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USA-Canada: ces mots qui tuent !

Donald Trump persiste et signe. En plein bras de fer commercial avec le Canada, le président américain signe un décret rebaptisant le lac Ontario « lac d’Amérique ». Si cette décision est symbolique, elle n’en heurte pas moins profondément les sensibilités canadiennes. 

 

La proximité géographique peut-elle se transformer en une véritable malédiction ? « On ne choisit pas ses voisins », lançait, avec un fatalisme teinté d’ironie, feu Hédi Nouira, Premier ministre tunisien sous Habib Bourguiba, face aux provocations à répétition et aux crises diplomatiques que le turbulent Mouammar Kadhafi infligeait à la Tunisie au début des années 1980. Le Premier ministre canadien, Mark Carney, aurait sans doute pu méditer cette vieille maxime après une nouvelle initiative de Donald Trump, lequel a décidé de rebaptiser le lac situé à la frontière américano-canadienne. Une décision qui s’inscrit dans une série de gestes symboliques et de provocations diplomatiques du président américain, dont le décret signé le 20 janvier 2025, jour de son retour à la Maison-Blanche, ordonnant de remplacer officiellement le nom de « golfe du Mexique » par celui de « golfe d’Amérique ».

« A un dollar près »

Cette nouvelle offensive du président états-unien contre le Canada, qu’il accuse de « dépouiller » les Etats-Unis, risque de doucher l’espoir, exprimé jeudi 27 août par Ottawa, d’une reprise des discussions commerciales. « Les Canadiens nous ont très mal traités. Ce sont des gens méchants », a déclaré le président américain.

Les deux pays, pour l’heure, se rendent coup pour coup en matière de taxes douanières. Le Canada a riposté à de nouveaux droits de douane américains entrés en vigueur samedi avec une série de surtaxes visant certains produits, après la rupture de négociations commerciales entre les deux pays. Ces mesures seront effectives le 8 septembre.

Mais attention. Un décret présidentiel de ce type n’a d’autorité qu’à l’intérieur des Etats-Unis et n’engage ni les autres pays ni les organismes internationaux. En effet, après le décret similaire signé par Donald Trump en janvier 2025 renommant le golfe du Mexique, l’agence de presse américaine Associated Press avait refusé d’adopter cette nouvelle appellation dans ses dépêches, ce qui lui avait valu d’être temporairement exclue d’événements à la Maison Blanche – une décision jugée anticonstitutionnelle par la justice américaine en avril 2025.

Provocation gratuite

Ainsi, dans son nouveau « trip » consistant à redessiner les cartes du monde au gré de ses lubies, et alors même qu’il mène une guerre commerciale contre son voisin du nord, Donald Trump a … ordonné, selon ses propres termes, de changer « immédiatement » le nom du lac Ontario en « lac d’Amérique ».

Une nouvelle provocation qui, comme souvent avec le président américain, ne s’est pas limitée au texte du décret. Dans une mise en scène où la provocation rivalise avec le mauvais goût, Trump a fait installer dans le Bureau ovale une carte affichant le nouveau nom de cette étendue d’eau, l’un des Grands Lacs d’Amérique du Nord. Et, histoire de bien faire passer le message, le très controversé « lac d’Amérique » y apparaissait en grosses lettres rouges. Difficile de faire plus théâtral et plus provocateur à l’égard du voisin canadien.

Et d’enfoncer le clou, le décret publié par la Maison-Blanche affirme que « les États-Unis sont le premier protecteur des Grands Lacs ». Le texte va jusqu’à souligner que Washington « revendique la plus grande partie du volume du lac », au motif que ses zones les plus profondes se trouvent du côté américain.

Une formulation pour le moins provocatrice lorsqu’on sait que le lac Ontario est une étendue d’eau transfrontalière, gérée conjointement par les États-Unis et le Canada. Derrière ce changement de nom hautement symbolique se dessine ainsi une nouvelle démonstration de la méthode Trump, soit  transformer jusqu’aux toponymes en instruments de puissance et de rapport de force.

