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Épuisés financièrement, les Iraniens investissent les rues !

Face à la crise économique et financière qui s’éternise et s’aggrave, à la dégringolade historique du rial iranien devenu une monnaie de singe, à une forte paupérisation de la population et à un pouvoir politique qui avoue son impuissance, les Iraniens sortent en masse manifester. Pour ne rien arranger, le gouverneur de la Banque centrale Mohamed Reza Farzin a jeté l’éponge lundi 29 décembre 2025.

Imed Bahri

Les premiers à être sortis dans les rues sont les commerçants dont les marchands du Bazar pourtant réputés conservateurs et qui furent jadis les premiers à rallier la révolution islamique mais ça, c’était en 1979 il y a presque 50 ans ! Il n’y a pas que les sanctions américaines qui ont causé cette situation financière désastreuse, il y a aussi des choix politiques contestables et une corruption endémique. L’Iran connaît aussi un conflit générationnel latent qui est en train d’exploser.

Dépréciation rapide du rial et flambée des prix

Le Washington Post a fait état de l’ampleur croissante des manifestations en Iran, alimentées par la dépréciation rapide du rial et la flambée des prix.

Les protestations ont débuté par des grèves de commerçants à Téhéran avant de s’étendre rapidement aux étudiants, aux ouvriers et à plusieurs villes du pays.

Le WP revient également sur la réaction des autorités et leurs tentatives pour contenir les manifestations alors que la pression s’accentue sur le gouvernement face à des indicateurs économiques laissant présager une crise imminente. 

Dans son reportage, Yeganeh Torbati note que des manifestations antigouvernementales ont éclaté en Iran cette semaine, à commencer par des protestations de commerçants -dont les marchands du Bazar- à Téhéran contre la forte baisse de la valeur de la monnaie iranienne. Mercredi 31 décembre, les protestations s’étaient étendues aux étudiants, aux ouvriers et à d’autres segments de la société dans tout le pays.

Depuis des années, les Iraniens souffrent d’une forte inflation, d’une faible croissance économique et d’un isolement international, largement imputés à la mauvaise gestion, à la corruption et aux sanctions imposées par les États-Unis et d’autres pays en raison du programme nucléaire iranien.

Les chiffres officiels indiquent que l’inflation a atteint 50% cette année, tandis que l’économie s’est légèrement contractée. Cependant, la crise s’est fortement aggravée ces derniers jours, le rial iranien s’effondrant et atteignant à plusieurs reprises des niveaux records.

La frustration accumulée a explosé en manifestations publiques dimanche 28 décembre, lorsque des vidéos diffusées par des militants sur les réseaux sociaux ont montré des commerçants fermant leurs boutiques dans plusieurs centres commerciaux de la capitale. Les manifestants scandaient des slogans tels que «N’ayez pas peur, n’ayez pas peur ! Nous sommes tous ensemble» et appelaient les autres commerçants à fermer leurs magasins en signe de solidarité.

Il s’agit d’un événement rare dans l’histoire de la République islamique d’Iran, fondée en 1979, car les protestations ont été initiées par la classe commerçante en l’occurrence celle des marchands du Bazar.

Mehdi Ghodsi, économiste à l’Institut viennois d’études économiques internationales, a déclaré que l’initiative de protestation des commerçants témoigne du fait que les graves difficultés économiques ne se limitent plus aux plus démunis mais touchent désormais des groupes auparavant relativement plus aisés. Il a ajouté que les précédentes vagues de protestations économiques en Iran, notamment en 2017, étaient le fait des populations les plus pauvres comme les ouvriers et les agriculteurs. «Même ceux qui ont un revenu ne parviennent plus à joindre les deux bouts», a affirmé M. Ghodsi.

La grogne des commerçants, alliés historiques du régime

Parmi les premières manifestations, on compte celles qui ont éclaté parmi les vendeurs de téléphones portables dans un complexe du centre de Téhéran, près de zones où des manifestations avaient déjà eu lieu. M. Ghodsi a expliqué que ce groupe est particulièrement touché par la dépréciation du rial car il vend des produits importés. Ces dernières semaines, leurs activités sont devenues quasiment non rentables après la chute du rial à 1,38 million pour un dollar samedi 27, puis à 1,44 million pour un dollar dimanche 28.

