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Tunisie – Une allocation chômage de 500 dinars à partir de 2027? Père Noël en plein été !

Une publication virale affirme que la Tunisie versera, à partir de 2027, une allocation chômage de 500 dinars à toute personne sans emploi. Vérification faite auprès des communications officielles du gouvernement, en particulier du ministère des Affaires sociales, cette information n’est pas confirmée.

Examiné lors d’un Conseil ministériel restreint en janvier 2025, affirme la publication, ce dispositif ciblerait principalement les travailleurs ayant involontairement perdu leur emploi. Il pourrait prévoir, sous certaines conditions, une indemnité compensatoire, une couverture sanitaire, des allocations en espèces ainsi qu’un accompagnement destiné à favoriser la formation et la réinsertion professionnelle.

Cela dit, un tel projet ne constitue donc pas une allocation universelle destinée à tous les chômeurs. Il s’agit d’un mécanisme d’assurance soumis à des critères d’éligibilité et à des procédures précises.

Par ailleurs, le Conseil ministériel consacré au projet de budget économique pour 2027, réuni le 19 août 2026, a évoqué la situation de l’emploi et la baisse du taux de chômage à 14,9%, sans annoncer la création d’une allocation chômage de 500 dinars.

En somme, la Tunisie prépare bien un régime d’assurance contre la perte d’emploi, mais aucune source officielle ne confirme le versement automatique de 500 dinars à chaque chômeur à partir de 2027.

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Quand la pénurie met en péril la cohésion sociale

En plein été, les Tunisiens se retrouvent  pris entre des eaux du robinet troubles, jaunâtres, impropres à la consommation, et une absence totale d’eau minérale dans les espaces commerciaux, sans oublier les coupures récurrentes d’électricité, une situation catastrophique ayant créé un terrain fertile aux prix exorbitants qui épuisent les revenus des citoyens. Une  souffrance qui met en péril les valeurs de la société. 

L’expert en économie, Ridha Chkoundali, a multiplié les analyses en août 2026 sur les dysfonctionnements structurels de l’économie du pays . 

Ridha ChkoundaliDans son post, Ridha Chkoundali met en garde contre une lecture superficielle des indicateurs officiels (croissance de 2,29% au T2 2026, chômage en baisse, tourisme résilient, etc.). Pour lui, ce chiffre global masque une distorsion structurelle : la croissance repose surtout sur l’agriculture, l’hôtellerie-restauration et quelques secteurs, sans refléter une amélioration de l’économie productive ni du niveau de vie réel.

Evoquant la question relative à la hausse des prix des médicaments, Ridha Chkoundali estime que cette  hausse  qui atteint parfois +200% à +500% sur certains produits n’est pas qu’un problème tarifaire. Elle révèle une crise de gouvernance touchant la Pharmacie centrale, la CNAM, les hôpitaux publics, le financement du système de santé et les équilibres macroéconomiques.  Ainsi il appelle à une réforme structurelle : meilleure gouvernance de la Pharmacie centrale, renforcement des stocks stratégiques, soutien à l’industrie pharmaceutique locale et aux génériques, révision d) Bourse, banques et signal d’alerte pour l’économie réelle.

Par ailleurs, sur le plan  financier, Ridha Chkoundali considère la turbulence boursière de fin juillet 2026 (chute du Tunindex, suspension de cotation) comme un signal de danger : la hausse précédente reposait largement sur les banques, pas sur l’économie productive. Il craint une transmission des difficultés du marché financier vers l’économie réelle et le secteur bancaire. 

Pour Ridha Chkoundali, la solution n’est pas seulement  » plus de contrôles » ou « plus de répression contre l’accaparement », mais une réforme structurelle : meilleure gouvernance des entreprises publiques, stocks stratégiques, soutien à la production locale, révision des mécanismes de financement et de remboursement, et surtout un choix politique en faveur du rassemblement et de l’inclusion plutôt que de l’exclusion.

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Le gaming, nouvel eldorado économique: pourquoi la Tunisie ne doit pas rester spectatrice?

Longtemps considéré comme un simple loisir réservé aux jeunes, le gaming s’impose aujourd’hui comme un véritable secteur économique, technologique et culturel à l’échelle mondiale. Face à cette mutation, une question centrale se pose : où en sommes-nous réellement, et que font nos décideurs pour soutenir et développer ce secteur, qui s’annonce parmi les plus attractifs et compétitifs des années à venir ?

Ce sujet prend tout son sens après la tenue récente de la grande finale de Counter-Strike à l’Accor Arena de Bercy, suivie d’une cérémonie de clôture au Grand Palais à Paris. Cet événement a réuni des personnalités de premier plan : Emmanuel Macron, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, grand passionné du gaming, le président de la FIFA Gianni Infantino, ainsi que la star portugaise Cristiano Ronaldo. Ensemble, ils ont clôturé deux mois de compétitions ayant opposé plus de 2 000 joueurs sur les 25 jeux vidéo les plus populaires au monde. Emmanuel Macron a remis le trophée à l’équipe chinoise All Gamers, vainqueur de cette troisième édition de l’Esports World Cup, initialement prévue en Arabie saoudite mais délocalisée en raison du contexte géopolitique.

Lire aussi: Le gaming made in Tunisia, une fenêtre sur la Méditerranée

Moez Joudi L'Economiste-MaghrébinFace à un tel engouement, l’expert en économie Moez Joudi dresse un bilan sans équivoque : l’industrie mondiale du jeu vidéo génère un chiffre d’affaires estimé entre 200 et 225 milliards de dollars, dépassant largement les marchés combinés du cinéma et de la musique.  » C’est une industrie en or, à fort potentiel, et qui intéresse particulièrement les jeunes », souligne-t-il.

 

 

Lire également : Le gaming, l’heure du boom

Pourtant, en Tunisie, la situation contraste fortement. Sur sa page officielle Facebook, Moez Joudi pointe du doigt le manque criant de soutien institutionnel :  » En Tunisie, nous avons beaucoup de jeunes doués dans ce domaine, qui cherchent un climat d’affaires propice pour ce genre d’industries. Au niveau du système en place, du cadre juridique, fiscal et de change, ainsi qu’au niveau des gouvernants du pays, aucun intérêt, aucune connaissance, aucune adaptation, aucune écoute et aucune intention ! On tourne en rond et on laisse la jeunesse du pays pourrir et mourir, noyée soit dans le désespoir, soit au large des côtes tunisiennes, du nord au sud. C’est une rupture totale avec les aspirations de ces jeunes et avec les domaines d’activités de leur présent et de leur avenir. Lamentable et révoltant ! ».

Un constat amer, qui interpelle sur l’urgence d’une politique publique adaptée, capable de transformer ce potentiel en levier de développement économique et social.

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Gaurav Dhingra: « bâtir un pont économique entre deux continents »

Les relations économiques entre la Tunisie et l’Inde ont connu une évolution notable ces dernières années. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de renforcement des liens bilatéraux, donnant un nouvel élan à la coopération économique entre les deux pays. À l’occasion du Tunisia–India Business Forum, organisé conjointement par la CONECT, la Confédération des industries indiennes (CII) et l’ambassade de l’Inde à Tunis, nous avons interrogé Gaurav Dhingra, Managing Partner d’AXIEVA et chef de la délégation économique indienne.

Quels secteurs offrent le plus grand potentiel en Tunisie pour les entreprises indiennes ? Quels partenariats concrets souhaiteriez-vous voir émerger à l’issue de ce programme ?

Gaurav Dhingra : Pour répondre à votre question, je souhaiterais adopter une approche constructive et collaborative. Pour nous, le rôle du CII ne consiste pas uniquement à identifier les opportunités offertes aux entreprises indiennes en Tunisie. La coopération doit reposer sur des objectifs gagnant-gagnant.

