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Faouzi Abderrahmane : « La baisse du chômage est un trompe-l’œil »

Alors que le taux de chômage s’est légèrement replié à 14,9 % selon les dernières statistiques de l’INS, cette baisse traduit-elle une véritable amélioration de la situation de l’emploi ou demeure-t-elle statistiquement marginale ? Éléments de réponse avec Faouzi Abderrahmane, ancien ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle.

Ancien ministre de l’Emploi, Faouzi Abderrahmane appelle à relativiser cette baisse du taux de chômage annoncée par l’Institut national de la statistique (INS), passé de 15% à 14,9%. Car selon lui, « passer de 15% à 14,9%, cela peut tout simplement relever de la marge d’erreur inhérente aux statistiques de l’INS », estime-t-il. Et de rappeler que les données de l’INS sont publiées trimestriellement, soulignant l’importance particulière des statistiques du deuxième trimestre, généralement publiées en juillet. « La meilleure statistique est celle de mai, car l’échantillon y est plus important que durant les premier, troisième et quatrième trimestres. Les données du deuxième trimestre sont donc les plus fiables, notamment parce qu’elles permettent de disposer de chiffres régionaux », explique-t-il.

Pour l’ancien ministre, l’analyse de la situation de l’emploi ne doit pas se limiter à un indicateur conjoncturel. Elle doit prendre en considération l’ensemble des facteurs économiques, sociaux et institutionnels qui influencent le marché du travail.
 » Les moteurs de l’emploi sont au nombre de trois : le secteur public, le secteur privé et l’initiative individuelle. C’est le cas dans tous les pays du monde », affirme-t-il. Il précise que le secteur privé comprend différentes formes d’activité, allant de l’économie réelle à l’économie sociale et solidaire. Or, selon lui, ces trois moteurs sont aujourd’hui grippés en Tunisie. « Ils ne sont pas bloqués uniquement aujourd’hui. Ils le sont depuis plusieurs années, et les gouvernements successifs ne sont pas parvenus à débloquer la situation »,  déplore-t-il.

Faouzi Abderrahmane considère que le chômage constitue le « réceptacle » des dysfonctionnements de l’ensemble des politiques publiques. Les difficultés liées à l’éducation, au développement régional, à l’investissement, à l’initiative privée, aux équilibres budgétaires ou encore aux investissements publics se répercutent directement sur l’emploi. « Il ne faut donc pas regarder l’emploi uniquement à travers les statistiques. Il faut également analyser tous les indicateurs qui l’entourent et qui expliquent la situation actuelle du marché du travail « , insiste-t-il.

Coupures d’eau et d’électricité : un symptôme de crise de gouvernance

L’ancien ministre établit également un lien entre les difficultés du marché de l’emploi et la dégradation des services publics, notamment les coupures récurrentes d’eau et d’électricité. « Ces perturbations sont devenues récurrentes. Elles traduisent l’incapacité du pouvoir exécutif à gérer le quotidien des citoyens », affirme-t-il.

Il critique une gouvernance qu’il juge trop marquée par une approche administrative. Selon lui, la présence de hauts cadres de l’administration à la tête de l’exécutif ne garantit pas nécessairement une capacité à conduire des politiques publiques adaptées aux réalités du pays. « L’administration produit parfois des décisions incohérentes, déconnectées de la réalité. Elle ne peut pas, à elle seule, gérer les affaires du pays »,  estime-t-il.

Évoquant le Plan quinquennal transmis par le gouvernement au Parlement, Faouzi Abderrahmane déplore l’absence, selon lui, d’un véritable débat politique. « Le texte a été adopté tel quel, sans modifications substantielles ni discussion de fond. Ce plan est davantage le produit de l’administration que celui d’une vision politique », déplore-t-il. Cette absence de vision stratégique, estime l’ancien ministre, expliquerait en partie les difficultés persistantes dans la gestion des affaires publiques, ainsi que l’incapacité à impulser une dynamique durable de création d’emplois.

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Investissements indiens : le train que la Tunisie ne doit pas rater

Les relations économiques entre la Tunisie et l’Inde ont connu une évolution notable au cours des dernières années. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de renforcement des liens bilatéraux, donnant un nouvel élan à la coopération économique entre les deux pays. Pour dresser un état des lieux de la coopération tuniso-indienne, il convient de rappeler que l’Inde occupe une place de premier plan dans l’économie mondiale. À cet égard, nous avons interrogé Jalel Tebib, directeur général de la Foreign Investment Promotion Agency (FIPA Tunisia), sur l’état et les perspectives des relations économiques entre la Tunisie et l’Inde.

