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Tunisie : 930 hectares traités contre les criquets pèlerins, bilan à ce jour 

Les opérations de surveillance, de détection et d’intervention contre les groupes de criquets pèlerins dans le sud de la Tunisie (Tataouine, Médenine, Kebili, Tozeur et Gabès) se poursuivent avec succès. À ce jour, la superficie totale traitée atteint 930 hectares, selon un communiqué du ministère de l’Agriculture.

Les actions de lutte se sont réparties entre des traitements terrestres sur une surface de 635 hectares, dont 30 hectares traités avec un pesticide biologique dans des zones écologiquement sensibles, telles que la réserve de Sidi Toui, située dans le gouvernorat de Médenine. Par ailleurs, un traitement aérien a été effectué sur 295 hectares dans le gouvernorat de Tataouine, à l’aide d’un hélicoptère de la Société nationale de protection des végétaux.

Le communiqué souligne que les équipes de traitement sur le terrain, issues des délégations régionales du développement agricole des zones concernées, ont bénéficié du soutien de groupes multidisciplinaires, composés de diverses structures régionales et locales. Ces équipes ont mis en place une coordination efficace pour lutter contre cette menace transfrontalière.

Les équipes de surveillance et de suivi continueront leurs efforts de manière assidue, afin d’anticiper et de contenir les déplacements de cette infestation. Ces interventions régulières visent à limiter la prolifération et la propagation des criquets pèlerins, garantissant ainsi la préservation des zones agricoles vulnérables et des écosystèmes locaux.

Deux jours sans voitures à l’avenue Bourguiba : La capitale se prépare à un week-end sans pollution

Une réunion de travail préparatoire s’est tenue récemment au siège du gouvernorat de Tunis, sous la présidence de Imad Boukhreis, gouverneur de Tunis, en vue de la préparation de la deuxième édition de l’événement « Deux jours sans voitures ». Cet événement, destiné à promouvoir la mobilité durable et à sensibiliser la population à la pollution urbaine, se déroulera les 5 et 6 avril prochains sur l’avenue Habib Bourguiba, au cœur de la capitale.

Lors de cette rencontre, le gouverneur de Tunis a exprimé ses remerciements aux différents acteurs impliqués dans la réussite de la première édition de l’événement, qui a rencontré un franc succès. Il a également souligné l’importance de renouveler cet effort pour offrir aux citoyens un moment de répit et de découverte dans un espace public libéré du trafic automobile. À cette occasion, des certificats de remerciement et de reconnaissance ont été remis aux organisateurs pour leur contribution à la réussite de l’édition précédente.

La réunion a réuni plusieurs responsables, dont Khouloud El Hechri, première adjointe au gouverneur, le secrétaire général de la municipalité de Tunis, ainsi que les directeurs et délégués régionaux des ministères de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, du Tourisme et de l’Éducation. Les services de sécurité étaient également représentés par la Direction de la police de la circulation et la région de la sécurité nationale de Tunis, en collaboration avec le président du comité organisateur du Salon du livre de Tunis.

Cette réunion avait pour objectif de coordonner les actions logistiques, sécuritaires et de communication pour assurer le bon déroulement de l’événement, tout en garantissant la sécurité et le confort des participants. L’événement, qui a pour but de redonner l’espace public aux citoyens, s’inscrit dans une démarche de transition écologique et de réflexion sur les alternatives à la voiture en ville.

Trois frères perdent la vie dans une collision avec un train à Monastir 

Un tragique accident a coûté la vie à trois frères, ce dimanche après-midi, sur le tronçon ferroviaire reliant Monastir à Manzel Kamel El Borjine. Selon les autorités, un train a percuté une voiture particulière, entraînant la mort immédiate de deux des victimes et la blessure grave du troisième. Ce dernier a succombé à ses blessures peu après l’accident à l’hôpital régional de Msaken.

Les corps des victimes ont été transférés à la morgue pour les besoins de l’autopsie. Une enquête judiciaire a été ouverte par les autorités compétentes pour déterminer les circonstances exactes de cet accident. Les services de secours et la police sont intervenus rapidement sur place.

Cet accident tragique a profondément choqué la communauté locale. Les autorités appellent à la prudence et à la vigilance sur les passages à niveau, notamment dans cette zone souvent fréquentée par des véhicules.

 

 

Les Bardolais entre espoirs et regrets : Le Stade en mode escalade

Rattraper le temps perdu et espérer une bonne fin de saison, c’est ce qui intéresse Khatoui et ses équipiers. Le coup est jouable si l’ensemble du groupe se met corps et âme avec un mental de gagneur. 

Après avoir pris du galon la saison passée, le Stade n’a pas franchi un nouveau palier cette saison avec un début de parcours fulgurant, puis des résultats inconstants et enfin un cycle démotivant, surtout pour ses fans. Qu’à cela ne tienne, la saison est loin d’avoir livré tous ses secrets et les Bardolais peuvent encore sauver la face cette saison, s’ils valident jusqu’au bout, tout en espérant un essoufflement de leurs devanciers.

Aujourd’hui, l’objectif pour Chokri Khatoui et son groupe sera de tout faire pour accrocher une place d’accessit, que ce soit par le biais du gain de la Coupe de Tunisie, là où le Stade pourrait ainsi se succéder à lui-même, ou en atteignant le podium au prix d’un sacré concours de circonstances. Voici venu le temps pour le Stade d’être confronté à la réalité, l’évidence, la vérité crue avec son lot d’incertitudes. En clair, le Stade est à une période charnière de sa saison et il devra cravacher dur, se donner du mal et mettre les bouchées doubles s’il veut tordre le cou à la réalité.

Tenter de goûter encore une fois à une compétition continentale l’an prochain, Chokri Khatoui y pense forcément puisque c’est l’objectif assigné par ses employeurs. Et pour ce faire, il devra tout d’abord battre l’OSB en 1/16es de Coupe, histoire de propulser son ambition dans cette compétition, puis valider à la réception du CSS le samedi 12 du même mois, tout en espérant que le duel à distance avec ses concurrents le servira plus tard.

Pas de références, mais des valeurs sûres

A ce stade de la compétition, le ST s’attendait à faire partie du quartette de tête vu ce qu’il a proposé en termes de production d’ensemble en amont. Sauf que le championnat est une compétition sportive de longue durée, qui s’étale sur toute la longueur d’une saison, qui pénalise les clubs à bout de souffle et qui rend justice aux marathoniens.

Sincèrement, d’aucuns ne s’attendaient à une chute d’ambition stadiste, car en dépit des départs du gratin de l’équipe, Maher Kanzari a globalement su tirer la quintessence de ses jeunes joueurs, des talents en herbe, tels que Smaali, Khalil Ayari, Sajed Ferchichi, Adem Arous, Ouerghemi et Sadok Kadida. Et puis, sans vraiment disposer de références, le Stade garde des valeurs sûres avec parfois des constantes au niveau des trois lignes de jeu avec les arrières que sont Sahraoui, Laifi et Hedi Khalfa. Les pivots étrangers, en l’occurrence, Mugisha Bonheur et Yussuf Touré. 

Le polyvalent Ousmane Ouattara, les milieux offensifs Amath Ndao et Ghazi Ayadi, ainsi que les attaquants Youssef Saafi et Nacef Atoui. Enfin, pour clore ce passage en revue de l’effectif à disposition de Chokri Khatoui, pour mener sa barque à bon port, il faut bien entendu ménager ses ressources, ses forces. Et c’est là que les alternatives peuvent apporter ce second souffle qui peut radicalement changer la tournure d’un match.

L’on pense à l’axial Agbozo, au jeune latéral gauche Brahima Djité, au tout jeune ailier gauche de 18 ans, Moncef Gharbi, et à l’attaquant Najd Dabbebi. Au Stade, l’ambiance n’est ni rose  ni morose, mais le bilan comptable n’est clairement pas satisfaisant. Et maintenant, quand le « refrain continental » n’est pas près d’être entonné, ni de s’inviter dans l’environnement immédiat du club, ça fait forcément jaser. Aux joueurs à présent de se mobiliser et de lancer en fin de semaine prochaine l’opération séduction.

Prêts pour l’épreuve de vérité : Dernier virage pour la Zliza

Les Gabésiens ont mis les bouchées doubles durant la trêve pour bien négocier et réussir leur fin de parcours.

