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Amnistie fiscale : plus que quelques jours pour effacer ses pénalités

Les contribuables ont jusqu’au 30 septembre 2026 pour régulariser leur situation fiscale et échapper, ainsi, aux pénalités, informe la Direction générale des impôts, laquelle ajoute que passé ce délai, l’amnistie instaurée par la loi de finances 2026 ne s’appliquera plus.

Le dispositif, prévu par l’article 69 de la loi n°17-2025 du 12 décembre 2025 portant loi de finances pour 2026, permet aux contribuables d’obtenir l’abandon des pénalités dues, à condition de régler intégralement le principal de l’impôt au moment du dépôt de leur déclaration ou de l’accomplissement de la formalité d’enregistrement.

Sont concernés les déclarations fiscales ainsi que les contrats, écrits et déclarations liés aux droits d’enregistrement dont l’échéance est antérieure au 31 octobre 2025, à condition qu’ils ne soient pas prescrits. Le dépôt doit intervenir entre le 1er janvier et le 30 septembre 2026.

L’amnistie couvre aussi les déclarations omises et les déclarations rectificatives, y compris celles déposées après une intervention des services fiscaux ou à la suite d’une notification d’avis de résultats de vérification fiscale.

Pour en bénéficier, deux conditions cumulatives s’imposent : déposer la déclaration ou présenter le contrat à l’enregistrement au plus tard le 30 septembre 2026, et payer intégralement le principal de l’impôt dû dès cette formalité accomplie.

En contrepartie de cette régularisation, l’administration fiscale renonce à l’ensemble des pénalités prévues par les articles 81, 82 et 85 du Code des droits et procédures fiscaux.

Ce dispositif s’inscrit dans un ensemble de mesures de régularisation fixées par l’article 69 de la loi de finances 2026, portant sur les déclarations omises ou rectificatives ainsi que sur l’apurement des dettes et pénalités fiscales administratives, selon des conditions et délais précis.

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Tunis sous l’eau : le coût invisible d’une infrastructure qui ne pense pas encore en temps réel

Le 10 septembre 2026, de fortes pluies ont de nouveau placé le Grand Tunis face à une réalité devenue familière : accumulations d’eau, circulation perturbée, véhicules bloqués, interventions des services de secours et images largement diffusées sur les réseaux sociaux. Les autorités avaient alerté sur les risques liés aux intempéries. Puis la pluie s’est arrêtée.

 

Mais l’épisode météorologique laisse une question beaucoup plus durable : combien coûte à l’économie tunisienne une infrastructure urbaine qui réagit encore après l’apparition du problème, plutôt qu’une infrastructure capable de le détecter, de le prévoir et d’y répondre en temps réel ? C’est une question d’infrastructure. Mais c’est aussi une question de productivité, de compétitivité et d’exécution publique.

 

Le coût que personne ne mesure

Une inondation urbaine ne se résume pas aux dégâts visibles. Lorsqu’un axe routier devient impraticable, ce sont des milliers d’heures de travail qui peuvent être perturbées. Des livraisons sont retardées. Des rendez-vous sont reportés. Des entreprises interrompent temporairement leur activité. Des salariés arrivent en retard. Des véhicules et des équipements peuvent être endommagés.

À cette facture directe s’ajoute une autre, beaucoup moins visible : celle de l’incertitude. Une entreprise ne juge pas seulement un territoire sur le prix du foncier, le coût de l’énergie ou la fiscalité. Elle regarde également la continuité de ses opérations. Peut-elle faire circuler ses salariés ? Recevoir ses fournisseurs ? Expédier ses marchandises ? Maintenir ses services lorsque survient un événement climatique intense ?

La résilience des infrastructures devient ainsi progressivement une composante de la compétitivité territoriale. Le problème n’est donc pas simplement que Tunis puisse être confrontée à de fortes pluies. Le problème est qu’un événement météorologique prévisible dans sa nature puisse encore produire des perturbations dont l’ampleur dépend autant de la capacité d’anticipation que de l’intensité de la pluie.

 

Une infrastructure intelligente ne remplace pas le béton : elle lui donne des yeux

C’est ici que le numérique change la nature du problème. Une ville résiliente ne se contente pas de construire des canalisations, des bassins, des stations de pompage et des ouvrages de protection. Elle doit aussi savoir ce qui se passe dans ces infrastructures, seconde après seconde.

L’exemple de Singapour est particulièrement instructif. Son agence nationale de l’eau exploite un dispositif de surveillance intégrant des capteurs de niveau d’eau, des caméras, des pluviomètres et des radars météorologiques. Ces données sont centralisées afin de suivre les conditions en temps réel et d’améliorer la rapidité d’intervention. Les prévisions météorologiques contribuent également à anticiper les zones susceptibles d’être affectées.

Le modèle est intéressant précisément parce qu’il ne repose pas sur une illusion technologique. Singapour n’a pas remplacé ses infrastructures physiques par des capteurs. Elle a rendu ses infrastructures observables, pilotables et de plus en plus prédictives. C’est cette logique que Tunis devrait progressivement adopter.

Des capteurs dans les points sensibles du réseau. Des données pluviométriques et hydrologiques agrégées en temps réel. Des modèles permettant d’anticiper les zones de saturation. Des systèmes d’alerte géolocalisés. Une coordination avec la circulation routière et les services de secours. À terme, des jumeaux numériques capables de simuler différents scénarios et d’aider les décideurs à choisir la réponse la plus efficace.

La technologie n’est donc pas le remède à l’insuffisance des infrastructures. Elle est le moyen de faire passer l’infrastructure d’un état passif à un état intelligent.

 

De la gestion de crise à l’anticipation

La différence paraît technique. Elle est en réalité profondément politique et budgétaire. Aujourd’hui, une partie importante de la réponse intervient lorsque l’événement est déjà visible : les autorités alertent, les services de secours interviennent, la circulation est déviée et les citoyens sont invités à éviter certaines zones. Cette chaîne est nécessaire. Mais elle correspond à une logique de gestion de crise. La prochaine étape doit être celle de l’anticipation.

Que se passerait-il si le système pouvait identifier, trente minutes ou une heure à l’avance, les secteurs dans lesquels le niveau d’eau risque de dépasser un seuil critique ? Si les données météorologiques pouvaient être croisées automatiquement avec l’état du réseau ? Si les équipes d’intervention étaient prépositionnées avant le blocage d’un axe ? Si les itinéraires pouvaient être adaptés en temps réel ? Si les gestionnaires disposaient d’un tableau de bord unique de la situation hydraulique du Grand Tunis ?

La différence entre ces deux modèles tient moins à la technologie qu’à la philosophie de l’action publique. Dans le premier, on intervient sur les conséquences. Dans le second, on cherche à réduire les conséquences avant qu’elles ne se produisent. La vraie question : qui possède la donnée ? Une telle transformation soulève cependant une question rarement posée : où se trouve aujourd’hui la donnée nécessaire à cette anticipation ?

Les pluviomètres relèvent de certains acteurs. Les réseaux hydrauliques de gestionnaires différents. La circulation routière possède ses propres systèmes d’information. Les services météorologiques disposent de données spécifiques. Les municipalités connaissent les points noirs de leurs territoires. Les services de secours disposent de leur propre connaissance opérationnelle.

Le défi n’est donc pas simplement d’acheter des capteurs. Il est de faire parler les systèmes entre eux. C’est là que la transformation numérique devient une question de gouvernance.

Il faudrait pouvoir agréger les données pertinentes dans une architecture commune, avec des responsabilités clairement définies, des protocoles d’échange, des règles de cybersécurité et une gouvernance précise de la donnée.

Autrement dit, la ville intelligente ne commence pas avec une application mobile. Elle commence avec une architecture de données capable de relier les infrastructures physiques, les administrations et les opérateurs.

 

Le Plan 2026-2030 offre désormais le cadre : reste l’exécution

La Tunisie dispose désormais d’un cadre de planification qui place parmi ses priorités les infrastructures, l’attractivité territoriale, la transformation numérique, la résilience économique et les réponses aux défis climatiques et environnementaux.

Le Plan de développement 2026-2030 a été approuvé. Sa mise en œuvre est désormais le véritable enjeu. C’est précisément ici que la question des inondations urbaines doit être replacée.

Il ne faudrait pas créer un énième projet pilote de ville intelligente. Il faudrait sélectionner un territoire, cartographier ses points critiques, instrumenter progressivement les réseaux, connecter les données, définir les responsabilités et mesurer les résultats.

Le Grand Tunis pourrait constituer ce laboratoire grandeur nature. Un projet de résilience urbaine ne devrait pas être évalué uniquement sur le nombre de capteurs installés ou sur la sophistication d’une plateforme informatique. Il devrait être évalué sur des indicateurs concrets : réduction des zones inondables, temps d’anticipation gagné, diminution des interruptions de circulation, rapidité d’intervention, réduction des dommages et continuité des activités économiques. C’est cela passer de la technologie à la performance publique.

 

Une nouvelle infrastructure critique : la capacité d’anticipation

La Tunisie a longtemps pensé ses infrastructures principalement en termes physiques : routes, ponts, réseaux d’eau, stations, ouvrages de protection.

Cette logique reste indispensable. Mais elle devient insuffisante. Une infrastructure du XXIᵉ siècle doit progressivement intégrer une deuxième couche : la donnée. Et cette donnée doit permettre une troisième capacité : l’anticipation.

Routes, réseaux hydrauliques, énergie, transports ou services urbains devront de plus en plus être conçus comme des systèmes capables de mesurer leur propre état, de détecter les anomalies, de prévoir certaines situations et d’aider les opérateurs à agir rapidement.

C’est une évolution considérable. Elle transforme la maintenance elle-même : on passe progressivement d’une maintenance essentiellement corrective à une maintenance préventive, puis prédictive.

Elle transforme également la conception des investissements : le meilleur ouvrage n’est plus nécessairement celui qui offre la plus grande capacité théorique, mais celui qui combine robustesse physique, capacité d’observation et efficacité opérationnelle.

 

La prochaine pluie est déjà un test de gouvernance

La prochaine pluie viendra. La question n’est pas de savoir si la Tunisie peut empêcher chaque épisode météorologique intense. Elle ne le peut pas.

La question est de savoir si elle accepte encore que chaque épisode soit traité comme un événement exceptionnel alors que les risques climatiques et urbains deviennent une donnée structurelle de la planification. Il ne s’agit pas d’opposer les ingénieurs aux météorologues, les infrastructures aux technologies ou les investissements aux contraintes budgétaires. Il s’agit de les faire fonctionner ensemble.

La Tunisie dispose de compétences technologiques, d’ingénieurs, d’universités, d’administrations et d’opérateurs capables de construire cette nouvelle génération d’infrastructures.