Une leçon d’histoire

Réaction immédiate de l’altier Premier ministre canadien, l’homme qui a su dire non à son puissant voisin : « Nous savons que les États-Unis sont en train de changer. Leurs relations commerciales, leur politique étrangère, leurs monuments nationaux, leurs hydronymes » mais « les Canadiennes et les Canadiens savent aussi qu’il faut appeler les choses par leur nom, et ce lac se nomme Lac Ontario, aujourd’hui et pour toujours », a-t-il écrit en français sur son compte X.

Et de rappeler implacablement  qu’« Ontario », également le nom d’une province canadienne, venait d’un mot huron, « Ontari’io », qui signifie « le lac est beau, le lac est grand ». Ce nom remonte « à plus de 400 ans, bien avant la Confédération canadienne et la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis d’Amérique ».

Pour sa part, le grand chef du pays wendat, Pierre Picard, s’est dit indigné et choqué par la décision de Donald Trump, qu’il accuse de « tenter d’effacer notre histoire ». « Je veux lui dire (au président américain, NDLR) qu’il est inacceptable pour nous, en tant que pays, d’avoir un président capable d’effacer notre histoire, notre culture et notre identité. Je ne pense pas que quiconque soit en mesure de faire changer d’avis Trump, mais pour nous, il est important que, en tant que grand chef, je fasse entendre notre voix aux États-Unis et que je leur fasse savoir que nous sommes profondément mécontents de cette décision », a-t-il martelé.

M. Picard a ajouté qu’il espérait que les entreprises de cartographie ne se plieraient pas au changement de nom unilatéral imposé par le président américain et que Mark Carney lui avait indiqué que le Canada ne le ferait pas non plus.

Pour rappel, les Wendats occupaient une partie de la vallée du Saint-Laurent jusqu’aux Grands Lacs, cette région étant riche en routes commerciales tant avant qu’après le contact avec les Européens. Ils ont baptisé le lac « Ontari : io ».

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Ankara-Tel-Aviv : le regain de tensions peut-il déboucher sur un conflit armé ?

Quid de l’escalade des tensions entre Israël et la Turquie ? Existe-t-il un risque de conflit armé entre Tel-Aviv et Ankara ?  

 

La guerre des mots, d’une violence inédite, qui oppose le président turc, Recep Tayyip Erdogan, au Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, peut-elle un jour se transformer en affrontement armé ?

Entre les deux dirigeants, les passes d’armes ne se comptent plus. Netanyahou, accuse notamment Erdogan de soutenir le « terrorisme » en permettant à des responsables du Hamas de séjourner en Turquie, tandis qu’Ankara multiplie les critiques contre la politique israélienne notamment  à Gaza.

Dans ce climat de tension croissante, Israël a également franchi un seuil symbolique cette année en reconnaissant le génocide arménien. Une décision particulièrement lourde de conséquences, puisque les gouvernements israéliens s’étaient jusque-là gardés de prendre une telle position afin de ne pas compromettre davantage leurs relations déjà fragiles avec la Turquie.

 

Lire aussi: La Turquie émet un mandat d’arrêt international contre Netanyahu

 

La Syrie, nouveau théâtre de confrontation

Et c’est désormais sur le dossier syrien que se cristallisent les tensions entre Ankara et Tel-Aviv. Depuis la chute de Bachar al-Assad, la Turquie s’est engagée activement dans la reconstruction de la Syrie et y apporte également un soutien militaire. Un peu plus d’un an, cette présence turque et israélienne repose sur un statu quo aussi fragile que tacite.

Ankara consolide son influence dans le nord de la Syrie, notamment dans les zones proches de sa frontière, tandis qu’Israël cherche à étendre la sienne dans le sud du pays. Deux présences qui, jusqu’ici, cohabitent sans affrontement direct, mais dont les zones d’influence pourraient tôt ou tard se retrouver sur une trajectoire de collision.