 La Zliza de Gabès vient d’engager l’entraîneur Tarek Jarraya pour les cinq derniers matches et le dernier virage décisif du championnat. Sa venue a coïncidé avec une remontée du Carrelage à la 13e place avec 20 points après la réclamation contre l’AS Soliman qui lui a permis de gagner deux précieux points sur le tapis. 

« Certes, cet acquis inespéré n’est pas encore définitif pour crier victoire avant le verdict en appel, affirme le nouveau coach des Gabésiens. C’est pourquoi nous devons attendre d’en avoir le cœur net le 8 avril pour savoir ce qui nous attend et bien calculer nos chances de maintien. Mais même avec l’hypothèse que ces deux points seront confirmés, on est loin d’être à l’abri avec les 20 points actuels. Nous avons donc beaucoup à bosser pour réaliser l’objectif maintien ». 

Des matches couperets

la Zliza a disputé deux matches amicaux durant la trêve qui se sont soldés par deux nuls (1 à 1 contre l’équipe voisine de Téboulbou de Gabès et 0-0 contre le SRS ) . « Nous avons choisi deux équipes de division inférieure pour travailler plus les  automatismes et éviter les blessures, poursuit le nouveau coach des Rouge et Noir de Gabès. 

Le match des seizièmes de finale contre Jendouba sera une répétition avant les trois matches à domicile face à l’ESZ, la JSO et le CA, coupés par deux déplacements à haut risque chez les deux concurrents directs pour le maintien, l’USBG et EGSG. Ce sont ces cinq matches de vérité qui sont pour nous plus importants, car ils décideront de notre sort en Ligue 1»

Retour sur la « Hadhra » de Fadhel Jaziri : Un monument intemporel toujours renouvelé

Dès l’entame, la ferveur s’installe. Les « Mounchidin », dos tournés au public, commencent par l’intonation de la « Fatiha », suivie des invocations portées par la voix haute de Samir Ressaissi. Le rythme évolue crescendo et la « Hadhra » prend des allures d’une assemblée où se jouent toutes formes de joie et de tristesse, de bonheur et de mélancolie.

Quoiqu’on dise, la « Hadhra », méga-spectacle musical conçu et mis en scène par Fadhel Jaziri, est un monument intemporel, qui, depuis sa création en 1991, a traversé les générations et est resté intact. Avec toujours le même enthousiasme et la même fougue, le public continue à suivre et à apprécier avec entrain ce « Chghol » (travail) comme aime à le nommer son auteur.

Une représentation a été donnée lors de la nuit du Destin, le 26 mars 2025, au théâtre de l’Opéra à la Cité de la culture. 24 ans sont passés depuis la première représentation de « Hadhra », qui a réuni les cheikhs les plus réputés de l’époque, dont plusieurs ont disparu. Véritable institution, cette manifestation de chants sacrés a fait d’innombrables émules, dont le plus célèbre « Ziara » de Sami Lajmi, copie spectaculaire de son aîné « Hadhra » qui draine aussi les foules par centaines. Mais « Hadhra » mère demeure une authentique création visant à restituer et à restaurer une mémoire musicale qui s’est effilochée avec le temps. 

Recueillir les paroles anciennes, œuvrer à les reconstituer et les habiller d’une musique évolutive et moderne en fusionnant les instruments orientaux, tels que « Bendir », « Tabla » et « Darbouka » avec des instruments occidentaux, à l’instar du saxophone, guitare électrique, piano et batterie, telle a été la tâche de Jaziri qui s’est attelé à faire de son projet une version indémodable.

La version de « Hadhra » proposée à la nuit du Destin est fulgurante de beauté. Une magnifique fiesta de couleurs, de lumière, de chants et de danses mystiques, résultat d’une longue fouille dans les entrailles des confréries de toutes les régions de la Tunisie. Moments impressionnants qui nous font oublier le quotidien harassant et stressant et nous transportent dans un univers de rêve et de quiétude bien que les rythmes soient soutenus.

Dès l’entame, la ferveur s’installe. Les « Mounchidin », dos tournés au public, commencent par l’intonation de la « Fatiha », suivie des invocations portées par la voix haute de Samir Ressaissi. Passé cet instant de recueillement, le rythme évolue crescendo et la « Hadhra » prend des allures d’une assemblée où se jouent toutes formes de joie et de tristesse, de bonheur et de mélancolie soutenues par les voix puissantes représentant différentes tonalités de chants réinventés.

Il s’agit là d’une démonstration sans faille d’un patrimoine séculaire titillé par des touches de modernité tant sur le plan instrumental que des costumes et des transes en vue d’orchestrer une symphonie nouvelle créant une parfaite alchimie entre le passé et le présent. Deux heures de chants, de musique et de tableaux chorégraphiques sur les différents paliers de la scène du théâtre de l’Opéra jamais autant exploitée auparavant. 

Les youyous, les ovations et les cris de joie fusaient de partout dans la salle à chaque passage de chaque chant appris par cœur au fil des générations : « Fogra », « Rais Labhar », « Béni Meriem », « Fares Baghdad » ou encore « Ellil Zahi », ce dernier est le seul chant interprété par un ensemble de voix féminines, ont été ravivés par les voix de Haythem Lahdhiri, Yahia Jaziri, Mondher Ahouri, Houssem Ben Moussa, Oussema Nabli et d’autres qui ont réussi à insuffler une nouvelle vie à ces invocations mystiques auxquelles participent les effluves d’encens et les étendards déployés au cours du spectacle. Toujours aussi belle et surprenante, la « Hadhra » de Fadhel Jaziri demeurera comme une création originelle qui ne s’épuise jamais.

Vient de paraître – « En veux-tu ? En voilà ! » Et « Entretien avec l’intelligence artificielle » de Hichem Ben Ammar : Ou comment titiller deux instruments

A la manière de Queneau, l’auteur s’amuse dans « En-veux tu? En voilà » à la pratiquer d’une manière insolite en faisant, entre autres, appel aux paréchèmes où l’on se joue à rapprocher excessivement de syllabes identiques dans des mots successifs (allitérations et assonances). 

Deux nouveaux ouvrages signés par le poète et cinéaste tunisien Hichem Ben Ammar viennent de paraître et sont actuellement disponibles dans les librairies. Il s’agit d’un recueil de poèmes intitulé  «En veux-tu ? En voilà!» (Contraste Éditions) et «Entretien avec l’intelligence artificielle» (Sud Éditions), une réflexion insolite sur l’acte d’écrire et ses défis actuels.

Les deux opus ont été présentés par leur auteur, le 21 mars dernier, à l’occasion de la Journée mondiale de la poésie, lors d’une rencontre au palais de l’Académie tunisienne des sciences, des lettres et des arts «Beït el-Hikma». L’événement a réuni des scientifiques, des artistes et des universitaires qui ont débattu de l’avenir de la poésie et de la créativité artistique, à l’ère de l’Intelligence artificielle.

Le titre du premier livre «En veux-tu? En voilà! Paréchèmes par Hichem», Hichem Ben Ammar le puise dans la pensée de Raymond Queneau (1903-1976), un romancier, poète, dramaturge français, cofondateur avec le mathématicien François Le Lionnais du groupe littéraire Oulipo (L’Ouvroir de littérature potentielle), où l’on œuvrait à dénicher de nouvelles potentialités du langage et de l’expression à travers des jeux d’écriture.

Le groupe s’est fait connaître par ses défis mathématiques imposés à la langue, obligeant à des astuces créatives. Sa manière d’aborder la langue était fondée sur le principe que «la contrainte provoque et incite à la recherche de solutions originales et où il fallait déjouer les habitudes pour atteindre la nouveauté». Les membres de l’Oulipo se réunissaient une fois par mois pour réfléchir autour des notions de «contrainte» de «littérature potentielle», et tenter ainsi de produire de nouvelles structures destinées à encourager la création. Entre autres œuvres connues et publiées par des oulipiens figurent «Cent mille milliards de poèmes» de Raymond Queneau, «La Vie mode d’emploi» de Georges Perec et «Si par une nuit d’hiver un voyageur» d’Italo Calvino.

Parmi ces restrictions langagière et formelle utilisées, Hichem Ben Ammar cite comme exemples le lipogramme (où l’auteur s’interdit d’utiliser une lettre de l’alphabet…) ou encore le palindrome. Il s’agit comme il l’explique de fabriquer son propre labyrinthe et tenter d’en sortir. Et c’est ce à quoi il s’est adonné dans son ouvrage où il expérimente ces jeux et cette manière particulière d’aborder la langue française.  

