Capture choc de Maduro : Trump dédollarise le chaos mondial, selon Elyes Kasri
Dans une analyse, l’ancien ambassadeur Elyes Kasri décrypte la saisie rocambolesque de Nicolás Maduro et de son épouse par les forces spéciales américaines lors d’un raid pré-dawn le 3 janvier 2026 à Caracas, sous un déluge de frappes aériennes.
Au-delà du prétexte des charges de narcotrafic brandi par l’administration Trump, cette opération « Absolute Resolve » s’apparente à une offensive impitoyable contre la dédollarisation impulsée par les BRICS et la Chine, grand partenaire pétrolier du Venezuela. De Pékin qui lance un ultimatum à Washington, à l’axe Russie-Iran menacé d’escalade, les ondes de choc pourraient embraser le globe et atteindre l’Afrique du Nord. Prélude à une guerre totale ou ultime sursaut hégémonique américain ?
Vous trouverez ci-dessous l’analyse d’Elyes Kasri:
« La capture du président vénézuélien Nicolas Maduro dans des circonstances rocambolesques a l’aube du samedi 3 janvier 2026 en compagnie de son épouse par des unités des forces spéciales américaines sous un bombardement intense et son exfiltration à New York pour jugement par la justice américaine pour trafic de stupéfiants a surpris toutes les chancelleries étrangères et une grande partie de l’opinion et de la classe politique américaines.
Cet événement exceptionnel dans les annales internationales a pourtant été précédé par un long et pénible blocus économique puis côtier américain et une surenchère de sanctions et de menaces directes par l’administration du président Donald Trump qui avait publiquement exigé le départ du président Maduro et l’avait personnellement sommé de quitter le pouvoir.
De nombreuses voix se sont élevées aussi bien aux Etats-Unis d’Amérique décriant cette atteinte au droit international et aux prérogatives du Congrès américain pour autoriser tout acte de guerre qu’à l’étrangers pour condamner encore une fois ce qui a été considéré comme une atteinte grave au droit international et un précèdent d’une rare gravité susceptible de mener à toute sorte de dérives de nature à provoquer la troisième mondiale dont le spectre plane déjà sur le monde depuis l’opération spéciale russe en Ukraine et la série de mesures économiques et militaires adoptées par les membres de l’alliance atlantique à l’encontre de la Russie avec la délimitation d’alliances globales préfigurant une déflagration a l’échelle mondiale avec un potentiel nucléaire dévastateur.
Autre suspect derrière les coulisses, Israël, l’allié des Etats-Unis d’Amérique et de plus en plus considéré comme le maitre du jeu géopolitique à Washington grâce à ses puissants relais américains notamment les plus grandes fortunes et leur emprise sur la finance et les médias de même que l’AIPAC, redoutable lobby pro-israélien prêt à sanctionner et causer la perte de tout politicien américain suspecté de manquer de loyauté envers Israël même face à des exactions à Gaza considéré comme un génocide par la Cour Internationale de Justice (CIJ)et des crimes de guerre par la Cour Pénale Internationale (CPI), juridictions pourtant établies dans l’après deuxième guerre mondiale par les allies et à leur tête les Etats Unis d’Amérique pour sanctionner les crimes commis contre les juifs.
Le droit international a été pratiquement démantelé lorsque les Etats -Unis d’Amérique et Israël ont non seulement ignoré les décisions de la CIJ et de la CPI et sont allés jusqu’à sanctionner ces deux instances internationales et leurs juges avec la connivence de l’ouest pourtant chatouilleux sur tout ce qui concerne le droit international tel qu’établi dans l’après-guerre et les droits de l’homme devenus un instrument de flagellation des pays récalcitrants.
En plus de s’inscrire dans le droit fil de l’érosion des institutions internationales comme l’organisation des Nations Unies et du droit international par les puissances qui les ont forgés à leur image et selon leurs intérêts à la suite de leur victoire après la deuxième guerre mondiale et ultérieurement, la capture du président vénézuélien revêt une double dimension économique et géostratégiques préludant la confrontation entre la puissance impériale américaine et les puissances montantes comme la Russie en quête de reconquête des territoires considérés historiquement appartenant à la grande Russie et d’une nouvelle architecture sécuritaire européenne de nature à corriger les déséquilibres et l’encerclement progressif qui ont suivi depuis 1991 l’éclatement du Pacte de Varsovie et de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques.
Pour sa part, la Chine, puissance montante dans tous les domaines, s’efforçait de se dégager de l’étau énergétique et monétaire que lui imposait le pétrodollar devenu une arme américaine pour affaiblir ses concurrents et mettre à genoux ses adversaires.
Les sanctions américaines depuis 2006 aboutissant en 2019 à un embargo sur le pétrole vénézuélien et ultérieurement en 2022 contre le pétrole russe à la suite l’opération spéciale en Ukraine ont démontré non seulement l’aspect punitif du pétrodollar qui, en plus d’imposer depuis 1974 l’exécution de toutes transactions internationale en Dollar américain créant ainsi une dépendance internationale à la monnaie américaine et finançant ainsi le déficit budgétaire américain et toutes les extravagances monétaires et budgétaires américaines, cherchait à exclure du marché international tout pays considéré hostile aux intérêts des Etats Unis d’Amérique.
Cette militarisation (weaponization) du dollar américain a incité les puissances montantes à s’affranchir de la mainmise américaine et commencer à explorer les opportunités de commerce international et notamment des hydrocarbures en monnaies alternatives ou dans le cadre du troc cour circuitant ainsi le dollar américain.