Le véritable défi est ailleurs : transformer ces compétences dispersées en capacité d’exécution. Une ville intelligente n’est pas une ville couverte d’écrans. C’est une ville qui sait ce qui lui arrive, qui comprend ce qui va probablement arriver et qui dispose encore du temps nécessaire pour agir.

 

La prochaine pluie ne devrait pas seulement tester nos canalisations. Elle devrait tester notre capacité à passer de la réaction à l’anticipation.

 

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Les analyses et propos contenus dans cette tribune n’engagent que l’auteur.

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L’édito de Hédi Mechri : Classement de Shanghai – Universités tunisiennes : le grand décrochage

Un malheur n’arrive jamais seul. À croire que les coupures brutales d’électricité et d’eau en pleine canicule – et sur une période qui paraît une éternité – ne suffisent pas à nos peines. On n’en finit pas d’endurer les affres des pénuries qui s’incrustent dans tous les recoins de l’économie et de la société. L’ennui, c’est qu’il n’y a pas que les pics prolongés de chaleur pour lever le voile sur l’étendue des dysfonctionnements, des défaillances et des échecs en matière de gestion d’eau et d’électricité, deux des trois principaux défis auxquels est confronté de tout temps le pays.

Le troisième, en l’occurrence celui de l’enseignement supérieur, nous renvoie aujourd’hui à notre triste réalité et à nos propres limites qui ne sont inscrites nulle part si ce n’est à travers les coupes budgétaires dont est victime notre système d’éducation. Ces restrictions font craindre le pire : elles ajoutent à nos interrogations et à nos appréhensions.

Pour preuve et comme pour faire écho à ces inquiétudes, le classement de Shanghai 2026 des 1000 premières universités dans le monde. Passent encore les trois premières universités américaines, talonnées par les deux prestigieuses universités britanniques, les universités françaises qui améliorent leur rang dans le top 10, sans oublier l’ascension fulgurante des établissements chinois qui évoluent à l’image du pays sur le toit du monde des technologies émergentes. On chercherait en vain la moindre trace d’universités tunisiennes alors même que deux ou trois d’entre elles faisaient, il y a si peu, partie de l’élite, quoique en fermant la marche du top 1000. Pourtant, on voit se positionner de nouveaux pays émergents d’Asie, du Moyen-Orient, d’Afrique sans grand passé universitaire. Des pays neufs en émergence rapide qui affichent haut et fort leur ambition planétaire à travers le levier universitaire. Et ils s’y distinguent, accentuant du coup notre déclassement.

 

Pour preuve et comme pour faire écho à ces inquiétudes, le classement de Shanghai 2026 des 1000 premières universités dans le monde… On chercherait en vain la moindre trace d’universités tunisiennes alors même que deux ou trois d’entre elles faisaient partie de l’élite…

 

Il y a moins de deux décennies, on figurait dans l’univers universitaire en bien meilleure position. Nos universités les plus en vue étaient perçues comme de réelles promesses d’avenir et suscitaient beaucoup d’espoir. Nos diplômés étaient au niveau des standards mondiaux. Nos doctorants en Europe, en Amérique et ailleurs, passés par le filtre local, brillaient de mille feux au point que cela limite considérablement leur retour au pays.

Le séisme révolutionnaire, l’instabilité politique, les troubles sociaux, les difficultés de l’économie écrasée par le poids des intrigues politiques, la déliquescence de l’État, qui aurait perdu la maîtrise et le contrôle des rouages, des mécanismes et de la régulation des transformations économiques et sociales, ont détruit les anciens repères et modifié la structure du budget de l’État. La révolution, avec son cortège de désordre, de chaos, de montée du terrorisme, d’ici et d’ailleurs, a sonné le glas du capital humain qu’elle est censée valoriser et hisser au plus haut de l’échelle des valeurs nationales.

La santé et l’enseignement auront été paradoxalement les victimes expiatoires de la révolution de décembre 2010-janvier 2011. La défense et la sécurité nationales ont pris le dessus sur la santé et l’enseignement. C’est la fin d’un cycle de plus de 50 ans où nos préférences structurelles privilégiaient le beurre au détriment des canons. Depuis 2011, on assiste à une inversion des priorités, ce qui n’est pas d’ailleurs sans rapport avec la chute inexorable de l’investissement et le ralentissement de la croissance. La sécurité du pays, dira-t-on, est à ce prix. On en mesure aujourd’hui l’impact désastreux sur l’infrastructure en matière de santé et d’éducation dont on ne saurait décrire l’état de délabrement. Hôpitaux, écoles, lycées, universités, centres de formation, hier joyaux de la couronne, font aujourd’hui peine à voir.

 

La défense et la sécurité nationales ont pris le dessus sur la santé et l’enseignement. C’est la fin d’un cycle de plus de 50 ans où nos préférences structurelles privilégiaient le beurre au détriment des canons.

 

Nos établissements universitaires, nos grandes écoles portent la marque de l’usure du temps, les stigmates de la faillite financière et des contraintes budgétaires. Figures emblématiques du pays dès les premiers stades de sa reconstruction, fierté nationale, vitrines de notre volonté d’émergence rapide et voies d’accès au futur, ces établissements, nés sous le dôme d’un centralisme étatique, sont aujourd’hui victimes d’inextricables restrictions budgétaires. Privés d’autonomie financière, de marges de manœuvre et accablés d’un mode de gouvernance d’un autre âge, ils manquent de ressources financières, là où il faut beaucoup de moyens matériels et humains, d’enseignants de valeur promus d’ici et venus d’ailleurs. Nos institutions universitaires font ce qu’elles peuvent, dans la limite du possible, sans se résigner. Elles sont contraintes de réduire la voilure au point d’être concurrencées par la montée en puissance d’universités privées qui progressent sur les décombres de l’enseignement public. Qui n’en continue pas moins d’afficher quelques îlots d’excellence : les études d’ingéniorat, de science, d’informatique, de robotique, de médecine constituent une véritable éclaircie dans le ciel universitaire brumeux.

Ironie de l’histoire, ces foyers d’excellence, legs des temps héroïques et cœur battant de la nation, profitent moins au pays qui les a formés au prix d’énormes sacrifices qu’à ceux qui se préparent à les accueillir. Les difficultés de tout ordre, le brouillard politique, l’incertitude du lendemain, l’absence d’un grand projet économique, d’un vaste dessein national et de perspectives pour les jeunes et moins jeunes, si ce n’est l’éphémère et inconsistante idée de sociétés communautaires au frais de l’État et à contre-courant de la marche du siècle, laissent peu de choix aux jeunes diplômés tentés par une vie meilleure à l’étranger.

 

Nos institutions universitaires font ce qu’elles peuvent, dans la limite du possible, sans se résigner. Elles sont contraintes de réduire la voilure au point d’être concurrencées par la montée en puissance d’universités privées qui progressent sur les décombres de l’enseignement public.

 

Finalement, peu de nouveaux élus universitaires et davantage de candidats au départ sous des cieux plus cléments. L’Europe, les pays du Golfe, le Canada et bien d’autres puissances, embarqués sur les nouvelles technologies et en quête de compétences humaines, n’ont d’autres fins que d’écrémer chez nous le marché des nouveaux diplômés et pas qu’eux. Au nom du droit à la mobilité – du reste à géométrie variable – et sous de fallacieux programmes ou préceptes d’immigration voulue ou choisie, ils attirent celles et ceux à qui le pays ne pouvait offrir de meilleures perspectives d’emplois, de véritables plans de carrière et de meilleures conditions de travail et de vie. Pour beaucoup, quitter le pays sans en être dans le besoin c’est aussi le signe d’une manifestation de défiance à l’égard des politiques. Manière de voter avec leurs pieds.

Retour à la case départ. Face à la frénésie de la rentrée scolaire et universitaire qui s’empare du pays et devant le sacrifice que consentent les familles souvent pas loin de la précarité, pour voir éclore ces graines de génies, nous assistons impuissants à leur départ en fin de parcours. Sans aucune compensation financière de nos partenaires européens plus prompts à nous confiner au rôle de soutier de la sécurité et de gardien des côtes européennes pour combattre – au mépris du droit – l’immigration irrégulière. On est bien loin du discours et des proclamations de foi en faveur de la politique de voisinage, de solidarité euro-méditerranéenne, d’une communauté de destin et de prospérité partagée.

Ainsi va le monde. Hier, l’occupant faisait main basse sur nos ressources extractives. Ses héritiers n’en font pas moins, l’hypocrisie en plus, sans jamais couper les ponts avec le passé. La prédation des ressources extractives a la vie dure. Aux minéraux d’hier s’ajoute, sur une vaste échelle au nom du droit à la mobilité, celle des compétences humaines. Un pan entier de l’intelligence nationale s’envole et disparaît au moment où le pays a le plus besoin de ces architectes et de ces acteurs du futur. À qui la faute ?

 

Ainsi va le monde. Hier, l’occupant faisait main basse sur nos ressources extractives. Ses héritiers n’en font pas moins, l’hypocrisie en plus, sans jamais couper les ponts avec le passé. La prédation des ressources extractives a la vie dure. Aux minéraux d’hier s’ajoute, sur une vaste échelle au nom du droit à la mobilité, celle des compétences humaines.

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Cet éditorial est paru dans le magazine de L’Economiste maghrébin N°953, du 8 au 23 septembre 2026, sous le titre « Déclassement« 

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Tunisie : le déficit commercial s’envole à près de 18 milliards de dinars

Les importations d’énergie plombent la balance commerciale malgré des exportations en hausse.

Le déficit commercial de la Tunisie s’est creusé à 17 853,8 millions de dinars (MDT) à fin août 2026, contre 14 639 MDT un an plus tôt, selon l’Institut national de la statistique (INS). Le taux de couverture des importations par les exportations recule à 71,4%, contre 73,9% en 2025.

Les exportations progressent de 8%, atteignant 44 671,6 MDT, portées notamment par l’huile d’olive dont les ventes bondissent de 2 702,4 à 3 769,7 MDT. L’Union européenne reste le principal débouché, absorbant 70,2% des exportations tunisiennes, avec une forte percée vers l’Égypte (+76,6%).

Mais les importations grimpent plus vite (+11,6%), à 62 525,4 MDT, tirées par la facture énergétique qui bondit de 28,5%. Résultat : le déficit énergétique atteint à lui seul 8 930,2 MDT. L’UE fournit 45,1% des importations tunisiennes (28 175 MDT), confirmant son rôle de premier partenaire commercial du pays, tant à l’achat qu’à la vente.

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États-Unis : le moral des ménages plombé par l’essence et les tensions commerciales

La confiance des consommateurs américains s’est nettement dégradée début septembre 2026, pénalisée par la remontée des prix de l’essence et la persistance des tensions commerciales entre les Etats-Unis et leurs partenaires commerciaux.

