Les destins palestiniens brisés par Israël
La majorité des médias occidentaux ne cesse de rapporter des histoires d’anciens détenus israéliens à Gaza qui auraient été maltraités ce qui reste à vérifier et qui même s’il s’avérait juste ne constitue que quelques exceptions mais en dépit de cela ces médias préfèrent faire un effet de loupe sur ces cas tout en fermant les yeux sciemment sur tous les cas de maltraitance et de torture réellement vécus par les Palestiniens souvent arrêtés arbitrairement et incarcérés illégalement. (Photo: Rula Hassanein retrouve sa fille après dix mois de prison).
Imed Bahri
Une investigation du magazine allemand Der Spiegel a révélé des histoires douloureuses de Palestiniens victimes de ces arrestations israéliennes, ayant subi des mauvais traitements et qui après leur libération vivent dans la peur permanente d’être arrêtés de nouveau à tout moment. Une torture psychologique qu’inflige Israël à tous les anciens prisonniers palestiniens.
L’investigation publiée par le magazine allemand nous emmène dans un voyage à l’intérieur des prisons israéliennes où des milliers de personnes sont détenues sans inculpation précise ni procès équitable et dont les vies sont brisées.
À travers les histoires de trois Palestiniens, nous découvrons la souffrance quotidienne qui révèle le vrai visage cruel et destructeur de l’occupation israélienne.
Arrachée à son bébé de quelques mois
Rula Hassanein, jeune mère et journaliste palestinienne de 29 ans, raconte le moment pénible de son arrestation. Au milieu de la nuit de mars 2023, des soldats israéliens ont pris d’assaut sa maison dans le camp de réfugiés de Jalazone près de Ramallah. Rula raconte: «Ils ont frappé violemment à la porte puis ils m’ont menottée et m’ont bandé les yeux. Je criais et je leur disais que j’avais une petite fille, mais ils ont répondu: Cela ne nous concerne pas».
Rula a été emmenée dans un centre de détention militaire où elle a passé huit heures attachée à une chaise dans une pièce sombre avant d’être interrogée à Hébron. La charge? Seize publications Facebook et 3 tweets sur X dont certains datant de deux ans. Elle est accusée par les autorités israéliennes d’inciter à la violence et de glorifier le terrorisme. Toutefois, l’investigation du Spiegel n’a pas pu vérifier le contenu de ces publications car les comptes ont été supprimés ou suspendus.
Rula se souvient du calvaire: «Ils me menaçaient et me disaient: Tu ne verras pas ta fille pendant un an et demi». Elle allaitait sa fille Ilya lorsqu’elle a été arrêtée, et elle a passé 10 mois dans la prison de Damon près de Haïfa. Durant cette période, on lui a refusé l’accès à sa fille qui n’avait que neuf mois au moment de son arrestation. «Elle rampait quand ils m’ont arrêté et quand je suis sortie, elle marchait», raconte Rula, les yeux remplis de larmes.
En prison, Rula parlait à une couverture enroulée autour d’elle comme si c’était un bébé. «C’était la seule façon pour moi de me sentir proche d’Ilya», raconte-t-elle.
Rula a été libérée le 19 janvier 2024 dans le cadre d’un échange de prisonniers mais vit désormais sous la menace constante d’une nouvelle arrestation. Deux jours seulement après sa libération, des soldats ont fait une descente au domicile de sa famille et confisqué 35 000 shekels (environ 9 500 euros) de l’argent de son frère. «Ils veulent nous terroriser», explique Rula, qui vit désormais dans la peur constante d’être de nouveau arrêtée.
Il voulait juste passer du temps avec ses amis
Quant à l’histoire d’Ahmed Abu Alia c’est celle d’un jeune homme qui a passé son adolescence en prison. Âgé de 18 ans, il représente une génération de Palestiniens qui ont vécu sous l’occupation depuis leur naissance. Il a été arrêté à deux reprises sans inculpation spécifique et a passé plus d’un an en prison dans le cadre d’une «détention administrative», une procédure qui permet aux autorités israéliennes de détenir des Palestiniens sans procès ni inculpation spécifique.
Ahmed, qui a été blessé par balle à l’épaule lors d’affrontements avec des soldats israéliens, vit dans un village entouré de colonies israéliennes illégales. «Je voulais juste passer du temps avec mes amis», explique Ahmed qui avait 16 ans lorsque les soldats lui ont tiré dessus pour la première fois.
Après sa première libération, son père a reçu un appel de l’armée israélienne: «La prochaine fois, nous le tuerons». Il a été de nouveau arrêté en septembre 2023 et a passé six mois dans la prison d’Ofer près de Ramallah. «Ils nous ont traités comme des animaux», raconte Ahmed qui a été battu cinq fois pendant sa détention avant d’ajouter: «Ils nous ont même interdit d’avoir des mouchoirs».
Ahmed a été libéré en janvier 2024 dans le cadre d’un échange de prisonniers mais vit désormais dans la peur constante d’être à nouveau arrêté. «Ils m’ont dit: Nous t’arrêterons à nouveau à la première occasion», raconte ce jeune homme qui travaille désormais avec son père dans une plantation de palmiers près de Jéricho.
L’occupation interdit tout espoir de paix
Dania Hanatsheh, étudiante de 22 ans, a été arrêtée à deux reprises sans inculpation spécifique. «Je ne m’attendais pas à être arrêtée», explique Dania qui étudie la comptabilité à l’Université de Birzeit. Arrêtée une première fois en 2023 et incarcérée pendant quelques jours, elle a ensuite été arrêtée à nouveau en août 2023 et a passé cinq mois dans la prison de Hasharon. Durant sa détention, elle a été soumise à des coups et à des mauvais traitements, s’est vue refuser des soins médicaux et a été soumise à des examens humiliants.
«Ils nous battaient et disaient: Les prisonniers de Gaza n’ont pas assez de nourriture alors pourquoi devriez-vous en avoir assez?», raconte Dania, qui a été libérée en janvier 2024 mais vit désormais elle aussi dans la peur constante d’être à nouveau arrêtée. «Telle est notre réalité sous l’occupation. Il n’y a pas de paix, pas d’espoir», déclare-t-elle.
L’enquête de Der Spiegel met en lumière les graves violations dont sont victimes les Palestiniens sous l’occupation israélienne : des milliers de personnes sont arrêtées sans inculpation spécifique ni procès équitable. Des pratiques qui contribuent à exacerber la haine et la méfiance entre les deux parties rendant la réalisation de la paix une tâche presque impossible.
À travers les histoires de Rula, Ahmed et Dania, le magazine allemand montre comment l’occupation israélienne affecte la vie quotidienne des Palestiniens à travers les arrestations arbitraires, les mauvais traitements dans les prisons et la menace constante d’une nouvelle arrestation ce qui est une torture psychologique permanente.
Ces histoires ne sont pas seulement des cas individuels mais plutôt le reflet de la réalité vécue par des milliers de Palestiniens qui souffrent sous le poids de l’occupation.
L’enquête dresse un sombre tableau de la réalité dans laquelle vivent les Palestiniens sous l’occupation israélienne où leurs droits humains fondamentaux sont violés quotidiennement. Mettre en lumière ces histoires et ces destins rappelle l’importance de continuer à défendre les droits de l’homme et la justice pour les Palestiniens qui vivent sous une occupation insupportable depuis la fin des années 1940. «Nous ne connaissons rien d’autre que l’occupation. Et la situation empire de jour en jour», explique Ahmed Abu Alia.
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