L’étincelle qui s’est allumée dimanche a rapidement donné lieu à des manifestations d’une ampleur et d’une portée considérables. Des vidéos diffusées lundi montraient d’importantes foules défilant dans le centre de Téhéran, ainsi que des manifestations hors de la capitale, notamment sur l’île de Qeshm, dans le golfe Persique et dans les villes de Zanjan et Hamadan à l’ouest du pays. Mardi, d’autres vidéos montraient que les protestations s’étendaient à d’autres grandes villes dont Kermanshah, Shiraz, Yazd et Ispahan.

Un habitant de Téhéran, a décrit ce dont il a été témoin lundi après-midi alors qu’il faisait ses courses au bazar principal de la ville. Il a raconté que les commerçants du rayon vêtements ont commencé à fermer leurs boutiques en scandant des slogans et en défilant. Il a ajouté que la foule a atteint environ 150 personnes, exhortant les autres commerçants à fermer également. «S’ils refusaient, ils étaient insultés et s’ils obtempéraient, les slogans redoublaient d’intensité», a également dit le jeune homme. Comme d’autres personnes interrogées pour ce reportage, Yasser a demandé à être identifié uniquement par son prénom afin d’éviter d’attirer l’attention des autorités. Il a ajouté que la plupart des manifestants, notamment ceux qui les menaient étaient de jeunes commerçants dont les entreprises étaient relativement récentes, tandis que les commerçants plus riches et plus établis brillaient par leur absence. La grande majorité des manifestants étaient des hommes.

Les slogans ciblent désormais le régime politique

Les slogans ont rapidement dépassé le cadre des préoccupations économiques pour cibler le régime en place dans son ensemble. Des images filmées lundi dans un centre commercial fermé de Téhéran montraient des chants ‘‘Mort au dictateur’’, tandis que d’autres vidéos prises dans les rues montraient des chants à la gloire de la monarchie iranienne, renversée et remplacée par le régime islamique actuel. Lundi soir, des étudiants, moteur essentiel des précédentes manifestations, ont rejoint le mouvement. Le syndicat représentant les chauffeurs routiers iraniens a également publié un communiqué soutenant les manifestations du bazar mais sans appeler à la grève.

Mardi, plusieurs entreprises en Iran ont annoncé sur les réseaux sociaux leur fermeture en signe de solidarité avec les manifestants, notamment des magasins, des cliniques médicales, des concessions automobiles, des cafés et des restaurants.

Ces manifestations sont les plus importantes depuis l’attaque israélienne contre l’Iran en juin, connue sous le nom de Guerre des Douze Jours, et les plus intenses depuis l’automne 2022, lorsque la mort d’une femme en garde à vue Mahsa Amini à cause de ses vêtements avait déclenché des protestations massives qui ont duré des mois. Auparavant, l’Iran avait connu des manifestations de grande ampleur en 2017 et 2019, alimentées par un mécontentement économique.

Face à l’escalade des manifestations, le gouvernement a déployé des forces de sécurité à moto à Téhéran lundi. Des vidéos ont montré l’utilisation de gaz lacrymogène et des tirs. Pour l’instant, aucun blessé n’a été signalé, bien qu’une vidéo ait montré une confrontation chaotique entre les forces de sécurité et des manifestants à Hamadan.

Une image a particulièrement marqué les esprits : un homme, assis seul, jambes croisées, au milieu d’une rue de Téhéran, face à une vingtaine de policiers en uniforme à moto. La tête baissée, il a même, à un moment donné, rabattu sa veste sur son visage. Cette image a immédiatement suscité des comparaisons en ligne avec «l’Homme au char» des manifestations de la place Tiananmen en 1989 en Chine.

Malgré cette démonstration de force, les médias d’État se sont jusqu’à présent abstenus de qualifier les manifestants d’émeutiers, contrairement à ce qu’ils avaient fait lors de précédents troubles. Un reportage diffusé à la télévision d’État a qualifié les manifestants de marchands, tandis que l’agence de presse Fars, liée au Corps des gardiens de la révolution islamique, a employé un terme relativement neutre dans un article publié lundi.

