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L’ONU a redessiné le monde. L’Afrique, elle, attend toujours l’ascenseur

Le 4 septembre 2026, 164 pays ont levé la main pour dire une vérité que n’importe quel élève un peu curieux découvre en cinq minutes sur internet : l’Afrique est grande. Très grande. Assez grande pour avaler les États-Unis, la Chine, l’Inde, une bonne partie de l’Europe et le Japon, avec de la place pour le dessert.

Il aura fallu attendre 457 ans après Gerardus Mercator et sa boussole pour que l’Assemblée générale s’en émeuve officiellement. On appelle ça la diplomatie internationale : le temps que la vérité géométrique traverse les couloirs feutrés de New York est proportionnel, lui aussi, à une projection assez déformée.

Une seule voix contre, et on devine laquelle

Sur 164 voix pour, une seule voix s’est dressée contre ce crime de lèse-cartographie. On ne sait pas exactement qui a jugé bon de défendre bec et ongles la taille du Groenland, mais on imagine la scène : un diplomate solitaire, debout dans l’hémicycle, prêt à mourir pour l’honneur démesuré de son sous-continent glacé. Six abstentions se sont ajoutées, probablement des délégations qui n’avaient toujours pas fini de charger la carte Equal Earth* sur leur ordinateur portable.

La carte n’est pas le territoire, mais le territoire, lui, ne bouge toujours pas

Soyons honnêtes deux secondes : cette résolution n’a strictement aucune valeur contraignante. L’article 10 de la Charte de l’ONU est on ne peut plus clair, l’Assemblée générale ne fait que « recommander », ce doux mot diplomatique qui signifie en réalité « on a voté, on est content, mais personne n’est obligé de faire quoi que ce soit ». Même l’Union européenne a pris soin de préciser, dans un réflexe presque comique de prudence juridique, que tout ça ne change rien aux frontières, aux zones maritimes ni aux différends territoriaux. Autrement dit : l’Afrique aura enfin la bonne taille sur les cartes, mais gardera exactement les mêmes frontières héritées de la conférence de Berlin (de 1884-1885), les mêmes dettes, et les mêmes accords commerciaux défavorables qu’avant le vote. La carte grandit, le rapport de force, lui, ne bronche pas d’un pixel.

De la « justice cognitive » au manuel scolaire, il y a une marge… administrative

L’Union africaine parle de « justice cognitive » et de « réparation mémorielle ». De belles formules, généreuses, qu’on aimerait voir se traduire vite dans les salles de classe de Lomé à Tunis. Sauf que remplacer une carte murale coûte de l’argent, imprimer de nouveaux manuels scolaires prend des années, et convaincre Google Maps ou les manuels français, chinois ou américains de changer leur projection par défaut relève moins de la bonne volonté que du rapport de force économique. La résolution « appelle à un dialogue constructif » avec les géants du numérique. Un dialogue constructif, en langage diplomatique, ça veut souvent dire : « on demande poliment », et « on croise les doigts ».

Le vrai test, ce sera la 83e session

À sa décharge, l’ONU a déjà prévu de remettre le sujet à l’ordre du jour de sa prochaine session. C’est peut-être là que se jouera la vraie question : cette résolution est-elle le début d’un mouvement de fond qui ira jusque dans les salles de classe et les applications de smartphone, ou un symbole confortable qu’on agite une fois puis qu’on range dans le tiroir des bonnes intentions votées à l’unanimité ?

Alors, ça change quoi pour les Africains, concrètement ? À court terme : pas grand-chose. Le PIB ne bouge pas parce qu’un continent gagne quelques centimètres sur une carte scolaire. Les visas restent aussi difficiles à obtenir, les taux d’intérêt des emprunts souverains africains restent aussi punitifs, et les matières premières continuent de partir brutes pour revenir transformées, chères, et… sur une carte enfin à la bonne échelle.

À plus long terme, en revanche, il y a quelque chose d’assez politique dans le symbole : une génération d’enfants qui grandit en voyant son continent occuper toute la place qu’il mérite visuellement pourrait, à la marge, se raconter une histoire différente d’elle-même. La carte ne nourrit personne, mais elle façonne discrètement l’imaginaire, l’estime de soi collective, et parfois, avec le temps, les ambitions. Reste à savoir si Equal Earth arrivera vraiment dans les salles de classe tunisiennes et africaines, ou si elle restera, comme tant de bonnes résolutions onusiennes, une belle carte encadrée au mur d’un bureau climatisé à New York.

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*« Equal Earth » est une projection cartographique créée en 2018 par quatre chercheurs (Bojan Šavrič, Tom Patterson, Bernhard Jenny et un autre collaborateur), pensée comme une alternative moderne à Mercator.

Son principe : elle est équivalente (equal-area), ce qui veut dire qu’elle préserve les proportions réelles des surfaces des continents les unes par rapport aux autres. Concrètement, si l’Afrique est 14 fois plus grande que le Groenland dans la réalité, elle apparaîtra bien 14 fois plus grande sur la carte — contrairement à Mercator, où les deux semblent à peu près de la même taille.

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INS : les prix grimpent de 5,4%, portés par la viande, les fruits..

En août 2026, les prix à la consommation ont augmenté de 0,5% par rapport à juillet, portant la hausse annuelle à 5,4%, selon l’Institut national de la statistique (INS). Cette progression s’explique surtout par la hausse des prix dans l’alimentation, les boissons et la santé, dont le rythme s’est accéléré par rapport à juillet.

Sur un an, les prix des produits alimentaires et boissons ont grimpé de 7,5%, tirés par la volaille (+16,5%), la viande ovine (+14,7%), les fruits (+14,4%), la viande bovine (+13,6%) et le poisson frais (+10,9%). Seules les huiles alimentaires ont baissé, de 4,3%. Les produits manufacturés ont augmenté de 4,7% (habillement et chaussures +9%, produits d’entretien +5%) et les services de 4,3%, en grande partie à cause des services d’hébergement (+15,6%).

D’un mois à l’autre, les hausses les plus fortes concernent les œufs (+12,9%), la volaille (+11,4%), les légumes (+3,9%), les fruits (+2,2%), les fournitures scolaires (+1,4%) et les services de santé (+0,8%, dont médicaments +1,3%). En revanche, les soldes d’été ont fait baisser les prix de l’habillement et des chaussures de 4,7% et 5,4%.

L’inflation sous-jacente (hors alimentation et énergie) est passée de 4,8% en juillet à 4,9% en août. Les produits à prix libres ont augmenté de 6,5% sur un an, contre seulement 1,3% pour les produits à prix encadrés ; dans l’alimentaire, les produits libres ont grimpé de 8,5%, contre 0,2% pour les produits encadrés. Les « produits manufacturés » et les « services » ont le plus contribué à la hausse globale des prix, avec respectivement 1,8 et 1,4 point, tandis que les régimes « non alimentaire libre » et « alimentaire libre » ont pesé à hauteur de 2,9 et 2,2 points.

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Tahar El Almi : disparition d’un économiste qui avait fait de l’analyse économique un espace de débat public

Économiste, économètre, universitaire, enseignant-chercheur et chroniqueur, Tahar El Almi laisse une empreinte singulière dans le paysage économique tunisien. Pendant des années, il a fait de l’analyse économique un instrument de compréhension du pays et de ses mutations. Sa collaboration avec L’Économiste Maghrébin, qui aura donné lieu à 537 articles recensés dans ses archives, témoigne à elle seule de la place qu’il occupait dans le débat économique national.

La disparition de Tahar El Almi intervient alors que sa plume était encore active. Son dernier article retrouvé dans les archives de L’Économiste Maghrébin, publié le 3 septembre 2026, portait sur un sujet qui résumait parfaitement l’un de ses principaux centres d’intérêt : les relations entre politique monétaire internationale, financement de l’économie et souveraineté économique tunisienne. Intitulé « Ce que la politique monétaire européenne coûte à la Tunisie », le texte était signé par le « Dr Tahar El Almi, Économiste-Economètre Universitaire, Professeur Associé, Président-Fondateur de l’IAEF ».

Quelques jours seulement avant sa disparition, il continuait donc à faire ce qu’il avait fait pendant des décennies : observer l’économie, questionner ses mécanismes et surtout tenter de comprendre ce qu’ils signifiaient concrètement pour la Tunisie.

537 articles dans L’Économiste Maghrébin

Il est difficile de mesurer la contribution de Tahar El Almi au débat économique tunisien sans commencer par ce chiffre : 537 articles sont actuellement recensés sous sa signature dans les archives de L’Économiste Maghrébin. Ce nombre est considérable.

Il ne traduit pas seulement une longévité éditoriale. Il révèle une véritable continuité intellectuelle. Pendant des années, Tahar El Almi a accompagné les grandes évolutions de l’économie tunisienne à travers des analyses consacrées à l’inflation, au pouvoir d’achat, à la dette publique, à la politique monétaire, au financement de l’économie, au dinar, à la fiscalité, à l’investissement, aux entreprises, au système bancaire et aux marchés financiers.

Mais son regard ne s’arrêtait pas aux frontières tunisiennes. Le dollar, l’euro, la Réserve fédérale américaine, la Banque centrale européenne, l’OPEP, les marchés pétroliers, les tensions géopolitiques et les transformations de l’économie mondiale faisaient également partie de son champ d’analyse.

Son idée centrale était simple : la Tunisie étant une économie ouverte, aucun bouleversement international ne peut lui être totalement étranger.

 

Une formation entre Strasbourg et Tunis

Le parcours de Tahar El Almi est d’abord celui d’un universitaire. Les documents de référence consacrés à ses travaux le rattachent à l’Université Louis-Pasteur de Strasbourg, en France, ainsi qu’à l’Université de Tunis, notamment à l’ISG-Tunis et à l’Institut des Hautes Études de Tunis (IHET).

La Friedrich-Ebert-Stiftung, qui a publié certains de ses travaux, le présente comme maître de conférences à l’Institut de Hautes Études de Tunis. D’autres sources le présentent plus tard comme ancien enseignant-chercheur à l’ISG-Tunis et comme professeur associé à l’IHET. Cette double dimension — universitaire et praticien de l’analyse économique — explique beaucoup de sa démarche.

Il possédait les outils de l’économiste et de l’économètre, mais cherchait constamment à les appliquer aux problèmes concrets de l’économie tunisienne. Il ne concevait pas l’économie comme une discipline enfermée dans les amphithéâtres. Pour lui, les modèles, les statistiques et les indicateurs devaient permettre de mieux comprendre la réalité.

