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2026 | La Tunisie entre le marteau et l’enclume  

La Tunisie entre dans une nouvelle année sous le prolongement de l’état d’urgence jusqu’à fin janvier 2026. Ce n’est pas pour rassurer les Tunisiens, qui ont cru en avoir fini avec le terrorisme, ni pour leur redonner confiance en l’avenir. L’annonce a plutôt de quoi les inquiéter au moment où les vœux circulent, enthousiastes (joie, bonheur, succès) ou prudents (sécurité, stabilité, apaisement). Mais derrière ces mots, une autre réalité traverse la société, plus intime, plus silencieuse : une tension psychique diffuse, faite d’anxiété et d’évitement, presque ordinaire. Un peuple qui rentre dans une nouvelle année sur la pointe des pieds, presque à reculons, en retenant son souffle.

Manel Albouchi

L’anxiété n’est pas une faiblesse. Elle est une réaction d’adaptation à l’incertitude. Elle appelle à la vigilance, prépare le corps à répondre. Si l’anxiété avait une couleur, elle serait rouge : alarme, cœur qui s’emballe, feu intérieur qui brûle sans danger réel. 

Pour comprendre l’anxiété, il faut d’abord revenir à sa source : la peur. La peur est biologique : elle apparaît face à un danger réel et identifiable, activant le système nerveux autonome : accélération du rythme cardiaque, respiration rapide, tension musculaire, libération d’adrénaline. Le corps se prépare à fuir, combattre ou se figer. 

L’anxiété, elle, est différente : c’est une peur sans objet réel. Aucun danger tangible, mais le corps réagit comme si. L’anxiété est donc un rouge sans cible, un feu qui brûle sans relief ni forme précise. Tel un état d’alerte prolongée, où le système émotionnel reste activé en l’absence de danger immédiat. Cela se traduit par : une anticipation constante du pire, des pensées qui tournent sans issue, une fatigue nerveuse persistante, une hypervigilance qui ne se repose jamais. 

L’évitement comme fausse solution 

Face à l’anxiété, beaucoup choisissent le noir : le retrait, la fuite l’évitement : éviter le conflit, éviter la décision, éviter l’engagement, éviter même l’espoir «trop risqué !». Certes l’évitement soulage un instant ; il permet de continuer à fonctionner, à tenir debout. Mais ce soulagement a un prix. 

Les avancées psychologiques récentes, notamment le modèle de l’apprentissage inhibiteur (Inhibitory Learning), révolutionnent notre compréhension de l’anxiété en 2026 et démontre ce que l’on évite ne disparaît pas mais s’étend. 

Trois phénomènes clés expliquent pourquoi l’évitement piège le cerveau et bloque l’extinction de la peur : 

1. le renforcement de la menace : éviter une situation anxiogène envoie un message clair au cerveau : «J’ai survécu parce que j’ai fui». La peur est validée, l’alarme rouge sera plus forte la prochaine fois; 

2. l’élargissement du périmètre : éviter un ascenseur peut élargir la peur aux escaliers fermés, puis aux espaces confinés en général. Ce que l’on ne confronte pas finit par coloniser la vie quotidienne ;

3. la traversée plutôt que l’habituation : contrairement aux anciennes méthodes visant à faire disparaître l’anxiété, l’apprentissage de sécurité consiste à prouver au cerveau qu’on peut tolérer l’inconfort et traverser la peur. Le rouge n’est pas éliminé ; il devient supportable, maîtrisable. 

Le cercle invisible des troubles anxieux   

L’anxiété pousse à l’évitement. L’évitement entretient l’anxiété. C’est un cercle simple, redoutablement efficace. Plus on évite, plus le monde semble dangereux. Plus le monde semble dangereux, plus on évite. 

Dans un contexte d’alerte prolongée, ce cercle trouve un terrain fertile. Il s’installe sans bruit. Il devient normalité. 

À l’échelle individuelle, cela s’appelle un trouble anxieux. 

À l’échelle collective, cela devient une culture de survie.  

Un petit test pour ceux qui ne se voilent pas la face 

 Quand quelque chose t’angoisse : 

  • Remets-tu souvent à plus tard ? 
  • Minimises-tu ce que tu ressens ? 
  • Te distrais-tu excessivement ? 
  • Te dis-tu : «ce n’est pas le moment» ? 

Si tu réponds oui à plusieurs de ces questions, tu ne vas pas mal. Tu es en mode survie psychique, à la frontière entre le rouge et le noir. Or la survie n’est pas faite pour durer. 

Entre rouge et noir, le regard est notre ressource 

La résilience tunisienne ne se situe ni dans le déni optimiste, ni dans le pessimisme figé. Elle se joue dans la flexibilité du regard. Voir le verre à moitié plein ou à moitié vide n’est pas une question de positivité naïve, mais de capacité à changer de perspective. C’est ici qu’intervient la confiance en soi. 

Le mot confiance vient du latin confidere : cum (avec) + fidere (foi). La question est : foi en quoi ? Pas en l’absence de danger. Pas dans un avenir garanti. Foi en sa propre capacité à faire face, à traverser, à apprendre de chaque situation. 

Cette confiance psychique est la clé pour réduire le noir de l’évitement et dompter le rouge de l’anxiété. Elle repose sur l’expérience vécue : «J’ai déjà traversé, donc je peux encore traverser»

Vœux pour 2026. Tout de même…   

Dans une Tunisie sous vigilance prolongée, le vœu le plus juste n’est ni l’optimisme forcé, ni la résignation. Il consiste à : traverser le rouge sans fuir dans le noir, renforcer la confiance en sa capacité à faire face, bouger le regard pour qu’il circule librement entre alerte et repos, entre danger et sécurité. 

La sortie de crise n’est pas seulement politique. Elle est d’abord psychique, individuelle et collective. 

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