Mais, à l’aube du mardi 18 août, une série de frappes israéliennes s’abat sur la base aérienne d’Abou Douhour, dans le nord de la Syrie. Cet aéroport militaire, situé à quelque 70 kilomètres de la frontière turque, est hors service depuis plusieurs années. Mais le bombardement, qui n’a fait aucune victime, a tout l’air d’un avertissement adressé à Recep Tayyip Erdogan : depuis la chute de Bachar el-Assad, en décembre 2024, la Syrie est devenue le nouveau théâtre de confrontation par procuration entre le président turc et le Premier ministre israélien.

Mandat d’arrêt international contre Netanyahou

Autre théatre de confrontation : la situation humanitaire catastrophique à Gaza. Ainsi, vendredi 21 août 2026, la Turquie a annoncé émettre un mandat d’arrêt international contre le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, dans le cadre d’une enquête sur l’interception de la flottille pour Gaza et la détention des militants à bord.

« Dans le cadre de la procédure judiciaire relative à l’attaque en eaux internationales contre les activistes de la flottille (…) et conformément aux mandats d’arrêt émis le 14 juillet 2026 à l’encontre de Benyamin Netanyahou et Afek Moskovitch pour génocide, le ministère de la Justice a demandé au ministère de l’Intérieur d’émettre des notices rouges en vue de leur arrestation internationale », a affirmé le ministre turc de la Justice, Akin Gürlek, sur son compte X.

Ainsi, le Premier ministre israélien est poursuivi pour « crimes contre l’humanité, génocide, privation aggravée de liberté, coups et blessures volontaires, torture, destruction de biens, pillage aggravé et détournement de véhicules de transport », a-t-il ajouté.

Pour rappel, les 430 membres d’équipage de la Flottille, composée d’une cinquantaine de bateaux arraisonnés par l’armée israélienne en Méditerranée, à l’ouest de Chypre, avaient été amenés de force en Israël puis détenus à la prison de Ktziot, dans le sud-ouest du pays, avant d’être expulsés en mai dernier.

Partis de Turquie, les militants de la Global Sumud Flotilla voulaient attirer l’attention sur la situation humanitaire dans la bande de Gaza, dévastée par plus de deux ans de guerre, en brisant le blocus maritime imposé par Israël. En avril, une précédente flottille pour Gaza avait déjà été interceptée par Israël au large de la Grèce.

A noter également que le ministre d’extrême droite israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, avait provoqué un tollé au sein même de son gouvernement et à l’étranger en publiant une vidéo de militants de la flottille agenouillés et les mains liées, après leur arrestation en mer.

 

Erdogan : « un dictateur antisémite »

Peu après l’annonce turque, le bureau de Benyamin Netanyahou a réagi en qualifiant le président turc Recep Tayyip Erdogan de « dictateur antisémite » : « [Il] a massacré des Kurdes, abrite des terroristes du Hamas, occupe la moitié de Chypre et emprisonne un nombre record de journalistes et de responsables politiques qui s’opposent à lui. Il cherche maintenant à étendre son agression contre Israël à la Syrie. Israël ne le tolérera pas », prévient le communiqué ce vendredi.

« Nous ne tolérerons pas un enracinement militaire turc progressant vers le sud, car cela nous menace », avait déclaré Benyamin Netanyahou quelques jours avant, alors que la Turquie dément toute présence sur le site. La Turquie a démenti toute présence de ses troupes « avant ou pendant l’attaque ». Ankara a prévenu qu’il continuerait « résolument » de protéger l’intégrité et la souveraineté de la Syrie. En revanche, la présidence turque a tenu à préciser qu’elle n’envisageait pas de riposte et qu’Ankara ne tomberait pas « dans le piège » tendu par le Premier ministre israélien.