Nous avons identifié plusieurs secteurs présentant un fort potentiel de collaboration entre la Tunisie et l’Inde. La Tunisie dispose d’atouts importants dans le tourisme, l’agriculture, l’import-export ; l’industrie pharmaceutique ; les technologies de l’information et les services associés ; l’exportation de services à l’international. ainsi que dans des secteurs connexes comme l’ingénierie, l’industrie manufacturière et les technologies de l’information. Elle bénéficie également d’une main-d’œuvre jeune très talentueuse, multilingue et particulièrement compétente dans les domaines de l’ingénierie, des mathématiques et de la physique. et constitue une porte d’entrée vers l’Afrique du Nord et, plus largement, vers l’Europe.

Nous souhaitons étudier la manière dont cette coopération pourrait bénéficier aux entreprises indiennes, mais également aux entreprises tunisiennes. La Tunisie pourrait notamment servir de plateforme aux entreprises tunisiennes souhaitant accéder aux marchés asiatiques via l’Inde, compte tenu de nos connexions logistiques et de nos partenariats bilatéraux dans la région asiatique.

Il s’agit donc de secteurs essentiels. Cette évolution est tout à fait naturelle, car ce sont des domaines économiques clés dans lesquels des cadres de coopération, des processus et des mécanismes de soutien existent déjà entre la Tunisie et l’Inde. Les deux pays disposent également de capacités organisationnelles avancées pour développer ces partenariats à l’avenir.

 

Avec les avancées technologiques, la Tunisie dispose d’une main-d’œuvre locale capable de répondre aux besoins de son propre marché et de soutenir son développement.

 

 Fort de votre expérience dans les services numériques et financiers en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient, comment la Tunisie pourrait-elle devenir une passerelle pour les entreprises indiennes de la technologie et de la fintech souhaitant se développer en Afrique ?

Nous avons constaté une croissance considérable en Afrique et nous sommes pleinement engagés sur ce continent. Ma présence ici constitue d’ailleurs une illustration de l’intérêt que nous portons à cette région. Avec les avancées technologiques, la Tunisie dispose d’une main-d’œuvre locale capable de répondre aux besoins de son propre marché et de soutenir son développement. Je peux citer l’exemple de TunPay, qui s’inscrit dans le cadre de l’initiative de la Banque centrale de Tunisie visant à accélérer la numérisation des paiements, non seulement au niveau bancaire, mais aussi à l’échelle des particuliers et de la finance mobile et numérique.

J’ai déjà tenu plusieurs réunions avec des opérateurs télécoms, des banques, des entreprises fintech et des acteurs de l’écosystème des start-up. Je constate que la Tunisie dispose d’un environnement dynamique et d’infrastructures suffisamment avancées pour lancer des initiatives susceptibles de devenir des modèles pour le reste de l’Afrique, mais aussi pour l’Asie.

La Tunisie constitue également une porte d’entrée vers l’Europe. Nous pouvons donc collaborer afin de développer ces expériences, de partager nos idées, notre vision et notre savoir-faire, et de mettre en place des projets pilotes qui ne seraient pas uniquement pertinents pour la Tunisie, mais qui pourraient également avoir une portée plus large.

 

Je pense qu’il s’agit d’une démarche véritablement gagnant-gagnant. Nous sommes issus d’une culture fondée sur l’ouverture d’esprit. Dans le domaine technologique, nous souhaitons croiser les idées, l’innovation, les expériences et les modes de collaboration

 

Dans le même temps, nous devons adopter une approche équilibrée et disposer d’une bonne connaissance des différents marchés : ce qui se passe en Europe, ce que nous pouvons développer en Tunisie et les évolutions en cours en Asie avec Exiva et d’autres entreprises partenaires.

Nous pouvons partager notre expertise et, de la même manière, accompagner les entreprises tunisiennes dans leur accès au reste du marché africain, où Exiva, ses organisations partenaires et ses clients disposent déjà de réseaux et de débouchés. Les entreprises tunisiennes pourraient ainsi y déployer leurs solutions, leurs produits et leurs projets.

Je pense qu’il s’agit d’une démarche véritablement gagnant-gagnant. Nous sommes issus d’une culture fondée sur l’ouverture d’esprit. Dans le domaine technologique, nous souhaitons croiser les idées, l’innovation, les expériences et les modes de collaboration afin de parvenir à une réussite mutuelle.

Quels domaines spécifiques de la fintech pourraient bénéficier d’une coopération tuniso-indienne ?

Nous avons eu une réunion très fructueuse  au ministère des Technologies de la communication auxquels nous avons identifié plusieurs opportunités facilement accessibles pour les entreprises tunisiennes et indiennes, mais aussi pour les entreprises de la région.

Coopération institutionnelle : encourager la coopération entre les associations du secteur des technologies de l’information et les organisations patronales, telles que le CII, la CONECT, la NASSCOM et d’autres structures, ainsi qu’avec les technoparcs et les organisations technologiques tunisiennes. Cette coopération pourrait porter sur l’échange d’idées, la création de forums, l’organisation de visites et le développement d’échanges culturels, commerciaux et technologiques.

Laboratoire d’expérimentation commun « sandbox »: mettre en place un espace conjoint pour tester des innovations, protéger la propriété intellectuelle, développer des brevets communs, faciliter l’accès aux marchés et créer des opportunités de valorisation commerciale.

 

La mise en place de solutions telles que le visa électronique et la collecte numérique des impôts pourrait donc également ouvrir de nouvelles perspectives.

 

Domaines prioritaires : plusieurs secteurs présentent un grand potentiel, notamment : l’InsurTech ; les paiements numériques ; le financement digital; les solutions de paiement destinées aux commerçants et aux PME ; les infrastructures numériques et la transformation digitale.

Nous avons également abordé la question des déplacements entre les deux pays. Lorsqu’une entreprise souhaite développer une activité en Tunisie ou en Inde, ses représentants doivent pouvoir se déplacer facilement. Or, l’obtention d’un visa nécessite encore des procédures relativement longues, avec la présentation de documents physiques et la constitution de dossiers administratifs.

La mise en place de solutions telles que le visa électronique et la collecte numérique des impôts pourrait donc également ouvrir de nouvelles perspectives. Les possibilités de coopération sont nombreuses. Elles concernent les États, les citoyens, les start-up, les organisations et les cultures, qui peuvent unir leurs efforts pour construire un avenir meilleur.

Quelle est votre impression du Tunisia–India Business Forum et des échanges que vous avez eus avec la CONECT et les différents acteurs de l’entrepreneuriat ?

Un tel forum n’aurait pas pu voir le jour sans des personnes aussi ambitieuses et déterminées. Il s’agit de ma première visite en Tunisie, mais je ne me sens pas comme un nouveau venu. Je suis très à l’aise ici. Je me sens chez moi et je pense que ce sentiment ne fera que se renforcer.

Pour revenir à votre question, je pense qu’il existe de nombreuses possibilités de coopération entre nos deux pays. Ma première impression est tout simplement excellente. Je me sens comme chez moi et l’énergie qui se dégage de ce forum est remarquable.

 

Nous avons également signé un mémorandum d’entente, le premier de ce type, et identifié des initiatives communes. Nous assurerons un suivi tous les deux mois afin d’évaluer la mise en œuvre des projets

 

Ce qui me paraît particulièrement important, contrairement à d’autres forums auxquels j’ai pu participer, c’est la clarté de la vision, la précision des initiatives, le sens des priorités et, surtout, la volonté de passer à l’action. Je tiens à souligner qu’il ne s’agit pas seulement d’un forum de deux jours. Nous avons déjà identifié plusieurs axes de coopération et les propositions sur lesquelles nous allons travailler avec différentes agences.

