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Protéger les enfants en ligne : pour une réponse à la hauteur des risques

Les appels à restreindre l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans se multiplient en Tunisie. Ces mesures, présentées comme des « interdictions », sont techniquement des restrictions fondées sur l’âge, traduisant une inquiétude légitime des parents face à des enfants passant des heures devant les écrans, exposés à des usages numériques affectant leur sommeil, bien-être, confiance ou scolarité. Les réseaux sociaux sont devenus le théâtre du cyberharcèlement, de sollicitations sexuelles et de contenus violents ou haineux.

Pourtant, ces plateformes sont aussi des lieux d’apprentissage, de créativité et d’accès à l’information. La responsabilité collective n’est pas de choisir entre opportunités et protection, mais de permettre aux enfants de bénéficier des premières sans être exposés aux seconds, en intégrant sécurité, vie privée et bien-être dès la conception. En Tunisie, une enquête U-Report de 2021 révèle que près d’un adolescent sur deux déclare avoir vécu ou observé une violence en ligne.

Ce débat dépasse la Tunisie : de nombreux pays comme Australie, Royaume-Uni, Union africaine, États européens réfléchissent à la protection des enfants en ligne. Les restrictions d’âge ne peuvent constituer qu’un élément d’une approche globale : seules, elles ne suffisent pas et risquent de priver les jeunes de bénéfices numériques.

Lire aussi: Cyberviolence et addiction numérique : le cauchemar des jeunes

Une interdiction partielle peut envoyer un signal fort, mais ne résoudra pas le problème, car les risques tiennent aussi à la conception des plateformes.

Leurs algorithmes privilégient l’engagement plutôt que le bien-être, recommandant des contenus captivants. Leur modèle économique repose sur le temps d’attention. Lorsque des restrictions d’âge sont isolées, les caractéristiques à l’origine des risques demeurent, réduisant l’incitation des entreprises à investir dans des systèmes adaptés aux enfants. Les enfants contournent les contrôles comptes empruntés, appareils partagés  avec un risque accru de ne pas signaler les abus.
Nous demandons aux enfants de se protéger d’environnements non conçus pour leur sécurité, aux parents de contrôler des technologies échappant à leur maîtrise, aux écoles de réparer les conséquences d’écosystèmes conçus pour capter l’attention. Le débat doit interroger la responsabilité des plateformes. Lorsqu’un produit présente des risques pour les enfants, nous exigeons des fabricants qu’ils améliorent sa sécurité. Pourquoi moins d’exigences pour des plateformes utilisées par des millions d’enfants ?

Plusieurs pistes : renforcer le cadre juridique ; exiger la sécurité dès la conception (« safety by design ») ; améliorer la coopération avec les plateformes ; développer des mécanismes de signalement et retrait de contenus illicites.

L’UNICEF recommande d’investir dans l’éducation au numérique, l’accompagnement parental, la formation des enseignants et le renforcement des services de protection.

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Soldes d’été: entre scepticisme des consommateurs et promesses de “vraies” réductions

Certains Tunisiens scrutent déjà les vitrines dès les premiers jours pour prendre de l’avance, tandis que d’autres préfèrent attendre la première, voire la deuxième démarque. L’objectif est de repérer dès maintenant les articles à acheter le jour J. Pourtant, cet été, ils sont peu nombreux à se lancer réellement dans les soldes.

Pour beaucoup, les « soldes » tels qu’ils existent en Tunisie ne correspondent pas à l’idée de vraies promotions, contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays où l’on parle bel et bien de réductions significatives. Les soldes d’été, qui ont débuté le 7 août et s’achèveront dans six semaines, devaient être, selon le discours officiel, une occasion de rafraîchir sa garde-robe à prix réduits. Dans la pratique, cependant, le grand public reste sceptique quant à la nature même de ces opérations.

“Ce ne sont pas de vraies soldes”

Mohamed Ali, un jeune Tunisien, décrit son expérience : « J’ai fait un tour le matin à 8 h au centre-ville, dans des grandes marques. À 9 h, il n’y avait pas grand monde. J’ai l’impression que ce ne sont pas de vraies soldes. Il y a 30 dinars de réduction par rapport au prix habituel, ça reste excessivement cher. Le reste varie entre 70 et 90 dinars. Je trouve que c’est de la camelote. »

Et d’ajouter : « C’est devenu une société de consommation : les gens achètent n’importe quoi. Alors qu’il y a la friperie : une bonne partie des Tunisiens préfèrent y aller, c’est moins cher. On peut tomber sur des pièces uniques et de bonnes marques.  »

Il note toutefois : « J’ai constaté qu’il y a pas mal de gens qui achètent deux ou trois pièces. Je suis assez souvent en ville et j’ai bien vu les soldes au rendez-vous ».

En somme, l’intérêt du Tunisien durant cette période, c’est qu’il cherche à acheter du neuf avec le moindre coût. Si la vague de chaleur persistante a clairement freiné la fréquentation des magasins de vêtements et de chaussures, elle ne suffit pas à expliquer à elle seule la faiblesse des ventes.

Malgré des rabais légaux d’au moins 20%, les promotions ne suffisent plus à déclencher l’acte d’achat. Les consommateurs reportent les dépenses non urgentes, prolongent la durée d’usage de leurs vêtements et privilégient le strict nécessaire.
Les commerçants espèrent un rebond avec la baisse attendue des températures et l’effet de la rentrée scolaire, mais toute reprise dépendra surtout de la marge de manœuvre budgétaire des ménages.

En bref, le problème des soldes 2026 n’est pas seulement climatique ou commercial : il reflète un consommateur plus prudent, qui compte chaque dinar et arbitre en faveur des dépenses du quotidien.

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Eau du robinet : potable ou non ?

L’eau du robinet porte en elle des contrastes : parfois claire et rafraîchissante; parfois incertaine, au gré des sources et des réseaux qui l’acheminent. Cette variabilité inquiète : le rapport national 2024 montre que près de la moitié des prélèvements ne respectent pas les normes chimiques, et plus d’un échantillon sur cinq échoue aux critères microbiologiques. Dans de nombreuses régions, la salinité dépasse 2 g/l, un niveau qui met à l’épreuve notre confiance en l’eau du robinet, d’autant qu’au‑dessus de 1 g/l la consommation devient déjà problématique.

La désinfection au chlore est un garde‑fou nécessaire pour protéger les familles contre les risques bactériens. Mais c’est un équilibre fragile : trop peu de chlore ouvre la porte aux contaminations, trop de chlore altère le goût de l’eau et nous rappelle que la sécurité a un prix sensoriel. L’intervalle optimal se situe entre 0,2 et 0,5 mg/L, un chiffre technique qui conditionne pourtant la tranquillité des ménages.

À la maison, beaucoup cherchent des solutions concrètes pour protéger leurs proches et retrouver une eau agréable. Les filtres à charbon actif adoucissent l’odeur et le goût du chlore, les filtres mécaniques de 5 microns retiennent les impuretés visibles, et le mélange d’eau dessalée (trois quarts) avec de l’eau du robinet (un quart) peut réduire la salinité sans recourir systématiquement à l’eau en bouteille. Les systèmes domestiques de dessalement offrent une réponse plus radicale aux sels dissous, mais ils restent onéreux et exigeants en entretien, un luxe que tout foyer ne peut se permettre.

Il faut garder à l’esprit que les filtres courants n’éradiquent pas la salinité : seule l’osmose inverse ou le dessalement s’en chargent, au coût énergétique et financier élevé. Cela renvoie la question au niveau collectif : l’entretien des réseaux de distribution, la surveillance régulière et les investissements publics sont indispensables pour garantir une eau sûre et digne.

Enfin, la conductivité électrique, indicateur discret mais précieux, révèle la présence d’ions et corrobore les analyses de salinité. Au‑delà des chiffres et des matériels, c’est une question de confiance et de responsabilité partagée : les autorités doivent assurer des services fiables, et chaque citoyen doit mesurer la valeur de cette ressource fragile pour nous-mêmes et pour les générations à venir.

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Meta accepte de payer 17 milliards de dollars pour limiter l’usage d’Instagram et Fb aux USA

Meta plie et accepte de payer 17 milliards de dollars pour limiter l’usage d’Instagram et Facebook aux États-Unis. Une décision sans précédent, comparée au « Tobacco Settlement » de 1998, qui pourrait inspirer d’autres pays, dont la Tunisie.

