LâarmĂ©e soudanaise menĂ©e par Abdelfattah Al-Burhan a pu aprĂšs deux ans dâune atroce guerre civile reprendre le contrĂŽle de Khartoum et des institutions officielles Ă leur tĂȘte le Palais prĂ©sidentiel mĂȘme sâil reste quelques poches Ă reconquĂ©rir dans la capitale. Un revirement de taille car lâarmĂ©e soudanaise revient de loin. Il nây a pas encore longtemps, elle essuyait dĂ©faite sur dĂ©faite et les Forces dâintervention rapide, la milice menĂ©e par Mohamed Hamdan Daglo, Ă©taient en position de force.
Imed Bahri
Que la capitale revienne dans le giron de lâarmĂ©e est une bonne chose cependant le spectre dâune nouvelle scission du pays pointe de nouveau. AprĂšs le sud perdu Ă lâĂ©poque dâOmar Hassan El-Bechir, voilĂ quâaujourdâhui le Darfour, fief de Daglo, pourrait ne plus faire partie du Soudan.
Le Financial Times (FT) a rapportĂ© dans une enquĂȘte de William Wallis que la bataille actuelle pour la capitale soudanaise Khartoum indique que la fin de la guerre civile au Soudan pointe. La guerre est revenue lĂ oĂč elle a commencĂ© en lâoccurrence dans le cĆur de la capitale.
AprĂšs des jours dâaffrontements, les forces fidĂšles au prĂ©sident de facto, le gĂ©nĂ©ral Abdelfattah Al-Burhan, ont repris vendredi le palais prĂ©sidentiel Ă leurs anciens alliĂ©s des Forces de soutien rapide, une organisation paramilitaire. LâarmĂ©e soudanaise a Ă©galement repris le contrĂŽle dâautres bĂątiments officiels dont la banque centrale marquant un tournant potentiel dans la guerre.
La reprise du Palais prĂ©sidentiel marque lâaboutissement de plusieurs mois de changements dĂ©cisifs dans lâĂ©quilibre de la guerre civile en faveur de lâarmĂ©e soudanaise. Si lâarmĂ©e parvient Ă consolider son contrĂŽle sur Khartoum, cela permettra au gĂ©nĂ©ral Al-Burhan de nommer un gouvernement de transition et de tenter dâobtenir une plus grande reconnaissance internationale.
Le risque dâune partition de facto
Cependant, le FT affirme que les rĂ©cents dĂ©veloppements reprĂ©sentent un moment trĂšs dangereux pour le Soudan et le gĂ©nĂ©ral Al-Burhan lui-mĂȘme car la victoire des Forces de soutien rapide ce week-end dans la rĂ©gion occidentale du Darfour met en Ă©vidence le risque dâune partition de facto. «La valeur symbolique et lâĂ©lan politique que lâarmĂ©e pourrait gagner en reprenant le contrĂŽle de la capitale sont importants» , a dĂ©clarĂ© Suleiman Baldo, expert en rĂ©solution des conflits et directeur du Centre de recherche sur la transparence et les politiques au Soudan.
Des soldats ont Ă©tĂ© vus en train de cĂ©lĂ©brer lâĂ©vĂ©nement devant des vitres brisĂ©es et des entrĂ©es de bĂątiments incendiĂ©es rĂ©vĂ©lant le terrible impact sur la capitale. «Il nây a plus rien vers quoi les gens puissent retourner» , a ajoutĂ© Baldo.
La guerre a Ă©clatĂ© au Soudan Ă la mi-avril 2023 dans la capitale Ă la suite dâune lutte de pouvoir entre lâarmĂ©e soudanaise et le commandant des Forces de soutien rapide, Mohamed Hamdan Daglo communĂ©ment appelĂ© Hemetti, accusĂ© par les Ătats-Unis de gĂ©nocide au Darfour.
Avant la confrontation militaire entre les deux camps, ces derniers sâĂ©taient unis pour renverser le gouvernement de transition formĂ© aprĂšs la chute du rĂ©gime dâOmar Hassan El-Bechir en 2019. Au cours des premiers mois de la guerre, lâarmĂ©e soudanaise a subi dĂ©faite sur dĂ©faite dĂ©plaçant finalement son centre de commandement Ă Port-Soudan sur la mer Rouge. Mais depuis septembre dernier, lâarmĂ©e a repris de vastes Ă©tendues de territoire et la majeure partie de la capitale. Un vrai revirement de situation.
