Taxes massives et ripostes internationales
En grande pompe, en présence de l’ensemble de son administration, des représentants de plusieurs industries et un gros drapeau américain, le président américain Donald Trump a prononcé le 2 avril un discours très attendu qui bouscule le commerce mondial. Certains parlent même de «démantèlement du commerce mondial » alors que pour le président américain c’est le « liberation day », le jour de la libération pour retrouver « l’âge d’or de l’Amérique ». Une Amérique qui, selon lui, « se fait avoir depuis 50 ans ».
Outre les barrières douanières que reproche l’administration américaine aux pays avec lesquels elle commerce, Donald Trump critique les barrières non tarifaires à coup de subventions, dévaluation de monnaie et autre paradis fiscaux (comme l’Irlande, pays qui attire les big pharma pour leurs faibles taux d’imposition).
Le président Donald Trump a ainsi annoncé une série de mesures commerciales protectionnistes contre presque l’ensemble des partenaires économiques des Etats-Unis. D’abord, il a annoncé une taxe universelle de 10 % sur toutes les importations quelle qu’en soit la provenance, qui rentrera en vigueur demain 5 avril.). Par ailleurs, le président Trump a décidé d’imposer des taxes spécifiques par pays, selon ce qu’il estime être un principe de « réciprocité ». Les plus touchés sont la Chine (34 %, qui totalise, avec 20 % déjà en vigueur, une taxation cumulée de 54 %), l’Union européenne (20 %) et le Japon (24 %).]
Trump se justifie !
En outre, dès hier, un tarif douanier de 25 % est appliqué sur les importations de voitures et de pièces automobiles (les produits en provenance du Canada et du Mexique, conformes à l’Accord Etats-Unis-Mexique-Canada [Aeumc], seront initialement exemptés).
« Moi, Donald J. Trump, Président des Etats-Unis d’Amérique, estime que les conditions sous-jacentes, y compris un manque de réciprocité dans nos relations commerciales bilatérales, des taux de droits de douane disparates et des barrières non tarifaires, ainsi que les politiques économiques de nos partenaires commerciaux qui répriment les salaires et la consommation domestique, comme en témoignent les déficits commerciaux annuels persistants des États-Unis, constituent une menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et l’économie des États-Unis. Cette menace trouve sa source, en tout ou en grande partie, en dehors des États-Unis, dans les politiques économiques intérieures des principaux partenaires commerciaux et les déséquilibres structurels dans le système commercial mondial. Par la présente, je déclare une urgence nationale concernant cette menace », peut-on lire dans un ordre signé par le président américain et publié sur le site de la maison blanche
Dans une mise en scène bien rôdée, le président américain prête le pupitre à un ouvrier retraité de l’industrie automobile, Brian Pannebecker, un homme du peuple. « Il comprend ce domaine bien mieux que les économistes, bien mieux que n’importe qui. Brian, dis quelques mots, s’il te plaît », lui lance Trump avant de lui donner la parole.
« Toute ma vie, j’ai vu usine après usine fermer à Détroit et dans la région de Détroit. Il y a maintenant des usines sous-utilisées, et les politiques de Donald Trump vont ramener des produits dans ces usines sous-utilisées », dit Brian en ajoutant soutenir « à 100 % » les politiques du président. Et comme si on le lui avait dicté, l’ancien ouvrier, épinglé par Politico, pour son admiration d’un livre du fondateur du KKK (le ku klux klan), affirme que dans 6 à 12 mois les Etats-Unis pourront commencer à voir les fruits de cette politique du président Trump.
Comme une déclaration de guerre commerciale
Les mesures de Donald Trump sonnent comme une déclaration de guerre commerciale et les premières réactions semblent aller dans ce sens. « Nous sommes déjà en train de finaliser un premier paquet de contre-mesures en réponse aux droits de douane sur l’acier. Et nous nous préparons maintenant à d’autres contre-mesures, afin de protéger nos intérêts et nos entreprises si les négociations échouent », a affirmé Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne.
De son côté, la Chine a également réagi en rejetant ces mesures et en prenant, selon Bloomberg, des mesures de rétorsion.
La Chine va prochainement limiter la possibilité pour les entreprises chinoises d’investir aux Etats-Unis. Une réponse à l’ambition trumpiste d’attirer les investissements. En effet, dans son discours, le président américain a indiqué que pour échapper aux droits de douane, il fallait tout simplement que les entreprises qui visent le marché américain viennent s’installer sur le sol américain.