 

L’économètre derrière le chroniqueur

C’est un aspect important de son parcours qu’il ne faut pas laisser dans l’ombre. Tahar El Almi était d’abord un économiste-économètre. Ses analyses reposaient sur une attention particulière portée aux données et aux mécanismes macroéconomiques. Cette formation se retrouvait dans ses travaux universitaires, mais aussi dans ses interventions publiques et ses chroniques.

Même lorsqu’il écrivait pour un lectorat non spécialisé, il cherchait généralement à remonter des chiffres vers les mécanismes qui les produisent. Une hausse de l’inflation n’était pas seulement une statistique. Elle signifiait une dégradation du pouvoir d’achat.

Une hausse des taux n’était pas seulement une décision de banque centrale. Elle pouvait se traduire par un crédit plus cher, un investissement retardé, une entreprise fragilisée ou une croissance ralentie. Une dette publique n’était pas simplement un ratio rapporté au PIB. Elle était aussi une question de stratégie, d’investissement et de capacité future de l’État. Cette façon de relier les grandeurs macroéconomiques aux réalités quotidiennes constituait l’une des marques de son écriture.

Les salaires réels : une contribution universitaire majeure

Parmi ses travaux les plus importants figure l’étude consacrée à l’évolution des salaires réels en Tunisie avant et après la révolution, sur la période 2005-2015, réalisée avec l’économiste Ezzedine Larbi. Publiée par la Friedrich-Ebert-Stiftung en 2016, cette étude compte 116 pages dans sa version complète. Son intérêt dépasse largement l’analyse statistique des rémunérations. Les auteurs cherchent à comprendre la situation du salariat tunisien, l’évolution des rémunérations et du pouvoir d’achat avant et après la révolution, mais également à réfléchir aux conditions d’une nouvelle politique salariale compatible avec les impératifs du développement économique et social.

Ce travail illustre parfaitement la démarche de Tahar El Almi : mettre l’économie au service de la compréhension des transformations sociales. Le salaire réel était ainsi considéré non seulement comme une variable économique, mais comme un révélateur de la situation des ménages et de l’évolution du modèle de développement.

 

Un enseignant qui a formé plusieurs générations

L’autre dimension de son héritage est pédagogique. Tahar El Almi n’a pas seulement produit des analyses et des publications. Il a également enseigné et encadré des étudiants. Des travaux universitaires conservés dans différentes bases montrent son implication dans l’encadrement de mémoires et de recherches à l’Institut des Hautes Études de Tunis. Un mémoire de master consacré au financement des PME, par exemple, a été réalisé sous sa direction.

La Bibliothèque nationale de Tunisie conserve par ailleurs la trace de plusieurs interventions universitaires auxquelles il a participé en 2020, notamment autour de la crédibilité des politiques économiques et sociales, de la crise pandémique et du sauvetage des entreprises. Son activité d’enseignant ne doit donc pas être considérée comme un simple épisode de son parcours. Elle constitue au contraire l’un des piliers de son héritage : transmettre les outils permettant de comprendre l’économie.

 

L’Institut Africain d’Économie Financière

Tahar El Almi avait également cherché à prolonger cette activité au-delà de l’université. Il était président-fondateur de l’Institut Africain d’Économie Financière (IAEF-ONG). Dans des documents plus anciens, cette structure apparaît également sous l’appellation d’Association Africaine d’Économie Financière (AAEF-ONG).

Cette initiative correspondait à une ambition qui traversait son parcours : développer la réflexion économique et financière dans une perspective africaine, créer des espaces d’échange et rapprocher l’analyse académique des réalités économiques. L’universitaire devenait ainsi également animateur de débat et promoteur de réflexion économique.

 

La crise du Covid : l’économiste face à l’urgence

La crise sanitaire de 2020 fut un moment particulièrement révélateur de sa conception de la politique économique. Alors que la pandémie paralysait une grande partie de l’économie mondiale, Tahar El Almi plaidait pour un plan de sauvetage de 25 milliards de dinars sur trois ans afin de soutenir l’activité et l’emploi.

Cette proposition illustrait une conviction qui allait traverser ses analyses ultérieures : dans une situation exceptionnelle, les pouvoirs publics doivent pouvoir sortir des cadres ordinaires. Il accordait une importance particulière à la préservation de l’entreprise et de l’appareil productif.

Car pour lui, sauver l’économie ne signifiait pas simplement soutenir la demande à court terme. Il fallait préserver les capacités de production, l’emploi et l’investissement qui permettent à une économie de repartir.

 

Une lecture critique de la fiscalité

La fiscalité a également occupé une place importante dans ses analyses. En octobre 2024, commentant le projet de loi de finances 2025, il estimait que certaines mesures risquaient d’augmenter la pression fiscale sur les ménages et les entreprises sans offrir de contreparties suffisantes en matière de croissance. Il insistait notamment sur le risque de voir une fiscalité excessive décourager l’investissement et peser sur le pouvoir d’achat.

Sa réflexion s’inscrivait ici dans une tradition économique ancienne qu’il aimait rappeler : l’impôt doit financer l’État sans détruire les incitations à produire et à investir. C’est aussi dans ce type d’analyse qu’apparaissait son intérêt pour Ibn Khaldoun, dont la réflexion sur la fiscalité constituait à ses yeux une référence toujours actuelle.

 

La dette : un problème, mais surtout une question de stratégie

La dette publique fut probablement l’un des thèmes auxquels il revint le plus souvent. Dans une analyse publiée en février 2026, intitulée « Dette publique : le mirage de la catastrophe, ou comment la peur coûte plus cher que les chiffres », il refusait de réduire la question de la dette à un simple ratio comptable.

Son raisonnement était que la dette ne devient véritablement dangereuse que lorsqu’elle accompagne une incapacité à investir et à produire de la croissance. Autrement dit, le problème n’était pas uniquement le niveau de la dette. Il était aussi dans la capacité du pays à utiliser ses ressources pour créer les conditions d’une croissance future. Cette approche résumait assez bien sa philosophie économique : l’austérité comptable ne peut constituer à elle seule une stratégie de développement.

 

La Banque centrale et les limites de l’orthodoxie monétaire

La politique monétaire constituait un autre de ses grands terrains de réflexion. Tahar El Almi s’est régulièrement interrogé sur le rôle de la Banque centrale de Tunisie, son indépendance, les taux d’intérêt et l’arbitrage entre inflation et croissance.

En 2024, il avait notamment consacré une analyse à l’indépendance de la Banque centrale, estimant que cette notion méritait d’être réexaminée à la lumière des difficultés économiques tunisiennes. Cette position était cohérente avec son approche générale : la politique monétaire ne peut être considérée indépendamment de la politique économique globale.

Lutter contre l’inflation est nécessaire.  Mais si cette lutte se traduit par une contraction excessive du crédit, de l’investissement et de l’activité, elle peut également avoir un coût économique et social. Il cherchait donc constamment à mettre en évidence les arbitrages.

 

L’entreprise au cœur de ses préoccupations

Dans ses dernières années, l’entreprise tunisienne occupa une place croissante dans ses analyses. En juin 2026, dans un long « Décryptage » intitulé « Quand produire devient un acte de résistance », il dénonçait les contraintes qui pèsent sur les entrepreneurs, la pression fiscale, la concurrence de l’économie informelle et les difficultés administratives.

Son diagnostic était alors particulièrement sévère. L’économie tunisienne ne peut pas espérer créer suffisamment d’emplois si les entreprises qui doivent produire, investir et embaucher sont progressivement fragilisées. Cette préoccupation prolongeait d’ailleurs ses travaux plus anciens sur l’investissement, la croissance et la politique économique.

Chez Tahar El Almi, l’entreprise n’était pas seulement un agent économique : elle était l’un des principaux lieux où se décide la capacité d’un pays à créer de la richesse et de l’emploi.

 

Une écriture qui mettait les chiffres à hauteur d’homme

C’est peut-être là que réside l’une des spécificités de son style. Dans une chronique de mai 2026 intitulée « Quand la stabilité ne suffit plus à raconter la vie des gens », il mettait en évidence le décalage entre l’amélioration de certains indicateurs macroéconomiques et le sentiment persistant de difficultés chez les ménages.

Cette préoccupation était ancienne. Pour lui, une économie ne pouvait pas être déclarée « stabilisée » uniquement parce que certains indicateurs étaient revenus dans une zone plus favorable. Il fallait encore que cette amélioration soit perceptible dans la vie quotidienne.

La baisse de l’inflation n’est pas nécessairement une amélioration du niveau de vie. Si les prix ont fortement augmenté auparavant, leur stabilisation à un niveau élevé ne signifie pas que les ménages retrouvent leur pouvoir d’achat. Cette distinction, fondamentale pour comprendre la réalité économique, était régulièrement présente dans ses analyses.

 

2010-2025 : le regard rétrospectif sur les occasions manquées

En janvier 2026, il revenait sur quinze années d’évolution économique dans une analyse intitulée « 2010-2025 — L’écho des occasions manquées, entre Washington, Bruxelles… et Tunis ». Son regard portait sur les choix monétaires américains et européens, mais aussi sur les difficultés tunisiennes.

Une fois encore, son propos dépassait la simple conjoncture. Il s’interrogeait sur la capacité de la Tunisie à investir, à innover, à monter en gamme, à réformer son État et à restaurer la confiance des citoyens et des investisseurs. C’était une constante chez lui : chercher derrière la crise immédiate les causes structurelles qui la rendent possible.

 

L’international comme miroir de la Tunisie

L’un des mérites de ses chroniques aura été de montrer que la macroéconomie internationale n’est jamais très éloignée de la vie économique tunisienne. Lorsque la Fed modifie sa politique monétaire, cela peut modifier le coût du financement international.

Lorsque la BCE change de cap, cela affecte directement ou indirectement la Tunisie, notamment par le canal de l’euro, de la dette et des échanges. Lorsque le prix du pétrole varie, c’est toute l’équation énergétique tunisienne qui peut être bouleversée.

Lorsque le dollar se renforce, la facture de certaines importations augmente. Lorsque les marchés internationaux deviennent plus averses au risque, le financement des économies émergentes devient plus difficile. Cette pédagogie de l’interdépendance internationale était l’une des grandes qualités de son travail journalistique.

 

537 articles : une véritable chronique de l’économie tunisienne

Le chiffre des 537 articles prend ainsi toute sa signification. Ce n’est pas seulement une statistique éditoriale. C’est, en quelque sorte, une chronique parallèle de plusieurs décennies de l’économie tunisienne. À travers ses textes, on retrouve les grandes préoccupations économiques du pays :

  • les salaires et le pouvoir d’achat ;

  • l’inflation ;

  • la politique monétaire ;

  • la Banque centrale ;

  • la dette publique ;

  • le financement de l’État ;

  • la fiscalité ;

  • l’investissement ;

  • l’entreprise ;

  • l’emploi ;

  • les banques et les marchés financiers ;

  • le dinar ;

  • le dollar et l’euro ;

  • l’énergie ;

  • les relations avec les institutions financières internationales ;

  • et, plus largement, les rapports entre économie nationale et économie mondiale.

