éventuelles frappes militaires ont également été abordés.

Ces responsables ont indiqué que de hauts responsables avaient reconnu, lors de réunions et de conversations privées, alors que les manifestations se poursuivaient, que la République islamique était entrée en «mode survie». Le pays semble démuni face à l’effondrement économique qui alimente les troubles, ou face à la menace d’une nouvelle escalade avec Israël et les États-Unis.

Le président Massoud Pezeshkian l’a déclaré publiquement à plusieurs reprises ces dernières semaines, allant même jusqu’à affirmer une fois qu’il n’avait aucune idée pour résoudre les nombreux problèmes de l’Iran. «Toute politique fondée sur l’injustice est vouée à l’échec», a déclaré M. Pezeshkian jeudi, lors de sa première apparition publique depuis le début des manifestations. «Il faut accepter que le fait que nous devions écouter le peuple», a-t-il martelé.

Les mesures prises jusqu’à présent par le gouvernement pour faire face à la crise économique, telles que le remplacement du gouverneur de la banque centrale et l’annonce de modifications de la politique monétaire, n’ont donné que des résultats limités.

Programme nucléaire et lutte contre la corruption

Une véritable refonte économique exigerait des changements majeurs pouvant mener à un accord nucléaire avec Washington qui lèverait les sanctions et à une lutte acharnée contre la corruption.

Le gouvernement semble soit incapable de prendre ces mesures, soit peu disposé à le faire. Les analystes estiment que les crises du pays sont interdépendantes. L’économie a été gravement affectée par les sanctions américaines sur les ventes de pétrole et les transactions bancaires internationales, imposées en 2018 lorsque Trump s’est retiré de l’accord nucléaire avec Téhéran. Après le rétablissement des sanctions par le Conseil de sécurité de l’Onu en septembre, le rial iranien a encore chuté. La corruption généralisée et la mauvaise gestion ont également aggravé la situation.

À ces difficultés s’ajoute le conflit persistant avec Israël, qui a perpétré des assassinats et des bombardements visant des installations nucléaires et militaires, tandis que l’Iran armait et finançait des groupes armés au Liban, à Gaza et en Cisjordanie. En juin, Israël a lancé une attaque surprise contre l’Iran, déclenchant un conflit de douze jours qui s’est soldé par un bombardement américain d’installations nucléaires iraniennes, causant d’importants dégâts.

Selon trois responsables, les inquiétudes se sont accrues cette semaine quant à la possibilité qu’Israël profite de l’instabilité intérieure persistante pour lancer une nouvelle attaque. Ils ont ajouté que les déclarations de Trump et de responsables israéliens ont exacerbé ces craintes. Pezeshkian a tenu deux réunions d’urgence avec son conseil consultatif économique la semaine dernière, demandant des directives écrites et des éléments de langage en cas d’aggravation de la crise, d’après deux responsables au fait du dossier ayant requis l’anonymat. Ces derniers ont indiqué que certains conseillers ont suggéré à Pezeshkian de rejeter la responsabilité, dans ses discours publics, sur la «double structure de pouvoir» en Iran où les décisions clés sont prises par le Guide suprême, l(ayatollah Ali Khamenei.

Samedi, Khamenei a adopté une position plus intransigeante que le président, déclarant publiquement que «les fauteurs de troubles doivent être remis à leur place» et accusant des «ennemis extérieurs» de la chute de la monnaie et d’autres problèmes économiques. Il a toutefois reconnu que les commerçants des bazars de Téhéran étaient en droit de protester contre les fluctuations des prix.

La vague de contestation actuelle a débuté cette semaine après la fermeture des boutiques par ces commerçants en signe de protestation. Alors que les grèves s’étendaient à d’autres villes, le gouvernement a décrété quatre jours fériés nationaux, jusqu’à dimanche, afin de tenter d’endiguer la situation.

Selon des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux et des articles de presse iraniens, la plupart des commerces du bazar de Téhéran sont restés fermés dimanche. Des manifestations sporadiques ont eu lieu et un important dispositif policier anti-émeute a été déployé. Ces derniers jours, les troubles ont dégénéré en violences dans de nombreux quartiers. Des jeunes ont attaqué des bâtiments gouvernementaux, affronté les forces de sécurité et incendié des voitures, des motos et des conteneurs à ordures, d’après des vidéos, des médias iraniens et le service persan de la BBC.

Les forces de sécurité ont réprimé les manifestants à coups de gaz lacrymogène, et des coups de feu ont été entendus dans certaines vidéos en provenance de villes de l’ouest iranien. Au moins huit manifestants et deux membres des forces de sécurité ont été tués, selon des rapports officiels, des organisations de défense des droits humains et des vidéos de funérailles. Mehdi Rahmati, analyste iranien qui conseille les autorités sur la stratégie régionale, a déclaré : «Malheureusement, je pense que le gouvernement n’a ni compréhension ni stratégie face à la situation intérieure ni face à la pression internationale croissante». Il a ajouté : «La colère est palpable. Une hypothèse est qu’ils laissent les manifestants exprimer leur colère car nous sommes au bord de la rupture».

La République islamique joue sa survie  

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, a tenu jeudi dernier une réunion privée avec des responsables de médias affiliés à l’État. Selon deux sources proches du dossier, il a décrit l’escalade de la crise comme une «lutte pour la survie» de la République islamique et du pays. Ces sources ont indiqué qu’Araqchi avait déclaré aux représentants des médias que les perspectives de négociations avec Washington étaient actuellement «inexistantes» et que la décision d’engager le dialogue avec les États-Unis ne lui appartenait pas.

Depuis deux semaines, des foules descendent dans la rue pour exprimer leur colère contre le gouvernement et réclamer la fin du régime clérical. Les manifestations se concentrent principalement dans les petites villes, les quartiers défavorisés et les universités, où les manifestants scandent «Mort à Khamenei!» et «Liberté! Liberté!». Des militants et des habitants en Iran ont déclaré que certains slogans ont élargi la condamnation du régime autoritaire, tels que: «Mort à l’oppresseur, qu’il soit roi ou guide suprême».

À Téhéran, hormis le centre-ville, y compris le bazar, le campus universitaire et certains quartiers populaires, la vie semblait globalement normale, selon les habitants. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montraient des stations de ski au nord de la ville bondées de vacanciers aisés. Les manifestations actuelles ne semblent pas atteindre l’ampleur du soulèvement de 2022, qui, porté par un mouvement féministe progressiste exigeant la fin du port obligatoire du hijab, avait duré des mois.

Cependant, cette fois-ci, les manifestations pourraient s’étendre et devenir plus violentes. L’agence de presse Fars, affiliée aux Gardiens de la révolution, a rapporté samedi que certains troubles dans les provinces de l’ouest avaient pris la forme de «cellules organisées» et d’«attaques quasi armées».

L’agence a précisé que les instigateurs dans la province d’Ilam étaient numis d’armes à feu, d’armes lourdes et de grenades à main. Des vidéos montraient des foules masquées tirant en l’air avec des fusils d’assaut tout en scandant «Mort à Khamenei!». Dans une déclaration commune, 17 militants pro-démocratie iraniens, dont Narges Mohammadi, lauréate du prix Nobel de la paix emprisonnée et les cinéastes Jafar Panahi (Palme d’or 2025 au Festival de Cannes) et Mohammad Rasoulof (Ours d’or à la Berlinale 2020), ont appelé les forces de sécurité à cesser toute attaque contre les manifestants. La déclaration affirmait : «Le seul moyen de sauver l’Iran est de se détacher de la République islamique, une revendication qui n’est ni temporaire ni réprimable».

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Football | L’échec cuisant de la serrurerie tunisienne

Service minimum ne doit pas renvoyer obligatoirement à une philosophie minimaliste, laquelle excuserait les résultats des Aigles de Carthage à la Coupe d’Afrique des Nations de football (Maroc 2025). L’expressivité tunisienne est allée en se désagrégeant, avec comme point d’orgue une élimination à partir des huitièmes de finale. (Ph. Les Tunisiens étrillés par les Nigérians, 0-3, avant de revenir de loin, 2-3. Trop tard, trop peu).