A la manière de Queneau, l’auteur s’amuse dans «En-veux tu? En voilà» à la pratiquer d’une manière insolite en faisant, entre autres, appel aux paréchèmes où l’on se joue à rapprocher excessivement de syllabes identiques dans des mots successifs (allitérations et assonances).

Dans son deuxième opus «Entretien avec l’intelligence artificielle», il questionne d’une manière ludique le rôle de l’auteur à l’ère de l’intelligence artificielle. Il s’y interroge en tant que simple usager sur le code éthique qu’on propose et sur le mode d’emploi que l’on devrait mettre en place pour bien employer cet instrument et ne pas en être dépendant, voire happé.  

Hichem Ben Ammar établit dans ce livre un parallèle avec la figure du Jin, car, comme il le note, avec l’IA, on pose des questions en donnant des consignes et «elle» nous renvoie des réponses à une vitesse fulgurante. Dans son entretien avec la machine, il part du principe qu’elle aspire à devenir humaine et lui attribue ce désir, une idée à laquelle il s’est dit s’être obstiné pour pousser son «interlocutrice» dans ses retranchements en stipulant qu’elle est en concurrence avec nous, et d’avoir en retour des réactions troublantes.  

Un rapport qui peut vite devenir addictif, souligne l’auteur qui dit s’être retrouvé à passer une dizaine d’heures devant son ordinateur. Ces échanges, il les a peaufinés en maîtrisant avec le temps un peu plus l’instrument pour les structurer en chapitres avec l’idée de les présenter au public «comme une sorte d’appel citoyen à l’utilisation de la machine», comme il le note.

Chaque chapitre aborde une thématique avec un fil d’Ariane reliant le tout. «J’ai opéré comme pour mes autres interviews, en essayant de problématiser et en poussant mon interlocuteur à se révéler et à s’expliquer parce que j’estime qu’à ce rythme, l’on va au-devant d’une forme de servitude», souligne Hichem Ben Ammar.    

Chroniques de la Byrsa : La cause de Carthage à l’épreuve de la Justice

 Au lendemain du congé de l’aïd, jeudi 3 avril prochain, un collectif d’avocats (bénévoles), conduit par Me Imed Ben Halima, introduira auprès du procureur de la République du tribunal de Première Instance de Tunis au nom de l’association « les Amis de Carthage » une plainte pour non-exécution d’un ordre d’évacuation et occupation illégale d’un terrain archéologique situé sur la commune de Carthage.

Cette plainte vise, bien entendu, l’occupant d’un terrain classé archéologique attesté après enquête bien domanial par la direction régionale des Biens de l’Etat. Cet occupant a non seulement refusé de se conformer à l’ordre d’évacuation émis par le gouverneur de Tunis mais s’est même empressé de rétablir la clôture qu’il avait érigée après sa destruction par l’autorité publique. 

La plainte vise également les secrétaires généraux qui se sont succédé à la mairie de Carthage depuis le 14 janvier 2011 ainsi que les deux « délégations spéciales » qui y ont remplacé les conseils municipaux, la maire de la localité à partir de 2018,les délégués et les cinq gouverneurs qui ont présidé l’administration locale et régionale depuis la Révolution.

Cette action s’explique par les différentes démarches entreprises en vain par l’association depuis une dizaine d’années auprès de ces diverses instances pour attirer leur attention sur la gravité de cette transgression de la loi sur la protection des biens domaniaux et du patrimoine archéologique.

Le terrain d’environ un hectare et demi a été aménagé en parc de loisirs par son occupant, désigné par ses adversaires, par « le nouvel empereur de Carthage ». Toutefois il ne semble pas avoir été mis en service, son accès ayant été jusqu’ici interdit par une forte clôture d’épineux et défendu d’accès par des chiens malinois. C’est cet « obstacle » qui est évoqué pour expliquer le non-aboutissement des démarches de l’association auprès des différentes instances, en particulier la mairie et l’Institut national du Patrimoine (INP). 

Quoi qu’il en soit, la Justice dira son mot suite à la plainte qui sera déposée jeudi prochain. Après, chacun saura à quoi s’en tenir. En attendant, il est sain que l’association des Amis de Carthage ait entrepris une telle démarche. Ceux qui seront à l’avenir tentés de faire fi de la loi réglementant le foncier et l’aménagement urbain dans le périmètre carthaginois auront été prévenus que, même par temps de permissivité, il est des vigiles qui veillent et qui défendront bec et ongles l’intégrité de l’héritage sacré légué par les ancêtres et que, tôt ou tard, ils seront rattrapés par leurs méfaits.

Marché publicitaire tunisien : Le secteur espère une embellie 

Les publicitaires et agences de communication font du mois de Ramadan leurs choux gras. Cependant, pendant des années, cette règle a connu des exceptions suite à la crise   économique, l’instabilité politique de la décennie post-révolution… Après 2011, le marché publicitaire a été frappé de plein fouet à plusieurs reprises, notamment après la crise du Covid. Le retour en force des spots publicitaires télévisés, cette année, marque, selon les professionnels, une certaine reprise du secteur. Rencontré lors de la cérémonie de remise des prix « Pub & Co Awards », Hosni Ghariani, publicitaire, nous donne plus de détails.   

 Au fil des années, cela est devenu une tradition : profitant d’un audimat élevé lors de la diffusion des feuilletons ramadanesques, les annonceurs se bousculent pour occuper l’espace publicitaire, notamment sur les chaînes télévisées.

C’est donc pendant ce mois-ci que le marché publicitaire respire.    

Les chiffres le confirment : selon les données du Syndicat des agences de publicités agréées (Sapa), 50 % des investissements publicitaires concernent la télévision, avec un pic marqué durant le mois de Ramadan. Cependant, derrière cette dynamique apparente se cache un marché tunisien structurellement sous-investi, comme l’a révélé une étude réalisée en 2023 par le Pamt2.  

À seulement 6 dollars par habitant (soit environ un tiers des investissements réalisés au Maroc), la faiblesse des investissements publicitaires a déteint sur un secteur qui fonctionne en deçà de son véritable potentiel. Pourtant, il s’agit bien d’un marché générateur d’emplois, puisqu’il emploie directement plus de 6.000 personnes et indirectement environ 12.000 (employés de prestataires externes). De plus, le secteur de la publicité, connu pour être pluridisciplinaire (il comprend plusieurs métiers allant de la création aux achats d’espace, en passant par le conseil et les relations publiques), est considéré comme un secteur à forte valeur ajoutée, car faisant partie de l’industrie créative.

Une évolution en dents de scie

La bonne nouvelle, c’est que cette année a marqué un retour de l’activité du marché, qui commence à reprendre des couleurs après des années de morosité. Rencontré lors de la cérémonie de remise des prix «Pub & Co Awards», organisée récemment par Express FM, Hosni Ghariani, publicitaire, nous a expliqué que l’activité du secteur a été caractérisée par une évolution en dents de scie au cours de ces dernières années. «Cette instabilité est due, notamment, à la succession d’événements qu’a traversés la Tunisie au cours des 20 dernières années.

Ce qui est positif cette année, c’est qu’on a observé un regain d’intérêt pour les publicités télévisées. C’est de bon augure, car cela dénote d’un retour à la consommation», a-t-il affirmé.  

Il ajoute : « À mon sens, l’investissement publicitaire peut être un indicateur de l’activité économique, car il s’agit du premier poste touché lorsque l’économie entre en crise. La présence des spots publicitaires cette année sur les chaînes télévisées donne de l’espoir aux professionnels du secteur. Un espoir tant attendu, surtout après la crise du Covid ».

La publicité digitale, une tendance qui progresse lentement 

Interrogé sur l’état des lieux de la publicité digitale en Tunisie, Ghariani a précisé que cette tendance, bien qu’en train de faire son chemin, n’est pas encore en phase avec ce qui se passe sur d’autres marchés étrangers, où 70 % du marché publicitaire sont orientés vers le digital.  

« La publicité digitale devrait représenter environ 20 % du budget publicitaire. En Tunisie, c’est encore la publicité offline qui domine le marché. On préfère la publicité télévisée, car le taux d’audience est énorme pendant le mois de Ramadan, avec 7 ou 8 millions de téléspectateurs. D’ailleurs, c’est pour cette raison que les budgets publicitaires pour ce mois sont importants », a-t-il précisé. Malgré une part de marché faible, la publicité digitale est en train de percer, car il s’agit d’un modèle qui a fait ses preuves.