Un accord historique aux États-Unis

Le 26 août 2026, Meta, la maison-mère de Facebook et Instagram, a conclu un accord avec 51 États et territoires américains mettant fin à des poursuites l’accusant d’avoir conçu des plateformes addictives pour les jeunes, au détriment de leur santé mentale. En vertu de cet accord, Meta devra verser jusqu’à 17 milliards de dollars (environ 14,6 milliards d’euros) et modifier en profondeur ses pratiques numériques aux États-Unis.
Selon la psychiatre Darja Djordjevic (Stanford), relayée par RFI,  ces mesures, notamment le masquage des « likes », devraient réduire l’insécurité, l’anxiété et les dépressions liées à la validation sociale sur les réseaux. Elle insiste toutefois sur la nécessité de modérer l’algorithme pour adapter les contenus à l’âge des utilisateurs, une mesure que Meta refuse pour l’instant.

Cet accord historique, comparé au règlement imposé aux cigarettiers en 1998, marque un tournant dans la régulation des réseaux sociaux aux États-Unis au nom de la protection des adolescents.

La question que tout le monde se pose si c’est applicable en Tunisie? Une chose est sûre: l’addiction des adolescents aux réseaux sociaux est également au cœur des préoccupations. les risques liés à l’usage intensif des écrans chez les jeunes Tunisiens. Selon les derniers chiffres du ministère de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Seniors,  près de 90% des enfants  ont accès à un smartphone et 78% des moins de 13 ans seraient déjà présents sur les plateformes. Ainsi entre 15 et 20% des adolescents présenteraient une forme d’addiction aux réseaux sociaux, avec des impacts sur le sommeil, la concentration et l’estime de soi.

Vers une régulation mondiale ?

L’accord Meta–États américains pourrait servir de modèle pour d’autres pays, dont la Tunisie, où les débats sur la régulation des réseaux sociaux et la protection des mineurs sont de plus en plus pressants. Les mesures adoptées aux États-Unis, bien que limitées géographiquement, ouvrent la voie à une prise de conscience globale sur les dangers de l’addiction numérique chez les jeunes.

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Géopolitique de la mer Rouge: un corridor mondial sous haute tension

La mer Rouge et le canal de Suez forment un axe vital reliant l’Asie, l’Europe et l’Afrique, par lequel transite environ 12% du commerce maritime mondial, dont une part importante d’hydrocarbures et de conteneurs.

Depuis fin 2023, les attaques au large du détroit de Bab el-Mandeb ont transformé ce passage en point de friction majeur, poussant de nombreux armateurs à contourner l’Afrique via le cap de Bonne-Espérance, avec des délais allongés et des coûts supplémentaires (carburant, assurances)
En 2026, malgré des accalmies ponctuelles et des reprises partielles du trafic, la situation reste volatile : les volumes transitant par Suez demeurent nettement inférieurs aux niveaux d’avant-crise, tandis que la route du cap de Bonne-Espérance a enregistré des records de tonnage. Cette dynamique illustre comment les voies maritimes sont devenues des leviers de puissance, où se croisent conflits locaux (Yémen, Israël–Hamas, Iran) et intérêts globaux (énergie, commerce, assurances)

Le forum intitulé “Mer Rouge–Suez : un corridor mondial sous tension. organisé par l’ADICO et l’Union arabe des médias et de la culture, sous la présidence de la professeure Hanane Youssef, décrypte les enjeux de contrôle de cette route stratégique. Entre détours par le cap de Bonne-Espérance, surcoûts logistiques et rivalités géopolitiques, la question « Qui contrôle la route du monde ? » renvoie à l’avenir du canal de Suez et à la résilience des chaînes d’approvisionnement mondiales.

L’objectif de ce forum vise à offrir une lecture intégrée politique, stratégique et économique de ces dynamiques, en réunissant des experts capables d’analyser les impacts des crises régionales sur le commerce et la navigation, et d’anticiper l’évolution du rôle de la mer Rouge et du canal de Suez dans un ordre international en mutation.

 

Ce qu’il faut savoir:

Selon les données de l’Ecofin, il y a quelques jours de cela, le canal de Suez améliore progressivement son trafic et ses recettes en 2026 (1,26 Md$ au T2, +13%), mais reste 41% en dessous des niveaux d’avant-crise. La reprise est portée par les pétroliers (+22,3% sur un an) et le retour partiel des porte-conteneurs (Maersk : +30% de volumes sur Suez). Toutefois, la résurgence de la piraterie somalienne (13 incidents en sept mois, dont le détournement du Sibu 1 le 20 août) et les tensions régionales (guerre impliquant l’Iran, perturbations d’Ormuz) maintiennent une forte incertitude. tout cela nous amène à dire que les voies maritimes sont des leviers de puissance : leur contrôle ou leur perturbation influence directement la sécurité nationale et l’économie mondiale. Cela signifie que l’avenir du canal de Suez dépend de la stabilisation sécuritaire autant que des stratégies des armateurs, des États riverains et des grandes puissances maritimes.

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Grève des hydrocarbures : le calme avant la tempête des 23 et 24 septembre

Pas de panique : la Fédération générale de la Pétrochimie a annoncé une grève dans le transport de carburants prévue les 23 et 24 septembre 2026, après l’échec des négociations sur les revendications des travailleurs.

Le secrétaire général, Slim S’himi, a indiqué que le préavis sera déposé demain, mais qu’un délai d’environ un mois (au lieu de 10 jours) a été accordé pour permettre la poursuite des discussions.

Il a souligné que le syndicat reste ouvert au dialogue et que 90% des préavis de grève sont annulés quand une vraie volonté de négocier existe, invitant donc à garder son calme.

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UGTT-Ordre des avocats: concertation sur la crise sociale

Le secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), Slaheddine Selmi a reçu ce mercredi 26 août 2026, dans son bureau, Boubaker Ben Thabet, bâtonnier de l’Ordre des avocats.

Lors de cette rencontre, les deux parties ont passé en revue la situation générale dans le pays, en particulier la détérioration de la situation sociale et économique et l’aggravation des difficultés de vie des Tunisiennes et des Tunisiens, dans un contexte marqué par l’absence de toute forme de dialogue.
Les discussions ont également porté sur des dossiers brûlants, tels que la hausse des prix, la pénurie de produits de base, l’état des libertés publiques et individuelles et bien d’autres….

À l’issue de l’entretien, les deux responsables ont réaffirmé leur engagement à poursuivre la coordination et la concertation entre les organisations nationales et les composantes de la société civile sur l’ensemble des questions en suspens, dans l’intérêt supérieur du pays.

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Un jour de deuil à Ben Guerdane

Aujourd’hui, Ben Guerdane a dit adieu à dix des siens en une seule journée… Dix cercueils alignés, dix âmes rendues à la terre, et un poids de chagrin que les mots ne peuvent porter.

Ben Guerdane pleure aujourd’hui ses enfants, et nous pleurons avec elle, de douleur et de tristesse. Car tout a commencé le mercredi 19 août 2026, lorsqu’une embarcation transportant quinze jeunes, dont quatorze originaires de Ben Guerdane et un de Zarzis, a quitté la côte entre Ben Guerdane et Zarzis en direction de l’Italie. À environ quatorze milles nautiques des côtes, le bateau a commencé à prendre l’eau avant de sombrer, dispersant ses passagers en mer.

Un seul passager a survécu. Retrouvé vendredi soir, il a été secouru par l’équipage d’un navire commercial, qui a ensuite alerté les autorités tunisiennes. Selon son témoignage, plusieurs passagers portaient des gilets de sauvetage.

Les opérations de recherche ont mobilisé la Garde maritime, la Marine nationale, des moyens aériens, ainsi que des pêcheurs et des volontaires de Ben Guerdane, Zarzis et Djerba. Au 24 août, le bilan s’établissait à douze corps repêchés, un survivant et deux disparus. Les procédures d’identification et de restitution des dépouilles aux familles se sont poursuivies dans les jours suivants.

On se rappelle qu’il y a dix ans de cela, ces mêmes habitants s’étaient levés comme un seul homme pour faire face à une attaque terroriste d’une ampleur inédite, qui avait secoué la ville frontalière de Ben Guerdane. Une soixantaine de combattants affiliés à l’organisation État islamique (Daech) avaient alors tenté de prendre pour cible des installations sécuritaires stratégiques, dans le but de s’emparer de la ville et d’y instaurer un  « émirat » relevant de Daech.

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Plus de 34 750 fermetures d’entreprises

En Tunisie comme dans d’autres pays après le COVID,  les petites entreprises paient le prix fort de la mauvaise conjoncture économique : des dizaines de milliers d’entrepreneurs ont quitté le marché ou se sont retrouvés sans activité.

Les chiffres du Répertoire national des entreprises, relevant de l’Institut national de la statistique, dressent un constat préoccupant. En 2023, 34 751 entreprises privées ont cessé leur activité, contre 59 430 en 2022. Le nombre de sorties a ainsi reculé de 41,5% en un an, mais demeure supérieur à celui enregistré en 2021, avec 29 481 entreprises.