Jean-Guillaume Lozato *

Bien partie avec une victoire 3-1 méritée face à l’Ouganda, l’équipe nationale tunisienne avait affiché quelques certitudes à défaut de pouvoir lancer de grandes promesses. Avec la confirmation d’un côté, par un but d’Ellyes Skhiri. Et la nouveauté de l’autre avec la performance d’Elias Achouri auteur d’un doublé, dont l’un des deux buts a célébré à la fois son talent individuel en agissant en renard des surfaces et une force collective portée par les habituels Hannibal Mejbri et Ali Abdi.

On croyait la machine tunisienne lancée, mais des leçons auraient dû être assimilées après la réduction du score en fin de match par les Ougandais. Un but presque anecdotique qui n’en était pas moins annonciateur du ralentissement constaté lors de la défaite 2-3 contre le Nigeria. Une défaite courte mais qui aurait pu se transformer en catastrophe. Le troisième et dernier match de poule, lui, a offert le spectacle de quatre-vingt-dix minutes laborieuses terminées sur un score de parité 1-1 avec la Tanzanie qui a donné à réfléchir.

Élimination avant les quarts de finales

Pour les huitièmes, le passage à forcer était la citadelle érigée par le Mali, sous la forme d’une muraille physique conséquente. Comme un serrurier attelé à son ouvrage, les Tunisiens ont cherché patiemment à forcer l’entrée d’abord en en observant les angles dans une stratégie qui a visé à longer la ligne de touche ou bien en décalant sur les ailes systématiquement depuis l’axe. Mais le jeu tunisien s’en est trouvé plus stéréotypé en seconde période et là encore le résultat n’a pu qu’être 1-1 après une ouverture du score par Firas Chaouat.

Bien que les Aigles de Carthage eussent cadenassé les abords de la défense ainsi que leur axe en général, la sensation de flottement a effectué son grand retour. Ce quatrième match a été le théâtre d’une accumulation de calculs et de limites, pour une formation, il est vrai, handicapée par moments par l’arbitrage.

En général, une léthargie apparaît dès que les Tunisiens ouvrent le score. Ceux-ci doivent comprendre qu’un cadenas ne suffit pas, que pour libérer le jeu penser un verrou plus amovible serait profitable. Ceci pour éviter la tentation de la passivité.

Une identité à préserver en vue du Mondial

Un style de jeu tunisien existe. Il est à préserver globalement. La première raison est de ne pas risquer de gâcher certains points forts ou idées assimilées. L’autre raison principale est de ne pas brusquer les choses à quelques mois seulement de l’échéance capitale incarnée par la Coupe du Monde. Il convient donc de respecter un ordre du jour qui inclurait les éléments suivants :

le dispositif défensif qui a fait ses preuves pendant les éliminatoires de la Coupe du monde est à préserver impérativement ;

– pour ce qui a trait à la conservation de balle, les Tunisiens étaient jusqu’à présent plus rapides qu’il y a cinq ou six ans, mais ils sont retombés dans certains travers de lenteur, renforcer le point fort de la conservation qui existait au départ est un programme qui s’impose ;

– des progrès au niveau du jeu de tête offensif ont été notables ces deux dernières années ;

– continuer à s’appuyer sur Abdi et Mejbri pour tirer les corners.

En route pour le Mondial

En tenant compte de ces données, la sélection nationale se devra d’aborder son Groupe F de Coupe du Monde avec circonspection, avec une humilité non dépourvue de fierté afin d’éviter tout défaitisme. Une sorte de programme à la carte risque de s’imposer au vu des adversaires du premier tour.

Bien que les Pays-Bas se présentent comme l’épouvantail de la poule, les Tunisiens pourront espérer plus de facilités contre les hommes au maillot orange. Et pourraient même ouvrir le score, par exemple sur corner, à condition qu’Ali Abdi soit aidé par ses coéquipiers pour faire barrage à Denzel Dumfries sur son aile.

Le match le plus difficile sera contre le Japon de par la discipline et la vigilance draconienne sur coups de pied arrêtés adverses que les joueurs japonais démontrent. Pour les défier, incorporer d’entrée de jeu des techniciens très vifs comme Sebastian Tounekti, Elias Achouri et Ismael Gharbi est une idée séduisante.

L’autre match les opposera soit à la Suède, soit à l’Ukraine, soit à l’Albanie, ou à la Pologne. Pour un éventuel 0-0 dans le meilleur des cas.

Même si la CAN 2025 n’a pas été formidable pour l’équipe tunisienne, le fait de ne pas affronter immédiatement d’équipe africaine à la World Cup sera le premier avantage dont il faudra profiter. Sans se contenter de verrouiller le jeu, les Aigles pourraient passer d’un statut de serruriers à celui de ferronniers, d’artisans à artistes. Pour basculer du blindage massif à l’ouverture subtile de coffre. De la métallurgie grossière à l’orfèvrerie ciselée.

L’équipe de Tunisie actuelle apparaîtrait-elle comme moins forte que celle de Qatar 2022 ? Il semblerait qu’une réponse par l’affirmative s’impose. Et l’absence d’Aissa Laïdouni est difficilement palliée. Son retour est à souhaiter au plus vite.

Débarrassée de la pression, elle pourrait figurer comme outsider au prochain Mondial sous certaines conditions strictement précises. Soyons déjà réalistes en tenant compte que le changement de sélectionneur débouche sur l’inconnu. Cela avait réussi au Maroc à quelques mois du Mondial qatari. Mais le cas de figure tunisien diffère de celui marocain.

Visionner de nouveau le très bon match nul de cet automne contre le Brésil tout en analysant les erreurs commises contre le Nigeria définirait le canevas idéal pour les révisions en vue du grand oral nord-américain. Pour un plan d’attaque et pas seulement de défense.

Ainsi, les serruriers tunisiens pourront passer de l’édification d’une forteresse de type «ribat» à l’élaboration d’un château-fort dont le pont-levis les incitera à plus de mobilité. Sinon, le monopole du «riyad» marocain continuera de s’exercer en s’amplifiant pour ce qui est de la représentativité africaine en Coupe du Monde.

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La Tunisie, 2e producteur mondial d’huile d’olive

Grâce à une récolte 2025-2026 annoncée comme l’une des plus abondantes de ces dernières années, malgré la crise climatique qui a frappé aussi l’Europe, la Tunisie est en passe de devenir le deuxième producteur mondial d’huile d’olive, derrière l’Espagne, mais devant l’Italie.

Le Financial Times rapporte que la Tunisie est en passe de dépasser l’Italie, avec des estimations de récolte oscillant entre 380 000 et 400 000 tonnes, et des projections sectorielles atteignant jusqu’à 500 000 tonnes.

Le quotidien britannique explique cette progression dans le classement par l’effet combiné de facteurs conjoncturels et structurels : des précipitations favorables et des prix internationaux élevés ont stimulé la production, tandis que ses principaux concurrents méditerranéens ont souffert de sécheresse et de stress climatique ces dernières années.

Le Financial Times note également que les prix du pétrole ont culminé autour de 10 000 dollars la tonne, renforçant l’intérêt pour les approvisionnements tunisiens dans un contexte d’approvisionnement plus incertain en Europe du Sud.

Structurellement, la Tunisie possède un atout majeur : un secteur oléicole très vaste et étendu. Les données techniques tunisiennes indiquent une superficie oléicole estimée à environ 2 millions d’hectares, avec près de 107 millions d’arbres, une masse critique qui permet au pays de profiter rapidement des années fastes du cycle alterné de l’olivier.

Cependant, la question de la valeur ajoutée reste posée. La quasi-totalité de l’huile tunisienne continue d’être exportée en vrac et mélangée ou reconditionnée sur les marchés de destination, notamment en Europe.

Une étude estime qu’environ 90 % de la production annuelle moyenne est exportée non embouteillée, en raison de contraintes liées au crédit, aux installations d’emballage, au stockage et à la concentration du marché entre les mains de quelques grands acteurs.

