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De la menace d’apocalypse à un répit temporaire – Pourquoi un tel revirement ?

Moins de 90 minutes avant l’expiration de son ultimatum, Donald Trump a fait marche arrière et annoncé mardi 7 avril un cessez-le-feu avec l’Iran. Une stratégie qui mêle intimidation extrême et pragmatisme. Analyse.

 

C’est un air du déjà-vu. Lors de son premier mandat et dans sa première allocution devant l’Assemblée générale des Nations unies, Donald Trump s’était violemment attaqué, le 19 septembre 2017, au « régime vicieux » de la Corée du Nord, promettant « le feu et la colère » et menaçant de « détruire totalement » ce pays qui développe des missiles nucléaires au nez et à la barbe de la communauté internationale. Avant d’engager, à la surprise générale, des discussions inédites avec Kim Jong-un !

Bis repetita. Mardi 7 avril 2026, le même président américain lance un terrible ultimatum aux dirigeants iraniens : rouvrir le détroit d’Ormuz avant minuit, faute de quoi « une civilisation entière va mourir ce soir, pour ne jamais réapparaître », a-t-il menacé sur sa plateforme Truth Social.

Il ajoute : « Je ne veux pas que cela se produise, mais ce sera probablement le cas ».

Ainsi, un président qui ne brille ni par sa culture ni par sa connaissance de l’Histoire, menace avec une violence inouïe et sans état d’âme de raser ainsi Chiraz, Tabriz, Ispahan, Persépolis, capitale achéménide ou encore Hamadan ; des villes millénaires où vivront Ferdowsi, Rumi, Hafez, Saadi, Omar Khayyam, Nezami. A l’heure où les ancêtres de M. Trump vivaient à l’âge de pierres.

Rétropédalage

Revirement spectaculaire de la situation. Une heure avant l’expiration de l’ultimatum, le locataire de la Maison Blanche annonce avoir accepté un cessez-le-feu, une sorte de trêve de 15 jours présentée comme « une victoire totale et complète. 100 %. Il n’y a aucun doute là-dessus ».

Dans un article intitulé « le jour où le monde a retenu son souffle face aux menaces de Donald Trump sur l’Iran », The Wall Street Journal écrit : « À 8 h 06 [heure locale], mardi, le président américain a posé l’ultimatum le plus radical de son mandat » et, « à moins d’une heure et demie de l’échéance, Trump a finalement fait machine arrière et annoncé sur son réseau social la conclusion d’un cessez-le-feu de deux semaines avec l’Iran, et l’annulation des frappes promises, en échange de la réouverture immédiate du détroit d’Ormuz ».

Alors, comment expliquer cette volte-face ?

Cynisme

Il s’agit en effet d’une stratégie bien huilée : le milliardaire républicain, initialement rompu aux techniques de la promotion immobilière, met la barre très haut lors d’une négociation avant de concéder progressivement du terrain ; tout en restant au-dessus de son objectif réel. Le tout en maniant l’arme de l’intimidation, voire de la violence verbale.

Et ce qui vient de se passer concernant l’Iran illustre parfaitement cette stratégie : pousser la menace à son paroxysme, puis ajuster sa position face aux risques d’escalade.

Concrètement, le président américain émet une grave menace d’un anéantissement de la « civilisation » iranienne assortie d’un ultimatum, fait volte-face à la dernière minute, parle désormais de possible coopération entre l’Iran et les États-Unis, ennemis jurés depuis près d’un demi-siècle, pour administrer conjointement le détroit d’Ormuz ou récupérer les stocks d’uranium enrichi de Téhéran. Et claironne par la suite son propre « génie » tactique ayant abouti à une « victoire totale ».

Une mécanique qui s’inscrit aussi dans un contexte politique intérieur tendu, marqué par une opinion publique plus réticente à la guerre et des inquiétudes économiques croissantes, à l’approche des élections de mi-mandat.

