Le monde se mute, la Tunisie doit s’y adapter !
La preuve ? le dernier communiqué de notre MAE, à propos de la déclaration du Haut-commissaire pour les droits de l’Hommede l’ONU. Sans traiter le fond du communiqué qui reste à discuter, le fait même de répondre à cette déclaration alors qu’il aurait suffi d’un article de presse ou au pire un communiqué de notre mission diplomatique à Genève, dont c’est le rôle, montre que nos diplomates ne suivent pas comme il faut l’évolution de la situation dans le monde et aussi au sein de l’ONU même.
L’ONU de Yalta est finie ! En effet, le jour même un cataclysme dans les relations internationales se déroule au sein même de l’Assemblée générale de ce « machin » comme l’appelait le Général De Gaulle.
Trois résolutions sur l’Ukraine ont été votées pour arrêter la guerre dans ce pays meurtri et anéanti. A aucun moment il n’est question de l’unité territoriale de ce pays ! Pire le pays dévasté et dont le territoire est occupé en partie est considéré officiellement comme responsable et de la guerre et de sa propre destruction. Car les USA ont fait un revirement spectaculaire de 180 degrés et sont devenus les nouveaux alliés de la Russie et pas seulement sur la question ukrainienne mais pour le nouveau partage du Monde, une sorte de nouveaux accords de Yalta, ce qu’on peut désormais les futurs accords de Riadh, qui auront lieu bientôt.
Un nouveau Yalta
Rappelons que les accords de Yalta qui ont eu lieu, en février 1945, il y a presque 80 ans donc, ont vu la rencontre de Joseph Staline, pour l’URSS, de Franklin Eisenhower pour les USA, et Winston Churchill pour le Royaume-Uni, qui se sont partagés le monde et ont décidé de créer l’ONU, pour éviter une Troisième Guerre qui aurait été nucléaire cette fois-ci.
Ces accords ont déterminé l’évolution des relations internationales même après la chute de l’URSS, jusqu’à ce vote historique où l’Amérique s’est alliée au camp russe contre le camp européen. Ce vote des USA n’est pas tactique, car il est stratégique. L’on ne sait pas encore pour quel camp la Tunisie a voté et si elle s’est ralliée au camp européen dont la motion pointait la responsabilité russe dans la guerre, ou elle s’est abstenue, faute de rejoindre le nouvel axe Washington-Moscou ?
Alors continuer à donner une importance exagérée à ce que dit le fonctionnaire chargé des droits de l’Homme, c’est tout simplement faire le jeu de ceux par qui les critiques sont arrivés.
Alors continuer à donner une importance exagérée à ce que dit le fonctionnaire chargé des droits de l’Homme, c’est tout simplement faire le jeu de ceux par qui les critiques sont arrivés.
Rappelons que cet haut-commissariat est composé des pays membres de l’ONU et est domicilié à Genève où nous avons une mission permanente dont le rôle justement est d’œuvrer pour que les résolutions concernant notre pays soient mesurées, et équilibrées, en négociant avec les Etats membres qui en général et en majorité, vivent une situation des droits de l’homme pire que la nôtre.
A l’époque de Ben Ali, la Tunisie avait toujours réussi à modérer les velléités d’ingérence dans nos affaires intérieures, parce que nos diplomates en poste de cette mission faisaient le job. Le résultat dépend uniquement de notre capacité à agir. L’objectif étant de ne jamais laisser condamner notre pays, quelque soit par ailleurs les dépassements commis par le gouvernement en matière de droits de l’homme. C’est le rôle de toute diplomatie de tous les Etats du monde. Ceux qui se réjouissent de la condamnation de l’Etat tunisien manquent de patriotisme. Notre linge sale doit être traité par les seuls tunisiens.
Cette position ne signifie nullement un cautionnement de la politique judiciaire actuelle de notre pays, et les interventions extérieures ne peuvent que faire empirer la situation y compris celles de l’ONU dont on assiste à sa fin et surtout à ce qui est appelé le droit international.
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Axe Washington-Moscou et nous ?
La Tunisie, tout en choisissant le camp occidental appelé pompeusement « le monde libre », depuis l’Indépendance a toujours maintenu des relations diplomatiques et économiques assez bonnes avec l’ex-URSS et la Chine, ayant surtout appartenu aux pays non-alignés.
Elle a toujours maintenu ce cap, aussi bien dans sa politique étrangère que dans son modèle de société. Mais elle a basculé brutalement dans le camp occidental sans retenue depuis 2011 jusqu’à devenir un allié stratégique des USA mais non membre de l’OTAN, particulièrement sous le règne B.C.E-Ennahdha.