Au niveau international, la FAO indique également qu’après le pic des prix début 2024 et la normalisation subséquente avec la reprise de l’offre, le marché de l’huile d’olive reste exposé à la volatilité et aux risques climatiques. Elle prévoit toutefois une production mondiale globalement stable et une croissance des échanges pour 2025-2026.

Si les données finales de la campagne confirment que la Tunisie accède à la deuxième place mondiale, cela constituerait une réussite majeure pour un pays qui dépend des exportations agroalimentaires pour ses devises.

Cependant, selon les observateurs, la pérennité de cet avantage dépendra de la capacité à transformer cette production record en une rentabilité accrue tout au long de la chaîne d’approvisionnement, grâce à un conditionnement renforcé, au développement de la marque et à des investissements dans la logistique et la résilience climatique. Et c’est à ces niveaux-là que la Tunisie a encore des progrès à faire face à ses principaux concurrents européens, afin que la hausse de la production puisse être conjuguée à une hausse des recettes.  

I. B.

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Tunisie | L’inflation s’établit à 5,3 % en 2025

Le taux d’inflation en Tunisie pour l’ensemble de l’année 2025 a reculé pour s’établir à 5,3 %, contre 7% en 2024, selon l’Indice des prix à la consommation pour décembre 2025, publié lundi 5 janvier 2025 par l’Institut national de la statistique (INS).

D’après la même source, le taux d’inflation s’est stabilisé à 4,9%, au mois de décembre 2025, par rapport au mois précédent, stabilité expliquée par l’accélération du rythme d’évolution des prix du groupe «Alimentation» (6,1% en décembre 2025 contre 5,8% en novembre 2025) et d’autre part par le ralentissement du rythme d’évolution des prix du groupe «Services de restauration, cafés et hôtels» (6% en décembre 2025 contre 6,2% en novembre 2025).

En glissement annuel, les prix des produits alimentaires ont augmenté de 6,1%, augmentation est principalement expliquée par la hausse des prix de la viande d’agneau (+17,3%), des fruits frais (+16%), des légumes frais (+14%), de la viande bovine (+10,6%) et des poissons frais (+9,9%). En revanche, les prix des huiles alimentaires ont baissé de 14,8%.

Sur un an, les prix des produits manufacturés ont connu une augmentation de 4,9% en raison de la hausse des prix des produits de l’habillement et chaussures (+9,1%) et des produits d’entretien courant du foyer (+5,1%).

Pour les services, l’augmentation des prix est de 3,9% sur un an, principalement expliquée par l’augmentation des prix des services d’hébergement (+11,6%).

En décembre 2025, le taux d’inflation sous-jacente (hors produits alimentaires et énergie) a baissé pour s’établir à 4,9% après 5% le mois précédent. Les prix des produits libres (non encadrés) ont cru de 6,1% sur un an. Les prix des produits encadrés ont augmenté de 0,8%. Les produits alimentaires libres ont connu une hausse de 7% contre 0,3% pour les produits alimentaires à prix encadrés.

Hausse de 0,2% des prix à la consommation

Au mois de décembre 2025, l’indice des prix à la consommation a augmenté de 0,2%, par rapport à novembre 2025.

Cette hausse est principalement due à l’augmentation des prix du groupe «Habillement et chaussures» (+1,7%) et du groupe «Services de restauration, cafés et hôtellerie» (+0,6%), tandis que les prix du groupe «Alimentation» ont diminué de 0,2%.

Sur un mois, les prix du groupe des produits alimentaires ont diminué de 0,2%, en raison de la baisse des prix des huiles alimentaires (-2,4%), des légumes (-2%) et de la volaille (-0,8%). En revanche, les prix des fruits frais ont augmenté de 2,7% et ceux des poissons frais de 0,8%.

Les prix des produits du groupe «Habillement et chaussures» ont augmenté de 1,7% en raison de la hausse des prix des articles d’habillement (+1,9%) et ceux des chaussures (+1,6%). Ceux du groupe «Service restaurants, cafés et hôtels» ont évolué de 0,6%, en raison de l’augmentation des prix des services d’hébergement (+2,8%).

Contribution à l’inflation par secteur et par régime

Le groupe «Produits manufacturés» et le groupe «Services» sont les secteurs ayant apporté la plus forte contribution à l’inflation globale soit respectivement 1,9% et 1,3%.

Par régime les groupes «Non alimentaire libre» et «Alimentaire libre» ont apporté la plus forte contribution à l’inflation soit respectivement 3,1% et 1,6%.

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Sousse | Inauguration de la Place Garibaldi et de la Rue Victor Hugo

La municipalité de Sousse inaugurera officiellement, le samedi 10 janvier 2026, à 14 heures, la Place Garibaldi et la Rue Victor Hugo, situées dans le quartier historique de Gabadji Grandi, au terme d’un processus de réaménagement urbain participatif.

La cérémonie d’inauguration se tiendra en présence de représentants des autorités nationales et locales, ainsi que de l’ambassadeur de Suisse pour la Tunisie et la Libye, Josef Renggli, et l’ambassadeur du Canada en Tunisie, Alexandre Bilodeau.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre du programme Femmedina, la municipalité de Sousse et Cities Alliance, avec le soutien des coopérations suisse et canadienne en Tunisie.

La transformation de la Place Garibaldi et de la Rue Victor Hugo incarne une nouvelle manière de concevoir l’espace public, fondée sur l’écoute, la participation et l’inclusion.

À travers des ateliers de cocréation, des marches exploratoires de sécurité, des cartographies communautaires et des consultations de proximité, les femmes du quartier, commerçantes, habitantes, artisanes, mères de famille, ont activement contribué à définir les usages, les priorités et l’identité de ces espaces.

Résultat de ce projet : un espace public sécurisé grâce à un éclairage renforcé, accessible à toutes et à tous, y compris les personnes à mobilité réduite. Il promeut l’autonomisation économique des femmes par la valorisation des activités locales, et s’équipe de mobilier urbain adapté, de zones de repos et d’échanges. Conçu comme un lieu de vie, de culture et de convivialité au cœur de la médina, il incarne l’inclusion et le dynamisme communautaire.

Symbole de cohésion sociale et d’inclusion

Longtemps utilisé comme espace de transit ou de stationnement, le site devient aujourd’hui un lieu de rencontre intergénérationnel, un espace de détente pour les familles, et un point de connexion entre la médina et la façade maritime de Sousse.

«Cette place n’est plus un espace que l’on traverse, mais un espace que l’on habite», témoigne une commerçante du quartier ayant participé au processus.

La Place Garibaldi devient ainsi un symbole de dignité, de visibilité et de reconnaissance du rôle des femmes dans la ville, tout en bénéficiant à l’ensemble de la communauté.

L’urbanisme comme levier d’égalité

Mis en œuvre par Cities Alliance, qui est hébergée par le Bureau des Nations Unies pour les services d’appui aux projets (Unops), le programme Femmedina vise à intégrer systématiquement les besoins des femmes dans la planification urbaine des médinas tunisiennes.

À Sousse, comme à Mahdia, Msaken et Kairouan, le programme démontre qu’un urbanisme participatif et sensible au genre permet de renforcer la qualité de vie, la sécurité, la cohésion sociale et la durabilité des investissements publics.

L’expérience de Gabadji constitue aujourd’hui une référence nationale, appelée à être reproduite dans d’autres villes tunisiennes.

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Les ‘Victoires’ qui consacrent l’excellence automobile en Tunisie

Sur un marché automobile en pleine mutation, où performances commerciales, innovation et engagement responsable redéfinissent les standards, l’événement ‘Les Victoires de l’Automobile’ se propose de valoriser des marques et des concessionnaires qui ont marqué l’année.

Le 23 janvier 2026, l’ensemble de l’écosystème automobile se réunira de nouveau à Tunis autour de ce ‘Victoires’ pour célébrer les acteurs qui se sont distingués au cours de l’année écoulée par leurs performances, leur capacité d’innovation et leur engagement durable.