La confiance des consommateurs américains s’est nettement détériorée au début du mois de septembre. Selon les résultats de l’enquête préliminaire de l’Université du Michigan publiés vendredi 11 septembre, l’indice de confiance est tombé à 47,8 points, contre 51,7 points en août, alors que les économistes anticipaient un recul beaucoup plus limité, à environ 51 points.

Cette dégradation intervient dans un contexte marqué par la remontée des prix des carburants et la persistance des tensions commerciales. Les ménages américains redoutent que ces deux facteurs se traduisent par une nouvelle augmentation du coût de la vie et pèsent davantage sur leurs finances au cours des prochains mois.

L’indice mesurant les anticipations des consommateurs a particulièrement reculé à 45,8 points, contre 51,5 en août. Les perspectives concernant les finances personnelles et les conditions économiques se sont également fortement dégradées. La confiance se situe désormais 16 % sous son niveau de février, avant le déclenchement du conflit entre les États-Unis et l’Iran.

La flambée des carburants constitue l’une des principales sources d’inquiétude. Le prix de l’essence a fortement progressé avec la hausse des cours du pétrole, dans un marché perturbé par les tensions au Moyen-Orient et les difficultés affectant les routes d’approvisionnement énergétique. Le brut Brent a récemment dépassé les 100 dollars le baril, tandis que le diesel américain a franchi le seuil historique de 6 dollars le gallon.

Cette hausse des prix de l’énergie commence également à se transmettre à l’inflation. Les prix à la consommation aux États-Unis ont augmenté de 0,4 % en août sur un mois et de 3,4 % sur un an. Les prix de l’essence ont progressé de 3,9 % sur le mois, tandis que les autres carburants ont augmenté de 9,6 %.

Les anticipations d’inflation des ménages se sont, elles aussi, fortement redressées. Pour les douze prochains mois, elles atteignent 4,6 %, contre 4 % en août. Il s’agit de leur niveau le plus élevé depuis juin et d’un niveau nettement supérieur aux 3,4 % enregistrés en février, avant le début du conflit avec l’Iran. Les anticipations à cinq ans ont également progressé, à 3,4 % contre 3,3 % auparavant.

Les tensions commerciales constituent l’autre grande source d’inquiétude. Les droits de douane et l’incertitude entourant les échanges internationaux alimentent les craintes d’une hausse durable des coûts pour les entreprises, susceptible d’être répercutée sur les consommateurs.

Cette détérioration du moral des ménages intervient à un moment particulièrement sensible pour la politique monétaire américaine. La remontée de l’inflation et des anticipations de prix renforce les arguments en faveur d’une politique monétaire plus restrictive. Les marchés évaluent désormais à près de 90 % la probabilité d’une hausse de 25 points de base des taux directeurs de la Réserve fédérale lors de sa prochaine réunion.

Le recul de la confiance pourrait ainsi compliquer davantage l’équation économique américaine : des prix de l’énergie plus élevés, une inflation persistante, des tensions commerciales et des taux d’intérêt susceptibles de rester élevés constituent autant de facteurs susceptibles de peser sur la consommation et, par conséquent, sur la croissance.

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Allemagne : les faillites d’entreprises atteignent un niveau record

Les faillites d’entreprises en Allemagne ont atteint un niveau record en 13 ans au premier semestre 2026, selon les données publiées vendredi 11 septembre par l’Office fédéral de la statistique.

Les tribunaux locaux ont signalé 12 812 dépôts de bilan entre janvier et juin 2026, soit une augmentation de 6,7 % sur un an, les secteurs du transport et de l’entreposage étant les plus touchés. La dernière fois qu’un nombre plus élevé a été enregistré pour le premier semestre de l’année remonte à 2013, avec 13 253 cas.

Les créances des créanciers résultant des faillites sont estimées à environ 18,5 milliards d’euros. Ce montant est nettement inférieur aux 28,2 milliards d’euros enregistrés pour la même période l’année précédente, où le nombre de faillites était moins élevé, mais concernait des entreprises de plus grande taille.

Les faillites de consommateurs ont également légèrement augmenté, de 2,4 %, pour atteindre un total de 38 932 cas.

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Russie : la Banque centrale maintient son taux d’intérêt à 14 %

La Banque centrale russe a décidé de maintenir son taux directeur inchangé à 14 %, une semaine avant les élections législatives que le Kremlin suivra de près, y voyant un indicateur de l’anxiété et de la lassitude des citoyens après quatre ans et demi de guerre en Ukraine.

« L’économie dans son ensemble connaît une croissance modérée au troisième trimestre 2026. Les pressions inflationnistes se sont fortement accentuées ces derniers mois », a indiqué la Banque centrale dans un communiqué publié vendredi 11 septembre.

D’une valeur de 2 600 milliards de dollars, l’économie russe a fortement ralenti l’an dernier et devrait afficher une croissance légèrement positive en 2026, pénalisée par un taux d’intérêt directeur élevé, les sanctions occidentales, les attaques ukrainiennes contre des cibles économiques et la vigueur du rouble.

Les entreprises font pression sur la Banque centrale pour qu’elle baisse les taux d’intérêt, arguant que les prêts à l’investissement n’ont aucun sens aux niveaux actuels et que la croissance ne se redressera pas tant que le taux d’intérêt directeur ne sera pas tombé en dessous de 12 %…

L’inflation, qui s’était atténuée en début d’année, est remontée en juin après que des attaques de drones ukrainiens contre des raffineries ont provoqué des pénuries de carburant et une forte hausse des prix, entraînant une augmentation des coûts dans l’ensemble de l’économie, notamment en raison de la hausse des coûts de transport.

Les attaques ukrainiennes contre les raffineries sont considérées comme des facteurs clés de la hausse des prix, les qualifiant de « conséquences d’une réduction temporaire des capacités de production dans certains secteurs ».

Le déficit et les prix du pétrole

Le déficit budgétaire, que la banque a décrit comme un facteur favorisant l’inflation, est tombé à 2,5 % du PIB en août, contre 2,8 % le mois précédent, grâce à un afflux de dividendes provenant des participations de la banque dans les banques publiques. Toutefois, ce chiffre pourrait encore diminuer, car les prix mondiaux du pétrole ont de nouveau dépassé les 100 dollars le baril dans un contexte de conflit non résolu entre les États-Unis et l’Iran.

« Tant que la situation restera tendue pendant une période prolongée, l’impact inflationniste de la situation au Moyen-Orient sur l’économie mondiale et, par conséquent, sur la Russie, augmentera progressivement », a déclaré le premier vice-gouverneur de la Banque centrale, Alexei Zabotkin, lors d’une conférence de presse. Pour Elvira Nabiullina, sa gouverneure, les nouvelles projections budgétaires, y compris les chiffres ajustés pour l’année en cours, que le gouvernement prépare ce mois-ci, seront un facteur important dans la prochaine décision de politique monétaire.

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Partenariat Tunisie-Madagascar : cap sur l’innovation, le transport maritime et l’investissement

La Chambre de commerce tuniso-malgache a signé à Bruxelles un accord de partenariat avec le groupe GTIS FZE et Macademya, la désignant partenaire d’affaires officiel de l’ensemble. L’accord a été conclu par Mohamed Habib Ben Romdhane, président de la chambre, et Yassine El Fassi, représentant du groupe.

L’initiative vise à concrétiser des projets et des investissements effectifs afin d’accroître le volume des échanges entre les deux pays, de renforcer la présence des entreprises tunisiennes à Madagascar et de valoriser, par ricochet, le positionnement de la Tunisie comme porte d’entrée vers d’autres marchés régionaux.

Cette alliance intervient dans un contexte où la Tunisie cherche à diversifier ses marchés extérieurs en Afrique, tandis que Madagascar, forte de plus de 32 millions d’habitants, fait face à d’importants défis d’infrastructures, d’emploi et d’investissement. Des données de la Banque mondiale indiquent une croissance d’environ 3 % pour l’économie malgache en 2025, alors que le niveau des échanges bilatéraux reste actuellement en deçà du potentiel réel des deux nations. En effet, les exportations de Madagascar vers la Tunisie s’élevaient à 2,39 millions de dollars en 2024, tandis que ses importations en provenance de la Tunisie atteignaient 12,09 millions de dollars (produits industriels et agroalimentaires).

Le cadre d’action défini par les signataires cible en priorité les technologies innovantes, le transport maritime avec une attention particulière portée au projet BatoBus Madagascar, la formation professionnelle ainsi que les projets structurants. En facilitant la mise en relation des acteurs économiques et des investisseurs, ce rapprochement s’inscrit dans une dynamique globale de développement des relations économiques tuniso-africaines.

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Pétrole cher : une addition bien salée pour la Tunisie

Économiquement, la semaine a été celle du pétrole. Les prix ont repassé la barre des 100 dollars, ce qui signifie, pour un pays importateur de brut comme le nôtre, un lourd fardeau pour les finances publiques.

 

Mais combien cette crise énergétique mondiale va-t-elle réellement nous coûter ? En l’absence de chiffres officiels, nous tenterons d’en donner une estimation logique, fondée sur les éléments dont nous disposons.

 

Deux variables, deux impacts

Selon la loi de finances 2026, une augmentation de 1 dollar du prix du baril entraîne une hausse de 164 millions de dinars des dépenses de compensation. Une augmentation de 10 millimes du taux de change du dollar entraîne, elle, une hausse de 43 millions de dinars des mêmes dépenses.

Le raisonnement est basé sur les cours moyens du baril de Brent et tout au long d’une année. Selon les données de Trading Economics, les prix ont évolué comme suit :

– Moyenne du T1 2026 : environ 77,80 $ le baril.

– Moyenne du T2 2026 : environ 97,05 $ le baril.

– Moyenne de juillet au 11 septembre : environ 92 $ le baril.

Ainsi, la facture s’élève à 594,5 millions de dinars au premier trimestre, 1 383,7 millions au deuxième et 1 180 millions au troisième, soit 3 158,2 millions de dinars au total.

Pour ce qui est du taux de change, nous avons terminé l’année dernière à une parité USD/TND de 2,9966, contre 2,9092 actuellement. Sur la base de ces données, et en appliquant une règle de pro rata temporis, nous pouvons conclure que l’effet du dollar est positif et aurait permis de gagner 261,5 millions de dinars.

 

Lire aussi : Ezzedine Khalfallah : « Un baril à 120 dollars coûterait près de 10 milliards de dinars à la Tunisie »

 

Lourd bilan

Au total, nous parlons donc de 2 897 millions de dinars, ce qui est colossal. Il est quasiment impossible d’absorber un tel choc par des économies surtout que les engagements sociaux de l’État sont multiples.

