Suite à l’«enlèvement» de la militante politique Chaima Issa, le samedi 28 septembre 2025, alors qu’elle participait à la marche organisée par les organisations féministes et à laquelle participaient des personnes de diverses orientations politiques, des associations et des voix féministes ont exprimé dans le communiqué de presse traduit de l’arabe et reproduit ci-dessous «leur ferme condamnation de ce grave incident, qui montre l’intimidation et la violence politique continues de l’État contre les femmes».
«Le fait de cibler Chaima Issa, de la condamner à vingt ans de prison pour son activisme politique et son opposition au régime en place, puis de l’enlever par des individus non identifiés en civil simplement pour avoir participé à une manifestation féministe pacifique, constitue une attaque flagrante contre la liberté d’expression et le droit des femmes à manifester et à s’organiser, ainsi qu’une tentative claire de faire taire les voix féministes et des défenseurs des droits humains dans le pays.
«Les personnalités et associations signataires tiennent les autorités responsables pleinement responsables de la sécurité de Chaima Issa, exigent la divulgation immédiate de son lieu de détention et des conditions de sa détention, et la garantie qu’elle se verra accorder tous ses droits légaux sans aucun délai.
«Les personnalités et associations signataires appellent également toutes les forces actives, les organisations de défense des droits humains et les mouvements féministes à s’unir et à faire face à cette dangereuse escalade contre les femmes, à résister à toutes les tentatives d’intimidation et d’exclusion, et à adopter tous les moyens de lutte pour protéger leur droit à s’exprimer et à participer à la sphère publique sans crainte ni menace.
«L’enlèvement d’une militante est une attaque contre toutes les femmes.
L’année 2026 s’annonce chaude pour le régime algérien qui devra faire de grandes concessions sur des thèmes légitimateurs comme la Palestine et le Sahara occidental, sous les pressions conjuguées des Etats-Unis et des Nations unies. Face à ces vents contraires, la Tunisie serait bien avisée d’entamer la nouvelle année avec un regain de perspicacité et de dextérité politique sur les plans intérieur et extérieur. Explications…
Elyes Kasri *
Alors que les Etats-Unis d’Amérique renforcent leur présence au Maroc en la doublant d’une initiative diplomatique internationale visant à mettre fin à ce que de plus en plus de chancelleries considèrent comme une campagne de déstabilisation régionale menée par l’Algérie sous couvert de la prétendue République Sahraouie, la Russie et la Chine se désengagent progressivement de cette campagne désormais considérée subversive et laissent le régime algérien seul face un étau militaro-diplomatique marocco-occidental.
Déconvenues diplomatiques
Il est utile de noter qu’outre l’accumulation des déconvenues diplomatiques au Brics et au Nations unies, en plus de l’épisode révélateur de la libération de Boualem Sansal, la fin du mandat non permanent de l’Algérie au Conseil de Sécurité le mois prochain coïncide avec l’ultimatum de 60 jours dicté par le président Trump pour la conclusion pacifique de la question du Sahara Occidental que la résolution 2797 du Conseil de Sécurité a préconisé dans le cadre de la souveraineté marocaine (5 mentions dans le texte officiel de cette résolution).
Ce, en plus de l’arrivée à partir du 1er janvier 2026, en tant que membres non permanents du Conseil de Sécurité, du Bahreïn, du Liberia et du Congo, réfractaires à la fiction d’une république sahraouie.
Il n’est pas à exclure que le processus de partition de la Libye déjà engagé de facto ne soit confirmé de jure pour être suivi à terme par l’Algérie qui malgré ses richesses n’a pas réussi à ériger les fondements d’un Etat national et d’une union de destin entre les régions qui la constituaient avant sa création en un Etat fédéré par la grâce de l’empire colonial français.
La plus grande réceptivité occidentale de la cause indépendantiste kabyle ainsi que les péripéties et les retombées de la proclamation le 14 décembre prochain de l’indépendance de la Kabylie risquent d’accentuer l’onde de choc qui secoue déjà l’Algérie au risque d’entamer un processus d’éclatement et de retour au statut et aux frontières précoloniaux. Les précédents du Soudan, de l’Irak, de la Libye et de la Syrie sont à cet égard édifiants et doivent constituer un avertissement.
L’année 2026 s’annonce chaude pour un régime algérien qui devra faire de grandes concessions sur des thèmes légitimateurs comme la Palestine (l’ambassadeur algérien à Washington et ancien ministre des Affaires étrangères ne cesserait de dire aux responsables américains que son gouvernement serait ouvert à toute option concernant le conflit israélo-palestinien, sous-entendant la normalisation avec Israël et l’adhésion aux accords d’Abraham) et le Sahara occidental avec peut-être même dans la foulée son versant oriental avec tous les remous que cela susciterait au sein de l’armée et de l’opinion publique algériennes.
ingérences et interférences
La Tunisie qui a déjà son lot de problèmes socio-économiques et de divergences de plus en plus aiguës de vues avec ses partenaires occidentaux, serait bien avisée d’entamer la nouvelle année avec un regain de perspicacité et de dextérité politique et diplomatique afin de se donner les moyens de naviguer avec le minimum de dégâts dans les eaux de plus en plus troubles et agitées vers lesquelles les vents semblent pousser l’Afrique du Nord et peut être même l’Europe entière.
En dépit des divergences de vues et des griefs réciproques, chaque Tunisien est appelé à mettre de côté les différences pour consolider le front intérieur et bâtir une entente même minimale afin de couper court aux interférences et ingérences étrangères de toute part en vue de prémunir notre pays des effets de la tempête qui se profile à l’horizon qui s’assombrit à vue d’œil.
Si la récente libération de Me Sonia Dahmani et les démarches visant à signifier le refus des autorités tunisiennes de toute ingérence étrangère dans ses affaires intérieures sont des prémices positives, elles gagneraient en crédibilité et en efficacité si elles étaient généralisées d’un côté aux autres prisonniers d’opinion ou, faute d’un consensus sur les motifs de leur inculpation, ceux qui n’ont pas commis d’actes physiques violents ou appelé à attenter à l’intégrité physique de nos forces armées y compris les forces de sécurité intérieure, et de l’autre côté à toute velléité d’immixtion ou d’ingérence extérieure d’où qu’elle vienne car la souveraineté est et doit toujours demeurer une et indivisible.
La préservation de la souveraineté nationale et le renforcement du front intérieur sont désormais une nécessité vitale et de survie pour la Tunisie si elle veut éviter toute secousse préjudiciable ou, pire que Dieu ne le veuille, le sort tragique qui a frappé le Liban, la Somalie, l’Irak, le Soudan et la Syrie.
NB : extrait de la version finale et officielle de la résolution 2797 : «Prenant note à cet égard du soutien exprimé par de nombreux États Membres en faveur du plan d’autonomie proposé par le Maroc et présenté le 11 avril 2007 au Secrétaire général comme la base d’un règlement juste, durable et mutuellement acceptable du différend, affirmant qu’une véritable autonomie sous souveraineté marocaine pourrait être une solution des plus réalisables… ».
Des organisations féministes, des alliances militantes et des défenseures des droits des femmes d’Algérie, du Maroc et de Tunisie se sont réunies à Tunis, les 28 et 29 novembre 2025, dans le cadre de la dynamique «Pays du Maghreb sans féminicide», pour tirer la sonnette d’alarme face à l’aggravation du phénomène de violence à l’égard des femmes, et notamment des crimes de féminicide, dans les trois pays. Elles ont publié la déclaration suivante, complétée par une série de recommandations pour les gouvernements et la société civile dans la région.