Nous avons également signé un mémorandum d’entente, le premier de ce type, et identifié des initiatives communes. Nous assurerons un suivi tous les deux mois afin d’évaluer la mise en œuvre des projets et de mesurer les indicateurs clés de performance. Je pense qu’il s’agit d’une démarche très professionnelle, avancée et mûre pour développer la coopération entre les deux pays, ainsi qu’entre le CII et la CONECT.

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Dr Hamida Ouled Slimane: « Protéger une femme, c’est protéger l’humanité »

Professeure tunisienne installée à Paris et régulièrement présente en Italie, Hamida Ouled Slimane est CEO de Gaudium et incarne un parcours à la croisée de la médecine, des neurosciences et de la diplomatie scientifique. Neuroscientifique clinique et médico-légale, neurocriminologue, directrice scientifique médicale et conseillère scientifique, elle est également vice-présidente de PSAF International et présidente de PSAF France.Elle consacre ses recherches à la compréhension des blessures invisibles qui façonnent les trajectoires humaines. De la médecine légale aux neurosciences cliniques, de la neurocriminologie à l’étude des addictions et du neurodéveloppement, son travail repose sur une conviction profonde : derrière chaque traumatisme, chaque comportement et chaque donnée biologique se trouve une personne à protéger.

À travers ses travaux sur la violence pendant la grossesse, les addictions et les mécanismes du stress, elle œuvre à faire entendre, sur la scène internationale, une voix tunisienne engagée en faveur des femmes, des enfants, des familles et de l’être humain. Sa démarche s’inscrit également dans une volonté de rapprocher la recherche scientifique des institutions et de faire de la science un véritable instrument de prévention et de protection. Nous l’avons rencontrée pour évoquer son parcours, ses recherches et sa vision de la diplomatie scientifique.
Sa devise  » L’âme qui guide » résume cette approche profondément humaine : derrière la science, la médecine, la diplomatie et chaque donnée scientifique, il y a toujours un être humain, que la professeure Hamida Ouled Slimane veille à placer au cœur de sa recherche. Interview:

En quoi votre parcours en neurosciences et en diplomatie scientifique vous a-t-il conduite à porter la voix de la femme tunisienne à l’échelle internationale ?

Mon parcours est né de la médecine légale et de l’étude scientifique du dommage, avant de se développer progressivement dans les neurosciences cliniques et médico-légales, la neuropsychopathologie, la neurocriminologie, la psychothérapie, ainsi que dans la recherche sur les addictions pathologiques et la neuromodulation.

Je suis une femme Tuniso-italienne, née en Italie, d’origine tunisienne et résidant aujourd’hui en France. Cette dimension a joué un rôle important dans mon parcours, car elle m’a permis de construire une vision scientifique qui traverse plusieurs pays et plusieurs systèmes culturels. Elle a également contribué à établir un pont entre la Tunisie, l’Italie, la France, l’Europe et, désormais, l’Afrique.
Je suis neuroscientifique clinique et médico-légale, chercheuse en neurosciences cliniques et en médecine légale, spécialisée en neuropsychopathologie et en neurocriminologie. Mon travail se situe à l’intersection du cerveau, du comportement, du traumatisme, de la pathologie et de la médecine légale. Ma recherche est toujours partie d’une question fondamentale : que se passe-t-il dans le cerveau lorsqu’une expérience traumatique modifie les processus normaux d’adaptation ?
Cette réflexion m’a également conduite à étudier les addictions pathologiques et la neuromodulation. J’ai publié le volume Neuromodulazione nel trattamento delle dipendenze — Neuromodulation dans le traitement des addictions , dans la collection Università. J’y ai approfondi le rôle de la stimulation magnétique transcrânienne, ou TMS, dans l’étude et le traitement des addictions.
La recherche sur les addictions m’a permis d’approfondir les relations entre les circuits de la récompense, la dopamine, le craving, le contrôle inhibiteur, le cortex préfrontal et les circuits striataux. Il s’agit d’une ligne de recherche que j’ai ensuite développée dans plusieurs articles scientifiques.

Le travail intitulé Pathological Addictions: Recognise & Act, publié avec le professeur Raffaele Zinno, aborde l’addiction pathologique comme un phénomène complexe. Il en analyse les composantes neurobiologiques et neuropsychologiques, ainsi que le rôle des fonctions exécutives, du cortex préfrontal et des circuits fronto-limbiques. Cet article examine également la neuromodulation, notamment la TMS et la rTMS, comme outils thérapeutiques potentiels dans le cadre d’une approche intégrée.

Ce travail est directement lié à mon livre sur la neuromodulation. Dans les deux cas, l’objectif central est de comprendre comment les circuits cérébraux participent à la perte de contrôle, au comportement compulsif et à l’addiction, mais aussi comment la plasticité cérébrale peut ouvrir de nouvelles possibilités thérapeutiques.

Cependant, l’étude des addictions m’a amenée à me poser une question plus profonde : si le cerveau est plastique et si les expériences peuvent modifier ses trajectoires fonctionnelles, jusqu’où devons-nous remonter dans le temps pour comprendre l’origine de certaines vulnérabilités ? C’est ainsi que je me suis orientée vers l’étude du traumatisme précoce et de la violence pendant la grossesse.
Le premier travail scientifique qui a ouvert cette ligne de recherche est intitulé Neuroscience and New Research Perspectives on Violence as a Risk Factor in Pregnancy, publié avec le professeur Raffaele Zinno.

Cet article propose une perspective neuroscientifique sur la violence pendant la grossesse. Il considère que le stress maternel chronique peut constituer un facteur de risque important, qui doit être étudié non seulement sous l’angle psychologique et social, mais également à travers les mécanismes neuroendocriniens, neurophysiologiques et développementaux. Il pose ainsi les bases théoriques permettant d’interroger les effets du stress maternel sur l’environnement intra-utérin et sur le neurodéveloppement ultérieur de l’enfant. À partir de cette première approche s’est développée une recherche de plus en plus structurée. Dans le cadre de mon parcours doctoral, j’ai approfondi les mécanismes de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, ou axe HPA, ainsi que le rôle du cortisol, du placenta et de la 11β-HSD2. J’ai également étudié les effets possibles du stress chronique sur les systèmes neurobiologiques impliqués dans le développement cérébral.

Je me suis aussi intéressée au rôle du locus coeruleus, du système noradrénergique et de leur relation avec le cortex préfrontal, en examinant les conséquences possibles du stress chronique sur les fonctions exécutives, la régulation émotionnelle, l’attention et la mémoire de travail.
Le troisième travail scientifique inscrit dans cette ligne de recherche est consacré à la violence pendant la grossesse et à ses effets sur le lobe frontal. Il approfondit le rôle possible du stress prénatal et des systèmes neurobiologiques du stress dans le développement des structures et des fonctions préfrontales, avec une attention particulière portée aux fonctions exécutives et à la régulation du comportement.
Ce travail constitue une étape importante, car il fait passer la recherche du concept général de « traumatisme » à l’analyse de circuits et de systèmes neurofonctionnels spécifiques.