À cette question, Jalel Tebib a souligné : « Comme je l’ai indiqué, cette initiative s’inscrit dans le cadre de la coopération Sud-Sud entre la Tunisie et ses partenaires de différentes régions du monde. Certes, nous entretenons des relations privilégiées avec nos partenaires traditionnels, notamment nos voisins, mais nous sommes également dans l’obligation de diversifier nos partenaires économiques, en particulier en nous tournant vers des sources non traditionnelles, telles que la Chine, le Japon et l’Inde. Cette opération de promotion vise justement à renforcer le partenariat avec l’Inde. »

Il part du constat que la présence actuelle des entreprises et des partenaires économiques indiens en Tunisie se limite à seulement trois sociétés. Cela ne reflète nullement l’importance de l’Inde dans l’économie mondiale. « Vous savez que l’Inde est quasiment un continent, avec d’importantes capacités d’investissement à l’étranger. De nombreuses entreprises et de nombreux groupes indiens ont investi massivement en Europe, aux États-Unis et en Afrique. La Tunisie doit donc pouvoir bénéficier de cet élan d’investissement à l’international. Les chiffres actuels restent limités, mais les perspectives sont très prometteuses », a-t-il ajouté.

“ Nous avons récemment récompensé, dans le cadre du Tunisia Investment Forum, une entreprise indienne implantée à Sfax, opérant dans le secteur des composants automobiles et des logiciels dédiés à la mobilité. Il s’agit d’une véritable success-story qu’il faudrait reproduire, aussi bien pour les entreprises indiennes que pour les opérateurs internationaux. Nous espérons qu’à partir de ce type de réussite, nous pourrons attirer davantage d’entreprises indiennes en Tunisie.”

Et d’ajouter: “ Par ailleurs, une autre société indienne opérant dans le secteur de l’aéronautique devrait prochainement s’implanter dans notre pays. Avec ces nouvelles implantations, nous pensons pouvoir doubler, d’ici la fin de l’année, le nombre d’entreprises indiennes présentes en Tunisie. À travers ce type de rencontres avec nos partenaires; l’UTICA, la CONECT et l’ensemble des acteurs concernés, nous ne pouvons qu’espérer attirer davantage d’investissements internationaux, notamment en provenance de l’Inde et d’autres marchés.”
Ces investissements devraient également contribuer à la création d’emplois. Peut-on avancer une estimation du nombre de postes qui pourraient être créés ?

Et de poursuivre: « Certainement. D’ici la fin de l’année, nous prévoyons la création d’au moins un millier de nouveaux emplois liés aux investissements indiens en Tunisie ».

Un millier de postes d’emploi en Tunisie ?

La FIPA a publié un bilan faisant état d’une hausse des investissements étrangers par rapport à l’année précédente. Comment expliquez-vous cette évolution ? Jalel Tebib a répondu: « Cette hausse confirme la dynamique positive de l’attractivité de la Tunisie auprès des investisseurs étrangers. Dans un contexte régional et international particulièrement difficile, marqué par de nombreux défis, l’ensemble des pays a enregistré un ralentissement des investissements étrangers. Malgré cette conjoncture, la Tunisie poursuit sa progression. Nous espérions attirer davantage d’investissements, mais nous restons, pour le moment, conformes aux prévisions établies pour l’année. Nous avons fixé un objectif de 4 milliards de dinars et nous avons déjà atteint la moitié de ce montant ».
Et de conclure : « Je pense donc que nous pouvons facilement atteindre, d’ici la fin de l’année, les objectifs escomptés, soit 4 milliards de dinars ».

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Mobilisation à Tunis sur fond de crise sociale

Jeudi 20 août 2026, plusieurs organisations de la société civile ont manifesté à Tunis pour dénoncer la dégradation des services publics, laquelle dégradation a pour nom, entre autres, coupures d’eau et d’électricité, pénuries de médicaments.

Organisée à l’appel de « Nafas », un mouvement citoyen civil indépendant, la marche a réuni un nombre important de participants, lesquels réclamaient des solutions concrètes à la crise économique et sociale. Ils demandent aussi la préservation des libertés publiques, des droits politiques et des acquis sociaux.