Les combats loin dâĂȘtre terminĂ©s
Le FT considĂšre que les facteurs qui ont fait pencher la balance en faveur des forces armĂ©es soudanaises comprenaient le soutien quâelles ont reçu des brigades islamistes, la rĂ©ception par lâarmĂ©e de fournitures dâarmes lourdes, la dĂ©fection de bataillons au sein des Forces de soutien rapide et le dĂ©clin du moral de leurs combattants.
Cameron Hudson, expert de la Corne de lâAfrique et chercheur principal au sein du programme Afrique du Centre dâĂ©tudes stratĂ©giques et internationales de Washington, commente: «Ils ont remarquablement bien rĂ©armĂ© leurs forces aĂ©riennes en les rĂ©approvisionnant avec des drones turcs et des avions de chasse chinois et russes. ParallĂšlement, les Forces de soutien rapide ont peinĂ© Ă maintenir leurs lignes dâapprovisionnement en provenance des Ămiratis via le Tchad et la Libye» .
Cependant, les combats Ă Khartoum sont loin dâĂȘtre terminĂ©s. Une attaque des Forces de soutien rapide vendredi a tuĂ© un porte-parole de lâarmĂ©e et des soldats au Palais prĂ©sidentiel tandis que la rĂ©sistance se poursuit dans certaines parties du sud de la capitale. Les forces de soutien ont pris le contrĂŽle dâun avant-poste dans le dĂ©sert du Nord-Darfour coupant lâapprovisionnement de lâarmĂ©e Ă la ville assiĂ©gĂ©e dâEl Fasher soulignant la difficultĂ© Ă laquelle les dirigeants soudanais seront confrontĂ©s pour unifier le pays.
«Si lâarmĂ©e reprend le contrĂŽle de tout Khartoum, ce nâest pas forcĂ©ment de bon augure pour lâavenir du Soudan car elle ne se soucie pas du Darfour» , a dĂ©clarĂ© Nour Babiker, un homme politique soudanais du Parti du CongrĂšs vivant en exil. Il a exprimĂ© des inquiĂ©tudes quant Ă la rĂ©ticence ou lâincapacitĂ© de lâarmĂ©e Ă poursuivre les combats dans les provinces occidentales aprĂšs la prise de Khartoum. La motivation des forces armĂ©es soudanaises Ă nĂ©gocier pourrait diminuer augmentant ainsi le risque que le pays reste divisĂ©. LâavancĂ©e de lâarmĂ©e sur Khartoum est un moment dangereux pour les civils. Plus de 12 millions des 50 millions dâhabitants du Soudan ont Ă©tĂ© dĂ©placĂ©s par la guerre et la famine se propage dans certaines rĂ©gions.
Une capitale vidée de ses habitants
Les deux camps ont commis des atrocitĂ©s. Ces derniers mois, les forces armĂ©es soudanaises et leurs milices alliĂ©es ont Ă©tĂ© accusĂ©es dâavoir commis des assassinats ethniques ciblĂ©s dans les zones reconquises. Les Forces de soutien rapide, issues des milices arabes Janjaweed accusĂ©es de crimes de guerre lors des prĂ©cĂ©dentes guerres du Darfour, ont infligĂ© de lourdes pertes lors de leur retrait. «Câest leur habitude de se venger des habitants lorsquâils se retirent» , a dĂ©clarĂ© Hudson.
Le dĂ©fi immĂ©diat auquel est confrontĂ© le gĂ©nĂ©ral Al-Burhan est de rĂ©tablir lâordre et les services dans une ville vidĂ©e de ses habitants et dâassurer lâapprovisionnement en nourriture, en eau et autres produits de premiĂšre nĂ©cessitĂ© Ă mesure que les rĂ©sidents dĂ©placĂ©s commencent Ă revenir. Lâautre dilemme rĂ©side dans la nĂ©cessitĂ© de regagner le soutien international nĂ©cessaire Ă la reconstruction tout en maintenant la cohĂ©sion de toutes les forces disparates sous sa banniĂšre.
Les rĂ©centes victoires dâAl-Burhan nâauraient pas Ă©tĂ© possibles sans le soutien des partisans islamistes de lâancien rĂ©gime qui continuent de bĂ©nĂ©ficier du soutien de certains segments de la population. Cependant, ni les gouvernements occidentaux ni les alliĂ©s des forces armĂ©es soudanaises au Moyen-Orient, lâĂgypte et lâArabie saoudite, ne souhaitent leur retour au pouvoir. En mĂȘme temps, les rejeter pourrait entraĂźner une rĂ©action violente.
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