Le déficit budgétaire est initialement programmé à -11 365 MDT, soit 6,0 % du PIB. Fitch Ratings l’a estimé à 6,4 % dans sa récente revue, et nous pensons que le taux serait plutôt proche de 7 %. L’État devra certainement piocher dans certaines dépenses, mais il ne faut pas oublier que la croissance est plus lente que prévu, ce qui signifie un dénominateur moins important pour le ratio déficit/PIB.

Les conséquences se traduisent par un endettement intérieur plus important, ce que nous observons déjà concrètement. De plus, il ne faut pas s’attendre à une amélioration sensible de certains services publics, du moins au rythme annoncé pour cette année. Espérons que cela donnera un nouveau coup de pouce pour accélérer la transition énergétique. Nous en avons vraiment besoin.

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Pétrole : Chevron alerte sur l’épuisement des réserves de sécurité

Les principaux mécanismes qui avaient permis de contenir la hausse des cours du pétrole depuis le début de la guerre avec l’Iran sont désormais largement épuisés. C’est ce qu’affirme le PDG de Chevron, Mike Wirth.

Le marché mondial du pétrole entre dans une phase particulièrement vulnérable. Les réserves et autres mécanismes de sécurité qui avaient permis d’amortir le choc provoqué par la guerre avec l’Iran sont désormais largement épuisés, ce qui pourrait favoriser une nouvelle progression des cours dans les prochains mois, a averti, vendredi 11 septembre, Mike Wirth, PDG de Chevron.

Depuis le début du conflit, fin février, plusieurs pays ont puisé dans leurs réserves stratégiques afin d’alimenter le marché et de limiter la flambée des prix. Les États-Unis avaient également assoupli certaines restrictions concernant du pétrole stocké à bord de navires et soumis à des sanctions. Ces mesures ont contribué à absorber une partie du déficit d’approvisionnement, mais leurs effets s’estompent désormais.

Cette situation intervient alors que les tensions géopolitiques continuent de peser lourdement sur l’offre mondiale. Les perturbations du trafic pétrolier dans le golfe Persique, notamment autour du détroit d’Ormuz, s’ajoutent aux attaques ukrainiennes contre des installations pétrolières russes. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que les perturbations liées aux conflits pourraient entraîner une forte contraction de l’offre mondiale en 2026.

Les conséquences se font déjà sentir sur les produits raffinés. Aux États-Unis, le prix moyen du diesel a dépassé pour la première fois 6 dollars le gallon, sous l’effet conjugué de la guerre avec l’Iran et des perturbations affectant les capacités de raffinage russes. Dans le même temps, le Brent se dirigeait vendredi 11 septembre vers une hausse hebdomadaire d’environ 8 %, après avoir franchi les 100 dollars le baril.

Chevron est elle-même directement concernée par ces risques géopolitiques. Le groupe exploite notamment le gigantesque champ pétrolier de Tengiz, au Kazakhstan, et participe au Caspian Pipeline Consortium, qui transporte le brut vers la mer Noire. Mike Wirth a indiqué que les activités de la compagnie dans la région avaient récemment moins subi de perturbations après des contacts entre l’administration américaine et l’Ukraine concernant les attaques contre les infrastructures pétrolières…

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Startup World Cup : trois pépites de la tech tunisienne s’envolent pour la Silicon Valley

D’après TPM Events et Pegasus Tech Ventures, la société de capital-risque de la Silicon Valley organisatrice de la Startup World Cup, trois entreprises tunisiennes émergentes participeront à la finale internationale prévue en novembre à San Francisco. Leur qualification fait suite à leur victoire lors de la compétition nationale organisée pendant le Tunisia Digital Summit.

Les trois lauréates évoluent dans des secteurs technologiques clés. Pwn & Patch est spécialisée dans la cybersécurité et la protection des infrastructures informatiques. Pixii Motors conçoit des véhicules et solutions dédiés à la mobilité électrique. WaterSec développe des technologies intelligentes pour l’optimisation et la préservation des ressources hydriques.

Durant la phase finale en Californie, la délégation tunisienne fera face aux vainqueurs des étapes régionales issues du monde entier. À la clé pour le vainqueur international figure un investissement direct d’un million de dollars.

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Analyse – BRICS, ZLECAf, MACF : la Tunisie au carrefour de trois révolutions commerciales

En septembre 2026, trois transformations majeures du commerce mondial se déroulent simultanément. À New Delhi, le sommet des BRICS place une nouvelle fois au centre des discussions l’interopérabilité des systèmes de paiement, les règlements transfrontaliers et le recours accru aux monnaies nationales et aux technologies financières numériques.

En Afrique, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) entre progressivement dans une phase plus opérationnelle, avec l’ambition de transformer l’intégration commerciale du continent en flux réels.

En Europe, le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières est entré dans son régime définitif depuis janvier 2026.

Trois transformations, trois architectures en construction : financière, commerciale et réglementaire. Et une même question pour la Tunisie : sommes-nous en train de les subir, de les observer ou de nous positionner pour en tirer avantage ?

 

Trois transformations, une même urgence

La simultanéité de ces évolutions change la nature du problème. Il ne s’agit plus seulement d’anticiper les mutations du commerce international. Il faut désormais décider où la Tunisie veut se situer dans les nouvelles chaînes de valeur, les nouveaux circuits de paiement et les nouvelles infrastructures de conformité.

Le pays possède pourtant plusieurs cartes maîtresses : une position géographique exceptionnelle, un tissu industriel diversifié, des ingénieurs et des compétences technologiques reconnues, une proximité historique avec l’Europe et une appartenance pleine et entière à l’espace africain. Mais ces atouts ne produisent pas automatiquement de la puissance économique. La géographie ouvre une porte. La stratégie décide de ce qui passe par cette porte.

 

BRICS : le sujet n’est pas une nouvelle monnaie, mais une nouvelle architecture des paiements

Le débat autour des BRICS est souvent résumé à une éventuelle « dédollarisation » ou à la création d’une monnaie commune. Cette lecture est trop simpliste. Le mouvement actuellement observable est plus pragmatique : les pays membres cherchent à faciliter les paiements transfrontaliers, à améliorer l’interopérabilité de leurs systèmes et à réduire certaines dépendances aux infrastructures financières intermédiaires. L’Inde pousse notamment à l’examen de connexions entre monnaies numériques de banques centrales, tandis que les discussions portent également sur l’utilisation des monnaies nationales.

 

C’est précisément là que le sujet devient tunisien

Pour une entreprise tunisienne qui veut commercer avec l’Afrique ou avec certaines économies émergentes, la question n’est pas idéologique. Elle est opérationnelle : combien coûte le paiement ? Combien de temps prend-il ? Combien d’intermédiaires sont nécessaires ? Quel risque de conformité ou de change accompagne la transaction ?

Les banques tunisiennes doivent donc commencer à regarder les nouvelles architectures de paiement non comme un débat géopolitique éloigné, mais comme une évolution potentielle de leur propre métier.

La question pourrait bientôt être moins « quel système remplace SWIFT ? » que « avec quelles architectures notre système bancaire doit-il être interopérable demain ? ». Cette réflexion concerne directement les banques, la Banque centrale, les autorités de régulation et les entreprises exportatrices. Elle mérite une stratégie nationale plutôt qu’une simple veille.

 

ZLECAf : passer de l’intention africaine à l’ingénierie des flux

La Tunisie n’est pas absente de la ZLECAf. Elle a ratifié l’accord en 2020 et a depuis engagé plusieurs étapes d’intégration dans le dispositif continental. En 2026, le sujet n’est donc plus celui de l’adhésion, mais celui de la capacité à transformer cette appartenance en commerce, en investissements et en chaînes de valeur. C’est une nuance essentielle.

L’Afrique n’est plus simplement un marché potentiel que les entreprises tunisiennes pourraient un jour conquérir. Elle devient progressivement un espace commercial organisé, avec ses règles, ses mécanismes préférentiels, ses corridors logistiques et ses stratégies industrielles. La Tunisie dispose de compétences susceptibles d’y trouver des débouchés : agroalimentaire, pharmacie, ingénierie, services numériques, formation, équipements industriels et services professionnels.

Mais exporter vers l’Afrique ne consiste pas uniquement à trouver des clients. Il faut financer les opérations, sécuriser les paiements, assurer la logistique, accompagner les entreprises, comprendre les réglementations locales et construire des implantations durables.

Autrement dit, l’enjeu n’est plus seulement de vendre en Afrique. Il est de construire les infrastructures financières, logistiques et institutionnelles qui permettent de vendre durablement en Afrique.

Des initiatives tunisiennes récentes montrent d’ailleurs que le processus commence à se structurer. Le dialogue avec le secrétariat de la ZLECAf s’est intensifié et la Tunisie a engagé des démarches visant à approfondir son intégration au marché continental. Mais l’ambition doit désormais changer d’échelle.

Le véritable indicateur de réussite ne sera pas le nombre de forums consacrés à l’Afrique. Ce seront les entreprises tunisiennes installées, les contrats signés, les financements mobilisés, les flux commerciaux générés et les emplois créés.

 

MACF : quand la conformité carbone devient une condition d’accès au marché

La troisième transformation est déjà là. Depuis le 1er janvier 2026, le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union européenne est entré dans son régime définitif. Il concerne notamment le ciment, le fer et l’acier, l’aluminium, les engrais, l’électricité et l’hydrogène. Les importateurs européens doivent désormais intégrer dans leurs obligations le contenu carbone des produits concernés et le mécanisme financier associé.

Le changement est majeur. La performance industrielle ne se mesurera plus uniquement au prix, à la qualité et aux délais. Elle intégrera de plus en plus la capacité à mesurer, documenter, tracer et certifier l’empreinte carbone. Pour les exportateurs tunisiens concernés, la donnée carbone devient donc une donnée commerciale. C’est un changement de paradigme.

La question n’est plus seulement de produire à un coût compétitif. Il faut également être capable de démontrer, données à l’appui, comment le produit a été fabriqué et quelle quantité d’émissions lui est associée.

Cette contrainte peut devenir un handicap. Elle peut aussi devenir une opportunité. La Tunisie pourrait construire une véritable capacité nationale autour de la mesure carbone, de la certification, de la traçabilité et de la conformité réglementaire. Elle pourrait même transformer progressivement ces compétences en services exportables vers d’autres économies africaines confrontées au même accès au marché européen. Autrement dit, la contrainte réglementaire européenne peut devenir, pour la Tunisie, une nouvelle filière de services à forte valeur ajoutée. Encore faut-il l’anticiper.

 

Trois transformations, une même infrastructure invisible

C’est peut-être ici que les trois sujets se rejoignent. Paiements internationaux, commerce africain et conformité carbone semblent appartenir à trois mondes différents. En réalité, ils reposent sur une même infrastructure invisible : la donnée, la confiance et la capacité institutionnelle à certifier les transactions. Une banque qui veut accompagner davantage ses clients en Afrique doit maîtriser les nouveaux circuits de paiement et les risques associés.