Plusieurs responsables politiques et acteurs de la société civile ont livré leur analyse sur place. C’est le cas de Faouzi Abderrahmane, ancien ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, qui est revenu sur les slogans et le contexte politique : « La dernière fois, les slogans n’étaient pas uniquement ceux de l’organisation. Les jeunes ont scandé leurs propres slogans, qui ont même dépassé ceux de l’organisation ».

Selon lui, « les gens sont excédés par la situation actuelle. Ils estiment que les choses ne peuvent pas rester comme elles sont. Il faut un changement ». Il ajoute que « ce pouvoir politique s’est isolé de ses propres institutions, du gouvernement et du parlement. Cet isolement isole aussi le pays par rapport à son environnement régional et international. Nous perdons beaucoup d’occasions sur le plan socio-économique ».

Blocage socio-économique et absence de dialogue

Et l’ancien d’estimer que « le pays est bloqué sur le plan socio-économique. Il n’y a pas d’investissements ». Évoquant le système des entreprises communautaires, il juge qu’« il ne représente rien » et qu’« il n’est pas capable de créer de la richesse. C’est une économie de la pauvreté, pas une économie de création de richesse ».

Il note aussi qu’« à aucun moment dans l’histoire du pays, on n’est arrivé à une situation où il y a aussi peu de discussion. Même lors des grandes crises, il y a toujours eu des communications  et dialogue », ajoute-t-il.

Foued Mouakhar:  » Privilégier l’intérêt national »

Foued Mouakhar, dirigeant du PDL, rappelle son appel à « privilégier l’intérêt national ». « Nous voulons contribuer à élever la parole de vérité. Nous avons des causes communes : le système républicain, les droits, les libertés, l’État de droit, les institutions, la justice, la séparation et l’indépendance des pouvoirs. Quiconque va dans ce sens, nous marchons avec lui », déclare-t-il.

Pour lui, « l’important est que ces milliers de voix s’expriment et parviennent jusqu’au pouvoir ». « Si le pouvoir dit : “Faites ce que vous voulez, et faisons ce que nous voulons”, cela n’est pas de la démocratie. C’est une neutralisation de la démocratie. Nous ne pouvons pas étouffer les voix. Chacun est libre d’exprimer son opinion. C’est cela le plus important », affirme-t-il.

Nafaâ Laribi: « Les choses vont de mal en pire »

De son côté, Nafaa Laribi, membre du comité de défense d’Abir Moussi, note que c’est la troisième mobilisation après juin et le 25 juillet 2026. « On a encore plus de coupures d’électricité, encore plus de pénuries d’eau. La mise en bouteille de l’eau minérale et des eaux de source est en difficulté. On fait face à une pénurie d’essence et de carburant. Les choses vont de mal en pire », observe-t-il.

Interrogé sur l’impact de la manifestation, il répond : « La société civile et l’opposition sont présentes. L’essentiel est d’être toujours là, de faire pression, de lever haut nos principes et nos revendications, et de ne pas laisser le terrain vide ».

Houssem Hami, coordinateur de la coalition Soumoud, estime que « les Tunisiens tiennent bon ». « Ils ont lancé un message clair : assez de l’injustice, de l’échec et de l’absurde dans la gestion des affaires publiques », dit-il.

« Jeunesse, femmes, régions disent non à l’injustice et non à l’échec. Les citoyens sont épuisés par les coupures d’eau et d’électricité, par le manque de médicaments et par la hausse des prix. C’est la situation elle-même qui les pousse à descendre dans la rue », précise-t-il.

Et de conclure : « Nous avons proposé de nous rassembler autour du minimum commun : la citoyenneté. Les citoyens ont répondu, ainsi que les partis politiques et les organisations de la société civile. Nous sommes sur la bonne voie pour obtenir un changement réel dans la vie quotidienne et au niveau des droits et des libertés. La situation en Tunisie est la pire depuis des décennies : dégradation sociale, régression des libertés. C’est pourquoi nous nous réunissons pour définir les moyens d’agir et exiger un changement »

Eau, électricité, médicaments, coût de la vie, libertés : la mobilisation de jeudi met en lumière un ensemble de dossiers qui structurent, cet été, le mécontentement d’une partie de la société tunisienne. 

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