Voici la continuité scientifique de mon parcours : médecine légale, neurosciences, neuropsychopathologie, neurocriminologie, addictions, neuromodulation, traumatisme, neurobiologie du stress et violence pendant la grossesse. C’est cette continuité qui m’a conduite vers la diplomatie scientifique. Je crois que la science ne doit pas rester enfermée dans les laboratoires ou dans les publications. Elle doit pouvoir dialoguer avec les institutions lorsqu’elle concerne la protection de la personne. C’est dans cet esprit que je porte également la voix de la femme tunisienne : non seulement comme représentante d’une identité, mais aussi comme scientifique et diplomate scientifique. Je souhaite démontrer qu’une recherche développée à partir de la Tunisie peut atteindre le niveau européen et international.

Quels sont les objectifs de votre Observatoire concernant les violences pendant la grossesse et la protection des femmes et des fœtus ?

L’idée fondamentale de l’Observatoire est que la violence pendant la grossesse ne doit pas être considérée exclusivement comme une violence exercée contre la femme. La grossesse constitue en effet une période biologique particulière, au cours de laquelle l’environnement maternel peut interagir avec les processus du développement fœtal.

Le projet étudie donc la dyade mère-fœtus et cherche à comprendre les mécanismes possibles par lesquels un stress toxique chronique peut influencer la neurophysiologie maternelle, l’environnement intra-utérin et le développement neurobiologique ultérieur de l’enfant.
L’un des mécanismes centraux étudiés est l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, ou axe HPA. La violence chronique peut entraîner une activation persistante des systèmes du stress, avec des modifications de la régulation de la CRH, de l’ACTH et du cortisol. Un élément particulièrement intéressant est la 11β-HSD2 placentaire, une enzyme qui contribue à moduler l’exposition du fœtus aux glucocorticoïdes maternels.

Le modèle de recherche considère donc la séquence possible suivante : stress maternel chronique, activation de l’axe HPA, modification des glucocorticoïdes, altération des mécanismes placentaires de protection, augmentation possible de l’exposition fœtale et éventuelles modifications du neurodéveloppement.

Cela ne signifie pas que toute forme de stress maternel provoque automatiquement une pathologie chez l’enfant. Au contraire, une partie fondamentale de mon travail consiste à distinguer l’association, la vulnérabilité et la causalité, car la médecine légale ne peut pas reposer sur un déterminisme biologique simpliste.

Un autre élément central est le locus coeruleus, une structure noradrénergique située dans le tronc cérébral, essentielle à l’éveil, à l’attention et à la réponse au stress.

Dans le modèle neurobiologique que j’étudie, la relation entre le locus coeruleus et le cortex préfrontal revêt une importance particulière. L’activation chronique des systèmes du stress peut interférer avec les processus préfrontaux qui participent à la mémoire de travail, au contrôle exécutif, à la flexibilité cognitive et à la régulation émotionnelle. La recherche prend également en compte des processus fondamentaux du développement cérébral, tels que la synaptogenèse, l’élagage synaptique, la myélinisation et la connectivité fonctionnelle. Elle s’intéresse aussi aux mécanismes épigénétiques possibles par lesquels l’environnement précoce peut contribuer à une vulnérabilité neuropsychologique.

Dans le cadre du projet tunisien, nous avons également mené des recherches sur le terrain en étudiant des cas cliniques d’enfants et d’adolescents présentant des difficultés scolaires et des anomalies comportementales. Nous avons adopté une approche neuropsychologique et posturale intégrée. Nous avons notamment observé des éléments relatifs à l’intégration proprioceptive, à l’organisation tonico-posturale, à la fonction oculomotrice et à l’insuffisance de convergence, tout en prenant en compte l’histoire clinique et familiale des patients.
Le projet est donc multidisciplinaire.

Mais je souhaite souligner un point fondamental pour moi : je ne défends pas seulement la femme et l’enfant. Je défends l’être humain.
Il existe une expression que j’aime beaucoup : « Derrière un grand homme, il y a toujours une grande femme. » Je pense que ce principe doit être compris de manière encore plus large. Nous ne pouvons pas véritablement protéger la femme sans nous intéresser également à l’homme, à sa santé mentale, à sa relation avec sa famille, à la prévention des comportements violents et à ses propres vulnérabilités.
Je ne veux pas construire une opposition entre l’homme et la femme. Je veux contribuer à bâtir un modèle de protection de la famille et de l’être humain, car la violence ne naît pas dans le vide. Pour l’interrompre, nous devons également comprendre les mécanismes psychologiques, neurobiologiques et sociaux qui peuvent contribuer à son apparition et à sa transmission. L’objectif de l’Observatoire est donc de créer une plateforme internationale consacrée à la recherche, à la prévention, à la formation, à l’observation clinique, à la médecine légale et à la protection de la dyade mère-fœtus, ainsi que de son environnement familial.

Que représente pour vous le fait d’être la première Tunisienne à porter cette initiative auprès du Parlement européen et, demain, dans les institutions internationales ?

Pour moi, cela représente avant tout une responsabilité scientifique et institutionnelle.
Cette initiative est portée par PSAF International, une société scientifique internationale, et non simplement par une association. PSAF International intervient dans le domaine des professions de santé, de l’assurance et de la médecine légale. Elle est accréditée par le ministère de la Santé pour les lignes directrices et possède également une dimension institutionnelle et scientifique internationale. Elle est en outre inscrite au Registre de transparence du Parlement européen.
J’occupe les fonctions de vice-présidente de PSAF International et de présidente de PSAF France, tandis que le professeur Raffaele Zinno est président de PSAF International. Dans ce cadre, nous avons institué et promu ce projet et cette initiative internationale. La particularité de mon rôle tient au fait que j’en assure la conception et la direction scientifiques. PSAF International soutient et promeut son développement institutionnel et international à travers un réseau interdisciplinaire. Le 3 décembre 2025, au Parlement européen de Strasbourg, nous avons officiellement présenté cette initiative dans le contexte institutionnel européen.

Ce fut une étape fondamentale, car nous avons porté une recherche née dans les domaines neuroscientifique, clinique et médico-légal vers un dialogue institutionnel international. Je suis également inscrite au Registre de transparence du Parlement européen et accréditée en tant qu’experte scientifique indépendante auprès de la Commission européenne. Mon profil institutionnel comprend également une accréditation auprès de l’United Nations Global Marketplace, l’UNGM. Ces inscriptions et accréditations sont importantes, car elles établissent un lien entre la conduite de la recherche scientifique et la diplomatie scientifique. Mon objectif est de transférer les connaissances scientifiques vers les espaces où se construisent les standards, les coopérations et les politiques de protection.

Mais le Parlement européen constitue une étape, et non un point d’arrivée. Le prochain objectif est de porter ce projet et cette initiative auprès des institutions internationales, notamment dans le cadre d’une démarche auprès de l’UNESCO, tout en développant davantage le dialogue scientifique et institutionnel. C’est ici qu’intervient ce que je considère comme la véritable nouveauté : l’initiative a également suscité un intérêt dans le cadre de la Commission italienne sur le féminicide.

Lire aussi: Féminicide: l’urgence d’agir

Cette évolution est particulièrement importante, car elle signifie qu’une recherche née des neurosciences et de la médecine légale peut commencer à dialoguer avec les institutions qui travaillent sur la prévention de la violence contre les femmes et du féminicide.

La nouveauté ne réside donc pas uniquement dans le fait d’avoir porté une recherche scientifique au Parlement européen.
Elle réside surtout dans le fait qu’une perspective neuroscientifique sur le traumatisme, la violence pendant la grossesse et ses conséquences possibles puisse entrer dans le débat institutionnel sur la prévention de la violence fondée sur le genre.
C’est un changement de paradigme : il ne s’agit plus seulement d’attendre que la violence produise une victime, mais d’étudier ce qui se passe avant, pendant et après le traumatisme afin de comprendre où et comment nous pouvons intervenir. C’est le sens que j’attribue à la diplomatie scientifique.