En 2021 déjà, L’Économiste Maghrébin le comptait officiellement parmi ses chroniqueurs, aux côtés de plusieurs grandes signatures du journal. Cette fidélité réciproque entre le journal et son chroniqueur aura donc constitué une véritable aventure éditoriale.

 

Jusqu’au bout de la plume

La dimension la plus émouvante de son parcours tient peut-être à la chronologie de ses dernières publications. En 2026 encore, Tahar El Almi publiait régulièrement. En janvier, il analysait les occasions manquées de la Tunisie.

En février, il revenait sur la dette publique. En mai, il s’interrogeait sur le décalage entre stabilité macroéconomique et réalité sociale. En juin, il défendait l’entreprise et la production. En juillet, il analysait l’OPEP et les transformations du marché pétrolier.

Et le 3 septembre 2026, dans ce qui apparaît comme sa dernière contribution sur les colonnes de L’Economiste Maghrébin, il écrivait encore sur la politique monétaire européenne et ses conséquences pour la Tunisie. Il aura donc, littéralement, écrit jusqu’aux derniers jours.

 

Un héritage qui dépasse les chiffres

Il serait pourtant réducteur de résumer Tahar El Almi à ses 537 articles. Son héritage est plus large. Il est universitaire, à travers son enseignement et ses travaux. Il est scientifique, à travers ses recherches en économie et en économétrie. Il est pédagogique, à travers les étudiants qu’il a accompagnés. Il est institutionnel, à travers l’Institut Africain d’Économie Financière. Il est enfin journalistique et citoyen, à travers plusieurs centaines de textes consacrés à l’économie tunisienne. Mais il est surtout intellectuel. Car Tahar El Almi avait une manière bien à lui de regarder l’économie. Il se méfiait des évidences. Il questionnait les orthodoxies. Il refusait les explications trop simples.

Et surtout, il rappelait régulièrement que derrière chaque taux, chaque ratio et chaque indicateur se trouvent des hommes et des femmes. Un taux d’inflation, c’est un pouvoir d’achat. Un taux d’intérêt, c’est un crédit plus ou moins accessible. Une dette, c’est une marge de manœuvre pour les générations futures. Une politique fiscale, c’est un arbitrage entre ressources publiques, entreprises et ménages. Une politique de change, c’est le prix des importations et la compétitivité des exportations. Une croissance, enfin, ce n’est pas seulement un chiffre : c’est la possibilité de créer des emplois et de donner des perspectives.

 

Une voix qui manquera à L’Économiste Maghrébin

Pour L’Économiste Maghrébin, sa disparition revêt une dimension particulière. Pendant des années, Tahar El Almi aura été l’une des signatures régulières du journal. 537 articles recensés : peu de chiffres résument aussi bien la profondeur d’une collaboration. Mais au-delà du volume, il y avait une fidélité intellectuelle. Il y avait le goût du débat. Le droit à la contradiction.

La volonté de comprendre les mécanismes économiques plutôt que de simplement commenter les chiffres. Et cette conviction, finalement très simple, que le rôle de l’économiste est aussi de participer au débat public.

Sa dernière contribution, publiée le 3 septembre, portait sur le coût de la politique monétaire européenne pour la Tunisie. Il y revenait sur la question de la dépendance financière et concluait, en substance, que la véritable souveraineté économique ne consiste pas seulement à pouvoir emprunter, mais à pouvoir vivre avec moins besoin d’emprunter.

Cette idée pourrait presque servir d’épitaphe intellectuelle. Réduire les dépendances. Restaurer la capacité de produire. Investir. Créer de la richesse. Préserver le pouvoir d’achat. Et surtout, retrouver la capacité de décider.

Tahar El Almi aura consacré une grande partie de son parcours à ces questions. Il laisse derrière lui des travaux, des étudiants, une institution, des analyses et, surtout, 537 articles qui continueront à témoigner de sa présence dans le débat économique tunisien.

Son œuvre restera ainsi une mémoire de l’économie tunisienne contemporaine : ses crises, ses espoirs, ses hésitations, ses occasions manquées, mais aussi ses possibilités. À travers ses écrits, Tahar El Almi continuera de dialoguer avec ceux qui chercheront à comprendre la Tunisie économique.

C’est sans doute la plus durable des formes de présence pour un universitaire et un économiste. Il disparaît, mais sa question demeure : quelle économie voulons-nous construire pour la Tunisie ?

Il manquera au site et au magazine de L’Economiste Maghrébin en particulier, mais surtout aux lecteurs et au débat public du pays.

Que sa mémoire demeure.

Hédi Mechri, Sahar Mechri et l’ensemble de la rédaction de L’Economiste Maghrébin présentent leurs condoléances les plus attristées à l’épouse, ses enfants et aux proches de Tahar El Almi. Et que son âme repose en paix!

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La Tunisie prend la présidence tournante du Conseil de la Ligue arabe

Le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Mohamed Ali Nafti, conduira la délégation tunisienne à la 166ᵉ session ordinaire du Conseil de la Ligue des États arabes, qui se tiendra lundi 7 septembre 2026 au Caire. À cette occasion, la Tunisie exercera la présidence tournante du Conseil au niveau ministériel pour un mandat de six mois, de septembre 2026 à mars 2027.

Selon le ministère des Affaires étrangères, Tunis entend mettre cette présidence au service du dialogue, de la concertation et de la coordination entre États arabes, en cherchant à rapprocher les positions et à renforcer l’unité arabe face aux défis régionaux.

Les travaux de la session ministérielle porteront essentiellement sur l’évolution de la situation dans la région arabe, avec un accent particulier sur les Territoires palestiniens, notamment la poursuite des agressions dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, ainsi que sur d’autres dossiers arabes inscrits à l’ordre du jour. Les ministres examineront également les principaux axes de la coopération arabe dans les domaines du développement, de l’économie, du social et de la sécurité.

En marge de la session, Mohamed Ali Nafti mènera plusieurs entretiens bilatéraux avec ses homologues arabes, afin d’évoquer les relations bilatérales et les moyens de consolider la coopération entre la Tunisie et ses partenaires arabes, dans le cadre de la présidence tunisienne du Conseil.

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L’Iran, les jeunes américains endettés et la monstrueuse proposition israélienne

Avec tous les désastres politiques et les catastrophes militaires que les Etats-Unis, sur instigation d’Israël, s’auto-infligent depuis des décennies, on reste pantois face à l’incroyable passivité du peuple américain à réagir en forçant ses gouvernants à servir les intérêts de leur pays plutôt que ceux d’un Etat-paria honni par la quasi-totalité de l’humanité.

Sur instigation israélienne, la puissance américaine a tué des millions d’Arabes et de musulmans et transformé en enfer la vie de dizaines de millions d’autres en Irak, en Libye, en Syrie et en Iran – où elle se trouve prise au piège.

Dans cette guerre asymétrique avec l’Iran, même si Trump continue de le nier, la plus grande puissance militaire du monde s’est fait battre par un pays sous sanctions économiques depuis un demi-siècle. Elle a raté la porte de sortie que lui offrait le « Memorandum of Understanding » et qui lui aurait permis de sauver un peu la face en concluant diplomatiquement un conflit qu’elle n’a pu remporter militairement.

Mais, visiblement, Israël, qui a poussé les Etats-Unis dans cette guerre insensée, s’active à fermer toute porte de sortie et à enfoncer encore plus l’armée américaine dans le bourbier iranien. Car, pour la clique génocidaire au pouvoir à Tel-Aviv, elle l’a dit et redit publiquement, il est hors de question que l’Amérique jette l’éponge en laissant le régime iranien aux commandes, plus fort et plus populaire qu’avant la guerre.

Invasion terrestre de l’Iran ?

Face à l’évidence que le pouvoir à Téhéran ne peut être renversé par des bombardements aériens, le gouvernement israélien tente de convaincre Trump de « la nécessité d’une invasion terrestre de l’Iran ». L’Amérique n’a que 450 000 soldats et, avec un tel nombre, elle ne peut pas envahir un pays de 90 millions d’habitants, aussi vaste que l’Europe occidentale. Qu’à cela ne tienne. Le « génie » israélien a la solution.

Cette solution à l’israélienne a été rendue publique par le Jerusalem Post dans son édition du 30 août. On y lit notamment : « Des frappes aériennes durant plus de 180 jours n’ont pas permis d’affaiblir significativement les capacités militaires de l’Iran, ni de contraindre Téhéran à négocier. Les États-Unis doivent donc déployer une force terrestre de grande envergure. Pour éviter un décret de conscription susceptible de provoquer des réactions politiques négatives, le meilleur moyen est d’utiliser l’endettement des jeunes Américains comme incitation à l’enrôlement. L’’Américain moyen âgé de 18 à 34 ans est endetté à hauteur de plus de 40 000 dollars sous forme de prêts étudiants, de dettes de cartes de crédit, de prêts automobiles et de prêts personnels, certaines dettes atteignant même 100 000 dollars. Et c’est exactement le groupe dont le Pentagone a besoin » !

 

L’’Américain moyen âgé de 18 à 34 ans est endetté à hauteur de plus de 40 000 dollars sous forme de prêts étudiants, de dettes de cartes de crédit, de prêts automobiles et de prêts personnels…

 

Le journal du Mossad poursuit : « La solution consiste à adopter un programme d’annulation de toutes les dettes étudiantes, de cartes de crédit et autres prêts après 24 ou 36 mois de service militaire. Cette politique, associée à un élargissement de la loi sur l’aide au réengagement des soldats (GI Bill) engendrerait une vague massive d’engagements volontaires ».

Beaucoup d’intellectuels américains, à l’instar du professeur John Mearsheimer, voient en Israël « un albatros attaché au cou de l’Amérique ». Mais ils sont loin de penser que ce pays minuscule loin de 10 000 kilomètres de leurs frontières puisse aller jusqu’à exploiter la pauvreté, l’endettement et la détresse de milliers de jeunes américains dans le but de les envoyer en Iran pour servir de chair à canon.

 

Beaucoup d’intellectuels américains, à l’instar du professeur John Mearsheimer, voient en Israël « un albatros attaché au cou de l’Amérique ».

 

Si Israël s’est permis cyniquement de proposer un plan aussi monstrueux, c’est parce qu’il a été habitué à mener par le bout du nez pendant des décennies les administrations américaines successives en toute impunité. C’est parce que les locataires successifs de la Maison Blanche ont accepté docilement d’être manipulés, dominés, induits en erreur et même humiliés par Israël et ses agents à Washington.