Organisée par deux spécialistes de la communication automobile, Hédi Hamdi et Sadri Skander, cette manifestation s’impose comme le rendez-vous annuel du secteur, portée par la crédibilité et la transparence de son processus d’attribution des trophées ainsi que par la rigueur et la profondeur de l’étude annuelle qui l’accompagne.

Les marques qui se distinguent

Conçu comme un concept structurant pour le marché, ‘Les Victoires de l’Automobile’ reposent sur l’attribution de trophées destinés à distinguer les marques automobiles dans plusieurs domaines clés. Les distinctions s’articulent autour de trois grandes catégories, couvrant à la fois les performances commerciales, l’expérience client et l’excellence globale des acteurs du marché.

La première catégorie mettra à l’honneur les réalisations commerciales des marques automobiles, en valorisant leur dynamique de croissance et leur capacité à répondre aux attentes du marché tunisien au cours de l’année écoulée.

La deuxième catégorie reposera sur des trophées issus d’enquêtes d’évaluation menées par des cabinets spécialisés, selon des méthodologies rigoureuses et en toute neutralité. Ces distinctions récompensent notamment la qualité des showrooms, l’excellence de l’expérience client, la performance sur les réseaux sociaux, l’ergonomie et l’efficacité des sites internet, la pertinence des applications mobiles ainsi que les performances boursières.

La troisième catégorie distinguera les marques les plus engagées et les plus vertueuses. Ces prix saluent l’engagement écologique, les démarches de responsabilité sociétale des entreprises, ainsi que l’excellence opérationnelle, devenue un levier stratégique majeur.

Les organisateurs de l’événement tiennent à souligner que l’attribution des trophées repose sur des critères de crédibilité, d’objectivité et de transparence. «Les Victoires de l’Automobile ont été pensées pour récompenser le mérite réel des marques, sur la base de données fiables, d’analyses indépendantes et de processus transparents. Les distinctions sont aujourd’hui reconnues comme une référence par l’ensemble des professionnels du marché», expliquent-ils.

Parmi les partenaires majeurs engagés dans l’événement, on citera Attijari bank Tunisie, acteur financier de référence est également partie-prenante, confirmant ainsi son engagement constant en faveur de l’accompagnement des opérateurs économiques, notamment à travers sa filiale spécialisée Attijari Leasing.

L’Observatoire de l’Automobile

Au-delà de la remise des trophées, « Les Victoires de l’Automobile » constituent également un temps fort de réflexion stratégique avec la présentation des résultats de l’Observatoire de l’Automobile. Il s’agit d’une enquête de perception du marché automobile en Tunisie, réalisée par le cabinet Emrhod Consulting pour le compte des Victoires de l’Automobile, qui s’appuie sur un large échantillon représentatif de la population.

Véritable baromètre exclusif du marché, l’Observatoire analyse les intentions d’achat, les grandes tendances du secteur, les préférences des consommateurs et leur perception des innovations en matière de mobilité, offrant ainsi une lecture approfondie et prospective du marché automobile tunisien.

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Gaza sous silence | Le prix humain de l’impunité d’Israël

Pour Pascal Boniface, auteur de ‘‘Permis de tuer : Gaza, génocide, négationnisme et hasbara’’ (éditions Max Milo, Paris, 25 avril 2025), le silence sur le génocide perpétré par Israël à Gaza est un danger moral et juridique. «Bombarder une population civile sous blocus est non seulement un crime de guerre, mais cela relève d’un risque génocidaire que la communauté internationale se doit de prévenir», écrit-il.

Djamal Guettala 

Depuis le 8 octobre 2023, Gaza vit sous un bombardement quotidien. Les frappes israéliennes touchent indistinctement civils et infrastructures, dans un territoire confiné, soumis à un blocus presque total. Les témoignages sont terrifiants : des enfants mutilés, des corps déchiquetés, des hôpitaux saturés et des maisons réduites en ruines. Dans les écoles, des enseignants racontent devoir improviser des cours dans des caves, pour protéger les enfants des explosions. «Chaque jour, je me demande si mes élèves reviendront à la classe le lendemain», confie une enseignante de Gaza, sous couvert d’anonymat.

Un danger moral et juridique

Pour Pascal Boniface, directeur de l’IRIS et auteur de ‘‘Permis de tuer : Gaza, génocide, négationnisme et hasbara’’, ce silence est un danger moral et juridique. «Bombarder une population civile sous blocus est non seulement un crime de guerre, mais cela relève d’un risque génocidaire que la communauté internationale se doit de prévenir», écrit-il.

Le droit international, imparfait mais progressif, existe pour protéger les populations. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Conventions de Genève, la Convention sur le génocide de 1948 et la Déclaration universelle des droits de l’homme posent des principes clairs : la guerre ne peut justifier l’extermination ou la privation totale d’un peuple. Pourtant, le droit est régulièrement foulé aux pieds, notamment par ceux-là mêmes qui en sont à l’origine.

Le livre de Boniface souligne la contradiction des puissances occidentales. Pendant la guerre en Ukraine, les bombardements sur des civils et la conquête illégale de territoires par la force ont suscité une indignation quasi unanime. Mais pour Gaza, ces mêmes standards sont oubliés. «Ceux qui dénoncent ce massacre sont accusés d’antisémitisme, tandis que les auteurs sont protégés», note l’auteur. Cette inversion morale, insiste-t-il, contribue à la banalisation d’une violence extrême et à l’impunité d’Israël, pourtant soumis aux obligations d’une puissance occupante.

L’ouvrage rappelle l’histoire : la création d’Israël en 1948, votée par l’Onu, visait à protéger les Juifs d’un nouvel holocauste et à instaurer une démocratie au Proche-Orient. Mais les guerres de 1948 et 1967 ont considérablement étendu son territoire, violant la norme du droit international qui interdit l’acquisition de territoires par la force.

La résolution 242 du Conseil de sécurité, exigeant un retrait d’Israël des territoires occupés, n’a jamais été mise en œuvre.

Sous blocus, toute fuite est impossible

Depuis, les conséquences humanitaires se sont aggravées. Gaza, territoire de 365 km², abrite près de 2 millions de personnes. Sous blocus, toute fuite est impossible. Les infrastructures sont détruites : un responsable humanitaire raconte comment «certaines familles passent des jours sans eau potable, avec des blessés graves impossibles à évacuer vers un hôpital fonctionnel».

Dans ce contexte, le droit humanitaire est bafoué, et le silence des médias internationaux rend ce crime invisible pour beaucoup.

Inverser la responsabilité et masquer le drame humain.

Boniface analyse également la dimension de la communication politique, la hasbara israélienne, qui vise à justifier ou minimiser ces actions. En France, tout critique est rapidement accusé d’antisémitisme. Selon l’auteur, cette tactique transforme ceux qui dénoncent en coupables symboliques, inversant la responsabilité et masquant le drame humain.

Le livre insiste sur l’importance d’agir avant qu’il ne soit trop tard. La Convention de 1948 prévoit que les États signataires doivent prévenir le génocide, et pas seulement le punir après coup. Le risque à Gaza, largement documenté par les Nations unies et les ONG, aurait dû déclencher une réaction internationale plus ferme. Le silence ou l’inaction est une forme de complicité.

Boniface se positionne comme journaliste et citoyen : il n’est ni pro-palestinien ni anti-israélien, mais pro-droit international. Il soutient la solution des deux États, Israël et Palestine dans les frontières sûres de 1967, et insiste sur le respect du droit plutôt que sur l’allégeance politique. «La morale peut être à géométrie variable – chacun a la sienne, le Hamas comme Netanyahou. Pas la règle de droit», écrit-il.

Au-delà des analyses géopolitiques, le livre expose l’impact humain. Les témoignages de Gaza décrivent la vie quotidienne comme un enfer permanent : enfants qui dorment sur des matelas par terre, familles entières réfugiées dans des sous-sols, blessures non soignées, amputations pratiquées sans anesthésie, angoisse constante de nouvelles frappes. Ces images, diffusées mais souvent ignorées par les médias mainstream, mettent en évidence l’urgence morale et politique.

