Longtemps cantonné aux côtes, le tourisme tunisien cherche désormais à conquérir l’arrière-pays et à diversifier son offre. Au cœur de cette mutation : le développement d’un écosystème de tourisme alternatif destiné à des voyageurs en quête d’expériences authentiques et originales. Ce nouveau tourisme, qui évolue rapidement, est soutenu par une nouvelle législation, des incitations financières ciblées et une volonté affirmée de rééquilibrer le développement territorial.
En 2024, plus de 2 000 unités d’hébergement alternatif ont été recensées sur l’ensemble du territoire tunisien : maisons d’hôtes, gîtes ruraux, campings, éco-lodges ou encore séjours à la ferme. Le hic est qu’à peine 25 % de ces structures sont aujourd’hui en conformité avec les normes en vigueur, faute d’un cadre réglementaire clair et incitatif.
Une réforme pour formaliser et structurer le secteur
Pour remédier à cette situation, le ministère du Tourisme et l’ONTT ont lancé une réforme d’envergure visant à intégrer ces établissements dans le circuit formel et à stimuler les investissements dans un secteur à fort potentiel de création d’emplois et de valeur ajoutée.
Une nouvelle série de cahiers des charges a été élaborée en concertation avec les professionnels – hôteliers, agences de voyages, associations de femmes rurales – afin de simplifier l’octroi des autorisations tout en garantissant la qualité des prestations.
Un nouveau dispositif réglementaire en six catégories
Les textes concernent désormais six types d’hébergement alternatif :
- les villages touristiques,
- les résidences de séjour,
- les hôtels de charme,
- les hébergements familiaux,
- les éco-gîtes et
- les campings touristiques. (Ils remplacent les anciens régimes d’autorisations par un système déclaratif adossé à un cahier des charges type).
Des incitations fiscales et sociales pour accélérer l’investissement
Ce tournant réglementaire vise à réduire les délais de création des projets à moins de quatre mois, contre parfois plus d’un an auparavant. Sur le plan de l’investissement, le dispositif fiscal a été repensé :
- aides régionales pouvant atteindre 30 % du coût du projet (plafond : 3 millions de dinars pour les zones prioritaires),
- exonérations fiscales sur les équipements importés,
- TVA réduite à 7 %,
- prise en charge partielle des cotisations sociales pour les nouveaux salariés tunisiens. (Ces mesures commencent à porter leurs fruits).
Une dynamique géographique en pleine transformation
Fin 2024, le volume total des investissements touristiques déclarés a atteint 146 millions de dinars, dont une part croissante (environ 22 %) dédiée au tourisme alternatif, contre moins de 8 % cinq ans plus tôt.
Les régions du Nord-Ouest, du Centre-Ouest et du Sud-Est captent désormais près de 40% des projets déposés, contre 18 % seulement en 2019. Cette redistribution géographique est l’un des marqueurs les plus visibles du changement de cap.
Renforcer la qualité et écouter les visiteurs
La Tunisie œuvre aussi à l’amélioration de la qualité des services. Plus de 8 500 visites de contrôle ont été menées en 2024. Les établissements non conformes font l’objet de sanctions progressives :
- avertissements,
- déclassement,
- fermeture administrative
- Un numéro vert et une cellule de veille numérique recueillent désormais les plaintes et avis des clients.
Mesurer pour mieux orienter : l’apport des données
Autre avancée majeure : la mise en place d’un compte satellite du tourisme, en collaboration avec l’INS et l’USAID, qui a permis de collecter les données de 7.000 touristes sur leurs dépenses et préférences. Ces informations permettent d’orienter la politique publique, de mieux cibler les campagnes de promotion et d’identifier les segments de marché les plus porteurs.
La digitalisation au service de la promotion territoriale
La campagne « Vivez l’instant Tunisie », déployée dans 14 langues, a été déclinée pour le tourisme alternatif et intérieur. Elle met en valeur terroirs, traditions, expériences immersives et convivialité, avec un accent sur les réseaux sociaux, les influenceurs et les plateformes de réservation.
Un cahier des charges pour clarifier les règles du jeu
Le ministère du Tourisme a engagé la rédaction d’un cahier des charges global, regroupant les textes relatifs à l’investissement, à l’exploitation et à la qualité des prestations. Ce chantier structurant devrait voir le jour en 2025, avec pour ambition de renforcer la lisibilité du cadre légal pour les investisseurs, les collectivités et les professionnels.
Des freins persistants à lever
Malgré ces avancées, le tourisme alternatif tunisien se heurte encore à plusieurs obstacles :
- difficulté d’accès au financement bancaire,
- infrastructures insuffisantes dans les régions reculées,
- signalisation touristique déficiente.
De nombreux porteurs de projets prometteurs – souvent issus de l’économie sociale ou de l’artisanat – peinent à s’insérer dans les dispositifs d’aide, faute de ressources techniques ou administratives. D’où l’importance d’un accompagnement renforcé pour les acteurs encore informels.
Une ambition durable et inclusive
La Tunisie s’oriente vers un modèle touristique plus équilibré, durable et inclusif, où l’arrière-pays, les jeunes entrepreneurs, les femmes rurales et les artisans trouvent toute leur place. Reste à espérer que les nouveaux cahiers des charges soient réellement la porte d’entrée vers un tourisme plus intelligent et enrichissant, qui préserve la nature et valorise le patrimoine immatériel.
Par A.B.A
Chiffres clés
- 2 000 : unités d’hébergement alternatif recensées en 2024.
- 25 % : structures en conformité avec les normes.
- 146 millions TND : investissements touristiques déclarés fin 2024.
- 22 % : part du tourisme alternatif dans les investissements (contre 8 % en 2019).
- 8 500 : contrôles qualité réalisés en 2024.
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