Aucune réaction officielle, ni de la part de Trump ni de la part des ses lieutenants au Pentagone et au département d’Etat. Toutefois quelques figures politiques peu influentes et quelques Instituts de recherche, comme le Mises Institute, ont fustigé l’idée, dénonçant « une exploitation cynique de la pauvreté et de la précarité étudiante pour servir des intérêts géopolitiques étrangers ».

Sur les réseaux sociaux, le projet détaillé dans les colonnes du Jerusalem Post a été massivement comparé à une version réelle et brutale de la série « Squid Game » (Le jeu du calmar), une série télévisée sud-coréenne qui raconte l’histoire de personnes en grande difficulté financière et qui, dans l’espoir de remporter un prix doté des millions dont elles rêvent, acceptent de risquer leur vie dans un jeu de survie mystérieux.

Les étudiants américains endettés accepteront-ils de risquer leur vie en allant combattre l’Iran pour le compte du génocidaire Netanyahu qui a déjà fait trop de mal à leur pays ?

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Bourse de Tunis : progression de 0,88 % du Tunindex en juillet 2026 (Rapport FMA)

Le Tunindex, indice phare de la Bourse de Tunis, a progressé de 0,88 % en juillet 2026, atteignant 20 038,09 points à la fin du mois, contre 19 863,75 points fin juin, selon le bulletin mensuel sur les marchés financiers arabes publié par le Fonds monétaire arabe (FMA).

Cette performance positive s’inscrit dans un contexte de résultats contrastés sur les marchés financiers arabes en juillet 2026, selon la même source. En effet, l’indice composite du FMA pour les marchés financiers arabes a enregistré un repli de 0,19 %, avec une hausse des indices sur sept places boursières et une baisse sur sept autres.

Concernant la capitalisation boursière de la place de Tunis, elle a augmenté de 0,45 % en juillet, à environ 16,62 milliards de dollars, contre près de 16,54 milliards de dollars en juin 2026. En revanche, la valeur des transactions à la Bourse de Tunis a régressé de 3,66 % pour s’établir à 184,8 millions de dollars, contre près de 191,8 millions de dollars en juin.

Le volume des échanges enregistre, lui, une hausse de 13,38 %, pour atteindre environ 32,1 millions de titres, contre près de 28,3 millions de titres en juin 2026.

A rappeler que le Fonds monétaire arabe est une institution financière régionale arabe fondée en 1976. Elle compte 22 pays membres dont la Tunisie. Il vise à corriger les déséquilibres des balances des paiements des États membres, à supprimer les restrictions sur les paiements courants entre eux, à établir des méthodes de coopération monétaire arabe, à développer les marchés financiers arabes et à créer les conditions propices à l’établissement d’une monnaie arabe unifiée.

Avec TAP

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Tunisie – Médias : les inquiétudes du Conseil de presse

Le Conseil de presse exige la libération de Mohamed Yousfi, interpellé dans la soirée du vendredi 4 septembre, et alerte sur un climat d’autocensure grandissant au sein de la profession.

 

Dans un communiqué publié samedi 5 courant, le Conseil de presse réclame la libération de Mohamed Yousfi, rédacteur en chef du média d’investigation Alqatiba, interpellé vendredi soir alors qu’il se rendait à une émission radio consacrée à la crise de l’eau. L’instance dénonce un « indicateur dangereux » qui s’ajoute à une série de précédents plaçant journalistes et médias sous la menace de l’intimidation et de l’emprisonnement.

Le Conseil prend soin de ne pas contester le droit des autorités à enquêter, un principe relevant selon lui de l’État de droit. Mais il pose une distinction claire : ces procédures ne doivent pas devenir un moyen de contourner les protections légales des journalistes, ni un outil de pression professionnelle — une nuance qui évite à l’instance de se poser en opposant systématique à la justice tout en fixant une limite nette.

L’alerte porte surtout sur l’effet cumulatif de ces affaires : normalisation des poursuites, montée de l’autocensure, et à terme « assèchement » des sources d’information, donc une atteinte indirecte mais réelle au droit du public à une information fiable.

Le Conseil réclame en parallèle le respect du secret des sources et la création d’un organe de régulation médiatique réellement indépendant, suggérant que le vide institutionnel actuel favorise ce type de dérive.

Fait notable, le communiqué pointe du doigt directement les autorités en place comme responsables de la dégradation du paysage médiatique décrit en des termes très durs : « effondrement », « désertification », presse « sans questions ». Cette charge, inhabituelle dans sa frontalité, traduit une inquiétude qui dépasse le cas individuel de Mohamed Yousfi pour interroger la trajectoire d’ensemble du pluralisme en Tunisie, tout en saluant, en creux, les rédactions qui continuent de résister à cette pression.

A noter qu’avant le Conseil de presse, le SNJT (Syndicat national des journalistes tunisiens) avait dénoncé l’interpellation du journaliste, s’inquiétant même de son état de santé.

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Hausse du taux d’inflation de 0,3 % en août 2026 (INS)

Aïe, mauvaise nouvelle pour le panier de la ménagère tunisienne: en août, le taux d’inflation a atteint 5,4 % alors qu’il était à 5,1 %, en juillet 2026. L’Institut national de la statistique (INS) explique cette hausse par l’accélération du rythme de progression des prix du groupe « Alimentation » (7,8 % en août 2026 contre 6,8 % en juillet 2026), des prix du groupe « Boissons et eaux minérales » (3,7 % en août 2026 contre 3,1 % en juillet 2026), ainsi que par la hausse des prix du groupe « Santé » (3,4 % en aout 2026 contre 2,7 % en juillet 2026).

En glissement annuel, les prix du groupe « Alimentation et boissons » ont augmenté de 7,5 %, suite à l’accroissement des prix de la viande de volaille de 16,5 %, de la viande ovine de 14,7 %, des fruits de 14,4 %, de la viande bovine de 13,6 % et du poisson frais de 10,9%. Les prix des huiles alimentaires ont, cependant, diminué de 4,3 %

L’INS fait également état de l’augmentation des prix des produits manufacturés de 4,7 % expliquée par la hausse des prix des produits de l’habillement et chaussures (+9 %) et des produits d’entretien courant du foyer (+5 %).

En ce qui concerne les services, leurs prix ont enregistré une progression de 4,3 % sur un an, progression due principalement à l’augmentation des prix des services d’hébergement de 15,6 %. Quant à l’inflation sous-jacente (hors produits alimentaires et énergie), il a connu, au mois d’août 2026, une légère hausse pour s’établir à 4,9 %, contre 4,8 % au mois de juillet 2026.

Pour ce qui est des prix des produits libres (non encadrés), ils ont augmenté de 6,5 % sur un an, alors que les prix des produits encadrés ont évolué, quant à eux, de 1,3 %.

S’agissant de l’indice des prix à la consommation, l’INS souligne indique qu’il a enregistré une hausse de 0,5 % par rapport au mois de juillet 2026, favorisée par l’accroissement des prix du groupe « Alimentation et boissons » de 2,4 % (en raison de renchérissement des prix des œufs de 12,9 %, des viandes de volaille de 11,4 %, des légumes de 3,9 %…), ainsi que des prix du groupe « Santé » de 0,8 % (suite à la hausse des prix des produits pharmaceutiques de 1,3 %). De même, les prix des groupes « Enseignement » et « Restaurants et hôtels » ont augmenté, chacun, de 0,9 %.

En revanche, les prix du groupe « Habillement et chaussures » ont baissé de 4,7 %, en raison des soldes d’été.

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TRIBUNE – La Tunisie a-t-elle besoin d’un Premier ministre ou d’un architecte de l’exécution ?

À chaque fois que la perspective d’un changement à la tête du gouvernement se précise, le débat public se transforme rapidement en exercice de casting. Les noms circulent, les profils sont commentés, les réputations comparées. Pourtant, derrière la question de la personne, une interrogation autrement plus importante demeure : quel profil la Tunisie doit-elle désormais rechercher à la tête de son gouvernement ?

 

La question n’est pas théorique. Elle intervient au moment où le pays entre dans une phase décisive : celle de la mise en œuvre du Plan de développement 2026-2030. Après les diagnostics, les arbitrages, les annonces et les dispositifs de financement, le véritable enjeu devient celui de la transformation des décisions publiques en réalisations tangibles.

Autrement dit, le problème n’est plus seulement de savoir quoi faire, mais de déterminer qui peut faire faire, à quelle vitesse, avec quels moyens, selon quels indicateurs et sous quelle responsabilité. C’est à cette aune qu’il faudrait désormais évaluer tout profil appelé à diriger le gouvernement.

 

Le temps des plans cède la place au temps de l’exécution

La Tunisie ne souffre pas d’un déficit de diagnostics. Elle dispose de stratégies, d’études, de plans sectoriels, de rapports d’audit et de feuilles de route. Le problème apparaît lorsque ces documents doivent franchir le seuil de l’administration pour entrer dans celui de l’exécution.

Un projet peut être pertinent et pourtant rester bloqué par une autorisation. Une infrastructure peut être financée et ne pas avancer faute de coordination. Une réforme peut être décidée et perdre son efficacité dans les circuits administratifs. Un investissement peut être annoncé et demeurer suspendu pendant des mois à cause d’un enchaînement de procédures.

C’est précisément cette distance entre la décision et sa matérialisation qui constitue aujourd’hui l’un des principaux risques pour le Plan 2026-2030. Le prochain chef du gouvernement devra donc être jugé moins sur sa capacité à produire un programme supplémentaire que sur sa capacité à installer une véritable machine d’exécution publique.

 

Premier critère : savoir arbitrer

Gouverner consiste d’abord à arbitrer. Arbitrer entre les priorités budgétaires. Entre l’urgence sociale et l’investissement. Entre les différents territoires. Entre les administrations. Entre les exigences de court terme et les transformations structurelles.

La difficulté tunisienne ne réside pas uniquement dans l’absence de décisions. Elle réside aussi dans la dispersion des responsabilités et dans la difficulté à faire converger des acteurs qui disposent chacun de leur propre logique.

Le prochain chef du gouvernement devra donc posséder une véritable autorité d’arbitrage, fondée moins sur le pouvoir hiérarchique que sur la capacité à fixer des priorités, à trancher les blocages et à imposer une trajectoire commune.

 

Deuxième critère : comprendre l’économie comme un système

La prochaine étape exige également de sortir d’une lecture en silos. L’énergie ne peut être dissociée de la compétitivité industrielle. Les infrastructures ne peuvent être séparées de la logistique et des exportations. Les banques publiques ne peuvent être considérées indépendamment du financement de l’économie. Le capital humain ne peut être dissocié de la transformation technologique.