Cette baisse ne suffit toutefois pas à dissiper les inquiétudes quant à la fragilité du tissu entrepreneurial tunisien. Le commerce reste de loin le secteur le plus touché, avec 15 903 entreprises sorties du marché, dont 12 529 dans le commerce de détail. Il est suivi par les transports et l’entreposage, avec 4 684 sorties, l’industrie avec 3 342, l’hébergement et la restauration avec 2 111, puis la construction avec 1 862.

Les microentreprises en première ligne

La grande majorité des entreprises concernées sont de très petites structures. 33 594 des 34 751 entreprises ayant cessé leur activité en 2023 n’employaient aucun salarié. Seules 897 entreprises comptaient un ou deux salariés.

Dans le détail, les personnes physiques représentent 30 636 cessations d’activité, contre 4 115 pour les personnes morales. Ces données montrent que le phénomène touche principalement les entrepreneurs individuels et les microstructures, particulièrement vulnérables aux difficultés de financement, à la baisse de la demande et à l’augmentation des charges.

Sur le plan géographique, le nord-est concentre le plus grand nombre de sorties, avec 14 141 entreprises, dont 4 600 à Tunis. Viennent ensuite le centre-est, avec 7 507 sorties, et le sud-est, avec 4 349.

Il convient cependant d’interpréter avec prudence le pic de 92 255 sorties enregistré en 2018. Ce niveau exceptionnel s’explique en grande partie par une opération administrative menée par la Direction générale des impôts, qui avait conduit à la radiation d’entreprises n’ayant déclaré aucune activité depuis quatre ans.

 

 

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Quand le « cash » devient le miroir d’une crise économique, selon Ridha Chkoundali

Pour la première fois, la Tunisie constate plus de 30 milliards de dinars en espèces en circulation (août 2026), soit une hausse d’environ 4 milliards  de dinars en un an.  C’est ce qu’a fait savoir la Banque centrale de Tunisie (BCT). Cet indicateur mesure la monnaie fiduciaire réellement utilisée dans l’économie par les ménages et les entreprises. Pour comprendre les raisons de ce chiffre record, l’expert en économie Ridha Chkoundali  livre son analyse sur sa page officielle Facebook.

Il convient de noter que ce « cash » constitue un baromètre de la liquidité immédiate, à analyser avec les dépôts, le crédit et la masse monétaire globale. Cette hausse record s’inscrit dans une tendance continue d’augmentation du cash en circulation. Elle peut s’expliquer par une activité économique plus dynamique, des effets saisonniers, mais aussi par des comportements de précaution et une préférence accrue pour le liquide.

Selon l’analyse de Ridha Chkoundali,  une telle progression, qui dépasse la croissance réelle de l’économie, ne peut pas être imputée uniquement à l’inflation : elle reflète un déplacement des modes de paiement vers le cash. Plusieurs dynamiques expliquent ce phénomène. La réforme des règles sur les chèques a réduit leur usage sans que les paiements numériques ne comblent immédiatement le vide. La levée du plafond sur les paiements en espèces a rendu les transactions en cash plus faciles. Surtout, l’essor de l’économie parallèle encourage le recours au numéraire, car il facilite l’anonymat et l’évitement des circuits bancaires et fiscaux.

Il précise dans ce contexte: « Cette augmentation du cash fragilise l’intermédiation bancaire,  moins de dépôts signifient moins de crédits disponibles  et réduit la portée des instruments de politique monétaire. Elle érode aussi la base fiscale de l’État et crée une concurrence défavorable pour les acteurs qui respectent les obligations fiscales et sociales. En outre, une masse monétaire qui gonfle sans augmentation correspondante de la production peut alimenter l’inflation, surtout dans une économie déjà contrainte par des goulots d’offre. »

La réponse ne doit pas être une répression, mais une stratégie double : rendre le paiement électronique et bancaire plus attractif (coûts réduits, paiement instantané, confiance accrue, solutions alternatives au chèque) et s’attaquer à la racine du problème en intégrant l’économie informelle  via la simplification des règles fiscales et administratives et l’abaissement du coût d’entrée dans le secteur formel  plutôt que par des sanctions seules.

Il convient de noter  que pour la BCT, suivre cet indicateur aide à évaluer la dynamique de liquidité, le degré de désintermédiation bancaire et à orienter la politique monétaire (taux directeurs, contrôle de la masse monétaire, inflation). En bref, le franchissement des 30 milliards de dinars en cash est un signal d’alerte à surveiller : il reflète l’évolution des transactions et des comportements monétaires, et peut révéler des tensions sur la liquidité et la confiance dans le système financier. 

 

 

 

 

 

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Grève ou pas ? L’UGTT tranche : “Aucun mouvement n’est annoncé”

Grève ou pas grève, la vérité doit être dite : aucune grève n’a été annoncée. Ghassen Ksibi, chargé de l’information auprès de l’UGTT, l’a confirmé dans une publication sur les réseaux sociaux.

Il indique avoir été en contact avec Slim Sahimi, secrétaire général de l’Union générale du pétrole et des produits chimiques, ainsi qu’avec Salouane Samiri, secrétaire général adjoint et responsable du département des relations internationales et arabes au sein de l’union.

Selon eux, les rumeurs faisant état d’une grève dans le transport des hydrocarbures prévue demain sont infondées. Des contacts et des négociations sont en cours au sujet d’une prime convenue depuis 2018, ainsi que sur la régularisation de la couverture sociale et d’autres dossiers. Il n’existe, à ce stade, aucune intention de déclencher un mouvement de grève demain.

L’UGTT  a convenu avec les représentants syndicaux de tenir une réunion mercredi prochain afin d’évaluer le sérieux de la partie administrative à faire valoir leurs droits. Si aucun progrès n’est constaté, les syndicats émettront un préavis de grève, conformément à la législation et aux procédures en vigueur. Ce préavis ouvrira la voie à des négociations en vue de trouver des solutions. La grève ne sera envisagée qu’en cas d’échec des pourparlers.

« En conséquence, il convient de ne pas relayer d’informations inexactes ni de céder à la rumeur, source de confusion et d’incertitude, sauf s’il existe des tentatives avérées pour inciter à la grève, ce qui, à mon avis, n’est pas le cas actuellement. », rappelle-t-il. 

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Tunisie-Corée : un accord de 13,5 MDT pour l’agriculture intelligente

Le ministère des Affaires Étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’Étranger a abrité, ce lundi, la cérémonie de signature du “ Record of Discussions” relatif au projet « Climate-Smart Agriculture for Enhancing Productivity in Tunisia (ClimAT) », entre le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche et le Bureau de l’Agence coréenne de coopération Internationale (KOICA), en présence de l’ambassadeur de la République de Corée à Tunis, Lee Tae Won.

Un projet de 13,5 millions de dollars sur six ans

Financé par un don du gouvernement coréen à hauteur de 13,5 millions de dollars, le projet ClimAT sera déployé sur une période de six ans (2026-2031) dans les gouvernorats de Tunis, Nabeul, Kairouan et Bizerte, en partenariat avec l’IRESA, l’AVFA et l’Office des Terres Domaniales (OTD)

Dans son allocution, Mohamed Ali Nafti, ministre des Affaires étrangères, a souligné l’importance stratégique de ce projet qui s’inscrit dans le cadre de la coopération technique et financière tuniso-coréenne. Il contribuera à soutenir le secteur agricole à travers :
– L’introduction de techniques modernes de gestion des ressources naturelles
– La gouvernance des ressources en eau via l’installation de systèmes d’irrigation intelligents
– La modernisation de fermes agricoles pilotes dans les gouvernorats ciblés.

Il convient de noter que le projet ClimAT repose sur trois axes majeurs: renforcement des capacités de recherche et développement en matière d’agriculture intelligente adaptée aux changements climatiques ; soutien à l’infrastructure agricole par le déploiement de technologies favorisant la production durable de blé et d’oliviers; organisation de programmes de formation au profit des représentants des structures agricoles concernées.

Mohamed Ali Nafti a salué ce partenariat fructueux entre la Tunisie et la Corée, réaffirmant la volonté tunisienne d’étendre cette coopération à des secteurs prometteurs tels que l’intelligence artificielle, les énergies renouvelables et les technologies de la santé. Il a également mis en avant les atouts qu’offre la Tunisie aux investisseurs coréens : position géographique stratégique, qualité des ressources humaines et ouverture sur les marchés africains et méditerranéens, faisant du pays une plateforme régionale privilégiée pour les entreprises coréennes souhaitant renforcer leur présence en Afrique et en Europe.

Le ministre a enfin souligné la disposition de la Tunisie à développer la coopération triangulaire entre la Tunisie, la Corée et les pays africains, en s’appuyant sur l’expertise tunisienne en matière de développement, de formation et de renforcement des capacités, des objectifs qu’il avait déjà défendus lors de sa participation à la réunion ministérielle Corée-Afrique tenue à Séoul en juin 2026.