«La publicité digitale repose essentiellement sur le ciblage: on cible directement le public concerné. Cela permet une optimisation du budget. On dépense moins d’argent quand on cible un public bien déterminé. La tendance est certes en train de migrer vers le digital, mais pas avec le même rythme de croissance observé au niveau mondial », a-t-il ajouté.

Ce mois de Ramadan, 90 spots publicitaires ont été diffusés sur les chaînes de télévision tunisiennes. Couvrant plusieurs types de produits, allant de l’agroalimentaire aux produits technologiques, en passant par les produits d’hygiène, ces annonces, qui ont émaillé la grille ramadanesque, font désormais partie intégrante de l’offre audiovisuelle de ce mois-ci, avec un contenu fortement créatif.

Le « Green Deal », les lobbies et Omnibus : Une bataille pour l’avenir de l’Europe

Depuis l’annonce du « Green Deal », les lobbies industriels, agricoles et énergétiques ont exercé une influence considérable pour atténuer certaines mesures perçues comme trop contraignantes.

Le « Green Deal » européen, présenté en 2019 par la Commission européenne sous la présidence d’Ursula Von Der Leyen, vise à faire de l’Europe le premier continent climatiquement neutre d’ici 2050. Ce projet ambitieux implique une série de mesures réglementaires et financières destinées à réduire les émissions de gaz à effet de serre, favoriser l’économie circulaire et promouvoir une agriculture plus durable. Toutefois, derrière cette noble ambition, un intense bras de fer oppose les décideurs politiques, les entreprises, les agriculteurs et les lobbies industriels.

L’impact des lobbies sur le « Green Deal »

Depuis l’annonce du « Green Deal », les lobbies industriels, agricoles et énergétiques ont exercé une influence considérable pour atténuer certaines mesures perçues comme trop contraignantes. Le secteur agroalimentaire, notamment, s’est opposé à certaines initiatives comme la réduction des pesticides ou les quotas sur les émissions de méthane dans l’élevage. De grandes multinationales pétrolières et chimiques ont également fait pression pour ralentir ou modifier certaines réglementations sur la transition énergétique et l’économie circulaire.

De l’autre côté, les organisations écologistes et certains eurodéputés tentent de maintenir le cap sur les objectifs initiaux du « Green Deal ». Elles dénoncent les tentatives de dilution des mesures et la captation du débat par des intérêts économiques au détriment de l’intérêt général et des engagements climatiques de l’Union européenne.

Omnibus : un levier pour influer sur les politiques environnementales

Dans ce contexte, la législation « Omnibus », un ensemble de lois européennes visant à simplifier et modifier certaines réglementations existantes, est devenue un champ de bataille stratégique. Ce type de législation permet d’introduire des ajustements dans des domaines aussi variés que l’agriculture, l’énergie ou la fiscalité verte.

Les lobbies utilisent souvent ce véhicule législatif pour introduire discrètement des amendements favorisant leurs intérêts, en contournant les débats publics plus médiatisés sur le « Green Deal ». Par exemple, des clauses sur l’assouplissement des normes environnementales pour les industries lourdes ou l’allègement des obligations de réduction des engrais chimiques ont été intégrées dans certains textes.

Quel avenir pour le « Green Deal » face aux pressions ?

Malgré les résistances, la transition écologique européenne reste en marche. La pression citoyenne, la montée des préoccupations environnementales et les engagements internationaux poussent l’Union européenne à maintenir son cap. Toutefois, le rôle des lobbies et des lois Omnibus dans l’élaboration des politiques environnementales illustre à quel point les ambitions climatiques de l’Europe sont soumises à des forces contradictoires.

Si l’Europe veut réellement atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, elle devra renforcer la transparence des décisions politiques, limiter l’influence des lobbies et s’assurer que des mécanismes comme Omnibus ne servent pas à contourner les engagements écologiques pris devant les citoyens européens.

Le « Green Deal » est donc un test crucial pour la démocratie européenne : sa réussite dépendra de la capacité de l’Union européenne à concilier transition écologique, intérêts économiques et attentes sociétales.

La ligne d’or : « Slow motion », ou l’illusion du prestige en publicité

Et si un effet aussi simple que le « slow motion » (le ralenti)  permettait d’ancrer l’idée d’un produit de luxe chez le consommateur ? C’est en tout cas la thèse défendue par SungJin Jung et David Dubois en 2023, dans un article intitulé « When and how slow motion makes products more luxurious » (Quand et comment le ralenti rend les produits plus luxueux), publié dans le « Journal of Marketing Research ».

Avez-vous déjà remarqué que dans les publicités de luxe on faisait fonctionner les choses au ralenti ? Eh bien, ce n’est pas un hasard. Pour mettre en valeur une montre de luxe, on montre souvent les aiguilles tourner au ralenti, où chaque mouvement est absolument magnifié. Le ralenti met en valeur la précision et le design raffiné de la montre, et crée, au passage, une impression de sophistication et d’élégance. Dans ce type de publicité, le ralenti permet d’imprimer, dans l’esprit du prospect, l’idée que le produit présenté est d’une exception rare, conçu pour être admiré et apprécié dans les moindres détails.

Les chercheurs ont mené une série de 12 expériences,  pour voir « quand et comment » cette stratégie du ralenti produisait les résultats attendus.

Dans la première expérience, 976 participants ont été invités à donner leur avis sur une publicité pour des truffes en chocolat. Pour la moitié d’entre eux la publicité était faite au ralenti comme nous l’avons expliqué plus haut, alors que l’autre moitié avait eu droit à la même publicité, mais avec la vitesse réelle. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le premier groupe a été majoritaire à considérer que la marque était luxueuse, clairement plus que les membres du second groupe. Et selon les résultats du reste des expériences, il n’y a pas que le chocolat qui séduit au ralenti puisque l’expérience a été faite aussi sur des shampooings, de l’eau minérale ou encore du vin.

« Le fait de se sentir immergé dans une publicité vidéo au ralenti amène les spectateurs à anticiper un plus grand plaisir et une plus grande jouissance des éléments liés à ce contenu. En d’autres termes, les spectateurs immergés s’attendent à une plus grande valeur hédonique du produit ou de la marque mise en avant », écrivent les auteurs de l’article. 

Dans leur communication sur l’étude, les auteurs recommandent aux marques d’envisager d’associer des vidéos au ralenti avec des communications encourageant les consommateurs à se faire plaisir, « car activer un objectif de consommation peut augmenter l’attrait du luxe pour les consommateurs et rendre les vidéos au ralenti plus efficaces pour stimuler l’intérêt d’achat ».

Mais l’exercice a ses limites, car toute la stratégie de la marque peut facilement tomber à l’eau si elle déploie  sa publicité dans des zones où la bande passante est faible et où des problèmes techniques liés à internet sont légion. Dans ce cas, une dilution du message et des « bénéfices immersifs du ralenti » peuvent anéantir le concept. 

C’est en tout cas un concept bon marché aussi pour de jeunes marques qui voudraient particulièrement se positionner sur les réseaux sociaux, grâce aux outils technologiques présents dans de nombreux smartphones qui peuvent filmer des vidéos au ralenti en haute définition. Des logiciels, parfois même en libre-service, permettent de faire des montages au ralenti avec élégance et sans se ruiner. 

Tribune : Le contribuable tunisien face aux limites de la vérification fiscale préliminaire

La vérification fiscale préliminaire telle que prévue par l’article 37 du code des droits et des procédures fiscaux est l’une des trois formes de contrôle prévues par ledit code. Elle repose exclusivement sur les informations détenues par l’administration fiscale, sans que celle-ci ne puisse exiger la présentation de documents comptables pour les contribuables soumis à l’obligation de tenir une comptabilité.  

Généralement initiée par une demande de renseignement ou d’éclaircissement, cette vérification vise à résoudre des discordances entre les informations déclarées par le contribuable et celles en possession de l’administration. Cependant, certaines pratiques constatées dans son application posent question et peuvent ébranler le droit de défense des contribuables.

Un détournement de la procédure au détriment du contribuable 

Dans plusieurs cas, l’administration fiscale sollicite des éclaircissements sur des sujets dont la justification repose nécessairement sur des éléments comptables. Par exemple, lorsqu’elle interroge un contribuable sur une marge bénéficiaire jugée anormalement basse par rapport à celle d’autres entreprises similaires, la réponse repose inévitablement sur l’analyse des documents comptables. Or, la vérification fiscale préliminaire ne permet pas à l’administration d’exiger ces documents.