Le chef du gouvernement doit donc disposer d’une culture économique transversale, même s’il n’est pas lui-même économiste. Il doit comprendre les contraintes de financement, les mécanismes de l’investissement, les enjeux industriels, les chaînes de valeur, la compétitivité extérieure, la transition énergétique et la transformation numérique. Surtout, il doit être capable de relier ces dimensions dans une même architecture.

Le véritable enjeu n’est plus de financer séparément des projets. Il est de construire des écosystèmes productifs capables de générer croissance, emplois, exportations et recettes fiscales.

 

Troisième critère : transformer l’État en organisation apprenante

La gouvernance moderne ne peut plus se limiter au contrôle a posteriori. Un État performant doit savoir mesurer, corriger et apprendre. Cela suppose de renforcer le contrôle interne, l’audit, l’évaluation des politiques publiques, la circulation de l’information et la responsabilité managériale. Mais cela suppose également de dépasser une culture où le rapport de contrôle constitue parfois l’aboutissement du processus.

Le véritable indicateur de gouvernance devrait être ailleurs : combien de recommandations ont-elles été transformées en actions ? Combien d’actions ont-elles produit des résultats ? Et qui en est responsable ? Cette logique implique une évolution profonde de la culture administrative : passer de l’obligation de moyens à une véritable culture du résultat. La digitalisation peut ici devenir beaucoup plus qu’un outil de modernisation. Les données, les tableaux de bord et l’interconnexion des systèmes peuvent constituer l’infrastructure invisible d’un nouvel État capable de suivre en temps réel l’avancement de ses propres décisions.

 

Quatrième critère : maîtriser le dernier kilomètre

C’est probablement là que se joue la différence entre un gouvernement qui décide et un gouvernement qui transforme. Dans les grands projets publics, le problème n’est pas toujours le financement initial ou même la décision politique. Il apparaît souvent dans le « dernier kilomètre » : études insuffisamment préparées, autorisations, expropriations, marchés publics, coordination entre intervenants, capacités techniques des administrations, suivi des entreprises, réception des travaux.

Le prochain chef du gouvernement devra donc considérer l’exécution comme une discipline à part entière. Chaque projet stratégique devrait avoir un responsable clairement identifié, un calendrier, des jalons, des indicateurs, un budget, une cartographie des risques et une procédure d’escalade permettant de remonter rapidement les blocages au niveau approprié.

Ce qui manque souvent à l’État n’est pas nécessairement l’intelligence stratégique. C’est l’ingénierie du passage à l’acte.

 

Cinquième critère : savoir constituer une équipe

C’est peut-être le critère le plus important – et le moins visible dans les débats sur les personnalités. Aucun chef de gouvernement ne peut maîtriser simultanément l’énergie, l’industrie, les finances publiques, les infrastructures, la diplomatie économique, le numérique, l’agriculture, les affaires sociales et les enjeux territoriaux.

Sa compétence fondamentale doit donc être celle du chef d’orchestre. Il doit savoir choisir des ministres compétents, organiser la coordination interministérielle, déléguer, responsabiliser et surtout faire travailler ensemble des administrations qui ont trop souvent tendance à fonctionner en silos.

Le gouvernement de la prochaine séquence ne devrait donc pas être conçu comme une addition de ministères, mais comme une équipe projet autour de quelques priorités nationales mesurables.

 

Vers un “Government Delivery Office” tunisien ?

Cette évolution pourrait conduire à une innovation institutionnelle simple : créer, au cœur de la Présidence du gouvernement, une structure légère de pilotage de l’exécution – un véritable Government Delivery Office.

Sa mission ne serait pas de remplacer les ministères ni de créer une nouvelle bureaucratie. Elle consisterait à suivre les quelques dizaines de projets et réformes considérés comme prioritaires pour le Plan 2026-2030. Pour chacun d’eux : un responsable, un calendrier, des jalons, des indicateurs, un budget, des risques et un statut.

Vert : avance conformément au calendrier.

Orange : risque nécessitant arbitrage.

Rouge : blocage nécessitant intervention.

Une telle architecture permettrait de déplacer le centre de gravité de l’action gouvernementale : du suivi des décisions vers le suivi des résultats. Le chef du gouvernement disposerait ainsi non pas d’un énième rapport, mais d’un tableau de bord opérationnel lui permettant de savoir où l’État avance, où il ralentit et où il doit intervenir.

 

Le test des cent premiers jours

Le prochain gouvernement pourrait d’ailleurs être évalué sur une base beaucoup plus concrète que celle des déclarations de politique générale. Les cent premiers jours devraient permettre de répondre à quelques questions simples :

– Les priorités nationales sont-elles clairement définies ?

– Les responsables de leur mise en œuvre sont-ils identifiés ?

– Les projets stratégiques disposent-ils d’un calendrier réaliste ?

– Les principaux blocages administratifs ont-ils été cartographiés ?

– Les entreprises publiques et les banques publiques disposent-elles d’objectifs de performance explicites ?

– Un système de suivi interministériel fonctionne-t-il réellement ?

– Et surtout : les premiers résultats sont-ils visibles ?

Cette approche permettrait de réhabiliter une notion essentielle dans la vie publique : la redevabilité. Car une décision sans responsable est une intention. Une décision avec un responsable, mais sans calendrier est une promesse. Une décision avec responsable, calendrier et indicateurs devient un engagement public mesurable.

 

Le véritable casting est celui des compétences

Dans ce contexte, le débat sur les personnalités susceptibles d’accéder à la présidence du gouvernement est secondaire. Ce qui compte est de savoir si le profil retenu répond au cahier des charges de la nouvelle séquence.

Il faudra un profil capable de conjuguer autorité institutionnelle, culture économique, maîtrise administrative, capacité d’arbitrage, compréhension technologique et obsession du résultat. Mais surtout, il faudra un responsable capable de transformer ces qualités individuelles en capacité collective.

Car la Tunisie n’a pas besoin d’un homme providentiel capable de tout faire. Elle a besoin d’un chef de gouvernement capable de faire faire.

La nuance est fondamentale. Le premier cherche à concentrer les réponses. Le second construit une organisation capable de produire les réponses.

Le premier gouvernera par l’injonction. Le second par l’architecture, la responsabilité et la mesure.

 

Après le temps des annonces, celui de la livraison

La prochaine étape de la trajectoire tunisienne ne sera probablement pas gagnée par une nouvelle accumulation de plans, de commissions ou de déclarations. Elle se gagnera dans les détails : une autorisation débloquée, un appel d’offres lancé, un chantier livré, un investissement concrétisé, une entreprise publique redressée, une donnée enfin accessible, une réforme effectivement appliquée.

C’est là que se mesurera la crédibilité du Plan 2026-2030. Et c’est là aussi que se jouera la crédibilité du prochain chef du gouvernement.

 

La Tunisie n’attend peut-être plus un Homme providentiel. Elle attend enfin une architecture d’exécution.

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Elyes Kasri – Frontières africaines : du péché de Berlin au piège de l’intangibilité

Ce texte déconstruit le dogme de l’intangibilité des frontières coloniales (uti possidetis juris), adopté en 1964 par la jeune Organisation de l’Unité africaine (OUA), en dénonçant son inadéquation morale, démocratique et géopolitique. Conçu pour éviter l’anarchie, ce principe a sacrifié les nations organiques précoloniales au profit d’États-gendarmes oppressifs. L’analyse met en lumière le rôle opportuniste du régime algérien, qui a érigé ce statu quo en outil de domination, bloquant l’Union du Maghreb arabe et déstabilisant son flanc tunisien (trabendo, subversion, chantage migratoire). Face à cette glaciation, l’exigence démocratique s’impose comme l’unique préalable.

Porté par un désir irrépressible de liberté́, le peuple tunisien montre la voie d’une émancipation totale face au carcan de la Conférence de Berlin. En juillet 1964, réuni au Caire sous l’égide de la toute jeune Organisation de l’Unité africaine, le continent a scellé un pacte faustien. Par le principe de l’uti possidetis juris – l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation –, l’Afrique a choisi de figer sa géographie dans les lignes exactes dessinées par l’Europe à la Conférence de Berlin (novembre 1884-février 1885).

Ce choix ne fut pas un élan spontané de justice ou l’expression d’un consensus continental. Il fut le produit de péripéties troubles et de calculs égoïstes qui ont sacrifié le droit des peuples sur l’autel de la conservation du pouvoir. Sept décennies plus tard, ce pragmatisme cynique a épuisé ses vertus d’anesthésiant. Le dogme juridique est devenu un piège. En sanctuarisant les frontières du pillage, l’Afrique a constitutionnalisé une déchirure, ouvrant une crise profonde, à la fois morale, démocratique et géopolitique privant le continent des leviers de la stabilité, de la démocratie et du développement durable.

1 Les coulisses du Sommet du Caire: intérêts égoïstes et parrainage opportuniste

L’adoption de la résolution du Caire en 1964 ne fut pas le consensus harmonieux que décrit l’histoire officielle. Elle fut le théâtre d’affrontements doctrinaux féroces où ont triomphé les calculs patrimoniaux des nouveaux chefs d’État. Face aux thèses panafricaines de Kwame Nkrumah, qui suppliait le continent de briser les chaînes géographiques de Berlin pour unifier les peuples, s’est dressée la coalition des tenants du statu quo, menée par le groupe de Monrovia.

Pour ces dirigeants, la frontière coloniale, bien que reconnue comme un crime, offrait un avantage inestimable. Elle circonscrivait leur nouvelle propriété politique. Elle leur garantissait un monopole souverain sur les populations et les ressources. Dans ces intrigues de couloirs, le régime algérien naissant a joué un rôle crucial et particulièrement intéressé pour officialiser et pérenniser le crime colonial. Fraîchement sorti de sa guerre de libération (dont les péripéties, le nombre de victimes et le cadre juridique auquel a abouti le référendum sur l’autodétermination et les accords d’Evian suscitent une polémique qui n’est pas près de s’estomper), le pouvoir d’Alger – déjà accaparé par le clan militaro-sécuritaire de l’« armée des frontières » – avait une obsession majeure. Il lui fallait sanctuariser juridiquement l’immense territoire saharien, les anciens départements français du Sahara, que la puissance coloniale avait arbitrairement arraché ou grignoté aux royaumes et entités voisins comme la Tunisie, le Maroc et la Libye pour le rattacher à l’Algérie française. Il a renié ainsi avec violence et menace armée la parole donnée par Ferhat Abbas, président du GPRA et le protocole d’accord signé avec le président Habib Bourguiba le 17 juillet 1961.