Garder la tête froide

Au final, les deux puissances régionales pourraient-elles aller jusqu’à l’affrontement armé ? Jusqu’à présent, cette hypothèse semblait encore peu crédible en Turquie. Les deux pays sont en effet des alliés des États-Unis, même si leurs relations avec Washington et leurs intérêts stratégiques divergent profondément. La Turquie dispose par ailleurs de la deuxième armée de l’OTAN en effectifs et son industrie de défense a connu des avancées spectaculaires ces dernières années, notamment dans le domaine des drones.

Ankara a également renforcé ses garanties sécuritaires en signant, le 7 août, un pacte de défense avec l’Arabie saoudite et le Pakistan, prévoyant notamment un principe de solidarité en cas d’agression contre l’un des États signataires. Un nouvel élément à prendre en compte dans l’équation régionale.

Côté israélien, l’ouverture d’un front direct avec la Turquie serait, à l’évidence, une entreprise extrêmement risquée. Mais si la perspective d’une guerre ouverte reste encore peu probable, les analystes jugent de plus en plus plausible la multiplication d’incidents et d’affrontements indirects entre les deux puissances, sur les différents théâtres où leurs intérêts stratégiques se chevauchent, à commencer par la Syrie. Le véritable danger pourrait donc moins résider dans une guerre déclarée que dans une escalade progressive, nourrie par des confrontations successives et de plus en plus difficiles à contenir.

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Guerre commerciale: Trump ouvre les hostilités, Ottawa relève le gant !

Le bras de fer commercial entre Washington et Ottawa franchit un nouveau cap après l’imposition de nouveaux droits de douane américains. Loin de céder, le Premier ministre canadien, Mark Carney, riposte.

 

Le Canada, que Donald Trump rêve de voir devenir le 51ᵉ État américain, pourra-t-il longtemps tenir tête à son puissant voisin du Sud ? Avec près de 8 900 kilomètres de frontière commune, la plus longue frontière terrestre non militarisée au monde, les deux économies sont étroitement imbriquées.

Et si la dépendance canadienne à l’égard du marché américain est indéniable, les experts soulignent qu’une guerre commerciale qui risque de s’éterniser ne serait pas sans conséquences pour les États-Unis. Loin de là. Car l’enlisement de cette guerre commerciale pourrait aussi faire mal à des pans de l’économie des États-Unis. Très mal.

Rappelons à ce propos que depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025, le Canada se retrouve en première ligne de l’offensive commerciale lancée par le président républicain, qui ne cesse de répéter son ambition de faire de son voisin du nord le « 51ᵉ État » américain. Mais après un an et demi de tensions croissantes, le bras de fer entre Washington et Ottawa vient de franchir un nouveau seuil. La nouvelle salve de surtaxes américaines frappe en effet des produits jusque-là protégés par l’accord de libre-échange liant les États-Unis, le Canada et le Mexique, remettant directement en cause les fondements de l’intégration économique nord-américaine.

 

Mark Carney, le nouveau héros canadien

Pour rappel, c’est Donald Trump qui a ouvert les hostilités en annonçant, le 22 août, de nouveaux droits de douane de 50 % sur certains produits canadiens, soit environ 20 milliards de dollars de produits canadiens. Ottawa n’a pas tardé à riposter, promettant une réponse « au dollar près » et des mesures de rétorsion ciblant notamment l’acier, la pâte à papier et les produits laitiers. Une escalade qui intervient après l’échec des négociations commerciales entre les deux pays.

Paradoxalement, Mark Carney tire pour l’instant profit de cette confrontation. La popularité du Premier ministre atteint des sommets, portée notamment par son refus de céder aux pressions de son homologue américain. En adoptant une ligne ferme face à Washington, Carney semble avoir transformé le bras de fer commercial en enjeu de souveraineté nationale, renforçant ainsi sa position politique intérieure.