La perspective est internationale : il s’agit de continuer à construire des ponts entre l’Europe, la Tunisie et l’Afrique, en portant progressivement le projet auprès des institutions internationales, avec l’ambition d’impliquer également le Parlement panafricain. Même lorsque je parle de cortisol, d’axe HPA, de 11β-HSD2, de locus coeruleus, de système noradrénergique, de cortex préfrontal, de dopamine, de synaptogenèse, d’élagage synaptique, de myélinisation, de TMS et de circuits fronto-limbiques, je n’oublie jamais que derrière chaque donnée biologique se trouve une personne.

Ma recherche est extrêmement technique, mais son objectif est profondément humain. J’ai étudié la médecine légale pour comprendre le dommage, les neurosciences pour en comprendre les mécanismes, la neurocriminologie pour comprendre le comportement, la psychopathologie pour comprendre la souffrance et la neuromodulation pour étudier de nouvelles possibilités d’intervention.

Aujourd’hui, j’étudie le traumatisme gestationnel parce que je souhaite remonter encore plus loin dans l’histoire biologique de l’individu.
Je veux comprendre où peut commencer une vulnérabilité, avant qu’elle ne devienne une pathologie, une addiction ou une conduite destructrice.Cependant, les neurosciences ne doivent pas devenir un outil de déterminisme biologique. Le fait qu’une expérience traumatique puisse influencer les systèmes neuroendocriniens et neurofonctionnels ne signifie pas que le destin d’une personne soit inscrit dans son cerveau.
Au contraire, la neuroplasticité nous rappelle que le cerveau conserve une capacité de modification. La recherche doit donc continuer à identifier les conditions qui favorisent la récupération et la prévention.

Quel est votre message de fin ?

C’est pourquoi mon message final est le suivant : nous devons apprendre à voir la souffrance avant qu’elle ne devienne une condamnation.

Voir la femme avant qu’elle ne devienne une victime. Voir l’enfant avant que le traumatisme ne se transforme en trajectoire pathologique. Voir également l’homme avant qu’il ne devienne l’auteur ou la victime d’une dynamique destructrice. Je ne crois pas à une science qui oppose les hommes aux femmes. Je crois à une science qui protège l’être humain : la femme, l’enfant, l’homme et la famille. Je crois également que la prévention doit commencer bien avant que le dommage ne devienne irréversible. Je voudrais que la Tunisie soit reconnue non seulement comme le pays d’origine d’une chercheuse, mais aussi comme le pays d’où peut émerger une diplomate scientifique et une neuroscientifique capable de porter la recherche tunisienne dans le dialogue scientifique et institutionnel international.

C’est l’un des messages les plus importants de mon travail : une recherche peut partir de Tunisie, traverser l’Italie et la France, parvenir jusqu’aux institutions européennes et internationales, puis se transformer en un réseau de coopération scientifique capable de produire de la connaissance, de la prévention et de la protection.

Parce qu’au final: Protéger une femme, c’est protéger une vie. Protéger une mère et son enfant, c’est protéger une génération. Protéger également l’homme, c’est protéger l’être humain. Et protéger l’être humain, c’est commencer à changer l’avenir. »

Références scientifiques citées dans l’interview:

Hamida Ouled Slimane et Raffaele Zinno (2024) — « Neuroscience and New Research Perspectives on Violence as a Risk Factor in Pregnancy », Journal of Neurology Research Reviews & Reports, 6(12), p. 1-2. L’article introduit une perspective neuroscientifique sur la violence pendant la grossesse et sur ses mécanismes neuroendocriniens, neurophysiologiques et développementaux possibles.

Hamida Ouled Slimane et Raffaele Zinno (2025) — « Pathological Addictions: Recognise & Act », Archive of Psychology Neurology and Psychiatry, n° 2, p. 33-64. Ce travail analyse l’addiction pathologique comme un phénomène neuropsychologique complexe et approfondit le rôle des fonctions exécutives, du cortex préfrontal, des circuits fronto-limbiques et de la neuromodulation.

Hamida Ouled Slimane, Raffaele Zinno et G. Agliata (2026) — « Violence in Pregnancy: Effects on the Frontal Lobe… ». Ce travail s’inscrit dans la ligne de recherche consacrée à la violence pendant la grossesse et aux effets possibles des systèmes du stress sur le développement et les fonctions préfrontales.

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Faouzi Abderrahmane : « La baisse du chômage est un trompe-l’œil »

Alors que le taux de chômage s’est légèrement replié à 14,9 % selon les dernières statistiques de l’INS, cette baisse traduit-elle une véritable amélioration de la situation de l’emploi ou demeure-t-elle statistiquement marginale ? Éléments de réponse avec Faouzi Abderrahmane, ancien ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle.

Ancien ministre de l’Emploi, Faouzi Abderrahmane appelle à relativiser cette baisse du taux de chômage annoncée par l’Institut national de la statistique (INS), passé de 15% à 14,9%. Car selon lui, « passer de 15% à 14,9%, cela peut tout simplement relever de la marge d’erreur inhérente aux statistiques de l’INS », estime-t-il. Et de rappeler que les données de l’INS sont publiées trimestriellement, soulignant l’importance particulière des statistiques du deuxième trimestre, généralement publiées en juillet. « La meilleure statistique est celle de mai, car l’échantillon y est plus important que durant les premier, troisième et quatrième trimestres. Les données du deuxième trimestre sont donc les plus fiables, notamment parce qu’elles permettent de disposer de chiffres régionaux », explique-t-il.

Pour l’ancien ministre, l’analyse de la situation de l’emploi ne doit pas se limiter à un indicateur conjoncturel. Elle doit prendre en considération l’ensemble des facteurs économiques, sociaux et institutionnels qui influencent le marché du travail.
 » Les moteurs de l’emploi sont au nombre de trois : le secteur public, le secteur privé et l’initiative individuelle. C’est le cas dans tous les pays du monde », affirme-t-il. Il précise que le secteur privé comprend différentes formes d’activité, allant de l’économie réelle à l’économie sociale et solidaire. Or, selon lui, ces trois moteurs sont aujourd’hui grippés en Tunisie. « Ils ne sont pas bloqués uniquement aujourd’hui. Ils le sont depuis plusieurs années, et les gouvernements successifs ne sont pas parvenus à débloquer la situation »,  déplore-t-il.

Faouzi Abderrahmane considère que le chômage constitue le « réceptacle » des dysfonctionnements de l’ensemble des politiques publiques. Les difficultés liées à l’éducation, au développement régional, à l’investissement, à l’initiative privée, aux équilibres budgétaires ou encore aux investissements publics se répercutent directement sur l’emploi. « Il ne faut donc pas regarder l’emploi uniquement à travers les statistiques. Il faut également analyser tous les indicateurs qui l’entourent et qui expliquent la situation actuelle du marché du travail « , insiste-t-il.

Coupures d’eau et d’électricité : un symptôme de crise de gouvernance

L’ancien ministre établit également un lien entre les difficultés du marché de l’emploi et la dégradation des services publics, notamment les coupures récurrentes d’eau et d’électricité. « Ces perturbations sont devenues récurrentes. Elles traduisent l’incapacité du pouvoir exécutif à gérer le quotidien des citoyens », affirme-t-il.

Il critique une gouvernance qu’il juge trop marquée par une approche administrative. Selon lui, la présence de hauts cadres de l’administration à la tête de l’exécutif ne garantit pas nécessairement une capacité à conduire des politiques publiques adaptées aux réalités du pays. « L’administration produit parfois des décisions incohérentes, déconnectées de la réalité. Elle ne peut pas, à elle seule, gérer les affaires du pays »,  estime-t-il.

