Milliards investis, risques majeurs : la dangereuse course en avant à l’IA
Au sommet mondial de l’IA organisé à New Delhi du 16 au 21 janvier, les dirigeants des plus grandes entreprises technologiques ont multiplié les avertissements : l’intelligence artificielle progresse plus vite que sa régulation et pourrait bouleverser l’économie, l’équilibre géopolitique et le marché du travail. Pourtant, dans le même temps, ces mêmes acteurs annoncent des investissements massifs pour accélérer son déploiement.
C’est en tout cas ce qui ressort des conclusions du sommet. Sachant que le gouvernement américain a catégoriquement rejetée tout idée de gouvernance mondiale de l’IA
Après des éditions au Royaume-Uni, en Corée du Sud et en France, ce rendez-vous international rassemble plus de 250 000 participants, entre chefs d’État, responsables politiques et patrons de la tech. Officiellement, il s’agit de mettre l’IA au service de la société et de l’économie, sous le slogan « A Time for Impact ». Mais officieusement, l’inquiétude domine : la technologie semble échapper à ses propres créateurs, s’inquiète pressecitron.net.
Le signal le plus fort et inquiétant est venu de Sam Altman, patron de OpenAI. Il estime que le monde a « urgemment besoin » de réguler l’IA face à la rapidité des progrès. Selon lui, la concentration de cette technologie entre les mains d’une seule entreprise ou d’un seul pays pourrait mener à « la ruine ». Un avertissement lourd de sens dans un secteur dominé par quelques géants américains.
Même tonalité du côté d’Arthur Mensch, dirigeant de Mistral AI (France), qui alerte sur une concentration excessive du pouvoir technologique et sur un déséquilibre mondial croissant. L’enjeu dépasse l’innovation : il touche à la souveraineté numérique et aux tensions géopolitiques, alors que l’IA s’impose aussi dans les domaines militaires, notamment aux États-Unis, selon plusieurs médias généralistes et spécialisés.
Mais ce n’est pas tout, parce que les perspectives sur l’emploi inquiètent tout autant. Mustafa Suleyman, aujourd’hui à la tête de la division IA de Microsoft, évoque l’arrivée imminente de systèmes capables d’égaler les performances humaines dans de nombreuses tâches professionnelles. Des millions d’emplois de bureau pourraient être automatisés dans les mois ou années à venir.
De son côté, Dario Amodei, patron d’Anthropic, parle d’un « choc douloureux » pour le marché du travail et redoute l’émergence d’IA autonomes difficiles à contrôler.
Clair-obscur
Mais ces mises en garde contrastent avec la réalité des annonces faites sur place. En effet, Microsoft prévoit jusqu’à 50 milliards de dollars d’investissements d’ici la fin de la décennie pour développer ses infrastructures et former des talents en Inde. Google a promis 15 milliards supplémentaires, notamment pour renforcer les capacités de transmission numérique entre les États-Unis et l’Inde. Amazon Web Services a confirmé un plan pouvant atteindre 35 milliards de dollars d’ici 2030 pour ses infrastructures Cloud et ses projets liés à l’IA.
Dans le même temps, OpenAI met en avant la croissance fulgurante de ChatGPT en Inde, avec plus de 100 millions d’utilisateurs hebdomadaires.
Le constat est brutal : jamais les dirigeants de la Tech n’ont autant alerté sur les dangers de leur propre technologie. Et jamais ils n’ont investi autant pour en accélérer l’expansion. Entre urgence réglementaire, course à la puissance de calcul et rivalités internationales, l’IA apparaît à la fois comme une promesse et comme un risque systémique. La question n’est plus de savoir si elle transformera le monde, mais à quelle vitesse – et à quel prix.
Dans le contexte mondial actuel, il est difficile de répondre à cette question, tant la domination des pays se mesure désormais par puissance de leurs technologies. Et en la matière, les Occidentaux ne sont plus seuls maîtres à bord, il faudra maintenant compter avec les Chinois et les Indiens essentiellement, sans oublier les Turcs…
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