Une entreprise qui veut exporter dans le cadre de la ZLECAf doit maîtriser les règles d’origine, les procédures douanières, les paiements et la logistique. Un industriel qui veut continuer à vendre sur le marché européen doit désormais maîtriser ses données “carbone“. Dans les trois cas, la compétitivité dépend de plus en plus de systèmes d’information, de standards, de certifications et de capacités humaines. C’est précisément là que la Tunisie possède un avantage qu’elle sous-estime encore : son capital humain technologique.

 

Il faut désormais une doctrine d’action

La réponse tunisienne ne devrait pas consister à produire trois nouvelles séries de rapports. Elle devrait commencer par trois décisions. Pour les paiements internationaux, il faut établir une feuille de route nationale permettant d’identifier les architectures auxquelles les banques tunisiennes doivent pouvoir se connecter, en tenant compte naturellement des exigences de sécurité, de conformité, de change et de supervision.

Pour la ZLECAf, il faut passer d’une politique de promotion générale de l’Afrique à une politique de corridors prioritaires : quelques pays, quelques secteurs, quelques filières, avec des mécanismes de financement, de garantie, de prospection et d’accompagnement clairement identifiés.

Pour le MACF, il faut accélérer la constitution d’un véritable écosystème tunisien de mesure, de certification et de traçabilité carbone, associant administration, entreprises, laboratoires, organismes de certification, universités et compétences numériques.

La logique est la même dans les trois cas : identifier les infrastructures, désigner les responsables, fixer les échéances et mesurer les résultats. C’est cela, passer de la prospective à l’exécution.

 

La géographie ne suffit plus

La Tunisie possède une position que beaucoup de pays aimeraient avoir : à quelques heures de l’Europe, au cœur de la Méditerranée, profondément intégrée à l’espace arabe et située sur le continent africain. Mais une position géographique n’est pas encore une position stratégique. Elle ne le devient que lorsqu’elle est transformée en flux, en investissements, en plateformes, en entreprises, en services et en infrastructures.

Les trois transformations qui se déroulent actuellement nous offrent précisément cette possibilité. Le système financier mondial se recompose. Le marché africain s’intègre progressivement. Le marché européen impose de nouvelles normes environnementales. La Tunisie peut continuer à les considérer séparément, comme trois dossiers administratifs distincts. Ou comprendre qu’ils dessinent ensemble une nouvelle carte de la compétitivité.

Dans cette carte, notre véritable avantage ne sera pas seulement notre proximité avec les marchés. Ce sera notre capacité à devenir un point de connexion entre l’Europe, l’Afrique et les économies émergentes — financièrement, commercialement et technologiquement.

La fenêtre est ouverte. Elle ne le restera pas éternellement. La Tunisie ne manque pas de position. Elle doit désormais se donner une doctrine pour la transformer en puissance économique.

 

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Les analyses et propos contenus dans cette tribune n’engagent que l’auteur.

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Doha Zamel : « La Méditerranée peut devenir un laboratoire mondial de la résilience hydrique »

Alors que la Méditerranée s’apprête à traverser une série majeure de sommets internationaux sur l’eau, le climat et la biodiversité, Doha Zamel, experte en eau et développement durable dans la Méditerranée, met l’accent sur l’importance d’une transformation profonde de la gouvernance hydrique. Entre digitalisation, intelligence artificielle et coopération régionale, elle décrypte les leviers d’une résilience indispensable face à un stress hydrique devenu multidimensionnel. Interview. 

Comment définissez-vous aujourd’hui le stress hydrique, au-delà de la seule baisse du niveau des réserves dans les barrages ?

Aujourd’hui, le stress hydrique ne peut plus être évalué uniquement à travers le niveau des barrages. Il traduit un déséquilibre structurel entre la disponibilité réelle de la ressource, les besoins des différents usages et la capacité des écosystèmes à continuer à fonctionner.

L’indicateur 6.4.2 des Objectifs de développement durable définit d’ailleurs le stress hydrique comme le rapport entre les prélèvements d’eau douce et les ressources renouvelables disponibles, après la prise en compte des débits nécessaires au maintien des écosystèmes. Mais je pense qu’aujourd’hui nous devons aller plus loin et considérer le stress hydrique comme un phénomène multidimensionnel : quantitatif, qualitatif, écologique, économique et institutionnel.

Un territoire peut théoriquement disposer d’eau et être pourtant en situation de stress hydrique si ses nappes sont surexploitées, si la qualité de l’eau se dégrade, si la salinité augmente, si une partie importante de la ressource est perdue dans les réseaux ou encore si les institutions ne disposent pas des informations nécessaires pour l’allouer efficacement.

Il faut également intégrer la dimension temporelle. Une moyenne annuelle peut masquer une pénurie extrêmement sévère pendant plusieurs mois, ce qui est particulièrement important dans les régions méditerranéennes.

C’est là que le concept de Water 4.0 devient particulièrement intéressant. Il correspond à l’intégration dans le secteur de l’eau des outils de la quatrième révolution industrielle : capteurs connectés, Internet des objets, compteurs intelligents, télédétection, intelligence artificielle, automatisation et jumeaux numériques.

Ces technologies nous permettent progressivement de passer d’une photographie statique de la ressource à une vision dynamique, prédictive et presque en temps réel du cycle de l’eau.

La question n’est donc plus seulement : combien d’eau avons-nous ? mais plutôt : quelle eau avons-nous, où se trouve-t-elle, dans quel état, qui l’utilise, à quelle vitesse se renouvelle-t-elle et comment pouvons-nous l’allouer durablement ?

Quels sont, selon vous, les principaux facteurs qui aggravent la raréfaction des ressources en eau : changement climatique, surexploitation des nappes, pertes dans les réseaux, agriculture irriguée ou insuffisances en matière de gouvernance ?

Je ne pense pas qu’il faille les opposer. Ces facteurs fonctionnent comme un système et se renforcent mutuellement.

Le changement climatique agit comme un multiplicateur de risques : hausse des températures, évapotranspiration accrue, sécheresses plus longues et plus fréquentes, vagues de chaleur, incendies de forêt, mais également précipitations torrentielles, crues et inondations soudaines. 

Mais il ne faut pas faire du changement climatique une explication qui masque nos propres défaillances de gestion. Dans de nombreux territoires, nous continuons à pomper les eaux souterraines plus rapidement qu’elles ne se rechargent, à perdre de l’eau dans les réseaux ou à rejeter des eaux usées qui pourraient être traitées et réutilisées.

L’agriculture est évidemment au cœur du défi puisqu’elle représente plus de 70 % des prélèvements mondiaux d’eau douce. Mais elle doit également être au cœur des solutions. C’est pourquoi je préfère parler de productivité de l’eau plutôt que simplement d’économie d’eau : combien de valeur alimentaire, économique, sociale ou environnementale produisons-nous avec chaque mètre cube utilisé ?

Il faut aussi intégrer la qualité de l’eau. Une eau contaminée par des nitrates, des sels ou d’autres polluants existe physiquement, mais elle n’est pas nécessairement disponible pour tous les usages.

Water 4.0 peut nous permettre d’aller encore plus loin. En combinant données hydrologiques, satellites, capteurs, compteurs intelligents, prévisions météorologiques et intelligence artificielle, nous pouvons mieux comprendre où, quand et pourquoi l’eau est consommée, perdue ou dégradée.

Notre défi n’est donc pas uniquement de trouver de nouvelles ressources. Il est de mieux connaître, protéger, réutiliser et régénérer celles que nous possédons déjà.

Comment concilier le droit universel à l’accès à l’eau potable avec la nécessité de maîtriser la consommation et de préserver les ressources disponibles ?

Le droit humain à l’eau doit rester non négociable. En 2010, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution 64/292, reconnaissant explicitement le droit à une eau potable sûre et propre et à l’assainissement comme un droit humain essentiel à la pleine jouissance de la vie et de l’ensemble des droits humains.

Cependant, garantir ce droit ne signifie pas considérer l’eau comme une ressource illimitée.

Il faut garantir à chaque personne un socle essentiel d’accès à une eau potable, sûre, accessible et abordable, tout en mettant en place des politiques qui encouragent la sobriété et protègent les ressources.

Une tarification progressive peut faire partie des solutions : protéger les besoins essentiels et les ménages vulnérables, tout en envoyant un signal économique lorsque les consommations deviennent très élevées ou concernent des usages non essentiels.

Mais il serait injuste de faire porter toute la responsabilité sur les citoyens.

Nous demandons souvent aux ménages de réduire leur consommation alors que des volumes beaucoup plus importants peuvent être perdus dans les réseaux ou utilisés de manière inefficace dans certains secteurs.

Water 4.0 peut également contribuer à cette transformation. Les compteurs intelligents permettent aux opérateurs et aux consommateurs de mieux connaître les consommations, de détecter rapidement des anomalies et d’identifier certaines fuites.

Il faut finalement passer d’une logique de restriction à une logique de sobriété intelligente : utiliser la bonne qualité d’eau, dans la bonne quantité, au bon endroit et pour le bon usage.

Dans quelle mesure la digitalisation peut-elle contribuer au suivi des prélèvements, à la détection des fuites et à une meilleure allocation des ressources hydriques ?

C’est précisément ici que le concept de Water 4.0 prend tout son sens. Nous sommes progressivement en train de passer d’une gestion réactive de l’eau à une gestion prédictive.

Des capteurs connectés peuvent mesurer en continu le débit, la pression, la qualité de l’eau, le niveau des nappes ou l’humidité des sols. Les compteurs intelligents permettent de suivre les consommations. Les satellites permettent d’observer les cultures, les sols, les sécheresses et certaines ressources à l’échelle d’un territoire.

L’intelligence artificielle peut ensuite analyser ces millions de données pour détecter une anomalie, anticiper une fuite, prévoir l’évolution de la demande ou aider à optimiser l’irrigation.

Une autre technologie particulièrement intéressante est celle des jumeaux numériques, ou digital twins. Il s’agit de reproduire virtuellement le fonctionnement d’un réseau d’eau, d’une station de traitement ou même, à terme, d’un système hydrologique afin de tester différents scénarios avant de prendre une décision.

On peut par exemple simuler une sécheresse prolongée, une augmentation de la demande, une rupture de canalisation ou différentes stratégies d’allocation de la ressource.

Cette évolution est d’ailleurs au cœur de la stratégie européenne pour la résilience de l’eau, qui identifie explicitement l’accélération de la digitalisation et de l’intelligence artificielle parmi ses principaux domaines d’action.

Mais je voudrais insister sur un point : l’intelligence artificielle ne crée pas d’eau. Si les données sont mauvaises, si les institutions ne les partagent pas ou si les règles d’allocation sont inefficaces, nous aurons simplement digitalisé une mauvaise gouvernance.