«En l’absence de statistiques officielles, les associations féminines tunisiennes ont recensé 27 cas de féminicides jusqu’en octobre 2025, contre 26 en 2024. En Algérie, ces mêmes associations ont enregistré plus de 48 cas en 2024. Quant au Maroc, selon les données du parquet pour 2023, on a dénombré 65 homicides volontaires et 18 homicides par coups et blessures ayant entraîné la mort.
«Les violences faites aux femmes dans la région ne sauraient être considérées comme des incidents isolés ; elles sont profondément ancrées dans un système social qui tolère, justifie et perpétue les violences masculines. Chaque meurtre commis contre une femme révèle l’échec du système de protection et l’absence d’un engagement institutionnel global et efficace. Cela reflète également le silence et l’inaction délibérés des décideurs face à ce phénomène.
Ce constat s’inscrit dans un contexte mondial où Onu Femmes rapporte que 137 femmes ou filles sont tuées chaque jour par un membre de leur famille, soit une femme toutes les dix minutes.
«L’inaction des pays de la région face à la violence à l’égard des femmes et des filles persiste, car ils ne considèrent pas sa prise en compte comme une priorité nationale nécessitant des mesures urgentes, des politiques cohérentes, des stratégies intégrées, des plans nationaux efficaces, des budgets suffisants et une véritable volonté politique.
«Les pays de la région continuent de ne pas lutter contre les violences faites aux femmes et aux filles, faute de les considérer comme une priorité nationale exigeant des mesures urgentes, l’élaboration de politiques cohérentes, l’adoption de stratégies intégrées et de plans nationaux efficaces, l’allocation de budgets suffisants et, surtout, la démonstration d’une véritable volonté politique.»
C’est sous un ciel bleu printanier, un soleil éclatant et une température clémente de 10 °C que les coureurs, professionnels et amateurs, hommes et femmes, séniors, adultes et enfants, de toutes catégories sociales, ont pris la ligne de départ du 38e Marathon Comar de Tunis-Carthage, ce dimanche 30 novembre 2025, sous le regard d’un grand nombre de spectateurs venus accompagner les coureurs ou pour assister à cette grande fête populaire.
Latif Belhedi
Les membres du comité d’organisation du plus grand événement sportif outdoor en Tunisie, organisé chaque année par les Assurances Comar depuis une quarantaine d’années, tablaient sur 10 000 coureurs pour les quatre distances Marathon (42 km), semi-Marathon (21 km), Course pour tous (5 km) et Kids Marathon. Ils étaient quelque 9 600 sur la ligne du départ, e c’est déjà un record, sachant qu’ils étaient 7900 l’année dernière.
Une ballade autour du Lac de Tunis
La course proprement dite a animé le centre-ville de Tunis et la banlieue de la capitale (Montplaisir, Berges du Lac, Sidi Daoud, La Marsa, Sidi Bou Saïd, Carthage, Le Kram, La Goulette). Les coureurs ont, en quelque sorte, effectué le tour du Lac de Tunis et admiré les paysages qui s’offrait à eux au cours de cette matinée ensoleillée. Et c’est là tout le charme et le plaisir de la course à pied qui laisse au coureur, même en pleine compétition, de découvrir des lieux enchanteurs.
Pendant la course, l’animation battait également son plein au Village du Marathon, installé près de la ligne de départ et d’arrivée, devant le bâtiment des Assurances Comar. C’est là aussi qu’est installé le podium qui verra la distribution des prix aux gagnants et gagnantes des différentes courses. Et comme chaque année, sauf grosse surprise, ce seront les athlètes Kenyan(ne)s et Ethiopien(ne)s se tailleront les meilleurs places sur le podium.
Un plaisir partagé
En attendant, les enfants venus accompagner leurs parents s’adonnent à différents jeux sous des tentes aménagées à cet effet, sous le regard vigilant des animateurs affectés à cette mission. Et le dispositif organisationnel (les centaines d’agents bénévoles des Assurances Comar), technique (arbitres de course), sécuritaire (police et protection civile) et sanitaire (les médecins d’Amen Santé) est déployés pour veiller au moindre détail et œuvrer à ce que la fête se déroule dans les meilleures conditions de réussite, le but étant, au-delà de la compétition, le partage d’un moment de plaisir dans une atmosphère conviviale et bon enfant.
«Un procès fictif, un jugement illégal et la confirmation d’une justice entièrement capturée par l’exécutif.Une répression judiciaire massive : 45, 35, 33, 25, 20, 18, 17, 14 13, 12, 10, 3 et 2 ans de prison prononcés contre des personnalités politiques, civiles et médiatiques totalisant 824 ans de prison.»
C’est en ces termes que le Centre pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie (CRLDHT) a réagi au verdict d’appel dans l’affaire dite du «complot contre la sûreté de l’Etat 1» .
Dans un communiqué publié le 29 novembre, l’Ong tunisienne basée en France a affirmé que la date du 27 novembre 2025 «restera comme l’une des dates les plus sombres de l’histoire judiciaire tunisienne.» Et elle cite, à l’appui de son affirmation «une procédure disloquée, marquée par les violations les plus graves des garanties constitutionnelles et internationales», et un «verdict, décidé et lu en l’absence des détenus, sans débats, sans plaidoiries, sans confrontation, sans examen des preuves».
«Le 27 novembre, aucun détenu n’a été amené en salle d’audience. Trois prévenus seulement ont été connectés à distance», rappelle l’organisation, qui détaille les griefs exprimés par les accusés et leurs avocats contre une justice qui a «cessé d’être un pouvoir judiciaire», «est devenue une administration punitive au service du pouvoir exécutif», «destinée à terroriser».
Mourad Ghaddab, élève tunisien âgé de 12 ans, a remporté brillamment un titre mondial de kick boxing de la catégorie ‘Ecoles’ (- 50 kg) lors du World Clubs World Champion qui s’est déroulé les 15 et 16 novembre 2025 à Trapani, Sicile, Italie.
Cette compétition a été organisée par la World Martial Kombat Federation, en coopération Martial Kombat Sport Italia, et ce dans le cadre du Dragons World Festival.
Grâce à ce premier succès hors des frontières, le jeune combattant promet d’aller encore plus loin sur le plan international. Son talent exceptionnel doit beaucoup à la formation rigoureuse reçue de la part son coach tunisien et ancien champion de kick boxing Omar Neffati.
Habib Zannad est poète et enseignant. Voix singulière, à l’origine du mouvement d’avant-garde de la poésie tunisienne contemporaine.
Né en 1946 à Monastir, il est, avec les poètes Tahar Hammami et Fadhila Chebbi, les chefs de file du mouvement poétique «Fi ghayr al-‘amoudi wal–hurr» (Poésie autre que métrique et libre) au début des années 70, vraie révolution formelle se passant de la mesure, introduisant le dialecte arabe tunisien, s’attaquant à des thématiques sociales, populaires, souvent avec dérision et critique anti-conformiste, sans négliger des sujets plus intimes ou personnels.
Habib Zannad reste aujourd’hui, incontestablement, celui qui incarne le plus ce courant, non sans talent. Ses recueils, en arabe : ‘‘Al-Majzoum bi-lam’’ (Sur le mode négatif, 1970); ‘‘Kimiya’ al-alwan’’ (L’alchimie des couleurs, 1988).
Tahar Bekri
Novembre 1968, ma mère est morte. Sa mort m’a fait mal. Je suis resté à la mer. Ma mère aimait la mer. M’aimait.
Elle est sortie prospecter les amis
La mer était belle moqueuse menteuse
Elle y noua les souhaits de ses paupières
Lui jeta ce qu’elle avait dans l’âge de fatigue
Les palmiers lui plurent même irréels
Les palmiers étaient tristes éphémères
Les sables transparents mirages
……..