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L’été 2026, une « chaleur tropicale » devenue réalité

L’été 2026 marque un tournant climatique en Tunisie : au-delà des records de température, c’est une combinaison inédite de chaleur intense, d’humidité élevée et de nuits sans fraîcheur qui s’installe, rapprochant le pays des conditions tropicales. Il convient de rappeler que le mois de juillet 2026 est le deuxième juillet le plus chaud depuis 1950 (31,7 °C en moyenne, +3,4 °C au-dessus de la normale), suivi d’une nouvelle canicule fin août avec des pointes à 45-46 °C dans le Sud, sous l’effet d’un dôme de chaleur centré sur le Maghreb.

La chaleur tropicale

La Tunisie vit désormais des étés aux caractéristiques tropicales : températures > 35 °C, humidité élevée sur les côtes, point de rosée > 20 °C, température ressentie jusqu’à 51 °C, et nuits tropicales (minima ≥ 20-25 °C) qui empêchent tout refroidissement nocturne.

Aujourd’hui la question qui se pose quel sera son impact sur l’humain? Selon les scientifiques, cette “chaleur tropicale” provoque un stress thermique accru (risques pour les personnes vulnérables et les travailleurs en extérieur), un cumul de la chaleur dans les bâtiments, et une crise énergétique liée à la surconsommation de climatisation.

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Le zgougou, star du Mouled… et cauchemar du budget familial

Chaque année, les familles tunisiennes célèbrent le Mouled selon leurs moyens et leurs priorités. Si cette fête, qui commémore la naissance du Prophète Mohamed, demeure profondément ancrée dans les traditions, son organisation a évolué sous l’effet de la hausse des prix et de la dégradation du pouvoir d’achat. Entre consommation, dépenses et attachement aux coutumes, les Tunisiens continuent-ils à célébrer le Mouled comme autrefois ? Reportage.

Une tradition familiale toujours vivante

Pour une bonne partie des citoyens, la célébration du Mouled dépend avant tout des moyens financiers de chaque famille. Saoussen K., graphiste, résume : « Tout dépend des priorités et de mon budget. J’achète en fonction de ce que je peux me permettre. Je respecte la tradition, car elle nous permet aussi de préserver les liens familiaux. Cette année, j’ai pris 500 grammes de pâte de zgougou à 29 dinars, et environ 40 dinars de fruits secs : poudre d’amandes, noisettes, pistaches… Cela dit, j’ai pris l’habitude de cette flambée des prix. On vit avec. On achète une petite quantité, mais on garde la tradition. »

Même constat pour Latifa, qui tient à perpétuer cette coutume malgré la hausse des prix : « Je célèbre le Mouled comme d’habitude, en famille. C’est une occasion de partager un moment de convivialité et de rappeler nos traditions liées à la naissance du Prophète. Les prix sont certes élevés et j’ai l’impression qu’ils augmentent d’une année à l’autre, mais le zgougou et l’assida restent incontournables. »

 

Lire aussi: Zgougou, de produit traditionnel à un luxe inaccessible

 

Pour Nihel.D le Mouled représente également une occasion de préserver le patrimoine familial et culturel : « C’est un moment convivial qui permet de faire vivre nos coutumes afin qu’elles ne disparaissent pas. Dans certaines familles, on organise même des concours de la meilleure assida. Mais le plus important reste ce retour aux sources et ces échanges entre les membres de la famille ». 

Des recettes qui évoluent

La tradition ne disparaît pas, mais les recettes et les habitudes changent. Chaque famille célèbre le Mouled à sa façon. Certains préparent l’assida au zgougou, tandis que d’autres restent fidèles à l’ancienne recette, l’assida blanche. Aujourd’hui, les recettes se sont diversifiées : on ajoute des noisettes, des pistaches et d’autres fruits secs, voir même assida aux cacahuètes. Cela dit, qui dit Mouled dit aussi assida traditionnelle. On garde les traditions et on ne change pas nos habitudes. Cette journée est aussi une occasion de revoir la famille et les amis. 

Le prix du zgougou suscite la colère

Pour certaines familles, cependant, les dépenses liées au Mouled sont devenues difficiles à supporter, mais l’assida blanche reste une alternative. Car pour de nombreuses familles, l’assida blanche apparaît ainsi comme une alternative économique au zgougou. Préparée à base de semoule ou de farine, elle permet de respecter la tradition tout en limitant les dépenses.

Les témoignages recueillis montrent que les Tunisiens ne renoncent pas nécessairement au Mouled, mais qu’ils adaptent sa célébration à leurs moyens. Pour certains, le boycott du zgougou ne figure pas dans leur vocabulaire. Pour d’autres, l’assida blanche permet de préserver la tradition sans alourdir le budget familial.

 

Lire également : ODC : appel au boycott du « Zgougou »

 

Selon un communiqué de l’Organisation de défense du consommateur, le prix du zgougou pique toujours dans plusieurs gouvernorats, en lien avec la cherté de la vie.

Au-delà des dépenses, le Mouled reste avant tout une fête familiale. Il offre aux proches l’occasion de se retrouver, de partager un plat traditionnel et de transmettre un héritage culturel aux nouvelles générations. Dans plusieurs familles, des concours de la meilleure assida sont même organisés, rappelant que la convivialité demeure au cœur de cette célébration.

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Tunisie – Une allocation chômage de 500 dinars à partir de 2027? Père Noël en plein été !

Une publication virale affirme que la Tunisie versera, à partir de 2027, une allocation chômage de 500 dinars à toute personne sans emploi. Vérification faite auprès des communications officielles du gouvernement, en particulier du ministère des Affaires sociales, cette information n’est pas confirmée.

Examiné lors d’un Conseil ministériel restreint en janvier 2025, affirme la publication, ce dispositif ciblerait principalement les travailleurs ayant involontairement perdu leur emploi. Il pourrait prévoir, sous certaines conditions, une indemnité compensatoire, une couverture sanitaire, des allocations en espèces ainsi qu’un accompagnement destiné à favoriser la formation et la réinsertion professionnelle.

Cela dit, un tel projet ne constitue donc pas une allocation universelle destinée à tous les chômeurs. Il s’agit d’un mécanisme d’assurance soumis à des critères d’éligibilité et à des procédures précises.

Par ailleurs, le Conseil ministériel consacré au projet de budget économique pour 2027, réuni le 19 août 2026, a évoqué la situation de l’emploi et la baisse du taux de chômage à 14,9%, sans annoncer la création d’une allocation chômage de 500 dinars.

En somme, la Tunisie prépare bien un régime d’assurance contre la perte d’emploi, mais aucune source officielle ne confirme le versement automatique de 500 dinars à chaque chômeur à partir de 2027.

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Quand la pénurie met en péril la cohésion sociale

En plein été, les Tunisiens se retrouvent  pris entre des eaux du robinet troubles, jaunâtres, impropres à la consommation, et une absence totale d’eau minérale dans les espaces commerciaux, sans oublier les coupures récurrentes d’électricité, une situation catastrophique ayant créé un terrain fertile aux prix exorbitants qui épuisent les revenus des citoyens. Une  souffrance qui met en péril les valeurs de la société. 

L’expert en économie, Ridha Chkoundali, a multiplié les analyses en août 2026 sur les dysfonctionnements structurels de l’économie du pays . 

Ridha ChkoundaliDans son post, Ridha Chkoundali met en garde contre une lecture superficielle des indicateurs officiels (croissance de 2,29% au T2 2026, chômage en baisse, tourisme résilient, etc.). Pour lui, ce chiffre global masque une distorsion structurelle : la croissance repose surtout sur l’agriculture, l’hôtellerie-restauration et quelques secteurs, sans refléter une amélioration de l’économie productive ni du niveau de vie réel.

Evoquant la question relative à la hausse des prix des médicaments, Ridha Chkoundali estime que cette  hausse  qui atteint parfois +200% à +500% sur certains produits n’est pas qu’un problème tarifaire. Elle révèle une crise de gouvernance touchant la Pharmacie centrale, la CNAM, les hôpitaux publics, le financement du système de santé et les équilibres macroéconomiques.  Ainsi il appelle à une réforme structurelle : meilleure gouvernance de la Pharmacie centrale, renforcement des stocks stratégiques, soutien à l’industrie pharmaceutique locale et aux génériques, révision d) Bourse, banques et signal d’alerte pour l’économie réelle.

Par ailleurs, sur le plan  financier, Ridha Chkoundali considère la turbulence boursière de fin juillet 2026 (chute du Tunindex, suspension de cotation) comme un signal de danger : la hausse précédente reposait largement sur les banques, pas sur l’économie productive. Il craint une transmission des difficultés du marché financier vers l’économie réelle et le secteur bancaire. 