Arrogance

Manifestement surprise par la résistance de Mark Carney, dont la popularité s’appuie désormais sur un soutien politique dépassant les clivages partisans, l’administration Trump, qui ne brille pas par la subtilité de ses analyses, a choisi de hausser le ton. Le ministre américain des Transports, Sean Duffy, a ainsi averti, dimanche 22 août, que le Canada ne pouvait se permettre de s’engager dans un conflit commercial avec les États-Unis, dont les conséquences seraient, selon lui, « dévastatrices ». Convaincu qu’Ottawa finirait par céder, il prédit même le retour prochain de Mark Carney à la table des négociations, mais cette fois la queue entre les jambes. « S’imaginer qu’ils puissent entrer en guerre avec Donald Trump et gagner cette guerre avec les États-Unis, c’est bête de leur part », a-t-il lancé, avec un mépris à peine dissimulé, sur Fox News. Une déclaration qui en dit long sur l’arrogance de Washington vis-à-vis d’Ottawa ; mais aussi sur la sous-estimation de la détermination canadienne.

Talon d’Achille

Mais au-delà des déclarations parfois tapageuses, la véritable question n’est désormais plus de savoir si le Canada est capable de riposter aux États-Unis, Ottawa vient d’en apporter la démonstration. Car l’enjeu est autrement plus redoutable. Le Canada pourra-t-il tenir dans la durée face à un voisin dont l’économie pèse près de dix fois plus lourd et dont le marché demeure, de loin, le principal débouché de ses exportations ?

La réponse est nuancée. Le Canada dispose d’une économie riche, de ressources naturelles considérables, d’un secteur énergétique puissant et d’un système financier solide ; sans oublier que le pays possède un avantage souvent sous-estimé puisqu’il contrôle des ressources dont les États-Unis ont besoin : énergie, minerais critiques, uranium, potasse, produits agricoles.

Mais sa proximité géographique avec les États-Unis est son talon d’Achille en raison de dépendance commerciale envers son puissant voisin. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2025, 72,5 % des exportations canadiennes de marchandises étaient encore destinées au marché américain, même si cette proportion a diminué par rapport aux 76,3 % enregistrés en 2024. Le Canada a commencé à diversifier ses débouchés, notamment vers l’Europe et l’Indo-Pacifique, mais cette réorientation reste encore insuffisante pour remplacer rapidement le marché américain.

De même, par mesure de rétorsion, Ottawa peut fermer ses portes aux produits américains. Mais Washington dispose d’un levier beaucoup plus puissant, à savoir la capacité de perturber l’accès des entreprises canadiennes à leur principal marché extérieur.

C’est particulièrement vrai pour les secteurs intégrés aux chaînes de production nord-américaines, à l’instar de l’automobile, l’énergie, du bois, l’agriculture, les minerais, l’industrie manufacturière. Sauf que, dans plusieurs domaines, les deux économies (canadienne et américaine) ne sont pas simplement partenaires, elles sont imbriquées.

Realpolitik

Pour résumer, entre fermeté politique, représailles économiques et dépendance commerciale, le Canada dispose d’armes pour résister à Washington. Mais dans un bras de fer prolongé, le rapport de force reste largement favorable aux États-Unis.

Réaliste, et conscient que son pays ne pourrait gagner une guerre commerciale classique contre les États-Unis, il compte démontrer que toute offensive américaine aura un coût pour les entreprises et les consommateurs américains et rendre ainsi le coût politique et économique de l’affrontement suffisamment élevé pour pousser l’imprévisible milliardaire américain à revenir à la table des négociations.

Bien joué.

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Trump veut étrangler l’Iran, Pékin refuse de lui tendre la corde !

La nouvelle stratégie américaine visant à asphyxier économiquement l’Iran pourrait se heurter à un obstacle majeur : la Chine. Principal partenaire commercial de Téhéran et premier débouché de son pétrole, Pékin n’entend pas se plier aux exigences de Washington.