Donne-moi de ton sel mer
Donne-moi les tristesses
Saupoudre mes yeux n’aie pas crainte
Saupoudre-moi avec les vues des aveugles
Fais-moi entendre la rumeur des couleurs
Donne-moi de ton sel
Dérange mes rythmes
…….
Elle se réveilla au cri du coq
Elle fit signe à la lumière Entre
Ces fenêtres séduisent le soleil chaque matin
Aiment la colère du vent
La pagaille des poules
Et s’accommodent des pleurs des vagues
…
Donne-moi de ton sel mer
Epuise-moi
Frappe sur mon visage
Suspens-moi sur ta bleuté
N’aie pas crainte mer crucifie-moi
….…
Elle sortit chercher une joie attractive
Mit son sari
Blanc comme le matin sans haine
Ni couleur d’exil
Elle sortit affronter l’écume des vagues
Le mensonge des nuages
Entre porte ouverte et fermée
Des années enragées et un aimé absent
…
Donne-moi de ton sel mer
Sale mes mots
Donne-moi un poème pour mes morts
Quoi sur le monde ô toi aux couleurs opaques
O Destin violent
Quoi sur ce qui arrive ?
…
Elle promena ses yeux sur la mer
La mer trembla à ses regards
Sa bleuté se fit haute
Des signes d’un désir épuisant apparurent
La mer fit découvrir une vieille nostalgie dans ses tréfonds
Une brûlure
Qui aimait les amoureux
Qui savait ce que signifie leur manque
Ce que signifie la mer pleurant de ses profondeurs
Elle fut prise de tremblement
Fit quelques pas
Les mots bouillonnèrent dans sa poitrine
Dit : Ô mots
Devenez bulles de sang qui bout
Explosez-vous dans le cerveau assoiffé
Afin qu’il accepte un tel amour
Afin qu’il accepte l’amour éperdu de la mer
Mais la mer est une amoureuse folle
La mer est une malade qui aime les morts
La mer fait souffrir ses amoureux
Les tue et poursuit son errance
……
Donne-moi de ton sel
Hâte ma douleur
Je ne suis rien mer
Il n’y a rien dans le puits de mes jours
Eclate-moi donc
Ampute mes ans
…
Je ne savais pas qu’un jour viendra
Dans lequel se rompe le chant
Ou qu’un cœur s’arrête d‘irriguer les paroles
Finisse au plus haut de l’amour
Dans la fracture de l’interrogation
Comme un poème
Que lisent les gens
Et que plie l’histoire assassine
…….
Donne-moi de ton sel mer
Ne te moque pas de moi ne te moque pas
Chatouille-moi mer si tu y arrives
Ou recroqueville-toi sous les contorsions du soleil
Dans le communiqué reproduit ci-dessous, publié vendredi 28 novembre 2025, Amnesty International appelle les autorités tunisiennes à «annuler les condamnations lourdes et injustes’’ allant de 5 à 45 ans prononcées contre des opposants politiques, hommes d’affaires et activistes de la société civile dans l’«affaire du complot»
Réagissant à la décision de la cour d’appel de Tunis en date du 27 novembre confirmant les déclarations de culpabilité et les peines allant de cinq à quarante-cinq ans d’emprisonnement prononcées contre 34 personnes poursuivies dans l’«affaire du complot» motivée par des considérations politiques, Sara Hashash, directrice régionale pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient à Amnesty International, a déclaré : «La décision de la cour d’appel de Tunis confirmant les condamnations injustes prononcées dans l’‘‘affaire du complot’’ est accablante pour le système judiciaire tunisien. En validant les verdicts de culpabilité fondés sur des accusations sans fondement qui ont été prononcés à l’issue d’un simulacre de procès contre des dizaines de personnes, dont des personnalités politiques, des avocat·e·s et des défenseur·e·s des droits humains, la cour d’appel a délibérément fermé les yeux sur la longue liste de violations du droit à un procès équitable qui entachent cette affaire depuis le premier jour.»
«La cour d’appel a de la sorte également entériné l’utilisation par le gouvernement du système judiciaire pour éliminer la dissidence politique. Si trois relaxes ont été prononcées et plusieurs peines allégées, d’autres peines ont été alourdies – notamment pour Jaouher Ben Mbarek, qui a mené une grève de la faim pendant 31 jours pour protester contre sa détention arbitraire et contre le procès injuste engagé contre lui, et qui a vu sa peine passer de 18 à 20 ans d’emprisonnement. La décision de la cour confirme que la participation à une opposition pacifique demeure passible en Tunisie d’une lourde peine d’emprisonnement.
«Les autorités ont dès le début compromis l’intégrité de ce procès avec des violations répétées des garanties procédurales, notamment en prenant la décision injustifiée de priver les accusé·e·s incarcérés de leur droit d’être présents dans la salle d’audience et en insistant pour que le procès se déroule à distance. Associés aux attaques incessantes de l’État contre les avocat·e·s représentant les accusé·e·s dans cette affaire, ces agissements mettent en évidence une campagne acharnée visant à éroder les droits et à réduire au silence la dissidence.
«Nous sommes extrêmement préoccupés par le fait que les militant·e·s politiques Chaïma Issa et Ahmed Nejib Chebbi et le défenseur des droits humains Ayachi Hammami risquent à présent d’être arrêtés de façon imminente et arbitraire, la cour d’appel ayant confirmé les déclarations de culpabilité prononcées contre eux et les ayant condamnés respectivement à 20, 12 et cinq ans d’emprisonnement.
«Les autorités tunisiennes doivent immédiatement annuler les déclarations de culpabilité et les peines injustes prononcées contre toutes les personnes poursuivies dans l’ »affaire du complot ». Elles doivent libérer immédiatement et sans condition toutes les personnes détenues uniquement pour avoir exercé leurs droits humains, et mettre fin à la persécution incessante et motivée par des considérations politiques qui est exercée contre celles et ceux qui critiquent les autorités, contre les opposant·e·s et contre les juristes. Tant que le pouvoir judiciaire ne contrôlera pas la répression exercée par le gouvernement, il encouragera un autoritarisme croissant et une véritable crise des droits humains. »
Contexte
L’« affaire du complot » en Tunisie concerne les poursuites engagées contre 37 figures de l’opposition, avocat·e·s et militant·e·s sur la base de graves accusations motivées par des considérations politiques, principalement pour «complot contre la sûreté de l’État». En avril 2025, le tribunal de première instance de Tunis a prononcé de lourdes peines allant de quatre à 66 ans d’emprisonnement à l’issue d’un procès largement condamné pour ses graves violations des règles d’équité, son manque de transparence et l’ingérence du pouvoir exécutif.
Le 24 octobre, les avocat·e·s de la défense ont appris que la première audience d’appel était prévue pour le 27 octobre et se tiendrait à distance par visioconférence pour les 12 accusé·e·s en détention, le tribunal ayant décidé de tenir tous les procès pour terrorisme à distance depuis avril 2024, invoquant l’existence d’un «danger imminent», sans justification. Les accusé·e·s incarcérés n’en ont été informés que le jour même de l’audience, et les autres n’ont reçu aucune convocation. Le 27 octobre, l’audience a été reportée au 17 novembre, puis au 27 novembre.
L’obligation pour les accusé·e·s incarcérés de participer à distance au procès, malgré leurs objections, les a privés du droit d’être physiquement présents au tribunal, en violation de leurs droits à la défense.
Parmi les 34 personnes condamnées dans cette affaire, six figures de l’opposition – Khayyam Turki (condamné à 35 ans d’emprisonnement) Jaouhar Ben Mbarek, Issam Chebbi, Ghazi Chaouachi, Ridha Belhaj (20 ans d’emprisonnement) et Abdelhamid Jelassi (10 ans d’emprisonnement) – sont en détention arbitraire depuis le début de l’enquête, en février 2023.