Pour Ridha Chkoundali, la solution n’est pas seulement  » plus de contrôles » ou « plus de répression contre l’accaparement », mais une réforme structurelle : meilleure gouvernance des entreprises publiques, stocks stratégiques, soutien à la production locale, révision des mécanismes de financement et de remboursement, et surtout un choix politique en faveur du rassemblement et de l’inclusion plutôt que de l’exclusion.

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Le gaming, nouvel eldorado économique: pourquoi la Tunisie ne doit pas rester spectatrice?

Longtemps considéré comme un simple loisir réservé aux jeunes, le gaming s’impose aujourd’hui comme un véritable secteur économique, technologique et culturel à l’échelle mondiale. Face à cette mutation, une question centrale se pose : où en sommes-nous réellement, et que font nos décideurs pour soutenir et développer ce secteur, qui s’annonce parmi les plus attractifs et compétitifs des années à venir ?

Ce sujet prend tout son sens après la tenue récente de la grande finale de Counter-Strike à l’Accor Arena de Bercy, suivie d’une cérémonie de clôture au Grand Palais à Paris. Cet événement a réuni des personnalités de premier plan : Emmanuel Macron, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, grand passionné du gaming, le président de la FIFA Gianni Infantino, ainsi que la star portugaise Cristiano Ronaldo. Ensemble, ils ont clôturé deux mois de compétitions ayant opposé plus de 2 000 joueurs sur les 25 jeux vidéo les plus populaires au monde. Emmanuel Macron a remis le trophée à l’équipe chinoise All Gamers, vainqueur de cette troisième édition de l’Esports World Cup, initialement prévue en Arabie saoudite mais délocalisée en raison du contexte géopolitique.

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Moez Joudi L'Economiste-MaghrébinFace à un tel engouement, l’expert en économie Moez Joudi dresse un bilan sans équivoque : l’industrie mondiale du jeu vidéo génère un chiffre d’affaires estimé entre 200 et 225 milliards de dollars, dépassant largement les marchés combinés du cinéma et de la musique.  » C’est une industrie en or, à fort potentiel, et qui intéresse particulièrement les jeunes », souligne-t-il.

 

 

Lire également : Le gaming, l’heure du boom

Pourtant, en Tunisie, la situation contraste fortement. Sur sa page officielle Facebook, Moez Joudi pointe du doigt le manque criant de soutien institutionnel :  » En Tunisie, nous avons beaucoup de jeunes doués dans ce domaine, qui cherchent un climat d’affaires propice pour ce genre d’industries. Au niveau du système en place, du cadre juridique, fiscal et de change, ainsi qu’au niveau des gouvernants du pays, aucun intérêt, aucune connaissance, aucune adaptation, aucune écoute et aucune intention ! On tourne en rond et on laisse la jeunesse du pays pourrir et mourir, noyée soit dans le désespoir, soit au large des côtes tunisiennes, du nord au sud. C’est une rupture totale avec les aspirations de ces jeunes et avec les domaines d’activités de leur présent et de leur avenir. Lamentable et révoltant ! ».

Un constat amer, qui interpelle sur l’urgence d’une politique publique adaptée, capable de transformer ce potentiel en levier de développement économique et social.

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Gaurav Dhingra: « bâtir un pont économique entre deux continents »

Les relations économiques entre la Tunisie et l’Inde ont connu une évolution notable ces dernières années. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de renforcement des liens bilatéraux, donnant un nouvel élan à la coopération économique entre les deux pays. À l’occasion du Tunisia–India Business Forum, organisé conjointement par la CONECT, la Confédération des industries indiennes (CII) et l’ambassade de l’Inde à Tunis, nous avons interrogé Gaurav Dhingra, Managing Partner d’AXIEVA et chef de la délégation économique indienne.

Quels secteurs offrent le plus grand potentiel en Tunisie pour les entreprises indiennes ? Quels partenariats concrets souhaiteriez-vous voir émerger à l’issue de ce programme ?

Gaurav Dhingra : Pour répondre à votre question, je souhaiterais adopter une approche constructive et collaborative. Pour nous, le rôle du CII ne consiste pas uniquement à identifier les opportunités offertes aux entreprises indiennes en Tunisie. La coopération doit reposer sur des objectifs gagnant-gagnant.

Nous avons identifié plusieurs secteurs présentant un fort potentiel de collaboration entre la Tunisie et l’Inde. La Tunisie dispose d’atouts importants dans le tourisme, l’agriculture, l’import-export ; l’industrie pharmaceutique ; les technologies de l’information et les services associés ; l’exportation de services à l’international. ainsi que dans des secteurs connexes comme l’ingénierie, l’industrie manufacturière et les technologies de l’information. Elle bénéficie également d’une main-d’œuvre jeune très talentueuse, multilingue et particulièrement compétente dans les domaines de l’ingénierie, des mathématiques et de la physique. et constitue une porte d’entrée vers l’Afrique du Nord et, plus largement, vers l’Europe.

Nous souhaitons étudier la manière dont cette coopération pourrait bénéficier aux entreprises indiennes, mais également aux entreprises tunisiennes. La Tunisie pourrait notamment servir de plateforme aux entreprises tunisiennes souhaitant accéder aux marchés asiatiques via l’Inde, compte tenu de nos connexions logistiques et de nos partenariats bilatéraux dans la région asiatique.

Il s’agit donc de secteurs essentiels. Cette évolution est tout à fait naturelle, car ce sont des domaines économiques clés dans lesquels des cadres de coopération, des processus et des mécanismes de soutien existent déjà entre la Tunisie et l’Inde. Les deux pays disposent également de capacités organisationnelles avancées pour développer ces partenariats à l’avenir.

 

Avec les avancées technologiques, la Tunisie dispose d’une main-d’œuvre locale capable de répondre aux besoins de son propre marché et de soutenir son développement.

 

 Fort de votre expérience dans les services numériques et financiers en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient, comment la Tunisie pourrait-elle devenir une passerelle pour les entreprises indiennes de la technologie et de la fintech souhaitant se développer en Afrique ?

Nous avons constaté une croissance considérable en Afrique et nous sommes pleinement engagés sur ce continent. Ma présence ici constitue d’ailleurs une illustration de l’intérêt que nous portons à cette région. Avec les avancées technologiques, la Tunisie dispose d’une main-d’œuvre locale capable de répondre aux besoins de son propre marché et de soutenir son développement. Je peux citer l’exemple de TunPay, qui s’inscrit dans le cadre de l’initiative de la Banque centrale de Tunisie visant à accélérer la numérisation des paiements, non seulement au niveau bancaire, mais aussi à l’échelle des particuliers et de la finance mobile et numérique.

J’ai déjà tenu plusieurs réunions avec des opérateurs télécoms, des banques, des entreprises fintech et des acteurs de l’écosystème des start-up. Je constate que la Tunisie dispose d’un environnement dynamique et d’infrastructures suffisamment avancées pour lancer des initiatives susceptibles de devenir des modèles pour le reste de l’Afrique, mais aussi pour l’Asie.

La Tunisie constitue également une porte d’entrée vers l’Europe. Nous pouvons donc collaborer afin de développer ces expériences, de partager nos idées, notre vision et notre savoir-faire, et de mettre en place des projets pilotes qui ne seraient pas uniquement pertinents pour la Tunisie, mais qui pourraient également avoir une portée plus large.

 

Je pense qu’il s’agit d’une démarche véritablement gagnant-gagnant. Nous sommes issus d’une culture fondée sur l’ouverture d’esprit. Dans le domaine technologique, nous souhaitons croiser les idées, l’innovation, les expériences et les modes de collaboration

 

Dans le même temps, nous devons adopter une approche équilibrée et disposer d’une bonne connaissance des différents marchés : ce qui se passe en Europe, ce que nous pouvons développer en Tunisie et les évolutions en cours en Asie avec Exiva et d’autres entreprises partenaires.

Nous pouvons partager notre expertise et, de la même manière, accompagner les entreprises tunisiennes dans leur accès au reste du marché africain, où Exiva, ses organisations partenaires et ses clients disposent déjà de réseaux et de débouchés. Les entreprises tunisiennes pourraient ainsi y déployer leurs solutions, leurs produits et leurs projets.

Je pense qu’il s’agit d’une démarche véritablement gagnant-gagnant. Nous sommes issus d’une culture fondée sur l’ouverture d’esprit. Dans le domaine technologique, nous souhaitons croiser les idées, l’innovation, les expériences et les modes de collaboration afin de parvenir à une réussite mutuelle.

Quels domaines spécifiques de la fintech pourraient bénéficier d’une coopération tuniso-indienne ?