Deux situations en découlent alors :     

•Soit l’administration demande au contribuable de produire ses documents comptables, ce qui constitue un dépassement manifeste des limites de cette procédure.  

•Soit elle refuse d’accepter ces documents en tant que justificatifs, restreignant ainsi le droit du contribuable à se défendre efficacement.

Dans les deux cas, le contribuable se trouve dans une position délicate, face à une administration qui, en contournant le cadre légal, risque de compromettre à la fois ses droits et la validité de la procédure fiscale elle-même. 

Un manque de transparence dans les reconstitutions de revenus

Un autre cas problématique concerne les demandes d’éclaircissements sur les écarts entre le revenu déclaré par le contribuable et celui estimé par l’administration fiscale.

Les courriers adressés par l’administration ne fournissent généralement aucune information sur la méthode de calcul ni sur les données ayant conduit à ces écarts, plaçant ainsi le contribuable dans l’impossibilité de répondre ou de contester efficacement les chiffres avancés. Dans certains cas, l’écart résulte d’une erreur d’un tiers, par exemple lorsqu’un client du contribuable déclare d’une manière erronée ses achats.

Malgré la présentation de pièces justificatives démontrant cette erreur, l’administration persiste parfois à exiger du contribuable qu’il contacte lui-même la partie fautive pour rectifier la déclaration, alors qu’elle dispose des prérogatives nécessaires pour exiger cette correction directement. Une telle approche met en péril le principe d’équité dans le contrôle fiscal.

Vers une refonte nécessaire des dispositions légales

Ces dérives illustrent l’urgence de revoir le cadre juridique encadrant la vérification fiscale préliminaire. Il est essentiel d’y intégrer des garde-fous garantissant :

•Une limitation stricte du champ d’application de cette procédure, afin d’éviter qu’elle ne se substitue abusivement à la vérification fiscale approfondie.      

•Une transparence accrue dans la communication des reconstitutions de revenus, en imposant à l’administration l’obligation de fournir les bases et méthodes de calcul.

•Une responsabilisation de l’administration dans la correction des erreurs déclaratives imputables à des tiers, afin de ne pas faire peser sur le contribuable des obligations qui ne sont pas les siennes.

Certaines décisions de justice ont déjà reconnu l’inadéquation de la vérification fiscale préliminaire dans des situations où elle ne permettait pas d’assurer un contrôle fiscal équitable. Il appartient désormais au législateur de traduire ces principes dans la loi afin de préserver à la fois les droits des contribuables et les intérêts de l’État.

N.B. : L’opinion émise dans cette tribune n’engage que son auteur. Elle est l’expression d’un point de vue personnel.

Délices traditionnelles et arnaques : Ce «hlow» qui fâche !

Certains Tunisiens auraient certainement du mal à oublier les arnaques dont ils ont été victimes durant la période des préparatifs de l’Aïd ! Il faut dire que l’offre en matière de pâtisseries tunisiennes «hlow» n’a jamais été aussi prépondérante et non anarchique, mettant le consommateur dans l’embarras du choix.

Des pâtisseries fraîchement créées ont adhéré au métier, proposant une panoplie de délices traditionnelles raffinées et revisitées, à des prix gonflés. Des ateliers clandestins, montés au sein des maisons par des artisanes-pâtissières en herbe, viennent concurrencer les enseignes certifiées. Mais ce n’est pas tout : des intrus  poussent comme des champignons ! Ils véhiculent leur marchandise via des pages facebook, en prenant soin d’afficher des photos dérobées de «hlow» authentique et appétissant, qu’ils vendent à des prix fortement concurrentiels. 

Face à tant de propositions, bon nombre de consommateurs croient utile de tirer la balance vers les produits bon marché. Et loin de faire de bonnes affaires en cette période de grandes dépenses, ils se font arnaquer par des fraudeurs opportunistes, en quête d’argent facile…

Rapport qualité-prix dites-vous ?

Nul ne doute du déficit du contrôle économique dans un domaine d’activité en plein essor. Les agents spécialisés sont dans l’incapacité d’assurer le contrôle de toutes les enseignes et de tous les points de vente du «hlow», ce qui est parfaitement compréhensible. Les actions du contrôle sont, de surcroît, inexistantes pour le commerce en ligne, lequel peut être, d’ailleurs, considéré comme un commerce parallèle de grande envergure…

D’un autre côté, la cherté de la matière première semble être l’alibi des commerçants, sous prétexte duquel ils procèdent à l’augmentation des prix sans hésitation ni regret aucun. Aussi pour faire l’acquisition du «hlow», les Tunisiens cernent-ils mal le rapport qualité-prix. «Il faut se rappeler une règle bien définie : le prix d’un produit fini commercialisé est, systématiquement, le double de son coût.

Autrement dit, les pâtissiers qui proposent des délices traditionnelles à une telle somme ont, tout bonnement, dépensé seulement 50% du prix fixé pour préparer le produit fini», explique M. Lotfi Riahi, président de l’Organisation tunisienne pour informer le consommateur (Otic).

La ruse des fraudeurs

Outre l’avidité et l’insouciance quant au pouvoir d’achat des Tunisiens, certains recourent aux différentes formules d’arnaques et ce, afin de dépenser moins et de gagner plus. Ainsi, des cacahouètes sont utilisées pour les pâtisseries censées être en amandes, des petits pois séchés et moulus sont ajoutés aux préparations de pistache, sans oublier l’utilisation excessive de sirop de sucre pour augmenter le poids du hlow; autant d’astuces malsaines qui dénotent des ruses des fraudeurs pour voir leurs commerces prospérer, au détriment du droit du consommateur. «Certains Tunisiens excellent dans tout ce qui a trait à la fraude.

Pourtant, dans ce commerce tout comme dans d’autres encore, le contrat de confiance entre le commerçant et le client devrait être la devise», ajoute M. Riahi. Il ne manque pas d’attirer l’attention aussi sur l’absence de certification et de l’indication de la composition de tels produits, ce qui rend difficile la vérification de sa conformité — ou non — aux normes. Ces dernières sont certes, établies suivant la nature des ingrédients utilisés.  Pour les délices à base d’amande, par exemple, il est clair qu’elles doivent être préparées essentiellement à base de ce fruit sec en particulier. Or, ce n’est pas toujours évident !

Exigez la facture !

«L’Instance nationale du contrôle sanitaire des produits alimentaires procède, à la demande, au contrôle des pâtisseries via les laboratoires homologués », indique-t-il. Certes, mais pour protéger son droit à la transparence commerciale et prévenir toute arnaque, le consommateur est appelé à faire preuve de vigilance. «Si monsieur tout-le-monde dispose de la possibilité de produire et de vendre ses produits en ligne, autant exiger une facture, laquelle sera l’unique garant de son droit à la transparence commerciale.

D’ailleurs, poursuit le président de l’Otic, cela va du devoir du livreur de fournir, infailliblement, une facture au client et de s’abstenir de livrer un colis qui ne mentionne pas, noir sur blanc, le nom de l’enseigne, l’adresse et le numéro de téléphone du commerçant». M. Riahi rappelle que le «hlow» préparé chez soi, par les ménagères, s’avère être sûr : la qualité des ingrédients est infaillible et le prix, nettement moins salé !

Ramadan : On a tout fait pour éviter la pénurie alimentaire, mais pas le gaspillage

On peut se réjouir que notre pays n’ait pas connu de pénurie durant ce mois de Ramadan, avec une disponibilité généralisée des produits de première nécessité. Cependant, et comme à l’accoutumée, les pertes et le gaspillage alimentaires étaient au rendez-vous. 

La lutte contre le gaspillage alimentaire implique l’intervention de plusieurs parties dont, nécessairement, les municipalités. C’est un maillon incontournable de la chaîne de cette lutte, a souligné Zoubeir Rabah, directeur des études et enquêtes, à l’Institut national de la consommation, lors d’un débat en ligne organisé par la Fédération nationale des communes tunisiennes (Fnct) durant ce mois de ramadan, auquel ont pris part Fatma Bouallagui, représentante de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture en Tunisie (FAO), et deux représentants des communes qui ont adhéré à des projets pilotes supervisés par cet organisme onusien, visant la réduction des pertes et du gaspillage alimentaires, à savoir celles de Tunis et de La Goulette.