Évoquant le Plan quinquennal transmis par le gouvernement au Parlement, Faouzi Abderrahmane déplore l’absence, selon lui, d’un véritable débat politique. « Le texte a été adopté tel quel, sans modifications substantielles ni discussion de fond. Ce plan est davantage le produit de l’administration que celui d’une vision politique », déplore-t-il. Cette absence de vision stratégique, estime l’ancien ministre, expliquerait en partie les difficultés persistantes dans la gestion des affaires publiques, ainsi que l’incapacité à impulser une dynamique durable de création d’emplois.

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Investissements indiens : le train que la Tunisie ne doit pas rater

Les relations économiques entre la Tunisie et l’Inde ont connu une évolution notable au cours des dernières années. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de renforcement des liens bilatéraux, donnant un nouvel élan à la coopération économique entre les deux pays. Pour dresser un état des lieux de la coopération tuniso-indienne, il convient de rappeler que l’Inde occupe une place de premier plan dans l’économie mondiale. À cet égard, nous avons interrogé Jalel Tebib, directeur général de la Foreign Investment Promotion Agency (FIPA Tunisia), sur l’état et les perspectives des relations économiques entre la Tunisie et l’Inde.

À cette question, Jalel Tebib a souligné : « Comme je l’ai indiqué, cette initiative s’inscrit dans le cadre de la coopération Sud-Sud entre la Tunisie et ses partenaires de différentes régions du monde. Certes, nous entretenons des relations privilégiées avec nos partenaires traditionnels, notamment nos voisins, mais nous sommes également dans l’obligation de diversifier nos partenaires économiques, en particulier en nous tournant vers des sources non traditionnelles, telles que la Chine, le Japon et l’Inde. Cette opération de promotion vise justement à renforcer le partenariat avec l’Inde. »

Il part du constat que la présence actuelle des entreprises et des partenaires économiques indiens en Tunisie se limite à seulement trois sociétés. Cela ne reflète nullement l’importance de l’Inde dans l’économie mondiale. « Vous savez que l’Inde est quasiment un continent, avec d’importantes capacités d’investissement à l’étranger. De nombreuses entreprises et de nombreux groupes indiens ont investi massivement en Europe, aux États-Unis et en Afrique. La Tunisie doit donc pouvoir bénéficier de cet élan d’investissement à l’international. Les chiffres actuels restent limités, mais les perspectives sont très prometteuses », a-t-il ajouté.

“ Nous avons récemment récompensé, dans le cadre du Tunisia Investment Forum, une entreprise indienne implantée à Sfax, opérant dans le secteur des composants automobiles et des logiciels dédiés à la mobilité. Il s’agit d’une véritable success-story qu’il faudrait reproduire, aussi bien pour les entreprises indiennes que pour les opérateurs internationaux. Nous espérons qu’à partir de ce type de réussite, nous pourrons attirer davantage d’entreprises indiennes en Tunisie.”

Et d’ajouter: “ Par ailleurs, une autre société indienne opérant dans le secteur de l’aéronautique devrait prochainement s’implanter dans notre pays. Avec ces nouvelles implantations, nous pensons pouvoir doubler, d’ici la fin de l’année, le nombre d’entreprises indiennes présentes en Tunisie. À travers ce type de rencontres avec nos partenaires; l’UTICA, la CONECT et l’ensemble des acteurs concernés, nous ne pouvons qu’espérer attirer davantage d’investissements internationaux, notamment en provenance de l’Inde et d’autres marchés.”
Ces investissements devraient également contribuer à la création d’emplois. Peut-on avancer une estimation du nombre de postes qui pourraient être créés ?

Et de poursuivre: « Certainement. D’ici la fin de l’année, nous prévoyons la création d’au moins un millier de nouveaux emplois liés aux investissements indiens en Tunisie ».

Un millier de postes d’emploi en Tunisie ?

La FIPA a publié un bilan faisant état d’une hausse des investissements étrangers par rapport à l’année précédente. Comment expliquez-vous cette évolution ? Jalel Tebib a répondu: « Cette hausse confirme la dynamique positive de l’attractivité de la Tunisie auprès des investisseurs étrangers. Dans un contexte régional et international particulièrement difficile, marqué par de nombreux défis, l’ensemble des pays a enregistré un ralentissement des investissements étrangers. Malgré cette conjoncture, la Tunisie poursuit sa progression. Nous espérions attirer davantage d’investissements, mais nous restons, pour le moment, conformes aux prévisions établies pour l’année. Nous avons fixé un objectif de 4 milliards de dinars et nous avons déjà atteint la moitié de ce montant ».
Et de conclure : « Je pense donc que nous pouvons facilement atteindre, d’ici la fin de l’année, les objectifs escomptés, soit 4 milliards de dinars ».

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Mobilisation à Tunis sur fond de crise sociale

Jeudi 20 août 2026, plusieurs organisations de la société civile ont manifesté à Tunis pour dénoncer la dégradation des services publics, laquelle dégradation a pour nom, entre autres, coupures d’eau et d’électricité, pénuries de médicaments.

Organisée à l’appel de « Nafas », un mouvement citoyen civil indépendant, la marche a réuni un nombre important de participants, lesquels réclamaient des solutions concrètes à la crise économique et sociale. Ils demandent aussi la préservation des libertés publiques, des droits politiques et des acquis sociaux.

Plusieurs responsables politiques et acteurs de la société civile ont livré leur analyse sur place. C’est le cas de Faouzi Abderrahmane, ancien ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, qui est revenu sur les slogans et le contexte politique : « La dernière fois, les slogans n’étaient pas uniquement ceux de l’organisation. Les jeunes ont scandé leurs propres slogans, qui ont même dépassé ceux de l’organisation ».

Selon lui, « les gens sont excédés par la situation actuelle. Ils estiment que les choses ne peuvent pas rester comme elles sont. Il faut un changement ». Il ajoute que « ce pouvoir politique s’est isolé de ses propres institutions, du gouvernement et du parlement. Cet isolement isole aussi le pays par rapport à son environnement régional et international. Nous perdons beaucoup d’occasions sur le plan socio-économique ».

Blocage socio-économique et absence de dialogue

Et l’ancien d’estimer que « le pays est bloqué sur le plan socio-économique. Il n’y a pas d’investissements ». Évoquant le système des entreprises communautaires, il juge qu’« il ne représente rien » et qu’« il n’est pas capable de créer de la richesse. C’est une économie de la pauvreté, pas une économie de création de richesse ».

Il note aussi qu’« à aucun moment dans l’histoire du pays, on n’est arrivé à une situation où il y a aussi peu de discussion. Même lors des grandes crises, il y a toujours eu des communications  et dialogue », ajoute-t-il.

Foued Mouakhar:  » Privilégier l’intérêt national »

Foued Mouakhar, dirigeant du PDL, rappelle son appel à « privilégier l’intérêt national ». « Nous voulons contribuer à élever la parole de vérité. Nous avons des causes communes : le système républicain, les droits, les libertés, l’État de droit, les institutions, la justice, la séparation et l’indépendance des pouvoirs. Quiconque va dans ce sens, nous marchons avec lui », déclare-t-il.

Pour lui, « l’important est que ces milliers de voix s’expriment et parviennent jusqu’au pouvoir ». « Si le pouvoir dit : “Faites ce que vous voulez, et faisons ce que nous voulons”, cela n’est pas de la démocratie. C’est une neutralisation de la démocratie. Nous ne pouvons pas étouffer les voix. Chacun est libre d’exprimer son opinion. C’est cela le plus important », affirme-t-il.

