Pour une ouverture inclusive de l’espace aérien tunisien
Depuis plusieurs saisons, il est possible d’observer que la tarification aérienne sur les liaisons reliant la Tunisie à ses principaux marchés émetteurs, et en particulier la France — qui abrite près de 1,5 million de Tunisiens résidents à l’étranger et constitue également un important réservoir touristique — obéit à une logique de convergence tarifaire défavorable à la fois à la diaspora, au secteur du tourisme et à l’économie nationale dans son ensemble.
Hakim Tounsi *

Les compagnies aériennes opérant sur ces routes, qu’elles soient tunisiennes ou françaises, appliquent dès l’ouverture des ventes des niveaux de prix élevés et remarquablement homogènes sur des périodes pourtant parfaitement prévisibles de déplacement de la diaspora et des flux touristiques saisonniers, réduisant la concurrence à une réalité largement théorique.
Présentée comme une application du yield management, cette pratique repose en réalité sur l’anticipation d’une demande supposée captive, comme le démontrent les ajustements tarifaires tardifs observés fréquemment lorsque les volumes ne suivent pas les projections initiales. Ces corrections interviennent généralement trop tard pour rattraper des projets de voyage déjà abandonnés, installant durablement un effet dissuasif sur les déplacements.
Une demande supposée captive
Ce verrouillage du marché est renforcé par le cadre actuel des accords bilatéraux, qui limite de facto l’accès aux droits de trafic aux seuls pavillons tunisien et français. Cette configuration permet aux compagnies en place de conserver la maîtrise de la capacité et de restreindre l’accès des tour-opérateurs aux opérations charter, afin de préserver leur contrôle sur les flux et les niveaux de prix.
Les conséquences, aggravées par la fragilité structurelle d’une compagnie aérienne nationale en quête permanente de ses équilibres, sont directes et mesurables : une accessibilité aérienne réduite pour la diaspora, une contraction des flux touristiques sur des périodes clés et un impact négatif sur un secteur stratégique de l’économie nationale, fortement créateur d’emplois et de valeur ajoutée.
Dans un pays où le tourisme constitue un pilier de la croissance, cette restriction de la mobilité affecte l’ensemble de la chaîne économique, de l’hôtellerie aux services locaux.
Introduire une pression concurrentielle
Dans un environnement libéral où l’État n’a ni vocation ni légitimité à intervenir sur les prix, il dispose néanmoins d’un levier efficace, réaliste et juridiquement maîtrisé pour réintroduire une concurrence effective. Celui-ci consiste à autoriser, dès le début de chaque saison, l’accès aux droits de trafic de troisième et quatrième liberté à des compagnies aériennes européennes opérant sous licence de l’Union européenne, y compris celles disposant de bases en France, afin qu’elles puissent assurer des vols directs entre la France et la Tunisie dans le cadre d’opérations charter ou ponctuelles.
Une telle ouverture, annoncée en amont et en anticipation d’un futur accord d’Open Sky entre la Tunisie et l’Union européenne, permettrait aux tour-opérateurs de sécuriser des chaînes charter sur la durée, sans dépendre du bon vouloir des transporteurs historiques, tout en introduisant une pression concurrentielle saine sur la capacité et les niveaux de prix.
À titre d’exemple, un tour-opérateur basé en France pourrait ainsi affréter librement, comme cela a déjà été le cas pour la compagnie nationale, un avion auprès d’un transporteur européen tel qu’Electra Airways afin de desservir Tunis, Monastir, Enfidha, Tabarka ou Djerba.
Seule une concurrence loyale et effective est en mesure de rétablir des niveaux de prix justes et économiquement soutenables. Aller à l’encontre de cette ouverture reviendrait à accepter le maintien d’une économie de rente de fait, avec ses dérives connues, qui faussent les tarifs, rigidifient le marché et dégradent durablement la relation avec les passagers, au détriment du tourisme, de la diaspora et de l’intérêt économique national.
Par cette tribune, il est lancé un appel aux autorités compétentes afin qu’elles examinent sans délai cette opportunité, susceptible de redonner un nouvel élan à la capacité aérienne reliant la Tunisie à ses marchés européens traditionnels, au premier rang desquels la France, qui présente un potentiel immédiat considérable. Cette ouverture gagnerait à être pensée de manière inclusive, sans exclusion d’aéroports ni de segments de clientèle, afin de maximiser son impact économique, touristique et social.
* Economiste, Fondateur Dirigeant du tour opérateur Authentique en France.
L’article Pour une ouverture inclusive de l’espace aérien tunisien est apparu en premier sur Kapitalis.