Ce texte prévoyait noir sur blanc la création d’une commission mixte tuniso-algérienne chargée de redéfinir le tracé frontalier saharien (autour de la borne 233) immédiatement après l’Indépendance. Le GPRA y reconnaissait formellement le préjudice territorial subi par la Tunisie sous l’administration coloniale française. En se faisant le champion ultra-intransigeant de l’intangibilité au Sommet du Caire, le régime algérien n’agissait pas par idéal juridique, mais par pur opportunisme territorial. Alger a cyniquement utilisé la charte de l’OUA pour transformer un hold-up géographique impérialiste en une propriété étatique éternelle et inattaquable. Le crime colonial de Berlin, qui avait spolié les droits historiques des pays limitrophes et brisé les continuités humaines des peuples d’Afrique, s’est trouvé ainsi blanchi, officialisé et pérennisé par ceuxlà mêmes qui prétendaient incarner le fer de lance de la décolonisation.

2 La spoliation territoriale de la Régence: l’Algérie et la Libye comme bénéficiaires du grignotage colonial

Pour comprendre l’enracinement historique du contentieux maghrébin, il importe d’analyser la manière dont la Régence de Tunis, entité politique aux frontières largement reconnues sous l’Empire ottoman, a subi une asphyxie territoriale méthodique sous l’action conjuguée des puissances coloniales. La Tunisie précoloniale exerçait sa souveraineté et percevait l’impôt bien au-delà de ses limites actuelles. Elle englobait des pans entiers du Sahara oriental et des oasis stratégiques connectées aux réseaux transsahariens. L’expansionnisme français en Algérie à partir de 1830 a bouleversé cet équilibre. Considérant l’Algérie comme le joyau de son empire et le Sahara comme un espace d’extraction futur, Paris a procédé à un déplacement unilatéral des bornes vers l’Est. Des portions massives du territoire tunisien historique – notamment les riches zones pastorales et hydrauliques s’étendant du Nefzaoua aux confins du Souf et du Djérid – ont été rattachées administrativement aux départements français d’Algérie par une série de décrets militaires.

La France a édifié ainsi une frontière de pure opportunité minière et énergétique, amputant la Tunisie d’une profondeur stratégique saharienne indispensable. Sur le flanc oriental, face à la Libye, la Tunisie a subi un autre arbitrage impérialiste au profit de l’Empire ottoman puis de l’Italie. Le Traité de Tripoli du 19 mai 1910, imposé sous la contrainte, a formalisé le tracé de la frontière tuniso-libyenne depuis Ras Jedir jusqu’à la région de Ghadamès. Ce texte a arraché à la Tunisie des zones ancestrales de transhumance et d’allégeance tribale, notamment chez les Ouderna, pour satisfaire les ambitions de délimitation de la Sublime Porte, puis les convoitises de la Libye italienne après 1911.

Coincée entre l’Algérie française à l’Ouest et la Libye italienne à l’Est, la Tunisie s’est retrouvée balkanisée, enserrée dans un territoire résiduel et spoliée de ses prolonge- ments géographiques naturels. Les réminiscences du cri de guerre du sénateur romain Caton l’Ancien « Cartago Delenda Est» (234- 149 av. J.-C.) ont contribué au découpage de ce qui a été une puissance méditerranéenne et un rocher sur lequel a échoué la huitième croisade dirigée par le roi de France Louis IX, qui a fini par mourir à Carthage en 1270 et canonisé par le pape Boniface VIII pour devenir Saint Louis en 1297.

 

Il s’agit d’un extrait d’une Tribune d’Elyes Kasri, ancien diplomate qui est disponible dans le mag de l’Economiste maghrébin n° 952 du 26 août au 9 septembre 2026.

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Dette souveraine : l’Afrique prise au piège du cercle vicieux du refinancement

Au premier semestre 2026, l’illusion d’une embellie financière plane sur le continent africain. Selon la treizième édition de l’Africa Sovereign Credit Rating Review – une étude publiée conjointement par le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) et la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) -, la trajectoire du crédit souverain s’est légèrement redressée.

Dans ce cadre, le document recense 5 relèvements de notes accordés par les grandes agences internationales (Fitch, S&P, Moody’s) à destination du Cap Vert, du Ghana, du Kenya, du Nigeria et de l’Afrique du Sud, contre deux dégradations (Botswana et Mozambique).

Lire aussi: Tunisie- BAD: L’initiative africaine pour créer un mécanisme africain de stabilité financière présentée à Tunis

Cependant, ce vernis de respectabilité, mis en avant par le rapport pour saluer la « stabilisation macroéconomique » de ces pays, masque mal une réalité générale bien plus sombre : beaucoup d’analystes assurent, preuve souvent à l’appui, que « l’Afrique continue de s’endetter à des conditions usurières, principalement pour éponger ses créances passées plutôt que pour bâtir son avenir ».

14 milliards de dollars levés par 9 Etats africains

Profitant d’un retour d’appétit très sélectif des investisseurs internationaux, 9 États africains se sont précipités sur les marchés obligataires pour lever plus de 14 milliards de dollars. Si l’engouement des souscripteurs a été au rendez-vous – par exemple, l’émission du Bénin ayant été sursouscrite 8 fois -, l’addition financière s’avère particulièrement salée. En effet, les données du MAEP et de la CEA révèlent que les marchés de capitaux ne font aucun cadeau : les coupons exigés atteignent des sommets intolérables, grimpant jusqu’à 9,80 % pour l’Angola et 9,50 % pour la République du Congo et la RDC par exemple. On repassera pour le capital « bon marché ».

Le véritable problème de cette frénésie obligataire réside dans la destination des fonds. Au lieu d’injecter ces capitaux dans des projets d’infrastructures, d’énergie ou de transformation industrielle capables de générer de la richesse future, certains gouvernements, en l’occurrence le Bénin, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Kenya, l’Angola et Maroc entre autres, ont affecté leurs émissions « au simple financement budgétaire ou au réaménagement du passif ». En clair : ces nations contractent de nouveaux emprunts à près de 10 % d’intérêt uniquement pour racheter d’anciennes obligations et repousser l’échéance de leurs remboursements.

Mozambique, Sénégal… et les recommandations du MAEP et de la CEA

Nombre d’experts attribuent cette gestion défensive et court-termiste à une fuite en avant. Heureusement certains pays font l’exception. C’est le cas par exemple de la RDC et de l’Égypte qui affectent une fraction des fonds reçus vers le développement social, tandis que la majorité du continent s’enferme dans un « piège de liquidité ». Comme le soulignent les révisions négatives attribuées au Gabon, au Mali ou au Sénégal pour manque de transparence budgétaire, les fragilités restent profondes. L’exemple le plus alarmant analysé par Fitch demeure le Mozambique, menacé d’une restructuration imminente de sa dette alors que celle-ci devrait dépasser les 90 % du PIB sur la période 2026-2027. Le Sénégal constitue un autre cas : le gouvernement vient de conclure un accord avec le FMI, mais l’opposition, conduite désormais par Ousmane Sonko, alerte sur un éventuel rééchelonnement de la dette sénégalaise…

Face à ce constat, le rapport du MAEP et de la CEA formule plusieurs recommandations, appelant notamment à renforcer les compétences des ministères des Finances, à accélérer la diversification économique par le biais de chaînes de valeur régionales, et à finaliser l’implantation de la future Agence africaine de notation à Maurice. Mais en l’état, sans réinvestissement productif immédiat, ces levées de fonds ne font que financer le passé au détriment de l’avenir.

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Bardella-Farage : le pacte contre les traversées clandestines

Jordan Bardella a promis qu’une victoire du Rassemblement national à l’élection présidentielle française de 2027 mettrait fin au rôle de la France comme point de départ des migrants cherchant à rejoindre le Royaume-Uni par la Manche.

S’exprimant à Birmingham, lors de la conférence annuelle de Reform UK, le président du RN a assuré qu’un gouvernement dirigé par Marine Le Pen ferait « tout son possible » pour que la France ne soit plus une « porte d’entrée » vers le Royaume-Uni pour l’immigration clandestine.

Les deux formations ont annoncé la signature d’un mémorandum d’entente visant à mettre un terme aux traversées de la Manche à bord de petites embarcations. Selon cet accord, si Reform UK arrive au pouvoir au Royaume-Uni et si le RN accède au pouvoir en France, les migrants arrivant clandestinement sur les côtes britanniques depuis la France pourraient être renvoyés vers la France, qui s’engagerait à organiser leur retour vers leur pays d’origine.

Le texte prévoit également une coopération accrue entre les deux pays ainsi qu’un mécanisme de partage des coûts liés à la sécurité des frontières.

Le pacte conclu à Birmingham dépasse ainsi la seule question migratoire. Il marque un rapprochement entre deux formations populistes de droite qui cherchent à transformer leur influence électorale en coopération politique transfrontalière.

Pour Nigel Farage comme pour Jordan Bardella, l’objectif est désormais de faire de la lutte contre l’immigration clandestine un axe majeur de leurs futures campagnes électorales.

Une promesse électorale pour 2027

Jordan Bardella a présenté cette perspective comme un engagement politique en vue de la présidentielle française de 2027. Le dirigeant du RN veut notamment renforcer le contrôle des frontières françaises et empêcher les départs de migrants depuis les côtes françaises. Cette position s’inscrit dans la stratégie du RN visant à faire de l’immigration l’un des thèmes centraux de la prochaine campagne présidentielle.

Le rapprochement entre les deux partis intervient alors que la France et le Royaume-Uni ont déjà renforcé leur coopération contre les traversées clandestines. En avril 2026, les deux pays ont conclu un nouvel accord destiné à accroître les moyens humains, technologiques et de renseignement consacrés à la surveillance des côtes françaises et à la lutte contre les passeurs. Le gouvernement britannique affirme que cette coopération a déjà empêché des dizaines de milliers de personnes de tenter la traversée…

Plus de 16 000 arrivées depuis le début de l’année

Malgré le renforcement de la coopération franco-britannique, les traversées se poursuivent. Selon les données citées par Reuters, plus de 16 000 personnes ont été détectées au Royaume-Uni après avoir traversé la Manche à bord de petites embarcations depuis le début de 2026. Le nombre d’arrivées est toutefois inférieur de plus de 40 % à celui enregistré sur la même période précédente.

Dans le même temps, le nombre moyen de migrants embarqués sur chaque bateau augmente, les passeurs adaptant leurs méthodes face au renforcement des contrôles…

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Irlande : révision spectaculaire de la croissance, à plus de 10 %

L’économie irlandaise a enregistré une croissance spectaculaire au deuxième trimestre 2026, le produit intérieur brut (PIB) ayant progressé de 10,2 % sur un trimestre…

Cette révision exceptionnelle illustre une nouvelle fois la forte volatilité des statistiques irlandaises, largement influencées par l’activité des multinationales installées dans le pays.