Si les anciennes tentatives de Saddam Hussein et Mouammar Kadafi ont été étouffées dans le sang, le groupement des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Afrique du Sud élargi par la suite à six autres pays) a entamé depuis 2009 un processus de dédollarisation pour échapper à l’emprise et aux potentielles sanctions américaines en libellant leurs échanges en monnaies nationales et en évitant les circuits de occidentaux de transferts de fonds et de règlement des transactions monétaires et commerciales avec l’objectif du lancement d’une nouvelle monnaie internationale capable de détrôner le dollar et mettre ainsi fin à l’hégémonie économique et monétaire américaine.
Plus qu’une quelconque lutte contre le trafic de stupéfiants, l’opération américaine contre le Venezuela viserait à casser l’élan de la dédollarisation et à freiner l’avance de la Chine sur le continent américain car Pékin était devenue le principal client et investisseur du Venezuela avec un système intégré destiné a servir de prototype aux exportateurs d’hydrocarbures désireux de s’émanciper de l’emprise américaine.
Ainsi, outre la direction politico-militaire vénézuélienne, Pékin est sur la sellette à Caracas et voit sa crédibilité en tant qu’alternative stratégique à l’hégémonie américaine soumise à un test sérieux d’où l’ultimatum de 72 heures lancé dans un langage se départant des traditions diplomatiques chinoises par le ministère chinois des affaires étrangères à Washington pour libérer le président Maduro et quitter le territoire vénézuélien.
Les risques de la dédollarisation sont amplifiés par un processus très perceptible de désengagement international du marché obligataire américain même par des pays alliés comme le Japon faisant ainsi craindre des pressions supplémentaires sur le financement du déficit budgétaire américain susceptible d’atteindre des niveaux intolérables à l’horizon de 2030 avec déjà des effets inflationnistes qui démentent toute déclaration de préservation du pouvoir d’achat par les mesures tarifaires protectionnistes adoptées par l’administration Trump même au détriment de ses alliés atlantiques.
En plus de son apparence impulsive et flamboyante tout à fait dans le caractère du président Trump, la capture du président vénézuélien et la volonté déclarée de mettre la main sur les réserves et la production vénézuéliennes de pétrole, pourrait également être le prélude d’une grande offensive contre l’Iran suite à la pressante insistance du gouvernement Netanyahu et ses relais américains, quitte à anticiper toute perturbation du commerce et du cours internationaux du pétrole en cas de blocage comme précédemment indiqué par les autorités iraniennes du détroit d’Hormuz, passage oblige de 20% du commerce mondial de pétrole et éviter tout pic spéculatif surtout en pleine saison hivernale.
L’objectif déclaré par le gouvernement Netanyahu de changement de régime en Iran, pourrait en fin de compte servir les intérêts stratégiques de l’empire déclinant américain car toute déstabilisation de l’Asie Centrale porterait un coup sérieux à la Chine en hypothéquant la sécurité et la fiabilité de la route de la soie et de la Russie en nourrissant un antagonisme anti russe nationaliste et religieux car cette zone est peuplée de musulmans ayant à une certaine époque subi le joug soviétique et appréhendant une résurgence de l’impérialisme russe.
S’il est incontestable que l’attaque américaine contre le Vénézuela promet une série de représailles et de réactions en chaîne dont l’ampleur et la portée restent difficiles à prévoir, il n’en reste pas moins que l’Afrique du nord en ressentira l’onde de choc que ce soit par des retombées militaires et géostratégiques que sur le commerce du pétrole.
La Libye dans un stade avancé de partition dans une atmosphère de guerre civile et l’Algérie qui semble se rapprocher dangereusement de l’œil du cyclone d’abord avec une crise économique aiguë, et politiquement avec les premiers signes d’un processus de sécession et du point de vue du positionnement géostratégique avec un isolement international dangereux et la perte du leitmotiv international de la cause sahraouie qui a été mise dans le cadre d’une autonomie sous souveraineté marocaine en vertu de la résolution 2797 du conseil de sécurité, faisant ainsi essuyer au régime algérien un échec retentissant susceptible de se traduire en discrédit international et en facteur de délégitimation du pouvoir en place. »
« Quant à la Tunisie qui a déjà vu sa résilience économique et politique érodée depuis ce qui qualifié de révolution de la liberté et de la dignité, devra se préparer sérieusement à surmonter les secousses qui vont ébranler son voisinage aussi bien en procédant à une insularisation vis-à-vis de ses deux voisins menacés par un tourbillon d’instabilité qu’en renforçant son front intérieur et en se rendant à l’évidence que le programme de réformes économiques soumis par ses soins au Fonds Monétaire International et depuis voué aux gémonies est en fait la seule voie réaliste susceptible de sortir la Tunisie de sa crise économique qui risque le débordement social et de faire sombrer le pays dans une situation socio-économique potentiellement inextricable.
Héritière de Carthage, la Tunisie a appris à travers son histoire millénaire à se sortir des crises les plus aiguës grâce au génie du peuple tunisien et son patriotisme face à l’adversité. »
Aujourd’hui, la Tunisie a un autre rendez-vous avec l’histoire. »
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Pascal Boniface, géopolitologue français, fondateur et directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), l’a rappelé sur sa chaîne YouTube : l’année 2025 a été particulièrement marquée par le retour de Donald Trump à la Maison Blanche (prise de fonction le 20 janvier 2025 ) un événement qui pour les Européens a bouleversé l’ordre international.