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Etats-Unis/Chine : vers une nouvelle guerre froide ?

La dynamique de puissance dont jouit la Chine l’a érigée, du point de vue des Etats-Unis, au rang de rival stratégique au XXIe siècle. Leur confrontation a pris progressivement un caractère global, multidimensionnel.

Au-delà de son rôle déterminant dans l’organisation internationale du XXIe siècle, la rivalité entre la Chine et les États-Unis soulève plusieurs questions quant à sa nature. D’une part, cette concurrence touche de nombreux domaines, sans pour autant empêcher les deux puissances de dialoguer ou de coopérer sur certains sujets. D’autre part, le risque qu’elle débouche sur une confrontation militaire directe existe, même si un tel scénario reste peu probable à court terme. Les enjeux géopolitiques et les nombreux foyers de tension entre les deux pays pourraient néanmoins favoriser des affrontements.

Une confrontation militaire limitée reste donc envisageable, bien que la dissuasion nucléaire soit susceptible d’en réduire l’ampleur et d’en limiter les formes. Peut-on pour autant comparer leur rivalité à une nouvelle « guerre froide » ?

Cette comparaison conduit à envisager la compétition entre Pékin et Washington comme une opposition entre deux modèles politiques, économiques et stratégiques, organisés autour de deux blocs rivaux. Le premier serait constitué des pays occidentaux, attachés au libéralisme politique et économique, sous la direction des États-Unis. Il comprendrait notamment les États européens ainsi que plusieurs pays asiatiques, comme le Japon et la Corée du Sud. Le second regrouperait des puissances aux systèmes politiques autoritaires et aux économies capitalistes, autour d’un rapprochement entre la Chine et la Russie. Cependant, cette lecture présente plusieurs limites.

Tout d’abord, la confrontation entre les États-Unis et l’Union soviétique reposait principalement sur des rivalités idéologiques, diplomatiques et militaires. Les enjeux économiques, financiers et technologiques y occupaient une place moins importante que dans la compétition actuelle entre Washington et Pékin.

Certes, l’URSS a joué un rôle majeur dans la conquête spatiale, mais la maîtrise des technologies constitue aujourd’hui un enjeu central de la rivalité sino-américaine. Le développement du numérique et de l’intelligence artificielle, entre autres, illustre l’importance de cette dimension technologique. Dans ce contexte, les États-Unis cherchent à renforcer leur indépendance stratégique et à préserver leur supériorité technologique et militaire face à la Chine. Pour y parvenir, ils poursuivent deux objectifs : limiter l’accès de leur rival aux technologies les plus avancées dans le domaine des semi-conducteurs et relocaliser sur leur territoire la production des puces électroniques les plus performantes.

Par ailleurs, si la concurrence technologique entre les deux puissances s’est développée depuis plusieurs années, leur opposition idéologique s’est affirmée plus tardivement, notamment depuis l’arrivée de Xi Jinping au pouvoir.

La Chine mobilise désormais ses capacités économiques et technologiques pour promouvoir son propre modèle de développement. Celui-ci est présenté comme une alternative efficace aux systèmes occidentaux, que les autorités chinoises décrivent parfois comme étant en déclin.

Enfin, un dernier élément distingue profondément la rivalité actuelle de la guerre froide : le degré d’interdépendance économique entre les deux puissances. Alors que les États-Unis et l’Union soviétique évoluaient dans des systèmes largement séparés, les économies américaine et chinoise sont aujourd’hui étroitement liées. Cette imbrication commerciale, financière et industrielle rend une rupture complète entre les deux pays beaucoup plus difficile à envisager.

Ainsi, malgré certaines similitudes dans les discours et les rapports de force, la rivalité sino-américaine ne peut être assimilée sans réserve à une nouvelle guerre froide.