C’est pourquoi je préfère parler non seulement de Smart Water, mais de Smart Water Governance : utiliser la technologie pour rendre les décisions plus transparentes, prédictives, participatives et fondées sur des données fiables.

La Méditerranée souffre encore d’un déficit de coordination, de données partagées et de coopération régionale. Comment renforcer les réponses intégrées face à la rareté de l’eau ?

Je pense que nous sommes justement à un moment particulièrement important pour repenser la place de l’eau dans la coopération régionale et internationale. L’année 2026 est assez exceptionnelle pour l’agenda mondial de l’eau et de l’environnement.

Nous avons eu en août la COP17 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification en Mongolie, avec une journée spécifiquement consacrée à l’eau et à la résilience face aux sécheresses.

Nous aurons ensuite le Forum euro-méditerranéen de l’eau à Rome, du 29 septembre au 2 octobre ; la COP17 sur la biodiversité à Erevan, du 19 au 30 octobre ; la COP31 sur le climat à Antalya, du 9 au 20 novembre ; puis la Conférence des Nations unies sur l’eau à Abu Dhabi, du 8 au 10 décembre.

Ce calendrier nous envoie un message très clair : l’eau ne peut plus être traitée comme un secteur environnemental isolé. Elle constitue le lien opérationnel entre climat, biodiversité, sols, agriculture, énergie, santé et sécurité alimentaire.

La COP17 sur la désertification l’a très bien illustré. Une sécheresse n’est pas simplement un manque de pluie. Elle affecte simultanément les ressources en eau, les sols, les écosystèmes, l’agriculture, les communautés rurales et parfois les dynamiques migratoires.

La COP17 Biodiversité constitue une autre opportunité majeure. Nous parlons encore trop souvent de l’eau comme d’une ressource à prélever et à distribuer. Pourtant, les zones humides, les rivières, les sols et les aquifères constituent de véritables infrastructures naturelles. Restaurer les écosystèmes peut contribuer à améliorer la rétention de l’eau, la recharge des nappes, la qualité de l’eau et la résilience face aux sécheresses et aux inondations.

La COP31 Climat à Antalya devra également être l’occasion de renforcer la place de l’eau dans l’adaptation climatique, car une grande partie des impacts du changement climatique se manifeste précisément à travers l’eau : sécheresses, inondations, salinisation, modification des précipitations ou pression sur l’agriculture.

Pour la Méditerranée, le Forum euro-méditerranéen de l’eau de Rome est particulièrement stratégique. Il peut servir de passerelle entre les réalités des territoires méditerranéens et les grands processus internationaux.

Nous avons besoin d’une véritable intelligence hydrique méditerranéenne, capable de connecter les données, les politiques et les investissements des deux rives.

Imaginez une plateforme régionale capable de croiser les données satellitaires de Copernicus avec l’état des nappes, les prélèvements agricoles, la qualité de l’eau, l’humidité des sols, les sécheresses et les projections climatiques.

L’intelligence artificielle pourrait transformer ces informations en systèmes d’alerte précoce et en outils d’aide à la décision.

Water 4.0 pourrait ainsi devenir en quelque sorte la couche numérique du Nexus Eau-Énergie-Alimentation-Écosystèmes, celle qui permet de mieux comprendre les interactions entre ces différentes ressources. Mais là encore, la technologie ne suffit pas. L’intelligence artificielle ne crée pas d’eau et un jumeau numérique ne remplace pas la coopération entre pays.

Nous avons besoin de standards communs pour les données, de mécanismes de partage de l’information, de coopération entre bassins, de financement, de renforcement des capacités et d’une implication beaucoup plus forte des territoires.

Je crois également beaucoup aux living labs méditerranéens, où agriculteurs, chercheurs, entreprises, collectivités et autorités peuvent tester ensemble la réutilisation des eaux usées traitées, l’irrigation intelligente, la recharge maîtrisée des aquifères, les solutions fondées sur la nature, le dessalement alimenté par les énergies renouvelables ou encore la récupération des nutriments.

Des structures comme la Fondation Finnova peuvent contribuer à créer cette passerelle entre innovation, territoires, politiques européennes et instruments de financement.

Enfin, la Conférence des Nations unies sur l’eau à Abu Dhabi devra permettre de faire converger ces différentes discussions et d’accélérer la mise en œuvre de l’Objectif de développement durable 6.

Je pense que nous devons arriver à Abu Dhabi non pas simplement avec de nouvelles déclarations, mais avec des solutions mesurables, finançables et réplicables.

Pour la Méditerranée, l’enjeu est donc de transformer cette succession d’événements en une véritable trajectoire : Rome pour renforcer le dialogue euro-méditerranéen, Erevan pour reconnecter eau et biodiversité, Antalya pour placer l’eau au cœur de l’adaptation climatique et Abu Dhabi pour transformer les engagements en actions concrètes.

La Méditerranée ne doit plus être présentée uniquement comme un hotspot du changement climatique. Elle peut devenir un laboratoire mondial de la résilience hydrique.

Faut-il revoir les choix de cultures en fonction de leur empreinte hydrique et de leur capacité d’adaptation au changement climatique ?

Oui, mais je pense qu’il faut dépasser la simple notion d’empreinte hydrique.

Dire qu’une culture consomme beaucoup d’eau ne suffit pas. Un mètre cube utilisé dans un bassin disposant de ressources abondantes n’a pas le même impact qu’un mètre cube pompé dans un aquifère surexploité en zone aride.

Nous devons donc progressivement passer de la simple empreinte hydrique à une empreinte hydrique ajustée au risque local. Il faut également considérer la valeur nutritionnelle, économique et sociale produite par chaque mètre cube.

La question devient alors : quelle agriculture voulons-nous maintenir dans chaque territoire avec l’eau qui sera réellement disponible dans vingt ou trente ans ?

Water 4.0 peut considérablement améliorer cette analyse.

Grâce aux satellites, aux capteurs d’humidité des sols, aux données météorologiques, à l’estimation de l’évapotranspiration et aux modèles d’intelligence artificielle, nous pouvons mieux déterminer quand une plante a réellement besoin d’eau et en quelle quantité.

Nous pouvons ainsi passer progressivement d’une irrigation basée sur un calendrier à une irrigation de précision fondée sur le besoin réel de la plante.

Mais la technologie doit être combinée avec des solutions agronomiques : variétés résistantes à la sécheresse et à la salinité, agroécologie, amélioration de la matière organique des sols, irrigation déficitaire contrôlée, réutilisation sécurisée des eaux traitées et meilleure gestion des nutriments.

Il faut aussi rester vigilant face à l’effet rebond : améliorer l’efficacité de l’irrigation ne garantit pas automatiquement une réduction des prélèvements si l’eau économisée sert ensuite à augmenter les surfaces irriguées. Le véritable indicateur doit donc rester la réduction mesurable de la pression sur la ressource à l’échelle du bassin.

Quels sont les principaux risques du stress hydrique pour les prix des denrées alimentaires, l’emploi rural et la sécurité alimentaire ?

L’eau est l’un des principaux mécanismes par lesquels le changement climatique devient un risque économique et social.

Lorsqu’une sécheresse réduit les rendements, les agriculteurs peuvent être obligés de pomper plus profondément, de payer davantage d’énergie, d’investir dans de nouvelles infrastructures d’irrigation ou de modifier leurs cultures.

Ces coûts affectent les marges agricoles et peuvent ensuite se répercuter sur les prix alimentaires. Mais l’un des risques les plus importants est la volatilité. Un choc hydrique dans une grande région agricole peut rapidement devenir un choc de production, puis un problème de marché, d’importation et de sécurité alimentaire.

Pour les territoires ruraux méditerranéens, l’enjeu est encore plus profond. Si l’agriculture n’est plus économiquement viable faute d’eau, nous pouvons assister à une perte d’emplois, à l’abandon des terres, à une fragilisation des communautés rurales et à une accélération de l’exode rural.

En combinant données climatiques, hydrologiques, agricoles et économiques, nous pouvons développer des systèmes d’alerte précoce permettant d’anticiper certains risques avant qu’ils ne deviennent des crises.

C’est également là que l’approche Nexus est essentielle : la sécurité alimentaire dépend de la sécurité hydrique, mais aussi de l’énergie, de la santé des sols et du fonctionnement des écosystèmes. Nous devons donc arrêter de considérer la politique de l’eau uniquement comme une politique environnementale. La sécurité hydrique est aussi une politique de sécurité alimentaire, de stabilité économique, d’emploi et de cohésion territoriale.

Quels sont les projets liés à l’eau sur lesquels vous travaillez actuellement ? Quels sont leurs principaux objectifs et leurs impacts attendus ?

Actuellement, dans le cadre de ma collaboration avec Finnova, je contribue à plusieurs propositions et initiatives européennes, notamment dans le cadre du programme LIFE de l’Union européenne, qui est l’un des principaux instruments européens de financement consacrés à l’environnement et à l’action climatique.

Nous travaillons sur différentes solutions innovantes : récupération de l’eau atmosphérique, traitement et réutilisation des eaux agricoles, gestion de la salinité et des nutriments, utilisation de microalgues et de photobioréacteurs pour contribuer au traitement de l’eau tout en produisant une biomasse valorisable, ainsi que l’intégration de l’énergie solaire pour réduire l’empreinte énergétique de certaines technologies.

Il y a également une dimension importante de Water 4.0, avec l’utilisation de capteurs et de données pour suivre la qualité de l’eau, la salinité, les nutriments, les volumes disponibles ou encore les performances des différentes solutions. L’idée est de passer progressivement d’une gestion réactive à une gestion plus intelligente, circulaire et prédictive de l’eau.

Mon rôle avec Finnova porte notamment sur l’accompagnement et le management LIFE, la cohérence entre la conception des propositions et leur future mise en œuvre, ainsi que la dissémination, l’exploitation des résultats, la réplication et leur adoption à l’échelle européenne.

Et la réplication est particulièrement importante. Par exemple, certaines solutions développées ou testées en Espagne pourraient ensuite être adaptées à la Tunisie, puisque les deux pays font face à plusieurs défis similaires : stress hydrique, sécheresse, salinité et forte demande en eau agricole. Il ne s’agit pas de copier une technologie, mais de l’adapter aux réalités locales.

Pour moi, c’est justement l’un des grands enjeux actuels : nous avons déjà beaucoup d’innovations dans le secteur de l’eau. Maintenant, il faut réussir à passer du projet pilote au changement d’échelle, en reliant innovation, besoins des territoires, politiques publiques et financement.

C’est aussi ce qui rend la coopération euro-méditerranéenne particulièrement intéressante : nous partageons de nombreux défis liés à l’eau, mais nous pouvons également partager, adapter et répliquer les solutions.