Nafaâ Laribi: « Les choses vont de mal en pire »

De son côté, Nafaa Laribi, membre du comité de défense d’Abir Moussi, note que c’est la troisième mobilisation après juin et le 25 juillet 2026. « On a encore plus de coupures d’électricité, encore plus de pénuries d’eau. La mise en bouteille de l’eau minérale et des eaux de source est en difficulté. On fait face à une pénurie d’essence et de carburant. Les choses vont de mal en pire », observe-t-il.

Interrogé sur l’impact de la manifestation, il répond : « La société civile et l’opposition sont présentes. L’essentiel est d’être toujours là, de faire pression, de lever haut nos principes et nos revendications, et de ne pas laisser le terrain vide ».

Houssem Hami, coordinateur de la coalition Soumoud, estime que « les Tunisiens tiennent bon ». « Ils ont lancé un message clair : assez de l’injustice, de l’échec et de l’absurde dans la gestion des affaires publiques », dit-il.

« Jeunesse, femmes, régions disent non à l’injustice et non à l’échec. Les citoyens sont épuisés par les coupures d’eau et d’électricité, par le manque de médicaments et par la hausse des prix. C’est la situation elle-même qui les pousse à descendre dans la rue », précise-t-il.

Et de conclure : « Nous avons proposé de nous rassembler autour du minimum commun : la citoyenneté. Les citoyens ont répondu, ainsi que les partis politiques et les organisations de la société civile. Nous sommes sur la bonne voie pour obtenir un changement réel dans la vie quotidienne et au niveau des droits et des libertés. La situation en Tunisie est la pire depuis des décennies : dégradation sociale, régression des libertés. C’est pourquoi nous nous réunissons pour définir les moyens d’agir et exiger un changement »

Eau, électricité, médicaments, coût de la vie, libertés : la mobilisation de jeudi met en lumière un ensemble de dossiers qui structurent, cet été, le mécontentement d’une partie de la société tunisienne. 

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À Tunis, une mobilisation citoyenne contre la crise du quotidien

Jeudi 20 août 2026, plusieurs organisations de la société civile ont appelé à manifester à Tunis pour dénoncer la dégradation des services publics, notamment les coupures d’eau et d’électricité ainsi que les pénuries de médicaments. Organisée à l’appel de « Nafas », un mouvement citoyen civil indépendant, la mobilisation a réuni une foule importante venue réclamer des solutions concrètes à la crise économique et sociale et défendre les libertés publiques, les droits politiques et les acquis sociaux.

Le rassemblement a débuté à la place de la République, au Passage. Les participants ont ensuite marché en direction de l’avenue Habib Bourguiba,  jusau’au théâtre municipal. Des organisations de la société civile, des militants et des citoyens ont répondu à l’appel pour dénoncer la détérioration continue des conditions de vie et réclamer des mesures urgentes face à la crise que traverse le pays.

Sur les pancartes et dans les slogans, les mêmes préoccupations revenaient : la hausse des prix, la baisse du pouvoir d’achat, les coupures d’eau et d’électricité, les pénuries de médicaments et la dégradation des services publics. Les manifestants ont également dénoncé le recul des libertés et appelé les autorités à présenter des solutions concrètes à une situation sociale devenue, selon eux, insoutenable.

Nous y reviendrons..

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Tunisie–Inde: la CONECT mise sur un partenariat durable pour stimuler les investissements

Les relations économiques entre la Tunisie et l’Inde ont  évolué au cours des dernières années. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de renforcement des liens bilatéraux, donnant un nouvel élan à la coopération économique entre les deux pays.

Les échanges tuniso-indiens portent sur plusieurs secteurs clés, notamment la fintech, les technologies de l’information et l’ingénierie logicielle. Les entreprises indiennes peuvent ainsi s’appuyer sur les compétences et le talent tunisiens pour développer et renforcer leurs activités.

C’est dans ce contexte qu’a été lancé un conseil d’affaires permanent réunissant les deux organisations patronales tunisiennes et indiennes. Cette nouvelle structure vise à consolider les relations économiques entre la Tunisie et l’Inde, à faciliter le rapprochement entre les entreprises et à favoriser l’émergence de projets d’investissement communs.

À travers la création de ce conseil d’affaires qui vient d’être signé jeudi 20 août 2026 à Tunis, les deux pays entendent inscrire leur coopération dans la durée. Au-delà de l’augmentation des échanges commerciaux, l’enjeu consiste désormais à transformer les opportunités identifiées dans les secteurs du numérique, de l’agriculture, de l’industrie et des services en projets concrets.

Pour la Tunisie, il s’agit également de se positionner comme une plateforme d’accès aux marchés africains et européens. De son côté, l’Inde pourrait renforcer sa présence dans la région grâce à des partenariats avec les entreprises tunisiennes et à une coopération élargie dans des secteurs à forte valeur ajoutée.

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Dr Devyani Khobragade: « élargir les secteurs de coopération »

La Tunisie et l’Inde souhaitent franchir une nouvelle étape dans leur coopération économique. À travers le renforcement des échanges et la diversification des partenariats, les deux pays cherchent à stimuler l’investissement dans plusieurs secteurs stratégiques. 

Les échanges tuniso-indiens portent sur plusieurs secteurs clés, notamment la fintech, les technologies de l’information et l’ingénierie logicielle. Les entreprises indiennes peuvent ainsi s’appuyer sur les compétences et le talent des ingénieurs tunisiens afin de développer et de renforcer leurs activités.

Organisé par la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (CONECT), en collaboration avec la Confédération des industries indiennes (CII), l’ambassade d’Inde en Tunisie et plusieurs structures tunisiennes officielles, le forum constitue une occasion importante de consolider les relations économiques entre les deux pays.

Des secteurs complémentaires

Peu avant le coup d’envoi du forum, nous avons rencontré l’ambassadrice de l’Inde en Tunisie, Dr Devyani Khobragade. Interrogée sur les échanges entre les deux pays et leur impact sur les économies respectives, elle a déclaré: «  Comme je l’ai indiqué précédemment, nos deux pays disposent de nombreux secteurs d’activité complémentaires. Nous bénéficions également, de part et d’autre, de ressources humaines hautement qualifiées et de personnes talentueuses. Nous devons mieux les valoriser.Nous avons aussi des opportunités dans des secteurs traditionnels tels que les phosphates, le tourisme et l’agriculture. Toutefois, nous devons mettre en place les mécanismes nécessaires. Nous essayons notamment de négocier un accord commercial préférentiel entre les deux pays, afin de réduire les droits de douane applicables aux différents produits et secteurs tunisiens et indiens. Cela devrait contribuer à accroître les échanges commerciaux entre la Tunisie et l’Inde. ». 

Poursuivant son propos, l’ambassadrice de l’Inde en Tunisie a ajouté : « Nous œuvrons également à la conclusion d’un traité bilatéral d’investissement entre les deux pays. Celui-ci devrait favoriser les investissements dans les deux sens et ouvrir la voie à une coopération dans différents secteurs, notamment les technologies, l’intelligence artificielle et bien d’autres domaines. »

La délégation de la Confédération des industries indiennes, la CII, comprend des représentants de plusieurs secteurs, notamment l’industrie minière, les technologies de l’information et de la communication, la fintech ainsi que les technologies agricoles.

Elle compte également des entreprises spécialisées dans l’ingénierie, l’approvisionnement et la construction routière, les infrastructures et les matériaux de construction destinés à l’exportation. Une grande diversité d’entreprises est donc représentée à l’occasion de ce forum. 