Pour Boniface, se taire n’est pas une option. Le journaliste, le citoyen et l’État ont une responsabilité : refuser de fermer les yeux face à la violence extrême et à l’impunité. Ignorer le droit ou justifier sa violation au nom d’alliances stratégiques revient à légitimer la barbarie.

Permis de tuer est donc un appel à la conscience collective : face à l’injustice et au crime, le silence n’est jamais neutre. Dans un monde globalisé, où la force prime encore sur le droit, l’action, la vigilance et la parole deviennent les seuls moyens pour limiter la barbarie et protéger l’humanité. Pascal Boniface y rappelle que le choix n’est pas entre Israéliens et Palestiniens, mais entre droit et arbitraire, morale et complicité par le silence.

Pour ceux qui suivent l’actualité du Proche-Orient, ce livre est bien plus qu’une analyse géopolitique : c’est une pièce essentielle pour comprendre Gaza, un avertissement sur le prix humain de l’impunité et un manifeste pour que la voix de la conscience publique ne se taise jamais.

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Tunisie-Chine | Un partenariat au cœur des nouvelles routes du commerce

Lors de mon second voyage en Chine en l’espace de 15 ans, j’ai été agréablement surpris par l’évolution remarquable de ce grand pays dans de nombreux domaines, que ce soit en termes de développement économique, technologique ou relatif à l’infrastructure et dans la manière dont les Chinois perçoivent et interagissent avec la Tunisie et les Tunisiens. (Ph. China Shanghai Yuyuan Garden City / Canton Fair).

Lotfi Sahli

Cette connaissance accrue de notre pays est évidente, notamment à travers les informations demandées lors de l’octroi du visa pour la Chine. Les autorités et les entreprises chinoises semblent de plus en plus conscientes du rôle stratégique que peut jouer la Tunisie dans le commerce international.

En exploitant ces synergies, des secteurs clés comme les énergies renouvelables, la fabrication et la logistique pourraient bénéficier d’une innovation accrue et d’une croissance soutenue. Cela permettrait à la Tunisie de moderniser son économie, diversifier ses ressources et répondre aux exigences du développement durable.

Une intégration accrue dans l’initiative du programme de la route de la soie offrirait à la Tunisie une meilleure visibilité internationale et un rôle stratégique dans le commerce mondial.

En alignant ses priorités économiques sur celles de la Chine, la Tunisie pourrait consolider sa position en tant que partenaire privilégié, favorisant ainsi des retombées positives pour elle-même et pour ses partenaires africains.

La Tunisie, une passerelle stratégique

Les Chinois savent que les produits fabriqués en Tunisie, portant le label Made in Tunisia, peuvent pénétrer le marché européen sans barrières douanières grâce aux accords préférentiels entre la Tunisie et l’Union européenne. Cela ouvre des perspectives intéressantes pour les investisseurs chinois, qui voient en la Tunisie une plate-forme idéale pour contourner certains obstacles commerciaux et accéder à des marchés à fort potentiel.

De plus, les Chinois encouragent un taux d’intégration raisonnable dans les produits tunisiens, ce qui permet non seulement d’accroître leur valeur ajoutée locale, mais aussi de répondre aux exigences des marchés internationaux, notamment européens et américains.

Dans le contexte du retour d’une administration américaine favorable à un protectionnisme accru, marquée par l’annonce de hausses significatives des droits de douane sur les importations chinoises, ces opportunités deviennent encore plus stratégiques. La Tunisie pourrait ainsi se positionner comme un partenaire clé, offrant une plate-forme de production et de transformation permettant un accès plus compétitif et sécurisé aux marchés européen et nord-américain.

Cette coopération pourrait ainsi non seulement renforcer les échanges économiques entre nos deux pays, mais également contribuer à une modernisation des secteurs industriels tunisiens. Elle incarne un modèle de partenariat gagnant-gagnant, où la Tunisie sert de passerelle entre la Chine et le reste du monde, tout en consolidant son propre développement économique.

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L’impérialisme du XXIe siècle ou le nouveau primitivisme des puissances

Depuis quelques années, une théorie séduisante mais pernicieuse émerge dans certains cercles stratégiques occidentaux : la «Théorie Donroe» (1), qui postule que certains États ou régions, en raison de facteurs culturels, historiques ou religieux structurels, seraient «incapables» d’accéder à une démocratie stable ou à une souveraineté pleine sans supervision extérieure. Présentée comme un réalisme géopolitique éclairé, cette théorie n’est en réalité qu’un habillage savant d’un vieux réflexe colonial : le «déni d’égalité politique universelle». L’affaire du Venezuela, avec la tentative de renversement reconnu par une partie de la communauté internationale, en est une illustration flagrante, mais on en trouve les prémisses dans les discours sur le Monde arabe, l’Afrique ou l’Asie centrale.

Abdelhamid Larguèche *

I. Les présupposés philosophiques d’une régression 

La Théorie Donroe repose sur trois piliers philosophiques malsains :

1. Le culturalisme déterministe qui essentialise les peuples et les cultures, leur assignant une trajectoire politique fixe. Comme le soulignait déjà Emmanuel Todd dans ‘‘Après l’empire’’, cette tendance à figer les civilisations est un symptôme de l’affaiblissement de l’Occident, qui, ne parvenant plus à imposer son modèle par la simple force, le fait désormais par le discours de l’«incapacité native». Ce déterminisme nie la possibilité de l’événement politique – au sens d’Alain Badiou, c’est-à-dire de la rupture historique par laquelle un peuple invente sa propre forme d’émancipation.

2. L’universalisme asymétrique : sous couvert de défendre des valeurs universelles (démocratie, droits humains), cette théorie en réserve l’application aux seuls peuples «éligibles», jugés selon des critères opaques définis par les puissances dominantes. Badiou y verrait une «trahison de l’idée même d’universalité» : l’universel ne se décrète pas depuis un centre, il se conquiert dans la singularité des luttes.

3. La négation de la souveraineté comme concept vide :  pour les tenants de la Théorie Donroe, la souveraineté des États «faillis» ou «immatures» serait un concept dépassé, justifiant des interventions sous formes variées : ingérences humanitaires, sanctions ciblées, soutien à des oppositions, jusqu’à la reconnaissance de présidents autoproclamés. Cette posture revient à «institutionnaliser l’état d’exception géopolitique».

II- L’application géopolitique : un impérialisme de l’urgence permanente

Sur le terrain, la Théorie Donroe sert à légitimer une gamme d’actions qui violent le droit international tout en prétendant le servir :

– «La délégitimation systématique» : tout régime qui résiste à l’alignement géopolitique occidental est progressivement étiqueté comme «illégitime», «autoritaire» ou «défaillant». Le Venezuela de Maduro, la Syrie d’Assad, ou encore la Biélorussie de Loukachenko deviennent ainsi des cibles désignées, non pas nécessairement pour ce qu’ils font, mais pour ce qu’ils «symbolisent» : une résistance à l’ordre libéral-atlantiste.

– L’ingérence comme norme : le «droit d’ingérence» mute en «devoir d’ingérence» pour les États «responsables». Cette logique a été poussée à son paroxysme dans la tentative de changement de régime au Venezuela en 2019, où les États-Unis et plusieurs alliés ont reconnu un président parallèle sans élection, au nom de la «restauration démocratique».

– La criminalisation de la résistance : tout État qui défend sa souveraineté face à ces pressions est accusé de «nationalisme déviant» ou de «populisme rétrograde». La Théorie Donroe fournit ainsi un lexique commode pour diaboliser la résistance à l’hégémonie.

III- Les conséquences : un monde moins stable, moins libre, moins juste 

L’application de cette théorie produit des effets contraires à ses prétentions :

1. Destabilisation régionale : les interventions menées au nom du «salut démocratique» génèrent souvent du chaos, des guerres civiles et des flux migratoires. L’exemple libyen, après 2011, est une tragique démonstration de ce scénario.