Plusieurs autres personnes condamnées dans cette affaire avaient déjà été placées en détention dans le cadre d’autres affaires à caractère politique, comme par exemple les figures de l’opposition Noureddine Bhiri (condamné à 20 ans d’emprisonnement), Sahbi Atig (10 ans d’emprisonnement) et Saïd Ferjani (10 ans d’emprisonnement) de l’ancien parti au pouvoir Ennahdha. Ces poursuites ont également visé 20 personnes vivant à l’étranger, notamment l’éminente défenseure des droits humains Bochra Bel Haj Hmida, qui a été condamnée à 33 ans d’emprisonnement.
Nous reproduisons ci-dessous la déclaration de l’Union européenne (UE) lors de l’examen de la politique commerciale de la Tunisie, le 25 novembre 2025, à Genève. Cette déclaration a été prononcée par l’ambassadeur João Aguiar Machado, en présence du ministre du Commerce et du développement des exportations, Samir Abid. Elle souligne les atouts de la Tunisie et les lourdeurs de toutes sortes qui la pénalisent au regard des Européens. D’où l’intérêt de ce document.
Permettez-moi tout d’abord de saluer la résilience remarquable des entreprises et des citoyens tunisiens face aux défis majeurs rencontrés ces dernières années, notamment la pandémie de Covid-19, les incertitudes de la conjoncture économique mondiale et les tensions sur les marchés énergétiques et alimentaires.
Dans ce contexte, nous tenons à souligner le dynamisme des relations commerciales entre la Tunisie et l’Union européenne, marquées par un commerce soutenu de biens et de services, un flux d’investissements diversifiés et une coopération économique étroite.
Un espace économique commun
L’Union européenne est le premier partenaire commercial et le principal investisseur en Tunisie, un partenaire naturel avec qui les liens économiques se sont construits sur des décennies d’échanges, de proximité et de confiance mutuelle.
Cet espace économique commun, enraciné dans la Méditerranée, se nourrit aussi des liens humains tissés par la diaspora tunisienne en Europe et des collaborations techniques et institutionnelles actives et constantes entre nos deux rives.
Cette relation dense et multidimensionnelle trouve son ancrage dans le volet commercial de l’Accord d’association UE-Tunisie, signé en 1995 et dont nous célébrons cette année les 30 ans. L’Union européenne a signalé sa disponibilité à entamer des discussions vers une modernisation des relations commerciales bilatérales pour mieux répondre aux défis économiques actuels et aux opportunités de demain.
Les atouts de la Tunisie
La Tunisie dispose, à cet égard, de nombreux atouts, au premier rang desquels sa situation géographique stratégique au cœur de la Méditerranée, une main-d’œuvre qualifiée, et une intégration croissante dans les chaînes de valeur mondiales, dans des secteurs à haute valeur ajoutée technologique tels que l’aéronautique, l’automobile, les produits pharmaceutiques, le numérique, les textiles techniques et les énergies renouvelables.
Cependant, et comme nous l’avons souligné dans nos questions, nous continuons à constater des restrictions administratives persistantes. Le contrôle des marchés a créé des situations d’inefficacité qui pénalisent la Tunisie et les opérateurs économiques européens. Ces lourdeurs découragent les échanges, même si nous reconnaissons les efforts en cours en matière de transparence et de digitalisation. Les restrictions à la participation étrangère dans certains secteurs nuisent au dynamisme économique, notamment dans le secteur des services qui sont une source de compétitivité et d’emplois.
Des réformes cruciales attendues
L’amélioration du climat des affaires et d’investissement devient indispensable pour contribuer à l’investissement étranger – et les récents chiffres plutôt positifs devraient servir d’encouragement aux réformes cruciales, qui restent encore en attente.
De plus, la Tunisie pourrait bénéficier de l’élimination des barrières persistantes à l’accès au marché, sous forme de restrictions techniques, de mécanismes d’autorisation et des mesures sanitaires et phytosanitaires, dont la justification scientifique n’est pas prouvée.
La Tunisie est confrontée, bien sûr, à des défis de grande envergure, notamment le besoin de cohésion sociale et territoriale, la lutte contre l’économie informelle, la modernisation des infrastructures ou encore l’intégration régionale, mais ces atouts ne devraient pas restreindre la volonté du pays à mener les changements qu’il appelle lui-même de ses vœux.
Sur tous ces sujets, l’Union Européenne est disposée à continuer de soutenir la Tunisie. De nombreux programmes sont déjà en cours pour appuyer la mise en œuvre des réformes et le secteur privé tunisien.
L’Union Européenne et la Tunisie ont également œuvré ensemble pour le développement d’infrastructures essentielles, notamment dans les domaines de la connectivité énergétique et numérique, les infrastructures terrestres, et les énergies renouvelables.
Enfin, nous saluons le soutien de la Tunisie au multilatéralisme, et l’invitons également à ratifier l’accord de l’OMC sur les subventions à la pêche.
Nous notons pourtant que la Tunisie ne participe pas encore à certaines initiatives clés de l’OMC, notamment celles relatives à la facilitation de l’investissement, au commerce électronique, alors qu’il s’agit des accords en phase avec les priorités stratégiques exprimées par la Tunisie.
La Tunisie n’a pas non plus encore rejoint l’arrangement multipartite concernant une procédure arbitrale d’appel provisoire sur le règlement des différends.
Nous invitons donc vivement la Tunisie à rejoindre ces initiatives dans les meilleurs délais, ce qui enverrait un signal positif aux investisseurs et aux partenaires commerciaux, tout en renforçant le message constructif déjà exprimé par la Tunisie dans cette revue de politique commerciale.
La 38e édition du Marathon Comar de Tunis-Carthage, la plus importante compétition sportive outdoor en Tunisie, aura lieu demain, dimanche 30 novembre 2025, avec la participation de près de 10 000 coureurs professionnels et amateurs, tunisiens et étrangers en provenance d’une cinquantaine de pays, femmes et hommes, séniors et enfants.
Cet événement qui anime le centre-ville de Tunis et sa banlieue et draine chaque année un grand public de spectateurs, est inscrit au calendrier international de Worlds Athletics et porte le label de la Fédération internationale d’athlétisme (FIA), ce qui lui vaut une notoriété grandissante aux plans national et international, attirant des coureurs des deux sexes, comptant parmi les cinquante les mieux classés au monde.
Le Marathon Comar est également inscrit dans les compétitions officielles du Championnat tunisien d’athlétisme et bénéficie du soutien actif de la Fédération tunisienne d’athlétisme (FTA) et de nombreuses autres instances sportives nationales, qui y sont associées.
Selon le décompte des participants inscrits au 28 novembre, à minuit, il y aurait demain sur la ligne de départ au moins 9 464 coureurs (6 343 de sexe masculin et 3 121 de sexe féminin), dont 1 633 étranger(ère)s de 57 nationalités.
Le programme de la manifestation a été présenté lors d’une conférence de presse organisée par le comité d’organisation, ce samedi 29 novembre, à l’hôtel Majestic, à Tunis, en présence de nombreux marathoniens et marathoniennes déjà arrivés à Tunis, africains subsahariens, magrébins et autres.
Ce programme s’établit comme suit :
Rassemblement des coureurs devant le siège des Assurances Comar, entreprise organisatrice, près de la gare du TGM, à partir de 7 heures.
Départ marathon (42,195 km) à 08h00 après la séance de réveil musculaire et le salut du drapeau au son de l’hymne national.
Cinq minutes après, départ du semi-marathon (21,1 km) et de la Course pour tous (5km) et vers 08h15, départ du Kids Marathon.
L’événement (courses et animations au village) sera clôturé vers 13h45 après la remise des trophées aux gagnants des différentes courses.