D’ailleurs, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a bien saisi le sens de la manœuvre présidentielle. Interrogée sur la menace apocalyptique émise mardi matin (7 avril) par son patron et qui a même fait spéculer sur une attaque nucléaire américaine, elle a fini par admettre que « ce qui intéresse le président ce sont les résultats et dans les faits, sa rhétorique très dure et son style de négociation dur ont apporté les résultats que vous pouvez tous voir aujourd’hui ».

Qui gagne, qui perd ?

Ce n’est pas l’avis d’un spécialiste des États-Unis qui estime pour sa part que Donald Trump « met les enjeux très haut parce qu’il pense que c’est la solution pour faire peur à l’adversaire. Il croit que cette pression extrême va forcer l’adversaire à négocier et lui donner un avantage. Il est pourtant en position de faiblesse face à l’Iran ».

Et d’expliquer : « Malgré ses propos très violents, Donald Trump n’obtient rien en réalité et s’embourbe dans une situation qu’il a provoquée. C’est une porte de sortie à la Trump, une porte de sortie rhétorique. Il construit un récit dans lequel il apparaît comme le gagnant, transformant le réel en affirmant que les Iraniens sont forcés à négocier, alors que s’il accepte les dix points du plan de paix, la situation risque d’être pire que celle d’avant-guerre ».

Pour Steven Ekovich, professeur d’histoire et de relations internationales à The American University of Paris, « La stratégie de Donald Trump, c’est d’être au centre de l’attention mondiale. Il a tenu la planète entière en haleine pendant quelques heures après sa menace de mardi. Mais il a aussi abîmé sa crédibilité. Le danger, c’est que plus personne ne le prenne au sérieux ».

Au bout du compte, c’est à se demander qui sort véritablement gagnant de ce bras de fer entre Donald Trump – le flamboyant adepte du poker -, et les dirigeants iraniens, réputés pour leur jeu d’échecs aussi discret que méthodique. La réponse, elle, se révèle bien moins évidente qu’il n’y paraît.

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Et si la guerre au Moyen-Orient était une vraie aubaine pour l’Algérie ?

Alors que la guerre s’intensifie au Moyen-Orient, que des infrastructures énergétiques des monarchies du Golfe sont quotidiennement visées par l’Iran qui bloque le détroit d’Ormuz; l’Algérie entend bien se positionner comme alternative surtout pour le marché européen. En a-t-elle les moyens ?

Quand le malheur des uns fait le bonheur des autres. Le conflit au Moyen-Orient illustre une fois de plus une réalité brutale des relations internationales. A savoir qu’une crise lointaine, par un effet domino implacable, peut se muer en opportunité pour des acteurs situés à des milliers de kilomètres. C’est le cas de l’Algérie voisine qui apparaît comme l’un des principaux bénéficiaires indirects de la guerre en Iran, tirant profit à la fois de la flambée des prix des hydrocarbures et des perturbations ayant affecté les grands producteurs du Golfe.

Effet papillon

Ainsi, en l’espace d’un mois à peine, Alger aura engrangé près de 10 milliards de dollars de recettes supplémentaires, portées par l’envolée des prix de l’or noir. Une manne du ciel directement liée aux secousses qui ébranlent le marché énergétique mondial.

En effet, la combinaison de la guerre qui a embrasé le golfe Persique et la fermeture du détroit d’Ormuz-artère vitale par laquelle transite près de 20 % du pétrole mondial et une part importante du gaz naturel liquéfié (GNL) a profondément désorganisé les flux. Dans ce contexte explosif, la menace brandie par Téhéran de bloquer durablement ce verrou maritime a suffi à propulser les cours à des niveaux vertigineux.

Résultat direct de la montée de tension dans cette région hautement stratégique : les marchés pétroliers s’envolent. Cinq semaines après le début de la guerre au Moyen-Orient, rien ne semble pouvoir freiner la folle escalade des prix du pétrole et du gaz : le baril de brut a de nouveau franchi, lundi 6 avril, le seuil symbolique de 110 dollars. Et ce, en dépit de l’annonce dimanche dernier d’une augmentation de la production mondiale pour tenter de juguler la crise.