2. Renforcement des régimes autoritaires :  sous la menace permanente d’une ingérence, les régimes ciblés se durcissent, mobilisent le nationalisme comme bouclier et répriment toute opposition interne perçue comme une «cinquième colonne».

3. Érosion de l’ordre international : en sapant le principe de souveraineté, pilier de la Charte de l’Onu, cette théorie ouvre la voie à un monde de puissances rivales où chaque bloc justifiera ses ingérences par sa propre «exception». Nous risquons de basculer dans une «jungle normative», où le droit n’est plus que l’instrument du plus fort.

4. Trahison des peuples :  en niant aux peuples leur capacité à écrire leur propre histoire, on les infantilise et on étouffe dans l’œuf les véritables mouvements d’émancipation locaux, qui ne sauraient être réduits à une imitation du modèle occidental.

IV- Pour un universalisme de l’émancipation, contre un universalisme de la tutelle 

Il est urgent d’opposer à la Théorie Donroe une autre vision du monde, fondée sur :

– L’égalité politique inconditionnelle :  tout peuple, quelle que soit sa culture ou son histoire, est présumé capable de se gouverner et de choisir son destin. C’est le principe de base de l’auto-détermination.

– La non-ingérence comme éthique minimale : le respect scrupuleux de la souveraineté n’est pas un relativisme moral, mais la condition nécessaire pour que les changements soient durables et légitimes.

– La solidarité des luttes singulières : plutôt que d’imposer un modèle, il s’agit de soutenir les forces progressistes et démocratiques «là où elles émergent», à leur rythme et selon leurs modalités propres, comme le suggère une lecture attentive de Badiou sur l’«idée» et de Todd sur la nécessaire «décentralisation du monde».

– «Un multilatéralisme authentique» :  refonder les institutions internationales pour qu’elles ne soient plus le lieu où les puissances légitiment leurs interventions, mais l’espace où se construisent des compromis entre égaux.

V- Refuser le primitivisme savant 

La Théorie Donroe est un retour en arrière masqué en avancée conceptuelle. Sous des atours scientifiques, elle réactive le vieux mythe de la «mission civilisatrice». Face à cela, la tâche de la pensée critique est de démasquer cette fiction et de rappeler, avec force, que «la liberté ne s’exporte pas, elle se conquiert de l’intérieur»

Le Venezuela, comme d’autres pays pris dans l’étau de ces théories, nous rappelle une évidence trop souvent oubliée : un peuple n’a pas besoin de tuteurs pour être libre ; il a besoin de respect, de temps et du droit à l’expérimentation politique – y compris celui de se tromper et de se corriger lui-même. 

C’est seulement en renonçant à cette arrogance théorique que nous pourrons espérer construire un monde commun, où la diversité des chemins ne sera plus perçue comme une menace, mais comme la richesse de l’humanité politique en mouvement.

* Historien.

1- Le terme «Théorie Donroe» est une construction fictive vulgarisée par les médias, utile pour critiquer un courant de pensée réel qui, sous divers noms et formes, a justifié l’ingérence, l’interventionnisme et le déni de souveraineté au nom de la démocratie, de la stabilité ou des droits humains ou tout simplement des intérêts stratégiques. Cette théorie de Monroe née aux USA en 1823, revient en force sous une version nouvelle.

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Du Venezuela au reste du monde | L’âge des dominations

Imaginez un instant le fantôme de Simón Bolívar errant dans les rues de Caracas, témoin muet d’un renversement du sens de l’histoire, le libérateur de 1813 contemplant l’extraction du dirigeant qui se proclame son héritier, emporté par une puissance étrangère. La scène dépasse la provocation symbolique. Elle dit la dissonance d’une époque où l’indépendance, conquise au nom de la souveraineté des peuples, se voit réinterprétée à l’aune d’une doctrine de domination qui se dispense des formes. Ce n’est plus seulement une transgression ; c’est le retour d’un impérialisme qui se drape dans les habits du droit pour mieux fragiliser l’architecture normative qu’il prétend défendre. Comme l’avait pressenti Hannah Arendt dans Les Origines du totalitarisme, la banalisation de l’exception finit par transformer la violence en routine administrative — et la routine en horizon politique.

Yahya Ould Amar *

L’extraction du président vénézuélien Nicolás Maduro décrite par Donald Trump, appartient à cette catégorie rare d’événements qui comptent moins par ce qu’ils font que par ce qu’ils autorisent à penser. En rebaptisant la force en droit, les grandes puissances ne se contentent pas d’agir, elles réécrivent la grammaire de l’ordre international. Ce texte interroge ainsi un monde qui apprend à vivre sans l’illusion de l’égalité souveraine, où les hiérarchies s’exercent à visage découvert, et où la puissance cesse de se contenir par les règles pour s’autoriser d’elles. Quand cette frontière se déplace, ce ne sont pas seulement des dirigeants qui tombent, ni des régimes qui changent, ce sont les cartes mentales du monde — et les limites du pensable — qui se redessinent.

Le basculement d’époque

Parler d’«arrestation» pour qualifier l’extraction de Nicolás Maduro hors du Venezuela par les États-Unis n’est pas une simple facilité de langage. Les mots tracent des frontières. Nommer «arrestation» une opération menée sans juridiction locale, sans coopération judiciaire, sans extradition, c’est brouiller la ligne entre police et armée, entre justice et stratégie, entre ordre public et ordre international. C’est ici que commence la gravité morale de l’époque, lorsque la puissance ne se contente plus d’agir, mais de requalifier son acte. Elle ne dit plus «nous avons frappé», elle affirme «nous avons fait respecter la loi». Dans ce glissement, la force perd sa honte — et le précédent naît.

Si l’on accepte qu’une opération coercitive extraterritoriale puisse devenir une opération de «justice», alors le monde entre dans un âge où la guerre se rebaptise police et où l’exception cesse d’être une transgression pour devenir une méthode de gouvernement. Hier les «cas» Noriega, Saddam, Gbagbo ou Kadhafi ; aujourd’hui le «cas Maduro» ; demain un «cas X».

L’acte importe, mais le message est plus lourd encore, la souveraineté n’est plus un droit, elle devient une tolérance conditionnelle. Et lorsque Washington évoque la possibilité de «gérer» le Venezuela, le basculement est total, de la sanction d’un homme à la tutelle d’un pays de 27 millions d’habitants. Quand la frontière entre droit et puissance se déplace, les cartes du monde, elles aussi, finissent toujours par bouger.

Le retour silencieux de la tutelle comme horizon

L’enlèvement de Nicolás Maduro réactive une idée que l’ordre international contemporain croyait avoir reléguée à l’histoire, celle selon laquelle certains États peuvent, au nom d’un bien supérieur qu’ils définissent seuls, suspendre la souveraineté des autres. Le glissement est subtil mais décisif. On ne parle plus de conquête ni même d’intervention, mais de «gestion», de «stabilisation», de «remise en ordre». Le vocabulaire est propre, technique, presque managérial ; il transforme l’État en problème à administrer. Dès lors, la violence cesse d’être tragique pour devenir instrumentale, et la morale se déplace, la responsabilité invoquée remplace la légitimité consentie.

Ainsi la tutelle devient acceptable. On affirme qu’un dirigeant ne représente plus son peuple, que le peuple doit être protégé, que l’économie doit être réparée, que l’État doit être réorganisé.

Chaque étape paraît raisonnable ; ensemble, elles recomposent une hiérarchie où certains décident pour d’autres. Le message envoyé, surtout aux États vulnérables, est limpide, la souveraineté n’est plus un principe égalitaire, mais une permission conditionnelle. Cette «bienveillance» stratégique, comme l’avait averti Amartya Sen dans ‘‘L’Idée de justice’’, risque moins de corriger les injustices que de les perpétuer, en parlant au nom des peuples tout en faisant taire leurs voix.