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La crise à la française

La situation en France fait la Une de l’actualité internationale. Les images d’affrontement, des dégradations et des pillages ont créé une onde de choc. Avec la même question : pourquoi une telle violence de Paris à Marseille ? Au-delà de la défaillance des forces de l’ordre, le sentiment de chaos qui ressort de la séquence vient conclure la présidence Macron et ses échecs politiques, économiques et sociaux. Alors qu’il va quitter l’Elysée dans quelques mois, l’extrême droite est au sommet des sondages, l’inflation et le chômage ne cessent d’augmenter, et le creusement des inégalités dans un pays qui cultive une passion pour l’égalité est plus que jamais une source de frustration dont les manifestations sont de plus en plus radicales. Or le pouvoir a l’air comme déconnecté de ces réalités et incapable de nouer un quelconque dialogue social.

La crise économique et sociale a renforcé la demande de protection, en soulignant la nécessité d’organiser des solidarités plus effectives et en rappelant le rôle central de la puissance publique dans la cohésion sociale. Or l’Etat apparaît comme le garant des plus privilégiés (au regard de la politique fiscale notamment), plutôt que garant de l’intérêt général et des plus défavorisés.

Les manifestations actuelles sont le symptôme d’une crise du lien social caractérisée causée par l’affaiblissement des institutions de socialisation (famille, école, partis, syndicats), la persistance d’un chômage structurel et massif, la précarisation et l’appauvrissement de la jeunesse, le déclassement de la classe moyenne rattrapée par le coût de la vie, notamment celui de l’alimentation, du logement, de l’énergie et des transports.

Ainsi, les mobilisations et revendications sont nourries par le creusement des inégalités sociales et le sentiment d’injustice. Une partie de la population a le sentiment que les sacrifices demandés ne sont pas répartis équitablement. Les personnes qui disposent de revenus confortables peuvent mieux absorber les hausses de prix, tandis que les ménages modestes doivent parfois renoncer à certains soins, aux loisirs ou même à des achats indispensables. Ce sentiment d’injustice peut provoquer de la colère et affaiblir la solidarité entre les différentes catégories de la société.

La République française est sclérosée par des mécanismes de reproduction sociale et de discrimination pour la réussite scolaire, l’accès à un logement ou à un emploi. Statistiquement, les musulmans sont les plus discriminés. Les descendants de migrants du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne ont plus de risques de n’obtenir aucun diplôme du secondaire ; les immigrés en provenance de ces régions sont aussi plus souvent au chômage. Ce sont d’ailleurs ces mêmes groupes sociaux qui se sentent le plus victimes de discriminations dans le milieu professionnel. Le déficit d’insertion sociale qui nourrit le cloisonnement spatial de minorités condamnées à vivre entre elles, dans des espaces clos communautarisés. Cette situation reflète l’une des réalités du « ghetto français ».

Cette fracture sociale nourrit la crise démocratique. Les dirigeants sont accusés d’incompétence, d’impuissance, d’immoralité et de non-représentativité. La question de la démocratie occupe ainsi une place importante dans cette crise. Certains citoyens estiment que leur voix n’est pas suffisamment entendue au terme de chaque élection. Cette situation encourage les citoyens à utiliser d’autres moyens d’expression, comme les grèves, les rassemblements et les manifestations. La rue devient alors un espace où les revendications peuvent être exprimées collectivement.

Les jeunes jouent un rôle particulier dans cette contestation. Les mobilisations lycéennes et étudiantes témoignent de leurs inquiétudes concernant leurs conditions d’études, le manque de moyens dans certains établissements et leurs perspectives d’avenir. Beaucoup redoutent de rencontrer des difficultés pour trouver un emploi stable, se loger ou accéder à une vie autonome. Leur participation montre que la crise ne concerne pas uniquement les générations déjà confrontées aux difficultés du travail et du pouvoir d’achat, mais aussi celles qui s’interrogent sur leur avenir.

Les manifestations du 17 octobre révèlent ainsi l’interdépendance des crises politique, économique et sociale. Les difficultés matérielles alimentent la colère, les inégalités renforcent le sentiment d’injustice et l’instabilité politique complique la recherche de réponses acceptées par une majorité de citoyens. D’autant que l’Elysée semble réduire la situation à une question de maintien de l’ordre. La lucidité devrait l’amener à regarder en face le bilan de son action depuis près d’une décennie.

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