Le gaspillage du pain, une habitude à bannir

Le phénomène du gaspillage alimentaire est observé partout dans le monde. «Chaque année, environ un milliard de tonnes de nourriture est perdu ou gaspillé. Le gaspillage alimentaire est d’abord un problème mondial qui est présent tout au long de la chaîne de production, mais il est surtout présent au sein des ménages».

Il est responsable d’une partie non négligeable des gaz à effet de serre émis par le système alimentaire dans le monde, et constitue par conséquent un fléau dévastateur pour l’environnement. Un constat sur lequel certains départements ministériels doivent se pencher, d’autant que le problème de la pollution a été le plus souvent pointé du doigt par le Président de la République.

S’arrêtant brièvement sur les statistiques se rapportant au gaspillage, Zoubeir Rabah a expliqué que ce phénomène a pris de l’ampleur à partir de 2014. Le gaspillage du pain a atteint 102 mille tonnes par an, soit l’équivalent de 900 mille pains par jour, soit une valeur de 300 milledinars, soit 100 millions de dinars par an, selon les statistiques dévoilées par l’Institut national de la consommation (INC), publiées dans une étude remontant à 2016. Il rappelle à ce titre qu’une stratégie nationale pour la réduction du gaspillage de pain a été élaborée dans le cadre du projet de la FAO visant à réduire le gaspillage alimentaire.

L’organisation en question a même assuré, en février 2019, en partenariat avec le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, et l’INC, une formation au profit de 60 enseignants des écoles et lycées autour des bonnes pratiques de réduction du gaspillage alimentaire (pain et produits laitiers). Ces activités entrent dans le cadre de l’exécution du projet lancé en 2016 par la FAO suite à des études qui ont permis d’estimer le gaspillage et les pertes aux niveaux des filières lait et céréales et d’identifier leurs causes et ont mis en évidence les priorités stratégiques en Tunisie.

Le point de départ du projet était les données statistiques alarmantes sur la proportion des pertes et gaspillage alimentaires qui s’élevait à environ 200 kg par personne par an dans la région Mena. Parmi les objectifs de ce projet, l’amélioration de la sécurité alimentaire et la réduction des impacts négatifs des pertes et gaspillages alimentaires sur les ressources naturelles.

Une nouvelle stratégie contre le gaspillage alimentaire à l’étude

La stratégie nationale pour la réduction du gaspillage de pain s’est principalement concentrée sur la communication, la sensibilisation et la formation des représentants de la société civile, mais elle n’a pas abouti à des résultats concrets sur le terrain, regrette Zoubeir Rabah.  Mais l’échec pourrait aussi provenir de la non-implication des municipalités dans cette stratégie qui s’apparente beaucoup plus à un pacte non contraignant, rien de plus.

C’est d’ailleurs pour cette raison que Rabah n’a pas manqué de souligner l’importance de l’implication, dorénavant, de la Fnct dans le processus de lutte contre ce phénomène.  La représentante de cette instance onusienne, Fatma Bouallagui, a d’ailleurs mis en avant, lors de son intervention dans le cadre de ce débat, le soutien apporté par le FAO aux municipalités de Tunis et de La Goulette pour mettre en œuvre des actions pilotes visant la réduction des pertes et du gaspillage alimentaires, invitant par la même occasion les municipalités à  adhérer à de tels projets.

Il est à souligner qu’en matière de gaspillage, le pain caracole en tête avec 16%, en particulier durant le mois de Ramadan durant lequel la consommation de la baguette augmente en moyenne de 135%. Les céréales et leurs dérivés se classent en deuxième position avec 10% et enfin les légumes avec seulement 7%. En 2021, le gaspillage alimentaire dans les foyers tunisiens a représenté 5 % des dépenses alimentaires, soit 910 millions de dinars en 2021, rappelle encore Zoubeir Rabah.

Ce phénomène nécessite aujourd’hui l’élaboration au plus vite d’un tableau de bord en vue de collecter les informations se rapportant au gaspillage pour bien les analyser et les exploiter en second lieu, et prendre à la fin les décisions appropriées contribuant de manière efficace à la lutte.

Une nouvelle stratégie nationale de lutte contre le gaspillage alimentaire sera adoptée d’ici septembre 2025, selon la déclaration en février dernier de Mohamed Chokri Rejeb, Directeur général de l’INC. Ce dernier a ajouté que l’élaboration de cette feuille de route implique l’expertise de nombreux ministères, dont ceux en charge du Commerce, de l’Agriculture et de l’Industrie.

«Cette stratégie reposera sur plusieurs axes, notamment la sensibilisation aux impacts socioéconomiques et environnementaux du gaspillage alimentaire, l’implication de toutes les parties prenantes, l’intégration de cette problématique dans les programmes éducatifs et la mise en place d’un cadre réglementaire spécifique».

Pourquoi : Enfin, c’est fait…

Enfin, et au grand soulagement des utilisateurs de l’entrée sud de la capitale, les travaux sur l’autoroute Tunis-Hammamet ont été achevés, et la pénétrante sud est de nouveau disponible.

Il faut dire que la pression est très forte sur cette voie puisque c’est le passage obligé de tout le trafic automobile en provenance du sud.

Maintenant que c’est fait, il ne s’agit pas de s’endormir sur ses lauriers. La maintenance et l’entretien doivent suivre.

Décisions présidentielles : Une administration qui vibre avec les Tunisiens

Loin des directives à appliquer la tête baissée ou sans en saisir les significations, le discours du Chef de l’Etat à l’intention de Mme Sarra Zaâfrani Zenzeri, la nouvelle Cheffe du gouvernement, s’adresse en réalité à l’ensemble des Tunisiens. Pour leur réaffirmer que la marche sur la voie de l’éradication de la corruption se poursuit. Objectif, cette fois-ci, une administration efficace et représentative.

 Les politologues ou les commentateurs qui appartiennent à la mouvance du 25 juillet ou qui se déclarent opposants à ce que fait le Chef de l’Etat et le répètent à haute voix à l’intention des Tunisiens qui les écoutent encore, se doivent de  revenir à l’évidence. Et de reconnaître que le dossier de la réforme administrative n’a pas été enterré avec le départ de la présidence du gouvernement de M. Ahmed Hachani et de son remplacement par Kamel Maddouri, lui aussi remercié ces derniers jours et remplacé par Mme Sarra Zaâfrani Zenzeri.

Quant aux rapports élaborés par les différentes commissions ministérielles chargées de détecter les agents, les cadres et aussi les responsables qui ont essaimé au sein de l’administration et des entreprises publiques sans disposer des diplômes requis ou de la compétence qu’il faut, ils ne dorment pas, contrairement aux rumeurs, dans les tiroirs. Ils sont plutôt conservés là où il faut et ils seront déchiffrés au moment opportun.

Lundi 24 mars 2025, le Président de la République a eu le mérite, en recevant la nouvelle Cheffe du gouvernement, de rafraîchir la mémoire de ceux qui sélectionnent, à volonté, les sujets ou les préoccupations qui méritent, à leurs opinions, d’être disséqués à l’intention du peuple qui reste attentif à l’application des promesses présidentielles. Pour dire, dans son style particulier, que la guerre anticorruption se poursuit sur le même rythme et que les pratiques anciennes n’ont plus de raison d’être.

En fixant à l’adresse de Mme Zaâfrani les priorités que son gouvernement doit réaliser le Président Kaïs Saïed a apporté une nouvelle dimension à la guerre anticorruption. Celle d’éliminer les structures gouvernementales qui engloutissent l’argent public et ne rendent aucun service aux citoyens. Pis encore, les citoyens qui s’adressent à ces instances de médiation se trouvent, dans plusieurs cas, dans la situation d’avoir perdu leurs ressources financières et d’avoir dilapidé les délais réglementaires pour ester en justice et parvenir à accéder à leurs droits légitimes.

Le Président l’a déjà dit : ce type de structures de médiation improductive doivent disparaître. Et les citoyens considérant qu’ils ont été lésés dans leurs droits n’ont qu’une seule et unique possibilité : se diriger vers la justice et appeler le parquet à leur rendre leurs droits, dans la transparence totale et la célérité requise.