Promouvoir le leadership féminin

Interrogée sur les possibilités de coopération entre la Tunisie et l’Inde en matière de leadership féminin, l’ambassadrice a souligné l’importance de cette question pour les deux pays. Tout en déclarant: « Le leadership féminin est très important pour des pays comme l’Inde et la Tunisie, qui disposent d’un niveau d’éducation élevé chez les femmes. Je suis très heureuse de constater que la Tunisie se classe au deuxième rang dans le domaine de la formation des femmes dans les disciplines STEM, c’est-à-dire les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques. »

C’est également un plaisir pour moi de me trouver dans un pays qui accorde une grande importance à l’énergie féminine et au principe du féminin divin. Nous devons donc faire fructifier ces complémentarités. J’ai l’intention de mettre en relation les délégations de femmes entrepreneures venues d’Inde avec les associations de femmes entrepreneures en Tunisie. »

Et de poursuivre: «  Des échanges ont déjà eu lieu par le passé avec des chambres de commerce et d’industrie regroupant des femmes entrepreneures, mais nous devons encore renforcer cette coopération. J’espère également voir davantage d’associations tunisiennes de femmes entrepreneures représentées ici aujourd’hui. » 

Ainsi, au-delà des échanges commerciaux, la coopération tuniso-indienne entend s’étendre à de nouveaux domaines, notamment les technologies, l’investissement, l’agriculture et l’entrepreneuriat féminin. Le renforcement des partenariats entre les deux pays devrait permettre de transformer les complémentarités existantes en projets concrets et durables.

 

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Aslan Berjeb: « Il faut booster les échanges tuniso-indiens »

Les relations économiques entre la Tunisie et l’Inde ont connu une évolution remarquable au cours des dernières années. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de renforcement des liens bilatéraux, donnant un nouvel élan à la coopération économique entre les deux pays.

Les échanges tuniso-indiens portent sur plusieurs secteurs clés, notamment la fintech, les technologies de l’information et l’ingénierie logicielle. Les entreprises indiennes peuvent ainsi tirer parti des compétences et du talent des ingénieurs tunisiens afin de développer et de renforcer leurs activités.

Organisé par la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (CONECT), en collaboration avec la Confédération des industries indiennes (CII), l’ambassade d’Inde en Tunisie et plusieurs structures tunisiennes officielles, le forum constitue une occasion importante de consolider les relations économiques entre les deux pays. À cette occasion, le président de la CONECT Aslan Berjeb  a annoncé que le forum bilatéral se tiendra régulièrement, tous les six mois, alternativement en Tunisie et en Inde.

Quel rôle l’économie jouera-t-elle dans le renforcement des échanges entre les deux pays ? Quels sont les projets concrets envisagés pour stimuler l’investissement bilatéral ?

Diversifier les échanges

À l’occasion du coup d’envoi du Tunisia-India Business Forum, Aslan Berjeb, président de la CONECT, est revenu sur l’importance de diversifier les échanges entre la Tunisie et l’Inde.

 » La Tunisie entend, bien entendu, consolider ses relations historiques avec l’Union européenne ainsi qu’avec les pays frères et amis. Toutefois, elle souhaite également s’ouvrir à d’autres destinations, parmi lesquelles figure naturellement l’Inde », a-t-il déclaré.

Il a rappelé que l’Inde est  « une puissance économique, numérique et industrielle »,   soulignant que la CONECT avait organisé cet événement en partenariat avec le CII, présenté comme l’une des principales organisations patronales et industrielles indiennes.

 » Il s’agit d’une véritable opportunité pour booster les relations tuniso-indiennes. Si l’on considère la moitié pleine du verre, ces relations peuvent être qualifiées de prometteuses, même si elles restent encore limitées. Avec des échanges commerciaux estimés à 521 millions de dollars, l’objectif est d’atteindre plusieurs milliards de dollars dans les prochaines années. C’est notre premier défi  » a-t-il expliqué.

Le deuxième défi consiste, selon lui, à diversifier les secteurs de coopération. « L’Inde est une puissance dans de nombreux domaines. Les entreprises indiennes sont déjà présentes en Tunisie à travers trois ou quatre investissements, ce qui reste peu. Cependant, il existe également des partenariats qui ne nécessitent pas nécessairement d’investissements directs », a-t-il précisé.

Des secteurs à fort potentiel

Aslan Berjeb a indiqué que plusieurs secteurs offrent des opportunités de coopération entre les deux pays, notamment l’agriculture, le dessalement de l’eau de mer et l’irrigation intelligente.

« Il existe également des perspectives importantes dans les technologies de l’information et de la communication, le numérique et l’intelligence artificielle. Une entreprise indienne implantée à Sfax et inaugurée l’année dernière emploie déjà plus de 800 ingénieurs. C’est un chiffre important « , a-t-il souligné.

D’autres secteurs présentent également un potentiel considérable, notamment l’industrie automobile et le textile. « Il s’agit donc d’une multitude de secteurs. Je pense que c’est la première étape pour stimuler les investissements et donner un nouvel élan à la coopération économique », a-t-il ajouté.

Le président de la CONECT a, par ailleurs, insisté sur l’importance de la création d’un conseil d’affaires tuniso-indien permanent.

« L’élément le plus important aujourd’hui n’est pas uniquement la tenue de cet événement. C’est aussi le conseil d’affaires que la CONECT va signer avec ses partenaires du CII. Il s’agira d’une structure permanente de collaboration, d’investissement et d’échange, qui permettra d’établir une relation durable et mutuellement bénéfique entre les deux parties », a-t-il affirmé.

Un mécanisme de rapprochement durable

Interrogé par L’Économiste Maghrébin sur les mécanismes qui pourraient être mis en place dans le cadre de ce conseil d’affaires, Aslan Berjeb a expliqué que les deux organisations patronales auront pour mission d’identifier les secteurs nécessitant un rapprochement entre les entreprises.

« Les deux organisations patronales se réuniront régulièrement et mobiliseront leurs ressources afin d’identifier les secteurs qui ont besoin d’un véritable “matchmaking” entre les entreprises tunisiennes et indiennes. Des rencontres B2B sont organisées cet après-midi, mais cette dynamique se poursuivra également dans le cadre du conseil d’affaires, car celui-ci s’inscrit dans la durée »,  a-t-il déclaré.

Et d’ajouter : « Un événement permet certes d’échanger des cartes de visite et de nouer de premiers contacts. Toutefois, le conseil d’affaires constitue une plateforme durable, destinée à assurer un suivi régulier et à transformer ces contacts en projets concrets. »

La Tunisie, une plateforme régionale

S’agissant de l’attractivité de la Tunisie auprès des investisseurs indiens, Aslan Berjeb a estimé que la première étape consistait à mieux se connaître.

« Nous devons d’abord apprendre à nous connaître. Nos mentalités professionnelles sont radicalement différentes. Nous devons comprendre nos méthodes de travail respectives. Jusqu’à présent, nous étions principalement tournés vers l’Europe, les États-Unis et le Moyen-Orient, et, dans une moindre mesure, vers l’Afrique. L’Inde représente donc un nouvel environnement, avec une approche et une culture des affaires différentes », a-t-il expliqué.

En conclusion, Aslan Berjeb  a insisté sur la nécessité de mieux comprendre les partenaires indiens et de valoriser les atouts de la Tunisie. Tout en ajoutant:   » Il faut booster les échanges tuniso-indiens ».

 » Les partenaires indiens sont très humbles. Nous échangeons avec de véritables géants économiques qui font preuve d’une grande humilité. Il est donc essentiel de comprendre leur manière de travailler et de savoir leur présenter la Tunisie comme une plateforme non seulement vers l’Afrique, mais aussi vers l’Europe. Ils en sont conscients. Je pense que nous pouvons réaliser de très belles choses avec eux. « 

 

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