Une manne céleste

De quoi faire le bonheur de l’Algérie, premier producteur de gaz et quatrième producteur de pétrole du continent, qui est aujourd’hui le seul pays africain à bénéficier d’une véritable autosuffisance énergétique. Et qui, en sa qualité de membre de l’OPEP, était autorisée à augmenter sa production de pétrole de 60 000 barils par jour, portant son total à près de 980 000 barils quotidiens. Cette hausse, bien que modeste à l’échelle mondiale, permet à Alger de drainer une partie de la demande laissée vacante par les producteurs du Golfe.

L’arme du gaz naturel

Mais c’est surtout dans le domaine du gaz naturel que les perspectives apparaissent les plus prometteuses pour l’Algérie. La suspension partielle des exportations du Qatar, premier producteur mondial de GNL, a provoqué une hausse immédiate des prix, notamment en Europe. Le prix du mégawatt-heure est ainsi passé de 31 à 53 euros en quelques jours. Tandis que les prix européens du GNL ont bondi de 20 %. Dans ce contexte, l’Algérie, qui représente environ 3 % de la production mondiale de GNL, se retrouve en position favorable pour accroître ses parts de marché.

D’autant plus que l’un des principaux atouts du pays réside dans sa proximité géographique avec l’Europe ainsi que dans ses infrastructures d’exportation.

Contrairement au Qatar, qui dépend du transport maritime, l’Algérie dispose de gazoducs reliant directement ses champs gaziers au continent européen, notamment via les pipelines TransMed vers l’Italie et Medgaz vers l’Espagne. Ces infrastructures, en partie sous-marines, présentent un avantage stratégique majeur : elles échappent aux risques sécuritaires qui pèsent sur les routes maritimes du Golfe, notamment les attaques de drones ou de missiles.

Cette sécurité d’approvisionnement renforce l’attractivité du gaz algérien. Et ce, d’autant plus que l’Union européenne cherche activement à diversifier ses sources d’énergie depuis la décision de réduire puis d’interdire progressivement les importations de gaz russe d’ici 2027. Déjà, les importations européennes de gaz algérien ont augmenté de 22 % entre décembre 2025 et janvier 2026, une tendance appelée à se poursuivre.

Toutefois, les gazoducs existants fonctionnent déjà à pleine capacité ou presque, limitant la possibilité d’augmenter rapidement les volumes exportés. Si Medgaz pourrait être légèrement étendu, le TransMed ne dispose pas de marges supplémentaires significatives. Par ailleurs, la production globale de l’Algérie reste inférieure à celle de certains concurrents majeurs, notamment le Qatar, dont la capacité est environ deux fois supérieure.

Et c’est pour pallier à ses insuffisances que l’Algérie a lancé un ambitieux programme d’investissements, estimé entre 50 et 60 milliards de dollars, afin de moderniser ses infrastructures et d’accroître ses capacités de production. L’objectif affiché est de doubler la production de gaz pour atteindre 200 milliards de mètres cubes par an d’ici 2030. Ce plan inclut notamment le développement de nouveaux gisements, y compris de gaz de schiste dans le sud du pays, considéré comme l’un des plus prometteurs au monde.

Dans cette optique, Alger a engagé des discussions avec de grandes compagnies internationales telles que Chevron et ExxonMobil, afin de bénéficier de leur expertise technologique et de leurs capacités d’investissement. Toutefois, ces projets nécessitent du temps, et les premiers résultats ne devraient pas se matérialiser avant plusieurs années.

En conclusion, la guerre au Moyen-Orient agit comme un catalyseur des recompositions énergétiques mondiales, offrant à notre voisin une fenêtre d’opportunité rare pour consolider sa place sur les marchés internationaux.

Cela étant, si l’Algérie bénéficie clairement de la hausse des prix et des perturbations affectant ses concurrents, il lui reste néanmoins à transformer cet avantage conjoncturel en levier durable. Un défi qui passe inévitablement par sa capacité de trouver des solutions adéquates à ses contraintes structurelles, ainsi que la concrétisation de ses ambitieux projets d’investissement.