Nous avons eu une réunion très fructueuse  au ministère des Technologies de la communication auxquels nous avons identifié plusieurs opportunités facilement accessibles pour les entreprises tunisiennes et indiennes, mais aussi pour les entreprises de la région.

Coopération institutionnelle : encourager la coopération entre les associations du secteur des technologies de l’information et les organisations patronales, telles que le CII, la CONECT, la NASSCOM et d’autres structures, ainsi qu’avec les technoparcs et les organisations technologiques tunisiennes. Cette coopération pourrait porter sur l’échange d’idées, la création de forums, l’organisation de visites et le développement d’échanges culturels, commerciaux et technologiques.

Laboratoire d’expérimentation commun « sandbox »: mettre en place un espace conjoint pour tester des innovations, protéger la propriété intellectuelle, développer des brevets communs, faciliter l’accès aux marchés et créer des opportunités de valorisation commerciale.

 

La mise en place de solutions telles que le visa électronique et la collecte numérique des impôts pourrait donc également ouvrir de nouvelles perspectives.

 

Domaines prioritaires : plusieurs secteurs présentent un grand potentiel, notamment : l’InsurTech ; les paiements numériques ; le financement digital; les solutions de paiement destinées aux commerçants et aux PME ; les infrastructures numériques et la transformation digitale.

Nous avons également abordé la question des déplacements entre les deux pays. Lorsqu’une entreprise souhaite développer une activité en Tunisie ou en Inde, ses représentants doivent pouvoir se déplacer facilement. Or, l’obtention d’un visa nécessite encore des procédures relativement longues, avec la présentation de documents physiques et la constitution de dossiers administratifs.

La mise en place de solutions telles que le visa électronique et la collecte numérique des impôts pourrait donc également ouvrir de nouvelles perspectives. Les possibilités de coopération sont nombreuses. Elles concernent les États, les citoyens, les start-up, les organisations et les cultures, qui peuvent unir leurs efforts pour construire un avenir meilleur.

Quelle est votre impression du Tunisia–India Business Forum et des échanges que vous avez eus avec la CONECT et les différents acteurs de l’entrepreneuriat ?

Un tel forum n’aurait pas pu voir le jour sans des personnes aussi ambitieuses et déterminées. Il s’agit de ma première visite en Tunisie, mais je ne me sens pas comme un nouveau venu. Je suis très à l’aise ici. Je me sens chez moi et je pense que ce sentiment ne fera que se renforcer.

Pour revenir à votre question, je pense qu’il existe de nombreuses possibilités de coopération entre nos deux pays. Ma première impression est tout simplement excellente. Je me sens comme chez moi et l’énergie qui se dégage de ce forum est remarquable.

 

Nous avons également signé un mémorandum d’entente, le premier de ce type, et identifié des initiatives communes. Nous assurerons un suivi tous les deux mois afin d’évaluer la mise en œuvre des projets

 

Ce qui me paraît particulièrement important, contrairement à d’autres forums auxquels j’ai pu participer, c’est la clarté de la vision, la précision des initiatives, le sens des priorités et, surtout, la volonté de passer à l’action. Je tiens à souligner qu’il ne s’agit pas seulement d’un forum de deux jours. Nous avons déjà identifié plusieurs axes de coopération et les propositions sur lesquelles nous allons travailler avec différentes agences.

Nous avons également signé un mémorandum d’entente, le premier de ce type, et identifié des initiatives communes. Nous assurerons un suivi tous les deux mois afin d’évaluer la mise en œuvre des projets et de mesurer les indicateurs clés de performance. Je pense qu’il s’agit d’une démarche très professionnelle, avancée et mûre pour développer la coopération entre les deux pays, ainsi qu’entre le CII et la CONECT.

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Dr Hamida Ouled Slimane: « Protéger une femme, c’est protéger l’humanité »

Professeure tunisienne installée à Paris et régulièrement présente en Italie, Hamida Ouled Slimane est CEO de Gaudium et incarne un parcours à la croisée de la médecine, des neurosciences et de la diplomatie scientifique. Neuroscientifique clinique et médico-légale, neurocriminologue, directrice scientifique médicale et conseillère scientifique, elle est également vice-présidente de PSAF International et présidente de PSAF France.Elle consacre ses recherches à la compréhension des blessures invisibles qui façonnent les trajectoires humaines. De la médecine légale aux neurosciences cliniques, de la neurocriminologie à l’étude des addictions et du neurodéveloppement, son travail repose sur une conviction profonde : derrière chaque traumatisme, chaque comportement et chaque donnée biologique se trouve une personne à protéger.

À travers ses travaux sur la violence pendant la grossesse, les addictions et les mécanismes du stress, elle œuvre à faire entendre, sur la scène internationale, une voix tunisienne engagée en faveur des femmes, des enfants, des familles et de l’être humain. Sa démarche s’inscrit également dans une volonté de rapprocher la recherche scientifique des institutions et de faire de la science un véritable instrument de prévention et de protection. Nous l’avons rencontrée pour évoquer son parcours, ses recherches et sa vision de la diplomatie scientifique.
Sa devise  » L’âme qui guide » résume cette approche profondément humaine : derrière la science, la médecine, la diplomatie et chaque donnée scientifique, il y a toujours un être humain, que la professeure Hamida Ouled Slimane veille à placer au cœur de sa recherche. Interview:

En quoi votre parcours en neurosciences et en diplomatie scientifique vous a-t-il conduite à porter la voix de la femme tunisienne à l’échelle internationale ?

Mon parcours est né de la médecine légale et de l’étude scientifique du dommage, avant de se développer progressivement dans les neurosciences cliniques et médico-légales, la neuropsychopathologie, la neurocriminologie, la psychothérapie, ainsi que dans la recherche sur les addictions pathologiques et la neuromodulation.

Je suis une femme Tuniso-italienne, née en Italie, d’origine tunisienne et résidant aujourd’hui en France. Cette dimension a joué un rôle important dans mon parcours, car elle m’a permis de construire une vision scientifique qui traverse plusieurs pays et plusieurs systèmes culturels. Elle a également contribué à établir un pont entre la Tunisie, l’Italie, la France, l’Europe et, désormais, l’Afrique.
Je suis neuroscientifique clinique et médico-légale, chercheuse en neurosciences cliniques et en médecine légale, spécialisée en neuropsychopathologie et en neurocriminologie. Mon travail se situe à l’intersection du cerveau, du comportement, du traumatisme, de la pathologie et de la médecine légale. Ma recherche est toujours partie d’une question fondamentale : que se passe-t-il dans le cerveau lorsqu’une expérience traumatique modifie les processus normaux d’adaptation ?
Cette réflexion m’a également conduite à étudier les addictions pathologiques et la neuromodulation. J’ai publié le volume Neuromodulazione nel trattamento delle dipendenze — Neuromodulation dans le traitement des addictions , dans la collection Università. J’y ai approfondi le rôle de la stimulation magnétique transcrânienne, ou TMS, dans l’étude et le traitement des addictions.
La recherche sur les addictions m’a permis d’approfondir les relations entre les circuits de la récompense, la dopamine, le craving, le contrôle inhibiteur, le cortex préfrontal et les circuits striataux. Il s’agit d’une ligne de recherche que j’ai ensuite développée dans plusieurs articles scientifiques.

Le travail intitulé Pathological Addictions: Recognise & Act, publié avec le professeur Raffaele Zinno, aborde l’addiction pathologique comme un phénomène complexe. Il en analyse les composantes neurobiologiques et neuropsychologiques, ainsi que le rôle des fonctions exécutives, du cortex préfrontal et des circuits fronto-limbiques. Cet article examine également la neuromodulation, notamment la TMS et la rTMS, comme outils thérapeutiques potentiels dans le cadre d’une approche intégrée.

Ce travail est directement lié à mon livre sur la neuromodulation. Dans les deux cas, l’objectif central est de comprendre comment les circuits cérébraux participent à la perte de contrôle, au comportement compulsif et à l’addiction, mais aussi comment la plasticité cérébrale peut ouvrir de nouvelles possibilités thérapeutiques.

Cependant, l’étude des addictions m’a amenée à me poser une question plus profonde : si le cerveau est plastique et si les expériences peuvent modifier ses trajectoires fonctionnelles, jusqu’où devons-nous remonter dans le temps pour comprendre l’origine de certaines vulnérabilités ? C’est ainsi que je me suis orientée vers l’étude du traumatisme précoce et de la violence pendant la grossesse.
Le premier travail scientifique qui a ouvert cette ligne de recherche est intitulé Neuroscience and New Research Perspectives on Violence as a Risk Factor in Pregnancy, publié avec le professeur Raffaele Zinno.