Le bond de 10,2 % intervient après une contraction de 7,0 % au premier trimestre, selon les données révisées. L’économie irlandaise affiche ainsi l’un des retournements trimestriels les plus spectaculaires de ces dernières années.

La performance dépasse largement l’estimation initiale publiée en juillet, qui situait la croissance trimestrielle à 3,9 %. Elle constitue également le rythme de progression le plus élevé depuis le premier trimestre 2021.

Les multinationales au cœur de la performance

Cette accélération est principalement liée aux secteurs dominés par les multinationales. Le secteur industriel mondialisé a progressé de 22,1 %, tandis que les activités liées à l’information et aux communications ont augmenté de 2,3 %.

Au total, les secteurs fortement exposés aux multinationales ont enregistré une progression de 11,2 % au deuxième trimestre. Ces chiffres rappellent la particularité de l’économie irlandaise, où les activités de grands groupes internationaux, notamment dans l’industrie pharmaceutique et technologique, peuvent provoquer d’importantes variations du PIB national…

Une croissance à interpréter avec prudence

La nouvelle estimation constitue une excellente nouvelle pour les chiffres de croissance irlandais, mais elle ne signifie pas pour autant que l’économie intérieure connaît une expansion comparable.

Le poids considérable des multinationales dans le PIB irlandais peut amplifier les variations liées aux exportations, aux transferts d’actifs et aux opérations internationales des grands groupes. Le chiffre de 10,2 % doit donc être replacé dans ce contexte particulier.

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Pétrole : Brent et WTI terminent la semaine en forte hausse, portés par les tensions au Moyen-Orient

Les cours du pétrole ont clôturé en hausse vendredi, confortant de solides gains hebdomadaires, alors que les routes d’approvisionnement au Moyen-Orient restent perturbées par les tensions géopolitiques.Le contrat à terme sur le brut de référence Brent a gagné 76 cents (+0,8%) pour s’établir à 92,68 dollars le baril.

De son côté, le brut américain West Texas Intermediate (WTI) a terminé la séance en hausse de 18 cents (+0,20%), à 91,48 dollars le baril.
Sur l’ensemble de la semaine, les deux références ont enregistré des progresses marquantes : le Brent a pris 7,6%, tandis que le WTI a grimpé d’environ 10%, soutenus par des inquiétudes persistantes sur l’offre pétrolière dans la région.

Mais au delà de cette hausse durable entre du baril autour de 90-93 dollars, la question est de savoir quel sera l’impact sur la Tunisie? Un brent durablement elevé aurait certes des conséquences. A savoir une mobilisation davantage de devises pour importer les mêmes volumes, aggravant le déficit commercial pesant sur les réserves de change et compliquant la maîtrise de l’inflation et des équilibres budgétaires…

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L’excédent commercial du Brésil dépasse 7 milliards de dollars en août

Le Brésil a enregistré en août 2026 un excédent commercial de 7,4 milliards de dollars. Cette performance repose sur une progression plus rapide des exportations que des importations.

Les exportations brésiliennes ont augmenté de 12,2 % sur un an, pour atteindre 33,2 milliards de dollars, contre une progression des importations de 9,2 %, à 25,8 milliards de dollars. Cette performance commerciale a notamment été portée par les matières premières. Les exportations de minerai de cuivre ont bondi de 223,1 % sur un an en août, contribuant fortement à l’élargissement du surplus. Idem pour les ventes à l’étranger de pétrole brut, de soja, de café et de carburants qui ont enregistré des progressions à deux chiffres….

Sur les huit premiers mois de 2026, l’excédent commercial brésilien s’est établi à 55,3 milliards de dollars, soit une progression de 28,2 % par rapport à la même période de 2025. Le pays conserve ainsi une importante capacité à dégager un solde extérieur positif, malgré un environnement commercial international marqué par les tensions tarifaires et les incertitudes géopolitiques.

Cette performance intervient alors que les relations commerciales entre Brasilia et Washington restent tendues. Les États-Unis ont imposé de nouvelles surtaxes sur certaines importations brésiliennes, poussant les deux gouvernements à reprendre les discussions sur leurs relations commerciales. Des responsables brésiliens et américains se sont notamment entretenus fin août et sont convenus de poursuivre les négociations.

 

Lire aussi: Lula : les nouveaux droits de douane américains sont une « erreur stratégique »

 

Malgré ces tensions, les exportations brésiliennes ont continué de progresser en août. Les données montrent notamment une hausse de 12,1 % des ventes vers les États-Unis sur le mois, selon les informations disponibles sur les échanges brésiliens.

La Chine et l’Europe renforcent leur poids

Le Brésil dispose également de débouchés importants en dehors du marché américain. Les ventes vers la Chine et l’Union européenne demeurent des composantes majeures de ses échanges extérieurs. La diversification des marchés constitue un atout dans un contexte où les politiques tarifaires américaines compliquent les perspectives des exportateurs brésiliens.

Les exportations vers la Chine ont notamment progressé de 15 %, tandis que celles vers l’Union européenne ont augmenté de 46,4 % en août, selon la presse locale.

Le résultat d’août confirme donc la solidité du commerce extérieur brésilien. Avec 33,2 milliards de dollars d’exportations contre 25,8 milliards d’importations, le pays a dégagé un surplus mensuel supérieur aux attentes.

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Photovoltaïque : 455 MW débloqués avec le feu vert accordé à 309 projets

Le ministère de l’Industrie, de l’Energie et des Mines a accordé des autorisations de construction de centrales photovoltaïques à 309 entreprises, sur un total de 344 dossiers déposés dans le cadre de la 6ᵉ session du système des autorisations.

Sidi Bouzid arrive en tête des gouvernorats bénéficiaires avec 57 projets retenus, devant Gafsa qui en compte 50. Médenine totalise 39 projets, tandis que Kébili en regroupe 37. Suivent Sfax (23), Sousse (20). Le Kef (18), Kairouan (12), Gabès (11), Tataouine et Kasserine en comptent 10 chacun, Tozeur (9), Zaghouan (3), Monastir, Ben Arous et Siliana en totalisent chacun 2. Nabeul, Mahdia, Ariana et Béja ferment la liste, avec un seul projet chacun.

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Jordanie : le gouvernement recrute une porte-parole virtuelle plus rapide que le communiqué et plus calme que le ministre

Qui l’aurait cru ? Un gouvernement vient officiellement de se doter d’une porte-parole… robot. Rassurez-vous, ça ne se passe pas en Tunisie, mais en Jordanie.

Le gouvernement jordanien a lancé « Farah », une personnalité virtuelle alimentée par l’intelligence artificielle, première porte-parole numérique officielle chargée d’expliquer les politiques et décisions gouvernementales et de simplifier l’information destinée aux citoyens.

Selon les médias jordaniens, cette initiative s’inscrit dans un plan visant à moderniser le système de communication publique, à élargir les canaux de dialogue et à accélérer la diffusion d’informations exactes, notamment via les réseaux sociaux. Farah, qui s’exprime en arabe (dans un dialecte local) et en anglais, est présentée comme un complément aux canaux traditionnels de communication gouvernementale. 

Pour l’instant, elle ne répond pas directement aux questions du public, mais elle incarne une première expérience de ce type dans la région MENA. Mais de là à imaginer un jour un conseil des ministres en mode “avatar”, il n’y aura qu’un clic… À l’heure actuelle, c’est bien la Jordanie qui ouvre le bal. Cela dit, on aimerait bien avoir un avatar qui s’exprime en dialecte tunisien… Qui sait ? Peut-être que le rêve sera réalisable un jour ! 

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Giorgia Meloni : la recette d’une longévité politique exceptionnelle en Italie

Elle était arrivée au pouvoir comme le visage de la droite radicale italienne. Quatre ans plus tard, Giorgia Meloni s’est imposée comme le symbole d’une stabilité politique presque inédite dans un pays habitué aux gouvernements éphémères. Comment, diable, cette femme de 49 ans, issue de l’extrême droite, a-t-elle réussi là où tant de premiers ministres italiens se sont cassé les dents ?

 

Le paradoxe est saisissant. L’Italie a longtemps été considérée comme l’incarnation de l’instabilité gouvernementale européenne. Depuis la naissance de la République en 1946, le pays aura connu 68 gouvernements et 31 présidents du Conseil. La durée moyenne d’un gouvernement n’avait guère dépassé quatorze mois. Un record en Europe.

Et pourtant, Giorgia Meloni a réussi l’exploit de maintenir intacte sa coalition depuis son arrivée au Palazzo Chigi en octobre 2022. Le 4 septembre 2026, son gouvernement est devenu le plus durable de l’histoire républicaine italienne, avec plus de 1 413 jours au pouvoir, dépassant ainsi le précédent record détenu par Silvio Berlusconi.

Quelle est la recette de cette longévité hors norme ? Une combinaison de discipline politique, de pragmatisme idéologique et de maîtrise de la communication.

Discipline

Primo : son gouvernement repose sur une alliance pour le moins contre nature entre Fratelli d’Italia, Forza Italia et La Ligue de Matteo Salvini. Un attelage qui, sur le papier, semblait difficile à maintenir sur la durée tant les trois formations, bien qu’issues de la droite, affichent des sensibilités, intérêts et autres stratégies parfois divergents.

Sachant que La Ligue de Salvini a longtemps cultivé une ligne souverainiste et une certaine proximité avec les positions de Vladimir Poutine. Forza Italia, héritière de Silvio Berlusconi, reste davantage attachée à une culture libérale, européenne et atlantiste. C’est pourtant cette coalition hétéroclite que Giorgia Meloni est parvenue à maintenir en équilibre. Une prouesse politique dans un pays où les rivalités au sein des coalitions ont souvent précipité la chute des gouvernements. Et c’est précisément cette capacité à éviter les affrontements existentiels avec ses partenaires qui a permis à la coalition de survivre.

Pragmatisme

Secundo : lorsque Giorgia Meloni accède au pouvoir en 2022, une partie de l’Europe regarde Rome avec inquiétude, voire avec suspicion. Et il y a de quoi : comment composer avec cette nouvelle dirigeante au parcours politique marqué par ses racines post-fascistes, dont l’ascension s’est construite sur un discours souverainiste, une ligne dure sur l’immigration et une critique assumée de certaines orientations de Bruxelles ?

Mais arrivée au pouvoir, la nouvelle présidente du Conseil italien a rapidement compris qu’il fallait rassurer sans renier son identité, gouverner avec ses alliés sans les laisser prendre le dessus, parler aux marchés sans abandonner son électorat et s’imposer à Bruxelles sans entrer en guerre avec l’Europe. Bref, il fallait rassurer trois interlocuteurs essentiels : les marchés financiers, Bruxelles et Washington.