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Discours de Trump sur l’état de l’Union : de l’art de dissimuler ce qui dérange

Lors de son discours tant attendu sur l’état de l’Union aux Etats-Unis, Donald Trump a tenu une allocution plate et décousue pour vanter les victoires « rapides, décisives et écrasantes »  de l’armée américaine. Alors que le conflit semble sans issue prévisible.

Et la montagne accoucha d’une souris. Alors que le monde retenait son souffle en attendant le discours du président américain sur l’état de l’Union, Donald Trump s’est présenté d’un air las à son pupitre tard dans la soirée du mercredi 1 avril. Et ce, avant de lire son prompteur pendant vingt minutes sans annoncer quoi que ce soit de neuf. Puis de s’en aller sans prendre de questions.

Pourtant, Donald Trump aura mis un mois avant de s’adresser directement aux Américains pour expliquer la guerre qu’il a lancée en Iran avec Israël. En effet, il s’était contenté le 28 février, le début de l’offensive « Fureur épique », d’une vidéo préenregistrée, diffusée depuis sa résidence privée de Floride, casquette sur la tête et sans cravate.

Cacher ce qui fâche

Lors de son discours, le milliardaire républicain n’a pas parlé de tout ce qui fâche. Pas un mot sur d’éventuelles troupes au sol, une perspective très impopulaire aux Etats-Unis, même au sein du mouvement MAGA. Les derniers sondages démontrent en effet que deux Américains sur trois s’opposent à cette guerre et pensent que le président fait du mauvais boulot à la tête des forces armées du pays.

Pas un mot sur les quelque 1500 civils iraniens qui ont péri depuis le début des frappes israélo-américaines, dont au moins 150 écolières.

Silence total au sujet du million de Libanais, soit le cinquième du pays, qui a été forcé de fuir pour échapper aux attaques israéliennes, ou encore sur la crise humanitaire qui pointe le nez.

Pas un mot non plus sur la question des réserves d’uranium enrichi de l’Iran. Rien sur les objectifs obscurs et changeants de ce conflit armé qui coûte 1 milliard de dollars par jour aux contribuables américains et 300 millions aux citoyens israéliens.

Sur le plan interne, Donald Trump est passé très rapidement sur le sujet qui préoccupe les Américains et qui lui vaut de sombrer dans les sondages depuis un mois : à savoir la flambée du prix de l’essence. Il s’agit d’un phénomène « de court terme » et l’économie américaine n’a « jamais été aussi forte », a-t-il assuré. Tout en soutenant que le pays ne connaissait « aucune inflation ». Du déni total, démenti des réalités par les chiffres qui ne trompent pas.

Flou artistique

Alors, quoi de neuf dans le discours présidentiel ?  La vérité c’est que le locataire de la Maison Blanche cherchait avant tout à vendre l’image du commandant en chef qui maîtrise la situation- alors que tout semble craquer de partout- et à convaincre ses compatriotes que l’intervention américaine en Iran n’est qu’une simple promenade de santé.

La preuve : les forces armées américaines ont, en quatre semaines, « décimé l’Iran économiquement et militairement », oblitéré ses forces navales et aériennes ainsi que son programme nucléaire. Sauf que l’Iran continue de contrôler le goulot d’étranglement qu’est le détroit d’Ormuz, où transite 20 % de la production pétrolière mondiale. Nuance

Et qu’en est-il du calendrier de sortie du conflit ? C’est le flou total car rien n’a été dit de précis sur la suite des opérations : « Au cours des quatre dernières semaines, nos forces armées ont remporté sur le champ de bataille des victoires rapides, décisives et écrasantes » a fanfaronné  le président américain. Tout en assurant qu’après trente-deux jours d’opérations militaires, l’Iran ne constituait « vraiment plus une menace ».

Par conséquent, les États-Unis étaient « en bonne voie » pour atteindre tous leurs objectifs militaires, a-t-il indiqué. Assurant dans le même temps que les États-Unis étaient « proches de remplir » leurs objectifs stratégiques en Iran, notamment en empêchant Téhéran de posséder une arme nucléaire.

Et de marteler sur un ton martial : « Nous allons les frapper extrêmement fort. Au cours des deux à trois prochaines semaines, nous allons les renvoyer à l’âge de pierre d’où ils viennent ».