Cet article propose une perspective neuroscientifique sur la violence pendant la grossesse. Il considère que le stress maternel chronique peut constituer un facteur de risque important, qui doit être étudié non seulement sous l’angle psychologique et social, mais également à travers les mécanismes neuroendocriniens, neurophysiologiques et développementaux. Il pose ainsi les bases théoriques permettant d’interroger les effets du stress maternel sur l’environnement intra-utérin et sur le neurodéveloppement ultérieur de l’enfant. À partir de cette première approche s’est développée une recherche de plus en plus structurée. Dans le cadre de mon parcours doctoral, j’ai approfondi les mécanismes de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, ou axe HPA, ainsi que le rôle du cortisol, du placenta et de la 11β-HSD2. J’ai également étudié les effets possibles du stress chronique sur les systèmes neurobiologiques impliqués dans le développement cérébral.

Je me suis aussi intéressée au rôle du locus coeruleus, du système noradrénergique et de leur relation avec le cortex préfrontal, en examinant les conséquences possibles du stress chronique sur les fonctions exécutives, la régulation émotionnelle, l’attention et la mémoire de travail.
Le troisième travail scientifique inscrit dans cette ligne de recherche est consacré à la violence pendant la grossesse et à ses effets sur le lobe frontal. Il approfondit le rôle possible du stress prénatal et des systèmes neurobiologiques du stress dans le développement des structures et des fonctions préfrontales, avec une attention particulière portée aux fonctions exécutives et à la régulation du comportement.
Ce travail constitue une étape importante, car il fait passer la recherche du concept général de « traumatisme » à l’analyse de circuits et de systèmes neurofonctionnels spécifiques.

Voici la continuité scientifique de mon parcours : médecine légale, neurosciences, neuropsychopathologie, neurocriminologie, addictions, neuromodulation, traumatisme, neurobiologie du stress et violence pendant la grossesse. C’est cette continuité qui m’a conduite vers la diplomatie scientifique. Je crois que la science ne doit pas rester enfermée dans les laboratoires ou dans les publications. Elle doit pouvoir dialoguer avec les institutions lorsqu’elle concerne la protection de la personne. C’est dans cet esprit que je porte également la voix de la femme tunisienne : non seulement comme représentante d’une identité, mais aussi comme scientifique et diplomate scientifique. Je souhaite démontrer qu’une recherche développée à partir de la Tunisie peut atteindre le niveau européen et international.

Quels sont les objectifs de votre Observatoire concernant les violences pendant la grossesse et la protection des femmes et des fœtus ?

L’idée fondamentale de l’Observatoire est que la violence pendant la grossesse ne doit pas être considérée exclusivement comme une violence exercée contre la femme. La grossesse constitue en effet une période biologique particulière, au cours de laquelle l’environnement maternel peut interagir avec les processus du développement fœtal.

Le projet étudie donc la dyade mère-fœtus et cherche à comprendre les mécanismes possibles par lesquels un stress toxique chronique peut influencer la neurophysiologie maternelle, l’environnement intra-utérin et le développement neurobiologique ultérieur de l’enfant.
L’un des mécanismes centraux étudiés est l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, ou axe HPA. La violence chronique peut entraîner une activation persistante des systèmes du stress, avec des modifications de la régulation de la CRH, de l’ACTH et du cortisol. Un élément particulièrement intéressant est la 11β-HSD2 placentaire, une enzyme qui contribue à moduler l’exposition du fœtus aux glucocorticoïdes maternels.

Le modèle de recherche considère donc la séquence possible suivante : stress maternel chronique, activation de l’axe HPA, modification des glucocorticoïdes, altération des mécanismes placentaires de protection, augmentation possible de l’exposition fœtale et éventuelles modifications du neurodéveloppement.

Cela ne signifie pas que toute forme de stress maternel provoque automatiquement une pathologie chez l’enfant. Au contraire, une partie fondamentale de mon travail consiste à distinguer l’association, la vulnérabilité et la causalité, car la médecine légale ne peut pas reposer sur un déterminisme biologique simpliste.

Un autre élément central est le locus coeruleus, une structure noradrénergique située dans le tronc cérébral, essentielle à l’éveil, à l’attention et à la réponse au stress.

Dans le modèle neurobiologique que j’étudie, la relation entre le locus coeruleus et le cortex préfrontal revêt une importance particulière. L’activation chronique des systèmes du stress peut interférer avec les processus préfrontaux qui participent à la mémoire de travail, au contrôle exécutif, à la flexibilité cognitive et à la régulation émotionnelle. La recherche prend également en compte des processus fondamentaux du développement cérébral, tels que la synaptogenèse, l’élagage synaptique, la myélinisation et la connectivité fonctionnelle. Elle s’intéresse aussi aux mécanismes épigénétiques possibles par lesquels l’environnement précoce peut contribuer à une vulnérabilité neuropsychologique.

Dans le cadre du projet tunisien, nous avons également mené des recherches sur le terrain en étudiant des cas cliniques d’enfants et d’adolescents présentant des difficultés scolaires et des anomalies comportementales. Nous avons adopté une approche neuropsychologique et posturale intégrée. Nous avons notamment observé des éléments relatifs à l’intégration proprioceptive, à l’organisation tonico-posturale, à la fonction oculomotrice et à l’insuffisance de convergence, tout en prenant en compte l’histoire clinique et familiale des patients.
Le projet est donc multidisciplinaire.

Mais je souhaite souligner un point fondamental pour moi : je ne défends pas seulement la femme et l’enfant. Je défends l’être humain.
Il existe une expression que j’aime beaucoup : « Derrière un grand homme, il y a toujours une grande femme. » Je pense que ce principe doit être compris de manière encore plus large. Nous ne pouvons pas véritablement protéger la femme sans nous intéresser également à l’homme, à sa santé mentale, à sa relation avec sa famille, à la prévention des comportements violents et à ses propres vulnérabilités.
Je ne veux pas construire une opposition entre l’homme et la femme. Je veux contribuer à bâtir un modèle de protection de la famille et de l’être humain, car la violence ne naît pas dans le vide. Pour l’interrompre, nous devons également comprendre les mécanismes psychologiques, neurobiologiques et sociaux qui peuvent contribuer à son apparition et à sa transmission. L’objectif de l’Observatoire est donc de créer une plateforme internationale consacrée à la recherche, à la prévention, à la formation, à l’observation clinique, à la médecine légale et à la protection de la dyade mère-fœtus, ainsi que de son environnement familial.

Que représente pour vous le fait d’être la première Tunisienne à porter cette initiative auprès du Parlement européen et, demain, dans les institutions internationales ?

Pour moi, cela représente avant tout une responsabilité scientifique et institutionnelle.
Cette initiative est portée par PSAF International, une société scientifique internationale, et non simplement par une association. PSAF International intervient dans le domaine des professions de santé, de l’assurance et de la médecine légale. Elle est accréditée par le ministère de la Santé pour les lignes directrices et possède également une dimension institutionnelle et scientifique internationale. Elle est en outre inscrite au Registre de transparence du Parlement européen.
J’occupe les fonctions de vice-présidente de PSAF International et de présidente de PSAF France, tandis que le professeur Raffaele Zinno est président de PSAF International. Dans ce cadre, nous avons institué et promu ce projet et cette initiative internationale. La particularité de mon rôle tient au fait que j’en assure la conception et la direction scientifiques. PSAF International soutient et promeut son développement institutionnel et international à travers un réseau interdisciplinaire. Le 3 décembre 2025, au Parlement européen de Strasbourg, nous avons officiellement présenté cette initiative dans le contexte institutionnel européen.

Ce fut une étape fondamentale, car nous avons porté une recherche née dans les domaines neuroscientifique, clinique et médico-légal vers un dialogue institutionnel international. Je suis également inscrite au Registre de transparence du Parlement européen et accréditée en tant qu’experte scientifique indépendante auprès de la Commission européenne. Mon profil institutionnel comprend également une accréditation auprès de l’United Nations Global Marketplace, l’UNGM. Ces inscriptions et accréditations sont importantes, car elles établissent un lien entre la conduite de la recherche scientifique et la diplomatie scientifique. Mon objectif est de transférer les connaissances scientifiques vers les espaces où se construisent les standards, les coopérations et les politiques de protection.

Mais le Parlement européen constitue une étape, et non un point d’arrivée. Le prochain objectif est de porter ce projet et cette initiative auprès des institutions internationales, notamment dans le cadre d’une démarche auprès de l’UNESCO, tout en développant davantage le dialogue scientifique et institutionnel. C’est ici qu’intervient ce que je considère comme la véritable nouveauté : l’initiative a également suscité un intérêt dans le cadre de la Commission italienne sur le féminicide.

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Cette évolution est particulièrement importante, car elle signifie qu’une recherche née des neurosciences et de la médecine légale peut commencer à dialoguer avec les institutions qui travaillent sur la prévention de la violence contre les femmes et du féminicide.