Ainsi, sur le plan financier, même si la croissance reste faible – la Commission européenne prévoit une progression du PIB de seulement 0,5 % en 2026 et 0,6 % en 2027 -, et en dépit d’une dette publique qui demeure extrêmement élevée et devrait atteindre 139,2 % du PIB en 2027, le gouvernement Meloni a réussi à donner aux marchés financiers l’impression d’une certaine discipline budgétaire. Le déficit public devrait passer de 3,1 % du PIB en 2025 à 2,9 % en 2026.

Meloni peut également mettre en avant l’amélioration de l’emploi. Son gouvernement revendique plus d’un million de nouveaux emplois stables depuis son arrivée au pouvoir, même si l’opposition conteste la lecture politique de ces chiffres.

Avec l’Union européenne, elle a adopté une stratégie beaucoup plus pragmatique qu’idéologique. Plutôt que d’affronter frontalement Bruxelles, elle a cherché à peser à l’intérieur du système européen.

Enfin, avec Washington, Giorgia Meloni a réussi à établir une relation privilégiée avec Donald Trump en combinant proximité idéologique, habileté diplomatique et pragmatisme politique ; les deux dirigeants partagent une même sensibilité sur l’immigration, la souveraineté nationale et les valeurs conservatrices… ce qui a rapidement favorisé leur rapprochement.

Meloni a surtout compris qu’avec Trump, la relation personnelle compte autant que les rapports de force diplomatiques. En privilégiant le dialogue et en évitant les affrontements publics, elle a gagné la confiance du président américain sans renoncer pour autant aux intérêts italiens.

Cette proximité sert d’ailleurs les deux dirigeants. Trump voit en Meloni une alliée européenne fiable et capable de parler à Bruxelles. Meloni, elle, utilise son accès privilégié à Washington pour renforcer le poids de l’Italie sur la scène européenne.

Maîtrise de la communication

Tertio : Giorgia Meloni a fait de la communication une véritable arme politique. Son premier atout ? Un langage simple, direct et facilement identifiable, qui lui permet de parler à son électorat sans passer par les codes traditionnels de la politique.

Elle soigne également son image, cultivant une proximité calculée avec les Italiens, tout en multipliant les apparitions sur les réseaux sociaux. Meloni sait surtout imposer ses propres thèmes et transformer chaque prise de parole en séquence politique. Même lorsqu’elle est critiquée, elle cherche à reprendre l’initiative et à occuper l’espace médiatique. Une stratégie qui lui permet de rester visible, lisible et politiquement incontournable. Du grand art.

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Eau : et si la vraie crise n’était pas le manque, mais les choix invisibles ?

Alors que le remplissage des barrages oscille entre 50 et 60% à l’été 2026, des millions de Tunisiens subissent toujours coupures et pénuries. Derrière les chiffres, ce sont bien des choix politiques et sociaux qui décident qui aura de l’eau, à quel prix et avec quelle qualité. Il faut dire que le débat sur l’eau reste prisonnier d’une logique comptable : « Combien en avons-nous ? Combien en consommons-nous ? »

Le pays vit un stress hydrique structurel, avec des précipitations irrégulières, des barrages aux niveaux fluctuants et une demande en hausse portée par la démographie, le tourisme et certaines filières agricoles. Réduire la crise à un simple déséquilibre offre-demande, c’est occulter l’essentiel : qui décide, qui paie, qui contrôle. Enquête sur les choix invisibles qui engagent la justice sociale, la cohésion territoriale des 37 barrages, mais qui décide où va l’eau.

La Tunisie compte aujourd’hui 37 barrages en exploitation, sachant qu’il y a six nouveaux barrages en cours de construction pour renforcer le réseau. À l’été 2026, le taux de remplissage national oscille entre 50 et 60%, après être passé d’environ 19,6% en décembre 2024 à plus de 60-67 % au printemps 2026, grâce à une saison pluviométrique favorable.

Pourtant, ce pourcentage masque de fortes disparités : les barrages du Nord ont atteint près de 78% de remplissage, tandis que ceux du centre ne dépassaient pas 9 à 13%, certains comme Nebhana étant « quasiment à sec ». Les barrages de Douimis et Mellègue supérieur devraient ajouter environ 245 millions de m³ de capacité de stockage une fois pleinement opérationnels, mais avec des retards de près de deux ans sur certains chantiers majeurs.

Derrière ces chiffres se posent des questions : comment sont pris les arbitrages entre cultures d’export (dattes, agrumes, huile d’olive) et sécurité alimentaire locale, entre grands investisseurs et petits exploitants du Centre-Ouest et du Sud-Ouest ? L’agriculture capte la majeure partie de l’eau mobilisée, loin devant l’eau potable, le tourisme et l’industrie, mais la répartition exacte reste un angle mort du débat public.

32% de pertes : qui paie le vrai prix de l’eau ?

Les pertes d’eau potable dans les réseaux de distribution de la Sonede sont estimées entre 20 et 40% selon les régions, avec un taux moyen national souvent cité autour de 32,5%. En volume, cela représente entre 120 et 160 millions de m³ perdus chaque année avant d’atteindre le consommateur, dont 95,3 millions de m³ pour le seul réseau de distribution, selon les données de la Sonede.

Le réseau de la Sonede s’étend sur environ 59 000 km de canalisations, dont une part importante a plus de cinquante ans, ce qui explique en grande partie le niveau élevé des pertes. Durant l’été 2026, les installations de la Sonede ont fonctionné entre 115 et 120% de leur capacité d’exploitation, sous l’effet d’une forte hausse de la consommation, des délestages électriques et de la vétusté des infrastructures…

En 2025, les ménages ont dépensé environ 790 millions de dinars en eau embouteillée, en réaction aux coupures et à la perte de confiance dans l’eau du robinet.

Qui subit les coupures et la mauvaise qualité ?

L’évaporation sur les barrages représente jusqu’à 750 000 m³ d’eau perdus chaque jour en période de forte chaleur, selon les estimations d’experts, accentuant la pression sur les régions déjà sous tension. Les citoyens disposent de peu de mécanismes effectifs pour contester une facture, signaler une coupure prolongée ou exiger des explications sur la qualité de l’eau distribuée.

Rappelons que la consommation totale d’eau potable (milieu urbain et rural) avoisine 820 millions de m³ par an, avec un taux de croissance de la demande d’environ 18,5% sur les cinq dernières années, ce qui rend ces inégalités encore plus insupportables.

Transparence, emplois, innovation : quel avenir hydrique ?

Les données sur les barrages, la production, les pertes et les tarifs existent, mais leur accessibilité et leur lisibilité pour le citoyen restent limitées. Le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche maritime a lancé une plateforme numérique pour les autorisations de forage et teste des solutions comme les films anti-évaporation sur certains barrages, mais une vraie transparence exigerait la publication en open data de jeux de données complets et actualisés.

Une chose est sûre : sans réforme de gouvernance, les nouveaux barrages risquent de reproduire les mêmes déséquilibres : plus d’infrastructures, mais toujours les mêmes inégalités d’accès, de qualité et de coût.

En somme, la question de l’eau ne se résume pas à un problème de pluie ou de barrages. Elle renvoie à des choix de société : quel modèle agricole, quel aménagement du territoire, quelle justice sociale ? La vraie question n’est pas « combien » d’eau nous avons, mais « comment » nous décidons de la partager, de la financer et de la contrôler.

Graphique généré par l’IA

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Alimentation : les prix mondiaux au plus haut depuis 2022, selon la FAO

Les prix mondiaux des produits alimentaires ont poursuivi leur progression en août, atteignant leur plus haut niveau depuis novembre 2022. L’Indice FAO des prix des produits alimentaires s’est établi à 133,3 points, en hausse de 1,9 % sur un mois et de 2,5 % sur un an, selon un rapport de la FAO.

Cette nouvelle accélération intervient dans un contexte marqué par les conditions météorologiques extrêmes, les tensions géopolitiques et les perturbations des échanges, notamment en mer Noire. Tous les grands groupes de produits suivis par la FAO ont enregistré une hausse en août.

En effet, le sucre a enregistré la progression la plus spectaculaire. Son indice FAO a bondi de 11,9 % en un mois, atteignant son plus haut niveau depuis juin 2025. Cette envolée s’explique notamment par les inquiétudes concernant les récoltes en Europe et en Asie, affectées par la chaleur et la sécheresse, ainsi que par la baisse des perspectives de production au Brésil…

Pour sa part, l’indice FAO des céréales a progressé de 2,2 % en août. Les cours mondiaux du blé ont augmenté de 2,6 % sur un mois et affichent désormais une progression de 15 % sur un an. La hausse est alimentée par les perturbations persistantes de la logistique des exportations en mer Noire, mais aussi par la dégradation des perspectives de récolte dans plusieurs régions européennes touchées par un temps chaud et sec.

Le maïs a lui aussi progressé de 2,5 %, sous l’effet des inquiétudes concernant les rendements aux États-Unis et dans l’Union européenne, ainsi que d’une demande soutenue des secteurs de l’éthanol et de l’alimentation animale.

Les huiles végétales ont poursuivi leur mouvement de hausse, avec un indice FAO en progression de 1,1 % en août. Les huiles de palme et de soja ont notamment bénéficié d’une demande mondiale soutenue et des craintes concernant les effets du phénomène El Niño sur les récoltes en Asie du Sud-Est.

Les prix de la viande ont augmenté de 1 %, tandis que ceux des produits laitiers ont progressé de 2,3 %, enregistrant leur première hausse en quatre mois.

Le climat devient un facteur déterminant

La hausse d’août illustre surtout la convergence de plusieurs facteurs de risque. Les épisodes de chaleur extrême et de sécheresse en Europe, les inquiétudes concernant un épisode marqué d’El Niño et les perturbations des routes commerciales mondiales compliquent les perspectives d’approvisionnement.

La FAO estime que ces facteurs font progressivement réapparaître une « prime de risque » sur les marchés alimentaires. Selon son économiste en chef, Máximo Torero, les chocs climatiques, les tensions géopolitiques et les perturbations logistiques convergent désormais pour resserrer les perspectives d’offre.

Encore loin du record de 2022

Malgré cette nouvelle progression, les prix alimentaires mondiaux restent nettement inférieurs au sommet atteint après le déclenchement de la guerre en Ukraine. L’indice FAO demeure 16,8 % sous son record historique de mars 2022. La situation actuelle n’en constitue pas moins un signal préoccupant pour les importateurs de produits agricoles et pour les pays fortement dépendants des marchés internationaux.

Avec des céréales au plus haut depuis plus de deux ans, un sucre à son sommet depuis plus d’un an et des risques climatiques qui s’intensifient, les marchés alimentaires abordent ainsi les prochains mois dans un environnement particulièrement incertain.

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