Terrible méprise du milliardaire républicain. Sait-il que l’ancienne Perse, vieille de 5000 ans d’histoire, forme environ 230 000 à 234 000 ingénieurs par an ? Sait-il encore qu’elle se positionne parmi les leaders mondiaux en nombre de diplômés dans les domaines des sciences, technologie, ingénierie et mathématiques ? Et enfin, a-t-il connaissance qu’une part importante des diplômés en ingénierie en Iran sont des femmes ?

Platitude

Commentaires de la presse internationale sur la teneur du discours présidentiel. « Si l’on copiait-collait ses publications sur Truth Social de ces derniers jours, on n’obtiendrait plus ou moins ce discours à la nation», conclut la BBC. Les journalistes suisses du Temps évoquent tout simplement un « non-événement ». Mais la palme de l’ironie mordante revient au quotidien britannique The Telegraph qui titrait, féroce : «  Fatigué, Donald Trump ne sait plus quoi dire ». Tout est dit.

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Après Ormuz, l’accès à la mer Rouge bientôt bloqué par les Houthis ?

L’enjeu est de taille. Les Houthis, alliés de l’Iran, menacent désormais de fermer le détroit de Bab el-Mandeb, au sud de la mer Rouge. Donnant ainsi un nouveau coup dur au trafic commercial maritime. Eclairage.

Au poker menteur joué par Donald Trump, Téhéran avance ses pions comme dans une partie d’échecs. Ainsi, dans un énième volte-face, le président américain, qui avait pourtant promis le 20 mars de n’envoyer des troupes américaines « nulle part », a décidé dix jours plus tard de mobiliser deux groupes de Marines ainsi que 2 000 parachutistes de la 82ème division aéroportée, avec possibilité de déployer 10 000 soldats supplémentaires au Moyen-Orient en cas de besoin. Objectif revendiqué ? Briser les reins militairement du régime iranien, lui porter le coup de grâce en le frappant au portefeuille. Et ce, par le biais d’une invasion terrestre à haut risque de l’île iranienne stratégique de Kharg, d’où partent environ 90 % des exportations de brut de l’Iran. Mais c’était sans compter avec les Houthis.

Un détroit stratégique

Réaction froide et non moins terrifiante de l’Iran : en cas d’invasion terrestre américaine de l’Ile de Kharj ou des trois îlots stratégiques d’Abou Moussa, la Grande Tunb et la Petite Tunb occupés par l’Iran depuis 1971 et revendiqués par les Émirats arabes unis, les Gardiens de la révolution ouvriront un « nouveau front » dans un détroit clé pour le trafic maritime mondial, reliant la mer Rouge au golfe d’Aden. Et ce, par le biais des Houthis, le groupe armé pro-iranien qui a déjà revendiqué samedi dernier sa première attaque contre Israël depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.

Faut-il rappeler que le détroit de Bab el-Mandeb, 27 kilomètres de large et plus de 70 km de long, est l’un des couloirs de navigation les plus fréquentés au monde entre le Yémen et Djibouti où on recense des installations militaires françaises, mais aussi américaines et chinoises.

En temps normal, ce canal par où passe environ 15 % du trafic commercial maritime, joue un rôle central pour l’acheminement du pétrole et du gaz des pays du Golfe vers l’Europe. Les pétroliers partent des ports du golfe Persique, passent par le détroit d’Ormuz, traversent celui de Bab el-Mandeb puis remontent la mer Rouge pour atteindre l’Europe via le canal de Suez.

De plus, ce passage au sud de la mer Rouge est aussi très utilisé par les containers remplis de produits asiatiques destinés au marché européen. Autrement dit, si perturber le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz était en mesure d’impacter principalement l’Asie; bloquer le trafic au niveau du golfe d’Aden devrait également pénaliser durement le Vieux continent.