Les propos du Chef de l’Etat sont d’une clarté éclatante et vont directement aux cœurs des Tunisiens qui ont pris l’habitude de l’écouter, de saisir les significations de ses messages. Et surtout de ne pas avoir besoin de quiconque pour leur expliciter ce que leur Président veut dire ou pour leur indiquer qui il vise quand il parle de structures inutiles à supprimer ou de responsables auto-égarés ou poussés à l’égarement qu’il urge de remercier.

«Une administration dynamique, responsable et efficace», c’est le vœu le plus cher au Président de la République qu’il s’applique à concrétiser dans les faits et la réalité de tous les jours.

Et pour y arriver, on est convaincu que l’œuvre n’est pas impossible à condition que notre administration et ses responsables, à n’importe quel poste qu’ils exercent, s’imprègnent de cette nouvelle mentalité et de la culture novatrice prônée par le Président.

Celle de se comporter en tant qu’un militant qui a une mission à accomplir et de saisir qu’il a, à la fois, le droit de réussir et le devoir de se distinguer.

Tribune : Genèse du voyage historique de Bourguiba au Moyen-Orient en 1965 (2ème partie)

Par  le Colonel ® Boubaker BENKRAIEM *

Deux ans plus tard, la défaite de 1967 semble confirmer l’analyse du leader tunisien qui, affligé comme la plupart des Arabes par cette catastrophe, ne manque pas de rappeler à son entourage que si les dirigeants arabes avaient suivi sa méthode, ils  l’auraient à coup sûr évitée.     Cela ne l’empêche pas d’accueillir en Tunisie, au mois de septembre 1982, les Palestiniens chassés du Liban par l’armée israélienne.

Tunis devient même, durant près de douze ans, la capitale de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Et les dirigeants palestiniens se voient, pour la première fois, reconnaître la liberté de prendre les décisions qu’ils jugent nécessaires pour la cause palestinienne. À Tunis, ils s’imprègnent, probablement à l’occasion de discussions avec Habib Bourguiba lui-même ou avec ses proches collaborateurs, de l’approche bourguibienne de la lutte de libération nationale fondée sur le réalisme, le pragmatisme et la raison. Il est probable que cette liberté de manœuvre en Tunisie, ajoutée à l’adhésion au réalisme bourguibien, aient conduit le chef de l’OLP, Yasser Arafat, à établir des contacts avec des Israéliens libéraux, pour aboutir à la conclusion à Oslo en 1993, c’est-à-dire plus de vingt-huit ans après le discours de Jéricho, d’un compromis avec les dirigeants israéliens, première étape vers  la restauration de l’entité palestinienne.

A cette époque, Habib Bourguiba semble être réhabilité aux yeux de l’opinion publique arabe, qui commence à saisir que sa position sur la Palestine ne relève pas d’une quelconque inféodation à l’Occident ou connivence avec l’ennemi sioniste, mais découle plutôt d’une approche rationnelle et scientifique des rapports de force au Moyen-Orient et dans le monde, qui aboutit à la nécessité de compromis et des étapes dans la lutte de libération du peuple palestinien.

Plus de dix mille Palestiniens vivaient dans le camp de réfugiés de Deheishe, en Cisjordanie. Les anciens n’ont pas oublié l’époque où ils furent chassés de leurs villages. C’était en 1948, au lendemain de la fondation d’Israël. Depuis, le camp a reçu la visite de nombreuses personnalités étrangères, mais ils se souviennent surtout de celle que leur rendit, il y aura bientôt soixante ans, l’ancien président tunisien Habib Bourguiba, du discours qu’il prononça à cette occasion dans la ville voisine de Jéricho et de la colère qu’il suscita dans le monde arabe. « Son approche du conflit au Proche-Orient était révolutionnaire, eu égard à la situation qui prévaut aujourd’hui dans les territoires palestiniens », confie Ismaïl Awda, un ancien habitant du camp, à un journal électronique arabe (16 septembre 2004).

Bourguiba débarqua le 27 février 1965 à Amman, en Jordanie, après des séjours au Caire (du 17 au 22 février), où il fut reçu en grande pompe par Gamal Abdel Nasser, et à Riyad (du 22 au 27 février), où le roi Fayçal d’Arabie, pourtant réputé pour sa réserve et sa froideur, lui réserva un accueil chaleureux. Le 3 mars, les responsables jordaniens, qui, à l’époque, administraient la Cisjordanie, organisèrent à son intention une visite de l’enclave palestinienne de Deheishe, qui, deux ans plus tard, allait être occupée par l’armée israélienne. Abou Hilmi Faraj, 70 ans, qui eut l’honneur de l’accueillir chez lui, se souvient. « Le directeur du bureau de l’Unrwa [l’organisme onusien chargé de venir en aide aux réfugiés palestiniens] voulait lui faire visiter l’une des maisons du camp. Il choisit la mienne parce que le confort y était moins rudimentaire qu’ailleurs. Elle ne comptait qu’une seule chambre, mais disposait d’une courette. Les habitants réservèrent à Bourguiba un accueil triomphal. Ils le considéraient comme un héros parce qu’il avait conduit son peuple à l’indépendance.                                           

«Que faites-vous dans la vie?» Me demanda le président Bourguiba ? Je travaille un jour par semaine et chôme le reste du temps, répondis-je. Pourquoi ne construisez-vous pas une seconde chambre ? J’espère rentrer un jour dans mon village. En attendant, je vivrais même dans la rue, s’il le fallait.                                                                                                                                Accepteriez-vous d’avoir des Israéliens comme voisins ? Troublé par cette question inattendue, je restai sans voix ».

Dès qu’ils apprirent que Bourguiba allait visiter le camp, les gens réunirent spontanément leurs plus beaux meubles et les disposèrent dans la maison où il devait se rendre, raconte de son côté Ismaïl Awda. Du coup, Bourguiba a cru, à tort, que tous les réfugiés vivaient dans des conditions plus ou moins acceptables. Cela l’a incité à plaider en faveur  d’une politique plus réaliste.

À Jéricho, Bourguiba, qui était accompagné du roi Hussein de Jordanie, commença son discours sur le ton de la compassion: « Je ressens une immense douleur face aux conditions de vie difficiles des réfugiés, qui traduisent l’ampleur de la nakba [catastrophe] que nous avons subie il y a dix-sept ans. Mais votre enthousiasme et votre volonté de recouvrer vos droits m’inspirent un certain optimisme. » Après ce préambule, il entra dans le vif du sujet: « Aussi forts soient-ils, les sentiments ne suffisent pas à vaincre la colonisation. L’enthousiasme est nécessaire, mais seuls le sacrifice et le martyre pourraient garantir la victoire. » Lançant une pierre dans le jardin du raïs égyptien, qui se voulait le champion de la cause palestinienne, Bourguiba expliqua à ses auditeurs qu’ils étaient les premiers concernés par leur cause, qu’ils devaient être à l’avant-garde du combat. Pour espérer atteindre leur but, la libération de leurs territoires, ils devraient également « se doter d’une direction douée d’une capacité de réflexion, de planification à long terme, d’anticipation des événements, de compréhension de la psychologie de l’adversaire et d’évaluation des forces en présence, afin de s’épargner une nouvelle défaite. »                                    

Ce langage de vérité fit grincer des dents. Le temps était à la mobilisation générale, non aux mises en garde qui sèment le doute et divisent les rangs des combattants. Bourguiba n’hésita pourtant pas à enfoncer le clou : « Il est très facile de se livrer à des proclamations enflammées et grandiloquentes, mais beaucoup plus difficile d’agir avec méthode et sérieux, expliqua-t-il. S’il apparaît que nos forces ne sont pas suffisantes pour anéantir l’ennemi ou le jeter à la mer » [expression utilisée par Ahmed Choukeiri, le leader palestinien de l’époque], nous n’avons aucun intérêt à ignorer  ce fait ou à le cacher. Il ne faut pas accuser tel ou tel leader arabe de défaitisme ou de compromission parce qu’il propose des solutions partielles ou provisoires. En Palestine, la politique du tout ou rien nous a conduits à la défaite ».                                       

À l’appui de son analyse, Bourguiba évoqua longuement l’expérience tunisienne. « Nous avons mené notre combat en plusieurs étapes. Cela a facilité notre tâche, mais aussi  celle des Français, qui ont ainsi pu graduer leurs concessions, les échelonner dans le temps. Ils étaient contents de pouvoir céder sur une question donnée, considérant qu’il s’agissait d’un moindre mal et que l’essentiel, le maintien de leur domination coloniale se trouvait sauvegardé. Mais à chaque pas franchi, nous nous rapprochions du but. Au fur et à mesure que la position de la France s’affaiblissait et que la nôtre se renforçait, notre marge de manoeuvre et nos capacités d’action devenaient plus grandes. Nous avons pu ainsi alterner les mouvements de protestation et les actions de résistance, jusqu’à la confrontation finale, qui eut lieu à Bizerte et fut le prélude à l’évacuation totale du pays. » Conclusion : « Si nous avions rejeté les solutions incomplètes comme les Arabes ont rejeté le projet de la partition de la Palestine, décision qu’ils ont d’ailleurs regrettée par la suite, la Tunisie serait encore aujourd’hui sous occupation étrangère. »                            .                               