C’est manifestement un aveu d’échec. Confronté à une impasse militaire et incapable de dégager une issue à une guerre dans laquelle il s’est enlisé jusqu’au cou, ni de transformer la démonstration de force militaire en victoire politique, Donald Trump change désormais de stratégie. Plutôt que de poursuivre une confrontation militaire sans perspective de victoire, le président américain fait le choix d’intensifier la pression sur Téhéran pour l’isoler et l’asphyxier économiquement. Jusqu’à provoquer l’effondrement du régime des mollahs de l’intérieur, tel un château de cartes.

Ainsi, après avoir brandi régulièrement la menace d’une intervention militaire massive, Donald Trump change de cap en s’appuyant désormais sur les sanctions et la pression économique pour faire plier Téhéran. Il se pourrait que le président américain ait précisément choisi cette nouvelle stratégie pour offrir un répit à l’action militaire, alors que les polémiques s’accumulent, notamment sur l’état des stocks de missiles américains ou encore sur la situation à bord du porte-avions « USS Abraham Lincoln » ? L’hypothèse n’est pas à écarter.

Toujours est-il que, toutes proportions gardées, ce nouveau virage rappelle curieusement le scénario actuellement à l’œuvre à Cuba. Là encore, Washington a privilégié l’étau économique, les sanctions et la pression maximale pour tenter d’étouffer un adversaire que la force n’a pas suffi depuis plus d’un demi-siècle à faire plier.

Coup de sang

Sitôt dit, sitôt fait. Les Etats-Unis et le milliardaire américain ont pressé jeudi 20 août leurs alliés et la Chine de rejoindre une vaste opération de pression économique contre l’Iran, censée faire « chuter le régime » de Téhéran sans reprise des opérations militaires. Tout en menaçant sans ambiguïté tout pays qui, de près ou de loin, apporterait son soutien à son ennemi juré « de subir les foudres de Washington ».

« J’annonce que TOUT pays qui permettra à ses institutions financières, à ses entreprises, à ses aéroports ou à ses entités gouvernementales d’offrir une quelconque forme de bouée de sauvetage à l’Iran fera lui-même face à de TERRIBLES répercussions économiques », a écrit le président américain sur son réseau Truth Social. Ajoutant sur un ton guerrier qu’il s’agit de « l’opération économique la plus écrasante jamais entreprise ».

« Contrebande de pétrole, swaps de devises, transferts de fonds, bureaux de change, registres de navires, sociétés écrans : tout cela doit cesser immédiatement », a aussi détaillé le locataire de la Maison-Blanche, qui explique sa décision par le fait que l’Iran a « échoué à saisir » l’opportunité de conclure un accord.

Surenchère

Reprenant le ton spartiate et sans détour de son patron, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, enfonce le clou. Il brandit à son tour la menace d’un isolement économique de l’Iran « comme le monde n’en a jamais vu », auquel pourrait s’ajouter un blocus naval du détroit d’Ormuz. De quoi faire monter d’un cran la pression sur Téhéran et transformer l’arme économique en véritable instrument d’asphyxie stratégique.

« Tout pays qui maintiendrait un lien avec Téhéran précipiterait sa propre économie vers les oubliettes, que ce lien soit entretenu volontairement ou délibérément ignoré », a menacé sur X le secrétaire américain au Trésor.

« Nous sommes en quelque sorte dans une nouvelle phase où l’outil le plus efficace que nous ayons est la pression économique que nous pouvons leur imposer », a assuré de son côté le vice-président JD. Vance, invité d’un podcast conservateur. « Ce sera une danse délicate » parce que l’Iran « essaiera de faire pression économiquement sur nous », a-t-il toutefois averti.

Le niet chinois

Reste également à savoir quelle attitude adopteront les alliés des États-Unis, qui ont jusqu’ici choisi de rester à l’écart des opérations militaires, une prudence qui leur vaut désormais la rancœur tenace du président américain.

Mais c’est surtout de l’attitude de Pékin que dépendra le succès ou l’échec de cette nouvelle offensive économique américaine.