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Telnet Holding : la trésorerie grimpe de 17%, le bénéfice suit la cadence

Le groupe technologique Telnet Holding a dégagé un bénéfice net part du groupe de près de 4,9 millions de dinars au premier semestre 2026, en hausse de 20% sur un an, selon ses états financiers consolidés intermédiaires arrêtés au 30 juin 2026.

Cette progression du bénéfice s’accompagne d’une amélioration de la rentabilité opérationnelle. Le résultat d’exploitation bondit de 32%, passant d’environ 4,4 à 5,8 millions de dinars, pour un chiffre d’affaires quasi stable, en légère hausse à 43,8 millions de dinars contre 42,3 millions un an plus tôt.

Sur le plan financier, le total du bilan consolidé s’établit à 71,4 millions de dinars, un niveau stable par rapport à fin décembre 2025. Les capitaux propres consolidés après résultat atteignent 31,7 millions de dinars, contre 33,4 millions au 30 juin 2025. La trésorerie du groupe se renforce nettement, avec des liquidités de 18,5 millions de dinars, en hausse de 17% sur un an.

Le périmètre de consolidation évolue avec la création, le 26 janvier 2026, d’une nouvelle filiale au Niger, Telnet West Africa, détenue à 100% par PLM Systems et dotée d’un capital de 100 millions de nairas libéré en août 2026. N’étant pas encore entrée en exploitation au 30 juin 2026, elle n’a pas été intégrée aux comptes consolidés à cette date.

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Smart Tunisie : Le bénéfice net s’envole de 45 % au premier semestre 2026

La société Smart Tunisie a réalisé un bénéfice net de 16,1 millions de dinars au cours du premier semestre 2026, affichant une progression de 45,3 % par rapport aux 11,1 millions de dinars enregistrés à la même période en 2025.  

Le spécialiste de la distribution de matériel informatique et technologique a vu ses produits d’exploitation atteindre 222,7 millions de dinars à la fin du mois de juin 2026, contre 193,2 millions de dinars un an plus tôt. Le chiffre d’affaires global généré par l’activité des ventes s’élève à 222,3 millions de dinars sur les six premiers mois de l’année.

Parallèlement à la croissance de l’activité commerciale, la marge commerciale de l’entreprise s’est consolidée pour s’établir à 37,7 millions de dinars au premier semestre 2026, dépassant les 27,3 millions de dinars comptabilisés à la fin du mois de juin 2025.  Au terme des six premiers mois de l’exercice 2026, le résultat d’exploitation de Smart Tunisie a atteint 24,8 millions de dinars, contre 17,3 millions de dinars au premier semestre de l’année précédente. Les charges d’exploitation globales de la période se sont élevées à 197,8 millions de dinars, dont 185,0 millions de dinars consacrés aux achats de marchandises consommés et 5,6 millions de dinars au titre des charges de personnel.

Le résultat des activités ordinaires avant impôt s’établit à 20,6 millions de dinars au 30 juin 2026, comparé à 13,5 millions de dinars au 30 juin 2025. La charge liée à l’impôt sur les bénéfices ressort à 3,9 millions de dinars, à laquelle s’ajoute une contribution sociale de solidarité de 591,8 milliers de dinars.

 

 

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Délestage : après l’ombre, l’addition

(corriger mais ne pas publier)

 

Provoqué par une explosion de la demande estivale sur un réseau vétuste et sous tension, le délestage est présenté comme l’ultima ratio pour éviter un blackout total. Sauf qu’en voulant parer au grand noir, cette mesure ne fait qu’éteindre à petit feu la compétitivité et la croissance économique du pays. En économie, l’électricité la plus onéreuse n’est pas celle que l’on paie, mais celle dont on est privé : chaque kilowattheure « économisé » par le réseau fait perdre à l’économie réelle trois à cinq fois sa valeur. Les dégâts collatéraux de cette sobriété subie sont aussi multiples que profonds :

▶Le risque inflationniste : dans les secteurs de la distribution et de l’agroalimentaire, la rupture de la chaîne du froid provoque des pertes de stocks massives. La combinaison de cette contraction de l’offre et du surcoût de la réfrigération de secours ne peut qu’alourdir généreusement le ticket de caisse du consommateur.

 

▶La surcapitalisation improductive : face à l’incertitude de l’approvisionnement public, les entreprises sont contraintes de s’équiper en systèmes de stockage et en groupes électrogènes polluants. Cette allocation inefficiente du capital détourne des ressources stratégiques, qui, au lieu de financer l’innovation ou le recrutement, sont englouties dans des investissements d’assurance totalement improductifs.

 

▶La perte d’attractivité et la fuite d’IDE : la qualité des infrastructures de réseaux constitue un critère arbitral majeur pour les capitaux étrangers. En imposant une prime de risque opérationnel sur le territoire, ces coupures récurrentes érodent la compétitivité du pays face à ses voisins. Pour une Tunisie qui se rêve en hub de référence pour le numérique et les services, l’instabilité du réseau peut vite se transformer en rupture de contrat et en lourdes pénalités financières.

 

▶La paralysie des facteurs de production : faute de visibilité sur l’approvisionnement énergétique, les dirigeants des entreprises appliquent la politique du wait and see et mettent leurs investissements en pause. Les ménages, de leur côté, adaptent leur quotidien dans une anxiété chronique : capital et travail tournent au ralenti, étouffant le potentiel d’une croissance déjà en berne.

Le délestage agit ainsi comme une taxe implicite. La mauvaise gouvernance du secteur prive le réseau de modernisation et fait payer au pays l’électricité non distribuée au prix du piétinement économique.

 

Par Lamia Jaidane Mazigh

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Cet article est paru dans L’Economiste maghrébin n°953 du 9 au 23 septembre 2026.

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Carthage Cement : le bénéfice semestriel recule à 25,2 millions de dinars

Carthage Cement a réalisé un bénéfice net de 25,2 millions de dinars au premier semestre 2026, contre 28,2 millions un an plus tôt. Le cimentier tunisien affiche également un recul de ses revenus et de son résultat d’exploitation, tandis que sa trésorerie issue de l’exploitation diminue nettement.

Carthage Cement a dégagé un résultat net de 25,2 millions de dinars au 30 juin 2026, contre 28,2 millions de dinars à la même période de 2025, selon ses états financiers intermédiaires. Cette baisse intervient dans un contexte de repli des revenus et du résultat d’exploitation sur les six premiers mois de l’année.

Les revenus de la société se sont établis à 173,1 millions de dinars, contre 183,6 millions un an auparavant. En intégrant la production immobilisée, les produits d’exploitation ont atteint 178,8 millions de dinars, contre 188 millions au premier semestre 2025.

Le résultat d’exploitation s’est, pour sa part, établi à 40,8 millions de dinars, contre 42,4 millions au premier semestre de l’année précédente. Après prise en compte des charges financières nettes, des produits financiers, des produits de placement et des autres éléments ordinaires, le résultat des activités ordinaires avant impôt ressort à 25,6 millions de dinars, contre 28,6 millions un an plus tôt.

L’impôt sur les sociétés s’est élevé à environ 401.000 dinars, contre 425.000 dinars au 30 juin 2025. Le résultat net s’établit ainsi à 25,2 millions de dinars, contre 28,2 millions à la même date en 2025.

Une trésorerie d’exploitation en net repli

Les flux de trésorerie provenant de l’exploitation ont atteint 31 millions de dinars au premier semestre 2026, contre 56,4 millions sur la même période de 2025. Cette évolution s’inscrit notamment dans un contexte de baisse des encaissements reçus des clients, passés de 217,8 millions à 189,9 millions de dinars.

Les activités d’investissement ont généré des décaissements nets de 17 millions de dinars, contre 13 millions un an auparavant. Ces décaissements concernent principalement l’acquisition d’immobilisations corporelles et incorporelles, ainsi que des décaissements liés à BINA Holding.

Du côté du financement, les flux de trésorerie ont représenté une sortie nette de 27,4 millions de dinars, contre 35,8 millions au premier semestre 2025. Ils comprennent notamment le paiement des intérêts sur emprunts, les remboursements d’emprunts bancaires et les remboursements de crédits de leasing.

Au total, la trésorerie a diminué de 13,4 millions de dinars sur la période. Elle s’établissait à 31,7 millions de dinars au 30 juin 2026, contre 47,5 millions un an auparavant.

Des actifs en progression

Le total des actifs de Carthage Cement s’élevait à 916,6 millions de dinars au 30 juin 2026, contre 897,2 millions au 30 juin 2025 et 892,8 millions à fin décembre 2025.

Les actifs non courants représentaient 607,3 millions de dinars, un niveau proche de celui enregistré un an plus tôt. Les actifs courants ont, quant à eux, atteint 309,4 millions de dinars, contre 289,3 millions au 30 juin 2025.

Les stocks nets se sont établis à 180,9 millions de dinars, contre 159,7 millions un an auparavant. Les créances clients nettes ont atteint 34 millions de dinars, contre 31,3 millions au 30 juin 2025 et 21,3 millions à fin 2025.

Des capitaux propres de 371,5 millions de dinars

Au 30 juin 2026, les capitaux propres de Carthage Cement totalisaient 371,5 millions de dinars, contre 356,8 millions au 30 juin 2025 et 368,7 millions à fin décembre 2025.

Les passifs s’élevaient à 545,1 millions de dinars, contre 540,4 millions un an auparavant. Les passifs non courants représentaient 269,2 millions de dinars, tandis que les passifs courants atteignaient 275,9 millions.

Les emprunts figuraient au bilan pour 191 millions de dinars, contre 221,7 millions au 30 juin 2025. Les concours bancaires et autres passifs financiers courants s’établissaient à 100,4 millions de dinars, contre 86,8 millions un an plus tôt.

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BRICS : paiements et monnaies numériques au cœur du sommet de New Delhi

Réunis à New Delhi pour leur 18e sommet, les BRICS accélèrent leurs efforts pour développer des mécanismes financiers et commerciaux autonomes. Interconnexion des systèmes de paiement, monnaies numériques et coopération énergétique figurent parmi les principaux dossiers.

Les dirigeants des BRICS se réunissent ce week-end à New Delhi en Inde avec un objectif central : renforcer les échanges économiques du groupe et développer des infrastructures financières alternatives. L’Inde, qui assure la présidence tournante depuis janvier, privilégie une approche axée sur la connectivité économique plutôt que sur les seules déclarations relatives à la dédollarisation.

Le projet BRICS Pay, destiné à interconnecter les systèmes de paiement nationaux et à faciliter les règlements en monnaies locales, constitue l’un des principaux dossiers. Encore au stade pilote, il pourrait réduire le recours aux banques correspondantes et les conversions de devises dans les transactions entre pays membres.

