Le professeur d’économie à l’Université de Tunis, Ridha Chkandali, a indiqué, ce jeudi 3 avril 2025, que les nouvelles taxes douanières imposées par le président américain Donald Trump sur les importations en provenance de divers pays, dans le cadre de la guerre commerciale menée par les États-Unis, auront des répercussions significatives sur l’inflation mondiale, y compris en Tunisie.
Selon Chkandali, ces mesures devraient non seulement faire grimper le taux d’inflation aux États-Unis, mais aussi dans d’autres régions du monde, incitant ainsi les banques centrales à adopter une politique monétaire plus prudente, après l’avoir abandonnée ces deux dernières années.
Dans une déclaration accordée à Mosaïque Fm, l’économiste prévoit que cette guerre commerciale incitera les banques centrales, y compris la Banque centrale de Tunisie, à augmenter leurs taux directeurs afin de juguler l’inflation, ce qui pourrait avoir des répercussions inflationnistes dans le pays. Selon lui, cela pourrait contraindre la Banque centrale tunisienne à revenir à une politique monétaire restrictive et à relever à nouveau le taux directeur.
Les nouvelles taxes douanières, qui s’élèvent à 28 % pour la Tunisie, auront également un impact sur les équilibres financiers extérieurs du pays, en particulier sur le déficit commercial et les réserves de devises. “Bien que les exportations tunisiennes vers les États-Unis ne représentent qu’environ 10 % du total des exportations, ces nouvelles taxes risquent d’aggraver la situation économique actuelle de la Tunisie, qui fait face à de grandes difficultés pour mobiliser des ressources en devises”, a-t-il encore précisé.
Le textile, l’huile d’olive et les dattes particulièrement affectés
Sur le plan sectoriel, Ridha Chkandali a mis en évidence que la Tunisie exporte principalement des produits tels que les dattes, l’huile d’olive, ainsi que des produits textiles et de cuir vers les États-Unis. L’introduction de ces nouvelles taxes pourrait nuire à la compétitivité de ces secteurs, réduisant leur capacité à maintenir ou à augmenter leurs exportations vers le marché américain. Selon lui, certains investisseurs étrangers, notamment dans le secteur du textile, pourraient envisager de se tourner vers des marchés plus compétitifs, comme le Maroc, où les taxes douanières sont moins élevées (environ 10 %).
Finalement et non moins important, Ridha Chkandali a suggéré que la politique commerciale américaine pourrait redéfinir la carte des investissements directs étrangers. Il a exprimé la possibilité que des investisseurs américains reviennent dans leur pays pour rester compétitifs sur les marchés mondiaux, ce qui entraînerait un bouleversement dans les flux d’investissements internationaux.