Mais ce sera surtout l’Arabie saoudite qui en payera les frais. Grâce à l’oléoduc Est-Ouest, Riyad tente de livrer l’Asie depuis son port de Yanbu sur la mer Rouge en passant par le détroit de Bab el-Mandeb. Or, depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, c’est devenu un point de passage essentiel pour relier le port de Yanbu, en Arabie saoudite, seul hub qui permet au royaume de dérouter une partie des volumes qui sont bloqués à cause de la quasi-paralysie du détroit d’Ormuz orchestrée par l’Iran.

« Si l’ennemi tente une action terrestre sur les îles iraniennes ou n’importe où ailleurs sur notre territoire, ou s’il cherche à porter atteinte à l’Iran par des manœuvres navales dans le golfe Persique et la mer d’Oman, nous ouvrirons d’autres fronts en guise de surprise ». Ainsi a prévenu un responsable militaire iranien.

Une guerre par procuration ?

Bluff ou menace réelle ?  Téhéran pourrait actionner son levier le plus redouté dans la zone : les rebelles houthis du Yémen. Sachant que depuis 2014, l’Iran les soutient, notamment par la fourniture d’armes, de technologies et de formations, permettant au groupe d’utiliser des missiles, des drones et des mines marines. Aujourd’hui, ils sont devenus l’un des alliés les plus puissants et les plus fidèles de l’Iran dans la région.

Rappelons d’autre part qu’en 2023, lors de la guerre dans la bande de Gaza déclenchée par l’attaque du Hamas palestinien contre Israël le 7 octobre 2023, les Houthis avaient réussi à ralentir le trafic en mer Rouge et dans le canal de Suez à coups de drones et de missiles. Ce qui avait contraint le trafic maritime à prendre un grand détour en passant par la route du Cap-de-Bonne-Espérance, la pointe sud de l’Afrique.

En 2024, ils avaient notamment conduit des attaques sur des navires marchands, disant agir en solidarité avec les Palestiniens. Et ce, en ciblant des navires accusés de liens avec Israël. Ce qui avait provoqué une réduction durable du transit maritime par la zone.

Dans cette escalade, un cap symbolique est également franchi : les Houthis revendiquent samedi 28 mars des tirs de missiles en direction d’Israël. L’armée israélienne confirme les lancements et active ses systèmes de défense aérienne. Bien qu’il n’y ait pas de rapports précis sur les destructions, le déclenchement de l’alerte aérienne dans plusieurs villes israéliennes témoigne de la gravité de la situation.

Risque d’escalade

Le message politique, lui, est limpide. Les Houthis promettent de poursuivre leurs frappes « jusqu’à la fin de l’agression » et affichent leur disponibilité à combattre aux côtés de l’Iran en cas d’embrasement régional.

Leur entrée dans le conflit « marque une escalade grave » et risque d’avoir « des conséquences majeures », notamment pour la stabilité régionale et le commerce mondial. C’est ce qu’avertit un rapport rédigé par le sérieux institut britannique Chatham House pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

Le retour au calme dans cette région, l’une des plus explosives au monde, ne semble, hélas, pas pour demain.

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Pourquoi le métal jaune plonge, alors que la guerre fait rage?

ANALYSE. Vendu massivement par des pays qui ont besoin de billets verts pour s’approvisionner en pétrole dont les prix flambent à cause de la fermeture du détroit d’Ormuz, le métal jaune ne joue plus son rôle de valeur refuge en période de crise.

 

C’est un paradoxe, mais seulement en apparence. Contre toute attente, la guerre au Moyen-Orient ne l’a pas propulsé vers de nouveaux sommets. Bien au contraire, l’or, traditionnellement perçu comme valeur refuge contre les soubresauts géopolitiques, a décroché brutalement, effaçant en quelques séances une large part de ses gains accumulés depuis le 28 février, date du début des frappes coordonnées des États-Unis et d’Israël contre l’Iran.

Ainsi, l’or aura enchaîné sept séances de baisse. Jeudi 26 mars, l’once a chuté de plus de 6 % pour s’établir à 4 500 dollars. Depuis son dernier pic, atteint juste après le début de l’intervention militaire des États-Unis et d’Israël, le métal jaune a cédé 17 %.