Dans un message publié tôt mardi matin sur la plateforme X, le président Massoud Pezeshkian a écrit que «le bien-être du peuple est ma préoccupation quotidienne» et que le gouvernement travaille afin de trouver des mesures pour réformer les systèmes monétaire et bancaire iraniens. Il a indiqué avoir chargé le ministre de l’Intérieur de dialoguer avec des représentants des manifestants afin d’écouter leurs «revendications légitimes».

Cependant, des avertissements ont été lancés sur un ton plus ferme. Les Gardiens de la révolution, généralement chargés de gérer les troubles internes, ont averti les «ennemis» de l’Iran qu’ils s’opposeraient «à toute sédition, trouble à l’ordre public, guerre de l’information, menace à la sécurité ou agression contre le territoire». Les autorités iraniennes utilisent fréquemment le terme «sédition» pour désigner la dissidence interne.

Le gouvernement a également annoncé mercredi la fermeture généralisée des commerces et des administrations à Téhéran et dans d’autres régions, invoquant une vague de froid et la nécessité d’économiser l’énergie. Cette annonce a toutefois été largement perçue comme une tentative de réduire la présence du public dans les rues.

Le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, qui détient le pouvoir décisionnel ultime au sein du régime iranien, est resté jusqu’à présent silencieux face aux manifestations.

Le gouvernement avoue son impuissance

Selon l’enquête du WP, des indicateurs s’accumulaient depuis des semaines, laissant présager que l’économie approchait d’un point critique. Le gouvernement Pezeshkian avait proposé un budget pour le prochain exercice fiscal iranien prévoyant une réduction de facto des salaires du secteur public et une augmentation de la pression fiscale sur les consommateurs. Il avait également récemment réduit les subventions sur les carburants, entraînant une flambée des prix.

Dans un discours virulent prononcé dimanche devant le Parlement, Pezeshkian a pointé du doigt une longue liste de responsables politiques, déclarant : «Certains ont des problèmes de subsistance, de vie et de santé. Ils sont confrontés à mille difficultés. C’est la faute des décisions prises par les gouvernements, le parlement et nous, les décideurs». Il a ajouté : «On nous reproche d’imposer trop d’impôts. Eh bien, nous en imposons trop. Et ensuite, on nous demande d’augmenter les salaires. Mais où vais-je trouver l’argent?». 

Cependant, le Parlement a rapidement rejeté le projet de budget, invoquant les difficultés économiques rencontrées par les Iraniens et d’autres facteurs.

Dans une lettre adressée au Parlement et publiée mardi, Pezeshkian a déclaré être d’accord sur la nécessité de restructurer le budget et que les réformes incluraient des augmentations des salaires et des subventions du secteur public. Cependant, le financement de ces changements restait flou. Un porte-parole de Pezeshkian a également annoncé que le gouverneur de la Banque centrale iranienne, Mohamed Reza Farzin, qui a démissionné serait remplacé par l’ancien ministre de l’Économie, Abdolnasser Hemmati.

Parsa, un étudiant de 23 ans qui travaille comme barista à Kermanshah, dans l’ouest de l’Iran, a évoqué les difficultés rencontrées par sa génération. Il a expliqué gagner environ 100 millions de rials par mois dans un café, soit l’équivalent d’environ 70 dollars au taux de change actuel. Il a raconté une soirée où, sorti avec un ami, l’addition pour une pizza, une salade et deux sodas s’était élevée à 10,5 millions de rials, soit environ la moitié de son salaire hebdomadaire. Il a ajouté se souvenir d’une époque où il pouvait acheter une PlayStation pour 10 millions de rials.

Parsa a évoqué une récente altercation avec un professeur d’université, surpris par la colère des jeunes face à la situation économique. Il a raconté avoir répondu au professeur : «On se lève à sept heures du matin, on regarde le taux de change du dollar, et ça nous gâche la journée». Il a ajouté : «Je lui ai dit: Professeur, votre génération nous a tout gâché».

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