En effet, Donald Trump se dit convaincu de bénéficier d’une relation privilégiée avec le président chinois Xi Jinping, qu’il doit recevoir le 24 septembre aux États-Unis.

Reste que cette proximité affichée sera mise à rude épreuve dès lors qu’il s’agira de l’Iran. Car plus d’un quart des échanges commerciaux de la République islamique ont été réalisés avec la Chine en 2024, faisant de Pékin un partenaire économique incontournable de Téhéran. La Chine est également l’un des principaux débouchés du pétrole iranien, que Téhéran continue d’exporter malgré les sanctions américaines, notamment grâce au recours à une vaste flotte dite « fantôme ». Dès lors, sans la coopération ou à tout le moins la neutralité de Pékin, l’ambition américaine d’asphyxier économiquement l’Iran risque de se heurter à un obstacle de taille.

Et c’est sans surprise que la Chine a réagi, vendredi 21 août, à la pression des États-Unis menaçant les pays « partenaires » de l’Iran d’une guerre économique.

Ainsi, Pékin dit « s’opposer aux sanctions unilatérales illégales qui n’ont aucun fondement en droit international et qui n’ont pas l’autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies ». « Les sanctions et les pressions ne permettront pas de résoudre le problème », a affirmé un porte-parole des Affaires étrangères chinoises, Lin Jian en appelant « toutes les parties concernées à prendre des mesures responsables et à régler le problème par la voie politique et diplomatique ».

Pour résumer, Pékin ne semble pas disposé à se plier automatiquement à l’injonction de Washington. La Chine s’oppose au principe des sanctions extraterritoriales américaines et entend préserver ses intérêts énergétiques avec l’Iran. Dans le même temps, elle cherche à éviter une confrontation frontale avec Washington.

Difficile à concilier, quitte à jouer le grand écart.

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Les Emirats ont-ils tourné le dos au pragmatisme économique ?

Les Émirats arabes unis ont annoncé suspendre tous les échanges commerciaux et financiers avec l’Iran, en raison du tir de deux missiles ciblant, selon eux, des navires. Une décision lourde de conséquences pour les deux puissances régionales du Golfe.

Analyse.

C’est un tournant majeur dans la relation entre les deux puissances régionales du Golfe. Les Émirats arabes unis « ont suspendu tous les échanges commerciaux et transactions financières avec l’Iran jusqu’à nouvel ordre », a annoncé la directrice de la communication du ministère des Affaires étrangères émiratie, Afra Al Hameli. Cette mesure intervient après plusieurs mois de dégradation spectaculaire des rapports entre les deux pays.

En effet, le ministère de la Défense émirati a déclaré dans un communiqué publié sur X, mercredi 19 août, que l’Iran avait tiré deux missiles vers son territoire, affirmant que « les systèmes de défense aérienne des Émirats arabes unis ont détecté deux missiles balistiques lancés depuis l’Iran en direction du pays. Le premier est tombé hors des eaux territoriales, tandis que le second est tombé dans les eaux territoriales ». Une information aussitôt démentie par Téhéran qui qualifie cette accusation de « préjudiciable à la confiance régionale et aux efforts en faveur de la sécurité ».

Qui croire ?

Alors, quelle version croire ? Cette question reste entière, d’autant que les autorités émiraties imposent un véritable black-out sur les frappes iraniennes visant leur territoire, allant jusqu’à menacer de lourdes sanctions les ressortissants qui filment et diffusent les dégâts causés par les missiles, au nom de la « sécurité nationale ».

Qu’en est-il précisément des deux missiles balistiques que Téhéran aurait tirés en direction du richissime émirat pétrolier ? Difficile, à ce stade, de trancher. Cela étant, les autorités émiraties ont déclenché une alerte téléphonique appelant la population à se mettre à l’abri face à des « menaces de missiles ». « En raison de la situation actuelle et des menaces de missiles, rejoignez immédiatement un endroit sûr dans le bâtiment sécurisé le plus proche », indiquait le message envoyé par le ministère de l’Intérieur. Une alerte particulièrement significative, puisqu’elle constitue la première depuis la fausse alerte enregistrée en juillet.