Après la convocation de l’ambassadeur de l’Union européenne en Tunisie, Giuseppe Perrone, par le président de république Kaïs Saïed, l’ambassadrice des Pays-Bas, Josephine Frantzen, a été convoquée à son tour par le ministre des Affaires étrangères, des Migrations et des Tunisiens de l’étranger, Mohamed Ali Nafti (photo). On leur a reproché des manquements aux obligations diplomatiques.
Latif Belhedi
Cette seconde convocation fait suite aux instructions du président Saïed, qui exigeait une protestation formelle pour non-respect des règles du travail diplomatique et ingérence dans les affaires intérieures de la Tunisie.
Les deux diplomates, et à travers eux, tous leurs collègues en poste à Tunis sont désormais tenus de respecter scrupuleusement les protocoles établis et de s’abstenir de toute action pouvant être interprétée comme une ingérence dans les affaires intérieures.
Cette crise diplomatique intervient dans un contexte de tensions entre Tunis et plusieurs capitales européennes qui ont fait part de leurs inquiétudes face à ce que les opposants tunisiens appellent une «dérive autoritaire» du régime qui «met fin aux acquis démocratiques de la révolution de 2011 », selon leurs termes.
L’accord d’association entre la Tunisie et l’Union européenne, signé en 1995, fête cette année son 30e anniversaire et les relations entre les deux parties semblaient, jusque-là, au beau fixe, notamment sur les plans économique, social et culturel, la Tunisie coopérant activement dans la lutte contre l’immigration irrégulière et dans la mise en place de grands projets d’énergies renouvelables financés par l’Europe et dont elle serait bientôt le principal bénéficiaire.
Jusqu’où ne pas aller
Jusque-là, la Commission européenne s’est gardée d’exprimer la moindre réserve concernant la situation politique en Tunisie, dans un souci compréhensible de préserver ses intérêts vitaux dans notre pays. Seuls, donc, le parlement, la société civile et les médias européens ont critiqué la gestion autoritaire des affaires publiques en Tunisie. Ce qui laisse penser que la crise diplomatique actuelle ne risque pas de jeter une ombre sur les relations entre Tunis et Bruxelles, l’Union européenne semblant avoir clairement adoubé Saïed sans réserve ni états d’âme.
Seule conséquence prévisible de cette crise passagère : les diplomates étrangers en poste à Tunis connaissent désormais les limites de leur fonction et jusqu’où ils ne peuvent pas aller. Quant aux opposants au régime en place à Tunis, qui parient sur une détérioration des relations entre le président Saïed et ses principaux partenaires et soutiens internationaux, les Européens en l’occurrence, il y a fort à parier qu’ils seront bientôt déçus.
Des courriers électroniques (emails) récemment déclassifiés, issus des archives du financier décédé Jeffrey Epstein, condamné pour agressions sexuelles sur mineurs et resté jusqu’au bout imbriqué aux cercles du pouvoir américain, révèlent un monde occulte où convergent les intérêts des élites politiques, financières, intellectuelles et culturelles des États-Unis. Un microcosme qui vit en vase clos, dont les membres se cooptent, se rendent service pour se maintenir au sein de cette classe dirigeante et dominante et où l’entre-soi règne en maître.
Imed Bahri
Dans une analyse publiée par le New York Times, Anand Giridharadas soutient que les milliers de mails rendus publics dressent un tableau plus large et plus inquiétant d’un système élitiste trans-institutionnel qui a permis à Epstein de retrouver une position de pouvoir après sa première condamnation et sa première incarcération en Floride pour abus sexuels sur mineurs en 2008 et a contribué à ancrer une culture tolérant les préjudices et les inégalités lorsque cela sert ses intérêts.
Selon le NYT, ces messages contenaient les noms de personnes ayant correspondu avec Epstein, parmi lesquelles des universitaires de renom, des diplomates chevronnés, des milliardaires, d’anciens responsables gouvernementaux, des personnalités médiatiques, des philosophes, des écrivains, des scientifiques et des figures de proue des secteurs des affaires et de la technologie.
Giridharadas met toutefois en garde contre le caractère trompeur de cette liste. Il soutient que la grande majorité de ces personnes ont, pendant des décennies, fermé les yeux sur d’autres maux graves, des crises financières successives aux guerres ratées, en passant par l’érosion du contrat social, les catastrophes technologiques et le creusement des inégalités sociales.
Une cécité sélective
Dans ce contexte, Giridharadas, journaliste américain, estime que le fait de passer sous silence les crimes d’Epstein n’est qu’un maillon de plus d’une longue chaîne de «cécité sélective» qui caractérise les agissements de cette élite.
Selon lui, l’expression «classe Epstein» , forgée par le député Ro Khanna, n’est ni une description simpliste ni une incitation à la lutte des classes, comme certains le prétendent, mais bien un diagnostic précis d’une classe dirigeante opérant au sein d’un réseau interconnecté reliant hommes d’affaires, politiciens, universitaires, personnalités médiatiques, diplomates et financiers.
D’après ces mails, cette classe partage des incitations et des comportements fondés sur l’échange d’influence, la protection de l’image de soi et l’octroi d’opportunités répétées à ses membres, tout en privant de larges pans de la société de toute possibilité d’ascension sociale.
Les mails révèlent une grande diversité idéologique parmi les correspondants. Cependant, l’auteur soutient que cette diversité masque une unité plus profonde et fondamentale : ils appartiennent tous à une élite transnationale, grands voyageurs, qui trouvent dans le mouvement constant un terrain d’échange d’influence et d’intérêts.
L’auteur les décrit comme une classe experte dans la transformation du capital intellectuel en capital financier, des relations en accords et du statut en nouvelles opportunités.
Il estime qu’Epstein a prospéré dans ce milieu car il en maîtrisait parfaitement le langage social, qui commence par un rituel particulier mais essentiel : l’échange de «points de situation de voyage». L’élite qui communiquait avec lui échangeait constamment des messages tels que : «Je viens d’arriver à New York», «Je serai à Dubaï», «Serez-vous à Tucson (ville de l’Arizona, Ndlr) le 7?». Ces détails, selon l’auteur, ne sont pas de simples politesses, mais plutôt les clés pour amorcer une série de rencontres, d’accords et de faveurs. Connaître les déplacements des autres est une forme de soft power, permettant l’échange d’opportunités et d’informations.
Toutefois, ce mouvement n’est qu’un premier pas. La véritable monnaie d’échange de cette classe est le «privilège» ou «l’information». Plus l’information publique est accessible, plus les connaissances non publiées ou confidentielles prennent de la valeur.
Les mails révèlent que plusieurs personnalités –banquiers, universitaires et initiés politiques– offraient à Epstein des informations en guise de témoignage d’intérêt pour rejoindre son réseau ou y maintenir leurs liens. En retour, Epstein leur proposait ses relations, ses arrangements, des opportunités, et parfois simplement un sentiment de proximité avec le pouvoir.
Gridaradas décrit ce processus comme un «échange capitaliste multidirectionnel» où les personnes intelligentes recherchent l’argent, les riches veulent paraître intelligents, les politiciens cherchent de nouveaux contacts, et ceux dont la réputation est ternie –comme Epstein– cherchent à redorer leur image grâce à des liens étroits avec des personnes du monde universitaire ou gouvernemental.
Ce schéma est clairement visible dans la relation triangulaire entre Epstein, l’économiste Lawrence Summers (ancien président secrétaire d’État au Trésor de l’administration Clinton et ancien président de Harvard) et son épouse, Elissa New. Ils échangeaient des invitations et des contacts universitaires contre la légitimité et l’accès à des institutions influentes que leur conférait leur présence dans son réseau.
Les mails révèlent également les dynamiques de pouvoir occultes qui régissent ce monde. Plus une personne occupe une position sociale élevée, moins elle accorde d’importance à la précision linguistique et plus elle a tendance à feindre une occupation constante ou à minimiser l’importance des informations qu’elle reçoit.