Un second projet porte sur l’interconnexion des monnaies numériques de banque centrale (MNBC). L’objectif est de faciliter les paiements transfrontaliers en réduisant les intermédiaires. Le projet reste toutefois au stade des discussions et ne constitue pas la création d’une monnaie commune aux BRICS.

Lire aussi : Sommet des BRICS au Brésil : Lula défend un nouvel ordre mondial

Le développement de ces infrastructures accompagne la progression des échanges intra-BRICS. Les exportations entre membres ont atteint environ 1 200 milliards de dollars en 2025, tandis que les échanges de l’Inde avec les autres membres ont représenté environ 416 milliards de dollars…

La Nouvelle Banque de développement, créée en 2015, constitue déjà un outil financier du groupe. Elle a approuvé environ 43 milliards de dollars de prêts, offrant aux BRICS une première infrastructure institutionnelle pour financer des projets communs.

Malgré les divergences politiques entre certains membres, notamment autour du conflit au Moyen-Orient, les BRICS poursuivent ainsi un travail de fond visant à renforcer leur autonomie économique. La transformation reste progressive, mais l’interconnexion des paiements, le financement et les échanges énergétiques dessinent les contours d’un écosystème économique moins dépendant des infrastructures occidentales.

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Bab el-Mandeb : la débâcle de Riyad face aux Houthis

La chute de Mokha et la progression des Houthis vers Bab el-Mandeb marquent un spectaculaire retournement de situation au Yémen. Pour l’Arabie saoudite, qui investit depuis des années des milliards de dollars dans le conflit yéménite, cette débâcle sonne comme un sérieux revers stratégique. Mais comment une telle déroute a-t-elle été possible ?

 

C’est, sans aucun doute, une cinglante défaite pour Riyad et une victoire éclatante pour les Houthis et, par ricochet, pour leur parrain iranien. Ainsi, dans une percée fulgurante, les combattants houthis, équipés et entraînés par les Gardiens de la révolution iraniens, ont écrasé les forces gouvernementales soutenues par l’Arabie saoudite avant de s’emparer, jeudi 10 septembre, de Mokha, ville portuaire stratégique sur la mer Rouge.

Par la suite, les Houthis ont progressé vers le sud le long du littoral jusqu’à Dubab afin de prendre le contrôle de l’île de Perim, un petit îlot, situé au cœur du détroit de Bab el-Mandeb qui revêt une importance stratégique considérable. Large d’à peine 32 kilomètres dans sa partie la plus étroite, le détroit constitue l’un des principaux passages maritimes entre la mer Rouge et le golfe d’Aden.

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Désormais, les rebelles houthis n’ont même plus besoin de drones ou de missiles pour perturber la navigation sur l’un des corridors maritimes les plus sensibles du commerce mondial. Quelques soldats, stationnés sur l’île de Perim ou sur les côtes et dotés de n’importe quelle roquette portative bon marché peuvent mettre en joue les navires !

Les raisons d’une débandade

Mais comment expliquer la débandade des forces gouvernementales yéménites soutenues par Riyad, qui a permis aux rebelles houthis de progresser aussi rapidement et de réaliser une percée aussi fulgurante ?

Les observateurs y voient notamment le résultat des tensions croissantes entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, dont le retrait des forces du Yémen en janvier dernier a considérablement fragilisé le camp anti-houthi.

Déjà sur le terrain, cette coalition était minée par ses propres divisions. Dans l’un des pays les plus pauvres du monde, l’armée régulière yéménite ressemble davantage à une mosaïque de factions qu’à une force militaire véritablement unifiée. Elle rassemble des combattants aux loyautés multiples : pro-saoudiens, pro-émiratis, forces locales et tribales, mais aussi groupes affiliés à Al-Qaïda ou aux Frères musulmans. En un mot, une armée éclatée, traversée par les rivalités et les allégeances contradictoires.

Soutenues financièrement et militairement par Riyad, qui consacre près de 80 milliards de dollars par an à sa défense, les forces gouvernementales yéménites ont logiquement cédé face à l’offensive houthie sans opposer de résistance.

Pour Riyad, le revers est d’autant plus cuisant que la puissance militaire saoudienne n’a pas suffi à transformer ses moyens financiers en efficacité stratégique. Les Houthis, eux, démontrent une nouvelle fois qu’une force moins puissante sur le papier peut prendre l’ascendant lorsqu’elle bénéficie d’une organisation plus cohérente, d’une forte motivation idéologique et d’un soutien iranien déterminant.

L’Arabie saoudite prise en étau

En effet, Bab el-Mandeb est, avec le détroit d’Ormuz, l’un des carrefours maritimes les plus importants pour le transport de pétrole et de marchandises depuis le Golfe vers la mer Méditerranée via le canal de Suez. On estime que 12 % du commerce mondial passe par ce détroit, dont le tiers des marchandises conteneurisées mondiales.

Vendredi 11 septembre, les houthis pro-iraniens se sont montrés rassurants vis-à-vis de la communauté internationale : « la navigation est sûre pour toutes les compagnies à l’exception des navires saoudiens, qui ont déjà été interdits d’accès », a déclaré le porte-parole militaire du mouvement.

 

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Mais derrière ce message faussement rassurant, se dessine pourtant une réalité autrement plus inquiétante. L’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, se retrouve désormais prise en étau entre deux points de passage maritimes stratégiques : le détroit d’Ormuz, sous la pression iranienne, et Bab el-Mandeb, où les Houthis entendent imposer leurs propres règles.

Pour rappel, depuis fin août, les houthis ont directement attaqué l’Arabie saoudite, avec des tirs de missiles balistiques et de drones vers les raffineries des villes du sud du Royaume. Le 11 courant, une épaisse fumée noire s’élevait au-dessus du désert saoudien, qui pourrait venir d’une frappe sur l’oléoduc qui va du détroit d’Ormuz au port de Yanbu sur la mer Rouge.

Trump aux abonnés absents

Conscient du danger stratégique que représenterait la prise de facto du détroit de Bab el-Mandeb par les forces soutenues par l’Iran, et alors que les forces houthies avançaient vers la ville côtière de Mokha et que les troupes yéménites soutenues par l’Arabie saoudite reculaient, le prince héritier Mohammed Ben Salman aurait téléphoné, selon Axios, une première fois à Donald Trump jeudi 10 septembre pour l’informer de la détérioration rapide de la situation militaire au Yémen.

Quelques heures plus tard, il aurait rappelé le président américain pour l’exhorter à lancer des frappes américaines contre le mouvement soutenu par l’Iran.

Un responsable américain cité par Axios indique que l’administration Trump fournirait à Riyad des renseignements sur les Houthis ainsi que des données de ciblage, mais n’envisageait pas à ce stade d’intervention militaire directe.

A noter que quelque 200 militaires américains sont déployés en Arabie saoudite pour fournir un soutien non combattant (logistique, renseignement…), selon cette même source, citée par Axios. Mais comment expliquer le refus de Trump d’aider un allié aussi précieux que le royaume wahhabite ?

Lâchage

Ce refus s’explique avant tout par la volonté de Washington d’éviter l’ouverture d’un nouveau front au Yémen. Alors que les États-Unis sont déjà engagés dans une confrontation majeure avec l’Iran autour du détroit d’Ormuz, Trump redoute qu’une attaque contre les Houthis ne provoque une riposte iranienne contre l’Arabie saoudite et n’entraîne une dangereuse escalade régionale. Pour Washington, l’objectif reste de préserver la liberté de navigation en mer Rouge et à Bab el-Mandeb sans s’enliser dans le conflit yéménite.

Bref, protéger les intérêts saoudiens, oui ; se lancer dans une nouvelle guerre pour eux, non !

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Chute historique de la production pétrolière saoudienne

La guerre en Iran et la campagne des Houthis contre l’Arabie saoudite ont comprimé les routes d’exportation alors que les prix du pétrole dépassent 100 dollars. La production de pétrole brut du royaume a chuté de près de 2 millions de barils par jour en août, atteignant son niveau le plus bas depuis plus de 35 ans…

Riyad a indiqué à l’OPEP que sa production avait chuté de 1,9 million de barils par jour le mois dernier, pour atteindre 6,238 millions de barils par jour, selon le rapport mensuel du groupe rendu public le 11 septembre. Ce chiffre marque un nouveau plancher depuis les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran fin février, ainsi que le niveau de production le plus bas du royaume depuis le début de la guerre du Golfe en 1990.

L’Arabie saoudite se trouve prise en étau entre les perturbations affectant ses deux principales voies d’exportation maritimes. Le trafic dans le détroit d’Ormuz est fortement restreint en raison du conflit irano-américain, ce qui l’oblige à dépendre davantage des routes de la mer Rouge.

Les forces houthies, soutenues par l’Iran au Yémen, ont également repris les hostilités contre les forces gouvernementales soutenues par l’Arabie saoudite et ont décrété un blocus maritime contre le royaume…

La pression est déjà visible dans les données du transport maritime, les données provisoires de suivi des pétroliers compilées par Bloomberg montrant une baisse d’environ un tiers des exportations de pétrole brut saoudien en août.

L’Arabie saoudite a fermé son pipeline Est-Ouest jeudi après plusieurs attaques contre l’infrastructure dans les régions de Riyad et de Médine, selon une source officielle du ministère de l’Énergie. Le pipeline a été mis à l’arrêt à titre de mesure de précaution après les attaques survenues jeudi matin. Ces incidents ont fait des blessés, qui ont reçu les soins médicaux nécessaires, a indiqué le ministère…

Les menaces croissantes pesant sur les détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb ont fait flamber les prix du pétrole. Le Brent a clôturé en hausse de 6,3 %, à 107,63 dollars le baril jeudi, tandis que le West Texas Intermediate a bondi à 102,48 dollars, les deux références atteignant ainsi leurs plus hauts niveaux depuis mai.

Ces bouleversements redessinent déjà les flux énergétiques mondiaux. La Russie a lancé cette semaine la première cargaison de son gigantesque projet pétrolier Vostok dans l’Arctique, ouvrant une nouvelle voie d’exportation via la route maritime du Nord qui, selon Rosneft, pourrait à terme fournir l’équivalent d’environ 730 millions de barils de pétrole par an.

Parallèlement, les États-Unis ont acquis le contrôle majoritaire de plus de 65 milliards de barils de réserves pétrolières prouvées du Venezuela grâce à un vaste accord d’investissement. Le président Donald Trump a présenté ce pétrole comme un « cadeau » qui contribuera à reconstituer les réserves stratégiques de pétrole américaines.

Ces approvisionnements supplémentaires pourraient à terme atténuer la pression sur les marchés mondiaux. Cependant, le choc immédiat se fait déjà sentir chez les consommateurs américains. Le prix moyen national du diesel a dépassé 6 dollars le gallon pour la première fois jeudi, selon GasBuddy, après une hausse de près de 60 % depuis le début de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran fin février.

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