Cependant, depuis 2021 et juste après le changement opéré, elle s’est rapprochée de la Russie mais surtout de la Chine, qui a proposé carrément un partenariat stratégique pendant que la Russie volait à notre secours en nous fournissant du blé à un prix considéré comme correct. Ce rapprochement opéré par le président de la République, Kaïs Saïed, s’avère à notre avis salutaire actuellement d’autant plus que nos relations d’Etat à Etat avec les pays occidentaux restent stables et très bonnes. Ces relations ne sont pas à confondre avec les relations de nos différents gouvernements avec les gouvernements occidentaux, qui dépendent surtout de la couleur politique de ces mêmes gouvernements.
Nos bonnes relations avec l’Arabie saoudite et l’Egypte qui gouvernent désormais le monde avec une entente jamais atteinte est un avantage qu’il faut saisir en activant notre diplomatie avec plus d’audace sur le terrain.
Nos bonnes relations avec les deux Etats qui gouvernent désormais le monde avec une entente jamais atteinte est un avantage qu’il faut saisir en activant notre diplomatie avec plus d’audace sur le terrain. Ceci nous permettra de restaurer notre image sur le plan international et sur le plan arabe.
D’autre part, la situation plus que complexe au Moyen-Orient, après le génocide commis par l’Etat sioniste, et le retour de l’Arabie saoudite ainsi que de l’Egypte constituent des opportunités, sachant que nos relations avec ces deux pays sont très bonnes, d’autant plus qu’on partage avec eux la lutte contre l’Islam Politique. Bien sûr, il faut envisager une meilleure approche de la question palestinienne et surtout de la question des deux Etats conformément aux constantes de la politique étrangère tunisienne basées sur la légalité internationale.
De toute façon, l’Egypte et l’Arabie saoudite sont les deux pays qui vont jouer un rôle majeur à Gaza d’abord pour contrer la proposition de Donald Trump, qui finira par accepter le plan proposé par l’Egypte d’ailleurs et qui sera adopté par le prochain sommet arabe qui se tiendra le 4 mars au Caire.
La Tunisie ne doit pas manquer cette occasion pour se positionner à nouveau. Elle doit être représenté au plus haut niveau possible. N’oublions pas que ce sommet va avoir lieu avant le sommet Trump-Poutine précisément à Riyadh. Là où l’avenir du monde va se décider.
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Un débat qui fait défaut
Jamais dans notre pays le débat sur les questions essentielles de la politique étrangère n’a fait autant défaut. Et surtout que l’on ne nous dit pas à cause de l’absence de la liberté d’expression. Car aucun journaliste, chroniqueur ou analyste n’a été sanctionné à cause des questions qui touchent aux relations internationales. Et ceci avant même 2011 !
Le manque de débat réside dans la domination des idéologies, dans les prises de positions des élites, marxistes, nationalistes arabes, destouriennes et islamistes. L’évolution accélérée des rapports des forces mondiaux et l’apparition du nouvel axe Washington-Moscou doit nous interpeler plus que jamais, car il y va de notre intérêt national d’abord, mais surtout de l’impact que va avoir cette évolution sur note situation politique, économique et sociale intérieures.
La guerre de l’Ukraine a eu un effet dévastateur par exemple sur notre économie en raison de la montée vertigineuse des prix de l’énergie et des matières premières. Le développement de notre relation avec la Russie a permis d’atténuer les effets de la hausse des prix, d’autant plus que nous vivions une crise financière jamais atteinte, au moment où on a coupé les relations avec le FMI.
L’Italie de Melonie, avec l’arrivée de Trump et la montée des extrêmes droites en Allemagne et partout en Europe, va essayer d’occuper la place de la France de Macron tout en n’étant pas une puissance nucléaire.
Idem de notre relation avec notre voisin du Nord, l’Italie qui, pour des raisons politiques internes, s’est retournée vers notre pays pour résoudre le problème de l’immigration clandestine subsaharienne. Nous ne savons pas si les résultats économiques de ce rapprochement ont été très bénéfiques, mais il est clair que l’Italie est devenue notre plus sûr allié au sein de l’Union européenne, et a ainsi ravi la place de la France, notre allié historique et notre ancien colonisateur aussi.
L’Italie de Melonie, avec l’arrivée de Trump et la montée des extrêmes droites en Allemagne et partout en Europe, va essayer d’occuper la place de la France de Macron tout en n’étant pas une puissance nucléaire.
Quant à la France, elle subit des échecs de partout, d’abord en Afrique où elle a été obligée de se retirer de tout le continent africain, ensuite au Moyen-Orient à cause de son soutien inconditionnel au génocide anti-palestinien commis par l’Etat sioniste, mais surtout en Ukraine où elle a joué le soutien total au malheureux Zelensky et la confrontation avec la Russie.
Ses déboires avec l’Algérie ne font qu’accentuer son isolement alors que ses relations avec le Maroc se renforcent momentanément et que celles avec la Tunisie sont au statu quo. La Tunisie gagne à exploiter cette situation à son profit.
Il est clair qu’un débat national est plus que jamais nécessaire et plus qu’impératif sur notre future politique étrangère. Les diplomates ont toujours été les exécutants d’une politique étrangère d’un pays mais jamais les concepteurs.
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