L’influence se manifeste par de petits détails, comme le format des courriels portant des signatures telles que « Envoyé de l’ordinateur du Président ».
Giridharadas souligne que l’élite qui correspond avec Epstein n’est pas unie par des valeurs politiques ou morales communes mais plutôt par un fort sentiment de loyauté de classe. Des personnalités en vue qui s’opposent publiquement à la corruption et aux inégalités recherchent secrètement ses faveurs ou ses conseils.
Parmi les exemples les plus frappants, citons le journaliste Michael Wolff, qui a conseillé Epstein sur l’amélioration de son image publique, et Kenneth Starr, qui a accusé le président Bill Clinton d’inconduite sexuelle avant de devenir l’un des défenseurs d’Epstein.
Même les rivalités politiques apparentes n’ont pas empêché la convergence d’intérêts, comme en témoignent les tentatives d’Epstein de nouer une relation avec Steve Bannon afin de soutenir ses projets de réglementation des cryptomonnaies.
L’un des exemples les plus révélateurs des méandres de cette culture est la communication d’Epstein avec Katherine Rumler, ancienne conseillère à la Maison-Blanche sous la présidence de Barack Obama, devenue par la suite directrice juridique de Goldman Sachs.
Alors que Rumler envisageait une nomination au poste de procureure générale en 2014, elle a sollicité les conseils d’Epstein concernant ses options et ce, malgré sa condamnation de 2008.
Ces mails révèlent un mélange de discussions autour d’une prime à la signature de plusieurs millions de dollars, de questions juridiques relatives aux pouvoirs d’urgence de Trump et de remarques sarcastiques sur les personnes en surpoids, un paradoxe qui illustre comment l’arrogance des élites peut être exploitée à des fins d’investissement, Goldman Sachs ayant par la suite décrit le marché des médicaments contre l’obésité comme un marché de 100 milliards de dollars.
L’auteur estime que ces courriels revêtent une importance qui dépasse la simple curiosité du public car ils offrent un aperçu exceptionnellement clair de la mentalité d’une classe dirigeante qui a longtemps œuvré en coulisses pour préserver ses privilèges et qui, par ses pratiques, a renforcé la perception du public selon laquelle les institutions servent des intérêts particuliers.
Tandis que les politiciens populistes exploitent cette colère pour attiser les divisions, les survivantes d’Epstein, par leur courage et leur engagement envers la vérité, ont présenté un contre-récit à l’apathie ambiante et porté un coup dur au système de privilèges qui a permis à Epstein et à d’autres d’échapper à leurs responsabilités.
Il y a des coïncidences qui ne sont jamais des coïncidences. 2025 est une année étrange où ‘‘Le Roi Lear’’ semble avoir décidé de refaire le tour du monde comme un vieux fantôme venu réclamer ses dettes. Le Royaume-Uni, les États-Unis, l’Italie, la Pologne, la Roumanie, l’Espagne, l’Égypte, l’Iran… partout, le même cri shakespearien : quand le pouvoir délire, le royaume s’effondre. Même Jung n’aurait pas rêvé un symbole aussi discipliné.
Manel Albouchi
Aux Journées théâtrales de Carthage (JTC 2025), à deux reprises sur la même scène du Théâtre de l’Opéra de la Cité de la culture, ce n’est pas un spectacle que nous avons vu : c’est un diagnostic, presque une IRM du psychisme collectif.
Le mythe est revenu parce que les peuples n’arrivent plus à contenir ce qu’ils sentent approcher.
‘’Le Roi Lear’’ égyptien : le père épuisé
Le 22 novembre, l’Égypte ouvre le bal à l’Opéra de Tunis avec la pièce de Shakespeare, mise en scène de Shadi Sorour, avec le grand Yahia Fakharani dans le rôle-titre.
Ce Lear-là était un roi épuisé, entouré de courtisans qui parlent trop et comprennent trop peu. Un patriarche qui cherche l’amour dans la flatterie, la vérité dans le mensonge comme tant de pouvoirs contemporains qui confondent adhésion et obéissance.
Dans le silence de la salle, on sentait le malaise : ce roi ne tombait pas seul, il tombait avec nous.
‘‘Le Roi Lear’’ iranien : l’opéra du chaos
Le 26 novembre, place au spectacle musical iranien, mis en scène par Aylika Abdelrazghi, produit par Ali Oji, avec le prodigieux Mohammad Reza Yazdani.
Deux heures où Shakespeare devient une partition, où la musique et le son de guitare électrique amplifie la folie du pouvoir mieux que n’importe quel éditorial politique.
Ici, on entrait dans un Lear mystique, traversé de fractures intérieures. Ce n’était pas seulement un roi qui s’effondrait : c’était une âme en crise frappée par la vérité qu’il avait trop longtemps refusée.
Là où l’Égypte montrait un père, l’Iran montre un système : un royaume qui se dévore lui-même, une scène qui résonne comme un bulletin d’actualité que l’on aurait préféré ne pas comprendre.
Pourquoi Lear revient toujours quand le monde vacille ?
Chaque fois que ‘‘Le Roi Lear’’ réapparaît massivement dans le monde, l’Histoire semble vivre une torsion particulière :
– 1606 : épidémies, complots, crise de succession en Angleterre;
– 1940-45 : seconde guerre mondiale, chute des empires européens;
– 1968-1975 : révoltes étudiantes, fin du colonialisme, crises politiques mondiales;
– 2019-2020 : pandémie, effondrement des certitudes, défaillance des leaderships;
– 2025 : instabilité politique généralisée, confusion morale, perte de repères et montée des extrêmes.
Comme si Shakespeare avait créé un sismographe de la conscience collective : quand les rois perdent la tête, Lear sort de son tombeau.
Les archétypes d’un pouvoir qui ne tient plus
Jung nous a appris que les mythes reviennent quand les angoisses ne sont pas symbolisées.
En 2025, Lear n’est plus seulement un personnage : c’est l’archétype du Vieux Roi, celui qui croit gouverner alors que tout s’effrite, celui qui s’entoure de flatteurs et punit la vérité, celui qui abdique sans comprendre qu’il renonce à son âme, celui qui confond amour et loyauté automatique.
Marie-Louise von Franz, élève de Young, écrivait que la mort du vieux souverain est la condition de naissance d’un nouveau centre psychique.
Nous y sommes.
Goneril et Regan, les deux filles perfides du Roi Lear ne sont pas des «méchantes». Ce sont les forces qui prennent le pouvoir quand la conscience vacille : ambition sans limites, manipulation affective, lutte clanique, loyautés toxiques.
Elles sont les populismes qui grimpent quand le royaume n’a plus de centre, les clans qui dévorent un pays quand l’autorité symbolique s’effondre.
Cordelia, la plus jeune fille du Roi Lear, ne flatte pas. Elle dit ce qui est vrai. C’est pour cela qu’elle est rejetée.
Elle est le Soi jungien : la vérité psychique, l’axe intérieur, la conscience profonde qu’on sacrifie par paresse morale. Et quand Lear la retrouve, il retrouve son âme mais trop tard.
Peut-être est-ce ainsi que renaissent les mondes : par une vérité qu’on entend seulement après l’effondrement.
Pour Jung, toute transformation commence par la nigredo : la noirceur, le chaos, la décomposition de l’ancien monde.
La tempête de Lear n’est pas une météo. C’est la tempête de 2025 : guerres, crises de valeurs, autorité en chute libre, solitude numérique, fatigue morale extrême.
Dans ces tempêtes-là, on ne devient pas fou : on devient lucide au prix fort.