Même tendance pour l’argent, qui a perdu plus de 13 % jeudi, à 65,5 dollars. Depuis le début du mois, le recul du métal gris s’élève à 30 %.

Ruée vers l’or

Faut-il rappeler qu’en raison de la montée des tensions au Moyen-Orient, les investisseurs se sont rués vers l’or, propulsant l’once au-delà des 5 400 dollars, flirtant même avec des records historiques. Mais cette courbe vertigineuse n’a été que de courte durée. Très vite, la mécanique s’est inversée et ce métal précieux a entamé une chute rapide, entraînant dans son sillage l’argent, bien plus durement encore.

Soubresauts

Dès lors, comment expliquer les brusques soubresauts des métaux précieux, alors même que le conflit au Moyen-Orient, initialement présenté par l’administration américaine comme une simple formalité, s’enlise et risque désormais de se transformer en une guerre régionale à l’issue incertaine ?

Primo, la raison tient à un besoin urgent de liquidités. La guerre ayant fait exploser les prix des hydrocarbures, notamment en raison des menaces sur le détroit d’Ormuz, artère vitale du commerce énergétique mondial. Résultat : États et investisseurs se sont lancés dans une course effrénée au billet vert. Or, pour s’en procurer, ils ont massivement liquidé leurs avoirs en or et en argent. Ainsi, en quelques séances, le métal jaune est passé du statut de refuge à celui de réserve de cash. Situation de crise oblige.

« Compte tenu de l’ampleur de sa hausse avant le conflit, explique un courtier spécialisé dans le trading de produits financiers, le métal précieux a en effet frôlé fin janvier 5 600 dollars l’once, un record historique. En liquidant l’or et l’argent, les investisseurs ont pu récupérer des dollars, la devise dans laquelle s’échangent les hydrocarbures comme le pétrole, dont les cours ont explosé avec le blocage du détroit d’Ormuz et les frappes sur les infrastructures énergétiques au Moyen-Orient ».

Et de prédire : « Après des années de constitution de stocks, on s’attend à ce que les pays du Moyen-Orient, en particulier, se débarrassent d’une grande partie de leurs réserves d’or, alors que leurs revenus provenant de l’énergie s’écroulent ».

Ajoutons à cette frénésie vers le métal jaune les turbulences ayant impacté les liaisons aériennes entre les grandes places de négoce, notamment entre Londres, Dubaï et l’Asie ; sachant que le Moyen-Orient, avec 270 tonnes d’or achetées l’an dernier par des particuliers (bijoux, barres, pièces), représentait près de 10% de la demande privée mondiale, et que Dubaï est la plaque tournante essentielle pour l’acheminement de l’or vers l’Asie et notamment l’Inde.

Secundo, sur le plus long terme, la crainte d’une inflation dopée par la flambée du prix des hydrocarbures devrait contraindre la Réserve fédérale américaine, tout comme d’autres grandes banques centrales, à relever ses taux d’intérêt. De telles hausses feraient du dollar et des obligations d’État américaines des valeurs refuges plus attractives que les métaux précieux. « L’or ne rapporte aucun rendement et est donc moins intéressant », là « où les liquidités pourraient bientôt offrir des retours plus élevés », explique Russ Mould, analyste chez AJ Bell.

Mouvement de bascule

Tertio, le retour en force du dollar. Boosté par la flambée des prix de l’énergie et son statut de valeur refuge ultime, le billet vert s’apprécie fortement et impacte, dans un mouvement de bascule, l’or, dont le prix évolue à l’inverse de la devise américaine. Plus le dollar grimpe, plus l’or devient cher pour les investisseurs étrangers et, par conséquent, moins attractif.

À noter enfin que la chute des cours de l’argent suit une logique parallèle mais spécifique. Métal clé pour les panneaux solaires, les véhicules électriques ou encore les centres de données nécessaires au secteur de l’intelligence artificielle, il est étroitement lié à la conjoncture économique. Or, la guerre au Moyen-Orient fait planer la menace d’un ralentissement de la croissance mondiale, d’où une baisse prévisible de la demande industrielle et un prix sous pression.

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