Les BRICS poursuivent leur affirmation sur la scène internationale
Les BRICS représentent désormais près de la moitié de la population mondiale, environ 40 % du PIB mondial et plus d’un quart des échanges commerciaux internationaux. Un poids démographique, économique et stratégique qui confère au groupe une légitimité croissante pour faire entendre sa position dans les principales crises internationales.
Réunis à New Delhi durant le week-end du 12 septembre, les dirigeants des puissances non occidentales membres des BRICS ont réussi à parvenir à un accord autour d’une déclaration commune concernant le conflit opposant l’Iran aux États-Unis et à Israël. En dépit de divergences politiques, diplomatiques et économiques importantes, les membres du groupe ont fait part de leur « vive préoccupation » face à l’intensification des tensions au Moyen-Orient et exhorté les différentes parties à éviter toute initiative susceptible de provoquer une nouvelle escalade. Cette déclaration vient ainsi combler une absence : jusqu’à présent, les BRICS n’avaient pas réussi à adopter une position collective sur cette question stratégique.
Pour le groupe, cette prise de position officielle révèle donc à la fois une volonté manifeste de préserver le dialogue et de renforcer la coopération, mais également les difficultés persistantes à surmonter les intérêts nationaux divergents afin de construire une véritable ligne stratégique commune face au conflit. L’incapacité des BRICS à constituer un véritable « bloc géopolitique » fait d’ailleurs écho aux divisions qui traversent également le monde occidental.
Les poids dominant des stratégies et intérêts nationaux
Les orientations diplomatiques, les priorités politiques et les intérêts économiques des différents membres des BRICS restent trop dissemblables pour permettre au groupe de parler d’une seule voix sur l’ensemble des grandes crises internationales.
Le conflit iranien en fournit une illustration particulièrement claire. La Chine et la Russie continuent notamment de préserver leurs relations commerciales avec Téhéran, en dépit des menaces récurrentes de sanctions formulées par Washington. Ces deux puissances cherchent ainsi à accroître leur influence internationale et à contester la prééminence américaine dans les affaires mondiales. La position des Émirats arabes unis est, quant à elle, sensiblement différente. Abou Dhabi a décidé de cesser ses échanges commerciaux et financiers avec l’Iran après avoir été pris pour cible par des frappes de ce dernier. Le conflit place donc les Émirats dans une situation particulièrement complexe, puisqu’ils doivent simultanément composer avec leurs liens avec les États-Unis, leurs intérêts économiques propres et leurs impératifs de sécurité
Cette situation met surtout en lumière une réalité plus large : les BRICS, à l’image du Sud global, ne constituent pas une entité politique homogène susceptible de s’opposer collectivement à un supposé « Occident collectif ». Il rassemble au contraire une multitude d’États dont les relations et les alliances varient selon les circonstances. Les pays du Sud ne défendent donc pas systématiquement une position commune et ne coordonnent pas nécessairement leurs politiques étrangères.
Parce que leurs intérêts stratégiques et leurs objectifs nationaux ne coïncident pas toujours, leurs orientations internationales peuvent même se retrouver en opposition directe. Dans certains cas, elles peuvent donc entrer en concurrence, voire déboucher sur de véritables tensions entre États pourtant regroupés au sein d’instances communes.
Une volonté commune en faveur d’un ordre international alternatif
Le conflit déclenché par les États-Unis et Israël contre l’Iran a également ravivé les réflexions autour de la domination du dollar dans le système économique international. Si le pétrodollar conserve encore une place prépondérante dans les échanges énergétiques mondiaux, différentes initiatives destinées à favoriser les transactions en yuan se développent parallèlement, notamment sous l’impulsion de Pékin.
Dans ce contexte, la guerre pourrait représenter pour les BRICS une occasion stratégique majeure de renforcer leur rôle de « contre-pouvoir » non occidental et de promouvoir une alternative à l’ordre international actuel, largement structuré autour des puissances occidentales depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Les BRICS ont d’ores et déjà démontré leur aptitude à définir certaines orientations communes et à mettre en place des instruments collectifs. La création, en 2014, de la New Development Bank en constitue un exemple majeur. Cette institution a été conçue comme une alternative aux grandes institutions financières internationales dominées par les puissances occidentales, notamment la Banque mondiale et le FMI. À cette initiative s’est ajoutée, en 2015, la création du Contingency Reserve Arrangement, un mécanisme de réserve financière destiné à apporter une aide aux États membres confrontés à des difficultés économiques ou à des tensions financières.
Sur le plan politique, les BRICS sont également capables d’exprimer une certaine forme de « solidarité » entre leurs membres. Ils n’ont notamment pas adopté les sanctions occidentales imposées à la Russie après ses interventions militaires en Syrie puis en Ukraine. Pour Vladimir Poutine, cette absence d’alignement sur les positions occidentales a représenté un succès diplomatique important. Elle lui a permis de démontrer que la Russie n’était pas totalement isolée sur la scène internationale et qu’elle pouvait compter sur le soutien, au moins implicite, de plusieurs grandes puissances émergentes.
Derrière la volonté affichée de construire un ordre international plus multipolaire, les BRICS cherchent surtout à réduire leur dépendance à l’égard des puissances occidentales et à accroître leur marge de manœuvre stratégique, sans pour autant former un ensemble parfaitement uni.
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