Ce que »Le Roi Lear » révèle de nous
Au fond, parler de Lear en 2025 revient à poser une question simple et dangereuse : avons-nous encore des rois lucides, ou seulement des royaumes qui dégringolent ?
Le théâtre a répondu avant nous. Il a montré un patriarche aveugle, un système qui s’effondre, un peuple qui paie le prix. Et il nous murmure : «Si vous ne réglez pas vos complexes de pouvoir, l’Histoire le fera pour vous. Généralement sans préavis.»
Avec ‘‘Le Roi Lear’’, les JTC 2025 n’ont pas simplement inauguré une édition. Elles ont diagnostiqué un monde malade, et nous ont tendu un miroir que personne ne voulait vraiment regarder.
Comme toujours, Shakespeare gagne. Et nous, nous sortons du théâtre un peu plus conscients… ou un peu plus inquiets. La frontière entre les deux est, elle aussi, tragiquement shakespearienne.
En réponse à la résolution du Parlement européen dénonçant «la détérioration de l’État de droit et la situation des droits humains en Tunisie, en particulier le cas de Sonia Dahmani», le président de la république Kaïs Saïed a rappelé que «la Tunisie est un Etat indépendant et souverain» et réitéré son «rejet catégorique de toute forme d’ingérence dans ses affaires intérieures.»Vidéo.
Recevant le ministre des affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, hier, jeudi 27 novembre 2025, au palais de Carthage, quelques heures après l’annonce de la résolution européenne, le chef de l’Etat s’est insurgé contre «ceux qui s’évertuent à faire remonter le temps et affichent encore une posture hautaine et colonialiste envers notre pays». «Leurs manœuvres et leurs agendas suspects sont voués à l’échec cinglant», a-t-il lancé, ajoutant qu’«ils se trompent d’adresse».
Kaïs Saïed a fait aussi savoir que «la Tunisie restera à jamais libre et indépendante malgré les complots qui se trament et contrevérités fusant de tous bords.»
Tout en assurant qu’«aujourd’hui c’est l’heure de vérité», le président Saïed a fustigé la rhétorique colonialiste des donneurs de leçons qui s’arrogent le droit de «classer les pays en bons et mauvais élèves.»
Le président de la République n’a pas manqué, par ailleurs, de dénoncer, une nouvelle fois, certaines parties à la solde de l’étranger qui n’ont de cesse de recevoir de sommes colossales d’argent dans le faux espoir de devenir les véritables décideurs, faisant ici allusion à certains opposants politiques et acteurs de la société civile qu’il accuse de comploter contre le régime qu’il a mis en place au lendemain de la proclamation de l’état d’exception, le 25 juillet 2025.
«Qu’ils se réveillent de leurs illusions», a lancé le chef de l’Etat, soulignant que la Tunisie «n’est ni une ferme ni un verger, ni une terre sans maître».
Poursuivant son attaque contre les puissances coloniales qui s’acharnent à diviser les peuples en «civilisés» et «barbares», SaÏed a ajouté que ces peuples sont résolus aujourd’hui à défendre leur indépendance.
Tout en rappelant, par la même occasion, «la vive protestation» qu’il a exprimée il y a deux jours en recevant l’ambassadeur de l’Union européenne en Tunisie, Giuseppe Perrone, le chef de l’Etat a chargé le ministre des Affaires étrangères d’en transmettre une autre à «la représentante d’un État étranger» accréditée en Tunisie qu’il n’a pas désignée nommément.
Une protestation ferme et vigoureuse, a-t-il poursuivi, sera également adressée à ceux qui n’ont pas respecté les règles diplomatiques, la souveraineté de notre peuple et qui ont bafoué les règles élémentaires régissant les relations entre États.
Tout en soulignant que ces pratiques sont inacceptables, le président de la République a fait porter à leurs auteurs la pleine et entière responsabilité de leurs agissements.
«Nous sommes souverains. Nous n’hésiterons jamais à exprimer haut et fort nos positions», a fait savoir le président Saïed, rappelant que «la souveraineté nationale n’est pas négociable.»
Evoquant la réunion du Parlement européen tenue, jeudi, Saïed y a vu «une tentative d’ingérence manifeste dans les affaires intérieures de la Tunisie», en soulignant que les Européens «ont beaucoup à apprendre de notre pays en matière de droits et de libertés.»
«Quiconque ose défier notre pays aura une réponse qui lui sied», a conclu le président Saïed sur un ton de défi.
Dimanche 30 novembre 2025, les amateurs de la course à pied ont rendez-vous avec le 38eMarathon Comar Tunis-Carthage avec ses 4 courses : Marathon (42 km), Semi-Marathon (21 Km), Course pour tous (5km) et Kids Marathon (1 Km), auxquelles participeront des athlètes accomplis, professionnels et amateurs, nationaux et internationaux, et des coureurs du dimanche de tous âges (enfants, jeunes, adultes et séniors) et de toutes conditions.
Les organisateurs tablent cette année sur une très importante participation et ambitionnent de dépasser 10 000 coureurs (dont 1500 étrangers) contre un peu plus de 8000 l’année dernière (dont 1058 étrangers un an auparavant, en provenance de 50 pays (contre 45 en 20224).
Les inscriptions se poursuivent à un rythme effréné et il y a de fortes chances que le départ, dimanche matin, sera très animé et en présence de nombreux spectateurs, tunisiens et étrangers venus à cette occasion pour accompagner leurs champions. Il reste à espérer que la météo soit clémente et que le ciel soit un peu plus dégagé qu’il l’a été 48 heures avant le signal de départ.
Ce vendredi matin, et malgré la pluie, les organisateurs et leurs partenaires, institutionnels et sponsors, ont assisté à l’ouverture du village marathon devant le siège des Assurances Comar, l’entreprise organisatrice, près de la gare du TGM, au centre-ville de Tunis.
Plusieurs athlètes et coureurs inscrits étaient venus tâter l’ambiance et se mettre déjà dans le bain. Ils ont déambulé entre les stands, discuter avec les organisateurs, les exposants et le public des badauds.
Malgré le froid de l’hiver, qui est souvent clément sous le ciel méditerranéen, la fête s’annonce chaude et colorée. Alors, pourquoi bouder son plaisir quand on peut se payer un bain de foule et partager des moments de bonheur. Au-delà de la compétition, qui s’annonce serrée entre les coureurs africains subsahariens, nord-africains et européens, c’est la joie d’être ensemble et de partager un moment de convivialité et d’amitié sincère qui restera gravée dans tous les esprits, qu’il s’agisse de coureurs ou de spectateurs. Et c’est là le charme et la magie de ce grand événement sportif outdoor, sans doute le plus important en Tunisie.
La Chambre criminelle spécialisée dans les affaires terroristes près la Cour d’appel de Tunis a rendu son verdict définitif, à l’aube de ce vendredi 28 novembre 2025, concernant les accusés dans l’affaire dite de complot contre la sûreté de l’État.Les peines de prison varient de 3 ans (l’avocat Ayachi Hammami) à 45 ans (l’homme d’affaires et lobyiste Kamel Eltaief).
Selon une source judiciaire, citée par l’Agence Tap, les peines prononcées à l’encontre des détenus varient entre 10 et 45 ans de prison, tandis qu’un accusé détenu a été relaxé.
Quant aux accusés en liberté, les peines varient entre 5 et 35 ans de prison, tandis que la justice a prononcé un non-lieu en faveur de deux accusés.
En ce qui concerne les accusés en fuite, le tribunal a confirmé les peines de prison prononcées à leur encontre en première instance (33 ans avec exécution immédiate), tout en les alourdissant pour certains d’entre eux (43 ans avec exécution immédiate).
Certains accusés ont été condamnés, en plus des peines de prison, à des amendes d’un montant variable et à la confiscation des fonds leur appartenant déposés sur des comptes ouverts dans des banques tunisiennes.