La doctrine Monroe : l’aveu d’un monde qui régresse

La doctrine Monroe appartient à un siècle prédateur (XIXe), celui où l’ordre international ne se fondait pas sur des règles communes, mais sur la capacité des puissants à réserver des espaces. Elle ne proclamait pas la liberté des peuples ; elle bornait un territoire d’influence. Ce n’était pas une doctrine de droit, mais un acte de possession : «ici, nous déciderons».

Si elle a été abandonnée, ce n’est pas par vertu, mais par intelligence stratégique. Après 1945, les États-Unis ont compris qu’une hégémonie durable se dissimule dans les règles. Le droit, les institutions, l’universalisme imparfait étaient plus efficaces que la tutelle assumée. Gouverner par la norme stabilisait ; gouverner par l’exception exposait. La doctrine Monroe devenait alors un archaïsme nuisible, incompatible avec la crédibilité morale nécessaire pour contenir les autres empires.

Son retour aujourd’hui sonne comme un aveu de déclin. Les puissances véritablement assurées n’ont pas besoin de sanctuariser ; ce sont les puissances inquiètes qui bornent, administrent et prétendent «gérer». La réactivation de la doctrine Monroe n’exprime pas une force retrouvée, mais une légitimité qui s’effrite. Lorsque les règles cessent de servir le plus fort, celui-ci revient à la géographie et à la contrainte. Le coût est immédiat, moralement, la souveraineté devient une permission conditionnelle ; géopolitiquement, la hiérarchie remplace l’ordre, et la stabilité cède la place à la domination assumée.

Le danger est systémique. Les sphères d’influence obéissent à une loi de conservation, ce qui est toléré ici est reproduit ailleurs. La logique qui s’affirme à Caracas trouve ses échos en mer de Chine méridionale comme en Ukraine. À force d’exceptions, l’universalisme se délite et l’ordre post-1945 se fragmente en un archipel de dominations. Le monde ne devient pas plus pacifique ; il devient plus pensable pour la force. Et dans un tel monde, la stabilité n’est plus garantie par les règles communes, mais par les rapports de puissance.

La tentation de l’urgence stratégique

Il faut pourtant accepter, ne serait-ce qu’un instant, de regarder l’épisode depuis la rationalité de la puissance. Du point de vue des États-Unis, la tentation de l’exception ne procède ni d’un cynisme gratuit ni d’un mépris abstrait du droit, mais d’un sentiment d’urgence stratégique : monde fragmenté, institutions multilatérales paralysées, adversaires qui testent les lignes rouges, alliés jugés hésitants, opinion publique fatiguée de l’impuissance. Dans cette lecture, agir vite, frapper fort et requalifier l’action en «justice» serait une manière de restaurer la dissuasion, de reprendre l’initiative, de montrer que la puissance sait encore décider quand les règles s’enlisent. Cette logique est intelligible — et c’est précisément ce qui la rend dangereuse. Car en substituant l’efficacité immédiate à la légitimité durable, elle confond capacité d’agir et capacité de structurer. L’histoire des grandes puissances est pourtant sans appel, celles qui gouvernent par l’exception finissent par multiplier les coups, mais perdent la maîtrise de l’époque. La rationalité de l’urgence est compréhensible ; son coût stratégique, lui, est systémique. À l’horizon 2030, des simulations du Rand Corporation prévoient une multiplication par trois des conflits hybrides si cette logique persiste.

Les risques s’ordonnent dans le temps

À court terme, la normalisation de l’exception abaisse le seuil d’acceptabilité de l’usage de la force, les crises deviennent plus fréquentes, moins encadrées. À moyen terme, elle fragilise les alliances, politise durablement l’économie mondiale et installe une méfiance structurelle entre partenaires qui ne savent plus si la règle protège encore. À long terme enfin, le risque est civilisationnel, un monde où la souveraineté est conditionnelle, où le droit est sélectif, devient un monde structurellement instable, condamné à gérer par la domination ce qu’il n’a plus la capacité de gouverner par des normes communes. Ce risque civilisationnel évoque la chute de Rome, non par invasion barbare, mais par érosion interne des normes. Dans un monde interconnecté, cette instabilité pourrait accélérer les migrations climatiques et les pandémies, transformant les exceptions en catastrophes globales.

La souveraineté redevient une variable du rapport de force

Pour le Sud global, l’enlèvement de Nicolás Maduro n’est p0as un fait divers géopolitique. Il dit, sans détour, que la souveraineté n’est pas un droit inaliénable garanti par des normes universelles, mais une fonction conditionnelle, elle vaut tant qu’elle ne contrarie pas l’utilité stratégique des puissants.

Pendant des décennies, l’intégration économique, la conformité réglementaire, la reconnaissance diplomatique ont été présentées comme des assurances implicites. L’épisode vénézuélien fissure cette croyance. Il suggère que l’alignement ne protège pas nécessairement, que la vertu normative n’est pas un bouclier, et que l’ordre mondial n’est pas injuste par accident mais hiérarchique par construction. À partir de là, la rationalité dominante change, la question n’est plus «comment être conforme ?», mais «comment survivre politiquement ?».

Les États du Sud global doivent diversifier leurs alliances par calcul existentiel. Ils doivent réduire les dépendances réversibles demain en leviers de contrainte : monnaies, systèmes de paiement, infrastructures critiques, données, approvisionnements stratégiques. Ils doivent durcir leur appareil sécuritaire au nom de la stabilité préventive — non par goût de l’autoritarisme, mais parce qu’un monde où la tutelle est pensable rend la fragilité interne dangereuse. La mondialisation, autrefois promesse de convergence, se reconfigure en espace de vulnérabilité.

L’universalisme occidental cesse d’être une promesse crédible pour devenir un récit parmi d’autres. Cela peut produire deux trajectoires opposées. La première est défensive : repli, fragmentation, cynisme, où la politique devient une gestion permanente du risque d’ingérence. La seconde est celle de l’émergence d’un Sud global plus conscient de lui-même, moins demandeur de reconnaissance, plus soucieux de bâtir des équilibres autonomes — régionaux, financiers, technologiques. Des pays comme le Brésil ou l’Inde, via les Brics+, accélèrent déjà leurs alliances alternatives, avec une augmentation de 25% des échanges intra-Sud en 2025 selon la Banque mondiale, signe d’une multipolarité émergente qui défie l’hégémonie occidentale.

Économie mondiale

Le premier effet de cet épisode vénézuélien est que les investisseurs ne se demandent plus seulement si un projet est rentable, mais s’il est exposable à une requalification juridique, à une sanction, à une tutelle soudaine, à une «gestion» externe. Les chaînes de valeur se régionalisent, la redondance remplace l’optimisation, et la liquidité se concentre dans les juridictions perçues comme«amies». Ce mouvement n’est pas idéologique ; il est prudentiel. Mais la prudence, à l’échelle globale, renchérit le capital et ralentit la productivité.

La finance internationale, elle, réagit par rétrécissement de l’horizon. Le temps long — celui des infrastructures, de l’énergie, de l’éducation, de la transformation productive — devient plus difficile à financer quand la souveraineté peut être suspendue et les actifs requalifiés. Les flux se raccourcissent, les garanties se multiplient, les conditions se durcissent. Les pays perçus comme «exposés» paient plus cher leur dette, voient leurs IDE se raréfier ou se politiser, et apprennent que la discipline macroéconomique ne suffit plus à compenser le risque d’exception.

Le Venezuela devient alors un laboratoire involontaire. Non pas pour ses fondamentaux — déjà fragiles — mais pour ce qu’il autorise à penser ailleurs : que des actifs stratégiques puissent être administrés au nom de la stabilité, que des contrats soient relus à l’aune d’une tutelle, que la gouvernance d’un pays devienne une variable de valorisation. À partir de là, les marchés internalisent un principe simple qui est que la géopolitique n’est plus un choc exogène, c’est une hypothèse permanente.