Prononcée sur un ton délibérément moqueur, cette dernière phrase déclencha la colère de l’assistance. À l’issue du discours, les habitants de Jéricho comme ceux de Deheishe et des autres camps de Cisjordanie organisèrent des marches de protestation où furent scandés des slogans hostiles au président tunisien. Indifférent à la tempête qu’il avait déclenchée, celui-ci crut devoir développer le fond de sa pensée lors d’une rencontre avec des journalistes, trois jours plus tard à Jérusalem. Oui, Israël est un fait colonial, il l’avait toujours dit et n’avait pas changé d’avis, mais « les droits dont les palestiniens ont été privés peuvent être rétablis progressivement, par paliers », lança-t-il à un auditoire scandalisé. Nasser, Choukeiri et les autres dirigeants de la région avaient à peine encaissé ces premières flèches que Bourguiba leur en asséna d’autres : « Il est impossible de parvenir à quoi que ce soit si les Arabes ne mettent pas sur pied une direction nouvelle et plus qualifiée, dotée du sens des réalités ». Puis, encore plus prophétique : « La meilleure des paix est celle qui ne fait ni vainqueur ni vaincu. Il me semble que l’on peut peut-être parvenir à une coexistence avec les juifs. Un jour viendra où il apparaîtra clairement que ces tragédies n’ont aucun sens » Paix, coexistence et sens des réalités. Rivalisant d’intransigeance suicidaire, les dirigeants arabes de l’époque n’étaient pas disposés à entendre de tels propos. Encore moins à en comprendre le sens.                               

« Bourguiba avait raison. Nous aurions dû suivre sa politique qui consiste à engranger tout ce qui peut l’être à un moment donné et à remettre continuellement ses revendications sur le tapis », dit aujourd’hui Abou Hilmi, non sans amertume. « Faudrait-il présenter des excuses posthumes à cet homme injustement voué aux gémonies ? » s’interroge le correspondant d’Elaph.com. Réponse d’un jeune homme de Deheishe, qui n’a pas connu le leader tunisien : « Pourquoi devrions-nous nous excuser ? Parce que nos parents ont revendiqué Jaffa et Haïfa ? Mais nous continuons de le faire, n’en déplaise à tous les dirigeants arabes réunis ! » Même son de cloche chez Hussein Rahhal, leader du Front de libération arabe, l’aile palestinienne du Baas irakien. En 1965, il vivait à Deheishe et prit part aux manifestations contre le leader tunisien : « Les masses populaires eurent raison de refuser le défaitisme de Bourguiba et de poursuivre la lutte. » Conclusion du correspondant d’Elaph.com : « Nous ne reconnaissons jamais nos erreurs et ne demandons jamais pardon. Cela ne fait pas partie de notre culture. En fait, nous n’avons pas beaucoup changé depuis le discours de Bourguiba. Les masses populaires sont à l’image de leurs dirigeants, elles sont incapables de tirer le moindre bénéfice de leurs sacrifices.                                    .

Bourguiba, qui a consacré la majeure partie de son discours à critiquer les dirigeants arabes de son époque, avait donc une bonne évaluation de la situation. »

Discours de Jéricho du président Bourguiba en date du 3 mars 1965 :

Le président Habib Bourguiba se distingue des autres chefs d’État arabes du Moyen-Orient en recommandant l’acceptation de la décision de l’ONU relative à l’existence d’Israël. Il justifie cette position en évoquant son approche des petits pas, préconisant une marche progressive, par étapes, vers l’indépendance des Palestiniens. Ce discours prononcé à Jéricho, en Cisjordanie, reçoit un accueil froid dans le monde arabe et pourtant… soixante ans plus tard, les droits des Palestiniens ont-ils avancé d’un pas ?   

Chers frères,  Je ressens en ce moment un double sentiment d’émotion et de fierté. Ému, je le suis lorsque je pense à l’ampleur du désastre que nous avons subi en Palestine il y a dix-sept ans. Mais en même temps, l’enthousiasme qui vous anime, la volonté farouche que je lis sur vos visages, la détermination à reconquérir vos droits, tout cela me réconforte et consolide mon optimisme. 

Vous savez sans doute que le peuple tunisien, alors qu’il menait encore une lutte âpre contre la forme la plus abjecte du colonialisme, a tenu à apporter sa contribution dans la guerre de Palestine. De tous les coins de Tunisie, jeunes et vieux sont accourus ici pour prendre effectivement part à la lutte dont l’enjeu était d’assurer l’intégrité d’une terre arabe et musulmane qu’ils considéraient comme leur seconde patrie. Le peuple tunisien a pu, au bout de vingt-cinq ans de lutte, fonder un État solide et moderne sur une terre d’Islam débarrassée de toute co-souveraineté et de toute forme de domination politique ou militaire. Mais nous pensons en Tunisie que notre action ne se circonscrit pas à l’intérieur de nos frontières, la Tunisie, qui  a combattu le colonialisme, est consciente du rôle qu’elle doit assumer dans la libération de chaque pouce de la nation arabe demeuré encore sous l’emprise de l’étranger. J’avais déjà proclamé à la première Conférence au sommet arabe que la Tunisie était décidée à mettre à la disposition de la cause palestinienne toutes ses potentialités. Je le proclame de nouveau aujourd’hui. Il est toutefois un point sur lequel je voudrais attirer votre attention: vous êtes les titulaires d’un droit violé; à ce titre vous vous devez d’être à la première ligne du front ouvert pour la reconquête de la Palestine. Il est de mon devoir de vous entretenir en toute franchise d’un certain nombre de vérités que vous devez avoir présentes à l’esprit d’abord votre rôle dans la lutte est primordial. C’est ce que vous ne devez jamais perdre de vue. D’autre part, je voudrais dire, en ce moment où je m’adresse à tous les Arabes partout où ils se trouvent, que mon expérience personnelle, issue d’une dure et longue lutte, m’a appris que l’enthousiasme et les manifestations de patriotisme ne suffisent point pour remporter la victoire. C’est une condition nécessaire. Mais elle n’est pas suffisante. En même temps que l’esprit de sacrifice et de mépris de la mort, il faut un commandement lucide, une tête pensante qui sache organiser la lutte, voir loin, et prévoir l’avenir. Or, la lutte rationnellement conçue implique une connaissance précise de la mentalité de l’adversaire, une appréciation objective du rapport des forces afin d’éviter l’aventure et les risques inutiles qui aggraveraient notre situation.                                                                                     

Il nous faut donc nous armer de lucidité, élaborer soigneusement nos plans et créer toutes les conditions de succès. Il faut préparer les hommes et les doter de moyens. Il faut aussi renforcer notre potentiel de lutte par l’appui de l’opinion internationale. Éviter toute précipitation dictée par la passion, agir avec discernement, en vue d’arriver au but, voilà l’essentiel.                     .

Si toutes ces conditions sont réunies, alors notre cause triomphera, d’autant plus sûrement que le droit est de notre côté. C’est aux responsables qu’il revient de réunir les atouts du succès. Ces atouts nous manquaient lorsque nous avions, il y a quelques années, engagé la bataille, cette fois-ci, c’est sans répit qu’il faut travailler pour les réunir. Nous devons profiter des expériences passées et nous imposer un grand effort de réflexion. Déjà nous sommes sur la bonne voie ; mais la voie est longue. Pour aboutir au but, notre action exige loyauté, sérieux et encouragement moral. (A SUIVRE)

B.B.

(*) Ancien sous chef d’état-major de l’Armée de terre, ancien gouverneur

N.B. : L’opinion émise dans cette tribune n’engage que son auteur. Elle est l’expression d’un point de vue personnel.
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