Rupture

Faut-il voir dans ce durcissement le constat, à Abou Dhabi, de l’échec de la politique du « bon voisinage » avec Téhéran ? Pendant des années, les Émirats ont privilégié le pragmatisme économique et le dialogue, allant jusqu’à rétablir progressivement leurs canaux diplomatiques avec l’Iran.

Une stratégie dictée par une conviction simple : pour les dirigeants émiratis, une confrontation directe avec Téhéran risquait de se révéler désastreuse, aussi bien pour les intérêts économiques que pour la sécurité de la Fédération.

Le calcul était avant tout pragmatique. Comment, en effet, faire abstraction de la géographie ? L’Iran est un voisin immédiat, une puissance régionale incontournable et, surtout, un partenaire commercial dont les Émirats ne pouvaient se permettre d’ignorer le poids. Abou Dhabi avait donc choisi de composer avec Téhéran plutôt que de risquer une confrontation dont le coût aurait pu s’avérer considérable.

La question est donc moins de savoir pourquoi les Émirats ont brutalement suspendu leurs échanges avec l’Iran que de comprendre pourquoi le calcul coût-bénéfice qui favorisait jusqu’ici le dialogue semble désormais avoir basculé en faveur de la fermeté.

Talon d’Achille

Et c’est le dernier incident qui a été le point de bascule ayant déclenché cette rupture. Quelques jours auparavant, deux navires appartenant à ADNOC, la compagnie pétrolière nationale émiratie, ont été attaqués alors qu’ils transitaient par le détroit d’Ormuz, et ayant entraîné des dégâts mais sans faire de victimes. Abou Dhabi avait attribué ces attaques à l’Iran.

Pour les Émirats, une ligne rouge semble désormais avoir été franchie. Le différend avec Téhéran ne relève plus seulement d’un affrontement géopolitique, il touche directement à la sécurité des infrastructures, des navires et des routes commerciales qui constituent l’épine dorsale de la puissance émiratie. Car le modèle d’Abou Dhabi et de Dubaï repose précisément sur la finance, la logistique et l’ouverture au commerce international. Dès lors, toute menace pesant sur la libre circulation des marchandises, au premier rang desquelles le pétrole et le gaz, ne constitue plus une simple perturbation conjoncturelle. Elle s’attaque directement aux fondements mêmes du modèle émirati.

Et c’est précisément le détroit d’Ormuz, l’un des principaux passages énergétiques de la planète, qui devient désormais le talon d’Achille des Émirats. Or, sa sécurisation est vitale, notamment parce qu’une partie importante de leurs exportations d’hydrocarbures et de leurs importations dépend de la circulation maritime dans le Golfe.

Avertissement

Au final, la suspension de tous les échanges commerciaux et transactions financières entre les deux pays voisins apparaît ainsi comme une mesure de protection, mais également comme un avertissement lancé au régime des mollahs selon lequel la relation économique ne saurait désormais être dissociée de la sécurité.

Et comme l’Iran dépendait largement des infrastructures commerciales émiraties pour accéder à certains produits et marchés internationaux, sans oublier que Dubaï constituait notamment une importante plateforme de réexportation vers l’Iran, le durcissement actuel frappe donc également l’économie iranienne. L’avertissement est clair.

La véritable question est désormais de savoir si cette suspension restera une mesure temporaire ou si elle marque le début d’une nouvelle fracture dans le Golfe. Car derrière la décision d’Abou Dhabi se joue quelque chose de beaucoup plus important qu’un simple conflit commercial, à savoir la redéfinition des rapports de force entre les Émirats, l’Iran et les États-Unis dans un Golfe devenu l’un des principaux théâtres de la confrontation régionale.

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