Nous fĂȘtons aujourdâhui le 69Ăšme anniversaire de lâindĂ©pendance. Câest la date la plus importante dans lâhistoire contemporaine de la Tunisie, et câest une occasion pour Ă©valuer le chemin parcouru depuis. Sommes-nous rĂ©ellement indĂ©pendants? Une question compliquĂ©e et multidimensionnelle dans un monde qui change radicalement.
Le concept dâindĂ©pendance dâun pays a Ă©voluĂ© au fil du temps. Dans un contexte de mondialisation, de progrĂšs technologiques fou et dâĂ©volution de la dynamique gĂ©opolitique, ĂȘtre indĂ©pendant au sens classique nâa plus de sens. Il y a une interdĂ©pendance entre les pays qui fait que nous sommes tous pris dans un labyrinthe dâinterconnexions sans fin.
Aspect de la nouvelle indépendance
Si lâidĂ©e centrale de lâindĂ©pendance, basĂ©e sur la souverainetĂ© et lâautonomie, demeure; ses implications pratiques ont changĂ© de maniĂšre significative par rapport Ă ce quâelles Ă©taient il y a 30 ans.
La vision traditionnelle de lâindĂ©pendance dâun pays consiste principalement Ă contrĂŽler son territoire, ses lois et sa gouvernance sans ingĂ©rence extĂ©rieure. Aujourdâhui, la souverainetĂ© reste toujours centrale, mais nous participons Ă des organisations internationales (ONU, OMC, Union africaine, UMA, etc.) et Ă des traitĂ©s qui exigent des compromis sur certains aspects de lâautonomie en Ă©change dâavantages collectifs.
Sur la derniĂšre quinzaine dâannĂ©es, il y a eu beaucoup de travail sur la notion du contrĂŽle du territoire; surtout avec les attaques terroristes qui ont secouĂ© la Tunisie. Les autoritĂ©s ont pu stabiliser la situation sĂ©curitaire grĂące Ă des efforts colossaux et sans faire de bruit. La confiance en lâarmĂ©e nationale nâa jamais Ă©tĂ© aussi Ă©levĂ©e.
Progressivement, le curseur est passĂ© Ă la lutte contre lâingĂ©rence extĂ©rieure. Et pour que lâon soit intellectuellement honnĂȘte, il y en avait suffisamment. Que lâon le veuille ou pas, la rĂ©volution de 2011 Ă©tait spontanĂ©e; mais elle a Ă©tĂ© utilisĂ©e par les puissances mondiales pour dĂ©clencher des Ă©vĂ©nements similaires dans la rĂ©gion.
⊠Les autoritĂ©s ont pu stabiliser la situation sĂ©curitaire grĂące Ă des efforts colossaux et sans faire de bruit. La confiance en lâarmĂ©e nationale nâa jamais Ă©tĂ© aussi Ă©levĂ©e.
LâexpĂ©rience dĂ©mocratique a ouvert les portes devant une longue liste de tentatives dâingĂ©rence. Pour les refermer, câest une longue histoire et dĂ©marche qui ne sont pas faciles. Et câest clairement le cheval de bataille des responsables actuels. PrĂ©ciser oĂč se situe la limite entre ingĂ©rence et intĂ©rĂȘt collectif est au cĆur de la mission des affaires Ă©trangĂšres.
Interdépendance économique
Auparavant, lâindĂ©pendance Ă©conomique signifiait lâautosuffisance et une dĂ©pendance minimale Ă lâĂ©gard des autres nations pour les ressources ou le commerce. Avec ce qui se passe aujourdâhui, cela nâa plus quasiment de sens. La mondialisation a rendu les Ă©conomies profondĂ©ment interconnectĂ©es. La plupart des pays dĂ©pendent des chaĂźnes dâapprovisionnement mondiales, des investissements Ă©trangers et du commerce international. Ce qui rend lâindĂ©pendance Ă©conomique totale rare et souvent indĂ©sirable.
Ce qui nous manque est une plus grande prĂ©sence des entreprises tunisiennes Ă lâĂ©tranger. Câest crucial et touche directement lâindĂ©pendance au sens politique. Câest dans lâintĂ©rĂȘt de la nation dâavoir des investissements importants Ă lâĂ©tranger, mĂȘme sâils appartiennent Ă des privĂ©s.
Les frontiĂšres sont ouvertes devant les Ă©changes et nous faisons partie de plusieurs alliances. Nous sommes partenaires de lâUnion europĂ©enne et le pays le plus avancĂ© dans la mise en place de la ZLECAf. Des milliers de sociĂ©tĂ©s Ă©trangĂšres sont installĂ©es sur notre territoire qui nous injectent des investissements mais qui rapatrient des milliards de dinars de dividendes chaque annĂ©e.
Ce qui nous manque est une plus grande prĂ©sence des entreprises tunisiennes Ă lâĂ©tranger. Câest crucial et touche directement lâindĂ©pendance au sens politique. Câest dans lâintĂ©rĂȘt de la nation dâavoir des investissements importants Ă lâĂ©tranger, mĂȘme sâils appartiennent Ă des privĂ©s. Le choix des destinations peut ĂȘtre indirectement inspirĂ© par les autoritĂ©s, en signant des accords ou en trouvant des opportunitĂ©s surtout dans les pays qui ont une prĂ©sence similaire chez-nous. Câest du soft power qui pĂšse lourdement dans les Ă©quilibres de force.
Souveraineté technologique et numérique
Traditionnellement, lâindĂ©pendance Ă©tait largement liĂ©e aux frontiĂšres physiques et aux ressources. La conception moderne Ă©voque un contrĂŽle de lâinfrastructure numĂ©rique, des donnĂ©es et de la cybersĂ©curitĂ©. PrĂ©server les donnĂ©es personnelles de ses citoyens et de ses administrations sensibles est la vraie indĂ©pendance de nos jours.
Comment relever tous ces dĂ©fis? La rĂ©ponse est simple : par le travail indĂ©pendamment de ses orientations politiques. On aime tous la Tunisie, chacun exprimant ses sentiments Ă sa façon. Ne laissons pas le doute sâinstaller.
Mais est-ce possible de le faire pour la Tunisie Ă lâĂ©gard des gĂ©ants mondiaux de la technologie et se protĂ©ger? Câest quasiment impossible et cette rĂ©ponse est valable pour tous les pays du monde, y compris ceux qui ont conçu ces technologies. Une attaque cybernĂ©tique est capable de bloquer lâĂ©conomie et de semer le trouble dans la sphĂšre politique dâune nation. Il y a quelques mois, lâEtat hĂ©breux a donnĂ© un coup fatal Ă la rĂ©sistance libanaise Ă travers des bipeurs, une technologie qui nâutilise mĂȘme pas internet. Que dire donc de ce que nos smartphones envoient Ă leurs fabricants.
Comment relever tous ces dĂ©fis? La rĂ©ponse est simple : par le travail indĂ©pendamment de ses orientations politiques. On aime tous la Tunisie, chacun exprimant ses sentiments Ă sa façon. Ne laissons pas le doute sâinstaller.
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