La nouveauté ne réside donc pas uniquement dans le fait d’avoir porté une recherche scientifique au Parlement européen.
Elle réside surtout dans le fait qu’une perspective neuroscientifique sur le traumatisme, la violence pendant la grossesse et ses conséquences possibles puisse entrer dans le débat institutionnel sur la prévention de la violence fondée sur le genre.
C’est un changement de paradigme : il ne s’agit plus seulement d’attendre que la violence produise une victime, mais d’étudier ce qui se passe avant, pendant et après le traumatisme afin de comprendre où et comment nous pouvons intervenir. C’est le sens que j’attribue à la diplomatie scientifique.

La perspective est internationale : il s’agit de continuer à construire des ponts entre l’Europe, la Tunisie et l’Afrique, en portant progressivement le projet auprès des institutions internationales, avec l’ambition d’impliquer également le Parlement panafricain. Même lorsque je parle de cortisol, d’axe HPA, de 11β-HSD2, de locus coeruleus, de système noradrénergique, de cortex préfrontal, de dopamine, de synaptogenèse, d’élagage synaptique, de myélinisation, de TMS et de circuits fronto-limbiques, je n’oublie jamais que derrière chaque donnée biologique se trouve une personne.

Ma recherche est extrêmement technique, mais son objectif est profondément humain. J’ai étudié la médecine légale pour comprendre le dommage, les neurosciences pour en comprendre les mécanismes, la neurocriminologie pour comprendre le comportement, la psychopathologie pour comprendre la souffrance et la neuromodulation pour étudier de nouvelles possibilités d’intervention.

Aujourd’hui, j’étudie le traumatisme gestationnel parce que je souhaite remonter encore plus loin dans l’histoire biologique de l’individu.
Je veux comprendre où peut commencer une vulnérabilité, avant qu’elle ne devienne une pathologie, une addiction ou une conduite destructrice.Cependant, les neurosciences ne doivent pas devenir un outil de déterminisme biologique. Le fait qu’une expérience traumatique puisse influencer les systèmes neuroendocriniens et neurofonctionnels ne signifie pas que le destin d’une personne soit inscrit dans son cerveau.
Au contraire, la neuroplasticité nous rappelle que le cerveau conserve une capacité de modification. La recherche doit donc continuer à identifier les conditions qui favorisent la récupération et la prévention.

Quel est votre message de fin ?

C’est pourquoi mon message final est le suivant : nous devons apprendre à voir la souffrance avant qu’elle ne devienne une condamnation.

Voir la femme avant qu’elle ne devienne une victime. Voir l’enfant avant que le traumatisme ne se transforme en trajectoire pathologique. Voir également l’homme avant qu’il ne devienne l’auteur ou la victime d’une dynamique destructrice. Je ne crois pas à une science qui oppose les hommes aux femmes. Je crois à une science qui protège l’être humain : la femme, l’enfant, l’homme et la famille. Je crois également que la prévention doit commencer bien avant que le dommage ne devienne irréversible. Je voudrais que la Tunisie soit reconnue non seulement comme le pays d’origine d’une chercheuse, mais aussi comme le pays d’où peut émerger une diplomate scientifique et une neuroscientifique capable de porter la recherche tunisienne dans le dialogue scientifique et institutionnel international.

C’est l’un des messages les plus importants de mon travail : une recherche peut partir de Tunisie, traverser l’Italie et la France, parvenir jusqu’aux institutions européennes et internationales, puis se transformer en un réseau de coopération scientifique capable de produire de la connaissance, de la prévention et de la protection.

Parce qu’au final: Protéger une femme, c’est protéger une vie. Protéger une mère et son enfant, c’est protéger une génération. Protéger également l’homme, c’est protéger l’être humain. Et protéger l’être humain, c’est commencer à changer l’avenir. »

Références scientifiques citées dans l’interview:

Hamida Ouled Slimane et Raffaele Zinno (2024) — « Neuroscience and New Research Perspectives on Violence as a Risk Factor in Pregnancy », Journal of Neurology Research Reviews & Reports, 6(12), p. 1-2. L’article introduit une perspective neuroscientifique sur la violence pendant la grossesse et sur ses mécanismes neuroendocriniens, neurophysiologiques et développementaux possibles.

Hamida Ouled Slimane et Raffaele Zinno (2025) — « Pathological Addictions: Recognise & Act », Archive of Psychology Neurology and Psychiatry, n° 2, p. 33-64. Ce travail analyse l’addiction pathologique comme un phénomène neuropsychologique complexe et approfondit le rôle des fonctions exécutives, du cortex préfrontal, des circuits fronto-limbiques et de la neuromodulation.

Hamida Ouled Slimane, Raffaele Zinno et G. Agliata (2026) — « Violence in Pregnancy: Effects on the Frontal Lobe… ». Ce travail s’inscrit dans la ligne de recherche consacrée à la violence pendant la grossesse et aux effets possibles des systèmes du stress sur le développement et les fonctions préfrontales.

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Faouzi Abderrahmane : « La baisse du chômage est un trompe-l’œil »

Alors que le taux de chômage s’est légèrement replié à 14,9 % selon les dernières statistiques de l’INS, cette baisse traduit-elle une véritable amélioration de la situation de l’emploi ou demeure-t-elle statistiquement marginale ? Éléments de réponse avec Faouzi Abderrahmane, ancien ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle.

Ancien ministre de l’Emploi, Faouzi Abderrahmane appelle à relativiser cette baisse du taux de chômage annoncée par l’Institut national de la statistique (INS), passé de 15% à 14,9%. Car selon lui, « passer de 15% à 14,9%, cela peut tout simplement relever de la marge d’erreur inhérente aux statistiques de l’INS », estime-t-il. Et de rappeler que les données de l’INS sont publiées trimestriellement, soulignant l’importance particulière des statistiques du deuxième trimestre, généralement publiées en juillet. « La meilleure statistique est celle de mai, car l’échantillon y est plus important que durant les premier, troisième et quatrième trimestres. Les données du deuxième trimestre sont donc les plus fiables, notamment parce qu’elles permettent de disposer de chiffres régionaux », explique-t-il.

Pour l’ancien ministre, l’analyse de la situation de l’emploi ne doit pas se limiter à un indicateur conjoncturel. Elle doit prendre en considération l’ensemble des facteurs économiques, sociaux et institutionnels qui influencent le marché du travail.
 » Les moteurs de l’emploi sont au nombre de trois : le secteur public, le secteur privé et l’initiative individuelle. C’est le cas dans tous les pays du monde », affirme-t-il. Il précise que le secteur privé comprend différentes formes d’activité, allant de l’économie réelle à l’économie sociale et solidaire. Or, selon lui, ces trois moteurs sont aujourd’hui grippés en Tunisie. « Ils ne sont pas bloqués uniquement aujourd’hui. Ils le sont depuis plusieurs années, et les gouvernements successifs ne sont pas parvenus à débloquer la situation »,  déplore-t-il.

Faouzi Abderrahmane considère que le chômage constitue le « réceptacle » des dysfonctionnements de l’ensemble des politiques publiques. Les difficultés liées à l’éducation, au développement régional, à l’investissement, à l’initiative privée, aux équilibres budgétaires ou encore aux investissements publics se répercutent directement sur l’emploi. « Il ne faut donc pas regarder l’emploi uniquement à travers les statistiques. Il faut également analyser tous les indicateurs qui l’entourent et qui expliquent la situation actuelle du marché du travail « , insiste-t-il.

Coupures d’eau et d’électricité : un symptôme de crise de gouvernance

L’ancien ministre établit également un lien entre les difficultés du marché de l’emploi et la dégradation des services publics, notamment les coupures récurrentes d’eau et d’électricité. « Ces perturbations sont devenues récurrentes. Elles traduisent l’incapacité du pouvoir exécutif à gérer le quotidien des citoyens », affirme-t-il.

Il critique une gouvernance qu’il juge trop marquée par une approche administrative. Selon lui, la présence de hauts cadres de l’administration à la tête de l’exécutif ne garantit pas nécessairement une capacité à conduire des politiques publiques adaptées aux réalités du pays. « L’administration produit parfois des décisions incohérentes, déconnectées de la réalité. Elle ne peut pas, à elle seule, gérer les affaires du pays »,  estime-t-il.

Évoquant le Plan quinquennal transmis par le gouvernement au Parlement, Faouzi Abderrahmane déplore l’absence, selon lui, d’un véritable débat politique. « Le texte a été adopté tel quel, sans modifications substantielles ni discussion de fond. Ce plan est davantage le produit de l’administration que celui d’une vision politique », déplore-t-il. Cette absence de vision stratégique, estime l’ancien ministre, expliquerait en partie les difficultés persistantes dans la gestion des affaires publiques, ainsi que l’incapacité à impulser une dynamique durable de création d’emplois.

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