Plus précisément, Jaouher Ben Mbarek, Ghazi Chaouachi, Issam Chebbi (en détention depuis février 2023) et Chaima Issa (en liberté) ont vu leurs peines passer de 18 à 20 ans. La peine pour Abdelhamid Jelassi (en détention depuis février 2023) est passée de 13 à 10 ans, pour Ayachi Hammami (en liberté) de 8 à 5 ans et pour Néjib Chebbi (en liberté) de 18 à 12 ans.
Parmi les acquittés, il y a le directeur de Mosaïque, Noureddine Boutar et l’ancien ministre Lazhar Akremi.
Face à ces lourdes condamnations, les avocats des accusés continuent de dénoncer des irrégularités de procédure et de parler de procès inique et de dossiers vides de preuves judiciaires tangibles.
Avant le procès en appel qui s’est déroulé en trois séances à partir de fin octobre, l’ONG Human Rights Watch avait réclamé «l’annulation des peines injustes» prononcées en première instance, dénonçant notamment une absence de «garanties d’un procès équitable». Pour l’ONG, le procès s’est inscrit dans une campagne plus large de «répression» de «toute forme de critique ou dissidence».
La séance plénière conjointe de ce vendredi 28 juillet 2025 entre les membres de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) et deux du Conseil national des régions et des districts (CNRD), consacrée à l’examen des dispositions du projet de loi de finances 2026 (PLF2026) est consacrée à la présentation du rapport conjoint des commissions des finances et du budget des deux chambres parlementaires sur le PLF2026, suivie d’un débat général.
Dans les jours suivants, les députés voteront d’abord certaines dispositions du projet de loi, notamment les affectations de missions et de missions spéciales ainsi que certains articles, puis sur la loi dans son ensemble.
Les membres du CNRD voteront ensuite sur la loi de finances 2026, telle qu’approuvée par l’APR, et qui doit être approuvée au plus tard le 10 décembre prochain, conformément aux dispositions de l’article 78, paragraphe 3, de la Constitution de 2022.
Cette loi combine des mesures sociales, des incitations ciblées et une augmentation des recettes grâce à des contributions spécifiques et de nouvelles taxes, en réponse aux besoins de trésorerie de l’Etat toujours couverts par l’emprunt extérieur et intérieur. C’est d’ailleurs là le principal grief retenu contre ce texte, qui serait, selon certains députés, copié et collé de la loi de finances de l’exercice en cours. Trop porté sur la fiscalité et pas assez sur la relance économique, à un moment où la croissance stagne, le déficit budgétaire se creuse et l’endettement s’aggrave, prévue à 85,5 du PIB en 2025 contre «seulement» 68% en 2019, selon la Banque mondiale.
L’Union générale tunisienne du travail (UGTT) s’oppose fermement au projet de loi de finances 2026 (PLF2026) et brandit la menace d’une grève générale, contestant notamment l’article 15 prévoyant un décret fixant les augmentations de salaires dans les secteurs public et privé, y compris les pensions, pour les années 2026, 2027 et 2028.
Latif Belhedi
L’alerte a été donnée par Sami Tahri, secrétaire général adjoint et porte-parole de l’UGTT, qui a déclaré à Express FM que l’inclusion de cette disposition dans le projet budgétaire constituerait une violation du mécanisme de consultation et une ingérence de l’État dans les négociations salariales, après des années de blocage du dialogue social dénoncé par le syndicat.
L’UGTT a officiellement demandé le retrait de l’article 15 et l’ouverture immédiate de négociations urgentes sur les salaires et les pensions du secteur public.
Concernant le secteur privé, elle insiste sur la reprise des négociations avec l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica), la centrale patronale, pour 2025 et l’ouverture de celles pour 2026.
Rupture du dialogue
La prochaine réunion de la direction syndicale, prévue le 5 décembre, pourrait fixer la date d’une éventuelle grève générale, rappelant une position déjà adoptée par le Conseil national en 2024, si le blocage du dialogue social se poursuit.
Sur le plan institutionnel, les discussions parlementaires autour de l’article 15 du PLF 2026 se heurtent également à l’interprétation du gouvernement : le ministre des Affaires sociales, Issam Lahmar, a affirmé ces dernières semaines que l’approche du texte budgétaire en matière d’augmentations salariales est conforme aux procédures légales. Cette position a été rejetée par l’UGTT, qui souligne le rôle central de la négociation collective et rappelle la possibilité de recours devant le tribunal administratif contre tout décret ayant un impact sur les échelles de salaires couvertes par des conventions collectives.
Rappelons que cette polémique intervient sur un fond de quasi-rupture du dialogue entre le pouvoir exécutif (présidences de la république et du gouvernement) et la centrale syndicale. Celle-ci n’admet pas d’être écartée des négociations salariales auxquelles, traditionnellement, elles participaient activement en tant que porte-voix des salariés. Or, depuis l’avènement de Kaïs Saïed au Palais de Carthage, les décisions relatives aux salaires et aux pensions sont devenues du seul ressort de l’exécutif, qui les prenait et les annonçait de manière unilatérale.
Syndicalisme et politique
C’est une rupture par rapport à une tradition de dialogue social qui remonte aux années 1970 et qui impliquait le trois principaux protagonistes : le gouvernement, le patronat et le syndicat. Les négociations, qui avaient lieu à un rythme triannuel, étaient couronnées par une décision tripartite annoncée en grande pompe lors d’un événement national.
Le président Saïed, qui regarde d’un mauvais œil ce qu’il considère comme une interférence de l’UGTT dans les affaires politiques, cherche, depuis 2021, à réduire le rôle et le champ de manœuvre de la centrale syndicale. Laquelle, adossée à une forte assise populaire, revendique un rôle historique dans le mouvement de libération nationale et l’édification de l’Etat républicain moderne.
Le Prix Nobel de la Paix qu’elle reçut en 2015 (avec trois autres organisations nationale : Utica, LTDH et Conseil de l’Ordre des avocats), et ce pour sa participation au dialogue national ayant sorti le pays d’une impasse politique, l’a confortée dans ce rôle auquel elle s’attache fortement.
Par ailleurs, son opposition déclarée au régime mis en place par le locataire du Palais de Carthage au lendemain de la proclamation de l’état d’exception le 21 juillet 2021, et sa dénonciation récurrente des procès politiques initiés dans le pays depuis février 2023 n’ont pas arrangé son cas aux yeux de Saïed, qui semble déterminé à lui couper les ailes.
L’artiste Nora Gharyeni participera ce lundi 1er décembre 2025, à 10h30, à l’événement organisé au siège de l’Union tunisienne d’aide aux insuffisants mentaux (Utaim) à Montfleury (Tunis), à l’occasion de la Journée internationale des personnes handicapées.
Cette rencontre s’inscrit dans la continuité du travail essentiel mené par l’Utaim, qui accompagne depuis de nombreuses années les enfants et les jeunes en situation de handicap intellectuel.
Artiste engagée, reconnue pour son sens du partage et sa sensibilité musicale, Nora Gharyeni voit dans cette initiative une opportunité de rappeler le rôle fondamental de la culture dans l’inclusion. Pour elle, la musique n’est pas seulement un art : c’est un langage universel, capable de dépasser les frontières, de créer des ponts et d’ouvrir des espaces d’expression à celles et ceux qui en sont souvent privés.
«La musique rassemble, apaise et éclaire. Elle permet à chacun de révéler sa beauté et son potentiel», affirme la chanteuse, qui place son intervention sous le signe de l’écoute, de la générosité et du lien humain.
En participant à cet événement, elle souligne l’importance de mobiliser la création et la scène culturelle au service d’une société plus attentionnée, plus solidaire et plus juste.