Ainsi, l’enjeu économique de cette séquence dépasse le cas vénézuélien. Il tient en une phrase : plus la puissance politise l’ordre international, plus le monde devient coûteux. Coûteux en capital, en temps, en croissance potentielle. La stabilité obtenue par l’exception se paie d’une instabilité diffuse, intégrée dans les prix, les contrats et les anticipations. Et cette facture, comme toujours, est d’abord réglée par ceux qui vivent loin du centre de décision — là où la règle était censée compenser l’absence de puissance. Selon le FMI, cette géopolitisation pourrait réduire la croissance mondiale de 1,5% par an, avec les pays émergents supportant 60% du fardeau, exacerbant les inégalités et risquant des soulèvements comme ceux vus en 2024 au Sri Lanka et au Pakistan.

Le droit subsiste, mais il n’arbitre plus l’exception

Face à l’enlèvement de Maduro, l’Onu apparaît dans sa vérité contemporaine structurellement impuissante lorsque l’exception est assumée par les puissants. Les textes existent, les principes sont clairs, l’indignation est possible ; pourtant, quand la coercition est requalifiée en «police» et la tutelle en «gestion», l’Onu ne tranche plus — elle consigne. Le Conseil de sécurité devient un théâtre de récits concurrents où le veto fige le droit au moment précis où il devrait agir. Cette scène n’est pas singulière, elle se répète de Ukraine à Gaza, partout où les intérêts vitaux des grandes puissances se heurtent. Là aussi, les résolutions s’empilent, les condamnations se répondent, mais l’arbitrage se dérobe. Ce n’est pas un effondrement spectaculaire ; c’est une neutralisation silencieuse du droit par saturation politique.

À horizon dix à quinze ans, le monde qui se dessine n’est ni celui du chaos pur, ni celui d’un ordre stabilisé. C’est un monde plus dur, plus cher, plus hiérarchique. Les conflits n’y seront pas nécessairement plus nombreux, mais plus localisés, plus ambigus, plus difficiles à contenir. Le droit continuera d’exister, mais comme ressource argumentative, non comme barrière. Les économies fonctionneront, mais sous prime géopolitique permanente. La paix, quand elle existera, sera moins le produit des règles que de la fatigue des puissants. Ce monde-là ne s’effondre pas, il s’use.

Pourtant, l’Onu pourrait renaître via une réforme élargissant son Conseil de Sécurité et supprimant le droit de véto au sein de celui-ci. Sans cela, elle risque de devenir un vestige, comme la Société des Nations post-1919.

Elections de mi-mandat, novembre 2026

Il faut enfin introduire une variable politique décisive, celle du temps électoral américain. La réactivation d’une doctrine Monroe opérationnelle repose sur une fenêtre politique étroite, fragile, et potentiellement réversible. À l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis, plus de deux cents sondages nationaux et locaux convergent vers un constat défavorable aux Parti républicain : perte de la Chambre, Sénat incertain, et surtout érosion du mandat politique nécessaire pour assumer une doctrine de puissance aussi coûteuse symboliquement. Or la doctrine Monroe n’est pas une politique de consensus ; c’est une doctrine clivante, qui exige continuité, crédibilité et acceptation durable des coûts normatifs. Une alternance — ou même une majorité divisée — suffirait à la fragiliser, car elle expose immédiatement ses contradictions : contradiction entre primauté régionale et alliances globales, entre discours de droit et pratiques d’exception, entre leadership moral revendiqué et tutelle assumée. À cela s’ajoutent d’autres forces de rappel, la fatigue stratégique de l’électorat, la priorité donnée aux enjeux domestiques (inflation, dette, immigration), et la pression des milieux économiques, peu enclins à soutenir une doctrine qui politise les marchés et renchérit durablement le coût du capital. Autrement dit, la doctrine Monroe réactivée pourrait bien être un pari de fin de cycle : spectaculaire à court terme, mais structurellement vulnérable à la sanction démocratique. Dans l’histoire américaine, les doctrines durables sont celles qui survivent aux alternances ; celles qui disparaissent avec les majorités révèlent moins une stratégie qu’un moment politique.

Ces élections pourraient marquer un tournant, similaire à 1974 post-Watergate, où l’Amérique réaffirme son attachement aux normes, ou au contraire accélérer le déclin, comme en 1930 avant l’isolationnisme.

Au terme de cet article, les risques de guerres ne sont pas seulement ceux liés à des enchaînements de crises, mais d’un glissement de civilisation. Un monde où la force se rebaptise droit, est un monde qui abaisse le seuil de la guerre, multiplie les rapports de sujétion et prépare des conflits d’autant plus violents qu’ils auront été longtemps normalisés.

L’enlèvement de Nicolás Maduro n’est pas en soi la cause de ces périls ; il en est le signal. Car lorsque la souveraineté devient conditionnelle, lorsque le droit cesse de contenir la puissance, lorsque les hiérarchies cessent d’être dissimulées, alors la rivalité stratégique se mue en lutte existentielle.

Les guerres ne naissent pas seulement de l’agression, mais de l’échec collectif à maintenir des limites crédibles; les dominations ne durent qu’au prix d’un ressentiment accumulé ; et les civilisations échouent moins par faiblesse que par excès de certitude.

En croyant sécuriser l’ordre international par l’exception, on fragilise ce qui rendait encore la coexistence possible. L’histoire nous enseigne qu’un monde qui accepte facilement la domination finit par découvrir que la paix sans règles n’est jamais qu’une guerre différée.

Sommes-nous prêts à vivre dans un monde où la paix dépend moins du droit que de la patience des puissants ?

* Economiste, banquier et financier.  

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Report du procès contre Bensedrine, Korchid et Krichi

La chambre criminelle spécialisée dans les affaires de corruption financière du tribunal de première instance de Tunis a décidé de reporter le procès de l’ancienne présidente de l’Instance Vérité et Dignité (IVD), Sihem Bensedrine et l’avocat Khaled Krichi, ancien vice-président de l’IVD, qui sont libres, ainsi que de l’ancien ministre des Domaines de l’État et des Affaires foncières, Mabrouk Korchid, qui est en fuite, à une audience fixée au 19 février 2026.

Le report a été décidé dans l’attente de l’issue de l’appel interjeté contre la décision de la chambre d’accusation de renvoyer les trois prévenus devant ladite chambre criminelle pour les affaires de corruption financière.

Les poursuites entrent dans le cadre de deux affaires liées à des décisions de règlement conclues par l’IVD (2013-2019), qui était en charge de la justice transitionnelle, avec deux hommes d’affaires : Abdelmajid Bouden (en fuite) et Slim Chiboub (incarcéré).

Rappelons que Bensedrine a été remise en liberté le 19 février 2025, après avoir été placée en détention provisoire le 1er août 2024.

I. B.

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Report de l’audience des journalistes Bssais et Zeghidi  

La chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis a décidé de reporter les audiences dans les affaires intentées contre les journalistes Borhen Bssais et Mourad Zeghidi, et a ordonné leur maintien en détention dans l’attente de l’examen de leurs demandes de mise en liberté.

Bssais et Zeghidi, qui ont comparu ce lundi 5 janvier 2026 en état d’arrestation, sont poursuivis en justice pour des faits liés à la fraude fiscale.

Selon Mosaïque FM, les avocats de Zeghidi ont présenté des éléments de preuve attestant que leur client avait entamé des démarches de régularisation auprès des autorités fiscales et ont sollicité un report d’audience afin de finaliser cet accord. Ils ont présenté une demande de mise en liberté pour leur client ainsi que pour Bssais.

Le tribunal a décidé d’examiner les demandes de mise en liberté après l’audience et de fixer également la date de la prochaine audience.

Les deux journalistes sont incarcérés depuis mai 2024. Ils ont été condamnés, en janvier 2025, à 8 mois de prison ferme sur la base du très controversé décret-loi 54 pour des délits d’expression. Ils ont terminé leur peine, mais un nouveau procès pour fraude fiscale a été intenté contre eux et ils ont été maintenus en détention, alors que le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) et plusieurs autres organisations de défense des libertés et des droits n’ont cessé d’exiger leur libération.

I. B.

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